‹ Histoire philosophique du regne de Louis XVChapitre 15 sur 37 · II. IQ · texte numérisé non relu

II. IQ

2% HISTOIHK PHILOSOPHIQUE

renommée de l'Angleterre en reçut un grand acerois-*^

sèment.

Ripperda se désespérait de voir ses intrigues échouer. D'ailleurs, il s'apercevait que la reine revenait des illusions qu'il lui avait données, relativement au mariage de don Carlos avec la fille de l'empereur. 11 iniagina alors d'ouvrir, avec la France, à Tinsu de ses maîtres , une négociation directe, dont le succès raffermirait son crédit. La reine ne tardai pas à en être instruite, et la disgrâce de son premier ministre fut résolue. Elle eut lieii le 14 mai

L'aigreur suscitée entre les cabinets de Londres et de Madrid ne tarda pas à produire des hostilités dont nous verrons le développement et la fin , lorsque nous nous occuperons du ministère du cardinal de Fleury.

Cette période de politique haineuse et mesqnfne se termina* plus paisiblement qu'on n'osait l'espérer. La rivalité des maisons de Condé et d'Orléans avait engagé le duc de Bourbon dans des mesurée qui faillirent embraser l'Europe, et le sang eût coulé sans motif de haine entre les nations. L'Angleterre seule , restée maîtresse d'elle-même sous l'égide de ses institution^, se tint toujours prête à profiter dés passions des princes et des fautes des gouvérnemenia absolus.

Madame de Prye avait comblé de faveurs ses aiiiis. Son crédit lui paraissant affermi , elle crut pouvoir satisfaire ses ressentiments. Nous avons vu que Va disgrâce de Le Blanc, ministre de la guerre^ était son ouvrage ; elle enveloppa dans la niême haine lès

no RÈGNK DE LOUIS XV. 297

deux Belle*l8le, Moreau de Séehelles et de Conches , liés avec Le Blanc et amis de sa mère. Le délit commis par La Jouchère consistait à avoir remplacé le :numéraire de sa caisse par des billets d'État de la ^■nème valeur nominale, mais qui étaient dépréciés. fine partie de ce numéraire avait été donnée au comte de Belle-lsle en échange de billets de même espèce; de plus, on leur imputait faussement d'avoir ^oulu faire assassiner Pâris-Duverney. Les accusés ^iirent epfèrmés à la Bastille , et une commission , présidée par le lieutenant de police Dombreval., cousin de niadame dé Prye , se rassembla à l'Arsenal pour les condamner. Le Blatic réclama la juridiction du parlement à laquelle il appartenait comme :inaitre des requêtes. Son droit était positif, et le conseil ne put le contester. M. le duc insista néan- Ttioiiis : fc Ma gloire est intéressée, disait- il , à faire «onnàitre au public que j'ai eu raison quand je les ai fait arrêter. » Ainsi, innocents ou coupables, il fallait qu'ils périssent, pour la plus grande gloire du premier ministre et la satisfaction de sa maîtresse. Cependant, après s'être assuré que le magistrat instructeur serait tout dévoué aux passions de la favorite, M. le duc consentit à renvoyer l'affaire au parlement. Le maréchal de LaFeuillade se chargea de pratiquer les juges.

Aussitôt, deux grands partis se forment; d'un côté agissent madame de Prye, et quelques seigneurs qui s'abaissent jusqu'à être ses courtisans ; de l'autre, ropinion publique se prononce, et à sa tête, se montre le duc d'Orléans qui protège Le Blanc , l'une des créatures de son père.

Le parti de madame de Prye attaque par .des inttrigues. On s'efforce d'obtenir de La JoQchère d€4 déclarations qui compromettent Le Blanc. Le mar gistrat instructeur fatigue ce dernier par^^e captieuit interrogatoires. Le parti contraire répond pardea. épigrammes et des chansons satiriques, où la fa-; Yorite et son amant sont livrés au ridicule et ^xi mépris.

Enfin, le grand jour des débats, arrive. Le duc d'Orléans siège au parlement da,ns Tintérèt de La Blanc. Le maréchal de La Feuillade , les ducs de Brancas et de Richelieu s'y rendent dans un intérêt contraire. Les huées du public les en chassent. La Feuillade I suffoqué de colère , meurt deux jours après. Enfin le jugement est prononcé. La Joncbère est blâmé ; ce qui le flétrit et le rend inhabile à^toute fonction publique; on le condamne à une restitution de six cent mille livres. Le comte de Belle-lsle est déclaré sa. caution solidaire. Le Blanc est.honprable-r ment acquitté.

L'arbitraire que les hommes supportant le moins est celui qui substitue à l'aotipn de la justice. les colères du pouvoir. Si le souverain , qui est l!expression vivante de la loi, punit lorsque la loi absout ^ on ne se sent plus aucune garantie contre les caprices et les violences des gouvernants, et la révolte semble devenir le droit d'une légitime défense. Les passions de madame de Prye ne tenaient aucun compte de ce danger. Elle inspira à M* le duc la coupable résolution de garder en prison l'homme que par un arrêt solennel la première cour du royaume venait de déclarer innocent. L'opinion publique , qui s'était

no RÈGNs ne lquis xv.

iVWtréH 8i fworabl^ à le Bl^uc lova, de sqr propèSj vint e4QW« ji i|on secours, h»^ piurmyrqs îwrent si grfmds, §i up^nimes, que le priftce se pentit confus de SQQ iiâuptiçe. 8h mois après le jugement, \^ portas de U Bai^tille s'ouvrifent aux pri^onqiçra^ U^\^ U répçUr?ttion ne d^vçtjt pas èii^e entière, ^q QUanq fqt envoyé en eiçil à Lipieuxî on eii^ila le çQOitQ ^t lé chevalier de Bellerrlsle a Carças^onne.

Une dureté imprévoyante fut le caractère distinçtif de radmini^tratipQ de M. le duc» l^e 4 n)ai 1724^ parut nne déclar^^tion du roi, qui renouvelait ei ^gl^^ii\^lt toutes les mesures de rigueur ordonnées paç Louis Xiy contre, les protestants. Celte déçlar^^tion n'avait été' sollicitée ni paf le clergé, ni par \e^| intendants, ni par les parlements, Elle fut impro^ vî^ée par nn .prince sans religion, au milieu desijqies du libertlflîi^e, et signée avec la plun^e d'une fenin^e (Jébauqbéd.

ÏLiÇ^ édite dé touis XIV, en prescrivant la démolition de^ templeSjr l^annissaient les ministres, défendaient )q prêche sous peine de mort pour les prpdicant^» et des galères pour les assistants, obli*? gçaient les protestants 4 faire baptiser leurs enfants par les curés, attaquaient la famille dans ce qu'elle 2^.de plus sacré, la naissance, le mariage, Féducatipn des enfants , la succession de^ parents \ Ces édit^, par lesquels les rhorls étaient exclus de la sépulture commune, qui interdisaient les arts libéraux aux hérétiques, et confisquaient les biens des

' Tout mariage , non célébré par le curé , seul pii|cier de Tétat cjTil, éiaU nul ; on considérait Içs enfante comn^e bâtards, et la succession de leurs parents apparten^t {idx collatéraui^i les en-

absents y ne parurent pas cependant assez séyèresà M. le due. Il arrivait souvent que les réformés, pour échapper à la rigueur des édits, simulaient une conversion; mais alors le soupçon les environnait. S'ils étaient convaincus d'être relaps, les tribunaux pouvaient les condamner à mort. La déclaration de 1724 permet les poursuites sur la simple déposition des curés et des vicaires; et pour que la conviction de ceâ derniers puisse se Tormer, elle les autorise à visiter, sans témoins, les nouveaux convertis. L'article 9 de cette ordonnance mérite d'être cité : (( Enjoignons aux curés et vicaires de visiter tes malades (nouvellement convertis), de les exhorter sans témoins à recevoir lés sacrements; et, en cas de refus, s'ils déclarent publiquement qu'ils veulent mourir dans la religion réformée, voulons que, s'ils viennent à recouvrer la santé, le •procès leur soit fait et parfait par les baillifs et sénédhaux, et qu'ils soient condamnés au bannissement à perpétuité, avec confiscation de* leurs biens. )>

De' notre temps, on conçoit difficilement cette grande erreur de l'esprit humain qui prétend imposer les croyances par la force. Cette maladie morale de la société chrétienne aurait dû être prévenue par l'étude de l'Évangile, qui ne commande que la douceur, et dont toutes les paroles sont pleines de mansuétude. Jésus-Christ sur Ta croix prie pour ses bourreaux : w Pardonnqz-leur, mon père; ils ne sa-

fants des hérétiques qui prétendaient les élever dans le culte réformé, devaient leur être ôtésàcinq ans et être confiés jusqu'à Tâge de seize ans à des catholiques.

vent ce qu'ils font^ » Néanmoins , nous voyons les princes catholiques livrer les hérétiques au suppliée; les princes protestants traitent de la même manière les catholiques, Elisabeth s'écrie , en parlant de ses sujets papistes : « Fatiguons leur patience ! » Calvin allume le bûcher où il précipite Servet. Mais si les violences provoquent le désespoir, s'il survient d'énergiques résistances, dès lors Topinion religieuse prend aux yeux des souverains le caractère de la révolte. Ce n'est plus la dififérence des croyances qu'ils punissent, maïs la désobéissance à leurs volontés; et des princes sans mœurs, des ministres impies élèvent les échafauds; la religion est le prétexte, l'autorité blessée le motif des rigueurs qu'on ordonne;* et bientôt les hommes chargés de les exercer, développent envers les victimes cette cruauté impitoyable qu'inspirent l'orgueil des supériorités passagères, et la servilité qui veut se faire valoir. .

Le grand et redoutable parti formé en France par le calvinisme mit l'État en péril le jour où de puissants seigneurs se firent hérétiques par ambiXion; de plus , on entendit retentir le mot de république. Cette forme de société politique devait avoir des partisans parmi les sectaires d'une religion sans hiérar-

* Jésus-Christ se rendant au jardin des Olives, prdoiine à Pierre de se munir d'une épée. Celui-ci coupe Toreille à Malchus. Le Christ guérit la blessure et dit à son disciple : < Remettez Tépée dans le fourreau, car tous ceux qui se serviront du glaive péri* ront par le glaive. > Jésus-Christ donnait ainsi une grande leçon aux siècles futurs; il condamnait d'une manière positive et claire remploi de la violence dans la défense de sa cause et de celle de son Église.

m Hr^Tomtt t>ittLoëof'idQfift

«hië. Lé dàlvinibmè î^tihaii uû Éfôt àhûé rÉtàij il avait ééë cheft, feôn gouverhetticnt jjanicliliéf, bëi plates de sûrelé* L'inquiétude de la royauté fut dofté àlori naturelle et légitime, et elle combattit là fé* fbriâe pour* empêcher la (Couronné d'être âfeàèfVîS âûx gràtidft ou détruite par le peuple.

Si Louis XIV s'éteiitborjié à suppritner dâftà Tédit de Nantes les clauses qui faisaient de^ cltWiiiisteiA un peuple à part^ et à les faire etit!*er dab« la giHtidë famille > régie par leë mêmes lois , là pdstéf ité eût ap*^ phudi à son ouvrage $ mais la persécution é^e^eée doùit le règne suivant était sans excuse puisqu'elle dévetiàH sans motif. Le danger n'existait plus depuis lotig"" temps. L'autorité rjoyale avait réduit les-seignéûM au rôle de courtisans, et les grands bom'àiènl leiif ambition à obtenir les bonnes grâcèâ dtt lliaîtMl Partout les religionnaires se montraient ddUûiid, et ne demaùdaient, pour être dés sujets dévotïéë, t|u'tlii peu de tolérance accordée à leur culte. Albérdfli avait en vain tenté leur fidélité;* cependant des violences eurent encore lieu <}ontre les protést&tlts sbtm le gouvernement du rége!it> et malgré M prince. L* danger des mauvaises lois est qu'elles agissent tndiftQ en dépit de l'autorité qui gouverne ; èar eellè-èl fté saurait défendre absolument ce qu'elles permeltëâl> ni blâmer avec sévérité leur exécution.

Là déclaràtioû dti toi dé 1724 l*àvivà les hàîhes. A différentes époques, elle devint le prétexte de non» veîlcs persécutions, ordonnées par des ministrei^ des intendants, des gouverneurs de province. NôiiS le disons à i^egret, mais la vérité de Thistoire noua y oblige, les évêques sollicitèrent quelquefoin 0ulH>

ÉltJ HÈGNË Î)Ë LÔtJtS XV. it»

mêmes des meftùres dé rigileili* doâtre les réfotmés* Ufl clergé relâché est toujours inloléranti 11 croit couvrir l'irrégularité de ses mœurs par la sévérité de Ses dogmes; il devient dur parce qu'il n'est pas aÉsez chrétien ^ Les jansénistes^ quoique persécutés eux-mêmes, approuvèrent ces violences*. Cependant Un temps devait venir où tous les ressentiments excités par l'intolérance' et mis en réserve pendant de longues années^ s'uniraient eHitre eux dans le sentiment d'une commune vengeance.

Les rigueurs devinrent rares à la fin du règne de Louis XV. L'infortuné Louis XVI n'en permit aucune^ et on sait qu'il .rendit l'état civil aux protestants. Lors du ministère de M. le duc^ Tintoléfance consacrée dans les lois commençait à dispa^ ratitre dans les mœurs. Le public lisait avec avidité

* X.es Ulustres prélats qui occupaient les. sièges épiscopaux sous le règne de I^ouiâ XIV n'avaient pas provoqué la révocation de IVdit de Nantes. On sait que cette mesure, bien plus politique que Religieuse, dut lieu à Pinstigation de louvofs et de I^ Tellier. Depuis la régente, les bénéfices furent accordés k \i naissance et à la faveur plus qu'au mérite, et la religion eut trop souvent à gémir des mœurs déréglées de ^s ministres. Les plus vives remontrances du clergé contre le culte réformé furent rédigées sous le règne de Louis XVI , par Loménie de Brienne, d'abord archevêque de Toulouse, puis de Sens, qui croyait à peine en Dieu; on sait que ce prélat finit s(i vie par le poison, n'ayant pas le courage d'envisager l'échafaud où une fouie de femmes pieuses montaient avec intrépidité. De notre temps, le clergé français est toléraal, parce qu il est éminemment et sincèrement chrétien.

' Les querelles du jansénisme se développèrent alors aveé tifle nouvelle ardeur à Tinstigation de Tencin et des cafdinauxi de Rolian et de Bissy. La Sorbonne se montra plus rigoureuse que la cour de Rome. M. le duc, dans sa haine pour la maison d'Orléans, trouva plaisant de faire condamner par un arrêt du conseil itA ASlrit Janséniste de Fabbesse de Ghelleir.

les vers de Voltaire où il la flétrit. Quand les lois ne modifient pas les mœurs^ celles-ci ne tardent pas à faire perdre aux lois leur force morale.

Louis XIV et son successeur motivèrent leurs édits sur un mensonge. On prétendit que la religion réformée s'éteignait en France, et qu'il ne s'agissait que d'en empêcher le retour. L'émigration qui suivit la révocation de l'édit de Nantes donna un terrible démenti à cette allégation. Cette émigration se renouvela à la suite de la déclaration de 1724. On vit paraître, peu de temps après, un manifeste du sénat de Stockholm qui engageait les réformés français à venir chercher en Suède une nouvelle patrie. Ils s'y rendirent en grand nombre, malgré la confiscation dont on frappai.t en France les biens des absents. Bientôt il fallut admettre des exceptions à la loi. Les luthériens d'Alsace réclamèrent l'exécution de leurs capitulations, qui leur assuraient le libre exercice de leur culte, et les puissances protestantes appuyèrent leur «demande. Les Hollandais l'obtinrent également à Paris, et les Suisses à Lyon.

Nous allons examiner rapidement les mesures administratives du premier ministre.

La plus durable fut rétablissement de la milice, sur le modèle de laquelle la conscription a été organisée de nos jours. Elle formait une force nationale sortie du peuple des campagnes , et servait d'appui à l'armée de ligne, recrutée par des enrôlements volontaires. La milice était composée d'un nombre d'hommes désignés par le sort, dans chaque paroisse, proportionnellement à la quantité des habi-

tants. Ils devaient être âgés au moins de seize ans et n'en avoir pas plus de quarante. Leur taille ne pouvait être moindre de cinq pieds. Après la moisson^ on réunissait les miliciens pour leur apprendre lexercice et les former à la manœuvre.

Le 17 juillet 1724, parut une ordonnance du roi sur la suppression de la mendicité. Duverney prétendit résoudre -ce problème si difficile. Il rédigea rapidement et avec son impétuosité ordinaire ledit qui fut publié. Son plan consistait à réunir à chacun des hôpitaux du royaume un asile pour les indigents, une prison pour les mendiants, et dies ateliers pour les uns et pour les autres*. L'ordonnaàce de 1724 tomba bientôt en désuétude. Les fonds manquèrent, et d'ailleurs Fopiriion se révolta contre l'idée de transformer la misère en un crime digne de la prison. La dureté avec laquelle on l'exécuta au début, augmenta 4es répugnances qu'elle soulevait. On marquait les* mendiants détenus soit avec une drogue corrosive , soit avec un fer chaud, afin de les reconnaître en cas d'évasion. On craignit que l'enceinte des hôpitaux ne suffît pas à la foule qui allait les encombrer. Le contrôleur général Dodun consulté répondit : « Devant être couchés sur la paille, nourris au pain et à l'eau, ils tiendront moins de place. » La pitié ne tardai pas à s'élever contre un pareil système; "par un accord tacite, on lui opposa la force, d'inertie; les soldats et même la maréchaussée évitèrent d'arrêter les mendiants, et les administrateurs des hôpitaux fa-

' Cette ordonnance contient les rudiments des dépôts de mendicité : on sait qu'il fallut renoncer à conserver ces dépôts. I. 20

306 HISTOIRE PHIJ.OSÛPHIÛUK

Torisèpent Tévasion des captifs Qt l^iissèl^çiAt les m^

tiers se dégrader,

Dq peu avant Tédit spr la mçadicitéi le garde d9>i acwux, d'ArroeponviUe, rédige» upe déclî^atiQu di» roi qui appliquait Jq. peipe de mort $u vpl domestique. On crut rendre ce crim^ plus fiarq pv la rigueur de Tei^piartion; il en fut autrepientt Les Iqin trop sévères manquent U but qu'elles veujpot aV« teindre, parce que ]e cœur humain répugne à leur îippUcation, Le vol domestique fut çaoins souvent dénoncé et réprimé, qt les mœur? publiques parurrent plus humaines que. la lpi« On renqarque que le parlement enregistra cette déclaration saP9 rési^ stance ni observations^ Les cour3 de justice se nion-* trèrent toujours rigoureuses dans rinterprétation des lois pénales j la dûrptp de ces lois nous avait été léguée par la civilisation ipiparfaite dp rapyen âge» et la vie traditionnelle .des magistrats les attachait aux apciennes coutumes-; d'ailleurs, l'homnae voué toute sa vie 'à la répression du crime s'endurcit par le spectacle de la dépravation qu'il a sans cesse sous lep yeux , et elle lui ôte toute commisération pour les QQUpableSf Chez les peuples où l'institution du jury est établie on remarque une plus équitable proportion entre la gravité des délits et leur appréciation.

A la même époque, paFut un édit qui réglait daps les colonies, les rapports des esclaves avec leurs inaîtres. Cet édit, connu squs le nom de Code noit, était sévère. Lorsqu'on place l'homme dans une cqndition qpi VfthruUt , et qu'on le soumet conimp les animaux à un travail forcé, il faut que la contrainte et la répression deviennent énerçiçjues. Jjb

tort en i^ppartieut à reaclavage lui-même, éternelle honte des nations chrétiennes et civilisées.

M. le duf) vint à 9 alarmer de Tacoroissement de la ofipitale, qui depuis le système augmentait tous l^« jours. Il essaya de fixer les limites de Paris par une déclaration du roi, qui interdisait la construction de nouveaux édifices dans les faubourgs et Touveptqre d'issues nouvelles dans le centre de la ville. Malgré cette. prohibition, le faubourg Saint-Honoré se couvrit bientôt de splendides hôtels; mais ces iQAssea hideuses et ces défilés malsains qui défigumient l'intérieur de la ville furent conservés.

GQitcurpemment avec les actes administratifs vin- Peiit les mesures financières* Nous les trouverons égalemeat empreintes de la dureté naturelle du duo 4(9 Bourbon et de Timprévoyance de ses conseillers. Toutefois on eut lieu d applaudir à différentes réformes opérées en 4724, telles que la suppression 4e& gouverneurs et des états^majors des petites villes, de ocDt fiommissioils de secrétaires 4u roi, et enfin dies ehiM^ges municipales ^ dont la rente fut fixée au denier cinquante. La plupart de ces charges, Qa donnant la noblesse , faisaient retomber sur le peuple le poids des impôts qu'auraient dû payer Içurs possesseurs.

liO système avait laissé une dette de dix-sept cent millions dont il fallait servir les intérêts. On était pi^rvenu è U diminuer soit par des réductions , soit ^u moyen de l'emplqi de quelques mesures financières. La régie des impositions indirectes rendait quinze millions de plus que la ferme qui l'avait préoéd^et Néanmoins il étaii^ dû, en 1725, cinquante-

sept millions d'arrérages de rentes sur les années

précédentes.

Les effets désastreux du système se faisaient encore sentir dans la rareté des espèces et le prix élevé des denrées et des marchandises. Pâris-Duverney s'occupe d'abord de ranimer' la circulation ; et, dans les moyens qu'il prends il semble s'iospirer du mauvais génie de Law; pour engager les détenteurs de fonds à se défaire, des espèces qu'ils tiennent cachées ^ il opère des diminutions successives dans la valeur légale des monnaies ( arrêts des 4 février, 27 mars, 22 septembre 1724 et 14 décembre 1725). Afin de favoriser les placements d'argent, ilftbaisse au denier trente le taux légal de l'intérêt, puis il taxe les salaires, et dans certains lieux on va jusqu'à fixer le prix des detnrées et des marchandises. Les résistances , le blâme même, sont punis par l'emprisonnement et quelquefois par Tintervention armée des soldats. Ces violences produisent une indignation générale. Une oppositioii inerte , mais invincible , s'élève contre la dépréciation des monnaies et les autres mesures adoptées par Duverney. Il est obligé enfin de restituer aux espèces toute leur valeur, et de remettre le taux de l'intérêt au denier vingt (édits des 27 maps et 15 juin,1726); cependant les comptables , en soldant au trésor avec des espèces à un taux élevé les sommes reçues par eux en espèces dépréciées, firent un bénéfice de trente-quatre millions au préjudice de l'État.

On avait à garantir le payement de la dette , à couvrir le déficit et à pourvoir à l'éventualité d'une

nouvelle guerre, dont la mésintelligence de la France et de TEspagne menaçait les finances. Avec de Téconomie^ Féquilibre entre les dépenses et les recettes se fût rétabli^ ainsi qu on le vit peu de temps après sous le ministère du cardinal de Fleury; les charges du peuple n'auraient augmenté que si la gyerpe eût éclaté. Mais les magnificences de M. le duc n'admettaient point de réserve, et madame de Prye avait besoin de profusions pour soutenir son crédit. 11 fallut donc demander à Timpôt les ressources que le bon ordre aurait produites. Déjà existaient quelques taxes accessoires de la taille , sous la dénomination de petits ustensiles des troupes y de fonds de maréchaussée ; on y ajouta un fonds des étapes et un autre pour la solde et Thabillement des milices. Tous ces menus droits se trouvant insuffisants^ on recourut à deux impositions onéreuses y le droit de joyeux avènement, et l'impôt du cinquantième.

Le droit de joyeux avènement était une taxe de confirmatiofU , au commeitcement de chaque règne , des privilèges et bénéfices accordés précédemment par la couronne. Des arrêts du conseil en fixaient la quotité. M. le duc avait accordé la remise de ce droit lorsqu'il arriva au pouvoir. Bientôt il se crut obligé de le rétablir. 11 y a grand dommage pour l'autorité à faire des concessions qu'elle retire ensuite ; le peuple s'irrite dé la déception qu'il subit. Aussi, tout le poids du mécontentement public retomba sur le prince. 11 est vrai que la taxe reçut une extension inusitée. Aux officiers royaux et aux personnes jouissant de privilèges concédés par le trône , on joignit les villes et bourgades ^

les manufacturiers pour leur prisé d'eau ^ lei hôte«liers j les cabaretiers i lés détenteurs d'offices qui procuraient la noblesse , les anoblis par lettres» les communautés ecclésiastiques et celles des lïiarchands; en général , toutes les corporations et tous les particuliers qui, depuis- le règne de Louia XIY, avaient obtenu une concession queleon(|uC. C'était transformer le joyeux avènement du jeune roi en une calamité publique. Elle fut aggravée pal* le tnodè de perception : au lieu de faire levei* la. taxe par les officiers royaux , on la livra moyennant viiigt<trois millions à une compagnie de traitants qui «n retira plus de quarante.

Les membres du parlement de Paris et ded autres cours souveraines fureilt seuls exempts de ce sul^side qu'on ne isoumit pas aux formalités de l'enregistrement. Le parlement satisfait s'abstint de faire des remontrances.

Il ne garda pas la même mesure au sujet de l'Impôt du cinquantième. Puverney en avait ti^ouvé ridée dans la dîme royale du maréchal de Yaubad. Il comptait en tirer vingt-cinq millions par an, qui devaient^ disait^on, servir exclusivement à l'extinction de la dette. Le cinquantième sei^ait établi pendant douze années sur toutes les propriétés » dcf quelque espèce qu'elles fussent^ bans déduction déb charges, acquitté en nature par les revenus ter* ritoriaux, et çn argent par les autres revenus. Ainsi, il atteignait les privilégiés comme le peuple; grand sujet de scandale pour ceux-ci et de rési*stance de la part des parlements. Toutefois, cet impôt présentait de graves incenvénients^Mpnt le pluls cou-

Ml ftËGNË DU LOmS XV; 811

liddfablé était l'obligation de le pajrël^ en nMuM. Ce gebra dfl pjCélôvemetit qui etubai-rttssél^it Uh simple partietilieri est impraticable pour uti grand État. De plue y Aprèi une longue paiK, on venait grever pài^ des estimations arbitraires là propriété d'une charge nouTelle dont la ilé(;essité n'était pas démontrée»

Lorsque le contrôleur général proposa à uu coUiell

extraordinaire qui fut réuni pour cet objet la levée

du cinquantième > lo duc de Noailles et le maréehal

de Villam s'y opposèrent vivement. Le maréchal in^

diqua d'autres expédients* « La ferme de tabae^

die-^Je au conseil, va de neuf à dit mitlion^; quand

elle a été cédée à la compagnie des Indes^ elle n'allait

qu^à trois. Il n'y a qu'à la reprendre pour le roi et

donner dessus à cette compagnie une retenue de

trois millions^ qui est tout ce qu'on lui doit* J'ai

bien vu y à la maniôré dont ma proposition a été

reçue ^ qu'elle ne plaisait pas^ et j'en ai senti la

Mison c c'est que la plupart de ceux devant qui je

parlais avaient de groe intérêts dans, cette* oompa^

^nie» I) (Mémoires de VillatSi )

L'évéqûe de Fréjus garda le silence. Il ne voulait ni accorder une approbation qui l'eût oompromil , ni arrêter par son refbs M. le due dans une démarche qui devait mettre le Comble à l'irritation déjà soulevée contre lui^ Avant qu'on allât aux opinions ^ il sortit avec le roi pour se rendre «au salut^ La ma^ jorité du conseil adopta la mesure.

Quand cette résolution fut connue , les plaintei retentirent de toutes parts. Le- gouvernement, averti que le parlement se refuserait à l'enregistrement de l'édk^ décida qu'on l'y eontri^iidr^t danfe un lit

de justice ; pour punir sou opposition ^ un autre édit^ présenté en même temps ^ devait priver les conseillers ayant moins de dix ans de service, du droit de siéger lorsqu'il serait question de délibérer sur les édits et ordonnances du roi.

Le roi se rendit au parlement le & juin 1 725 , et quand tout le monde fût assis, il dit d'une voix ferme et haute : « Messieurs^ je vous ai fait assembler pour vous apprendre mes volontés sur divers règlements qui regardent le *bien de l'État. Mon garde des sceaux vous les expliquera. » (Ce qu'il a fait par un discours assez long.) Le premier président a répondu fort bien. » L'avocat général Gilbert a dit « qu'il voyait bien que le roi voulait être obéi, et qu'il n'empêchait; mais que son devoir l'obligeait de représenter les difficultés. » (Ce qu'il a fait très-au long.) Le duc d'Orléans n'a point parlé. Le prince de Conti s'est opposé à différentes fois à ce qu'on proposait. Les présidents et conseillers ont dit qu'ils ne, pouvaient opiner. Tout le reste a gardé un profond silence. Le roi a levé la séance d'un air morne, sui* les deux heures et demie. » ( Mémoires de Villars.)

Comme onnepouv^-it, dans les autres parlements, avoir recours à la formalité d'un lit de justice , ils adressèrent d'énergiques remontrances et n'enregistrèrent l'édil qu'en vertu de lettres de jussion.

Les biens ecclésiastiques ne se trouvaient pas nominativement compris dans Tédit, mais on déduisait de ses termes généraux que ces biens seraient imposés comme les autres propriétés. Le clergé alors assemblé prit J'alarme , et se hâta de réclamer

contre la violation de ses immunités. Il observait que , n'étant qu'usufruitier, il ne pouvait être rangé dans la catégorie des propriétaires imposables que désignait l'édit; d'ailleurs; c'était une maxime reconnue que pour lever des subsides sur les biens ecclésiastiques il fallait l'aveu de l'Église ; il appartenait donc au clergé seul de consentir Timpôt et de le répartir.

Cette résistance , qui soustrayait une quantité notable des propriétés dif royaume à l'impôt d]i cinquantième, devenait un grand embarras pour le ministère , et n'était que le prélude des difficultés que devaient susciter au gouvernement, durant une grande partie du xviii* siècle , l'incertitude de ses droits et l'action déréglée et maladroite de l'autorité. On savait que le maître restait étranger aux affaires et indifférent à leurs conséquences. Les rois absolus ne sont obéis et respectés qu'à la condition de gouverner eux-mêmes. L'arbitraire mobile d'un ministère passager ne peut imposer assez pour surmonter des résistances que l'opinion glorifie.

Le contrôleur général ouvrit des conférences avec l'archevêque de Toulouse , président de l'assemblée du clergé ; et, comme on ne pouvait pas s'entendre , le clergé se refusa non- seulement à payer le cinquantième , mais encore à consentir l.e don gratuit ordinaire*. Enfin, après quatre mois de pourparlers, une lettre de cachet ordonna la dissolution de l'assemblée. Avant de se séparer, le clergé consigna dans une lettre au roi ses remontrances contre le cinquan-

* Le clergé accorda plus tard le don gratuit.

tièmei et il inséra cette lettre dans ses rëgistretj M. le duo voulait qu'elle fût flétrie par arrêt dii parle» ment; mais celui-ci répondit que le clergé arait rbison, et il fallut se borner. à envoyer Maurepas, seerétbilr6 d'État y arracher de^ archives de l'assemblée la feuille où ces remontraJtioes se trouvaient consignées»

L^mpôt du cinquantième dérivait d'une idée équi' table 9 celle de répartir entre tous lea Français und charge commune dans la proportion des fortunes. Cette même idée a présidé plus tard*à la création de la contribution foncière. Il y avait alors du courage à braver les privilèges des ordres^ des corporations et des provinces; mais on aurait dû se donner le temps d'opérer les vérifications nécessaires pour éviter dans l'assiette de Fimpôt les injustices et les er^ reurs* Duverney voulut qu'il fût établi sur-le-champ, et que son recouvrement commençât dans le délai de six semaines. On tomba dès lors dans un arbitraire révoltant. Après une épreuve de deux années , la perception en nature de l'impôt fut remplacée par une prestation en argçnt établie par forme de répar-^ tition ou par abonnement. Personne n'entendit parler du remboursement dès dettes.

Due circonstance inattendue vint rendre pluB odieux encore le fardeau que les profusions de la cour imposaient au peuple. L'été de 1 725 fut tellement pluvieux qu'une partie des blés pourrit sur pied et que la récolte devint incertaine. Aussitôt les greniers se referment , la circulation des grains est interrompue, la crainte d'une disette la fait naître. L'administration prise au dépourvu , n'avait rien prévu pour assurer l'approvisionnement de Paris , et le fantôme

hideux de la famine te tai*da pas à fte présenter àttiL yeult de ses habitants effrayés. Le prii du pAin aug^ meiita rapidemeilt^ et s'éleva jusqu'à neuf soU6 là livi^ei On eraighit plusieurs fois qu'il né n)ad({uât tout à faiti Des émeutes eurent lieu qu'on réprima par la force ^ et le sang coula«dans les rues de là cà^ pitale. Gomme il arrive (Constamment dans ees calamités, des imputations d'accaparement sortaient de toutes lés bouches. On accusait l'administration et surtout le lieutenant de police d'Ombreval^ cousin de madame de Prye, et des malédictions étaient proférées contre le premiei* ^ninistre et contre sa fayoritei Ils sacrifièrent d'Ombreval et le prévôt des marchands; ceùk-^ci furent remplacés. Enfin ^ lareligion, qui adoucit, les maux par l'espérance, vint niodérer les inquiétudes du peuple. L'archevêque de Péris ordonna des prières publiques; La foi ne s'éteignait pas encore dans la capitale > et la confianee était grande dans l'intercession de sainte Geneviève ^ sa patronne. Si une calamité menaçait la oité> la- multitude se rassurait quand elle avait inVoqué la.proteétion del'htimble bergère def^an terre. Lès formalités qui se pratiquaient alors fre^paiebt vivement les esprits. Un arrêt solennel du parlement ordonnait que la châsse de la sainte fût découverte, descendue de l'estrade où elle reposait et offerte à là vénération des fidèles. Ensuite elle parcourait tous lés quartiers dé la ville ^ portée par les religieux de l'abbaye et escortée de totit le clecgé de la capitale, a On fit, le 5 juillet, dit Yillars, la procession de la châsse de sainte Geneviève. La disette du pain était affireuse, et la saison si pluvieuse depuis

3i6 HISTOIRE PHILOSOPHIQUE

deux mois qu'il y avait tout à craindre pour la récolte. La procession réussit, et le succès confirma le peuple dans sa dévotion à la patronne de Paris. »

La philosophie a changé le temple consacré à la patronne de Paris en un panthéon profane; elle a fondu sa châsse d'argent, dispersé ses ossements. Cette philosophie ne semble-t-elle pas bien petite lorsqu'elle se rit des croyances du peuple et s'ef^ force de leB lui ôter ? Car ces croyances sont renchaatement qui séduit son esprit, sa consolation dans ses maux, son espoir dans ses douleurs, le remède qui calme ses colères. Malheur au gouvernement qui cherche à les ébranler ! La férocité des révoltes punira bientôt son imprudence. Rousseau s'écrie : a II faut des spectacles aux grandes villes, et des romans aux peuples corrompus; » et moi je dis qu'il faut au peuple des croyances; que les superstitions dont se moque la froideur philosophique ne lui vont pas mal, parce qu'il y a dans ces superstitions de la poésie qui occupe sofa imagination et charme son cœur. LUnfortuné qui s'agenouille devant la statue du saint renommé, ou. qui va au loin en pèlerinage chercher du secours à ses douleurs, né se mêlera pas à Témeute, et n'égorgera pas son semblable par cupidité ou par haine.

Les nouveaux magistrats de la cité prirent des mesures pour assurer l'approvisionnement, et le gouvernement les seconda avec la violence qui signalait tous ses actes. On obligea les paysans, dans un rayon de vingt lieues de Paris , à se dessaisir de leurs grains. La capitale fut alimentée; mais la famine sévit dans les campagnes. Elle s'étendit bientôt à la

DU RÈGNE DE lOUIS XV. 317

Normandie, et le désespoir des p(^ulations excita des émeutes à Rouen et à Lisieux. La misère était devenue extrême. Saint-Simon, qui habitait alors un château en Normandie', la dépeint ainsi dans une lettre adressée, le 25 juillet, à l'évoque de Fréjus : « Au milieu des profusions de Strasbourg et de Chantilly, on vit en Normandie d'herbes des champs. Je parle en seci'et et en confiance à un Français, à un évêque, à un ministre et au seul homme qui paraisse avoir part à Tamitié et à la confiance du roi , et qui lui parle tète à tête, du roi qui ne Test qu'autant <]u'il a un royaume et des sujets, qui est d'un âge à en pouvoir sentir la conséquence , et qui , pour être le J)remier roî de l'Europe , ne peut être un gi^and roi s'il ne l'est que de gueux de toutes conditions, et si son. royaume se tourne en un vaste hôpital de mourants et de désespérés à qui on prend tout chaque année en pleine paix. »

Le luxe de la cour, le jeu effréné qu'on s'y permettaitS les fêtes splendides de Chantilly faisaient en effet un contraste choquant avec la désolation des provinces. On distrayait ainsi le jeune roi des douleurs de ses sujets, et lés maux de son peuple, qui lui étaient presque inconnus, touchaient peu son cœur. On Taccoutumait à Findifférence pour ses devoirs et à l'insensibilité sur les malheurs publics.

La cherté des gr^,ins avait augmenta la détresse du trésor. M. le duc essaya d'opérer quelques ré-*

* < liC jeu était très-gros à Marly. Le roi et la reine perdirent deux cent mille livres en deux mois; J'ai dit à la reine qae rien ne lui ferait plus d'honneur que de renoncer à un pareil jeu. »

( Mémoires de Fillars.)

fprme^ dans les pensions, quelques diminutions dans les traitemepts , et les. cQurti&ianB erièreut anathème coptre lui.

Pendant une administration«de deux ans, ee prinee s'qtait brouillé atecune partie de l'Europe i sa dureté et le désordre de ses mœurs lui avaient aliéné Topinion p^]:)lique ; il savait irrité le clergé , blessé le parlement; il ne lui restait qu'à rompre aveo^Févêque de Fréjrffe.

Qepuis longtemps il supportait aveq impatience la coptr^^iqte que le prélat lui imposait» en Tempdchant d'être js!.mais seul avec le roi*. Pour sepouer ce jougi madame de Prye, au lieu de lui conseiller cl'aller droit et hautement au but ^ inventa bne in-s trigue mesquine qui ne pouvait manquer de lui dç-î veQir nuisible. Elle osa se donner la reine pôiir eom* plipe, an risque de la brouiller avec Je roi. Cette j^rincesse y qui croyait devoir à M^ le duc et à madaoïe de Prye la b^ute position où elle était montée , eonseptit à les seconder.

Pu soir (le 18 décei^bre), 4a reine ayant retenu le roi un peu plus longtemps que de coutume, M. le duc survint avec le portefeuille. Il proposa au roi de faire immédiatement le travail en présence de la reine ; ce qui fut accepté; La marquise espérait que le jeune mon^.rque en prendrait Tbabitude , et que

' Fleury entrait toujours dans le cabinet du roi une demi-heure arant M. le dac et assistait au travail où se faisait la distribution de toutes les grâces. « M. de Fréjus avait la complaisance de laisser à M. le dpc le gros des affaires ; oiais lorsqu'il était quesUpn de grâces, il se trouvait quç, quand M. le duc voulait eu parler au* roi, elles étaient déjà doqnées aux amis de M* de Fréjui. «

(Mémoires de Fillan.)

réyèque cesserait de parattre nécessaire. Cependant Fleur; s'était rendu ^ oomme de eoutume, dans le cabinet du roi. Lassé d'attendre, il se retire. Le lendemain matin il écrit au rod une lettre tendre et re^peetueiise^ mais affligée; il prend congé de luit annonce qu'il va finir «es jours dans la retraite^ et se rend aussitôt à Issy dans la maisoii de la oongrégation dp Saint-Sulpice,

Le roi regoit la lettre à son retour de la chasse.

Son trouble est extrême. Il descend un moment

cheji la reine y puis vient s'enfermer dans un cabi-^

Qet où il exbale sa douleur par des gémissements

et des larmes. Le duc de Mprtemart, premier géB->

tJHicfmm^ de la chambre ^ accourt^ Louis XY lui

4¥0ue la cause de son chagfin. h Eh quoi I Sire ,

H'ètes-vQus pas le maître? lui dit-il j faites dire à

Hf.' ÎQ duc d'envoyer à l'instant chercher M. de Fré^

ju«, et vous aile* le revoir. » Mortemart se charge

Inri^mâme de porter Vordre an premier ministre, et

le lui ÎAtime sèchement; celui-ci est obligé d'obéir,

^\ Bubit l'hupailiation de rappeler son rival-.

On voypit clairement que Fleury était le maître du roi et de la France. Cette pénible vérité frappait \w y^ux de madame de Prye. La coupable se sentait atteinte ^u cœur, l'inquiétude la dévqrait; elle per-r ^it tou§ pes phar^es. Inutilement avait-elle abusé 4e l'inci^périenoe tle sa souveraine; elle né réussissait qu'à la commettre avec sou époux, et à détruire, dans SQU germe, \^ crédit légitime que Marie devait obtenir. La reinq s'aperçut en effet d'une diminu-^ tion i^ensiblc d^Q^ l'afTection du rqi.. Villars raconte nm cpuyi^rf^atiQu qu'U mX «s^v^o ^Ue à ce sujet, h La

reine me mena le même jour dans son cabinet , et me parla avec une vive douleur des changements qu elle voyait dans Tamitié du roi. Ses larmes coulaient abondamment. Je lui répondis : Je crois ^ madame^ le cœur du roi bien éloigné de ce qu'on appelle amour. Vous n'êtes pas de même à son égard; mais croyez-moi , ne laissez pas trop éclater votre passion ; qu'on ne s'aperçoive pas que vous craignez de la diminution dans ses sentiments , de peur que tant de beaux yeux, qui le lorgnent centinu«llement ne mettent tout en jeu pour profiter de son changement. » Cette princesse , remplie de vertu et de bonté f manquait de l'adresse avec laquelle elle se fût emparée de l'esprit de son époux. Elle ne savait' que pleurer et gémir devant Dieu. Puisant4ans son propre cœur l'opinion qu'elle se formait des autres^ elle entreprit de défendre M. le duc", Pâris-Duverney et madame dePrye, devant Fleury même, et d'obtenir du vieux prélat qu'il permît au roi detravailler seul avec le premier ministre.- Elle ne reçut que des «épouses négatives; et l'évêque se confirma de plus en plus dans la pensée de la priver de toute influence. Comme elle lui parlait avec douleur du changement qu'elle remarquait dans les sentiments du roi : (( Ce n'est pas ma faute, » répondit-il sèchement.

La cour fut bientôt aux pieds de l'évêque. On se faisait valoir près de lui en exagérant les torts du duc de Bourbon. // se devait de mettre fin à cette ad^ ministration aus^i insensée que funeste. Les vœux de la France l'appelaient. Fleury arrivait par la voie qu'il avait, ouverte ; mais, toujours circonspect^ il ne se pressait pas et, avant d'éclater, il voulut don-

ner use nouvelle preuve de son abnégation. II pressa, à différentes reprises , M. le duc d'éloigner Pâris-Duverney et madame de Prye, devenus les objets de la haine publique. Le prince^ comme tous les hommes d'un esprit étroit, avait une invincible obstination. Il crut son honneur engagé à soutenir lès deux personnes qu'on voulait perdre, et il résista aux instances de l'évêque. Celui-ci jugea que le moment de se démasquer était arrivé, et la disgrâce de M. le duc fut résolue. Mais le précepteur, au lieu d'exiger que Louis XV la prononçât en "roi , lui laissa jouer, dans cette circonstance , le rôle avilissant d'un hypocrite honteux.

Le 11 juin 1 726 , le roi partait pour Rambouillet. En montant en voiture, il dit de l'air le plus gracieux au duc de Bourbon : « Mon cousin, ne me faites pas attendre pour souper. » A sept heures, le duc de Charost, dont les ordres étaient signés dès la veille, demande à être introduit, et remet au prince une lettre du roi ainsi conçue : « Je vous ordonne, sous peine *de désobéissance , de vous rendre à Chantilly et d'y demeurer jusqu'à nouvel ordre. » Le prince partit sur-le-champ, suivi par un lieutenant des gardes du corps. Dans la soirée, Fleury porta à la reine une lettre de son époux non moins impérieuse: « Je vous prie, madame, et, s'il le faut^ je vous ordonne dé faire tout ce que l'évêque de Fréjus vous dira de ma part, comme si c'était moi-même, Louis. » A. cette lecture, la reine éclata en sanglots. Elle sentit que son bonheur était détruit.

il. le duc rentra dans l'obscurité d'où il ne sortit plus. Il supporta sa disgrâce avec dignité. Une lettre I. 21

saa HisTaRE philosophique

de cachet exila madame de Prye à aa (erre de Coupbépine ; le désespoir y termina ses jours quinze mois après^ On enferma Duverney à laBastille^.et ses frères furent exilés*

La disgrâce du duc de Bourbon excita dans Paris des transports de joie. La police fut obligée d'inter* yenif pour empêche^qu'on n'illuminât les maisomar»

Il arrivai en 1726^ un événement scandaleux, petit en apparence, mais qui exerça de Vinfluence sur la direction philosophique donnée à la France pendant le xyiii*" siècle.

Voltaire se prit de querelle chez une célèbre comédienne^ mademoiselle Lecouvreur, avjsc le chevalier de Roban. A la suite de propos trè^^vifs^ le chevalier montra sa canne au poëte , qui voulut mettre Vépée à la main. Le chevalier de Rohan crut que son nom le dispensait da rendre raison à un plébéien, et en plein joiir, il fit donnera Voltaire des coups de bâton par ses gens. Celui-ci| outré, répète partout qu'il forcera son adversaire à%e battre, et vengera par les armes TafiEront qu'il a reçu. Toute la famille des Rohan s'émeut, et le cardinal de Rohan obtient de M* le duc l'prdre de faire mettre à la Bastille l'insolent qui usait les braver. Voltaire en sortit quelque temps après , mais rempli

* Madame de Prye affecta dans sa retraite delà force d^âme et même delà gaieté. On dansait, on faisait bonne chère, on jouaitla comédie. Cependant eUe a?ait pris la résolution de mettre fin à son existenee qui lui était devenue insupportable. Elle annonça sa mort comme une prophétie , à tel mois , tel jour, telle heure. Deux jours avant eile parut en scène et récita trois cents vers. Le surlendemain , elle expira au moment qu'elle avmit désigné. Elle n'avait que TÎDfiMieaf'ifis.

DD RftGNE DE LQUI8 XV. Sn

d'iodigaAtion , il partit presque aussitôt pour. rAngleterre où il se lia avee lord Bolingbroke et les sotres ehefe de Téeole philosophique anglaise. Cette école était alors plus avanoée en incrédulité que las philosophes français. Voltaire ne tarda pas à fte mettre à l'unisson et à s'imprégner de ses doe-^ tiinag; il revint quelques «innées après les développer en France, plus confirmé qu^ jamais dans le dessein de combattre là religion et de s'ériger en apôtre du pyrrhonisme.

Ce fut pendant le ministère de M. le duc qu'on vit pour la première fois à Paris un club politique. Un abbé Alary, qui avait été employé à l'éducation du roi, in^agina de rassembler chez lui deux fois par semaine un certain nombre de personnes qui 8 occiiperaient du droit civil européen et des affaires extérieures. Son appartement était situé sur la place Vendôme à l'entresol, d'où les séances prirent le nom de Conférences de Tentresol.

Chaque membre apportait à la réunion quelques pages du travail spécial auquel il se livrait, et en donnait lecture ; puis on se communiquait les nouvelles relatives aux, combinaisons politiques d'une certaine importance. Plusieurs membres entretenaient des correspondances avec l'étranger, et on se trouvait heureux quand , au moyen de ces relations, la conférence apprenait avant le public la nouvelle d'un traité conclu, 6u d'une résolution arrêtée dans les cabinets.

L' évoque de Fréjus ne parut pas désapprouver les conférences de l'entresol. Mais en France, des secrets confiés à plusieurs personnes, sont rarement

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gardés. Les nouvelles annoncées à ces réunions transpiraient malgré le silence qu'on s'était promis. Les ministres étrangers se plaignirent ^ et le cardinal de Fleury engagea les membres de ces assemblées à cesser de se réunir. Ce conseil dans sa bouebe équivalait à un ordre qu'il eût été dangereux d'enfreindre, étales conférences de l'entresol se terminèrent entièrement en 1732.

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