‹ Histoire philosophique du regne de Louis XVChapitre 18 sur 37 · SUITE ET FI« DU MINISTÈRE DU CARDINAL DE FLEURY · texte numérisé non relu

SUITE ET FI« DU MINISTÈRE DU CARDINAL DE FLEURY

Mort de Frédéric -Guillaume, roi de' Prusse. — Frédéric II; ses qualités, ses vices. — Mort de l'empereur Charles VI. — Marie- Thérèse. On lui dispute son héritage. — Frédéric envahit la Silésie. Bataille de Molwltz gagnée par ce prince. — Ligue de la France, de l'Espagne, de la Bavière, de la Saxe et du roi de Sardaigne contre Marie-Thérèse. — Commencement de la guerre de la succession d'Autriche. — Dévouement des Hongrois. — Les Anglais accordent des subsides à la reine de Hongrie.— Révolution à Saint-Pétersbourg. — Elisabeth monte sur le trône. — I^es Français et les Bavarois se portent sur la Bohême et s'emparent de Prague. — Amnistie entre la Prusse et l'Autriche. — Les Autrichiens font mettre bas les armes à quinze mille Français enfermés dans la ville de Lintz. — Désastres des^varois; pillage de la Bavière. — Frédéric se remet en campagne. 11 gagne la bataille de Czaslau. Il fait la paix avec Marie-Thérèse. — Division entre les maréchaux de Belle-Isle et de Broglie.— L'armée française détruite en détail.— Défection du roi de Sardaigne. — Les Anglais menacent la ville de Naples d'un bombardement. — Le roi de Naples est obligé de se retirer de la coalition. — Les Espagnols repoussés du Milanais par Charles-Emmanuel. — Prague assiégé. Maillebois marche à son secours ; il évite de combattre. — Retraite de Prague. — Hostilités de la marine anglaise contre la marine française. — Mort du cardinal de Fleury.

L'époque qui va suivre est remarquable par les modifications qu'elle apporte dans les relations politiques des peuples. La France devenue l'arbitre de l'Europe s'était concilié par sa modération la confiance et le respect; et l'Angleterre, notre éternelle rivale, hésitait elle-même à contrarier nos volontés. Soudain tout change, une guerre injuste, mal soutenue , fait descendre la France du haut rang où

elle était montée. Des puissances ennemies ou jalouses deviennent prépondérantes. Chez nous la débilité d'un vieillard qui garde le pouvoir au delà des limites des forces humaines , l'apathie et la mollesse du maître sont la cause de déplorables revers ; ailleurs deux grands caractères se développent : une femme, douée d'un esprit ferme et élevé, consolide son pouvoir contesté; et dans le même temps un homme extraordinaire transforme le patrimoine borné qu'il a reçu de ses pères en une grande monarchie.

Au commencement de 1 740 , Frédéric-Guillaume, roi de Prusse, descend dans la. tombe. Frédéric -Il lui succède. Son père lui avait laissé en mourant une armée et des trésors. La Providence lui donna le génie militaire qui les rend fructueux, et le génie politique qui sait profiter des circonstances. L'art de la guerre reçut de lui des développements nouveaux qui étonnèrent la vieille routine de ses ennemis et lui assurèrent la victoire. Son habile administration ouvrit à son peuple des sources de prospérité inconnues jusqu'à lui. Prétendant à toutes les gloires il voulut ajouter les succès littéraires à ceux des armes et à la renommée du législateur * ; mais ce monarque, dont le génie ne trouva de rival

' A peine monté sur le trône, il s^entoura de savants. II mandait à Voltaire, le 27 juin 4740: « Pai posé les fondements de notre nouvelle Académie. J^ai fait acquisition de Wolf, de Maupertuis et d^Algarotti. J'attends la réponse de Vaucanson, de S'Gravesende et d'Euler. Pai établi un nouveau collège pour le commerce et les n^anufactures. J'engage des peintres et des sculpteurs. »

Plus tard , Frédéric eut une Comédie et un Opéra français. Il ne parlait habituellement que notre langue.

4âb HléTOIRÈ PïtiLOSOiPHiQUÈ

(Juedàns rériërgie d'une femme, était redoutable plus encore par ses vices que par les qualités qu'il posâédait. La séùlé mesure de ses actions fut toujours sbii iiilérêt» baus sa jeunesse, il réfuta Machiavel, et sa politique dépassa les leçons de ce maître. Jamais ses alliés ne purent avoir foi en lui ; fanfaron d'impiété , on né lui connut d'autre dieu que son ambition, ïel fut le prince que la France aida imprudemment à constituer au milieu de TÂllemagne une nouvelle et dangereuse puissance.

L'empereur Charles VI mourut au mois d'octobre ^740. Aiix termes de* sa pragmatique sanction, l'archidUiehesse Marie-Thérèse, épouse de François dé Lorraine, grand-duc de Toscane, devait recueillir intégralement sa succession. La pragmatique était garantie par tous les souverains de l'Europe. Mais à peine Charles Vl a-t-il fermé les yeux, qu'ils oublient leurs engagements ; chacun réclame ùû lambeau de ses dépouilles et arme pour l'obtenir par la force.

Il est heureux pour Thumanité que les regards du vulgaire ne puissent monter jusqu'aux sphèreîs élevées de la politique. Il y découvrirait un égolsme si profond , coloré du nom de bien de l'État, une si infâme mauvaise foi sous le masque de l'intérêt du pays , que la morale publique serait bientôt complètement corrompue par de pareils exemples.

Marie-Thérèse trouve un trésor vide, une armée sans soldats, uti cabinet sanis talents. Rieix n'est capable de l'abattre. Elle prend sans hésiter le titre de reine de Hongrie et de Bohème, associe son màî^i à son gouvernement, souà lé il'om de cbrëgent^ et se

t)b RÉGSffe bÉ Ldtiis tv. 4ài

flîspoàë a lutter avec fermeté contre la redoutable coalition qui s'organisait à son préjudice.

C'est un fceàu et touchant spectacle que cëllll d'une faible fë'niiné abaiidôniiëé de tdiis, seule coni^e tous, àdëui doigts de saperié; mais jamais découragée, ramenant lafoftiiîië paf' soti génie, et sortant Iriom- |)hàntë dé la lutte. Elle avait pour eïlë l'énèrgié de l'àiîlè ^lîe l'infdHune h'etôiiiië pas, le bôti df'oit éi là Pi*bvîdeiicé.

tié roi de Prtiàse rèieiidique la Silésîe en vertu de céHàîiis droits toëô-obscufâ qui dataient dé plusieurs siècles.

L'électeur de Bavière ^i^éténd à iôùs les États autrichiens. Il se* feiide âùr le testàmerii de l'empereur freMinand I^ ; inâià il falsifié ce testament pour y dééouvfîr uii droit qui n'y était pas établi*. L'électeur cànseni seulement â laisser là Hongrie àAlarie- Thérèse; ce irène èikUi ôrigiûàirémefit électif, on ne saurait arguer pOiir le téélàriîèi* d'un testament remdùtant à deux siècles.

L'électeur de Saxe, toi de Pologne , avait épousé là fille âfnéé de l'empereur Joseph I*', frère dé Charles Vl. Cette princesse et lui -thème avaient âolénhelleîhèrit renoncé à toute prétehtioii sur les États autrichiens. Néaiifnoins, il réclame aussi, ïnàilï

' Ce iestirheui porté qtté « la tfllë àîiiéè de reiopereur Ferdinand I*' c(ui^ dané ce teinfpiï-là àeti'dtiverà en vie, Succédera daifs les deul royaumes de Hongrie et de Bohême, dans le cas où il n'y aura plus d'hoirs légitimes d'aucun de ses trois frères. » La copie du testament fournie par la Bavière changeait cette dernière chuse èli céllè^ : < Dans le càd dû il n'y aurait plni d'b^ritiéi' mftle. » L'étecteur dé Bavière^ <|tii d^cendait d'iirie fille de Ferdinand I*', prétendait ainsi établir son droit.

sans ardeur et comme honteux de son manque de

foi.

Philippe V, ce pauvre maniaque, se persuade aussi que les États autrichiens lui reviennent parce qu'il descend de Charles-Quint par les femmes. Mais Elisabeth Farnèse consentira à borner ses prétentions au Milanais , renforcé des duchés de Parme et de Plaisance qu'on donnerait à son fils don Philippe.

Le roi deSardaigne prétend lui-même au Milanais.

Aussitôt la guerre de plume commence, triste prélude de Teffusion du sang. L'Europe est inondée des factums publiés par les prétendants, et des réponses de la cour de Vienne.

Frédéric seul dédaigne ces combats de chancellerie. Son ambassadeur oflfre à Marie-Thérèse Tappui de son maître et le vote du Brandebourg pour l'élection du grand-duc de Toscane à la dignité impériale. Mais il exige la cession de quatre districts de la Silésie. La reine de Hongrie refuse. Il se met à la tète de son armée , et dès le mois de décembre il entre en Silésie avec trente mille hommes. Les forces autrichiennes se réduisaient dans cette province à trois mille soldats qui furent répartis dans les forteresses. Au commencement de Tannée 1 741 , le roi de Prusse prend Breslau et toute la province lui est soumise, à l'exception des villes fortifiées de Glogau, de Brieg et de Neisse. Cependant il protestait toujours de , son attachement à la maison d'Autriche. Il mandait au duc de Lorraine : « Mon cœur n'a point de part au mal que mon bras fait à votre cour. » La reine de Hongrie lève des troupes. Ses ambassadeurs agissent près des cours de France, d'Angleterre, de

Russie, et en général , de toutes les puissances qui avaient garanti la pragmatique. Marie-Thérèse ouvre une correspondance personnelle aved le cardinal de Fleury. Ce ministre adresse des représentations au roi de Prusse. L'Angleterre et la Hollande font des instances près de ce prince pour qu'il retire son armée de la Silésie et consente à traiter la question par voie de négociation. Il réplique que son honneur est engagé et qu'il sacrifierait plutôt ses trésors, son armée et sa propre, personne , que de consentir à reculer. Mais en même temps , il renouvelle ses propositions à la cour de Vienne. Cette fois , il se contentera de la basse Silésie , et il donnera deux millions de florins d'empire. Marie -Thérèse répond fièrement qu'elle défend ses sujets et ne les vend pas.

Dans le courant de l'hiver, elle rassemble une armée de vingt-cinq mille hommes; le comte de Neuperg la commande. À la fin de mars 1741 , il marche aux Prussiens; mais il est défait à la bataille de MplwitZ; et le reste de la Silésie est conquis \

Pendant que le cardinal de Fleury cherchait à modérer le roi de Prusse, il conseillait en même temps à la reine de Hongrie de se prêter à un accommodement. Frédéric, avec la profonde sagacité qui le caractérisait., avait deviné les dispositions des puissances. Resté seul dans la lice, il eût fini par succomber. Mais en appréciant les autres d'après

* Maupertuis avait accompagné le roi de Prusse, et il fut pris à la bataille de Molwitz. L'Autriche, qui avait plus besoin de soldats que d'astronomes, le renvoya à Frédéric.

lai-méine> il ne doutait pas que le calcul des iu^ térètB bien ou mal entendus ne l'emportât sur k religion des traités.

On ne larda pas, en effet, à voir un orage de former contre l'orpheline de Charles VI. 11 partit de la France et s'étendit à toute TEurope.

Lorsque l'ambassadeur d'Autriche notifia à Louis XV Tavénement de Marie-Thérèse , le roi lui dit : « Vous assurerez votre souveraine de la part que je prends à sa douleur; vous lui direz raffllction que je ressens moi-même , et vôHs lui manderez que je ne manquerai en rien à mes engage^ meûts. » Mais il y avait à la cour de France deux ambitieux auxquels la guerre convenait , dans Teôpoir de recueillir une partie des dépouilles du cardinal de Fleury, qui succombait sous le poids deft années*

Les deux Belle-Isle établirent que le moment était venu de compléter le système d*abalssement de la maison d'Autriche conçu par Henri IV, et silîvî par le cardinal de Richelieu. Cette politique était excellente sans doute lorsque cette maison possédait l'Espagne, les Êlats autrichiens, une grande partie de ritalie, la Belgique et de riches provinces dans le nouveau monde. Mais de cette immense ^puissance, il ne restait que les débris. Ainsi, la question n'était plus seulement de la restreindre , màiô d'opérer une œuvre complète de destruction. Quand une pensée politique s'est établie de manière à devenir vulgaire^ elle traverse les siècles et vit encore lorsque le motif qui lavait fait naître a cessé d'exister. Cette pensée, rajeunie par Tësprit et la faconde

t)« IIÊGÎIÈ DE LOUIS XV. 4â5

de Belld^sle* ^ ne tardn pàâ à donliner uile co\xt IftÉse de Bon oisiveté 6t avide des chancèâ de gloire et de fortune que là gtiet^re produit ; le monarque ne put échapper lui-ifiême à Veûlfatnement de céiix qtii l'emoumient.

On éherehe quel avantage i*éel nous pouvions tfouvei» daus la ruine de Marie-Thérèse. En affaiblissant t>Uti*e tîie8ui*e l'Autriche, on changeait là balance de l'EUMpe au profit d'une rtouvelle puissance active, entreprenante, guidée par un homme d'une haute intelligence. Cette puissance s'avançait forte dé toute la vigueur de k jeUUes^e sans qu'on Veut prévu, et pour aiusi dire à l'insU dés autres t)èupleâ, et se montrait déjà alliée peu sûre et rivale redoutable.

La Fraîiee était assez heureuse pouî* que ses froûtlèrcfe s'àppuyaôsent feur de petits États, et cette p6^ «ition lui âfesurait une grande liberté d'action. Seffi-

* L^abotidance des idëei dii marëcbal de fielle-Isle et sa facilité à M 9tffitÀer «faicmt sëâuit Frédéric Mii-tnttnë; dâtis tine Ifetife do 45 roti 4744 ^adressée à Voltaire ^ il s'etprime ainsi sur le compte du maréchal : < J'ai tu et beaucoup entretenu le marécftât dé bélté-Islé, <|i]i ferait dans tout pays ce qu'on appelle un trè^AgrAnd Hdtâttie. C'eêt tin Newton, pant le môfn^, ètt fait ie fuerre^ autant aimable dans la dooiété c[u'intelli§eAt et profdiid dans les affaires , et qui fait un honneur infini à la France » Ba fiâtiôn , et ail choix de sofi maître. » On voit que trëdéric était Mtjet à M UAMet èntrAlher à Tètalt^fidii en fàteub dés gefri^ d'ef!l- (Irit. Ihi reste ^ U avail ane minée idée de la pation éiÈ général. « Le maréchal de Belle-I^le est venu ici avec une suite de gens trèaséiisés. lé crois quMl ne reste plus guère de raison aux Français , livrés i^ëllé ttpé ceê^iûesfAettÉ^e rambàs^àdè oat fééue éti pdtlagd^ On regarde en Allemagne eomne un phénomène trèa^rare de voir des Français qui ne sont pas fous à lier. »

(ÈeUredaimaiiiiL)

blable à ua astre brillant entouré de satellites qu'il entraîne dans son mouvement^ elle dominait ses faibles voisins, et pouvait presque toujours porter au loin la guerre et ses calamités.

Les grands États dont les relations sont anciennes doivent se garder de prêter les mains à rétablissement d'autres grands États. Car il se forme alors des relations nouvelles; des ligues se nouent; les forces naguère éparpillées se concentrent , et au lieu d'un seul ennemi avec lequel on se bat à armes égales y on a affaire en définitive à plusieurs y et il faut des efforts inouïs pour ne pas succomber.

Le gouvernement de Louis XY fit donc une faute grave en favorisant l'ambition du roi de Prusse. La France , secourant Marie-Thérèse , gagnait pour de longues années une alliée à l'aide de laquelle on eût pu contenir ce nouveau venu dans les affaires du monde qui ne prétendait à rien moins qu'à y jouer le premier rôle.

Le cardinal de Fleury s'opposa tant qu'il put à cette manie guerrière des salons de Versailles. On accuserait sa loyauté , et les résultats de ses économies se trouveraient réduits à néant. D'ailleurs , une guerre maritime avait éclaté entre l'Angleterre et l'Espagne, et la France ne pouvait manquer de prendre parti dans la querelle. Le vieillard n'apercevait pas sans effroi les embarras prêts à troubler ses derniers jours. Mais Belle-Isle affirme que tout se terminera en une campagne , et que Marie-Thérèse s'empresseria elle-même de consentir au partage d'une partie de ses États pour conserver le reste. On répète à Fleury qu'à lui

est réservée la gloire d'accomplir Toeuvre commencée par les ôardinaux de Richelieu et de Mazarin. En arrière, on établit que son esprit devient débile, qu'il commence à radoter, et Louis XV ne ferme pas entièrement l'oreille à ces insinuations. Le cardinal s'aperçoit que son pouvoir chancelle, et pour conserver à quatre-vingt-sept ans ce pouvoir dont il s'était passé pendant les soixante-treize premières années de sa vie , il cède en dépit de sa conscience et contre sa conviction.

Il s'imagina rendre sa loyauté sauve au moyen d'une misérable subtilité. On ne reniera pas la pragmatique ; on ne déclarera pas la guerre à Marie- Thérèse ; mais on soutiendra que la France n'a accordé sa garantie que sous la réserve des droits des tiers. Or^ le tiers dont les droits détruisaient l'effet de la pragmatique était l'électeur de Bavière. Ces droits reconnus, la France agira seulement comme auxiliaire pour les appuyer et les faire prévaloir.

Le plan de Belle-Isie était vaste. La maison d'ÂUr triche devait être attaquée sur tous les points ; en I4alie par l'Espagne qui acquerrait la Toscane et les duchés de Parme et de Plaisance, et par le roi de Sardaigne auquel on assurerait le Milanais-. En Allemagne, l'électeur de Bavière , élu empereur, réunirait dans ses mains la Bohême et l'Autriche. La Saxe recevrait la Moravie, la Prusse garderait la Silésie , et Marie -^Thérèse , reléguée aux confins de l'Europe, ne conserverait que la couronne de Hongrie.

1 741 . Les cours de France et de Madrid signe-

m nmoim philosophique

r^Qt, eu QOAfiéqueuQe, au moi^ d^ pi^i 1 7A1 , un traité d'alliauoe ay^o Télf ctçur de Bavière y auquel aeoé^ dèrent Iq roi de Sardaignfi , Télecteur de Cologne, l'électeur Palatin et le rqi de Pologne , électeur de Sa:çe, Lé 5 juin, un autre traité fut eondu avee U rpi de Prusse* On lui garantissait la po^sessâon de la ba^se Silé§ie; d^ son èôté, il promettait son %viU frage à Téleoteui? de Pavièron h qui lea puissances contractantes assuraient respectivement la Bohdma.

Pour l'exécution de si vaites desseins, Belle^IsU demandait eent cinquante mille hommei* divisés çn deux armées, dont Tune de cent mille bomroes agirait sur le Panube , tandis que cinquante miUe liommes prendraient des quartier» en Westphalie et observeraient le Hanovre et la Hollandet

Le cardinal se récria contre un dév^oppement de forces onéreuî; pour les finanoesi Son esprit, devenu craintif et irrésolu , ne savait ni repousser une entreprise qu'il désapprouvait, ni embrasser les moyens d'en assurer le succès. Contraint de céder suP le principe, il en rejetait les conséquences, entravait tout^ et préparait ainsi des désastres* U consentit à l'armée d'observation ^ mais il borUA à quarante mille hommes le nombre des oombiittants de Tannée active. ...

Belle-Isle aurait dû dès lors renoncer à des pro^^ jets dont le suçeèst .devenait incertain t mais net ambitieux avait plus d'esprit que de génie, plus de présomption que d» sagesse* Il solUoita et obtint la direction générale- des opérations tant diplomatiques que militaires. Le roi le décora du titre de due, et Itti

donna lebl^ton de ma^réeliftl de Frftnœt

L'armée d obftervatioo i^^ rae^ambW wm le» ordres du maréchal de Maillebois. Belle-Isle, nommé am^ bas»dd(9ur axtraordiQa.ire et général en chef, court en AUemugne susciter des ennemis à Marier-Thérèse » et provoquer la bienveillance des électeurs en far veur du duc de Bavière » à qui il avait promis la couronne impériale, Quarantti mille Français rejoi^^ gnent Tarmée bavaroise. En Tabsence de Belle^ li^le, des lieutenants généraux de peu de renom les conduisent { il prétendait n'être pas éclipsé, et concentrer sur lui seui la réputation du talent et la gloire qui la suit. Cependant, le comte Maurice de San^e qu'on rencontrait partout où il y avait des Français à mener au combat, ainsi que le brave Cbevert, se trouve dans l'armée i et à ces dew^ hommes on devra quelques succès* L'électeur de Bavière, auquel l'art de la guerre est inconnu, reçoit du roi de France le brevet de généralisasimot

Les prévisions du maréchal de Belle^Isle ne se réalisèrent qu'en un seul point, l'élévation de l'élec" tepr de Bavière à la dignité impériale. Marie-Thérèsa ne parut pas ébranlée par la grandeur du périU Elle trouva des ressources dans l'amour qu'elle sut inspirer à ses sujets, dans Uactive sympathie de l'Angleterre, et dans la désunion qui s'établit tou«^ jours au sein des coalitions.

L'étiquette de la maison d'Autriche était grave et lévère- La reine ne la conserva que pour les céréwouies importantes. Elle se montra affable , accessible, toujours prête à accueillir en personne les réelamationa qu'on désirait lui présenter» et bientôt

elle se fit adorer de tous ceux qui avaient Thonneur

de l'approcher.

Depuis longues années les Hongrois défendaient leurs libertés contre leurs souverains, et de fréquentes révoltes ébranlaient la puissance de leurs maîtres. Marie -Thérèse les attache à sa personne en prêtant à son avènement le serment du roi André 11, qui assurait et confirmait les privilèges de la nation. Toutes les provinces de sa monarchie s'exaltèrent pour elle; elle était femme, elle était belle, le malheur l'accablait , et les cœurs des barbares mêmes qui habitaient ses États les plus reculés se sentirent touchés. D'immenses corps de partisans se forment sous le nom de pandours, de hussards, de tolpaches; des chefs entreprenants et férocesJes commandent, et avant de pouvoir mettre une nombreuse infanterie en ligne , la reine possédait déjà une cavalerie légère très-redoutable.

En Angleterre, Tenthousiasme est à son comble. L'orgueil anglais se complaît à se montrer le défenseur d'une jeune princesse que la France opprime. La duchesse de Marlborough se met à la tète d'une souscription qui, en peu de jours, s'élève à la somme de cent mille livres sterling. Marie-Thérèse refuse ce don. Elle est trop fière pour recevoir l'aumône de quelques particuliers. Elle acceptera seulement ce que la natioqr jugera à propos de lui offrir. Le parlement lui vote un subside annuel de trois cent mille livres sterling. Le roi Georges II arme et fait passer un corps de troupes sur le continent. Mais il n'ose refuser de souscrire une convention de neutralité, dans la crainte de compromettre son électorat de Ha-

novre que menace Tarmée de Maillebois. 11 se réduit, quant à présent, à faire des efforts pour opérer un rapprochement entre le roi de Prusse et la reine de Hongrie. Il savait que Frédéric était toujours abordable par le côté de son intérêt.

Au mois d'août 1741, une armée composée de Français, de Bavarois et de Saxons se précipite de la Bavière sur l'Autriche. Elle s'avance sans trouver de résistance; en quelques semaines Passau et Lintz sont pris. L'électeur se fait rendre hommage dans cette dernière ville comme archiduc d'Autriche. Les troupes combinées s'avancent jusqu'à Saint-Polten. La terreur est dans Vienne; la cour se retire à Presbourg.

Marie-Thérèse rassemble la diète de Hongrie et y paraît vêtue de deuil , dans l'habit hongrois , ayant sur la tête la couronne de Saint-Étienne et ceinte de l'épée royale. Elle se place majestueusement sur son trône , et après quelques moments de silence , elle adresse en latin aux États le discours suivant : (c La situation déplorable de nos affaires nous a portée à rappeler à nos chers et fidèles États de Hongrie l'invasion récente de l'Autriche , et les dangers auxquels ce royaume est exposé , et à les inviter à chercher un remède à de si grands malheurs. L'existence iliême du royaume de Hongrie, celle de notre personne , de nos enfants et de' nôtre couronne sont menacées. Abandonnée de tous nos alliés, nous plaçons notre confiance uniquement en la fidélité et en la valeur si longtemps éprouvées des Hongrois. Dans ce péril extrême , nous vous exhortons , vous , les États et Ordres du royaume, à délibérer sans délai

m HISTOIRE PHIIOSOPHIQUB

sur les rooyeuô Iça plus propres i pouryour à la sû'^ reté de optre perspnne, de wos epfaat» et de notre couronne , et à y recourir sur-le-champ. Quant 4 nous, les fidèles États et Ordres de Hongrie peuvent compter sur notre copparation en tout ce qui pourra contribuer au rétablissement de la félicité publique et rendre à ce royaume son ancien éclat» »

Les magnats , les délégués spnt saisis d'attendrissement. Ils tirent leurs sabres et tenant la pointe en arrière ils s'écrient : w Moriamur pro rege uostro Maria-Thercsia ! »

Une scène non moins touchante se passa le len-^ demain ; lorsqu^ les délégués se rassemblèrent au pied du trône pour recevoir le serment de Tépou^L d# h reine , nommé ço-^régentt Le prince prononce avec feu ces paroles ; << Je consacre mon sang et ma vie à la reine et au royaume de Hongrie* n ]Vlarie»Tbérè»e prend dans ses bras son fils , l'arabiduc Joseph^ encore m berceau, le présente aux; magnats en leur disant ; « Yoilà mon fils , je vous le confie, Il croîtra pour TOUS aimer et pour yous défbndre un jour, comme il aura été défendu par TOUS, w Aussitôt éclate de nouveau avec un enthousiasme inexpri* mable le cri : « Moriamur pro rege nostro Maria** Theresia ! » Ce cri retentit d'un bout du roy^iume 4 Tautre, Les nobles montent à cbevaL La Hongrie va enfanter des armées. Car le génie de Marie-Thérèse avait deviné comment on frappe au eour d'une na;^ tion généreuse t

La reine réclamait en même temps de la cour de Russie les secours stipulés par les traités conclus aveo l'empereur Charles VI , son père. Mais la Russie

w fitGm m LOUIS xy. m

étaii çoQtinueUement agitéç par de» révolutio»» d^ palais, la çzarine Anue Iwançwna éteit morte U 27 octobre 1740, après aYQÎr f^U reconnaître pour sQp ^uceeeseur le priqce Jeau Iwau de Brynsv^ick- Bevero, |Lg^ d^ troi» mois; elle avait nomm^ régent Biren, dyc de CQurlaqde^ Peu de temps après, celui-ci 9st arrêté , conduit en Sibérie, et le duc et la duchesse de Revern s'emparent de l'autorité. Corame iU penchaient pgqr la reine de Hongrie , la France pousse ïa Suède à déclarer la guerre à la Russie* Mais l'armée suédoise est taillée en pièces par le général russe Lascy, Alors, des intrigues sont ourdies à Pétersbourg par l'ambassadeur de France , afin de précipiter du trône le jeune cïiar, et d'y faire monter Elisabeth, seconde ûUe de Pierre le Grand, Le 6 décembre 1741 1 pendant la nuit]) cette princesse se met à la tète de quelques grenadiers, pénètre dans le palais, s'empare de la personne de l'enfant-roi, de celles du duc et de la duchesse de Bevepu jet du maréchal Munich. En quelques minutes la réToHition est opérée, et le matin , Elisabeth est reconnue souveraine de toutes les RussieSf

La Providence permet souvent pour la glorifica'tion de sa justice que les ténébreuses menées de la politique n'atteignent pas les résultats qu'on en espérait. Elisabeth se sentit tout d'abord de la sympathie pour la reine de Hongrie, et plus tard elle M montra sa plus fidèle alliée,

Marie ^Thérèse semblait arrivée au comble du malheur. Elle écrivait à la duchesse de Lorraine, sa beUe»*mère ; a H sui« enceinte^ et je ne sai» ail me

restera une ville pour y faire mes couches. » Mais ses fidèles Hongrois lui restaient , et les fautes de ses ennemis venaient à son secours.

L'électeur de Bavière aurait dû se porter sur Vienne ^ et donner ensuite la main à Frédéric dans la Moravie , ce qui eût isolé la Hongrie des autres possessions autrichiennes; mais il craint que la Saxe ne s'empare de la Bohème, et ne lui enlève cette couronne à laquelle il prétend. Il se porte brusquement vers Prague en laissant le comte de Ségur avec quinze mille hommes àLintz, pour garder l'Autriche. Cette manœuvre rendait une parfaite liberté d'action aux contingents ennemis qui accouraient de la Hongrie et des provinces situées au sud du Danube, et elle découvrait la Bavière.

En pénétrant en Bohême , l'armée combinée emporte les postes importants de Tabor et de Budweis, et marche sur Prague (octobre 1741). Mais on avait laissé des détachements trop faibles pour les garder. L'ennemi les reprend et Ségur se trouve dès ce moment sans comniunications avec la grande armée.

Le roi de Prusse n'était déjà plus notre allié que de nom. Son coup d'œil d'aigle entrevoyait dans Tavenir les futurs désastres que nos fautes devaient produire , et il se persuada que notre concours serait pour lui d'une faible ressource. D'ailleurs , il n'entendait pas que l'électeur de Bavière , maître de la Bohême, devînt une puissance prépondérante; et pût un jour réclamer la Silésie.' Il prêta donc l'oreille aux pressantes sollicitations des ministres anglais ; une convention de suspension d'armes fut signée par lui

et par lord Hyndfort au nom de la reine de Hongrie, à Klein-Schnellendorf.

11 prit les plus grandes précautions pour que cette convention restât secrète, soit qu'il craignît de porter le découragement chez les confédérés et de redonner ainsi à Marie-Thérèse plus de confiance dans la fortune, soit que novice encore dans les détours de la politique il rougît de sa trahison \

L'inaction de Frédéric à la suite de la convention de Klein-Schnellendorf compromettait les confédérés qui allaient avoir sur les bras l'armée de Neuperg. Le grand-duc de Toscane se met à la tête de cette armée et marche à grandes journées au secours de . Prague. Les Français et les Bavarois réunis sous les murs de cette ville manquaient de subsistances. Leur retraite après une bataille serait devenue difficile au milieu d'\in pays de montagnes déjà couvertes de

' Voici les articles les plus remarquables de la convention de Klein-Schnellendorf :

4*» Il sera libre au roi de Prusse de prendre la ville de Neiss par manière de siège. Le commandant aura ordre de remettre la place après un siège de quinze jours.

2'' Après cette prise, S. M. le roi de Prusse n'agira plus offensivement, ni contre la reine de Hongrie, ni contre le roi d'Angleterre, ni contre aucun des alliés présents de la reine jusqu'à la paix générale.

3*» Le i 6 de ce mois , le maréehal de Neuperg se retirera , avec toute son armée , vers la Moravie , et de là où il voudra.

4^ De part et d'autre, on fera sortir quelque^ petits partis pour continuer les hostilités pro forma, et on conviendra pendant rhi^er de quelle manière on s'y prendra le printemps prochain, en cas que le traité ou la paix générale n'aient pu se faire avant ce temps-là.

5® Les présents articles seront gardés comme un secret inviolable.

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neige. Le gétiie du comte de Saxe vient âll secours des généraux qui commandaient nos troupes. 11 ^'engage à prendre la ville pai' escalade. Dans la nuit du 25 novembre 1 741 , deUx fausses attaques attirent l'attention de Tennemi vers les endroits où semblent se porter hs efforts des assiégeants et il y concentre ses forces. Le comte de Saxe s'avance en silence vers le bastion qu'il voulait escalader et qui alors se trouvait dégarni. Chevert l'accompagne. Un grenadier intrépide est désigné pour aller poser la première échelle, et il s'établit entre ces deux braves un colloque que l'histoire a conservé : « Voistu cette sentinelle? dit Chévert au grenadier. — Oui, mon colonel. — Elle te criera : Qui mve? ne réponds rien, mais avance* — Oui, mon Colonel» — Elle tirera Sur toi et te manquera; va Tégôrger, je suis lâ pour te défendre. — Oui , mon colonel. » Les choses se passèrent comme avait dit Chevert» Un instant après il montait sur le rempart ^ la port^ voisine était forcée, le comte de Saxe pénétrait dans^ la ville et s'en rendait maître. 11 ne permît ni pillage ni violences. Le lendemain^ l'éleeteur de Ba^ vière fit son entrée solennelle dans Pragné et fut couronné roi de Bohême.

Le grand-duc n'était plus qu'à trois lieues de Prague lorsqu'il apprit la reddition de cette ville. 11 se retira vers Budweis dans le double but d'intercepter toute communication entre le corps de 8^ur et Farmêë française , commandée alors par le maréchal de Broglie; et en même temps de couvrir les détachements qui devaient pénétrer dans la Bavière. Lo plan des ennemis fut combiné avec sagesse; celui des

DU RÈGNE DE LOtîlS XV. 447

confédérés avait été mal conçu dès le principe ^ et flous n'aurons plus qu'à signaler leurs tristes résultats. Deux armées autrichiennes, Tune sous les ordres du prince Charles de Lorraine, heau-frère de la reine de Hongrie , Tautre sous ceux du prince de Lobkowîlz, demeurent dans la Bohême pour y tenir en échec les forces françaises et bavaroises. Khevenhuller sort de Vienne, inonde le pays de troupes légères qui forcent le corps de Ségur à se concentrer dans Lintz , et Khevenhuller forme immédiatement le siège de cette ville. Au bout de quelques semaines^ Ségur capitulé. Ses troupes se retireront avec armes ef bagages en s' engageant à ne pas servir pendant deux ans contre l'Autriche. L'opinion publique reprocha vivement à Ségur de n'avoir pas tenté de s'ouvrir un passage l'épée à la main. Il eut le tort plus grand encore d'oublier de stipuler dans la capitulation la route que suivraient ses troupes pour retourner en France. Les Autrichiens les dirigèrent par des chemins détournés et impraticables où la plupart des soldats moururent de misère et de faim. Pendant que Khevenhuller achève le siège de Lintz et chasse les Bavarois de Passau, les partisans Mentzel et French se jettent sur la Bavière d^un côté et une nuée de paysans tyroliens y pénètrent de l*autre, tous animés de la soîf de la vengeance et de l'ardeur du pillage; la dévastation et la mort s'étendent autour d'eux. Khevenhuller bat les corps bavarois partout où il les rencontre. L'armée de l'électeur, qui comptait trente mill^ hommes au commencement de la guerre , est réduite à huit mille.

1742. Le 13 février, MeAtzel entre dans Munich

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et la pille. Le même jour, Félecteur ceignait à Francfort la couronne impériale que Belle-Isle lui avait obtenue par ses intrigues, couronne d'amertume et de douleur. Il commençait sous le nom de Charles VII un règne sans sujets, sans États , sans armée, sans trésors, et dont la fin devait être une mort précoce produite par le désespoir. Jamais les calamités attirées sur un pays par Tambition de son chef ne furent plus sévèrement expiées. Il est vrai que ces calamités devinrent sans bornes. La Bavière traversée alternativement par ses ennemis et ses défenseurs, en proie à des hordes féroces et indisciplinées, vit sa capitale et ses villes prises et reprises et toujours ravagées, ses villages en cendres, ses terres en friche, la désolation partout*

La destruction de Tarmée bavaroise affaiblissaitl'armée française, qui elle-même diminuait chaquejour par les maladies et par les attaques incessantes de la cavalerie légère des ennemis; déjà on entrevoyait Timpossibilité de se maintenir en Bohème. Pour assurer la retraite,. il importait de se rendre maître de la ville d'Égra. Le comte de Saxe en fait le siège et s'en empare.

Le roi de Prusse reparaît alors et vient replacer sa forte épée dans la balance de la fortune. Les succès des Autrichiens en Bavière Falarment sur la solidité de ses propres conquêtes. Il avait acheté du nouvel empereur comme roi de Bohême le comté de Glatz pour la somme de quatre cent mille écus. Mais la ville de Glatz était occupée par les Autrichiens qu'il en fallait chasser. Frédéric rompt brusquement l armistice, reprend les armes, fait assiéger

Glatz, entre en Moravie , et pousse ses avant-postes jusqu'aux portes de Vienne.

Marie-Thérèse n'avait qu'à frapper du pied la terre de Hongrie pour en faire sortir des soldats. De nouvelles levées couvrent Vienne. Le prince Charles de Lorraine quitte la position de Budweis qu'il laisse à la garde du prince de Lobkowitz, et marche en Moravie , côtoyant les frontières de la Silésie , afin d'enlever les magasins de Frédéric et de le séparer de ses réserves. Le roi remonte vers la Bohême; les deux armées se trouvent en présence, le 17 mai, près de la ville de Gzaslau. La bataille est vivement disputée; enfin , la victoire reste aux Prussiens.

Le maréchal de Belle -Isle était enfin revenu à Prague, et la désunion se manifesta aussitôt dans le camp français. Ses idées et celles du maréchal de Broglie ne s'accordaient pas. Ce dernier, qui avait sur Belle-Isle l'avantage de l'âge et de l'ancienneté du grade, se complaisait à contrarier tous ses plans. Cependant ils se réunirent dans la pensée d'attaquer le prince de Lobkowitz. Le combat eut lieu le 25 mai à Sahay , et il tourna à l'avantage des Français.

 la suite de cette affaire, le maréchal de Broglie avait fait manœuvrer divers corps de son armée de manière à entourer celui du prince de Lobkowitz, lorsque des dépêches interceptées apprirent que le roi de Prusse traitait de nouveau avec Marie-Thérèse. Belle-Isle accourt au quartier général de Frédéric. Le roi l'aborde en lui disant : t< Je vous avertis que le prince Charles marche sur M. de Broglie , et que si on ne profite pas de l'avantage qu'on a eu sur lui , je vais faire ma paix particulière. » Il écrit

au maréchal de Broglie : a Je suis quitte , moueieur le maréchal 9 envers mes alliés^ car mes troupes viennent de remporter une victoire complète; c'est à vous à en profiter incessamment, sans quoi vous en pourrez répondre envers vos alliés. » Il savait bien que Tarmée française n'était pas assez forte pour tirer parti de la victoire de Sahay. Il joignait ainsi Tironie à la trahison ; car depuis longtemps il négociait avec Marie -Thérèse par Tentremise du ministre anglais , et s'il livra la bataille de Czaslau, ce fut pour décider la reine de Hongrie à lui céder la Silésie tout entière. Les préliminaires furent signés à Breslau le 11 juin. La Silésie était abandonnée intégralement au roi de Prusse. La reine avait senti la nécessité de consentir à ce sacrifice pour se débarrasser de son ennemi le plus redoutable y le seul habile , le seul actif. La Saxe se trouvait comprise dans le traité de paix , et le con^^ tingeut saxon cessa de faire partie de l'armée oon-* fédérée'.

• Voltaire, dans une lettre datée de Bruxelles, le 24 septembre 4742, adreisëe au cardinal de Fleury, s*exprime ainsi sur les causQ^ c]ui décidèrent Frédéric à signer la paiK de Breslau. « Votre Ëminence sait à quel point le parti anglais avait persuadé à ce prince, que la France était incapable de soutenir la guerre en Bohème; et par toot ce quMl m'a fait Thonneur de me dire, il Ç9l ailé déjuger que, s'il vous eût cru plus puissant, il vo«s eûi été plus fidèle. On l'assurait alors que le parti du Statboudérat aurait le dessus en Hollande , et que les Anglais, avec la nouvelle liction hollandaise, pcavaient lui faire de grands atrentages. Voilà sa vérjtiihle raison. »

Le roi de Prusse savait que les Parisiens le taxaient de perfidie. Dans une lettre écrite à Voltaire, le 25 juillet 1742 , il lui disait ; % Je m'emharraBM trè^^peu des cris des Pariiiens t ee iont des fre-

La position de l'armée française devenait fort critique. Dix mois auparavant; forte de quarante mille hommes ; et secondée par le roi de Prnsse, elle était entrée en campagne avec trente mille Bavarois et dix mille Saxons. Actuellement réduite à trente mille hommes ; il lui faudra tenir tète à toutes les forces de la monarchie autrichienne, appuyées par la sympathie des populations.

Après la faute d'avoir marché à Prague , au lieu de se porter sur Vienne , on en avait fait une autre , celle de dîseéminer les troupes afin de donner à Toccupation une plus grande étendue. Le maréchal de Bfoglie se hâte d'appeler à lui les divers corps détachés y et plusieurs éprouvèrent de grandes pertes en s'efforçjint de le rejoindre. Il s'avance vers le nord pour rallier dçuze mille hommes qui lui venaient de France sous les ordres du duc d'Haarcourt. Il aurait dû aller vers eux avec rapidité, puis, à Taide de ce renfort , attaquer le prince Charles qui n'avait que quarante mille hommes; mais la destinée de notre armée la condamnait à être détruite sans combattre.

Ions qui bourdonnent toujoun; Içim browrds «opt comfpe.itai injures des pernxjuçts, ai ieurs jugçmçms, aussi {[raves que les décisions d'un sapajou sur des matières qaétaphysiques.

c Si toute la France me condamne d*avôir'fait la paix, jamais V^tMre , le philosophe , i|e «e laiiicra (suiraîner p«r le oomiNrf . C^t nnç règle générale qu'w n'e&t taiiu à ses epg^jgfiwients qu'AWtant que ses forces le permettent , etc. »

Voltaire lui répond, le ^9 août : « fl me fallait le roi de Prusse pour maître H 1? p«upit ADf lais po^ tomU^jew. Nm Français, en général, ne sont que de grands enfants; mais alissi c'est à quoi je reviens toujours , le petit nombre des êtres pensants e8C«Kfiell8Dt«liec «eus, et é«nMn4e grftea peur ies antres. >

452 fflSTOIRE PHILOSOPHIQUE

Le maréchal ne fait que de petites journées » et s'affaiblit de trois mille hommes qu'il laisse pour défendre deux postes qu'il voulait conserver aux environs de Budweis* Ce détachement est battu et mis dans une déroute complète. Le prince Charles poursuit ses succès et se trouve en face du maréchal, dont la force ne consistait plus qu'en douze tnille soldats. Une petite rivière séparait les deux armées* Alors , le vieux guerrier sent renaître l'ardeur de sa jeunesse. Sa faible troupe défend Thonneur de la France. Il faut le sauver ou périr. Il prend une bonne position, forme ses régiments en bataillons carrés, et attend fièrement Tennemi. La journée se passe sans que le prince Charles, qui dispose de cinquante mille combattants ^ ose attaquer cette poignée de braves. La nuit , Broglie décampe , gagne une marche sur Tennemi, et arrive àPisseck* Dans cette ville , il laisse encore une garnison de douze cents hommes qui est bientôt surprise et taillée en pièces. Le prince Charles sç place de.manière à empêcher la jonction du maréchal et du duc d'Harcourt. Broglie arrive enfin sous Prague. L'armée française, renfermée dans cette ville, ne comptait plus que vingt mille hommes ^

Jamais revirement plus subit et plus complet n'avait eu lieu dans la fortune. Marie-Thérèse , naguère entourée d'ennemis, dépouillée de la plus grande partie de ses États, réduite, non à exiger, mais à implorer le secours de ses sujets, maintenant respectée et victorieuse partout , renvoie à

' Le roi de Prusse ne se contenta pas de railler nos généraux

ses adversaires les calamités dont ils ont voulu Taccabler.

Ses succès ne sont pas moindres en Italie. Philippe Y avait fait passer par mer différents corps de troupes sous les ordres de Montenar. Ils devaient se rallier à Tarmée napolitaine pour attaquer les possessions autrichiennes* Montenar avait reçu de la reine d^Espagne la mission spéciale de conquérir le Milanais. Le roi de Sardaigne pénètre ce dessein. Il n'avait vendu sa foi à la France que pour obtenir le Milanais ; il la retire et la vend à Marie-Thérèse , moyennant quelques domaines qu'elle lui abandonne. Il accepte même le titre de général de ses armées. L'Angleterre Tencourage. Elle suscite de tous côtés des ennemis à la maison de Bourbon y qu'elle combat déjà en Amérique, qu'elle combattra en Europe aussitôt que le malheur de nos armes deviendra pour elle une garantie de succès. Le 1 8 août 1742, l'amiral Martyns paraît dans la baie de Naples avec six vaisseaux de ligne et le même nombre de frégates. Il déclare que , dans une heure , il bombardera la ville , si le roi ne s'engage à rappeler

dans les lettres quMl leur écrivit. U envoya à Voltaire, le ^0 juin 4742 , les vers suivants sur le maréchal de Broglle :

Enfiu le vieux Broglie a perdu, Non pas sa culotte salie.

Dont personne n'aurait voulu ;

Mais brusquement tournant le

Devant les pandours de Hongrie, Fuyant avec ignominie , Il perd tout sans être battu.

Et sous Prague il se réfugie.

Le jeune Louis Ta fait duc.

Pour honorer son savoir-faire ; S'il Teût été par l'archiduc, renttodrais biea mieux ce mystère.

088 troupes et i garder une striete neUtraliU. Hiea n'était préparé pour résister à cette agresHiiOiti inatr tondue* Naples allait être écrasée* Le roi oèd# avec résignation à oe que Tiniolence exige.

Les Espagnols, prîtes du seeours de» Nfi^olitain» , iont bientôt repoussés par Gbarles^-Emxrianuel Jusque dans la basse Italie.

Pendant que eeoi se passait i Tififaot doo Philippe traversait le midi de la France pour attaquer la Savoie dont il s'empara« Fleury, fidèle à son désaitreux i^ystènig de souffrir la guerre sans mdiurds efficaces pour la soutenir ^ n'avait donné aucune aide à don Philippe. Pas un soldat français ne Tavait rejoint. Charles-Emmanuel^ après avoir ohaasé devant lui le duc de Montenar, revient sur don Philippe et le refoule en Daupbiné»

Le maréchal de Broglie atait trouvé JBelle«Isle dans Prague. Les deux maréchaux ne tardent pas à y être investis parle pi'inoe Charles (27 Jtiiii 1742). Bientôt la disette se fait sentik*« Belle-Isle établit des pourparlers avec Konigseok qui comttiandait' le bloouil. II lui ofTre de rendre Prague et d'évacuer la Bohème, à la condition que les Français sortiront avec armes et bagages , et se retireront sans être inquiétés où bon leur semblera. Kônîgseck répond que sa souveraine exige que les Français se rendent prisonniers de guerre. Bel le-Isle rejette avec indignation cette insultante proposition. La conférence est rompue ; le siège commence.

Le cardinal^ désespéré de ces désastres imputables à sa parcimonie, perd tout sentiment de dignité. 11 demande la paix et éorit à Konigseck

DU RÉGIME Dl L0UI8 XY. 466

cette étrange lettre : a Bien des geûs savent combien j'ai été oppoaé aux résolutions que nous avons prises, et que j'ai été, en quelque sorte, forcé d'y €k)n0entir» Vôtre Excellence est trop instruite de tout te qui se passe pour ne pas deviner celui qui mit tout en œuvre pour déterminei* le roi à entrer dans une ligue si contraire à mes principes* »

Mari()^Tbérèse dit en présence de toute sa cour : c< Je ne veux pas accorder de (capitulation à l'armée française i j'ai oublié ma dignité royale en écrivant à M* le cardinal en des termes qui auraient attendri les rocbers les plus durs; il a mis mes prièréâ au rebut. Je défends qu'on me présente aucune propo«sition, ni aucun projet venant de lui; tout ce qui viendrait dé sa part me serait suspect; qu'il s'adresse à mei; alliés, c'est la seule grâce que je lui accorde. i> Et pour toute réponse, elle rend publique la lettre de Fleury. Celui-^ci en écrit une seconde à Eonigseck pour se plaindre de la publicité de la première , et 6ette seconde est aussi livrée à l'impression.

Il ne suffisait pas d'avoir versé le ridicule sur le gouvernement français, il fallait aussi soumettre la garnison de Prague, et celle-^ci est décidée à se défendre jusqu'à l'extrémité plutôt que de subir l'humiliation qu'on veut lui imposer* Belle'-Isle renouvelle Ses offres, il reçoit la même réponse; les Français ^ officiers et soldats , hommes de cour habi"tués aux délices ^ hommes de guerre accoutumés à la vie la plus dure, tous acceptent sans hésitation la famine, les privations de toute espèce, la mort même plutôt que le déshonneur. Ils font de fré^ quentes sorties qui coûtent cher aux ennemis. Biron

se précipite sur leurs ouvrages ^ les détruit et leur tue trois mille hommes. Il rentre dans Prague, blessé, mais couvert de gloire.

La position de Fintrépide garnison émeut enfin la cour. Le maréchal de Maillebois reçoit Tordre de marcher à sa délivrance. Il rallie le corps du duc d'Harcourt, et se trouve à la tête de plus de soixante mille hommes : un chef tel que Maurice de Saxe eût ramené la fortune. Le méticuleux cardinal écrit à Maillebois : «D'avoir bien so^n de ne point commettre rhonneur des armes du roi, et de ne pas engager d'affaire dont le succès puisse être douteux. » Comme si on ne commettait pas Thonneur des armes en fuyant les occasions de combattre. La pusillanimité sénile de Fleury semble dominer partout. Maillebois avance avec une incroyable lenteur. Arrivé aux défilés de la Bohême , il avait consommé ses vivres ; la fatigue , les maladies et les attaques des troupes légères qui le harcelaient sans cesse, lui avaient coûté plus de monde qu'une bataille. Il désespère de forcer ces défilés. Le comte de Saxe indique un débouché par où il garantit que Tarmée pourra pénétrer. Maillebois n'en tient compte, et rétrograde vers le haut Palatinat.

A la nouvelle du mouvement de Tarmée de Maillebois, les Autrichiens lèvent le siège de Prague. La garnison française sent ranimer sa confiance et son courage. Le# maréchal de Broglie sort de la ville à la tète de douze mille hommes pour faire sa jonction avec l'armée qui s'avançait. Cette jonction devait avoir lieu entre Égra et Tœplitz. Mais il ne trouve personne. Son collègue, en remontant vers lePala-

tinat, n'avait pris aucune mesure pour Tinstruire de sa marche. Broglie , ne sachant quelle direction il avait prise , et trop faible pour tenir seul la campagne, rentre dans Prague , et la réunion qui eût donné une supériorité incontestable à Tarmée française , ne peut s'opérer.

Mailieboisy fidèle aux instructions du cardinal , évite les combats. Il se contente de manœuvrer de manière à inquiéter Tennemi pour T Autriche , afin de le forcer à évacuer la Bohème et la Bavière. Il eût trouvé plus de gloire et de profit à le battre. Le 13 novembre, après trois mois de marches et de contre-marches sans résultat, le maréchal entre dans Ratisbonne. Les Autrichiens abandonnent, en effet, la Bavière ; mais Lobkowitz reste en Bohème avec vingt mille hommes , et continue à bloquer les Français dans Prague. L'empereur Charles VU revient à Munich. Le prince de^Lorraine concentre ses troupes à Passau, et couvre Tarchiduché. Les Français s'arrêtent et prennent des quartiers d'hiver entre Tlser, rinn et le Danube.

L'indignation fut grande en France quand on y connut les détails d'une campagne qui laissait intactes toutes les forces autrichiennes. Notre inaction leur donnait le temps de se refaire et de se recruter; et si on avait délivré momentanément la Bavière , on voyait clairement qu'elle serait exposée pendant la campagne suivante à une attaque plus décisive.

Le cardinal n'hésitait jamais à rejeter sur les inférieurs le blâme qui aurait pu l'atteindre. Il disgracia Maillebois et donna à Broglie le commandement de l'armée.

En même temps ^ on envoya Tordre à Belle-Isle d'éviter à tout prix une capitulation humiliante , et on Tautorisa à évacuer Prague et la Bohème.

La misère de la garnison croissait chaque jour. Les Autrichiens avaient fait un désert autour de Prague, et il fallait aller au loin chercher les vivres. Des corps imposants gardaient les défilés de la Bohême. C'est en présence de ces difficultés que Belle- Isle se décide à entreprendre sa retraite* Dans la nuit du 1 6 décembre , après être parvenu à se procurer des subsistances pour douze jours, il sort de Prague à la tête d'une colonne de onze mille hommes de pied, trois mille chevaux et trente pièces de canon. La terre était couverte de neige, la température glarciale. Belle«lsle dérobe sa première marche au prince de Lobkowitz, traverse des marais que la glace avait rendus solides, entre dans des forêts presque impé-^ nétrables^ et arrive le douzième jour à Égra> poursuivi mollement par les ennemis étonnés de son audace.

La retraite de Prague, imitée de nos jours sur un plus vaste théâtre, fut, comme cette dernière, signalée par les calamités d'une saison rigoureuse. L'historien de Marie-Thérèse peint ainsi les maux qui affligèrent le corps d'armée du maréchal de Belle-Isle. « Les soldats n'avaient eu pour toute nourriture qu'un pain gelé ^ et pour tout lit que la glace et la neige sur lesquelles ils s'étendaient sans avoir de couvertures. La fatigue et le froid en firent périr plus de douze cents dans la marche. Les chemins présentaient uti spectacle épouvantable, ils étaient jonchés de ca*davres; on en voyait des monceaux de cent et de

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àmx dénia, pêle-mèie> offieierset soldats/ D'autres iH grand nombre eurent les membres gelés et souffrirent l'amputation à leur arrivée à Égra» et une fièvre maligne fit des ravages affreux parmi le reste. » De cette colonne^ forte de quatorze mille hommes^ il n'eu restait que huit mille en état de servir.

Belle-hle avait laissé à Prague six mille hommes ^ la plupart malades ou blessés. Le prince de Lobkowitz^ piqué d avoir laissé échapper le maréchal ^ exigeait que cette garinisen se rendit à discrétion. Mais Chevert la commandait et celuin^i ne recevait de conseil que de son courage. 11 répond à la som-mation qui lui est faite : « Dites au prince que s'il ne m'accorde pas les honneurs de la guerre , je vais mettre le feu aux quatre coins de Prague , et que je m'ensevelirai sous ses ruines. » On le sait capable d'exécuter sa menace , elle impose à Tennemi. Chevert dicte les articles de la capitulation y sort de la ville avec armes et bagages et rejoint l'armée à Égra.

Cette capitulation fut religieusement exécutée , à l'exception d'une amnistie que Chevert avait stipulée en faveur de ceux des habitants de Prague qui s'étaient montrés partisans de Tempereur. On n'eut aucun égard à cet engagement. Une commission spéciale les condamna à diverses peines , et surtout à de fortes amendes.

Depuis trois ans l'Angleterre faisait la guerre à l'Espagne avec des succès divers. Robert Walpole avait succombé devant l'opposition; lord Carteret^ chef du parti de la guerre , lui avait su(;cédé. Nous avons vu qu'en 1739 l'amiral Vernon s'était etnjMtré

de Porto-Bello. L'année suivante il attaqua Carthagène où il échoua. L'amiral Anson commit des* déprédations sur les côtes de l'Amérique espagnole. De leur côté y les corsaires sortis des ports d'Espagne firent éprouver de grandes pertes au commerce anglais. La France avait envoyé une flotte d' observa — tion dans les mers d'Amérique. Six vaisseaux anglais attaquèrent , le 1 8 janvier 1 741 ^ quatre vaisseaux dix.

roi et furent complètement battus. Les Anglais s' ex

cusèrent en disant que cette agression devait ètr^ attribuée à une méprise. Mais le 5 août suivant , uik. nouveau combat de quatre vaisseaux anglais contre deux vaisseaux français et une frégate a lieu à l'en — trée du détroit de Gibraltar. Les Anglais sont re — poussés avec perte.

Ces hostilités , préludes d'une guerre prochaine ^ furent suivies, en 1742, d'une démonstration positive. Le roi d Angleterre rassembla, en Belgique , sous les ordres de lord Stair, cet insolent ambassadeur que M. de Torcy voulait faire jeter par la fenêtre, une armée composée d'Anglais, de Hessois et d^Hanovriens. Nos frontières du nord étaient dégarnies de troupes, et l'économie du cardinal avait laissé dépérir nos places fortes. On se hâta d'envoyer eo Flandre tous les régiments dont on pouvait disposer, et une partie des corps de la maison militaire du roi. Le maréchal de Noailles fut nommé général de cette ariùée.

L'année 1 743 arrive , et avec elle surviennent de notables changements dans les affaires du monde; le règne du précepteur finit, celui des maîtresses va commencer.

On s'apercevait que le cardinal s'afiEBiiblissait. La morty cette grande négation des grandeurs humaines, apparaissait à ses yeux y malgré les efiforts de ses familiers pour écarter de lui ce hideux fantôme ^ Vers le milieu de janvier , il tomba malade , et il expira le 29 du même mois. Pendant sa maladie , le roi lui fît plusieurs visites ; à la dernière , il mena avec lui le Dauphin , et comme le jeune prince se tenait éloigné : « Qu'il s'approche , dit le moribond, il n'y a pas de mal qu'il s'accoutume à de pareils spectacles. »

Fleury conseilla à Louis XV de gouverner par luimême, comme le fît Louis XIV à la mort de Mazarin ; mais pour qu'il en fût ainsi , il n'aurait pas fallu lui laisser contracter ces habitudes de paresse et d'égoïsme qu'on ne perd plus quand les années les ont enracinées. Louis XIV était jeune et plein d'énergie lorsque Mazarin mourut. Son petit-fils avait trente-trois ans à la mort de Fleury, et son indolence resta incurable.

Le cardinal ne possédait de fortune que les revenus de ses bénéfices; ce ministre qui gouverna ia

* Fleury avait été frappé de la mort du fameux Samuel Bernard, âgé compie lui de quatre-vingt-dix ans; on résolut de lui éviter toute émotion de ce genre. Breteuil , ministre de la guerre , étant tombé en apoplexie en sortant d'un travail avec le cardinal , ne reçut aucun secours ; le vieillard ne fut point instruit de cet accident; on se hâta de jeter Breteuil évanoui dans sa voiture où il expira avant d^étre arrivé à son hôtel.

Samuel Bernard laissa une fortune de trente-trois millions. H maria sa fille à un Mole qui devint depuis premier président; un de ses fils fut président au parlement, Pautre maître des requêtes. Gomme il arrive souvent aux enrichis , sa fortune ne passa pas en ligne directe à la seconde génération.

4dS HISTOIRE PHILOSOPHIQUE

France en souTerain , après seize ans d une puicsance absolue» ne laissa à ses héritiers que des titres et des honneurs dont il hésita longtemps à les gratifier » et qu'il ne leur concéda qu'à la fin de sa carrière ^

Son esprit juste et son tact fin suffisaient pour le conduire dans un temps ordinaire. Mais son génie était au-dessous des grands événements» et les petites considérations l'emportaient alors chez lui sur les hautes pensées; il a gouverné la France» comme il eût dirigé un ménage bien réglé, il laissa la repu* tàtioQ d'un ministre entendu» exact et laborieuit; mais il ne parvint jamais à la renommée d'un grand homme»

* Le neveu du cardinal d^ Fl^yry fut cr^ due H pWy fl If ni le nomma premier gentilhomme de la chambre.

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