‹ Histoire philosophique du regne de Louis XVChapitre 16 sur 37 · MINISTÈRE DU CARDINAL DE FLEURY · texte numérisé non relu

MINISTÈRE DU CARDINAL DE FLEURY

Politique de Fleur y. Son caractère. Il refuse le titre de premier ministre. -^ Le roi déclare quMl prend les réues du gouvernement. — Fleury obtient le chapeau de cardinal. — Changements dansle ministère.— La maxime de Fleury est la paix au dehors et l'économie au dedans. II fait des réformes et diminue les impôts. — La puissance de Fargent commence à s'établir. — Le valeur du marc d'or et d'argent est fixée.-^L'équilibre est rétabli dans les finances. — Construction des routes royales. La corvée; son régime oppressif. — Subsides payés à la Suède et au Danemark.—Fleury prend le rôle de pacificateur au milieu des prétentions diverses des puissances. Il resserre l'alliance avec l'Angleterre et renonce à rétablir la marine. — Le commerce français souffre de la prépondérance des Anglais.— Le cardinal rapproche les cabinets de Londres et de Vienne. Il raccommode la France et l'Espagne. — Démence de Philippe Y. Sa raison redevient Iticide lorsqu'il est question de son ancienne patrie. — Mort de Newton , de la èzarine Catherine P* et de Georges I*'. -7- Pierre n succède à Catherine.— Traité de Séville entre l'Angleterre , la France et l'Espagne. — Naissance du Dauphin. Grande joie en France. — Satisfaction témoignée par Philippe Y. •—Mort du dbc de Parmç. — Investiture du duché donnée à l'infant.— Mort du jeune czar Pierre II. Anne Ivanowna monte sur le trône. — Abdication de Yictor- Amédée , roi de Sardaigne. Sa captivité. Sa mort. — Le cardinal se décide à poursuivre les jansénistes. —Affaire de Soanen, évéque de ^nez. — Quevelles avec le parlement. — Légende de Grégoire YII condamnée par le parlement. — Lit de justice dans lequd le roi oblige le parlement à déclarer la bulle Unig^nitus loi de l'État. — Convulsionnaires au tombeau du diacre Paris. — Le parlement suspend le cours de la justice. — Ordonnance réglementaire du parlement enregistrée en lit de justice. — Protestation du parlement. Exil de quarante magistrats. Le cardinal cède quelque temps après. Les exilés sont rappelés, et la déclaration regardée comme non

3a$ HISTOIRE PHILOSOPHIQUE

avenue. ^Danger des luttes avec des corps. — Philosophisme militant. — Lettres sur l'Angleterre et Lettres persanes. — Incertitude dans les lois fondamentales. — Nonchalance du roi. Droiture de son esprit. Ses petits soupers. Ses occupations bourgeoises. — Conspiration contre Fleury, dite des Marmousets. On donne pour maîtresse au roi madame de Mailly. Ce choix ne déplaît pas à Fleury. — Caractère des princes du sang.

1 726 » «^ La France avait besoin de ealme et de repo» pout rétablir sa fortuné. Elle les trouva sous le ministère de Fleury. Économe , désintéressé , simple dans ses mœurs ^ sans aucun faste > voulant la réalité du pouvoir, mais dépouillé de son éClât, Tévêque de Fréjus convenait à la situation présente. Sous ses auspices la confiaaoe se rétAblit au dedans et au dehors, le cotamerce s'étendit, parce que la modération du chef devint pour lui un gage de 'sécurité. Cette même modération donna à la diplomatie française une prépondérance qu'elle n'avait pas encore obtenue. SdUis Louis XIV, elle domtûait par la crainte; avec Fleury i elle professa un constant aî»our de la paix^ L'admiiiislration de l'évêque de Fréjus est la période la plus heureuse du i'ègne de Louis XVw II JTut du petit nombre des ministres dont le peuple honora 1& mémoire > parce qu'il aima l'État, et s'effbrça de diminuer ses charges sau^ compromettre Vhonneur de la France> Cependant Tinflexible histoire) en constatant le bien qu'il a fait, lui adresse de graves reproches. Fleury était fin et délié jusqu'à la fourberie* Son économie dégénérait souvent en une lésinerie dont les affaires souffraient; il n'oubliait pas les ihjures , fet ses rancunes étaient implacables* Ceux qui avaient servi le gou-

Dtl RËGNE DE LOUIS Vf. m

Teniiaeiit du duo de Bourbon rettàrent consteni^ ment dans sa disgrâce. Jamais il ne pardonna à la reine d'être entrée dans le complot ourdi contre lui par madame de Prye. Il Féloigna constamment des affaires, et il contribua ainsi à bannir du ménage royal Tintimité et la confiance» tes grâces que la reine demandait étaient refusées; si elle s'en plai** gnaitau roi, celui-ci lui répondait sèchement : « Faites comme moi,. madame; ne lui* demandez rien. » Oa ne saurait surtout pardonner à ce ministre .d'avoir prolongé l'enfance de Louis XY, fayorisé sa paresse naturelle et sa défiance de lui-même , afin de le gou*- Tsrner sans obstacle. Fleury , prêtre, évêque et oar*dinal , comprit mal les intérêts de la religion et ceui de l'État qui s'y rattachent. Sa main s'appesantit eur les jansénistes > dont les opinions différaient en quelques points des. siennes, et elle fut légèi^ pouries hommes sans foi qui commençaient à ré^ pandre l'incrédulité. La querelle du jansénisme, assoupie par l'indifférence du duc d'Orléans et du due de Bourbon , se ranima par la persécution. Noua verrons des luttes s'établir entre le clergé et les par-^ lements, la royauté intervenir aveo maladresse, le scandale atteignant le ridicule , fournir des armée au philosophisme, et au milieu de ces pitoyables di^)utes, les croyances s'affaiblir deplnaen plus.

Fleury ne voulut pas être premier ministre : Du* bois avait flétri ce titre. 11 prit celui plus modeste de minietre d'État. Qu'importe, en effet, le nom quand on possède toute la réalité du pouvoir? Le roi annonça que la place de premier ministi*e était supprimée, et, qu'à l'exemple de son bisaïeul^ il entendait gouverner

désopmais par lui-même. Il lut au conseil une décla^ ration où Ton trouve les paroles suivantea : « Il était temps que je prisse moi-même le gouyernemeat de mon État et que ^e me donnasse tout entier à Famoiir

que je dois à mes sujets J'ai jugé nécessaire

d'éteindre et de. supprimer le titre etles fonctions de principal mjnistre. J'ai donné ordre d'en faire part à mes parlements. .. » Puis viennent quelques mots qui eussent dû 'éclairer sur la vanité de ces promesses : « Je fixerai à mon garde des sceaux et à mes ministres des heures pour un travail auquel r ancien évêque de Fréjus assistera toujours... Enfin , je veux suivre en tout , autant qu'il me sera possible^ l'exemple du feu roi mon bisaïeul. »

Pour compléter cette mystification, on osa invoquer la religion. Les évêques reçurent l'invitation d'ordonner des prières, afiji d'obtenir à Louis XV les grâces du ciel dont il avait besoin pour le gçuvernement de ses États. Le peuple se réjouit quand le souverain annonce la volonté de diriger lui-même ses affaires; il se croit alors à l'abri du despotisme su<balterne. Aussi, une vive satisfaction se manifesta. Mais les prières adressées au ciel étaient impuissantes contre les vices *de l'éducation du jeune roi.

Si l'évêque de Fréjus dédaignait le vain titre de premier ministre , il n'en aspirait pas moins à CQtte haute dignité ecclésiastique, que tout membre du clergé, quelque élevé qu'il soit, regarde comme le complément de sa fortune. D'ailleurs, elle donne de droit au ministre cardinal la préséance dans Le conseil. Louis XY avait sollicité le chapeau pour son précepteur dès le temps du ministère de

M. le duc. Celui-ci ordonna au cardinal de Polignac^ ambassadeur de France à Ronie^ de s'opposer soùs main à cette demande. Elle fut renouvelée avec plus de vivacité, après sa disgrâce. Les promotions sollicitées par les couronnes n'avaient lieu qu'à certains intervalles. La plus proctiaine était fixée à l'an-* née )727. Le roi désirait une nom*ipation hors rang et par anticipation; mais- il fallait le consentement de l'Espagne et celui de l'empereur. Philippe V l'accorda sans difficulté. Le d\ic de Richelieu l'obtint de Charles YI , par l'entremise du prince Eugène , dent il avait séduit la maîtresse. Les femmes ,* comme on sait, étaient le grand ressort de ses intrigues diplomatiques. Il reçut pour récompense le cordon bleu et un don de deux cent mille livres. L'évêque de Fréjus fut préconisé dans un consistoire tenu le M septembre 1726- Le roi l'embrassa publiquement en lui» donnant la barrette.

w S'il y a jamais eu quelqu'un d'heureux sur la terre, c'est sans doute le cardinal de Fleury. On le regarda comme l'homme le plus aimable et de la société la plus délicieuse jusqu'à l'âge -de soixantetreize ans; et lorsqu'à cet âge, où tant de vieillards sont forcés de se retirer «du monde , il eut pris en mains les rênes du royaume, il fut regardé comme un des plus sages. » (Anquetil, Histoire de France.)

Fleury voulait des ministres qui fussent sous sa dépendance. Le garde des sceaux d'Awnenonville , le ministre de la guerre Breteuil et le contrôleur général Dodun furent renvoyés. Morville, se trouvant amoindri aux affaires étrangères par l'intervention incessante de Fleury, se retira. Le Peletier des Forts eut

S80 HISTOIRE PRILOSOPHIQOE

le oontrôle généraK On confia de nouyeau à Le Blafic l'administration de la guerre. Le chaiicelier d'Agtiea** seau revint de *son exil; mais on ne lui rendit pM Im sceaux ; ils furent confiés à Cfiauvelin, président Mi parlement 9 qui reçut aussi le titre de ministre des affaires étrangères. Gé magistrat, d^ùn esprit hardi, éclairé, actif, o}3tint la confiance du cardinal' auquel il inspira quelquefois la fermeté et la r-ésolution qtoi lui manquaient. Maurepas, agréable au roi par aes saillies et ses chansons, conserva le ministère de ht marine. LaVrillière, trop médiocre et trop soumift pour exciter aucun omhrs^e , garda celui de la mai*son du roi. Les maréchaux de Yillars et d'Dxellti continuèrent à faire partie du conseil.

Les premières pensées du cardinal se* portèrent sur la nécessité de ramener les dépenses au niveaii des recettes. -Sa constante maxime fut la paix au de^ hors, Téconomie dans rintérieur; il regiurdait TÉtat comme un corps rohuste qui n'a besoin que de repos et d'un bon régime pour se. rétablir.

Des réformes signalèrent son administration, et il sut résister à Favidité des courtisâna et aux exi^^gences de la cour. Empressé de diminuer le poidft des impôts, il supprima le cinquantième, qui avait excité de si violents murmures, et il accorda dea remises sur les contributions arriérées. Une sage mesure couvrit le vide qui résulta de ces actes de munificence. Les droit» sur la consommation étaiedt en régie. Soit incurie, soit collusion, ces droits n% rendaient au trésor qiie cinquante-cinq millions par an. Le cardinal les donna à bail par adjudication à quatre-vingt millions , non compris les frais dé n^

DU JIÈGNE DE LOUIS XY. tSl

cùUYi*ém6ilt restés à la charge des ferniierd. Toute-» fois son inexpérience en matière de finances lui fit oommettre une faute. Il abandonna aux fermiers len arriérés dont les comptables, de la régie étaient relifiuataires : ils leur valurent soixante millions quatre cent mille livres f qui joints à un bénéfice de quatrc'^vingt'seize millions réalisé pendant les six année» du bail, devinrent la source de ropulenctt des Nouveaux fermiers généraux. Comme les trai-^ ULnts ne furent plus recherchés ni taxés pendant la durée de ce règne , leurs fortunes s'augmentèrent sans obstacles. La puissance de l'argent s'étendit de plus en plus ; on vit les alliances des financiers avee la noblesse se multiplier. Il résulta de ces rappro-ichements moins d'inégalité dans les rangsf et une considération plus grande accordée à la richesse.

Une opération j[ion. moins importante à l'État mit fin à Tincertitude sur la valeur intrinsèque et la valeur nominale dés monnaies. Le marc effectif d'argent fin f qui de trente-cinq livres où il était à la mort de Louis XIV y avait été porté par Law à cent vingt livres > pour rèdçscendre quatre ans après à qua^. rante -quatre livres, fut définitivement fixé à -cinquante-quatre livres. Depuis ee moment, le prix du marc n'ayant pas éprouvé de variations sensibles ^ les espèces frappées alors ont continué à circuler pour la même valeur nominale^ au grand avantage du commerce qui cessa de craindre les secoHsses produites par l'abaissement ou l'élévation sul)ite dés monnaies.

L'équilibre bientôt rétabli dans les finances ^ pe^» mit au cardinal de s'occuper de la prospérité pu^

blique. Il fit rebâtir la ville de Sainte-Ménehould , brûlée en 1719. Nous verrons son nom attaché à de ^andes et nobles entreprises scientifiques. On traça le canal de Picardie, et les troupes commencèrent à le creuser. De nombreuses communications s'ouvrirent par sqs ordres. Toutefois, on se rappelle avec douleur que ces routes magnifiques qui honorent la France et contribuent puissamment à sa splendeur , furent arrosées des sueurs des malheureux cultivateurs. L'État ne faisait les frais que du tracé et des objets d'art; les matériaux étaient fournis, et leur emploi avait lieu au moyen de la corvée. Celle-<^i, regardée comme un accessoire de la taille, n'atteignait pas les privilégiés. La corvéeroyale sffrachait les paysans à leurs travaux sans indemnité, et ne les exemptait pas des autres obligations féodales. Cette charge si injustement répartie devint une des causes de ces haines profondes qui éclatèrent d'une manière sanglante à la fin du siècle. L'économie qui était dans les principes et dans les goûts du cardinal, dirigea sa politique. Il craignait' la guerre chez lui, en rai^n de ce qu'elle coûte; il la craignait chez les autres, parce qu'il est rare que la querelle entre deux nations ne froisse indirectement les intérêts des peuples, et ne se résolve en définitive en une collision générale. Fleury se présentait en arbitre dans les divisions qui survenaient; on le connaissait désintéressé, partisan sincère de la paix; et son arbitrage était accueilli ; peu à peu s'établit, par la modération et la sagesse, le glorieux patronage de la France. Cependant, comme des événements peuvent survenir, qui rendent la

guerre inévitable^ il s'efforça de resserrer les al-liancesdéjà conclues et d'en opposer de nouvelles à notre ancienne rivale^ la maison d'Autriche. L'État^ encore froissé des désastres de la fin du règne de Louis XIV, et affaibli par lete fautes des gouvernements qui lui succédèrent, eût dif&cilement sup^ porté à la fois une guerre continentale et.une guerre maritime. Fleury trouva Ualliance anglaise établie; il la maintint et parvint à la rendre solide, malgré la mobilité aue ses intérêts commerciaux donnent «à la politique de ce peuple. Mais il fallut renoncer à restaurer la marine. Le cardinal se décida à ne lui accorder que neuf million&r par *an , destinés au payement des traitements ; cinq cent mille livres seulement étaient employées à réunir le plus secrètement possible des matériaux dans les ports.

On dut aussi se résigner au dommage que notre upion avec FAnglëterre imposait aux négociants français. La possession de Gibraltar et de Port-Mahon donnait aux Anglais une prépondérance décidée dans la Méditerranée et les rendait maîtr.es du commerce du Portugal. Ils nous remplacèrent dans les Indes occidenJ;ales, et ils devinrent a'ussi les pourvoyeurs du Nord. Le cabotage et la pêche passèrent presque en entier dans leurs mains et daûs celles des Hollandais. A ces conditions, ils consentirent à inodérer la jalousie que devait leur inspirer l'extension de notre influence sur le continent. La nation anglaise est grande par son courage, sa persévérance et la hauteur de ses desseins. La nature de ses institutions ne permet pas aux hommes sans talents de rester à la tête des afiFaires. Mais ces qualités sont

334 H1ST0IHE PHILOSOPHIQUE

obscurciee par un égoïsme commeroiftl s'effairoù-* ehant de la moindre concurrence. Heureusement pou^ le cardinal de Fleury^ des intérêts particuliers^ spécÎKkiix^ modéraient à cette époque les sentiments exclusifs des Anglais. Georges ava^t à consolider sa dynastie ; la conservation et Tagrandissement de son électoral de Hanovre n'occupaient pas moins son es-* prit. Son ministre Robei;'t WalpoVe aimait la paix comme Fleury, par des motifs différents. Il lui fallait le repos pour développer à loisir l'habile système de corruption sur lequel il prétendait fonder la puissance de la maison de Hanovre et son propre crédit. D'ailleurs il importait aux whigs de rester en bonne intelligence avec un gbuvernement qui pouvait , en quelques heures, jeter le Prétendant sur les côtes de la Grande-Bretagne. Aussi , Tancienne haine contre Ut France qui retentissait à chaque nouvelle session du parlement, ne trouvait point d'échos au dehorf.

Malgré le délabrement de la marine, une escadre de onîse vaisseaux sortit, en 1728, du port de Toulon, et alla bombarder Tripoli , repaire de corsaires qui avaient commis des déprédations contre le corn*merce fran^is. ils furent réduits 4 iniplorer le pardon du roi. Petidant le cours de l'année 1732 , une autre escadre mouilla devant Gènes , et obtint le remboursement du prii d'un navire français brûlé par un armateur de la république. Les Anglais n'opposèrent aucun obstacle à ces deux expéditions*

Nous avons "Vu qu'à la fin du ministère du duc de Bourbon FEurope se trouvait divisée entre les signataires du traité de Vieone et ceux du traité de Hanovre; iiious rappelons que le roi de Prusse, quoit

qu'il eut adhéré à ce dernier , négociait avec Tem^ pereur, et que la Hollande et T Angleterre étaient brouillées avço la cour de Vienne , à cause de la conapagnie d'Ostende, et avec la cour d'Espagne, qui protégeait cette compagnie; de son côté, Philippe V revendiquait Gibraltar, sur la foi d'une prétendue promesse de restitution que Georges aurait chargé le duc d'Orléans de lui transmettre. Élisar* betkFarnèse ne pardonnait pas à Louis XY le renvoi de l'iiifante, et elle persévérait dans ses liaisons avec la cour de Vienne, se leurrant .encore de l'espoir d'une union de l'archiduchesse Marie-Thérèse et de l'infant dQu Carlos. En Allemagne, l'empereur Charles VI conduisait ses affaires avec cette hauteur inintelligente et étourdie qui les compromit pendant toute la «durée de son règiie. Il s'était uni avec la llussie , qui lui promettait un secours de trente xnille hommes. Charles XII avait déjà attiré hors de leurs déserts les hordes sauvag^sdu czar. Charles VI, non moins imprudent, introduisit la Russie dans les affaires des autres nations* Les princes allemands «'agitaient dans des vues diverses. Ls^ Savoie convoitait le Milanais.

C'est au milieu de cette complication de prétentions diverses qui présageait une guerre générale, que Fleury se posa comme pacificateur et fit jouir J'Ëurope pendant sept ans encore des bienfaits de la paix.

Pour y réussir, il fallait rapprocher les cours do Vienne , de Londres , d'Espagne et le^ eabinets de Madrid et de Versailles. Les Anglais accusaient l'empereur de protéger le Prétendant: Dans le discours que le roi Georges prononça au paiement d'Angle-

terre, à l'ouverture de la session de 1727, il affirma que, dans le traité de Vienne, se trouvait compris rengagement d aider le Prétendant à remonter sur le trône. Aussitôt que ce discours fut connu, Témpereur envoya à M. de Palm , son ministre à Londres , l'ordre de présenter au roi (T Angleterre et de rendre publique une note où les assertions contenues dans le discours étaient' traitées de mensongères. Georges , piqué de ce démenti , chassa M. de Palm , et Charles VI , par représailles , ordonna à la légation anglaise de sortir de ses États.

Le gouvernement britannique se trouvait déjà en hostilités ouvertes, avec celui d'Espagne. Les Espagnols assiégeaient le rocher de Gibi^iltar. Les Anglais tenaient une flotte dans les mers du Mexique, et empêchaient le retour des galions.

Loin d'admettre , dans ce moment, l'arbitrage de la France, l'Angleterre et la Hollande , dans Tespoir de brouiller sans retour les deux branches de la maison de Bourbon , pressaient Fleury d'attaquer l'Espagne par terre et par mer.

La médiation de la France obtint qIus de succès à Vienne, grâce à l'entremise du nonce du pape. Le 31 mai 1727, les plénipotentiaires du roi, de l'empereur, du roi d'Angleterre et des États généraux , signèrent , à Paris , douze articles préliminaires. Charles VI consentit à ce que le privilège de la compagnie d'Ostende fût suspendu pendant sept ans , à la condition de laisser revenir sans obstacle les vaisseaux de cette compagnie alors en mer. Les hostilités devaient cesser ; les escadres seraient rappelées, et si quelques vaisseaux avaient été pris, ils

seraient restitués. On- convint, en outre , d'un nouveau congrès pour régler les difficultés encore pendantes. Ces préliminaires furent ratifiés à Vienne^ le 13 juin suivant , au nom dé TEspagne , par le duc de Bournonville, ambassadeur de Philippe V.

La difficulté concernent la compagnie d'Ostende résolue 9 restaient les différends qui divisaient les cours de Versailles et de Madrid , VEspagne et T Angleterre.

Fleury eut rheureuèe idée de s'adresser au cœur de Philippe pour rétablir l'union si désirable dans la famille royale. Lareine venait d'accoucher d'un infant; Louis XV écrivit de sa propre main àson oncle , une lettre de félicitations aimable et affectueuse. L'homme qui avait offensé ce prince n'était plus au pouvoir, et la jeunesse de Louis XV l'excusait aux yeux de Philippe. Le roi d'Espagne accueillit avec transport la démarche amicale de son neveu, et il s'empressa de déclarer que tout était effacé, et que toute division cessait. La reine se montra plus difficile. Cependant on envoya un ambassadeur e;xtraordinaire chargé de porter le cbrdon Heu à l'infant, et ces avances de la cour de France ramenèrent enfin et pour toujours l'harmonie qui n'aurait jamais dû être troublée. L'accord étant rétatli entre le^ branches de la maison de Bourbon,^ le cardinal essaya de nouveau de concilier les différends qui divisaient l'Espagne et l'Angleterre. Cette dernière puissance, quand elle eut acquis la certitude qu'elle ne serait pas soutenue par la France, devint plus accommodante. Le cabinet de Madrid demandait le rappel de la flotte qui croisait sur les côtes d'Amérique; celui de

38a HISTOIRE PHILOSOPHIQUE

Saint-James exigeait la levée du siège de Gibraltar et la restitution du navire de la compagnie anglaise du Sud^ le Frederick, qui portait quatre millions de piastres dont les Espagnols s'étaient emparés. Après des négociations inutilement prolongées les deux cabinets s'accordèrent mutuellement les objets de leurs demandes.*

Le cœur du roi d'Espagne était resté français , et les souvenirs de la patrie pouvaient seuls l'arracher à cette affreuse mélancolie qui l'avait réduit à un état approchant delà démence; sa vie était bicarré ^ incohérente^ irrégulière. Enfermé dans sa chambre, il demeurait des mois entiers sans se raser, se faire les ongles et changer de linge. Il restait levé la nuit et se couchait le jour, et il se faisait dire la messe au milieu de l'après-midi ou le isoir; quelquefois se croyant mortV il demandait pourquoi on ne l'enterrait pas. On le voyait iSilenciëux pendant des semaines entières ; puis , sortant de cette tristesse par des fureurs , il frappait et égratignait la reine et ceux qui se trouvaient près de lui. *

C'est ainsi que cetttf princesse achetait le plaisir de régner : les.plus cruelles. amertumes étaient les compagnes de sa grandeur.

La reine d'Espagne dominait au dehors; dans son palais elle était cruellement maltraitée toutes les fois qu'elle contrariait les. manies du monarque ; et quand l'âge eut amorti^ chez Philippe > l'ardeur des sensi ses violences devinrent plus fréquentes et plus brutales; mais s'agissait-il de la France, il se souvenait qu'il était roi et le faisait sentir rudement aux autres; sa mémoire redevenait sûre et «on jugement

sain. Eu 1726, Louis XV éprouve une maladie dôni! Marie Leczinska est également atteinte» A cette noxï* velle, Philippe sort de son lit et ordonne les prépa*ratiffi nécessaires pour venir , si le jeune roi suecombàit^ réclamer ses droits à ta couronne.

L'aiinée* 1727 vit disparaître- plusieurs hommes célèbres. Le plus illustre de tous, Newton, mourut le 30 mars. Le 1 6 mai de la même annréQ , expira la czarine Cadierine P ; elle déshonora la fin de son règne par des débauches qui abrégèrent sa.vie. Pierre Àlexiov^itz , p/Btit-fils de Pierre le Grand, lui succéda sous le nom de Pierre II. Une attaque d'apoplexie emporta le 2 juin Georges P% roi d'Angleterre. Son fils Georges II monta sans contestation sur' le irône. Walpole conserva le pouvoir, et rien ne fut changé, ni dans le gouvernement intérieur, ni dans la politique e:8:térieure.de la Grande-Bretagne.

Le 14 août, Marie Leczinska donna le jour à deux filles. Les désirs de la France n'étaient pas satisfaits, mais l'heureuse fécondité de la reine rassurait sur Tavenir. Lee Français aimaient leur jeune tnonarque* Son bonheur et- le* renouvellement de son auguste race étaient l'objet de tous les vœux. Les cœurs se sentaient remplis d'espérance*.

Sur ces entrefaites > un nouveau' traité est signé à Séville, Je 9 novembre 1729 , entre le^ ministres de France, d'Angleterre et d'Espagne. Tous les articles de la quadruple alliance y sont renouvelés , et particulièrement ceux qui accordent à l'infant la succession éventuelle des duchés de Toscane et de Parme. On convient , pour assurer ses droits^ que lô roi d'Espagne fera passer six mille hommes dans

ces duchés ,^et que les rois de France et d'Angleterre agiront àe concert dans le même but ; du Feste, les contractants se garantissent réciproquement leurs États et domaines dans toutes les parties 4u monde avec les droits respectifs de leur commerce; ce qui confirmait la suppression de la compagnie d'Ostende* Les États généraux^ intéressés à Fextinction de cette compagnie, s,' empressèrent d'accéder au traité.

En 1 728 , la reine avait donné une troisième fille au roi. Le 4 septembre 1 729 , elle mit au monde le Dauphin si impatiemment attendu. Il y.eut de grandes réjouissances à Paris et dans toute la France. Les puissances étrangères prirent beaucioup de part à cet heureux événement qui parut un gage de paix *. Désormais la maison d'Espagne n'élèverait plus' de prétentions à la couronne de France, et la validité des renonciations se trouvait hors de cause. Philippe V lui-même, qui conservait un vif attachement pour sa famille, montra une grande joie. 11 se leva, se fit habiller et parer; îl sortit de sa solitude et il y eut un baisemain* général , où il annonça à toute sa cour l'heureuse nouvelle, en la'conviantà partager son allégresse.

La reine- d'Espagne voulait que les stipulations du traité, de Séville reçussent sans délai leur exécution, et quelles six mille Espagnols fussept transpointés en^Italie. L'empereur objecta, non sans raison, l'inconvenance de prendre possession de l'héritage d'un souverain encore vivant. Une augmentation de

* Les Étais généraux firent présent d^unê médaille d'or de cent ducats au courrier qui apporta la nouvelle de la naissance du Dauphin.

ses troupes dans le Milanais appuya cette opposition. Antoine Farnèse^ duc de Parme , mourut le 10 janvier 1731 sans laisser de postérité. Aussitôt, à l'instigation de TAutriclie , la duchesse anlaonce qu'elle est enceinte, et l'empereur fait occuper par ses troupes les États*de Parme et de Plaisance, promettant néanmoins de les remettre à Tenfant qui naîtra, et, à son défaut,* d'en donner Tinvestiture & don Carlos. Llimpatiente Elisabeth s'indigne de ce retard ; «elle fait sommer, au terme de l'article 9 du traité de Séville , lès cours de France , d'Angleterre et les États généraux d'e coopérer à son exécution. L'Angleterre s'empare alors du rôle de conciliatrice. Elle aspire à la gloire de mettre fin à tous les différends survenus à la suite de la guerre de la succession. Le cardinal, à qui la forme du débat importe peu, pourvu qu'il se termine d'une manière pacifique , lui en laisse l'honneur. Elle agît auprès de l'empereur, et en lui promettant la garantie de sa pragmatique,, elle obtient un traité favorable à l'Espagne et, utile à elle-même* Par ce traité, signé le 16 mars, F Angleterre reconnaît 'la pragniatique sanction; l'empereur consent à la .suppression définitive de la Compagnie d'Ostende , et promet de ne mettre aucun obatacle à l'introduction en Italie des six mille hommes qui doivent, au nom de l'infant, tenir garnison dans les duchés. Au mois de juillet, l'Espagne accède à ce traité; le grand-duc de Toscane y donne son adhésion. La duchesse douairière de Parme consent à démentir sa prétendue grossesse. Les six mille Espagnols sont conduits à Lîvourne par une flotte anglaise. L'infant les suit de près ;

et les Impériaux s'étant retirés^ il ne tarde pas à prendre possession des deux duchés. Toute rflu-* rope le reconnaît; une branche de la maison de £fourbon est enfin établie en Jtalie., et la reine d'Ës^ pagne recueille le fruit de treize années de per^ sévérance. . '

Le inonde apprit av^c étonnement que TAngle^ terre venait de travailler à l'agrandissement de la maison de Bourbon; mais spn cabinet n'agit jamais par entraînement. Dans un gouvernement Hbre^ les intérêts nationaux sont toujours consultés*. En se^ courant TEspagne , il affernnssait dans les maina de la Granda-Bretagne la possession de Gibraltar et de Fort-Mahon* D'ailleurs , les cessions que la France lui avait faites par le traité d'Utrecht, pouvaient dès lors être regardées par cette dernière puissance comme le prix* d'un service rendu. • •

On a remarqué que, dans presque toutes les oon-< ventions diplomatiques consenties par TAngleterre , il existe un point si petit en apparence qu'il de^ meure inaperçu ; ms^is que l'on voit grandir ensuite peu à peu a l'avantage du commerce britannique. Les Anglais po demandèrent, pour s'indemniser du transport des troupes espagnoles à.Livourne, que la faculté d'envoyer tous les ans un navire à Porto* Belle.. Cette légère concession ruina cependant le commercé de la métropole avec ses colonies. Jusqu'à ce moment, les galions retournant au Mexique , y portaient les marchandises nécessaires à Fusage des habitants. Un seul navire anglais ne semblait pas devoir faire naître une concurrence dangereuse. Mais ce navire ne désemplis-

DU RÉGNE DE LOUIS XV; m

sait jamais ; son chargement était contintiellement alimenté par de très-petits bâtiments partis des tleè anglaises, et d'un trop léger totrnage pour txeiter la défiance ; et comme les marchandises ànglaiMi étaient à meilleur compte et mieu^ confectionnées que celles d'Espagne , .elles obtinrent une telle vogue> que celles des galions n'eurent plus de débit. Leà Anglais jouissaient déjà par le traité de TÂsientô » du privilège de la traite des nègres dans lèd eoloniet espagnoles.

Ajoutons que la conduite du cabinet de Sainte James dans cette cir-constance , se rattachait à une Tue profonde de l'avenir. En établissant la maison de. Bourbon en Italie^ il fomentait , par ce voisin nage» la jalousie de T Autriche, et Sur leurs divisions qu'il prévoyait, il fondait l'espoir de la grandett!* future de son pays.

Au commencement de 1 730, le jeune czar Pierre II fut emporté par la petite vérole. Il n'avait que quinze ans. Les Dolgorouki , tout puissants à la cour , et qui avaient précipité 1& famille Menzikoff dans les déserts de la Sibérie, dénièrent leur appui aux deui ûlles de Pierre le Grand, et appelèrent au trône Anne Iwanowna, duchesse douairière de CourIande> fille du czar Iwan,'frère aîné de Pierre 1-'. Les con-^ ditions qu'ils lui imposèrent faisaient passer aui grands une partie du pouvoir suprême. Anne; à peine affermie , brisa sa chaîné , et envoya les Dolgorouki en Sibérie expier le tort d'avoir voulu dicter des lois à leur souveraine. Là, ilr retrouvèrent Menzikoff, et une infortune commune rapprocha ces illustres victimes d'une ambition déçue. .

344 HlSTOffiE PHILOSOPHIQUE

Le maréchal de Yilleroy termina sa longne carrière : il avait enfin obtenu la permission d« reparaître à la cour. Le roi le reçut froidement. L'égoïsme de Louis XV lui tint peu de compte de ses bassesses^ et peut-être le roi sentait-il intérieurement que ses défauts avaient été développés par les lâches flatteries de son gouverneur. Cet accueil glacé acheva d'accabler la vieillesse du maréchal; un si parfait courtisjn ne pouvait survivre aux dédains du maître

Cette année 1730 est remarquable par la mort du pape Benoît XIII , par la déposition du sultan Achmet 111 et par la désunion qui éclata entre le roi de Prusse et son fils (depuis le grand Frédéric). Pour se soustraire aux violences de son père, le prince- royal essaye.de s'échapper du- royaume. Frédéric-Guillaume le fait arrêter y et ordonne qu'on lui fasse son procès. Il avait le tort immense à ses yeux de vouloir joindre à la science militaire la culture des belleslettres et là connaissance des arts. Un* conseil de guerre .le condamna à mort. L'eippereur parvint , non sans • peine ^ à calmer la colère de l'inflexible monarque , qui fit , en présence du jeune prince , décapiter Katt 9 confident de sa fuite, «t le tint luindême quelque temps prisonnier dans la citadelle de Custrin. Charles Vl avait s^^uvé la vie* de l'homme qui devait être quelque jour le plus dangereux ennemi de sa fille.

La Savoie donna à l'Europe un grand • spectacle et aux souverains une grave leçon. Victor-Artiédée , si habile dans les affaires, si prompt à violer sa foi, se crut à soixante-quatre ans dégoûté des grandeurs, et renonça à la couronne en faveur de son fils Charles*

Emmanuel. 11 venait d'épouser une dame de sa cour^ la comtesse de Saint-Sébastien , et il projetait de se retirer avec elle dans une délicieuse solitude aux bords du lac de Genève ^ ; mais cet homme qui avait si souvent trompé les autres, se troiïipait lui-même. Le cœur n'abdique pas un pouvoir longtemps exercé^ Tesprit supporte avec peine le vide qae cause sa perte; du fond de sa retraite , fe vieu3^,roi régentait durement son fils, critiquait ses ministres, prétendait qu'il les prît et les renvoyât à son gré, D'Orméa, qu'il avait élevé de la poifssière^ et imposé comme principal ministre à Charles-Emmanuel , paya ses bienfaits d'une monstrueuse ingratitude, et devint son plus cruel ennemi.

Victor-Amédée s'était rapproché de Turin , sous le prétexte que sa santé avait besoin d'un climat plus doux; d'Orméa fit envisager cette démarche comme un premier pals pour remonter sur le trône , et Charles-Emmanuel se laissa arracher Tordre d'arrêter son père. Cet ordre fut exécuté avec une brutalité dont il n^y a pas d'exemple dans les annales des nations. Une compagnie de grenadiers enfonce à coups^ de hache la porte de la chambre où Victor- Amédée était couché avec sa femme. A l'aspect .des soldats , il s'écrie : « Oserez- vous mettre la main sur votre roi qui vous a si souvent menés à la victoire ? >> Il n'obtient qu'un silence farouche. Sa femme, qui le tenait étroitement embrassé , est arrachée d'auprès de lui. Dans la violence qu'on exerce , nulle décence

*.La comtesse de Saint-Sébastien était âgée de quarante-cinq ans; elle n^avait plus de beauté, mais elle était très- séduisante par son caractère et par son esprit.

n'est respectée; ses vêtements de nuit sont déchirés et des soldats la portent presque nue dans une chambre voisine. On force le vieux monarque à' se lever et on le jette dans une voiture qui le conduit à la citadelle de Montcallier, Sa femme est enfermée dans la maison de détention des filles de mauvaise vie.

L'illustre prisonnier était le'grand-^père du roi de France. Son immense infortune ne put émouvoir rinsoucianpe du jeune monarque^ Le vindicatif Fleury se ressouvint^seutemeût de la politique tor«tueuse de Victor-Amédée, et ne sentit pas que l'honneur du petit-^fiK l'obligeait de prendre la défense de l'aïeul; il ne fit rien pour adoucir ou pour abréger sa captivité. .

Enfin I la honte saisit Charles-Emmanuel; les liens où il retenait son père furent brisés, et on lui rendit sa femme« Mais le coup était porté. Il languit encore quelques mois , cherchapt danâ la religion une consolation à l'inconsolable douleur que cause a un père l'ingratitude de son fîls^ Dans ses derniers moments , il demanda à .le voir et promit de ne pas le maudire. Charles-Emmanuel ne lui accorda pas cettp dernière satisfaction. En apprenant ce cruel refus ^ il s'humilia sous la main de Dieu » et il expira en disant : « C'est beaucoup pour unj*oi| c'est trop pour un père, maia pas -assez pour un pécheur, w

La prudence et la modération avec lesquelles le cardinal avait conduit les affaires, semblèrent l'aban-^ donner dans la question du jansénisme. 11 n'y fit que des fautes;, nouvel exemple du danger de placer un ecclésiastique à la tète d'un État. Fleury devait de

la reconnaissance au pape pour la dignité qui venait de lui être accoirdée; et peut-être avait-il pris des engagement* secrets pour Tobtenir. De plus, il con«servait contre Jes jansénistes une vieille rancune, et on sait qu'elles éjbaient chez lui ineffaçables. Dans le dessein de plaire à Louis XIV, il avait écrit jadis contre QuesneL Gelui«ci^ plus habile que lui sur les matières théologiques ^ obtint Tavantage dans laré^ plique, etTévèque de Fréjus en éprouva une humi^ liation qu'il né put oublier.

La première attaque fut combinée avec Tencin , archevêque 4'Embrun, et elle eut des conséquences graves. Ce , prélat libertin et simoni^que , ardent souti^ de. la bulle» prétendait arriver par elle au cardinalat. Au nombre de ses suffragants, se trou-* vait un vieillard, Soanen, évêque dé Senez, qui avait le malheur d'être janséniste. Duns une lettre pastorale récemment publiée, il conseillait la lecture du Jivre du père Quesnel. Cette contravention aux ordres du chef de l'Église, fournit au métropolitain l'occasion de préparer un éclat qui retentit jusqu'à Rome. Il s'adressa à Fleury : « Il serait piquant, lui dit-il , de faire condamner par un concile un des personnages éminents d'une secte qui en appelle sans cesse à un futur concile.» On résolut donc de réunir à Emi)run un certain nombre d'évêque^, sous la présideiice de Tencin ; cette assemblée deyait prendre le nom de concile provincial. La convocation en fut aussi bizarre qu'inusitée. Treize évêques dont Soanen faisait partie sont mandés à Embrun par lettres de cachet signées de La Vrillière; ils s'assemblent, délibèrent sur le mandement et suspendent l'éyéque

de Senez de ses fonctions épiscopales. Le prélat signifie une opposition et un appel au concile général de la décision prise contre lui. On n*en tient compte ^ et une lettre de cachet Texile en Auvergne, à l'abbaye de la Chaise-Dieu ^ Il avait quatre-vingtdeux ans; le respect qu'inspirait son âge et ses vertus, excitèrent la pitié et en* même temps l'indignation contre ses persécuteurs. Massillon , dans le diocèse duquel se trouvait le lieu de son exil^ Tentoura de soins et d'égards.

Une partie du corps épiscopal s'alarma de Tacte de violence qui frappait un de ses membres. Douze

* Les lettres closes ou lettres de cachet ainsi nomnées dv cachet particulier du roi, qu'on y attachait sur un papier YQlant, s'expédiaient par un secrétaire* d'État. Elles Jevaient être signées de la main du 1*01. Charles IX fur le premier qui chargea iu( de ses secrétaires d'État de les signer pour lui.

La propre signature du prince n'empêchait pas qu'on n'en fit un grand abus , parce que cette signature était souvent donnée en blanc sur des feuilles que le ministre remplissait à sa volonté et contresignait. Ainsi, ce terrible moyen d'cfxercer4'arbitraire n'appartenait pas uniquement au roi, qui l'eût employé avec une certaine réserve, mais aussi au ministre qui en abusait étrangement, non-seulement au proGt 'du pouvoir absolu, mais encore pour la satisfaction de haines et de vengeances particulières.

Mais tel était le respect des peuples pour le nom du roi que les lettres de cachet ne trouvèrent jamais de résistance ; et cependant ces lettres infligeaient sans information, sans décret ni jugement» les punitions lea' plus rigoureuses. Par une lettre de cachet , on était exilé à cent cinquante lieues de chez soi , séparé de sa femme et de ses enfants , 'éloigné de ses affaires et quelquefois ruiné. Par une lettre de cachet , on était enfermé à la Bastille , à Pierre-En- Cise , au Mont-Saint-Michel et dans d'autres prisons^ et les famiHes ignoraient souvent quel cachot retenait le malheureux ainsi frappé. Aucun ministre ne fit plus d'usage des lettres de cachet que le comte dé Saint-Florentin, depuis duc de La YriUière, et son nom est resté le synonyme de l'arbitraire cruel, mais inintelligent.

évêques, le cardinal de Noailles à leur tête, écrivirent au roi pour réclamer contre la décision du prétendu (concile d'Embrun, que Tun d'eux qualifia, dans un mandement, d^.affreu^ brigandage. Il parut en faveur de Soanen un mémoire signé par un grand nombre d'avocats, et les jansénistes se vengèrent en répandant dans le public une foule immense de pamphlets clanilestins dont la police rechercha en vain les auteurs.

Deux effets importants se produii^irent : une nouvelle division. s'éleva dans le clergé, et les laïques se mirent à. disserter sur le pouvoir du pape, ce qui les conduisit bientôt à scruter les principes de Tautorité du roi. •

La désimion du clergé devint si profonde, que les jésuites eux-mêmes se partagèrent en deux partis; l'un, sous l'influence du père Tournemine, inclinait vers la douceur j l'autre, dirigé par le père Lallemand , insistait pour la sévérité. De toutes parts paraissaient des adhésions à la cause de l'évêque condamné et des réclamations contre les actes de t'assemblée d'Embrun regardée comnje illégale > parce qu'elle n'axait pas été convoquée' suivant les règles canoniques. L& gouvernement en punissait les auteurs par des emprisonnements ou des exils. Cent docteurs furent exclus de la Sorbonne; le désordre gagna les maisons religieuses bouleversées par.de bruâques changements de supérieurs et des transfèrements arbitraires. Le ministère sévit sans imposer à personne , on tint à honneur de lui résister.

Un arrêt du conseil supprima la consultation des avocats comme entachée de propositions en désaccord

avec la doctrine de rÉglise, injurieuses à son autorité et contraires aux lois de FÉtat. Les avocats se sou^ mirent^ contents d'avoir fait un premier Bssaî de leur importance. Ils furent d'ailleurs- découragés par la défection du chef des opposants. Lé cardinal de Noailles > affaibli par Tâge ^ consentit à donner son adhésion à la bulle. On obtint de lui la révocation de tousses actes d'opposition et de protestatioqi. La joie fut aussi grande* dans le parti moHiiiste^ que Tindignation chez les jansénistes. Le pape ordonna à Romede solennelles actions de grâces. Néanmoins^ la conscience, de Noailles s'alarma ; il craignit pour son salut ^ et bientôt après il descendit dans la tombe avec la cruelle incertitude, pour une ftme pieuse , d'ignorer s'il avait rempli ou trahi ses devoirs.

Ces tristes démêlés parurent assoupis pendant quelque temps. Mais le calme pouvait -il être durable dana une société où les limites des, pouvoirs n'étant ni définies , ni fixées, demeuraient in-* connues? . •

Nous rappellelrons que -le parlement créé dans l'origine pour rendre la justice , avait pénétré dans l'administration au moyen da l'enregistrement des édits et ordonnances des rois, par le droit de re^n montrances et de refus d'enregistrer qu'il s'était iaw rogé. De plus, il prétendait que la haute police étaijL de son ressort; ce qui n'empêchait pas, tant les idées sur ces matières étaient peu nettes , de reoon-<* naître au roi le pouvoir exorbitant de disposer de la liberté de ses sujets au moyen des lettres de cachet, st de leur vie par la cré9,tion de tribunaux excep^

tionnels. Au nombre des objets de police générale que le parlement comprenait dans ses attributions > étaient les actes du clergé et ceux de la cour de Rome. Il se disait le défenseur des libertés de l'Eglise gallicane. Quelles étaient ces libertés ? jusqu'où s'étendaient-elles? où étaient leurs bornes? Ces points importants restaient obscurs comsle -tant d'autres. La déclaration du clergé de 1 682- disait que (^ TÉglisa n'a reçu de puifHsance de Dieu que sur les choses spirituelles y et non poiatsur les choses temporelles'; en conséquence y les rois ne sont soumis à aucune puissance ecclésiastique dans les choses temporelles^ et ils ne peuvent être déposés ni direetement ni indirectement par l'autorité de l'Église.

« L'usage de la puissance apostolique doit être réglé suivant les canons.

« Le pape a la principale part dans les questions de foi; ses décrets regardent toutes les églises et chacune en particulier; mais cependant son juge** ment n'est pas irréformable, à moins que le consen** tement àe l'Église n'intervienne. » Les jansénistes donnaient une bieti autre exteûsion aux libertés de l'Église gallicane ; ils les plaçaient dans le droit de récuser l'autorité du saint -siège toutes les fois qu'elle condaninaii leurs principes^ di'en appeler à un concile général , et en attendant sa convocation f de se refusera l'obéissance. Quant au pscrlement^ il s'établissait le redresseur des torts , neuHseulement de la cour de Rome envers l'État, mais aussi des évêques à l'égard de leurs inférieurs dont on accueillait les plaintes en v«rtu des appels comme d'abus* Il jugeait les doctrines développées dans ïes lettres

pastorales ^ et nous le verrons ordonner par arrêts

d'accorder la communion et le viatique.

La guerre recommença au sujet de la légeade de Grégoire YII. L% pape Grégoire XIII avait canonisé ce pontife , et sa fête était célébrée à Rome. On persuada à Benoît XIII de la rendre obligatoire à toutes les églisesr.de la dirétienté. A l'apparition de la bulle, le parlejnënt s'émeut; âl eroit voir dans cette dé^ marche du saint-père la sanction des attaques de Grégoire VII contre Tautoritë des souverains; lès chambres sont convoquéiss^ et il paraît un arrêt qui supprime la légende, et en défend l'usage. Plusieurs parlements de province suivent l'exemple de celui de Paris.

Nous ne rechercherons pas si cette décision était légale dans le -sens qifon attachait alors à ce mot; mais la raison n'admet pas que l'Église ne puisse faire des saints qu'avec le consentement du parlementy et qu'il faille son approbation pour inviter les fidèles à les honorer. Peu de temps après, le parlement eut le malheur d'interdire aussi la légende de saint Vincent de'Paule. Les jansénistes, qui avaient de nombreux représentants dans cette eom^ pagnie j saisissaient tous les prétextes pour contredire la cour de'Rome. Quelques évêques défendirent aussi au clergé de leur diocèse de réciter l'office de Grégoire VII. lis -étaient dans leur droit* Les évêques ne sont obligés à l'obéissance que pour le dogme. A leur juridiction appartient la fixation des prières du rituel. Un. deux, l'évêque d'Auxerre (Caylus), publia, à ce sujet, un mandement rédigé dans des termes blessants pour l'autorité pontificale. Le bon

pape Benoît XlIIy malgré sa douceur, perdit patieDce^ condamna le mandement de Tévèque, et défendit, sous peine d'excommunication , de le lire. Son bref est aussitôt déféré au parlement. Ce corps judiciaire étendait sa compétence jusqu'à contrôler la juridiction disciplinaire du souverain pontife sur les évoques soumis à son obédience. Le pape, irrité, déclare abusifs tous les aijêts relatifs à la légende. Le parlement répond en prononçant la nullité de ce nouveau bref.

Ces hostilités blessaient Fleury comme évoque et Timportunaient comme ministre. Il apercevait clairement le jansénisme excitant tout ce bruit dont la légeiide n'était que le prétexte'; Il prit la résolution de déployer contre lui Tappareil de l'autorité royale. Le 30 avril 1730, le roi tint un lit de justice dans lequel il exigea F enregistrement de la bulle Unige^ nitusy sans aucune des modifications que le parlement y avait introduites lors des enregistrements précédents. On se demande où était la nécessité de donner à la bulle Vnigenitus le caractère de loi de rÉtat. Cette nécessité existe sans doute quand les actes de la cour de Rome touchent les intérêts matériels du pays; mais prétendre régler par une loi ce qu'on doit penser de la grâce suffisante ou de la grâce . efficace , c'est arriver jusqu'à Tabsurde. Il s'ensuivit des tracasseries sans nombre, taquines et minutieuses , non moins nuisibles à l'autorité que fâcheuses pour ceux qui les éprouvaient.

Le parlement protestait d'ordinaire contre les enregistrements faits en lit de justice. Pour l'en empêcher cette fois, le roi lui interdit toute délibération

364 HISTOIRE PHliX)SOPHIQU£

à ce Biget; le lendemain > à Tinstigation .de l'abbé Pucelle f il n'hésite pas à désobéir K Cet éloquent magistrat, dont les mœars étaient graves^ la pro« bité incontestée^ le courage indomptable^ se montrait le plus ferme soutien du jansénisme. En combattant Tautorité ^ il employait les formes les plus respeo tueuses. <c Le roi^ disait-il sans cesse, est maître de notre vie» est maître de nos biens, mais nos con^ sciences restent libres* » Cette restriction légitimait la résistance. Pucelle entraînait ses collègues |[>ar la chaleur de son éloquence forte et austère» Dèit le lendemain du lit de justice ,. il fait adopter ccMume maxime du droit fran^is cinq articles beaaooup plus explicites contï*e l'infaillibilité du pape que ceux de rassemblée du clergé de 1682.

Un arrêt du conseil casse celui du parlement. Nous ayons vu que le conseil remplissait les tbne^ tions attribuées de nos jours à la cour de cassation. Mais il s'en fallait qu'il obtînt la même obéissatuce» tant la confusion se trouvait en toute chose. Ordinairement le parlement persévérait; il faisait remontrances sur remontrances; lopinion publique s agitait > et Tarrêt cassé aux yeux de la loi conser^ vait toute sa puissance aux yeux du peuple.

Les vacances n\jirent fin pour le moment à cette petite guerre. Le cardinal en avait conçu de Tennui. Afin dé calmer les esprits > il adressa y au nom du

' L'abbé Pucelle ^ neven da maréchal dû Gatinat, est la tige^ ces magistrats qui cherchèrent à fonder leur popularité sur les débris de Pautorité royale. Ils se succédèrent depuis cette époque jui^u'à celle où le conseiller Despféménil fiéHt victiiïie de la rét^tiim 4*11 àtaic aftpelée.

roi, uae circiilaire ai» évé<{UeB poBr les exfaortw à né pM donner à la bulle la déaomiiiation de règle de foi > mais Beulement celle de jugement de YÈ^ glise uttirenelle en matière de doctrine ; il les en-« gageait en même temps à ne point interroger les laïques sur cette matière. Un arrêt du oonseil im4 posa an silence général et absolu*

Quand les difficultés frayaient ce minislare^ il a'hésitait pas à reculer , et rautorité royale sortait froissée de la lutte. Tel est le danger des mesures arbitraires. On est conduit ou à lac nécessité d'être crwel^ ot on inspire rhorreur^ ou à Tobligation de se montrer fiaible , et on recueille le mépf is.

La modération tardive de f^leury n'arrêta pas la cours ties écrits clandestins. Non conltents d'attaquer la balle, ils dissertaient sur la nature, l'étendue et les bornes de l'autorité ecclésiastique et de la puis^ sanoe séculière» €ette licence s'étendit jusque dans les thèses et ies assemblées particulières et générales des corps de toute espèce* Il est rare que les con«* cessions n'encouragent pas ies résistances; car ellâ; do&ae&t^ux opposants la conscience de leurs forces. Il paraissait un journal sous le nom de Nouvelles ecclésiastiques, rédigé aycQ talent, et d'une m^ièrê trè&^satirique contre les adversaires du jansénisme. La police s'etTorça^ mais sans succès, d'en décou^ rrirlés auteurs et les imprimeurs. On arrêta troHi individus forteqient soupçonnés , et le lieutenant de potice les fit mettre au pilori. Où prenait^il le droit d'infliger une peine afflictive et infamante?

Les jsuaséAistes n'étaient plus ces gran^ soiitaires de Port-Royaly auêsi fidèles au rai qM fimiesdana

leur croyance. Leurs disciples échau£Fés du feu des qucï-elles religieuses et irrités par la persécution , avaient la révolte dans le cœur. Ils attaquaient Tautorité par toutes les voies détournées , en attendant les occasions de la combattre en face. Ils se montraient d'ailleurs peu scrupuleux sur les moyens d'en imposer au peuple. Un sieur Paris , diacre y ap* pelant et réappelant, mourut en 1727, et fut enterré dans le cimetière de Saint-Médard. Il avait mené une vie d'austérité et de macération. Pénétré du dogme janséiriste sur les communions fréquentes, il passait quelquefois deux ans sans faire 6es pâques. On ne ^arda pa3 à répandre qu'il s'opérait des miracles sur son tombeau. Le peuplé , toujours amoureux du merveifleux , accourut. Un spectacle étrange s'offrit aux yeux. Des personnes s'étehdaient sur le tombeau du saint et ressentaient aussitôt d'horribles convulsions ; souvent ces secousses nerveuses étaient nuisibles; quelquefois, ainsi que nous Tavons vu depuis au baquet de Mesmer, elles devenaient salutaires, et on criait au miracle. Cette jonglerie dura cinq ans et fifc des dupes même parmi les .personnes instruites. Le chevalier Follard , le célèbre traducteur ^e Polybey allait sui: la terre qui recouvrait le corps du diacre chercher un soulagement à ses maux. Un conseiller au parlement. Carré de. Montgeron, asa adresser à Louis XV le récit des miracles opérés par le bienheureux Paris. Dans cet écrit singulier, il confessait les erreurs de sa jeunesse et se prétendait converti par l'intercession du saint. On arrêta le pauvre fou, et seize ans de prison expièrent sa confiance dans les saints du rit janséniste.

Le gouvernement eut la prudence de laisser dé«jouer par le ridicule cette coupable manœuvre. Le rire en avait fait justice , et en 1732 la police n'éprouva point d'obstacle à dissiper les convulsionnaires , éloigner les curieux et fermer le cimetière *.

1731. La division entre le parlement et le mi-^ nistère fut renouvelée par une circonstance bien petite en apparence y mais très-considérable par ses résultats. Un curé du diocèse d'Orléans appela comme d'abus d'une -ordonnance de son évèque. Il s'appuyait sur une consultation signée par quarante avocats. Cette consultation paraît renfermer quelques expressions qui tendent à élever f autorité du parlement au détriment du pouvoir royal. Un arrêt du conseil la -supprime. Les avocats écrivent une lettre où ils protestent de la pureté de leurs \ntentions et de leur soumission au coi.

Mais Yintimille , archevêque de Paris , qui avait succédé'au cardinal de Noailles, ne se trouve pas satisfait d'une répression qui lui semble incomplète; il fulmine une ordonnance contre les avocats; ceuxci saisissent- sur-le-champ Je parlement d'un appel comme d'abus. L'archevêque obtient l'évocation au conseil^ et répand un mémbire dont les avocats se sentent blessés. Ils arrêtant de fermer leftrs cabinets et de cesser de plaider. Dix' des plus fougueux sont envoyés en exiU

On remarquera la progression croissante de l'esprit

* Des plaisants affichèrent sur les iQurs du cimeiière le distique suivant :

De par le roi , défense à Dieu *

D'opérer oiincle en ce lieu.

d'oppoMtion. Les prmières parais â« liberté fttentissent dans les gninda eoq>s de judieaturt. L^opir nion publique les accueille) la partie la plus éelairée et la plus influente de la boui^^oisie le» répète ^ et la résistance se développe.

Ce fut à oette époque que le corps des tivtieats prit la qualification d'ordre qu il a toujours gardée depuis» et qui lui a conservé la force de Tasscoia^ tioui lorsque toutes les corporations suecesaivement détruites voyaient la leur s'anéantir.

La cessation des fonctions de la part des avocats n était pas un petit embarras dans une population €omme celle de la capitale où la nombro des afiEaîres est si multiplié. On négocia avec eux; les exilés furent rappelés et* ils rouvrirent leurs cabinets. Cet avantage 9 remporté contre le pouvoir royal^ne reata pas sans influence sur Favenir. On avait donné aux avocats une haute idée de leur importance. Pour la première fois , la bourgeoisie plaçait soû poids , quoique léger encore » dans lar balance des destinées de rÉtat. Mais le premier pas, étidt fait» et déjà apparaissait à Thorizon cçtte nouvelle puissance qui devait dominer toutes les autres.

1732. L'étourdërie de rarohevêque Vintimille nuisait sanâ cesse à la caus6 qu'il défendait. Le paiv lement avait flétri les Nouvelles ecclésiastiques en condamnant plusieurs de ces feuilles à être lacérées et brûlées par la main du bourreau. L'archevêque croit devoir y joindre ses anathèmes; il lance une lettre pastorale rédigée dans les principes ultramontains les plus décidés. Une partie du clergé et le parlement s'indignent. Vingt-deux curés refiisent de lire en

ohaira le mandement , et motivent leur refus dans une lettre qu'ils adressent en eommun au prélat, Celui-rci est dénoncé ^n parlement^ toutes les cham«brea assemblées. Fleury vient encore au secours de rarehevéque. Une lettre close est portée au parlè<^ ment fiour lui interdire tou^e délibération sur les matières ecclésiastiques. Il refuse de Fouvrlr. On lui en réitère Tordre formel sous peine d'être regardé oommç rebelle. L'abbé Puoelle et un autre conseiller nommé Titon excitaient la compagnie à la résistance. Cependant la lettre close est ouverte; mais le parlement arrête de se rendre en corps, à Marly, où se trouvait le roi> pour se plaindre à lui-même de la manière dont on exécutait ses ordres. Arrivée au château royal, cette cohue de magistrats erre au hasard dans les salons. Le roi refuse de les voir, et ils repartent, non sans remarquer les rires moqueurs des courtisans. Il fallait redoubler de fierté pour effacer le ridioule de cette démarche inconsidérée. Au retour, les chambres se réunissent; Pucelle s'écrie : ce Voir de nos places le feu s'allumer de toutes parts, gagner le palais ^ le trône de nos rois, .et nour-seulement ne pouvoir agir contre les incen«diaires, mais mémç ne pouvoir être écouté sur le| moyens de l'éteindre; voir au pied du tribunal des communautés religieuses dispersées, des particuliers dépouillés , des vivants , des mourants réclamer la justice et les lois dont nous soipmes les dépositaires, et ne pouvoir leur tendre la main pour les secourir: triste situation; ne pouvoir remplir ses devoirs sans tomber dans le c^ime de désobéissance; Les ministres nous annoncent la paix et ils dispersent des corps ^

des citoyens vertueux » après les avoir jetés daus les prisons comme des criminels , après avoir séparé le père de ses enfants ,» des religieuses innocentes de leurs communautés y de pieux ecclésiastiques et des sujets fidèles; après les avoir exilés sans conseils, sans défenseurs, et après tous ces. excès traiter lea magistrats leurs protecteurs-nés en criminels, en schismatiques; n est-ce pas le comble de& excès du pouvoir? Nous parlons et on nous défend la parole; nous délibérons et on nous menace; quelle paix après cela le conseil du roi veut-il nous laisser entrevoir, sinon celle qu'on n'ose nommer. Que nous reste-t-il donc dans cc^tte situation déplorable , sinon de représenter au roi l'impossibilité «d'exister en forme de parlement sans la perjivissîon de parler, rin4)ossibilité par conséquent de continuer nos fonctions. » Le parlement, ému de ce discours, déclare que les défenses qui lui sont faites attaquant son essence ^ il ne peut siéger tant qu'elles subsisteront. Le gouvernement envoie aussitôt des lettrés de juseion qui lui enjoignent de continuer ses fonctions ; m^is rage avancé du ministre encourage les résistances; on espère bientôt lasser sa faiblesse. Le parlement feint de regarder Jeji lettres de jussion comme une autorisation tacite de traiter les affaires ecclésiastiques avec non moins de liberté que les autres. En conséquence, il rend un arrêt qui condamne le mandement de l'archevêque et le déclare abu»if. Le cardinal exile quatre conseillers, et fait casser par le conseil l'arrêt du parlement. Des dé^ pûtes de ce corps sont mandés à lE^mpiègne ponr y recevoir la notification de Tarrêt de cassation. Le

roi y prononce lui-même la défense expresse à tous les membres de la compagnie de délibérer à ce sujet. Le premier président ayant voulu articuler quel-^ ques mots, le roi lui impose silence, en lui disant : Taisez^vous. Alors Tabbé Pucelle met un genou en terre et dépose en silence aux pieds du monarque Farrété relatif aux libertés de l'Église gallicane. Maurepas le relève, le met en pièces et les députés sont obligés de se rétirer. Pucelle est immédiatement exilé à son abbaye de Corbigny, Titon est enfermé à Vincennes.

Au récit de ce qui s'était passé à Compiègne , les magistrats ne pouvant plus, disent -ils, remplir leuBs charges dans toute leur plénitude prennent le parti de les résigner. Le plus grand nombre d'entre eux- offrent leurs démissions. Le cardinal s^alarmci d'une résolution qui allait priver Paris de la première cour du royaume , développer le mécontentement dans la magistrature et donner lieu à de dan^ gereux murmures. Il consent au rappel des exilés ; on flatte les chefs de l'opposition ; le parlement reprend ses fonctions , mais il arrête qu'il sera fait des remontrances au roi. Peu après , il ordonne la suppression de quelques imprimés revêtus de Fautorisation spéciale du nonce, parce que cette autorisation supposait une juridiction attachée au caractère de nonce du pape. Cette mesure augmenta encore l'aigreur des partisans de la cour de Rome.

Le gouvernemegt répond aux remontrances par une ordonnance réglementaire , rendue le ,1 8 août , qui stipule que désormais les appels comme d'abus ae seront reçus que par la grand' chambre. Les

ses mSTOIHB PBILOSOVHIQtff:

requfttet et les entfnttes a4ndli|pieBt de cette excln*aieii, et le parierneBl» 4 1* gpattde majorité ^ se refùie à renregistpem^t. f^e oardinal a reecure de nouveau à la formalité d'up lit de justice dont l'effet était de compromettre en pure perte Tautorlté royale. On désigne une ialle du château de Veispailles pour la tenue du lit de justice. Par ordre exprès du roi , la dMaraiioB y est enregistrée. Dès le lendemain , le parlement proteste ^ et contre renregistiement et eontre le lieu de la copvooatiôp; il arrête qu il ne cessera de représenter au roi Timpossibilité d'exéeuter 1^ déclaration du 1 S août qui change Tétat et Tessence de la compagnie. On touchait alors aux vacances; jl était d'usage qu'une ordonnance du roi désignât les magistrats qui devaient composer I9 ehambre des tacations. Le parlement rejette cette ordonnance et annonce qu'il, restera assemblé. Aussitôt on exile les présidents des chambres des requêtes et des enquêtes , et d'autres conseillers , au nombre de quarantc^Lagrand'ohambre est commise par lettre de cachet pour tenir la chambre des va^ cations.

Mais te cardinal ne tarde pas à s'étonner luiméme^ du chemin que sa fermeté a parcouni ; il s'inquiète , comme pn s'y attendait , des eonsé*quencea qu'elle peut avoir pour le repos de sa vieiU lesse. Sa volonté fléchit devant l'obstination des magistrats animés et soutenus par l'esprit de secte. Op pratique les principaux chcifs. Le rappel des exilés est accordé et on convient de laisser tomber en oubli la déclaration du 1 8 août.

Toutes les chambres se réunirent le 4^ déeembre;

mi vËGm m imi$ xv. aes

«Uw furent «dmi^w d^tut le roi popr lui faire «nnpUoieQt mv U ment 4ii roi de Sardaignc. La guerre qui survint WQalÔtdirtgtaratteution publique d'vm autTQ eôté» et pendant quelque temps le jann^nianie eeaaa d'êti^ une Qauaci de diviaiou.

]j« mal qui avait été produit* laiaaa toutefois des traeea profoudes, L» tondanee de la magistrature à flaire opposition au gouvernement, aji profit de ses proprea attributions , que JVichelieu et Louis XIY ftTaie&t comprimée se développa avec* plus de force que jamais par cette querelle si inconsidérément engagée et si faiblement soutenue par le ministère. Pendant le restQ de ce règne ^ la mésintelligence entre le parlement et Fautorité royale ne cessa que pen^dant de courts intervalles^ et elle contribua à la dér cadenee lente ^ mais progressive de cette autorité. Les parlements babituèrent les peuples aux sédui^santes émotions de Topposition et aux passions qu'elle développe , et noua savons qu'ils finirent par être victimes de ces mêmes passions •

Le pouvoir doit soigneusement éviter les luttes avec les corps ; car Topinion prend toujours parti pour eux^ ne fût-ce que par le sentiment de jalousie qui existe dans le cœur de Tbomme contre tent ce qu'il croit au-dessus de lui*; d'ailleurs, les corps possèdent une puissance d'association qui les rend redoutables , leurs membres ne craignent ni Tabandon ni npe responsabilité presque toujours nulle, parce qu'elle est colleotivct Le danger devient pins ^and si la cause visible ou présumée de la lutte provient de dissensions religieuse?- Alors, le fanatisme de Tattaque concQurt aye« le fauatiswe dé )»

résistance pour troubler i« esprits : les uns se passionnent, les autres s'iititeiit; et de cette confusion sort le doute ^ et plus istrà le dégoût. *

Entre les jansénistes- dont le caractère s'était déshonoré par une insigne fourberie et un clergé que le désordre d'une partie de ses membres flétrissait et qu'on accusait de croire plus au pape qu'à Jésus- Christ , la tache de desiruction entreprise par le philosophisme devenait facile. Il arriva au cardinal de Fleury ce qui arrive couvent aux persécuteurs. Ils poursuivent avec acharnement l'objet de leur haine , d'une importance souvent secondaire^ et ils ne voient pas ou ils dédaignent le danger qui menace h. société tout entière. Les Lettres sur les -Anglais ^ autrement dites Lettres philosophiques , publiées dans ce temps par Voltaire, ne lui donnèrent aucun souci, et il trouva bon que les Lettres' perscmes devinssent le titre d'admission de Montesquieu à l'Académie.

L'État ressemblait à uiré immense machine dont les rouages agissent sans accord et dont les œuvres manquent d'ensemble. L'autorité avançait avec imprudence -et reculait sans dignité. L'incertitude se rencontrait dans les lois fondamentales. La législation criminelle endurcissait les mœurs de la muiti* tude par le spectacle d'affreux supplices \ et souvent

' Voici un exemple de la dureté des lois criminelles et de la disproportion des peines avec les délits. La Pélissier, actrice de l'Opéra , était enrtretenue par le juif Dulys. Ayint eu ensuite conamerce afvec un autre qu'elle n'e voulut pas quitter, Dulys, piqué, se retira en Hollande d'où il envoya son yalet de chambre pour donner des coups de bâton au nouvel amant , et jeter de Peauforte au visage de la Pélissier. Le valet fut vendu par deux soldats aux gardes 'qu'il avait apostés poui* l'aider dans l'exécution de

un arbitraire cruel indignait les âmes élevées. Le clei^é prêchait une morale qa'il compromettait par «a conduite; des panrenns sans considération, nne noblesse déchue n obtenaient ancun respect; etenfin, au-dessous d'elle^ le peuple^ accablé par les chaînes qui pesaient sur lui , les supportait avec colère. Cependant Tesprit humain s'éclairait^ et s'étendait, et Topinion publique se rangeait sous sa direction ; mais au lieu d'employer ses lumières à la conduire vers le bien, il les tournait contré Dieu et la religion, et s'efforçait de rompre la digue aux passions qui fermentaient de toutes parts.

Au faîte de cet édifice ébranlé par les abus et par les vices,. le chef de l'État, qui- aurait dû en coordonner OH en raffermir toutes les parties, était livré à une incurable nonchalance , laissant flotter les rênes au gré de ses ministres, et plus tard de ses maîtresses.

Cependant à vingt ans Louis XY semblait encore pur. Fleury s'était efforcé de graver des principes religieux dans son cœur. Toute sa vie, et même à l'époque de ses plus grands désordres ^ il ne passa pas un jour sans faire ses prières et assister à la messe. Il craignait la mort, en parlait souvent, et l'éternité se présentait redoutable à ses yeux; mais^la mollesse de son âme lui rendait tout combat impossible. Sans énergie pour le mal comme pour le bien , il se laissait entraîner à la pente qu'on adoucissait devant lui ;- et malheureusement il n'était entouré que des pestes pourris de* la régence. Tous ceux qui l'appro-

son projet. H fut rompu vif en place de Grève, et son maître pendu en effigie.

choient cherchaient à développer ses vices* pour «s profiter. Si le cardinal #ouiiâîtait qu'il eût de la rel»*gion et des mœurs» il ne lui voulait point les itualités d'un roi j Tapplication» la force qui sait commander et rélévation des pensées qui visé au grand et y parvient; car, alors, il n'aurait pu dominer un homme dont lUUue se serait trouvée supérieure à la sienne ) et difficilement eût41 coiis^^é œ suprême pouvoir acquis par une si persévérante adresse.

Le roi était naturellement timide, Féclatdu trÔM Timportunait; lesaflEaires Tennu^r^ent^ et son cœur sans ressort ne se sentait jamais ému par le 8enti<<* ment de ses grandes destinéeâ» ir signait le travail de ses minista'es sàâs i'examiner et même souvent sans le lire. Les relations étrangères seules excitaient sa curiosité et leà recherches scientifiques son inté^ rêt^ Doué d'un jugement sâiai et d'un esprit droit et clair, son avis au conseil était toujours juste et lumineux I mais après Tavoir donné, il se trouvait quitte, et sans se soucier qu'on le suivît, il reûtFMt dans son habituelle quiétude.

Sa vie se passait à remplacer ses devoirs de roi par les ooaupations futiles d'un gentilhomme de campagne. L'activité dont il devait Temploi à ses sujets, il l'usait à poursuivre les bêtes sauvages dâas les forêts. Au retour^ il employait son temps à {wei^ dre note des plu6 petites circonstances de ces chasses* Le soir, un souper abondant et déUcat réunissjdt^ dans les petits appartements de Versailles ou* du château de la Muette , ceux qui avaient l'habitude de l'approcher et qu'il désignait pour cet honneur. La royauté déposait sa dignité avant d'y entrer^ Q^

n y était point aseenri aux règles obséquieu&efi de Fétiquètte^ et la plus grande liberté y régnait» Des propos joyeux animaient laioeiété. Cependant^ si la licence devenait trop bruyante , le roi y mettait un terme par tses simples paroles : « Prenez garde» messieurs > voilà le roi qui revient, n Puis^ après le repas > commençait le jeu où le souverain ne rougissait pas de ruiner ses familiers a qui il accordait la faveur de faire ^a partie»

Le roi travaillait avec goût a la tapisserie* Il fai-^ sait biep, la cuisine : les courtisans montrjaient avec orgueil de grosses tabatières qu'il t^^urnait dans un morceau de bois où restait F^corce» et dont il les gratifiait : il était très«curieux*d^ anecdotes; ses ambassadeurs lui faisaient leur cour en lui en envoyant^ et le lieutenant de police lui rapportait toutes celles que fournissait la chronique scandaleuse de Paris. Il les rangeait soigneusement par ordre dans un chiffonnier destiné à cet usage» On conçoit combien une pareille existence devait laisser de vide dâuas son âme. Aussi fut-il blasé sur tout presqu'au sortir de Fenfance. L'ennui^ punition du bonheur égoïste, le dévorait. Cette disposition .n'échappa pmnt à la clairvoyance des courtisans, et ils prévirent que bientôt le, roi chercherait dans la v^upté une dis»traction à Tinsipidité de ees jours. En effet, la timidité plus que la vertu le retenait. Cette timidité existait même dans ses rapports intimes avec la reine qui manquaient de l'abandon de l'amour et de Tardeur quç la jeunesse suppose. Louis XY, à cette époque, était parfaitement beau, et toutes les femmes convoitaient sa possession $ car, «Hl y avait mwm

de cynisme dans les manières , si le libertinage se montrait moins impudent que sous la régence, la corruption restait aussi profonde; seulement, l'art de la séduction devenait plus habile. Les courtisans intimes du monarque lui signalaient les avances dont il était l'objet. Pendant les premières années de son mariage , il répondait : la reine est encore plus belle. Mais la reine avait six ans de plus que lui ; la tendresse qu'elle lui inspirait venait plutôt d'un besoin des sens que d'un attrait véritable. Le seul sentiment qui parut se développer en lui dans sa jeunesse, fut l'amour paterneL Nous avons vu qu'il n'accordait à Marie ni confiance ni crédit;- ses journées se passaient sans la voir; le soir seulement les réunissait. La nature avait donné à Louis XV un tempérament ardent ; Marie Leczinska était froide. Cette disposition naturelle fut augmentée par un grand nombre de couches qui se succédèrent d'année en année. Les empressements du roi lui devinrent à charge , surtout quand il arrivait chez elle échauffé par le vin du souper. Elle ne sut pas assez dissimuler ses impressions.

Dès 1 730, le roi eut des liaisons obscures et passagères. On en conclut qu'il ne tarderait pas à se donner une maîtresse. Tout ce qui l'entourait s'agita alors. On le poussait par des: conseils, des chansons, des plaisanteries. On raillait sa sagesse, on ridiculisait sa vertu. Entouré de détestables exemples, comment n'aiiraft-il pas succombé?

Le choix devint pour Fleury une affaire d'État ; car l'État c'était lui. Une favorite spirituelle , hardie, intrigante ne manquerait pas de vouloir gouverner.

et le pouvoir qu'il aimait si chèrement, lui échapperait. Aécemment, son crédit avait failli être ébranlé par une intrigue bien moins redoutable que Tinfluence d'une maîtresse. Deux amis d'enfance du roi f les ducs de Gèvres et d'Épernon , avaient remis à Louis XV un mémoire sur les vices qu'on attribuait à l'administration du cardinal. Ils exigèrent sa parole de leur en garder le secrpt , et on convint qu'il leur rendrait le mémoire après l'avoir lu. Il en fut si frappé qu il le copia de sa main; mais cette copie tomba dans celles du cardinal par Tinfidélité d'un valet de chambre qui parvint à la soustraire et la porta, à Fleury. Celui-ci en parle dès le lendemain au roi qui nie d'abord, puis, le voyant si bien informé, COQ vient d'avoir reçu Je mémoire. Alors le cardinal presse le monarque de lui désigner les personnes de qui il le tient. Le roi refuse : Fleury insiste et menace de se retirer de nouveau à Issy. Lduis aperçoit le poids.de la royauté prêt à tomber sur lui. Il tremble , et aussi insouciant à l'égard de ses amis qu'envers son peuple , il nomme les ducs de Gèvres et d Épernon* « Que ferons-nous de ces étourdis? dit le cardinal. — Tout ce que vous voudrez, répond le roi , je vous les abandonne. » Fleury se contenta de les eliler de la cour pendant quelque temps; il ne se vengea du reste que par le ridicule. L'enCreprise des deux ducs fut qualifiée de conspiration des Marmousets , et oh la bafoua par des chansons.

Le cardinal ne supposait pas que le roi sacrifiât aussi facilement une maîtresse à qui il aurait permis de l'entretenir des affaires de l'État. Louis XV re- I. 24

*JD fflStOIRE I>HIL0S0Î>H1QUE

chefehait là sôdlété du tàmië et de là ëOAitëtlsé de Toulouse, atnis du dài*ditial. Il est k réniài'(Juer (Jifé le riisé tieiliaf*d dirigeait les lialsdïis de éoû Shdeh élève, sàtis que celuî-eî s'eti ddutàt, et quil avstîf sdia d'éloigner oti de rtfnpfë ôélleè qui flôlui étaietit pas favorables, tiaflà là l^o6Îété de là çoihtei^6ë d6 tôuloûse , se tt'btivait Une Jeuùe fémftie , douée , gale, mâtué joviale , Bans fliéchànceté , sànd pi^ététiflonâ ^ pàffàitëinent désintéressée. Cette jëuiie fetuttié était d^iiiie haute hàiâsatlëe ; elle appartenait à là t&tbûlè de Nesle, et avait épousé son ôouâîû, lë ëoitlte de Mailly*. On là savait três^éprisfe dtl toi, et ce ftit suih elle qu'on fixa les yëUt; elle n'était paé joUe , mais on n'ignoùait pas que le toi attachait pllis de ^ j^riJt à l'ardeur des seùs qu'à là beauté; Cette intrigue ^ tétiébteuse fut secondée par le duc dé Kich'ëliéu , .^ dont le crédit s'employa toUjouts à faVorisèP léè ^^* pàssîohs du maître pôUr en tirer parti, bed ftoi*- — '— tupléiirs siibalteriies , comme les vices des rois -^3» en font totijotit's naîti*e, la servirent aVec activité. — • Lés noms dé Bachelier et de Le Bel , prètbiel^ <^9& Valets de chambre du roi% ont survécu â ToubU -i-' par Tinfattiié dé leurs services. Les fbnctioûs qu'ils exerçaient les rapprochaient sans cesfeé dB là per^ àobne du jeUne monarque. Ils avàiedt ùïlpté sa confiance et ils â'efiTôJrcaiènt âànd rélâché de diàposel* son iniàgination en favëuj^ de madame de Mailly. Ils obtinrent pour la fntui-e favorite un pt^ mier rendez-vous que la timidité du roi rendit âàns

* La famille àe Nesle se composait de cinq sœurs dont quatre lurent maîtresses du roi.

î)tî ttÊGÎ^È DE LOUIS XV. à^i

tmXiâk. Vti feètiollfl est Ihaiqtiê. fiaèhéliéi*, Vbyâtti le jèuné i'oî héëltèi* encote, le jfetté dan* leà bras dé là edJiitèsse. .

Oa àVàit dôùné {(iie «làttrtôèe atî tbi, (ièiiltllé dfa lui avait donné Më éj)0tisé, sàiiS le cbhstiitèr. MaiS 1^ bafriêté de se^ passions élait tHnkM , et il éùtrâil dàiis Idïdtite où il dèVàit fàirè Aëé pa8 8Î rapides, flîefitôt 'riolls le* vèt%ns joindre à sok dôtlBlè adultère des liaîdoilé incestriëuseâ et arriver éhûn dùi èicès dé la tiébàtifehë. (*t32)¥otitèfois, à cette ép3qtlë, le respect qu'il ficrùâervait pbu!^ li téihé l'ëfagàgèà à tefaif» secrète hà liaison d^^èc madame de Mailly, et ellô ûe dëvitit ttfàîf fesse déckrêé que trois ans apfèii, en 1735. Ce mysièrë lui plaiiàil à elle-même : elle ailîiait le roi sanâ intérêt d'aôiôtlr-propre , de gMndétlr et de fichefesëj elle soufiErit tout pour lui , et comme La Vallièrt , pèiit= êfcfe tnême plue malhèurèuëé encore, elle motii'ut pénitente, victime de l'ambition de séfe pi'ôprèfe soètlrs.

L'oisiveté du roi avait trouvé uiié divéMion tidtlvelle , et le . pouvoir du (3af diilàl âitïsi qUë ^6n influencé étàicAt dé plus' en p{\ï^ àffëhùià. Il tie ëi^i- ^'àît ried des prîiices dû sang- le duc d'Orléâni Q'accôrdait d'attention qu'à la théologie; ladiëgràéè dti èhef dé k nràîsoii de Cotidê était fei ccrtnplète, que Louis XV refusa durement de le recevoir, quoique Ift princesse de Condé , sa mére^ eét sollicité pour lui é^èë îuàtàtïèë la pël'missioil de veriif iavoîl* àëi nouvelles du roi, alors malade (1727). Son exil n avait été levé qtl'en 1729^ La nature accorda beaucoup d'esprit au comte de Chafdlà}^; Mâld la mUûè& dtf

son caractère empêchait qu'aucune fonction importante lui fût confiée. Le roi n'avait de goût que pour le dernier des frères , le comte de Clermont, personnage épais ^ de peu d'esprit, ne s'iuquiétant que de fêtes et d'intrigues de femmes.

Mademoiselle de Charolais était renommée pour sa galanterie. Elle avait aimé longtemps le duc de Richelieu. Depuis , elle agaça le rôi par des coquetteries assez vives, et fut repousséé avec rudesse. D'autres intrigues se succédèrent. Elle avait un enfant presque tous les ans. Mademoiselle de Clermont et mademoiselle de Sens, ses soeurs , passaient pour êtrç mariées secrètement, Tune avec M. de Melun, l'autve, au comte de Langeront

Le prince dç Conti, si fameux par son impiété et son avidité pendant le système ,' était mort et laissait un enfant en bas âge.

La cour ^e Sceaux continuait à ne s'occuper que de littérature.

Les grands hommes étaient devenus aussi rares que les grandes vertus; l'esprit se montrait partout; le génie ne se trouvait nulle part.

De quelque côté que la vue se portât , on ne rencontrait rien qui pût embarrs^sser le règne, paisible de Fleury.

IMous avons gémi des fautes et des erreurs corn-

' Mademoiselle de Charolais accouchait sans beaucoup de mystère; cependant, pour la forme, on la disait malade et toute la cour envoyait savoir de ses nouvelles. Un suisse malavisé répondit un jour : < La princesse se porte aussi bien que son état le permet et Peufant aussi. » Quelques personnes la disaient mariée secrètement au prince de Dombes.

mises par le cardinal; nous avons applaudi à ses succès. Il nous reste à parcourir la période la plus brillante de son ministère. 11 Tavait préparée par le rétablissement des finances ^ et nous ne pouvons pas oublier .qu'il plaça en tète de ses mesuras d'ordre et de prévoyance le contentement du peuple satisfait par la diminution des impôts.

374 UlSTOtniB PHILQSOBHIQUB

Page 1