‹ Histoire philosophique du regne de Louis XVChapitre 17 sur 37 · SUITE DU MINISTÈRE DU CARDINAL DE FLBCRT · texte numérisé non relu

SUITE DU MINISTÈRE DU CARDINAL DE FLBCRT

Mort d'Auguste n, roi de Pologne. — Louis XY se décide à prêM son appui à l'élection dte Stanislas. Celui-ci est élu.— La Russie et rAutriche se déclarent pour l'électeur de Saxe, compétiteur de Stanislas. — Entrée des Russes en Pologne. Sous leur influence, nouvelle élection en faveur de l'électeur. — Stanislas chassé de Varsovie. Il se retire à Dantzick. Siège de cette ville. Dévouement héroïque de Plélo. Stanislas sort déguisé de Dantzick. Cette ville capitule. Fermeté de l'ambassadeur français , marquis de Monti. — La France attaque l'Autriche. — Alliance avec la Sardaigne. — Berwick commande l'armée d'Allemagne, Villars celle d'Italie. Berwick prend Kell. La Lombardie est conquise par Villars. — Campagne de 4731. Le prince Eugène est à la tête des Autrichiens. Siège de Philipsbourg. Berwick a la tête emportée d'un coup de canon. Villars et Eugène envient cette mort.— Philipsbourg pris ; Asfeldet Noailles créés maréchaux de France. — Villars , contrarié par le roi de Sardaigne, quitte l'armée et meurt à Turin. — Broglie et Coigny en prennent le commandement. — Bataille de Parme gagnée par les Français. Surprise par les Autrichiens du quartier du maréchal de Broglie. Néanmoins, les Français gagnent la bataille de Guastalla. Ces succès sont sans résultat. - Les Espagnols s'emparent du royaume de Naples et de la Sicile. — Don Carlos est reconnu roi de Naples sous le nom de Charles III. — Mauvais état de l'armée française en Italie. Noailles est envoyé pour y rétablir la discipline.— Le cardinal traite avec l'empereur. Les préliminaires de paix sont signés. — La Lorraine, cédée à Stanislas , avec réversion à la couronne de France. — La Toscane et les duchés de Parme et de Plaisance assurés à la maison d'Autriche. — La France médiatrice entre les peuples. Elle rétablit la paix entre l'Autriche et la Turquie. — L'île de Corse.— THéodore I". — Établissement du conseil royal du commerce.— Ordonnances sur les évocations et règlements de juges, sur les donations et sur la tenue des registres de l'état civil. — Les protestants continuent à être privés des moyens légaux de

Pïj mm m Loms vf, m

des sav^pts en Lappi^fie et au Pérou poi|r constater PaplatisseiQeflt des pôles. — Voltaire, Histoire de Charles X//.— Montesquim , Q9(^ndeur $t iémifim^ ^9 Homaii^. — Im ^a?9pt# fiw ^o^ffém\om rejlgjeufffî^. — M^dan^p de <failly déelaréç o^filtresse au roi. Madame de VintiipjIIe, sa$œur, parvient à S4$daîre Louis XV.— Le cardinal fait des représentations au roi sur U fl<Wf4r^ de ses mosurs. rr^ Di»grt^e do CbauyeJia, gnr^e des §^PWf fi\ i»ûii§fre djBs #fl5|irp^ jé^pngèr^i^. :=-. pitrigijp^ en ^ faveur dévoilées par le roi au caVdin^l.r- Crédit de Couturier et de Barjac. — Bisette des subsistances. — Voltaire ibnde l'empirQ das gens de lettros ; il ppéc^nîM \» matérialisme. Correspondance de Voltaire et ^ Fréf)4fjc. Ii]|||iençp d^ pbjlpsgphisme. —Le Dauphin. Son caractère. Il pa3se aux mains des hommes. .

1733r 4» çppirogîiçempflt fï« TftPQée 1733, Auguste ÏJ, rpi de Pologne, élep|;eur de3«e, mourut- Dans un pays où le trôqe qg); éjgptjf , }a mqif\ dp souverain d^v^^nt le signq^l dQ§ in|trigi;f;§ au 4p()ans ef fiij diçlprs } s'il arriye qpp le chq}?: (Jn puçces^eur j8P troûye imposé pfir |a forcQ 4p9 armes, Ig, VJ^ politjgii[e de la p^tipp s'éteini;, eUe PQ fftjt plu^ qpp l^guir jusqu'^ pe que Ips puissapqe^ voisinas rpm"placent, par une pop^pssipp pomplèlie, la çppfr^iu|;p qu'elles e:i|^rçaient sur elle. Charles \}\^ qui p^ssa pomme pn torrpnt, détriiisgtpf; sg.ns rien riBfippstruirp de ?Qliflp^ ^vajt viplemP^ent; pbranlé la paîipnam^ 4e IftPolpgpfi ep 4ptrAn3.ut ^on rpj^ pt pfi o^ligpjint Ips Po}pp^is ^. choifiir 4 §a pl^çg gt^pjsl^a Lpp^çiRskj. Le conquérant disparut. Rien n'était resté que la faiblesse yisiblp 4fi 1§^ Pojpgpe, ef; l'ejçemplg douné de la possibilité de dominer ses volontés.

L'occasion de la vacance du trône était trop belle pour que Louis XV n'essayât pas d'y repl^cpr Sj^r

376 HISTOIRE PHILOSOPfflOUE

nislasy son beau-père. Il s'empresse de faire déclarer par ses ambassadeurs qu'il ne souffrira pas que les autres puissances gênent la liberté des Polonais dans l'élection de leur roi. L'envoyé de France; marquis de Monti^ agit avec adresse; de l'argent est répandu en abondance, et la diète ^ assemblée à Varsovie , , prononce que le trône ne sera donné qu'à un Polonais, issu de père et de mère catholiques. C'était exclure le fils du dernier roi , saxon d'origine et luthérien.

Getle décision ne convenait ni à la czarine ni à l'empereur. La Russie voulait que la Pologne eût un souverain dans sa dépendance y afin que ce royaume ne devînt pas une barrière élevée contre son. aml)ition, un obstacle à la prépondérance qu'elle prétendait obtenir en Europe*.

L'empereur eût vu avec peine un roi, français par son alliance, s'il ne l'était par sa naissance, placé à la tête d'une nation voisine. Mais un autre motif agissait encore sur son esprit. L'adhésion de l'électeur de Saxe à sa pragmatique sanction lui manquait, et il voulait l'obtenir.

Rien n'est plus fâcheux dans un souverain, et plus nuisible à ses affaires, qu'une idée exclusive dominant toutes les. autres. I^a persistance de Charles YI à obtenir des puissances européennes la sanction de sa pragmatique, fut une cause d'af-

* Une misérable passion influa dans cette circonstance sur les résolutions de la czarine ; elle désirait que Biren , son favori , fût nommé duc de Gourlande. Cette principauté relevait de la Pologne, et rélecteur de Saxe s'était engagé , s'il devenait roi , à en donner rinvestiture à Biren.

faiblissement pour la monarchie autrichienne.. Le prince Eugène qui jugeait Favenir avec sa haute raison et sa vieille expérience, disait à l'empereur : (c Après TOUS y les puissances ne se croiront pas liéea par les adhésions que vous avez obtenues ; la seule garantie efficace de votre pragmatique est une armée de deux cent mille hommes. » Mais il avait affaire à un homme d'un petit jugement, n'écoutant que les gens qui flattaient ses idées.

Contrairement à l'opinion du prince Eugène, l'empereur se prononça en faveur* des prétentions de l'électeur de Saxe. « Je ne reconnais, dit Eugène, l'honneur de l'État que lorsqu'il est soutenu par de grands moyens; ceux de la France n'ont jamais été si forts; ses finances sont dans Iib meilleur état possible par vingt ans de paix. A peine en avons-nous eu dix, depuis celle de Westphalie, c'est-à-dire; ' depifis près de quatre-vingts ans ; son ministère est sage. (Je ne voulus pas dire tout haut que le nôtre ne l'était pas, mais je le fis entendre). Que nous fait une guerre aussi étrangère au corps ger- . manique qui fera cette réflexion et ne nous enverra point de secours ? Les Russes sont trop éloignéa pour nous en donner, «t avant qu'ils arrivent, l'empire et l'Italie seront envahis. » (Vie du prince Eugène.) •

Malgré ces sages avis, Charles YI renforça ses garnisons en Silésie, et une armée autrichienne se montra prête à entrer en Pologne.

Sur l'autre frontière. de ce royaume, trente mille Russes se rasseml)lèrent.

La France n'avait à opposer aux forces qui me-

»78 HISTOIRE BHILASaBHIQUE

aaiçaient la liberté da la PologaA^ qu/B Teutbousiaame des Polonais excité par la préseaoe de iseli^i qu'ils youlaient mettre a leuf* tète. Il étail^ impossible d^ envoyer une armée en Pologne sans le consentement des prinees allemands trop jalouf âB la France pour Taecorder; il .eût fallu une guerre av^c TEmpire^ et cette guerre n'aurait pas résolu urije question qui devait être déMdée dans ie plus ooijft délai.

Le transport des troupe^ par mer m présentait pas moins de difficultés. Un armement considérabje jurait alarmé rAngleteire^ et le ministre wbig eût suceombé devant les o^ameuss ^e ^opposition. D'ailleurs le délaissement de la marine depuis la régence ne permettait pas' de rassembler une flotte assez nombreuse pour transporter une arm^e. On.onnfia \donc Stanislas à la fortune ^ espérant. qu'il saurait profiter des chances heureuses qu^^elle lui puvirirait. On Ipi promit seulement un secours de si|^ mille hommes qui débarqueraient successivement à Dantsieif , par détachements de quinze cents booini^S*

/Ce prince part incognito. Tandis qu'un sqigneur qui avait de la ressemblance avec lui , voguait ppus gen nom vers Dantzick> Stanislas, déguisé» tr^a,v(^^e ^Allemagne , et sans être reconnu arrive à Varsovie. Aussitôt des affidés répandent le bruit qu!il est débarqi^é à Dantzick ; deux jours après il p^alt au sein de la diète; l'enthousiasme des magnats ^st à son comble y et le 1^ septembre » à Tunanimité, ils le proclament roi. il est couronné par le primat de Pologne.

Gep^dant Vélecteur de Saxe isonservdit quelques

pu RÈGNE W WUIS XY, m

P?Ui;isftn8 qui s'étaient HÎ)stçi\us de pf^yftîtTP fi 1^ d^ète. Un noble , à la t^tç 4© t^W^ ^iUe hopapieg^ arborç l'étp^ïdqrd de |a révolte. S.tani8las É^yait ^ijr tour 4^ il^i soixante mil|e Pe\on^i§. Qn ]ç presse 4ç ^}ï?qrçljer ipçmné^iatement contre, le rebçlle^j et d« re^ouîey |es I^ussps qui déjà frapcbissaippt la ffpnt^çrç. IlfépQn4 : « 4e W ypp^f ni m'agsurer vme gfliiT fonflÇî avix déppfl^ çle la vie de fl^ps sujets, ni marr. q^çr pafifl sivénp^nent au trône par reffqsion (^n sang. >; Cptte phijsinthrqpie inppportune qui voulait n^énager le sjii^g.çîes 'ennefl^^s, fit ppvilef a gr^x\^^ flpts celui de ses sujets fidèles, et perdit la îilierté de la Polpgne q^ç plus (le fermeté aurait préservée.

(.es Russes avancent pn dévastait les te]:fe^ ç^^s^ Polonais partisp-ns de Stanisjlas. ]jS^ diçtp sp dissout ; chaque nolile court ^pfen^r^ ses pfppriétési; leur^ efforts ç^insi divisés sont impuissants '; l'a^mpe rq^se âpproclie 4p Varsovie , çt Ip roi, rpsté presque seul, est obligé dp sprtif de sa papit^ile- U^^p pouyetlç élection faitp dans unp auberge, sviy ppp foute^ au milieu çj'uïï ^9]^ y P^r ^^ pçti* nQm]ï]fe de gentij§hqpimes çjont quelques-qfls y sont conduits encl^çj-fr né§, devieiit le tjtre de l'plecteui» de Sfl%Q. Stapisla^ ^ cpntrÉHnt de rep^ley (3|pyant les forces étrangères jjuj Ip pressent, se yptire à Pa-ntzicl^ avec iiRe partie jîq ceux qui lui étaient att^HB^é^, L^ yil|p e^t aussitôt investie. Le roi annonce un puissant secours de la France. Dantzick se décide à se défendre. Les braves Polonais jurent de s'enseveljr sous ses ruines ; ils fpût (ip^ sprtie^ qui cpûte^t ûp fnfindfi. é^pripp au^jf Russes ; mais la ville est écrasée p^ lès bombes.

Le secours attendu ne paraissait pas. Au lieu de

la diversion qu'on espérait , il n'arrive que quinze cents hommes envoyés par mer, sous le commandement du brigadier de La Motte. Pareil nombre devait bientôt le rejoindre. Le brigadier relâche à Copenhague , pub se présente devant Dantzick; mais il se trouve trop faible pour forcer le3 lignes des Russes et il revient à Copenhà^e. Nous avions là un ambassadeur, homme de grand cœur^ le comte de Plélo. La honte lui monte au visage. Les héros polonais meurent en blasphémant la France qui les abandonne. Plélo prend une résolution digne de Tancienne Rome , digne des beaux temps de la chevalerie. Il se résout à mourir pour que l'honneur de son pays ne reste point souillé. Il se met à la tête de Fexpédition, débarque près de la ville, attaque le camp des Russes. Déjà trois de leurs* quartiers sont enlevés. L'intrépide Plélo, près d'entrer dans la place , tombe percé de coups K La Motte rassemble les braves qui survivent et fait une glorieuse retraite. Bientôt le second secours le rejoint, et animé par Texemple de Plélo, il entre dans le port malgré une grêle de boulets. L'honneur de la France est sauvé , les nobles Polonais ne sont plus les seuls martyrs d'une juste cause. Du fond de la tombe de Plélo et de ses compagnons, s'élève un sentiment d'admiration qui les encourïige et les console.

' Le comte de Plélo s'était distingué dans les lettres et dans les sciences. Il passait pour un des membres les plus acti& de la société de TEntresol. Avant de faire voile vers Dantzick, il écrivit i Maurepas: « Je sais que je n'en reviendrai pas; je vous recom* mande ma femme et mes enfants. > il ^vait alors trente- quatre ans.

Mais Isu partie était trop inégale : le maréchal Muoich amène aux Russes un renfort et prend la conduite du siège. Il met à prix la tète de Stanislas. Les bombes continuent à écraser la ville ; rien ne l^sse la constance des Polonais; leur roi les presse en vain de mettre un terme aux calamités qui les accablent ; ils sauront résister tant que sa personne ne sera pas hors de péril. Stanislas se décide à tout braver. Sous le costume d'un matelot, il sort de la ville et traverse en bateau les lignes des Russes. Échappé à mille dangers, quelquefois reconnu par des Polonais, mais toujours soigneusement caché, sans que le prix promis à qui le livrerait tentât personne , il arrive enÛA à Kœnigsberg , où il reçoit de la Prusse une honorable hospitalité.

Après le départ du roi, la ville de Dantziek demande à capituler. Munich répond qu'il faut d*abord livrer les Français qui sont, dans la place , et toutes les personnes qui ont favorisé Tévasion de Stanislas. Monti lui écrit : (( Je suis prêt à sortir pour sauver la ville qui a donné tant de preuves de fidélité et de courage, et je me rendrai avec mes domestiques au camp de Votre Excellence pour y soutenir tous les malheurs qu'elle me prépiure. Moi seul et quelques-uns de mes domestiques nous avons favorisé la sortie de Stanislas ; toutes les rigueurs que yous exercerez contre les Polonais et contre la ville de Dantziek seront injustes; il n'y a point de guerre déclarée entre la France et la Russie ; l'emprisonnement de ma personne serait donc regardé dans toute l'Europe comme un attentat contre le droit des gens. » En dépit de cette protestation , Monti est arrêté et conduit pri-

38Î HiSTOiftË PHILOSOPHIQUE

sotibiet* à Thorù. La ville de Ùantâsi^Jk buvYé ses pôftes et reconnaît pour rôi l'élefctéui* dé Saxe (9 juillet 1734); La Motte obtient une câpitulàtiôti particulière; sa troupe est tranôt)ô]ft^ë pfêà de PéiérôboUfg , et la clarine è'hoiioifë pAt lé soifi qu'elle fait prendre des français que la fortùfaè lui a livrés.

La Polbgne était forcée d'àbandôïitier le l'di tjù^ellë arait choisi et de èe soumettre à celui (Ju'tm lui imposait. Dans ce pays^ où le peuple est tfsclâvé, le corps social iBé composait dé cent mille nobles c(ui portaient jusqu'aux dernières limites de l'aniàrôhie le principe de la liberté et de l'indépeÈidanée personnelles. Les souverains voisins à|)prelïàient qUèl parti on pouvait tirer de leurs divisiotis. Désormais, lés deslinées'de cette nation dépendront dès Confbiûalsons ambitieuses de rAutricbe et de la tlâssie.

Tandis que ées choses'se J)asàaiént, le cardinal de Fleury s'occupait à venger sur Tempereûr les iùjures de la Pologne. Sa perspicacité avait pressenti que Stanislas, ne pbuvaût être efficacement secouru, ùese maintiendrait pas sur le trône où il venait d'ètré appelé. Mais la conduite déloyale de Charles VI lui fournissait l'occasion d'abwsser la maison d'Autriche à l'avantage dès Bourbons dé F¥ance et d'Espâgne, et il résolut d'en profiter'. Pour ne pas s'engager témérairement dans cette'èûireprise , il fallait obtenir la neutralité ou l'allianCè des autres pruissanées. L'Xngleterre , les Provinces-Uniès , la Suède, le Danemark, la république dé Venise, édifiés par la modération bien établie du cabinet dé Versailles , reconnurent que l'agression de la Russie et de l'énl-

toû MÊôiSÈ DE Lotns XV. m

pinceur ëohtTè la Pologne à roccàÉiiôn de l'élection de SfAnidlàs était un motif de gûëîre^ et èllêë s'en^ gàgèi'ènt à i^estei^ neutres) ledrois d'Ë^pfl^ner et de SafdMgïié s'biliretit à ilOtls. Le pl'èiïlier tàmoitail le tbyknjhe de Nàples, lé Mèônd le Miknàiâ. Rstttfttîféé et «otiteûuèi ]A Ftkûce' tM^èitible dèui AtméeU^ Tuiie en Al6ttcd> l*atifi*e dtir les frontières de kSaVoid; les derîiiërB l'eprésetitaatS de là gloire du grand eièele dôût à leui* tète, Berwièk comiïiânâè iai'mâè du Rhin , Villarfe l'armée d'Italie.

A ràrméé de Berwiek Éiè ti^ouyait le jeune prince de Conti, les comtes de Charolais et de Clermont, le priniie de Dômbes et le comte d'EU^ fils du duc du Maiiiiô^ le duc de Richelieu et ce fameux comte de Bellè^Isle ({Ui se produisait partout, agissait sur toutes ehoses, plus pitompt à rédiger des projets âottveAt gigantesques ou Chimériques, qu'habile à lea^ exécuter. Le premier , il conçut le système de gràbde stratégie qui devait un jouf changei' là guerre fiiéthodique en une guerre d'inrasion ; mais il exagérait todt et se perdait.dans les détails qu'il ne sa^ ▼ait pfts cooMonûei^ à la grandetir de l'etisemble. Son auâaeé> son activité , le luxe de ses idées avaient t^apté la confiance du cardinal , mais souvent il de^ venait tiû embarras potii^ leé générant en chef.

Les eetn^tisaùs s'arrachèrent avec joie aux délices de Paris et de Versailles pour dourir où ils espéraient trouver la gloire. La chance des combats fût toujours pteiâè del charme pour la âobiesse'frafièaise; déchue doue tant de rapports , elle avait ^nsêrvé sa supé^ riorité soiis celui-là, et elle sacrifiai!» gaiement sa ferti»!^ et ea vie.

Le comte Maurice de Saxe voulut aussi servir sous les yeux du duc de Berwick. Il fut employé à Tarmée avec le grade de maréchal de camp. Ce fils d'Auguste II avait été duc de Courlande ; expuhé par les Russes après une vive résistance , il était devenu Tamant d'Anne-Iwanowna et serait monté avec elle sur le trône de Russie, s'il n'eût irrité la czarine par ses infidélités; en ce moment il combattait contre les alliés de son frère naturel, Auguste IIL L'histoire nous montre ainsi la vie des grands hommes remplie de bizarreries et sans cesse traversée par les vicissitudes de la fortune.

On s'étonne qu'à vingt-trois ans, Louis XV n'ait pas éprouvé le désir de paraître à la tète de ses troupes. Comment le péril et la gloire ne faisaient-ils paé palpiter son jeune cceur? Rien ne pouvait donc l-arracher à sa désolante apathio. Son précepteur aussi le retenait. Le vieux ministre ne voulait pas qu'il allât respirer l'air de l'indépendance dans les camps ; il serait peut-être revenu moins soumis à ses volontés. Ce vieillard octogénaire, arrivé au déclin d'une vie qui va lui échapper, veut à tout prix conserver quelques jours encore le pouvoir qu il exerce sur son élève ^ et cependant peu d'années s'écouleront, et une femme obtiendra ce que le cardinal devait conseiller, ce qu'il pouvait exiger.

Le plan le plus simple était sans doute d'attaquer l'empereur dans les Pays-Bas; mais la Hollande eût pris de l'ombrage du voisinage de l'armée française. On commença par envahir la Lorraine, après en avoir poliment demandé la permission à la duchesse douairière y princesse de France, nièce de Louis XIV

et régente pendant Tabsence du duc régnant. On porta ensuite Tarmée sur les frontières d'Allemagne. Une déclaration du roi la précéda; il y protestait de sa bienveillance envers les princes allemands et de son respect pour leurs droits. Le 13 octobre > Berwick investit Kehl et le prend en peu de jours. Là s^ arrêtent les opérations de la campagne de 1733. Fleury, soit par écononjie , soit par crainte d'exciter prématurément la jalousie de la confédération germanique ^ donne ordre à Berwick de mettre ses troupes en quartiers d'hiver.

En Italie , la guerre se poursuivait avec plus de vigueur et de succès : les opérations en avaient été concertées avec les cours de Turin et de Madrid. L'armée franco-sarde devait attaquer le Milanais > tandis qu'une armée espagnole soumettrait le royaume de Naples et la Sicile.

La reine Marie Leczinska fut vivement émue en voyant survenir la guerre pour les intérêts de son père. Elle fit appeler le maréchal de Villars avant son départ : ce Je remets^ lui dit-elle, la gloire de la France et mon bonheur dans vos mains; » elle lui donna une cocarde et une épée. (( Me voilà invincible^ » s'écria le .vieux guerrier, et, transporté de joie, il courut dire à Fleury : « Le rpi peut disposer de l'Italie, je vais la lui conquérir. » La reine d'Espa* gne lui envoya aussi une coèarde qu'il reçut à son passage à Lyon.; la reine do Sardaigne en attacha une de ses mains à son chapeau : « Voilà , dit-il , mon chapeau orné d'un vol de reines, qui assure le bonheur de mes entreprises. »

Les Français et les Piémontais descendent comme I. 25

un torrent dans le Milanais ; en deux mois ^ il est conquis. Cependant* le bon accord n'existait pas entre le roi de Sardaigne et le maréchal, qui exigeait avec sa forfanterie habituelle la déférence due à son expérience et à sa gloire. Charles-Emmanuel dirigeait méthodiquement les opérations de kt guerre > Villars suivait davantage les inspirations de son génie et de son audace. Ce vj^eux guerrier se sentait rajeunir au bruit du canon. Dans une reconnaissance faite de concert avec le roi de Sardaigne 9 il se trouva enveloppé par un corps de quatre cenis Autrichiens; il n'avait que quatre-vingts hommes avec lui. Y( Ce que nous avons de mieux à faire ^ dit Charles-Emmanuel , c'est de rentrer au plus vite au camp. — Les Français ne reculent jamais, » répond le maréchal*, et aussitôt il se met à la tète de sa. petite troupe, charge les Allemands avec vigueur, les culbute et passe sur leurs corps pour arriver à son camp.

La ville de Milan avait ouvert ses portes , mais ïe château résistait. Le maréchal établit la tranchée du côté de la campagne. Chez les Français, la gaieté est toujours compagne du péril : pendant ce siège , Villars donne des bals aux dames de Milan, et un coup de canon est .le signal du premier coup d'archet; lui-même ouvre là danse par un menuet. Les plaisirs se succédèrent kinsi jusqu'à la reddition du château qui eut lieu quelques jours après.

Sous les ordres du comte de Montenar, l'armée espagnole faisait de rapides progrès dans le royaume de Naples. De toutes parts , les populations se soulevaient pour l'aider à chasser les Autrichiens. Le

DtJ RÈGNE DE LOUIS XV. iH

joug du gouyernement impérial , quoiqu'il ne se montrât pas oppressif » paraissait pesant à ce peuple. La gravité pédantesque des Autrichiens qui contra^ stait avec ses habitudes et ses mœurs^ lui était anti^ pathique*

Ainsi se termina en Italie la courte et brillantd campagne de 1733. A la fin de décembre » le roi fit chanter un Te Detrni.

La campagne de 1734 devait s'ouvrir de trèsbonne heure sur le Rhin; Le maréchal de Berwick se rendit à Strasbourg vers la fin de mars. Il voulait entreprendre au printemps le siège de Philipsbourg^ que le débordement du fleuve, occasionné par la fonte des neiges , rend très-difi&cile en été. Le maréchal ne trouva rien de prêt : les chevaui d'artillerie n'étaient pas même achetés. Le Blanc, ministre de la guerre, était mort en 1729; d'Angevilliers lui avait succédé j on n'impute point de torts àoelui-cî^ mais la difficulté d'arracher de l'argent à la parcimonie du cardinal faisait languir le service ^ Cependant on avait pourvu aux frais de la guerre pai^ le rétablissement de l'impôt du dixième , assis sui^ toutes les propriétés foncières possédées par des sujets privilégiés ou non privilégiés. Nous ferons remarquer ici , que le clergé , par respect pour ses immunités , ne fut point assujetti au dixième , mais consentit un don gratuit de douze millions. .

A la fin d'avril , le prince Eugène prit le com-

' On cite avec plaisir un trait qui honore le duc de Grammont : il donna cent mille livres pour les distribuer aux officiers qui se trouvaient dans le besoin , et il eut la délicatesse de ne pas faire connaître Tauteiir d« ee biei»IMt«

mandement de Tarmée autrichienne; elle s'était ras* semblée péniblement : son effectif ne dépassa pas la moitié de celui de Farmée française. Le prince peint ainsi Tenthousiasme de ses soldats en revoyant leur vieux général*, « après des cris répétés de vive notre père! et des milliers de chapeaux en l'air, mes vieux soldats de Hongrie, d'Italie, de Flandre et de Bavière , couraient embrasser la genouillère de mes bottes ; on m'entourait, on embrassait mon cheval ; on m'en jetait à bas presque à force de caresses. Ce moment a été tertes le plus beau de ma vie. » Il avait près de lui le prince royal de Prusse qui venait prendre, sous ce grand capitaine, des leçons dans l'art de la guerre.

Philipsbomrg était couvert par les lignés de Dettingue; les.Français parvinrent à les tourner. L'ennemi fut obligé de les évacuer, et on ouvrit la tranchée devant Philipsbourg dans la nuit du 3 au 4 juin.

Le 1 2, le maréchal va visiter la tranchée et monte sur un parapet exposé au feu des batteries françaises et de celles de la place. Un boulet l'atteint et lui emporte la tête : la nouvelle de cette mort inspire la même pensée aux deux héros qui • lui survivent. Villars expirant envie une telle fin , et dit tristement : w Cet homme fut toujours plus heureux que moi. m Eugène, en parlant de Berwick, écrit : « Il eut la tête emportée d'un boulet de canon huit jours après l'ouverture de la tranchée j fen fus jaloux. »

On donna le commandement de l'armée aux deux plus anciens lieutenants généraux, lemarquis d'Âs-

' Histoire du prince Eugène, écrite par Ini-niéiiie.

feld et le duc de Noailles y que le roi créa Vun et l'autre maréchaux de France. D'Asfeld, ancien ingénieur, entoura le camp des assiégeants de retranchements si formidables qu'Eugène ne put rien tenter pour la délivrance de Philipsbourg. L'ennemi le plus incommodé fut l'inondation, ainsi que le duc de Berwick l'avait prévu* Cependant, après six semaines de siège, la ville .capitula.

Le reste «de la campagne ne produisit aucun résultat* Le prince Eugène manœuvra avec habileté et 9 sans courir la chance d'une bataille, il empêcha Tannée française de faire des progrès. Les deux maréchaux formaient des plans différents , et leurs idées ne s'accordaient pas. De plus, l'armée se trouvait continuellement retardée dans sa marche par la difficulté des subsistances* Le cardinal ne voulait rien donner pour achat de vivres et de fourrages* Il exigeait qu'on les prît de vive force dans le pays ; ce qui était impossible avant que la moisson fût terminée, et souvent très-difficile en présence de l'ennemi*

Durant le cours de cette année, comme dans l'année pi*écédente, toute Factivité de la guerre se porte en Italie* Une armée autrichienne de soixante mille hommes débouche vers Mantoue. Villars veut marcher à elle et la battre avant qu'elle puisse pénétrer dans le Milanais. Mais Charles-Emmanuel ne supportait la gloire de la France que dans la mesure de son intérêt propre. La Lombardie était conquise : il consent seulement à faire ime guerre défensive, et l'impétueux Villars ne trouve en lui que froideur et lenteurs affectées. Le chagrin^ joint à des fatigues disproportionnées

à son âge 9 épuise brusquement ses forces. L'énergie de son âme ne suffit plus pour soutenir eette vie jadis si active. Le 27 mai il quitte Tarmée et laisse la commandement aux lieutenants généraux marquis de Coigny et comte de Broglie. Il se fait transporter à Turin, où il expire le 17 juin. En lui s'éteint cette race de grands capitaines qui avaient illustré nos armes. Le mérite utilitaire s'était amoindri 4^mme les autres. Un grand général paraîtra encore quelques instants à la tète de nos armées; mais ce sera un étranger.

Le roi envoya le bâton de maréchal de France au marquis de Coigny et au comte de Broglie. Ainsi , on fit en Italie la même faute qu'à l'armée du Rhin : on établit deux généraux en chef pour la même armée.

Pendant que le roi de Sardaigne tergiversait et agissait mollement, les Impériaux sortis de Mantoue s'avançaient dans le duché de Parme. Victorieux , ils eussent pris à revers le Milanais et le Piémont, et Charles -Emmanuel eût payé cher son inactivité. L'armée combinée marche vers Parme^ et rencontre, le 29 juin , les Autrichiens près de eette villct La bataille s'engage; elle semblait tourner à l'avantage des ennemis, lorsque leur général, le comte de Merci, est tué. Cet événement porte le découragement dans leurs rangs ; les Français s'en aperçoivent et redoublent d'ardeur. Cependant le prince de Wurtemberg, qui avait pris le commandement, prolonge le combat jusqu'au soir et se retire &a bon ordre. Le champ de bataille nous reste; les Allemands avaient pterdu dix mille hommes et les Français quatre mille.

La bravoure de noô soldats remportait des victoires; mais les deux maréchaux manquaient de l'activité nécessaire pour en profiter. Ils perdent deux mois à soumettre une contrée tout ouverte et à conquérir vingt lieues de pays. Cette lenteur rcrdonne du courage aux Impériaux. Une nuit (le 15 septembre) 9 dix mille des leurs pénètrent au milieu du quartier du maréchal de Broglie qui négligeait de se garder. Le maréchal dormait profondément; réveillé par les coups de fusil , il n'a que le temps de se sauver presque nu, emportant à sa main les vêtements les plus nécessaires. Cependant, il parvient à rallier sa division et il rejoint le gros de l'armée en laissant à T ennemi ses bagages et quatre mille prisonniers \

Le 19 septembre, l'armée française prend sa revanche et défait complètement les Impériaux à la bataille de Guastalla. Ils y perdirent encore dix mille hommes. Le roi de Sardaigne commandait le centre; il se montra intrépide soldat et excellent général. Le» deux maréchaux conduisaient les ailes.

Cette victoire n'eut pas plus de résultat que celle de Parme. En sortant du champ de bataille, le roi de Sardaigne revint à son inactivité systématique. Une partie dh l'armée, retardée par la perte qu'elle avait faite de ses bagages dans la nuit du 15, ma-« nœuvrait difficilement ;• on laissa, sans l'inquiéter, le général autrichien se fortifier à'Luzara. Peu dc(

' Les Français célébraient toujours alors leurs succès et se con-^ solaient de leurs désas.tres par des chansons. Il circula une foulit de couplets satiriques sur la surprise nocturne du maréchal de Broglie.

jours après > il força le marquis de Maillebois à lever le siège de laMirandole; et à la fin de la campagne, après deux victoires » les Français se trouvèrent moins avancés qu à son début. Pendant le temps du repos commandé par la saison, le climat et Findiscipline amenèrent des maladies qui nous devinrent plus fatales que n'aurait pu Têtre le fer de Tennemi.

Tandis que la mauvaise volonté du roi de Sardaigne et Vincapacité de nos généraux arrêtaient ainsi les succès de la valeur française, don Carlos formait un établissement durable dans le royaume de Naples. Les troupes autrichiennes, que les insur^ rections locales avaient affaiblies, sont détruites par le comte de Montenar à la bataille de laBitonto. Le 1 0 mai , don Carlos fait son entrée à Naples , et est couronné sous le nom de Charles IIL Peu après, il entreprend la conquête de la Sicile, et à la fin d^aoûty tout le royaume lui est soumis. Louis XV le reconnaît comme roi de Naples et lui envoie un ambassadeur.

La campagne de 1 735 se passa sans événements importants. Le maréchal de Coigny nommé général de Tarmée du Rhin, avait eu tête le* prince Eugène , qui, avec des troupes moins nombreuses, le tint constamment en échec.

Le choix du général de Tarmée d'Italie présentait plus de difficultés. Il fallaituncourtisan assez délié pour plaire au i*oi de Sardaigne et en même temps assez ferme pour rétablir la discipline parmi les troupes. On envoya le maréchal de Noailles , qui parvint à capter la bienveillance de Charles-Emmanuel; mais il trouva tous les services dans le plus

DU RÈGNE DE LOUIS XV. 3d3

affligeant désordre, ce On manquait absolument de fourrages et les troupes languissaient dans un état

déplorable Il manquait au moins deux cents

hommes par bataillon; on avait perdu mille deux cents ofQciers Les plus forts bataillons ne montaient pas au delà de quatre cents hommes; il y en avait beaucoup de moins nombreux. — Comment se peut-il, disait le ministre, que des troupes, qu'on a mandé être complètes au commencement de décembre 1734, se trouvent si faibles à la fin de mars 4735?

(c La cause de ce désordre était pire que le désordre même, puisque c'était Toubli des devoirs, ou la volonté de les sacrifier à l'intérêt. Les nouveaux officiers arrivant de France avaient reçu des colonels toutes sortes de dégoûts, et les colonels avaient favorisé les capitaines qui , voulant faire de hoirteux profits sur leurs compagnies, craignaient qu'on ne les rendît complètes. On avait trompé les directeurs et inspecteurs ; on avait séduit ou intimidé les commissaires des guerres; on avait abusé même des gratifications destinées aux ofiiciers blessés ; elles avaient été pour la plupart le prix de la faveur, et non des blessures ou des services; enfin, une espèce d'anarchie régnait dans l'armée ; chacun affectait l'indépendance sans que les supérieurs y missent ordre...:. On n'avait pri^ aucun soin du soldat; dès le commencement du quartier d'hiver , pendant la rigueur de la saison , on l'avait laissé dans des cloîtres et des portiques sans fermetures ; la même négligence s'était étendue sur les hôpitaux, et celui de Guastalla , un des plus nécessaires , avait été en-

tîèrement abandonné. On laissait périr de la sorte ces braves gens qui venaient de combattre en héros ; on les oubliait pour un gain sordide. » (Mémoires de Nouilles.)

On voit que la tâche du maréchal était difficile; il la remplit cependant ^ encouragé par le roi lui* même. Louis XY^ dans une dépèche écrite de sa main y et que Noailles rendit publique^ lui recom-^ manda « d'employer toute son autorité sans aucun ménagement pour apporter les remèdes convenables. » Il lui donnait ordre de Tinformer du succès.

Noailles, après avoir réorganisé Tarmée^ fait sa jonction avec Montenar qui, du royaunfe de Na-? pies, avait amené un corps de troupes en Toscane^ Mais il ne tarde pas à reconnaître l'impossibilité d'apprivoiser la 3usceptibilité hautaine des Espa-^ gnolfi. Les opérations de la campagne souffrent du défaut d'accord entre les généraux. Néanmoins, le maréchal, par ses manœuvres , était parvenu à éloigner les Autrichiens du Milanais et à les rejeter dans le Trentin. Il veut aller les y chercher et ensuite assiéger Mantoue. Mais le roi de Sardaigne, qui ménageait la puissance impériale comme obstacle à celle de la France , s'y oppose et il- faut s'arrêter.

L'invasion du royaume de Naples avait réveillé la jalousie de l'Angleterre contre la maison de Bour* bon. Georges II demande des subsides à son parle? ment pour armer une flotte et lever vingt mille hommes. De concert avec la Hollande, il propose des conditions de paix qui paraissent trop défavo-r râbles à l'empereur pour qu'il les accepte. Fleury , de son côté , les écarte , parce qu'elles ne stipulent

aucune indemnité en faveur de Stanislas. Alors FAngleterre se présente comme médiatrice armée; mais la Hollande se refuse à la seconder.

Tandis que Walpole. s'épuisait ainsi en intrigues sans résultat , le cardinal traitait secrètement et directement avec TAutriche. Pour s'aider de ses lumières, Tempereur rappela auprès de lui le prince Eugène S qui avait toujours conseillé la paix. La conclusion de cette paix y désirée également par les deux partie^ contractantes, ne se fit pas attendre, et les préliminaires furent signés à Vienne le 3 octobre 1735.

Stanislas abdiquait la couronne de Pologne et conservait le titre de roi ainsi que les honneurs qui y sont attachés; les biens qu il possédait dans ce royaume lui étaient rendus. On lui concédait la Lorraine et le duché de Bar, sous la condition de réversibilité à la couronne de France , et afin d'indemniser le duc de Lorraine, on lui assurait la suo^ cession du grand-duc de Toscane. Toutefois , Starnislas ne devait jouir de la Lorraine qu'après le décès du grapd-duo. L'empereur reconnaissait don Carlos pour roi de ]\aples et de Sicile, et Charles VI devenait possesseur des duchés de Parme et de

* Le héros peint ainsi les regrets qu'il éprouve de quitter ses soldats qu'il ne devait plus revoir : < J'aurais de la peine à exprimer celle que j'éprouvai en prenant congé de mon armée. H ftut être un vieux soldat pour savoir ce que c'est que de dire un adieu étemel à de si bonnes gens , qu'on a menés, si souvent à la mort, que j'aurais voulu trouver pour moi d'une manière heureuse , prompte et glorieuse : c'est le seul bonheur que Dieu m*a irefusé. Les larmes aux yeux je remis le commandement au duc de Wurtemberg. »

396 HISTOIRE PHILOSOPmQCE

Plaisance. Il cédait au roi de Sardaigne le pays de Novare et celui de Tortone. La France rendait les conquêtes qu'elle avait faites en Allemagne;- enfin , elle garantissait la ;)ragfma%v^ sanction de Charles VL

Par une autre convention conclue à Vienne le 28 août 1736^ il fut réglé que Stanislas entrerait immédiatement en possession de la Lorraine , à charge par la France de payer quatre millions cinq cent mille livres par an au duc de Lorraine jusqu'à la mort du grand-duc de Toscane. Stanislas s'établit à Lunéville au mois d'avril 1737. Pendant un règne de trente ans^ il ne cessa de travailler à la prospérité et à l'embellissement de cette province, et de nos jours encore , la mémoire du bon roi y est en vénération*

Cette paix réunissait toutes les conditions qui devaient la rendre durable ; car elle était de nature à satisfaire chacune des parties contractantes. L'Espagne gagnait un beau royaume; l'Autriche perdait les Deux-Siciles y mais elle acquérait la Toscane et les deux duchés de Parme et de Plaisance, ce qui rendait sa puissance en Italie plus compacte ^ Si le roi de Sardaigne obtenait un accroissement de territoire moindre qu'il ne l'espérait , il devait s'en prendre au peu de zèle qu'il avait montré pour la France. Stanislas quittait un trône chancelant et sa turbulente nation pour venir régner sur une paisible province, où il pourrait développer sa bienfaisante philanthropie, et Marie Leczinska, cette enfant pauvre et délaissée de la Pologne, apportait à la cou-

' En 4736, Temperenr Charles VI maria Marie-Thérèse, sa fOto et unique hérilière , à François, duc de Lorraine.

ronne une aussi riche dot qu Anne de Bretagne. L'Angleterre et la Hollande avaient été tenues hors du débat européen. La France s'était servie pour, la guerre de TEspagne et de la Sardaigne ; mais elle demeurait maîtresse des négociations et dictait des lois à tous. Ces résultats sont beaux et ils gran* dissent le cardinal ^ux yeux de ses contemporains et à ceux de la postérité.

L'impétueuse reine d'Espagne se livra à des emportements quand elle sut que la Toscane^ qui avait été assurée à don Carlos ^ et les duchés de Parme et Plaisance qu'il possédait, ne lui étaient pas conservés : « Mandez- lui (au cardinal ), disait-elle à son ministre Patino, qu'il n'y a que sa décrépitude capable de pareilles sottises contre nous, et ne recevez plus chez vous l'ambassadeur. » Cependant elle s'adoucit et souscrivit les préliminaires. Le roi de Sardaigne s'y soumit également, quoiqu'on murmurant. Mais les difficultés que l'un et l'autre soulevèrent, et celles qui vinrent du corps germanique, retardèrent la signature définitive de la paix. Elle eut lieu le 18 novembre 1738. La concorde n'en régna pas moins entre la France et les autres puissances, et au commencement de janvier 1 737 le cardinal abolit par avance Timpôt du dixième, qui ne devait cesser d'exister qu'à la publication de la paix.

La prépondérance de la France s'était établie par sa modération exempte de crainte. Lorsqu'un peuple paraît redouter les autres peuples, ou il attire leurs armes sur lui , ou il descend au second rang dans la famille des nations : nous voyons à cette époque

398^ HISTOIRE PHILOSOPHiQtlË

rinfluence de FAngleterre diminuer parce qn'on sa;* vait que la paix à tout prix est nécessaire à raffermissement des nouvelles dynasties ^ Quand une nation change Tordre de succession au trône > elle doit s attendre que son crédit au dehors souffrira un préjudice que le temps seul effacera.

Après avoir terminé une guerre heureuse^ la France obtint la gloire^ chère à Fhumanité^ d'être la médiatrice entre les peuples.

En 1735 , la police espagnole ^se prend à Madrid de querelle avec les domestiques de l'ambassadeuif du Portugal^.Le gouvernement fait arrêter ceux-ci. Aussitôt le roi de Portugal ordonne d'emprisonnef • par représailles les domestiques de Tambassadeul^ d'Espagne à Lisbonne. Les deux cours prescrivent à leurs envoyés de partir sans prendre congé* Où arme de part et d'autre ^ et la Péninsule va êtf^ ensanglantée pour une impertinence de valets. La France et TAngleterre se hâtent d'offrir leur médiation ; mais cette dernière puissance envoie conimo auxiliaire une flotte dans le Tage , ce qui pouvait encourager le Portugal à la guerre. Fleury tiégocie avec activité et rapproche les deux cours avant que Tintervention anglaise ait eu le temps d'agir.

' La BooveUe dynastie n'a commencé réellement en Ângleterfe qae lors de Pavénement des princes allemands , rois étrangers dcr naissance, de langage et en dehors de la branche directe des Stnarts. Goillaume avait régné en vertu du droit de sa femme , fille de Jacques II, et en faisant passer le prince de Galles potff un ûls supposé. La reine Anne était montée sur le trône au même titre. On voit toute la politique de Georges 1" et d'une partie du règne de Georges II dominée par la crainte que leur inspirait le Prétendani.

L'année 1 736 vit la guerre éclater entre la Russie et la Turquie. Le divan avait pris Talarme de la prépondérance de la Russie ^ imposant un roi à la Pologne. Il tenait alors un langage ferme ^ digne d'une puissance ^du premier ordre; le grand Tizir mandait au* prince Eugène : ce la Pologne a élu un de ses grands seigneurs, pourquoi la czarine faitelle deux choses contre les traités avec ses voisins et la liberté d'un pays où elle veut rendre la cou-> ronne héréditaire, et annuler une élection? La Sublime Porte en est encore garante et ne le souffrira pas.'» D'un autre côté, la Russie était excitée par Thamas Eouli-Ehan \ ennemi des Turcs. Les Russes envahissejit la Crimée et prennent Âzof ; mais led Turcs parviennent à brûler la flotte russe dans la mer Noire. L'empereur Charles VI, qui se croyait lobligé de la czarine, intervient dans la querelle ^ et déclare la guerre à la Turquie. Il venait de perdre le prince Eugène; ses troupes sont battues partout; Belgrade est prise ; les Ottomans vont faire irruption dans la Hongrie. Alors la diplomatie française vient à son secours; le marquis de Villeneuve, ambassadeur de France à Constantinople , lui fait obte-* nir la paix à des conditions meilleures que celles

« Thomas Kouli-Rhan , uù de ces dévastateurs qui ébranlent lé inonde, avait été connu d^a^ord sous de nom de Schah-Nadir; il monta sur le trône de Perse en renversant et assassinant son bienfaiteur. A Pépoque dont nous parlons , il était en guêtre avec la Turquie : il s^allia avec la Russie pour en obtenir des ingénieurs et un train d'artillerie qui lui manquait. A peine Pa-t-il en sa possession , qu^il renonce à la guerre des Turcs et va conquérir Pempire du Mogol , qu'il dépouille de toutes ses richesses et rend, son tributaire.

400 HISTOIRE PHILOSOPHlOUE

qui avaient été accordées à ses propres négociateurs *.

Une discussion, qui pouvait dégénérer en hostilité au sujet de Berg et de Juliers , dépendant de la succession de Félecteur Palatin, ^s'élève entre la Prusse, la Saxe, le duc des Deux-Ponts et le prince palatin de Sulzbach : la France est acceptée pour arbitre et les concilie.

Au moyen d'un subside peu considérable, le roi se lie d'une manière plus intime à la Suède. L'Angleterre s'était attaché le Danemark de la même manière.

Le cardinal ne réussit pas aussi heureusement à terminer à l'amiable un différend survepu entre l'Angleterre et l'Espagne. Tant qu'Elisabeth Famèse eut besoin du gouvernement de la Grande-Bretagne pour obtenir des principautés à ses fils en Italie, elle toléra la contrebande faite par les Anglais sur les côtes de l'Amérique espagnole. Après la signature des préliminaires de 1 735, elle donna ordre de la réprimer. Mais le grand-duc de Toscane étant mort au mois de juillet 1737, elle rechercha de nouveau l'amitié de l'Angleterre, afin que cette puissance l'aidât à replacer le grand-duché sous la dépendance de sa famille. Elle offrit alors la cession définitive de Gibraltar et de Minorque , et la réparation complète de tous les dommages soufferts en Amérique par les commerçants anglais. Georges 11,

* Le commissaire autrichien , pressé de faire la paix , consentit étourdiment à la cession de Belgrade, que le marquis de Villeneuve eût conservée à PÂutriche. Ce dernier obtint que les fortifications de cette ville fussent rasées.

roi d'Angleterre , aurait dû accepter ces conditions avantageuses ; mais l'électeur de Hanovre craignit de déplaire à rAutriche et il refusa. La reine piquée prescrivit de redoubler de rigueur dans la poursuite de la contrebande. La douane espagnole prit et confisqua plusieurs navires, leurs équipages furent faits prisonniers, et quelquefois traités avec inhumanité. Les Anglais n'endurent point qu'on trouble leur commerce : ils armèrent.

Fleury sentait que la France .serait forcément entraînée à prendre parti dans la querelle; il mit tout en œuvre pour l'apaiser. Par ses efforts , un traité fut signé au Prado, le 14 janvier 1739, entre les ministres d'Espagne et d'Angleterre. Philippe Y s'engageait à payer quatre-vingt-quinze mille livres sterling pour indemnité des navires confisqués.

L'opinion publique, ce pouvoir dominateur chez les nations libres, animée secrètement par les torys en haine de Walpole, se prononça contre tout arrangement avec l'Espagne. On employa un moyen dramatique pour émouvoir les âmes. Un patron de navire nommé Jenkins, qui prétendait avoir eu le nez fendu et une oreille coupée par les Espagnols , se présenta à la barre de la chambre des communes, demandant à la justice de son pays vengeance des barbares qui l'avaient mutilé. A cette vue, l'indignation est au comble, le cri de guerre se fait entendre, plus de possibilité pour Walpole d'exécuter le traité. Une escadre anglaise croise devant les côtes d'Espagne. Philippe V, de son côté, se croit déchargé de Tobligation de payer l'indemnité promise. Cependant on négocie I. 26

encore ; mais la cour de Madrid veut que l'Angle* terre, qui lui avait reconnu, en 1667, le droit de visite sur les côtes européennes , admette ce même droit à regard des navires naviguant dans les mers qui bordent ses possessions américaines. L'Angle-* terre s'irrite de cette condition ; bientôt les deux gouvernements délivrent respectivement des lettres de marque » et enfin la guerre est solenoellement déclarée à la fin de 1739. La France resserre ses liens avec la Péninsule par le mariage de la priu" oesse Marie-Louise-Ëlisabeth, fille du roi, âgée de douze ans, avec Tinfant don Philippe.

Deux républiques, celle de Genève et celle de Gênes , avaient eu recours à la France pour réduire à Tobéissance leurs sujets révoltés. Le peuple de Genève s'était insurgé contre ses magistrats ; ceuxci implorèrent la protection du roi ; Fleury envoya à Genève le comte de Lautrec, qui parvint à rétablir le bon accord entre la bourgeoisie et les magistrats. La ville de Genève en témoigna au roi sa reconnaift^ sauce (septembre 1737).

Depuis le moyen âge, l'tle de Corse se trouvait sous la souveraineté de la république de Gènes; mais le pouvoir de la métropole était continuelle^ ment menacé par les sentiments d'indépendance et la turbulence des habitants. Les insurrections se succédaient : en 1734, les Corses arborèrent Tétendard de la liberté. Gènes leva trois mille hommes qu elle envoya pour les réduire. Alors apparut un de ces hardis intrigants qui trouvent dans la fécondité de leur imagination des ressources inespérées. Le baron de Neuhoff, Allemaïul,

ancien agent secret du comte de Goartz , persuada à la r^ence de- Tunis qu'il lui livrerait les ports de Yîlep s'il en obtenait un vaisseau^ des armes et de Targent. A peine débarqué » il jette le turban/ et emploie pour son propre compte tes res<sourees que Tunis lui avait confiées ; il déploie une grande habileté ; les Corses allaient succomber sous le poids de leurs divisions intestines; il les réunit^ leur promet les secours de F Angleterre et de la Hollande 9 se met à leur tête et achève de chasser les Génois de File. Les Corses enchantés le proclament leur roi , sous le nom de Théodore P^ Les choses en étaient à ce point, lorsque la république de Gènes sollicita Tintervention de la France. Toutes les puis^ sances avaient des relâches dans la Méditerranée; la ^France seule en manquait, et Fleury avait trop de lumières pour négliger cette occasion de lui. en procurer. Au commencement de 1738, une petite expédition sous les ordres du comte de Boissieui arriva dans l'île; déjà les destinées du roi Théodore n'étaient plus les mêmes : les Corses ne voyant pas arriver les secoure qu'il leur avait promis , éclataient en murmures. Il sentit que son trône improvisé chancelait sous ses pieds. Il annonça à ses nouveaux sujets qu'il allait réclamer lui-^même l'exécution des promesses de l'Angleterre et de la Hollande. Son projet était de former une compagnie hollandaise intéressée, par des avantages commerciaux, à l'in*^ dépendance de la Corse et à l'affermissement de sa eooronne. Arrivé à Amsterdam, il fut emprisonné pendant sept mois à cause des dettes qu'il y con^ tracta^ Il parvint néanmoins à rallier à son projet

UD certain nombre de négociants hollandais, et se remit en route pour ses États. Le comte de Boissieux occupait le littoral de Tîle, et le contraignit à se rembarquer. Il ût voile vers Naples où il fut arrêté. Remis en liberté quelque temps après /il se rendit en Angleterre. On Ty retint sept ans prisonnier pour dettes ; son rêve de grandeur avait été court; on n'entendit plus parler de lui, et il mourut ignoré.

Le comte de Boissieux n'avait pas assez de troupes pour soumettre l'île. Il mourut peu de temps après et fut remplacé par le marquis de Maillebois qui arriva avec un corps d'armée plus considérable. Celuici battit les insurgés dans diverses rencontres ; bientôt la soumission des populations fut complète. Maillebois proclama une amnistie ; les chefs des insurgés vinrent à son quartier général , et dans cette conférence, il fut convenu qu'ils sortiraient de l'île, et se retireraient librement dans tel pays qu'ils voudraient.

Les Français occupèrent la Corse jusqu'à la guerre de 1741 . Le gouvernement jugea à propos alors d'en retirer nos soldats; mais les pétales de cette île s'étaient accoutumés à notre intervention*, et ils préférèrent au joug des Génois celui de la France , qui ne leur fut jamais pesant. Le cardinal de Fleury avait reconnu que la répubhque de Gênes était trop faible pour dompter ces peuplades sauvages et énergiques, et il avait pressenti que la nécessité finirait par les soumettre à la France. Mais certes, il n'avait pas prévu que des âpres montagnes d'une île de la Méditerranée sortirait ce guerrier, obscur à sa naissance, éclatant dans sa ma-

turité , qui s'assiérait sur le trône de nos rois , après avoir déblayé Tanarchie. C'est ainsi que la ProTidençe cache ses desseins ^ et confond la prévoyance humaine. Si les Génois n'avaient pas été secourus par nos armées à Tépoque dont nous parlons, il est probable que la Corse ne serait pas devenue française en /1 768. L'homme suscité pour rétablir les autels, mettre l'ordre à la place de la confusion et raffermir la société ébranlée , serait resté enseveli danâ l'obscurité au milieu de ses compatriotes, ou bien sa haute destinée se fût accomplie loin de nous.

La période dont nous nous occupons fut illustrée, non-seulement par la sagesse et le succès des négociations , mais aussi par certains perfectionnements dans la législation , et par une entreprise scientifique éclatante ordonnée par le gouvernement.

Le 23 ipai 1 730, Louis XV établit un conseil royal de commerce qui devait s'assembler en sa présence tous les quinze jours.

Un* règlement publié le 15 février 1734, fixa le nombre et l'étendue dps équipages que les oflSciers peuvent avoir en campagne. Ce règlement mit des. bornes il un luxe qui surchargeait l'armée de transports et de boviches inutiles.

Plusieurs ordonnances réprimèrent la mauvaise foi dans la reconnaissance dés écritures et signatures en matière criminelle, et déterminèrent les cas et la manière des évocations et règlements de juges.

Il parut, le 21 mars 1731, un édit du roi sur les donations, dans Iç.but de réprimer les abus qui se

commettaient 9 de prévenir les Burprines et d'asstiiMr la légitimité des donations véritables.

Le roi rendit, le 3 février 1736, une autre ordon^ nance sur les testaments, dont Fobjet (c est d^aiSér* mir Fautorité des lois anciennes, et de les expliquer d'une manière si précise que Tincertitude et la variété des maximes ne soient plus désormais une mar tière toujours nouvelle d'inquiétude pour les testa* teurs, de doutes pour les juges, et de procès ruineux pour les parties. »

Une loi plus importante encore parut le 9 avril 1736 : je veux parler d'une ordonnance concernant la forme et la tenue des registres des baptêmes, mariages, décès, professions religieuses, et les ex-* traits qui doivent en être délivrés.

Cette ordonnance laissait malhe,ureusèment sans solution ce qui se rapportait àFélat civirdes protestants. Louis XIV avait permis qu'uu certain nombre de ministres désignés dans chaque généralité par l'intendant, fussent reconnus aptes à dresser les actes civils des dissidents : les registres devaient être déposés aux greffés des juridictions les plus voisines.

Mais la malencontreuse déclaration de 1724 étant fondée sur la fiction que la religion réformée n'existait plus en France, les protestants rentrèrent dans le droit commun sous le rapport de leur état civil. Or, les officiers de l'état civil étaient les ministres du culte catholique : il devint donc nécessaire que tous les baptêmes et mariages fussent célébrés par les curés, et qu'ils intervinssent pour les actes de décès.

Les religionnaires étaient divisés en deux catégo-

rieft^ les Douveattx convertis et les relaps* Oa donnait ce dernier nom aux protestants persévérants; ear^ en vertu de la même fiction^ quUl n'existait plus de protestantisme en France , tous étaient eensés ayoir abjuré* Les protestants persévérants traités ainsi de relaps, ne devaient et ne pou-^ vaient avoir recours aux prêtres * catholiques qu'ils détestaient; de leur côté ^ ceux-ci avaient horreur d'eux y et auraient refusé de leur conférer les sacre* ments. Quant aux nouveaux convertis^ on les admeU tait facilement^ sous Louis XIY, à l'usage des sacre* ments. Les jésuites avaient fait prévaloir le principe que pour le bon exemple et l'édification des races futures , il *était utile de regarder comme sincères toutes les nouvelles conversions , même celles qui avaient été obtenues par la violence. Mais le système du clergé changea bientôt; les prêtres zélés s'indignèrent de la quantité de sacrilèges qui résultaient de la facilité montrée jusqu'alors. On résolut d'exiger des épreuves qui rendissent incontestable la catholicité des convertis. Là longueur de ces épreuves variait suivant les diocèses. Il n'existait rien de fixe à ce sujet.

Les nouveaux convertis qui voulaient contracter mariage ne témoignaient pas (quels que fussent leurs sentiments secrets) une grande répugnance pour la confession préalable. Cependant les prêtres retardaient indéfiniment la célébration nuptiale^ et comme Tacte civil du mariage dépendait de cette célébration , les futurs époux ^ se lassant de tant de délais , prenaient le parti de revenir à leur ancien culte y et d'aller chercher au prêche dans les assem-^

blées du désert la bénédiction nuptiale que FÉglise

catholique leur refusait.

La difficulté semblait moindre pour les actes de naissance. Le curé ne pouvait s'abstenir de donner le baptême aux enfants qu'on lui présentait^ et les protestants conçentaient volontiers à les porter à l'église; mais, comme si on avait pris à tâche d'éloigner tout rapprochement, les curés avisèrent de noter sur leurs registres comme bâtards les enfants issus des mariages qui n'avaient pas été bénis à la paroisse. Les protestants indignés firent baptiser leurs en* fants au prêche.

On conçoit quelle effroyable confusion dut s'éta^ blir dans Tétat civil d'une portion du peuple français, dont les actes de naissance; mariage et décès se trouvaient dépourvus de tout caractère légal et authentique. « Ainsi méconnus dans le même temps comme calvinistes et méconnus comme convertis, et par là destitués de tous moyens de faire admettre, ou devant un prêtre, ou devant un juge , les témoignages de leurs naissances, de leurs mariages et de leurs sépultures , les anciens religionnaires se sont vus en quelque sorte retranchés de la race humaine. » (Rapport à Louis XVI^ par le baron de Breteuil.)

Le danger du silence de la loi relativement à l'état civil des protestants frappa vivement, à différentes reprises, les hommes éclairés. Deux fois le cardinal de Fleury s'en occupa, et notamment au moment où on rédigea l'ordonnance dont nous avons parlé plus haut. Le chancelier d'Aguesseau fut d'avis que le curé intervînt comme officier de l'état civil , acceptant et constatant le consentement mutuel des par-

ties , sans y joindre le sacrefment. La crainte des résistances du clergé que le cardinal se croyait obligé de ménager empêcha Tadoption de ce projet.

Jusque-là, néanmoins, les tribunaux avaient admis la preuve de la possession d'état par des actes de notoriété publique.- Ce fut en 1739 que le présidial de Nîmes donna le premier exemple dé dissoudre les mariages des calvinistes, et de déclarer illégitimes les enfants issus de ces mariages. Il eut cette témérité contre les ordres exprès du gouvernement , mais on n'osa point désavouer une décision qui semblait fondée sur la déclaration de 1724. Quelques années après , plusieurs parlements allèrent plus loin encore ; ils cassèrent plusieurs centaines de mariages , « firent brûler par la main du bourreau , en présence des époux , les certificats de bénédiction nuptiale donnés par des pasteurs calvinistes, condamnèrent les hommes aux galères perpétuelles, les femmes à être rasées et enfermées, confisquèrent les dots au profit des hôpitaux, et par là ils firent tomber, sur plus d'un million de Français, la flétrissure de concubinage et de bâtardise, sans prendre gardé que, parleurs arrêts mêmes, ils démentaient cette loi dont ils prétendaient s'autoriser , cette loi uniquement fondée sur l'assertion qu'il n'y a plus de calvinistes en France. » (Rapport à Louis XVI, par le baron de Breteuil.)

On ne saurait trop regretter qu'un règlement sur cette matière n'ait pas prévenu de pareilles énormités qui se prolongèrent jusqu'à l'époque tardive où Louis XVI y mit un terme. Il y a des moments dans la vie des peuples où un bi en palpable , évi-

dent y incontestable ne peut être opérée parae que les préjugés du grand nombre ou d'une classe puis^ santé y mettent obstacle» Il faut y pour surmonter ces préjugés ^ qu'il se trouve à la tète de FÉtat un homme d'un caractère ferme > .élevé et courageux, et tel n'était paà celui du premier ministre. Le car^ dinal de Richelieu marchait droit à son but, cou^ vrant tout de sa soutane rouge. Fleury faisait le bien tant qu'il ne soulevait pas de trop fortes ré^ sistances.

Il n'avait que des louanges à recueillir, en se montrant le protecteur des sciences et de la littéra** ture, et il le fut. Dans ses Lettres sur les Anglais^ pu^ bliées en 1728, Voltaire exalta le système de Newton, au détriment de celui de Descartes ; le nombre des cartésiens était considérable en France. Ils s'ému** rent j crièrent au scandale. Fleury calma leur irritation en annonçant qu'il allait faire vérifier une des hypothèses les plus hardies du physicien anglais, celle de l'aplatissement du globe terrestre aux pôles. Deux commissions de savants furent envoyées en Laponie et au Pérou sur la ligne équinoxiale' pour y mesurer deux degrés de longitude . l'un près du pôle, l'autre à l'équateur. La commission de Laponie fut composée de Maupertuis, Glairaut, Camus et Lemonnier; celle du Pérou, de La Condamine , Bouguer et Godin. Ceux-ci partirent en 1733. Les premiers qui avaient moins de chemin à parcourir, se rendirent à Tornéo, au fond du golfe de Bothnie, en 1735.

Des hommes accoutumés à la vie douce et tfan*> quille du cabinet, embrassent avec intrépidité là

W RÈGNE DE LOtHS IV. 411

eamère Aventur^uBe des voyagea dans des régiona glaeéès ou inconnues. Les savants envoyés en Lâ« ponie bravent) pendant deux ans, les glaces du cercle polaire ^ seuls ennemis qu'ils eussent à re^ douter. Ils reviennent après avoir élevé à Tornéo une pyramide commémorative de leur entreprise.

Il n'en fut pas ainsi des académiciens qui allèrent à Lima* Malgré les recommandations de la cour d'Espagne, ils ne trouvèrent qu'hostilités dans les colons défiants et superstitieuiL de la nouvelle Espagne. On taxait d'opérations magiques leurs travaux pour mesurer les montagnes) plusieurs fois ils coururent risque de la vie. Un autre genre d'inquié* tude indisposait contre eux les autorités péruviennes; elles s'imaginèrent que les recherches des Français avaient pour but de connaître le gisement des mines. On suscitait de toutes parts des entraves à M. de La Condamine et à ses compagnons. Rien n'affaiblit leur courage; ils luttèrent avec énergie contre les obstacles ; une constance inébranlable les soutint pendant les courses pénibles qu'il leur fallut entreprendre pour établir leurs signaux sur trenteneuf moniagnes, dans une étendue de quatre-vingts lieues. Ils gravissaient gaiement les cimes y circulaient à l'entour . des cratères des volcans , et dormaient sur la neige qui les couronne ; avant de descendre de ces hautes régions, ils édifièrent, au sommet du Chimboraço, un obélisque à la gloire du roi, de France.

Leur absence , qui ne devait durer que quatre ans, se prolongea pendant dix. années. Non moins jaloux de l'honneur du nom français, que soigneux du

progrès des sciences^ ils soutinrent pendant trois ans un procès pour venger la mort du chirurgien de leur expédition , assassiné par un Espagnol > et ils ne quittèrent le nouveau monde qu'après avoir obtenu enfin des tribunaux de Lima la condamnation de l'homicide.

A leur retour , les opérations faites à des distances si éloignées furent comparées , et un cri d'adm'iration s'éleva dans toute l'Europe^ lorsqu'on apprit qu'elles confirmaient pleinement le phénomène de l'aplatissement du globe deviné par Newton.

Les lettres brillèrent aussi avec éclat pendant la période dont nous nous occupons. La plus grande partie des tragédies de Voltaire parut de • 1 728 à 1742. D'abord , Brutus et la Mort de César, inspirées en Angleterre par le génie des révolutions, écrites avec la plume de Corneille; puis , Zaïre, où l'auteur emprunte la tendresse de la muse de Racine; Alzire, empreinte de sentiments chrétiens; et en 1742, Mahomet^ ou le Fanatisme. Il est remarquable que Crébillon, choisi pour être le censeur de cette pièce, refusa son approbation , et que le cardinal de Fleury en autorisa la représentation. En mênie. temps, Voltaire livrait kla^TessesoRHistoire de Charles XII ^ Tun de ses titres de gloire, et préparait les matériaux de son Siècle de Louis XIV.

Montesquieu , déjà célèbre par ses Lettres persanes, publia son second ouvrage,. où se développe toute la sagacité de ce profond penseur. Le liyre sur la Grandeur et la Décadence des Romadns parut en 1 734. L'auteur y sonde les causes de leur élévation, indique celles de leur décadence. L'histoire dans ses mains

cesse d'être la nomenclature aride des événements ; il nous fait apercevoir leur rapport avec les mœurs^ et nous montre Tinfluence des mœurs sur les destinées des nations^ point de vue élevé qui étend Thorizon de la pensée du lecteur^ et en lui dévoilant les secrets du passé lui apprend à juger avec sagacité le temps présenti

Les «rudits «te manquaient pas à la culture des belles-lettres anciennes et modernes ^ et aux recherches qu'elles rendent nécessaires. Il faut remarquer que presque tous ces érudits appartenaient à des congrégations religieuses; c'est-à-dire que leurs travaux se dirigeaient vers les choses solides plutôt que du côté des résultats brillants. Dans la soUtude du cloître et avec leur simplicité toute chrétienne y ils s'occupaient d'être utiles sans rechercher l'admiration. On cite avec estime les noms des pères Brumoy, Porée et Tournemine, de dom Calmet et de dom Montfaucon. La littérature orientale devenait la conquête des jésuites missionnaires en Asie^ et les Lettres édifiantes nous enseignaient les mœurs et les usages de ces contrées éloignées.

En ce. temps-là, il y eut encore de la gloire en France dans l'-armée, dans les sciences, dans les belles-lettres.

Mais l'âme s'attriste lorsqu'on reporte ses regards sur le chef de l'État et sur sa cour.

En 1735, les personnes qui entouraient le monarque crurent de leur intérêt que ses rapports avec madame de Mailly devinssent publics , et elle fut déclarée maîtresse du roi. Le comte de Mailly reçut défense de communiquer avec elle.

Cependant Fintimité de Louis XV avec la reine ne cessa qu'après la naissance de sa dernière fille , en 1 737; Marie avait eu dix enfants ^ et son tempé^ rament fatigué répondait moins que jamais à celui du roi ; nous avons vu que la demi-ivresse dans laquelle il se trouvait souvent à Tissue de ses petits soupers^ était pour elle un objet de dégoût ^ et elU éloigna insensiblement les rapprochements avec son époux. Après plusieurs refus colorés de divers prétextes, le roi prit la résolution de rompre toute intimité. Un des traits du caractère de ce prince était de ne revenir jamais des impressions qu'il avait reçues. Néanmoins ^ ce ne fut pas sans remords qu^il se livra au vice. La crainte des jugements de Dieu venait Tassaillir au milieu même» des plaisirs. On raconte que^ dans les commencements de sa liaison avec madame de Mailly, il la quittait brusquement, se jetait à genoux et priait. Mais bientôt le libertinage triompha de ses scrupules.

Madame de Mailly avait une sœur pensionnaire à l'abbaye de Port-Royal. Cette jeune personne, hardie, décidée , altière , conçut, du fond de son. couvent, le dessein, non-seulement de remplacer la favorite dans le cœur du roi, mais encore d'usurper la confiance qu'il accordait au cardinal et de gouverner l'État. Son intrigue commença par l'hypocrisie. Elle écrivit à sa sœur des lettres tendres et soumises pour solliciter la faveur de vivre auprès d'elle* La comtesse , bonne et sans défiance , y consentit. Mademoiselle de Nesle développa pour se» duire le roi toutes les ressources de la plus habile coquetterie; elle n'était pas jolie; néanmoins, son

esprit entreprenant parvint à d'emparer de la faiblesse du maître > et madame de Mailly fut obligée , ou de céder ses droits > ou de les parts(ger; elle prit ce dernier parti : accord infâme si on eût pu l'attri^ buer à Tambition ou à la cupidité ^ mais dont la cause fut un amour passionné qui préférait la plus cruelle souffrance à la séparation de Tobjet aimé. Louis «XY eut donc à la fois les deux sœurs pour maîtresses. 11 se. hâta de marier mademoiselle de Nesle, afin de lui créer une existence à la cour. On trouva un comte du Luc de Yintimille qui accepta l'humiliation de lui donner son nom, et Farchevêque de Paris, de la même famille, subit la honte de bénir cette union. Madame de Yintimille fut mise au nombre des dames du palais , place que madame de Mailly occupait aussi. La reine eut la douleur d'être obligée de souffrir ses services. La position de cette princesse devenait chaque jour plus affligeante. La religion ; ressource des cœurs blessés , vint à sou se^ cours. Elle versait d'abondantes larmes aux pieds du crucifix, priait pour la conversion de son époux, et se trouvait consolée.* On vit les princesses et les plus grandes dames de la cour s'incliner devant la nouvelle fatorite. La famille du Luc fenna les yeux et accepta les bienfaits du roi. Seul , le marquis de Nesle, dont le nom était illustre, parut uà moment ressentir la dégradation de ses filles, mais bientôt il se laissa apaiser aveo de l'argenté

A l'exemple des seigneurs de sa cour, le roi vou*lut avoir une petite maison , et il acheta le château de Choisy (1739). Des sommes considérables furent employées à Tembellir. Dèe lors^ les petits soupers

de Ghoisy remplacèrent ceux des petits appartements

de Versailles et du château de la Muette *.

Lorsque les désordres du roi commencèrent à devenir publics, le cardinal orut que sa dignité et sa position lui imposaient l'obligation de lui adresser des remontrances. Le roi lui répondit sèchement : « Je vous ai abandonné la conduite de mon royaume, j'espère que vous me laisserez maître d^ la mienne, n Les affidés du cardinal s'empressèrent de publier cette réponse qui le déchargeait dii soin dangereux de contrôler la conduite privée de son ancien élève. Aussi f son crédit resta inébranlable.

La disgrâce de Chauvelin, garde des sceaux et ministre des affaires étrangères » en fournit un mémorable exemple (1736). Chauvelin savait que son habileté en diplomatie était reconnue et que personne ne contestait son mérite; la pensée de succéder à Fleury dont les années s'accumulaient, se présentait naturellement à son esprit. Des intrigues assez obscures dirigées par la maison de Condé s'ourdirent alors contre le cardinal. Le garde. des sceaux en eut connaissance, et sans y entrer positivement , il se tint prêt à profiter des chances qu'elles lui ouvriraient. Le cardinal averti (on croit que ce fut par le roi lui-même), résolut aussitôt la perte de Chauvelin. On l'accusa de s'être laissé gagner par l'Autriche pour sacrifier dans les préliminaires de 1 735 les intérêts de la Savoie et de l'Espagne. La réalité de ces imputations n'a jamais été éclaircie;

' Le service se faisait aux petits soupers de Choisy sans Tassistance d'aucun yalet; par un mécanisme ingénieux, la table disparaissait et remontait couverte des mets les plus délicats.

mais, on agit comme si la preuve en était acquise. Chauvélin, obligé de remettre les sceaux et dépouillé du portefeuille des affaires étrangères, fut arrêté et on parla de lui faire son procès ; sans doute les documents recueillis ne parurent pas suffisants, car sa détention ne tarda pas à être changée en un exil à Bourges. Il mourut vingt ans après sans que Louis XV lui eût rendu ses bonnes grâces. Pour achever de le perdre, on Tavait taxé de jansénisme *.

Néanmoins , quelques paroles prononcées par Louis XY peu de temps après la disgrâce du ministre des affaires étrangères firent soupçonner qu'il regrettait ses services. Il n'en fallut pas davantage pour que des .intrigues se renouassent en sa faveur. Deux jeunes gentilshommes de la chambre , le duc d'Antin et le duc de La Trémouille, en faveur près du roi, se chargèrent de le disposer favorablement. Ils ignoraient que ce prince ne rougissait jamais de livrer ses amis à l'homme qui le subjuguait. Il dénonça d'abord le duc d'Ântin au cardinal , qui Texila sur-le-champ sans égard pour la comtesse de Toulouse sa mère. En apprenant cette nouvelle, le duc de La Trémouille va trouver le roi, qui lui donne sa parole de ne pas le nommer à Fleury. Mais Louis oublie cet engagement. Le cardinal adi^esse de vifs reproches au duc de La Trémouille. Celui-ci nie d'abord; le vieux ministre lui impose silence en lui apprenant qu'il tient de la bouche même du maître les détails de sa complicité avec le duc d'Antin.

* On remit pour la troisième fois les sceaux au chancelier d'Aguesseau , et M. Amelot , intendant des finances , fut nommé ministre des affaires étrangères.

41» HICTOIRE PHlLOSOl^lOtJÈ

La Trémdtiille dirait U ccÈur bâtit et génértrdt; Lorsqu'il revit le roi> il lé pria de le ra^er dé la liâtë de dés fatoiliers et lui déclsii'a qu'il rej^téfidit toujours son sujet fidèle et sou servitcitii' détôué,- ihàià qu'il ne poutait plus ètfe son ami. Dêlptils èé iné^ menât ^ le duc se reiiferma strieteUiëEit danâ ié§ dé- Tôirs de sa place ^

Après s'être prlté de GhaUTelin, te c^j^dlual mtBr mença à sentir le poids An fardeau qti'il tr'était iû^ posé. 11 Toulut, dit-oti 4 s'éu décharger sut U fèbMe de Toulouse^ qui aurait été nommé ftreÈfJièr hiinl&tfè: La mort de ce prince,( arrirée en 1 738^ ètUpêeka Téié^ eutioH de ce projeta Fleury garda le pouvdi*j tîMi m ne tarda pas à s'apercevoir qu'il subissait l'itâpression des années; <5haqtie jour augmentait lé er édit de deux hommei» qtii possédaient âà ëonfidixfeë; l'abbé Cbuturief, supérieur de Sàifit^tiIpUcé, etBérfjaci son Yàlet de chambre; le firettlièr' ptiiit lès àffàiréft eWésiaàtiqtiès^ le §ècdiid pfoti^ fdui lefëâté. Éatjac, *inij)lé, réfepectuetix> nàel^fé; déiirit l'objet des câjolètieè des séigiieurâ dé lâcotir <jtiî brîgiiàièïïl èâ proteètîdh; totfjôut^ â l^à place, il ^'ihdîgiiatil lorsqu'un hoiflftie de gràridèf ùalièsâiifeé, èôtladt dé \k sièntiè , so itibhlrait obsé^tiiëùl âvéë lâi. tTéfâK tihë ëàusë ëërfaihé dëT rëftts.

Malgré la solidité dé sàptti&sâiicë, fléiit^ fèâMUii rinfltlehde de ritâflàùië dé tîùtiinillë. téfté fefli&ïé

* Le duc de La ïrémouille était très-beau. Renversé à la bataille de Parme , toute la. cavalerie lui passa sur le corps. Dans ce danger, il ne prit d^autre soin que celui de préserver sa figure. On le regardait cependant comme un homme de beaucoup d'esprit.

DU liÈtfŒ DE LOUIS XV. 419

fut un objet pontinuel d'inquiétude pour lui. Il contrebalançait la faveur dont elle jouissait par celle de madame de Mailly. Quand il était poussé à bout, il s'enfermait à Issy. Alors le roi prenait l'alarme , et se bâtait de céder à la volonté du cardinal qui revenait tout-puissant.

Ainsi se passèrent les années qui s'écoulèrent depuis la paix de 1735 jusqu'à la mort de l'empereur Charles Vl. La Praiice tranquille au dedans, respectée au dehors , paraissait jouir d'une grande prospérité. Mais quelle que fût la sollicitude du cardinal , ces apparences ne déguisaient qu'imparfaitement la misère qui affligeait alors les provinces. On lit dans lès Méfhoires de d'Argenson: « Au momeut où j'écris, en pleine paix , avec les apparences d'une récolle , sinon abondante du moins passable , les hommes meurent tout autour de nous , drU comme mouches , de pauvreté et broutant l'herbe. Les provinces du Maine, Angoumois, Touràine, liàut Poitou, Péri- ^ord> Orléanais, Berry, 3ont les plus maltraitées. Gela gagne lès environs de Versailles. Partout on reconnaît le 'manque d'argeiit, le manque de moyens pour acheter des vivres. Avec cette pauvreté, les grains et les vivres renchérissent j Ôià ne fait plus travailler.

« Enfin se sont élévééfe quelques Voix, celles dès principaux magistrats, à qui cette opposition a fait honneur. Madame la duchesse de Rocheôhouai^t douairière écrivit une lettre pathétique au cardinal. M. de LaRôchefoucauU, revenant dé TAtigôumoid, en fit autant. M. l'évéque du Manô vint de îsôn diocèse iôuchéi* barife à Versailles, û&iquêfiient |)ou)-

dire que tout s'y mourait. Le bailli de Froulaie, qui a beaucoup d'accès à la cour, est venu aussi du Maine confirmer cette déposition.

« La Normandie, cet excellent pays, succombe sous le poids des impôts et sous les vexations des traitants. Les fermiers sont ruinés, et l'on n'en peut trouver.

« Le duc d'Orléans porta dernièrement au conseil un morceau de pain de fougère que nous lui avions procuré. A l'ouverture de la séance, il le posa sur la table du roi, disant : « Sire, voilà de Cl quoi vos sujets se nourrissent. »

« Dimanche dernier (septembre 1739), le roi allant à Choisy par Issy, pour y visiter le cardinal, traversa le faubourg Saint-Victor. Cela fut su : le peuple s'amassa et cria, non plus, vive le roi! mais misère, famine, du pain ! Le roi en fut mortifié , et depuis ce moment il est d'une tristesse et d'un accablement qui font pitié. »

Nous sommes à l'époque où l'influence du philosophisme, qui depuis longtemps agissait sourdement , commence à se montrer à découvert.

Un homme d'une célébrité littéraire qui avait devancé le nombre des années, entreprend de fonder un nouveau pouvoir dans l'État, pouvoir devant lequel tous les autres s'inclineront, celui des gens de lettres. L'incrédulité deviendra son moyen, et il réussira; car, près des hommes légers de son temps, il pourra la faire valoir comme une nouveauté piquante. L'attaque commença par les Lettres sur les Anglais, où Voltaire préconise le matérialisme de Locke , qui accorde à la matière la faculté de peu-

ser ^ Ce livre fut déféré au parlement; Fleury et Chauvelin arrêtèrent les poursuites. Bientôt parut YÉpttre à Uranie^ où le Dieu des chrétiens et ses mystères sont ouvertement combattus. Le poëte débute ainsi :

Tu veux donc , belle Uranie, Qu'érigé par ton ordre en Lucrèce nouveau ,

Devant toi, d'une main hardie, Aux superstitions j'arrache le bandeau; Que j'expose à tes yeux le dangereux tableau Des mensonges sacrés dont la terre est remplie ,

Et que ma philosophie rapprenne à mépriser les hoiteurs du tombeau

Et les terreurs de l'autre vie!

Cette épître excita une vive agitation dans les esprits. Voltaire n'hésitait pas à renier ses œuvres quand elles pouvaient le compromettre. Il attribua celle-ci à Chaulieu, qui n'était plus là pour s'en défendre. Dans une conversation avec M. Hérault, lieutenant de police , celui-ci lui dit : « Vous ne viendrez pas à bout de détruire la religion chrétienne. — C'est ce que nous verrons, » répondit-il.

A dater de cette époque, il lit imprimer chaque année de nouveaux ouvrages, sans que leur multiplicité fatiguât l'attention du public qui les recher-

' Voltaire était matérialiste en 4736. On en trouve la preuve dans une lettre adressée à M. de Forment , du 4 3 janvier de la même année. 11 lui mandait : < Il est probable que la nature a donné des pensées à des cerveaux comme la végétation à des arbres. Cet être qui croit et décroit avec nos sens a bien la mine d'être un sixième sens. »

i^ histoire; PH}|X)SpPD|QI]^

qbait ffupe avidité % ^nt ét^t grande 1^ hsçifiatiGij^ exercée par b prodigieux esprit da cet l^pqiinip^ j|4mirable dans ses trftg^di^s, charmaf))i ^ans la ppé^ie légèrfi. Il sepabîe uuiyiBrsel parçp (ju'il efifleu};» tfi\\% les sujets, mais il n'en approfondit aucun. Qn ^^ saurait s'étonner de Fengouement qu'il inspira lorsqu'on voit le sage Stanislas lui-même l'honorer de sa protection ; et des souverains se faire ses adulateurs. Dès 1736, le prijiçei royal jje Pyu^sp (\^ grapd Frédéric) ouvrit avec Voltaire une correspoiidance qui ne finit qu'à la mort de ca dernier. Il faut lire, pour y crpire, |p8 louanges excessives qij'il lui prodigue.

« Je me croirai plus riche en possédant vos ouvrages que je ne le serais ppr la possessioi^ des biens passagers et méprisables de la fortune*.*** £b ! que la gloire ne se sert-elle de moi pour courquner vos succès! je pe craindrais autre chose, ^inou que ce pays, peu fertile en lauriers, n'en fournît pas autant que vos ouvrages en méritent, »

(Lettre du S (luguste 1 736.)

* Nobles et princes applaudissaient malgré le mépris que Voltaire témoignait pour Pillustration de la naissance.

Lettre à M. Thiériot. 4" juin i73i.

Je Vécris d'une main par la fièvre affaiblie , lyon esprit toajoors ferme , et dédaignant la mort ,

Libre de préjugés , sans liens , sans patrie , Sans respect pour les grands et sans crainte du sort.

ffettj'e fl la princesse é{e Guise. Mars 4732.

Non , Je n'étais point fait pour aimer la grandeur ; Tout épUt i)[^'impQr(iuie et tout faste m'assomme; ^»i$ Glermfli^t , malgr^ moi , sul^ugue enfla fnon cœur : je crois n'y Toir ^'un prince, et j'y rencontre on homme.

P»iJ RÉGIME m LOUIS TV. 48S

a h M 9^ï^ wi\empéçhar d'admiF^r ee généreux ç^smti^T^9 (^et amour du gwPd bumaia qui devpait youp pjépit^r lep suffrages de tou« les peuples c j'oae n^érpe fjiYapcer (|u'ils yous doivent autant et pliuf qu^à l^yeprgue et a l^olpn. Enfin f c'est à vous que l'o}) di^i( toutes les vertus qui font la sûreté et le clï^rinp 4e h vie. Que ne vous doifrron pas?.... Jq »? ppis peTenir de mon étonnement qu^nd je pei^se qu'upiç uation si polie et si éclairée ne connaît point le t?éBop qu'elle renferme dans son sein; quoi! ce mêm^ Voltaire , à qui mes mains érigent des q,utelp

et 4(?P ptatue^i est négligé dans sa patrie! Je me

seps .déjà infiniment redevable à vos ouvrages; c'est une source où Ton peut puiser les sentiments et les connaissances dignes des plus ^ands hommes. Jti

« Et d'un peu de yertu si l'Europe me loue , Je TOUS lu dois» seigneur, il fanf que je l'avoue. »

.(Lettre du 9 septembre 1736.)

c fif votre nom fameux par de savants exploits Doit âtrç mi$ ^^ r^Pg des libres (ai des rois, ji

u J ai été longtemps en suspens, si je devais vous envoyer mes vers ou non , à vous , F Apollon du Parnasse français, à vous, devant qui les Corneille et les Racine ne sauraient se soutenir ^ »

(Lettre du 13 novembre 1T36.)

* I^ tPmp»t qui reiftiBt tput h sa pUce , a fait ji^Hm d^ c^ jridjr cules exa^éraMons. Il y a déjà bien (|es années (fue Qelillç a ^it :

« On relit tout Racine, on choisit dans Voltaire. »

La postérité a été juste pour Voltaire. Elle admire ceux de ses ouvrages qui méritent 1- admiratiçn ; et elle A^app^ de milpris ou

d'un froid déda|^ }^ m^^ m i^^^mm^t m mémoUff^

(( Si jamais je viens en France, la première chose que je demanderai ce sera : où est M. de Voltaire ? Le roi, sa cour, Paris, Versailles, ni le sexe, ni lea plaisirs n'auront part à mon voyage ; ce sera vous seul. » Il lui demande ensuite pour la seconde fois de lui envoyer le poëme de la Pucelle (Lettre du 8 février 1737). « Je voudrais que vous fussiez le précepteur des princes , que vous leur apprissiez à être hommes. » (Lettre du 6 juillet 1 737.)

Frédéric avait soin de placer dans ses lettres quelques phrases impies , quelques gros blasphèmes. On ne pouvait mieux faire sa cour à Voltaire.

(c Pour vous parler avec ma franchise ordinaire , je vous avouerai naturellement que tout ce qui regarde YHomme^Dieu ne me plaît point dans la bouche d'un philosophe, d'un homme qui doit être audessus des erreurs populaires. Laissez au grand Corneille, vieux radoteur et tonjbé dans l'enfance, le travail insipide de rimer Ylmitation de Jésus- Christ , et ne tirez que de votre fonds ce que vous avez à nous dire. On peut parler de fables , mais seulement comme fables, et je crois qu'il vaut mieux garder un silence profond sur les fables chrétiennes canonisées par leur ancienneté et par la crédulité des gens absurdes et insipides.

« Il n'y aurait qu'au théâtre où je permettrais de représenter quelques fragments de l'histoire de ce prétendu Sauveur ; mais dans votre cinquième épître ^ , il paraît que trop de condescendance pour

* Il s'agit d'une pièce de vers qui commence ainsi : Quand l'ennemi divin des scribes et des prêtres , etc.

les jésuites ou la prêtraille vous a déterminé à parler de ce ton. » (Lettre de juin 1738.)

Les dieux que nous chantait Homère Étaient forts , robustes , puissants ; Ce1u\ que Ton nous prêche en chaire Est Toriginal des tyrans; . Mais le Plaisir, dieu de Voltaire , Est le vrai dieu , le tendre père De tous les esprits bienfaisants.

( Lettre du 22 novembre 1738. )

Voltaire répliquait par des flatteries non moins exagérées. Frédéric l'appelait son Apollon ; le prince était son Salomon, son héros : (c Vous êtes mon maître, lui écrivait-il, vous êtes mon roi; je n'en veux pas d'autre. » -Cette' intimité louangeuse avec un jeune prince, héritier d'un trône, ne pouvait qu'ajouter à l'importance personnelle de Voltaire. On vit le phénomène d'un homme sans naissance , sans autre état que celui de littérateur , ne possédant que les armes de l'esprit, n'osant cependant s'en servir que de loin, comme Satan qui lance le péché du fond des enfers, battre en brèche les croyances, les mœurs, les habitudes, les coutumes de son pays , parvenir à rendre tout cela ridicule , à le détruire dans l'esprit du grand nombre , et à produire ainsi dans les idées la transformation dont les effets se manifestèrent plus tard.

La gloire de Voltaire excitait l'émulation. Le plus petit barbouilleur de papier se serait cru rabaissé , s'il n'eût donné, en passant, son coup de pied au christianisme. Chacun flattait le prophète de Tin-/ crédulité , et on savait qu'en se montrant impie on

m mBtoim FHiLOsePHiQoie

obtenait d^ lui PR l^rey^t de philQifopfad ^t d'honiqifl d'espt?!t.

Le philosophisme exerça son influeDce sur toutes les classes de la société , mais d'une manière différente. La class§ ^^^vpp gg §6ntilt ^.yjsp )Q\^ ^pl^arTSiSsée des liens de la consciei^se fit de la religion , et se laissa conduire par lui gaiement à sa perte. Dans la classe moyenne, la disçuswon dps Cflpççp révélées mena ^ discpter ai)s^i leg ^]ttri])iftions des souverains, la bonté des lois et l'obéissance due aux uns et aux autres. Le xyni® sièole fut, noits Tavoas déjà observé , une époque d'invpstigation. Les soiepooa exactes et naturelles firent de rapides progrès à Taide dq méthodes plus logiques» Ces mêmes mé^ thodes s'appliquèrent aui: sciences politiques et v^ ligieuses. Ite profonds penseurs mirent sur la vpiej mais , trouvant partout la vanité philosophique dér nuée de rexpérience, ils jetèrent les hommes de ce temps dans le vide de théories inapplicables* Nous sommes loin de nier qu'en définitive il ne soit sorti de ce travail des résultats heureux pour l'humanité; mais, pour y arriver, le philosophismé nous a fait passer par eette ère de désolation et de crime , oaus^ de douleur et d'effroi pour les races futures t

Quelques-unes des réflexions qui précèdent anti-r cipent un peu sur l'avenir. Elles étaient nécessaires pour qu'on se pénétrât de la division radicale opéré^ dans le peuple français; d'une part, les classes supérieures où la force de la pensée s'amoindrit chaque jour, où la vue se trouve obscurcie par de puériles vanités; de l'autre , une classe moyenne dont la penr sée se développa , dont Tesprit s'agrandit sans t^sse

DU Règne; dje louis xv. iv

par des recherches en tout genre y qui commence à sentir sa force, et à rêver le pouvoir. Celui qu'usurpent les gens de lettres est le premier essai de cette prétention à l'égalité d'abord, et à la domination ensuite.

Pendant la longue existence des peuples , il est impossible qu'il w survienne p^9 des modificatioas àsms les mœurs, des changements dans les coutumes. Un gouvernement habile les prévoit^ s'y prép^-re e^ Ips dirige* En Franca, elles ge firent d'ellesmêmes sans que Tautorité semblât les apercevoir. Le monarque, ^ngourdi dans les plaisjrs;^ entrevoyait qiielquQfois un orage danpi le lointain et dédaignait de le conjurer parce quHl ne devait éclater qu'après lui. Tout l'iBspoir de l'État résidait dans un jeune ewfaqt. Le Dauphin, né en 1729, parut d'abord incapable d'application : l'étude l'ennuyait, et rien ne pouvait arrêter les écarts de son imagipation; flfiais cet enfaiit possédait, une âpie fortes uu cs^raetère ferme; des exemples puisés dans les livres lui montrèrent ce qu'il devait être , et pgx sa seule énergie il devint studieux, f^ppliqué, sérieux* ^Waphé à ses devoirs, respectueux pour la religion. Eh même temps la bonté de son cœur et la générosité de son âme se développèreut.

En 1736, \e Dauphin, s-yp-nt sept ans, pftssft dftfta les n^ains des homu^es^ ]je duc de Çh|()llgn fui; nommé soji gouverneur , et on lui dqnuîj, pqyr pré-; cepteur, ppyer, jjdig thép^t^n, etanci^u ^v^quq 4? I^ireppix.

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