‹ Histoire philosophique du regne de Louis XVChapitre 4 sur 37 · LOUIS XIV · texte numérisé non relu

LOUIS XIV

Le duc d'Orléans gagne le parlement en lui promettant de lui rendre le droit de remontrances. — Les pairs se prononcent pour lui. — L'armée lui est favorable. — Le duc du Maine s'endort dans une fausse sécurité. — Séance du parlement; discours du duc d'Orléans. — Le testament du feu roi est cassé, et le prince est déclaré régent. — Établissement d'un conseil de régence et de conseils particuliers qui remplacent les ministères. — Nouvelle séance du parlement relative au commandement des troupes de la maison du roi confié au duc du Maine par le testament. — Cette disposition est annulée, et un arrêt est rendu qui investit le régent de toutes les attributions de la royauté. — Lit de justice où paraît le jeune roi pour sanctionner les décisions du parlement. — Funérailles de Louis XIV souillées par l'insolente allégresse de la populace. — Recherches sur les causes de cette manifestation de l'opinion.

On croit que le duc d'Orléans -, pendant la maladie du roi, avait eu connaissance de son testament. Il prévoyait d'ailleurs que les dernières volontés de Louis XIV ne lui seraient pas favorables, et il prit les plus actives mesures pour en annuler l'effet. On cajola les divers intérêts et on flatta toutes les passions en leur prodiguant les espérances. A la magistrature, on rendra le droit de remontrances, et l'avocat général Joly de Fleury, ainsi que d'Aguesseau, alors procureur général, prendront avec chaleur la défense du prince; ils soutiendront que les dispositions du testament sont contraires au principe de l'unité monarchique. Les courtisans se rangent du côté du duc d'Orléans ; car on leur fait craindre i. 1*

rinfluence de madame de Maintenon , prête à renaître^ et avec elle la continuation du gouvernement monacal des dernières années de Louis XIV. Les mœurs faciles du prince promettant une cour sans austérité ni pédantisme, les femmes et les jeunes gens se prononcent pour lui ; enfin les ducs et pairs saisissent avec avidité cette occasion d'humilier le duc du Maine et de se venger de la prééminence que le feu roi avait accordée aux princes légitimés. Plusieurs pairs recommandables et considérés travaillent en faveur du futur régent*. Son indifférence en matière de religion , qui présageait la fin des persécutions, lui concilie le parti janséniste; les militaires préfèrent un prince dont la valeur avait brillé à la tête des armées, au duc du Maine, timide et sans éclat. Des faveurs pécuniaires décident les chefs de la maison militaire du roi , et par des moyens de persuasion ou d'intérêt on gagne les officiers. Le duc d'Orléans est servi avec zèle par ses amis, compagnons de ses orgies, qu'il appelait ses roués; à l'abbé Dubois est remise la conduite de l'intrigue, et il exploite avec habileté la corruption. On répand beaucoup d'argent dont lord Stairs, ambassadeur d'Angleterre, fournit une partie.

Tandis que le prince assure le succès de ses prétentions, le duc du Maine s'endort dans une fausse

* Le duc de Saint-Simon se mit à la tête de Popposition de la pairie contre le testament de Louis XIV. Ce seigneur, homme d^esprit et honnête homme , conçut un tel dépit des avantages que Louis XIV avait accordés à ses enfants naturels , qu'il fut injuste pour la mémoire de ce monarque et méconnut ce qu'il y avait de noblesse dans son caractère et de grandeur dans son règne.

sécurité. La duchesse du Maine, petite-fille du grand Condé, femme d'un esprit élevé et d'un caractère décidé, ne soupçonne pas plus que lui le danger qui menace leur ambition.

Les choses étant ainsi préparées, le parlement est convoqué le 2 septembre; cette assemblée se composait des magistrats, des princes du sang, des pairs ecclésiastiques et laïques. La joie du peuple s'était manifestée à la nouvelle de la mort du roi. Aux yeux des hommes éclairés, les manifestations de ce genre toujours plus ou moins factices, ont peu d'importance. Toutefois l'explosion des sentiments populaires ne resta pas sans influence sur plusieurs membres du parlement.

On déploya un grand appareil; les régiments des gardes entouraient le palais; ils étaient vendus au duc d'Orléans. On vit plusieurs officiers dépouiller l'uniforme, se mêler parmi les groupes ou se joindre aux spectateurs admis dans les tribunes. On y remarquait lord Stairs que l'abbé Dubois y avait conduit, imprudence qui pouvait nuire au duc d'Orléans en éveillant les susceptibilités nationales; mais au milieu de la préoccupation de si grands intérêts , la présence de l'ambassadeur anglais fut à peine remarquée ^

' Les changements opérés dans nos institutions sont si complets, que la génération actuelle sait à peine quels sont les éléments qui formaient la cour de parlement. Ce n^est donc pas une chose sans intérêt que la nomenclature des personnes qui assistèrent aux séances du 2 septemhre 1715.

La cour se composait des princes du sang, le duc d'Orléans, le duc de Bourbon , le comte de Gharolais , le prince de Gonti ; des princes légitimés, le duc du Maine, le prince de Dombes, le

Lorsque tout le monde eut pris place, le parlement envoya une députation au duc d'Orléans , honneur qui le plaçait tout d'abord au-dessus de son rival. Ce prince prononça immédiatement un discours préparé d'avance avec ses amis. Il commença par rapporter de prétendues paroles que Louis XIV lui aurait adressées à son lit de mort, paroles entièrement opposées aux dispositions du testament et dont l'invraisemblance aurait frappé des hommes moins prévenus. Mais celui qui affirme avec audace a toujours un grand avantage , surtout quand la supercherie flatte les sentiments des gens qui l'écoutent. i( Le roi, dit-il, après avoir reçu le viatique, m'appela et me dit : « Mon neveu, j'ai fait un testament « où je vous ai conservé tous les droits que vous « donne votre naissance. Je vous recommande le Dau- « phin; servez-le aussi fidèlement que vous m'avez w servi, et travaillez à lui conserver son royaume. S'il « vient à manquer, vous serez le maître , et la cou- « ronne vous appartient. » A ces paroles il en ajouta d'autres qui me sont trop avantageuses pour les pouvoir répéter; et il finit en me disant : « J'ai fait les u dispositions que j'ai crues les plus sages; mais « comme on ne saurait tout prévoir, s'il y a quelque (( chose qui ne soit pas bien, on le changera. »Ce sont ses propres termes. ))Le prince termina par la phrase suivante : « Dans tout ce que j'entreprendrai pour

comte de Toulouse; des pairs ecckmastiques , l'archevêque duc de Reims , IVvêque duc de Laon , Févêque duc de Langres , l'évêque comte de Beauvais , IVvêque comte de Noyon ; de vingtquatre pairs ducs; des présidents et conseillers au parlement de Paris.

DU RÈGilS DE LOUIS XY. 11

U bifH publie je serai aidé par tos conseils et vos sages F^moiitiranees. »

Ce^ mpts produisirent une impression profonde; ils annonçaient que rautorité de la couronne serait désormais soumise à un contrôle. Quoique la royauté eo^serv^t le pouvoir de contraindre Tassentîment des parlements, la critique de ses actes et la résistance à ^es volontés allaient trouver un orga&e qui s'appuiemi(; sui^ les sympathies populaires.

Ce changement subit qui rendait auK magistrats iine pç^ition politique et aux pairs l'importance qu'ils avaient perdue d^ra^le règne précédent, ne pouvait mauqu^r d'obtenir Tassentiment des uns et des autre^* Au^siy le testameut de Louis XIV, à peine lu, est déjà epud^mnép II ne trouve de partisans que dans les princes légitimés, et les personnes que le roi avsdt désignésil pour entrer dans le conseil de régence. Le duc de Bourbon, le comte de Gharolais et le prince de Conti opinent pour la régence unique. Le duc du Maine ayant voulu prendre la parole , le duc d'Orléans lui impose silence : i< Monsieur, lui dit^il, vous parlerez a votre tour« » Après avoir r^cu^iiU les ypix , le premier président prononce un aiT0t qui déclara le duc d'Orléans régent; « pour avoir radmiufsjtration du royaume peudaot la minorité du roi. »

On s'étouue que Louis XlY, qui travailla çonstammwt à établi? Tunité (^n gouvernement, en administration , en religion » ait admis daus la régence un pouvoiri^pllisctif. Jjs parlement ne saurait être blâmé d'avoir refusé sa sanction à ces dispositions qui seinaient devenu^ une caisse de troi^le. Bientôt les

membres d'une régence sans chef prépondérant se seraient divisés entre eux, et leurs dissentiments eussent amené le désordre dans Tintérieur et produit la déconsidération au dehors.

Le principe de l'unité reconnu y le choix tombait nécessairement sur le duc d'Orléans comme parent le plus proche du nouveau roi ; les autres princes du sang étaient trop jeunes pour aspirer au pouvoir. Quant au duc du Maine y il se trouvait naturellement hors de cause. Il n'entrait dans Tesprit de personne de préférer aux princes du sang un bâtard adultérin de Louis XIV. Ce monarque avait donné lui-même une funeste atteinte à la morale par Télévation accordée à ses légitimés. On le sentait; quelque puissants que soient les rois , ils ne sauraient imposer à la conscience publique. Mais en rendant justice à plusieurs des motifs qui décidèrent le parlement^ on ne peut s'empêcher de demander où il puisait son droit de trancher des questions qui intéressaient si essentiellement la nation entière? Pendant la Ligue ^ il avait délibéré sur le choix d'un roi. Le testament de Louis XIII avait été cassé par lui. Ces antécédents prouvent seulement la confusion qui régnait dans les idées sur les bases de nos institutions; ils n'établissent pas un droit. Le roi défunt avait fait des dispositions que les magistrats ne trouvent pas en harmonie avec les lois du royaume. Gardiens des lois ils annulent ces actes de la dernière volonté du chef de l'État; voilà donc un pouvoir au-dessus du roi. A qui ce pouvoir ? à des hommes institués seulement pour juger les procès , inamovibles , irresponsables ; possédant à prix d'argent leurs charges. Et

ces hommes se mettent à exercer sans mission du peuple une puissance contestée à la nation ellemême ! Grande anomalie dont les conséquences ne tarderont pas à se faire sentir. Les prétentions qu'elle suscite vont devenir la source d'un perpétuel conflit entre les deux pouvoirs judiciaire et politique, dont les limites n'avaient jamais été clairement définies.

11 restait à examiner les articles du testament qui mettaient à la disposition du duc duMaine les troupes de la maison du roi et le chargeaient de la surveillance de sa personne et de son éducation. Le duc d'Orléans, venant d'être déclaré chef de l'État, pou-* vait se borner à manifester sa volonté. Mais on re« marque que, dans cette mémorable séance, ce prince se pose plutôt en suppliant qu'en maître; soit qu'il craignît d'échouer devant le souvenir des imputa^tions qui l'avaient flétri , soit qu'il redoutât de don-* ner un prétexte à des oppositions contre son gouvernement, il préféra s'en rapporter à la décision de l'assemblée; et non-seulement il voulut tenir du parlement les pouvoirs de la régence, mais encore il lui soumit son plan d'administration et les arrangements qu'il méditait. Il s'exprima de la manière suivante :

Après le titre glorieux, dit-il,. que la compagnie venait de lui accorder, il avait des observations à faire sur ce qui le regardait et sur ce qui pouvait intéresser les autres princes : le conseil tel que le roi l'avait formé par son .testament aurait pu suffire à un prince expérimenté dans l'art de régner, et qui l'aurait composé pour lui-même ; mais il avouait avoir besoin de plus grands secours, n'ayant ni les

mêmeft lumières ni la même expérience ; en consé-* quence, il proposait d'établir autant de conseils qu'il y avait présentement de ministères; ces condeils Ai»^ eùteraient les matières qui seraient ensuite régléed àù eonseil de régence; oe plan ayait été déjà pro« posé par M. le Dauphin ^ dernier mort; il en ferait un pi*ojet qu'il comtnuniqu^ait à la oompagnië dont les ayis seraient toujours d'un grand poids sur son esprit ; il ne présumerait jamais assez dô ses propres forcés pour prendre sur lui seul la décision d'affaires aussi importantes que celles qui seraient examinées daûs- le conseil de régence ; il se soUnf et* trait volontiers à la pluralité des suffrages; mais il demandait la liberté d'y appeler telles personnes qu'il estimerait eoûvenables pour le bien de l'État > son unique but n'étant que de tâcher de rétablir les af-*^ faires du royaume et de soulager les peuples.

Ensuite il réclama contre l'article du testament qui n'accordait au duc de Bourbon l'entrée au oon<» seil de régence qu'à vingt-quatre ans accomplis (eo prince était âgé de vingt-trois ans)^ et il demanda qu'il fût reconnu comme chef du conseil de régence^ avec pouvoir de le présider lorsque le régent serait absent.

Enfin- il finit par faire observer qu'on ne poutait conférer à un autre qu'au régent le comman* dément des troupes de la maison du roi; que là défense du royaume résidait en la personne du ré« geiit, et qu'il devait^ par ci^onséquent^ être le maître de faire marcher les troupes et celles de la maisoà du roi partout où le beiaoin de l'État l'exigerait. On l'avait écouté avec tristesse; car on savait que

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la vie d'un faible enfant était la seule barrière qui le séparât du trône, et les précautions prises par Louis XIV manifestaient les inquiétudes que le vieux roi lui-même avait conservées jusqu'à son dernier moment. Le parlement hésitait, et peut-être le duc du Maine eût-il enlevé un vote favorable, s'il avait attaqué nettement son adversaire et protesté d'une volonté ferme de ne jamais se dessaisir du dépôt sacré confié à ses soins; mais il montra de la faiblesse ; la discussion se prolongea, et le duc d'Orléans eut le temps de se remettre de Témotion causée par des imputations qui n'en étaient pas moins cruelles pour être exprimées en termes détournés. Le succès importait à son honneur et devait réhabiliter sa renommée. Jugeant avec le coup d'œil rapide qui le distinguait, il conçut l'avantage que quelques heures de réflexion lui donneraient sur les impressions du moment; il suspendit la séance et la renvoya au soir. En effet, l'inconvenance de confier une force armée considérable à l'adversaire du chef du gouvernement était trop palpable pour ne pas frapper bientôt les esprits; et d'ailleurs quelles précautions sont efîieaces contre un crime caché que l'homme puissant peut toujours faire commettre par d'obscurs af&dés?

Pendant la suspension de la séance, on pratiqua avec activité les magistrats. A trois heures le parlement se rassembla de nouveau. Une foule immense entourait le lieu de ses séances, et le duc d'Orléans fut accueilli avec les cris de l'enthousiasme par ce même peuple qui, trois ans plus tôt, le traitait d'assassin et de régicide. On a comparé avec raison

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les passions du peuple à la tempête qui passe, aux flots de la mer qui s'ayaneenk et se retirent. Ce a^eet pas que les nations ne soient susceptibles de sentiments profonds^ de rancunes implacables ^ miais celles-ci sont d'autant plus redoutables ^ qu'elles se manifestent moins au dehors. Dans cette circonstance les acclamations du public , auxquelles l'intrigue n'était sans doute pas étrangère, parvenaient de nouveau aux oreilles des magistrats et les confirmaient dans les résolutions qu'une saine politique commandait.

A l'ouverture de la séance, le duc d'Orléans prit la parole pour s'expliquer sur l'établissement des différents conseils dont il avait parlé le matin. Ces conseils étaient : un conseil de guerre, un de finances, un de marine, un pour les affaires étrangères, et un autre pour les affaires intérieures. 11 jugeait en outre important de former un conseil de conscience, composé de personnes attachées aux maximes du royaume, et il espérait que la compagnie ne lui refuserait pas quelques-uns de ses magistrats qui, par leur capacité et leurs lumières, pussent y soutenir les droits et les libertés de l'Église gallicane.

Ensuite, il insista derechef sur la nécessité qu'on lui laissât la liberté de retrancher, d'augmenter, de changer ce qu'il lui plairait dans le nombre et le choix des personnes dont le conseil de régence serait composé. Il demanda de plus que l'on exceptât, de ce qui serait soumis à la pluralité des voix , la distribution des charges, emplois, bénéfices et grâces. 11 ajouta : « Je veux être indépendant pour faire le bien, mais je consens qu'on me lie les mains

tant qu'on voudra pour m'empécher de faire le mal. »

D'Aguesseau et Joly de Fleury conclurent en faveur des demandes du régent; le chancelier Voisin et les atnis du duc du Maine gardèrent le silence. Ce prince voyant que le commandement de la maison militaire allait lui être ôté; demanda à être dé-, chargé de la garde du jeune roi , en ne conservant que la surintendance de son éducation, sans répondre de sa personne. Le duc d'Orléans lui répliqua avec vivacité : « Très-volontiers, monsieur; il n'en faut pas davantage. » Un arrêt qui achevait d'investir le nouveau régent de toutes les attributions de la royauté fut rendu avec un assentiment unanime.

Le 1 2 septembre , les décisions du parlement reçurent une confirmation solennelle dans un lit de justice. Un roi, âgé de cinq ans, y parut pour en^ tendre casser en son nom le testament de son bisaïeul. Sa gouvernante, la duchesse de Ventadour, était assise à ses pieds et représentait une reine mère. Ce fut elle qui annonça au nom du jeune roi que le chancelier allait déclarer, ses volontés.

Trois jours avant cette cérémonie avaient eu lieu les funérailles de Louis le Grand. Cette pompe mal ordonnée , mal conduite , fut souillée par les cris d'une insolente allégresse. L'affluence était prodigieuse sur le passage du convoi; on buvait, on chantait, des vaudevilles obscènes se répétaient de bouche en bouche. 11 semblait que la licence des petits soupers du régent descendait déjà sur la place publique. Les noms de Louis et de madame de Maintenon étaient couverts d'opprobre; le peuple y joi- I. 2

gnait celui du père Letellier pour le charger de malédictions. On ne se souvenait plus de la gloire de ce règne, de la France agrandie , de Téclat jeté sur son histoire , et de la puissance que le monarque avait donnée à son peuple. C'est au milieu des excès d'une grossière ivresse et des insultes de la populace que ses restes vinrent enfin trouver le repos dans la tombe de ses aïeux.

Une pareille ingratitude, si opposée aux sentiments d'une nation généreuse, confond la raison. En indiquer les causes est une étude utile. On les trouve dans le développement de ce que j'ai dit au commencement de cet ouvrage. La France avait été très-malheureuse en 1709, mais l'infortune ne s'était pas moins appesantie sur le monarque. Aux désastres puhlics se joignirent ceux de sa famille. 11 déploya dans ces tristes circonstances le plus admirable courage, et chez nous l'énergie de Tâme obtient l'intérêt et la sympathie en faveur même des plus grands criminels. Mais ce roi si brillant pendant les années de sa gloire , qui jadis enivrait son peuple par une succession de triomphes et de plaisirs, ne répandait plus autour de lui que l'ennui dont il était accablé. On se sentait vieillir dans la tristesse d'une cour austère; avec la nouvelle , on allait se rajeunir dans les joies d'une licence impunie. D'ailleurs le ebangement plaît. Tout paraît souCûrance et désappointement dans les souvenirs , tout devient espérance dans un avenir inconnu. Une considération plus grave se présente ici. Louis avait voulu étendre jusqu'aux opinions religieuses son pouvoir politique. 11 permit à Thypoerisie de se montrer cruelle, à la

bigoterie d'imposer les croyances. Renfermé dans sa propre grandeur comme dans un sanctuaire, il ignorait souvent les violences commises en son nom. Mais la Providence , toujours juste, punit cette coupable ignorance par la désaffection des sujets. De toutes les tyrannies, celle dont Tâme s'indigne le plus est la contrainte exercée sur les consciences. Les hommes réunis honorent la vertu ; mais ils se révoltent contre la vertu elle-même, si elle leur est imposée par l'hypocrisie sous le masque de la religion.

Longtemps le joug de l'autorité absolue avait été adouci par la grâce infinie du maître. Dans les dernières années, il. pesait sans contre-poids. La mort du roi sembla soulever du cœur un pénible fardeau. Toutefois la joie féroce du peuple était une insulte à la royauté elle-même. Déjà la majesté du souverain appuyée sur des siècles de gloire n'imposait plus le respect ; on préludait à cette autre ivresse bien plus terrible , qui , quatre-vingts ans plus tard , violait la tombe du grand roi et jetait ses cendres au vent.

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