‹ Histoire philosophique du regne de Louis XVChapitre 5 sur 37 · ET DE SA FAMILLE. PHILOSOPHISME · texte numérisé non relu

ET DE SA FAMILLE. PHILOSOPHISME

Règne de Louis XV. — Changement dans les idées , les mœurs et les habitudes. — Programme de ce règne. — Le régent ; son portrait ; ses roués ; influence de Dubois sur lui; ses enfants. — Désordres dans la haute société. — La demeure de la duchesse du Maine est Pasile de la décence et du bon goût; Voltaire en est le commensal. — Les bonnes mœurs se conservent dans une grande partie de la bourgeoisie , dans la noblesse de province et dans le peuple des campagnes. — Sectes antireligieuses; Bayle, Spinosa. Adeptes qu'elles ont en France. Les quatre périodes de Pimpiété. — Le régent fait prédominer le dogme sensualiste sur le dogme religieux. — Les Lettres persanes. — Le bel esprit. — Voltaire. Son ardeur à détruire les croyances religieuses. Les vices du clergé contribuent à faire prévaloir le philosophisme. — Mauvais choix du régent pour les bénéfices ecclésiastiques. Dubois, archevêque de Cambrai , puis cardinal. — Eflets funestes de la révocation de Pédit de Nantes. — Abbés commendataires. Ëvêques qui ne résident pas dans leurs diocèses.

Le règne de Louis XIV finissait; celui de Louis XV commence. Pendant sa durée tout se modifiera, et des formes anciennes il ne restera que l'apparence. Jamais changement plus complet ne s'était opéré parmi les hommes.

A la place des hautes pensées et de leur grave expression , apparaîtra une futilité stérile. Une incurable légèreté s'emparera de la haute société et dominera les âmes. Le cynisme accompagnera les mauvaises mœurs, et le vice en paraîtra plus sédui-

DU RÈGiNE DE LOUIS XV. 2t

sant. On sera libertin par Ion, impie par mode; de misérables vanités remplaceront un noble orgueil j pour acquérir de la gloire dans les lettres , il faudra élever le doute partout où la vérité était reconnue. On sapera gaiement les bases de la morale , de la religion et de la société. On se dira philanthrope et on prêchera l'humanité , mais en étant au peuple les consolations qui lui font supporter ses misères et le frein religieux qui suspend ses colères et retient ses vengeances. C'est ainsi qu'on obtiendra le titre envié de philosophe et qu'on méritera la protection des grands ; car eux aussi voudront avoir le renom d'esprits forts. Tout s'amoindrira. A la guerre, plus de grands généraux \ La chaire restera vide de ces orateurs illustres dont la parole semblait descendre de la bouche de Dieu même. Les hommes d'État seront sans portée. Au lieu de gens habiles, des intrigants. LHnfluence du talent reniplacée par l'in-* fluence de coteries. Les affaires se traiteront dans les boudoirs et se décideront suivant les caprices de femmes perdues. Elles disposeront des ministères , abaisseront la politique au niveau de leur âme , et les dignités ecclésiastiques elles-mêmes dépendront de leur patronage. A la suite de cet affaissement général, un immense dédain surgira des classes inférieures et s'étendra à tout ce qu'il y a de grand dans l'État ; on a applaudi au doute, et elles mettront en doute le pouvoir du roi, de la noblesse et du clergé. L'esprit d'investigation et d'analyse remplacera les élans de l'imagination. On sondera la source et les

' Le maréchal de Saxe et Lœwendal n'étaient pas Français.

droits de ce pouvoir qui cesse d'être abrité par le respect. On n'estimera plus assez les puissances de la terre pour les contempler au-dessus de soi. 11 faudra les faire descendre à son niveau et plus tard au-dessous. Une réaction terrible se préparera, fruit de vieilles rancunes auxquelles la considération publique n'opposera plus de digue , et de toutes parts surgiront les idées d'indépendance et de liberté. Cependant le travail redoutable d'une révolution qui s'avance échappera aux regards inattentifs de ceux qu'elle doit écraser; car la frivolité de leur vie et le vide de leurs pensées auront fermé leurs yeux à toute prévoyance.

Tel est le programme de la triste époque de transition qui précéda et prépara les événements arrivés de nos jours. Il se développera à mesure que nous avancerons dans la narration des faits. Nous coriimencerons par peindre le prince qui , revêtu de l'autorité pendant la minorité du roi^ donna la première impulsion au désordre moral de la société. L'influence qu'il exerça ne se borna pas au temps où il vécut; elle se fit sentir jusqu'à la fin du xviii® siècle.

La nature avait gratifié le duc d'Orléans de tous les dons qui séduisent les hommes. Sa physionomie était agréable et prévenante. 11 joignait à une éloquence naturelle un organe d'une douceur remarquable. Brave y rempli d'esprit , sa pénétration n'était jamais en défaut, et son intelligence eût brillé dans les conseils comme à la tète des armées. Ceux qui l'approchaient s'attachaient à lui , parce qu'on le trQuv9.it bon, aimable et facile; on gémis-

sait sur ses défauts , sans cesser de Taimer, entraîné qu'on était par sa grâce et par Taffabilité de son caractère, qui rappelait, disait-on, son aïeul Henri IV. Il eut le rare avantage de conserver des amis jusqu'à sa mort, 11 oubliait volontiers les offenses et supportait les injures. Mais cette âme douée de tant de qualités^ était privée de celle qui les développe et les fait valoir, la force. Sans énergie pour le crime , il en man-« quait également pour la vertu \ Après avoir perdu son premier gouve]:neur, le malheur voulut que son éducation fût remise à Dubois, le plus corrompu des hommes. Ce Dubois, fils d'un apothicaire de Brivesla-Gaillarde , fonda ses espérances de fortune sur la démoralisation complète du prince confié à ses soins. Inspiré par le génie du vice, il devinait, favorisait ceux des autres et surtout les passions de son maître. Il lui enseigna que la vertu n'est qu'un masque dont se pare l'hypocrisie , une chimère sur laquelle on ne peut compter dans les affaire? de la vie; la religion une invention de la politique, nécessaire seulement pour le peuple; que tous les hommes sont fourbes et trompeurs , et qu'ainsi la droiture devient une duperie. Madame, mère du régent, avait dit à ce prince : « Mon fils , je ne désire que le bien de l'État et votre gloire. Je n'ai qu'une chose à vous demander pour votre honneur et j'en exige votre parole ; c'est de ne jamais employer ce fripon d'abbé Dubois f le plas grand coquin qu'il y ait au monde

' La comtesse de Sabran lui dit un jour en plejn souper, que Dieu ayant créé Phomme, avait pris un reste de boue dont il forma Pâme des princes et celle des laquais. Le régent, loin de s'en ttch^, trouva le propos plaisant et eu rit (>eaucoup.

et qui sacrifierait l'État et vous au plus léger intérêt. » Le duc d'Orléans donna sa parole, mais il ne s'embarrassa nullement de la tenir. Peu de temps après , il nomma ce même Dubois conseiller d'État. La débauche dans laquelle cet homme l'avait poussé finit par devenir un besoin pour cette âme molle et blasée que l'ennui de la cour accablait. Il en aimait le scandale et le bruit; l'accusation même de Tinceste ne l'épouvantait pas. Tous les soirs, il réunissait ses roués ^ ses maîtresses, quelques filles d'Opéra, souvent la duchesse de Berri, des gens obscurs brillants d'esprit, renommés par leurs vices. A ces soupers une chère et des vins exquis animaient les convives. Tous les désordres de la cour et de la ville étaient passés en 'revue. On buvait, on s'enivrait, la conversation devenait cynique, des impiétés sortaient à foison de toutes les bouches ; enfin une fatigante satiété séparait les convives , chacun se retirait ; on emportait ceux qui ne pouvaient plus se soutenir; et le lendemain on voyait recommencer l'orgie de la veille.

Le régent personnellement professait et affichait ' l'irréligion. Les jours consacrés à la dévotion publique étaient ceux qu'il choisissait de préférence pour quelques débauches d'éclat. Les détails en étant connus , le peuple le vit avec indignation aller communier à la paroisse Saint-Eustache , le jour de Pâques 1716. Ce même homme qui, intérieurement, reniait Dieu, croyait aux devins, consultait les sorciers et cherchait la pierre philosophai c.

Aussitôt que l'heure des soupers ?ipprocliait, tout

était barricadé au dehors et il devenait impossible de parvenir jusqu'au prince, quelques affaires qui pussent survenir, quelque gravité qu'elles eussent pour rÉtat ou pour lui-même. Le lendemain, encore engourdi par l'ivresse de la veille , les premières heures du jour le trouvaient incapable de se livrer au travail. Ainsi un temps infini se perdait.

Ce prince , intrépide devant l'ennemi, était timide dans ses relations habituelles. Cependant jamais il ne permit à ses maîtresses ou à ses roués de s'im* miscer dans la politique. Du reste , la crainte ou l'importunité obtenaient des grâces de lui plus aisément que le bon droit. Cette facilité explique le mauvais emploi de la fortune publique que nous aurons à signaler. 11 prodiguait souvent des promesses qu'il ne pouvait ou ne voulait pas tenir. Aussi n'accordait-on aucune confiance à sa parole , et le nombre des mTécontents s'augmentait de tous les gens qu'il avait trompés ; homme sans foi , il ne pouvait croire à la foi des autres. Comme il ne connaît de l'humanité que «es penchants honteux, avec lui la probité se trouvera hors de compte et le vice habile deviendra l'objet de sa faveur. Le corrupteur de sa jeunesse asservira ses volontés , et malgré le mépris qu'il inspire au public et même à son maître, il n'en montera pas moins aux plus hautes dignités. Cependant on découvrira un jour que cette union de la faiblesse et de l'infamie n'avait au fond rien de solide et que ces deux hommes se jouaient l'un de l'autre.

Le désordre qui souillait l'âme du duc d'Orléans s'étendit à une partie de sa famille : une de ses

filles, la duchesse de Berri, fut l'objet de ses préférences et leur intimité donna lieu à la plus horrible imputation. Cette femme inconsidérée et sans pudeur, d'autant plus dangereuse qu'elle avait infiniment d'esprit , le soumit à tous ses caprices , J'eflFervescence de son ardente imagination se développa rapidement par les scandales dont elle fut témoin. Un père coupable la conviait à ses soupers et ne rougissait pas de la faire participer à leurs turpitudes K Mariée au frère du duc de Bourgogne, ses galanteries devinrent si peu mesurées, sa liaison avec son père prit une apparence si révoltante , que son mari la menaça d'obtenir de Louis XV la permission de l'enfermer dans un couvent. L'orgueil de cette princesse était sans mesure. Elle méprisait sa mère, fille légitimée du feu roi, et afifectait le faste d'une reine. On la vit sortir avec des gardes du corps, précédée par des clairons, et se montrer à l'Opéra en grande loge, assise sur une estrade. Les clameurs du public . furent telles que le régent se crut obligé de lui interdire ces impertinences. Du vivant même du duc de Berri, prince pieux et réglé, elle ne mettait aucun frein à la licence de ses pa/roles. Livrée à toutes les passions, elle se délassait

* On raconte qu'un soir après de nonri)reuses libations, on imagina de représenter le Jugement de Paris. La princesse y prit le rôle de Vénus. Deux maîtresses du régent firent ceux de Minerve et de Junon. Les trois déesses de Torgie se montrèrent dans le costume où celles de la Fable parurent aux yeux du fils de Priam.

Le duc d'Orléans s'occupait de peinture. 11 fit un portrait de la duchesse de Berri avant son mariage. « Il l'avait peinte , dit madame de Caylus, sans beaucoup de draperies, ce qui fut trop envepimé, i»

de la débauche des sens par la débauche de la table. Sans honte, comme sans sôrupule, elle voulut se faire enlever par un écuyer de son mari. Plus- tard, elle s'éprit de Rions, neveu du duc deLauzuu, et en fit publiquement son amant. Celui-ci domina par la rudesse de ses manières cette femme sur laquelle ni la dignité , ni le devoir, ni le respect de soi-même n'exerçaient aucun empire. Un des traits remarquables de son caractère fut la crainte du diable , qui dominait quelquefois chez elle l'impiété. Alors elle faisait des retraites aux Carmélites, priait, jeûnait, se mortifiait pendant quelques jours, puis retournait à ses désordres.

Dans un de ses moments de scrupules, elle épousa secrètement le comte de Rions. Bientôt elle hasarda diverses tentatives pour faire reconnaître son mariage. Le régent y mit un terme, en confinant Rions à son régiment. D'ailleurs la mort approchait qui allait terminer cette ignoble vie.

Une grossesse survient. Les veilles et les excès ne pouvaient en rendre le terme heureux. A peine accouchée, la princesse tombe dangereusement malade. Le curé de Saint-Sulpice accourt; mais elle venait, lui dit-on, de se confesser à un cordelier, et il ne reste plus qu'à lui apporter les sacrements. Le curé exige, comme condition indispensable» l'éloignement de Rions et de madame de Mouchy, seconde dame d'atours de la princesse, confidente et complice de ses désordres. En apprenant l'exigence du curé, la duchesse se met en fureur et crie qu'on jette ces cafards à la porte. Le régent tâche de l'apaiser et de vaincre la résolution du curé. Le refus des

sacrements entraînait le refus de la sépulture ^ et le régent redoutait un pareil scandale. Il fait appeler le cardinal deNoailles, archevêque de Paris, espérant de lui plus de condescendance; mais le prélat approuve hautement la conduite du curé et lui ordonne de veiller à ce qu'il n'y ait aucune surprise dans l'administration des sacrements. Ces précautions furent superflues : la princesse guérit; mais sa santé avait reçu une atteinte irréparable, et quelques mois après elle mourut à l'âge de vingt-quatre ans, le 24 juillet 1719.

11 est remarquable que malgré les progrès de l'incrédulité , la conduite du clergé dans cette circonstance ne fut blâmée de personnel

Chacun des membres de la famille du duc d'Orléans eut un caractère de singularité qui lui fut propre. Le duc de Chartres, son fils unique, prit en horreur les désordres de la cour de son père. Le vice qui ne séduit pas révolte. Inutilement on tenta de l'assouplir aux mœurs du temps. Il résista. Par malheur, chez lui l'esprit et les lumières se trouvèrent moins éminents que ses vertus. Il outra le bien, comme son père avait outré le mal. Une dévotion exclusive le tint éloigné des affaires. Il passa sa vie à s'occuper de recherches théologiques et de sciences, et mourut ignoré à l'abbaye de Sainte- Geneviève.

* Dans cette même année , arriva une autre mort qui plus tôt aurait produit une vive sensation. Madame de Maintenon s'éteignit dans l'asile qu'elle s'était choisi à Saint-Cyr. En disparaissant d'un monde qu'elle avait si longtemps occupé, elle ne laissa de Yjdo que dans le cœur d^ saiut^ filles réunies autour d^elles.

Mademoiselle d'Orléans , Taînée des filles du régent 9 abandonne tout à coup les délices de la cour pour se retirer dans l'abbaye de Chelles , où elle fait profession. Les beaux-arts et les plaisirs l'y suivent. L'abbesse, fatiguée de voir la règle continuellement enfreinte, donne sa démission, et la princesse est élue à sa place. Alors la clôture cesse d'exister. Les fêtes et les concerts se succèdent dans la communauté. Mais soudain la nouvelle abbesse se jette avec ardeur dans le jansénisme ; elle brise ses instruments de musique, et se livre aux controverses religieuses. Toutes les personnes persécutées pour leur refus de se soumettre à la bulle fJmgenitus y trouvent près d'elle un refuge. Son esprit actif, mais peu ordonné, embrassait une multitude d'objets qui n'étaient pas tous en harmonie avec la vie religieuse. Elle savait broder; elle faisait des machines et des fusées volantes. Elle s'occupait de physique , de chimie , de botanique , de pharmacie et enfin de chirurgie.

L'histoire a consacré quelques lignes à mademoiselle de Valois. Ses amours avec le duc de Richelieu attirèrent l'attention publique. Cet homme, qui, pendant près d'un siècle , fut l'expression vivante de la frivolité vicieuse de son époque, avait une liaison avec mademoiselle de Charolais. Mademoiselle de Valois devint sa rivale , et elles exhalèrent leur haine réciproque dans des chansons satiriques. Cependant leur amant ayant été mis à la Bastille , une commune douleur les rapprocha. De concert, et sous un déguisement, elles parvinrent à pénétrer plusieurs fois ensemble dans la prison où elles se

partagèrent le soin de charmer les ennuis du pri-* sonnier. Le régent mit fin à ces intrigues en mariant mademoiselle de Valois au duc de Modène.

Mademoiselle de Montpensier, unie à treize ans au prince des Asturies^ n'usa de son esprit que pour se rendre désagréable à sa nouvelle famille et au peuple espagnol. On ne pouvait en obtenir aucune déférence; elle s'abstenait de montirer au roi et à la reine les plus simples égards de politesse et même de paraître dans leurs salons. Le roi voulut donner des fêtes et un grand bal à Toccasion de son ma^ riage ; aucun conseil ne put la décider à y prendre part. Devenue reine par l'abdication de Philippe V, elle continua à rester enfermée dans son apparie-* ment , livrée exclusivement à la société de ses jeunes caméristes ; leur liaison reçut une interprétation si scandaleuse , que le roi , son époux , les chassa du palais et fit enfermer la reine au château de Buen- Retiro. Peu de temps après, ils se réconcilièrent. Mais à peine étaient-ils réunis , que le roi Louis tomba malad-e de la petite vérole dont il mourut. Sa veuve , haïe des Espagnols , qu^elle avait toujours traités avec mépris, fut obligée de revenir en France, où elle mena une vie triste et retirée.

Le désordre s'étendait aux autres branches de la famille royale. Pas une princesse à qui on n'attri* huât un amant, pas un prince qui n'eût des maîtresses. 11 descendit bientôt des palais dans les hôtels de la noblesse. La fidélité conjugale ne fut plus qu'un préjugé qu'atteignait le ridicule. L'adultère devint de bon ton, l'intempérance une mode. La séduction des femmes fut la grande affaire de la vie et Ton

recherchait comme une gloire ce genre de conquêtes. Les esprits absorbés dans les futilités de l'homme à bonnes fortunes , perdirent la faculté de prêter de l'attention aux choses sérieuses. Quand une jeune femme paraissait dans le monde ^ on ne s'enquérait pas de Tunion qui régnait dans son ménage , mais de Tamant qu'on lui donnerait. Les hommes à prétentions ^ les femmes corrompues se liguaient pour la perdre; et dans cette impudique loterie on désignait d'avaoce celui à qui elle écherrait. 11 manque à ce tableau un dernier trait qu'il ne faut pas omettre. L'exemple de la duchesse de Berri avait des imitateurs, et quelquefois la dévotion remplaçait la débauche , comme s'il eût existé encore une lutte entre les souvenirs du passé et l'entraînement présent ; des femmes galantes , des ambitieux débauchés passaient de l'orgie au cloître, et on voyait les macérations de la pénitence faire diversion aux plaisirs du monde et aux agitations de la politique. Telle était la haute société sous la régence. L'impulsion imprimée au vice pendant cette époque agit sur celles qui suivirent: ni les bons exemples donnés par Louis XY pendant les premières années de sa jeunesse, ni la gravité du ministère du cardinal deFleury ne purent opposer une digue efficace à la corruption j seulement elle perdit de son audace; plus retenue, elle afficha moins ses scandales.

Toutefois, les traditions du grand règne se conservèrent dans la demeure du duc et de la duchesse du Maine. Des fêtes charmantes se succédaient à leur belle résidence de Sceaux. Le plaisir y était tempéré par le sentiment des convenances. Le bon goût.

les belles-lettres en faisaient les frais. On y lisait et on y admirait Athalie. Les hommes les plus renommés par la grâce de l'esprit s'y réunissaient. Voltaire était nn des commensaux du château de Seeanx, et il y prit cette fleur d'urbanité qai se montre dans ses ouvrages , quand la passion antireligieuse ou la vanité blessée ne le dominent pas.

La décence et la pureté des mœurs existaient encore dans une grande partie de la bourgeoisie, dans la noblesse de province, dans le peuple des campagnes ; c'est que le principe religieux, s'il n'agissait plus au sommet de la société , dominait encore dans les classes inférieures.

Vers la fin du xvii* siècle , il s'était formé une école antichrétienne. Parmi ses disciples , les uns, comme Bayle, cherchaient à faire prévaloir le doute ; les autres , comme Spinosa , attaquaient de front la religion , ses dogmes , ses mystères. Cette école avait des adeptes en France. Une des misères de l'orgueil humain est de croire s'élever en suivant une voie différente de celle du vulgaire. On se prise d'autant plus qu'on se place davantage en dehors des idées communes. Mais la gloire serait imparfaite si elle se bornait à exalter Tâme dans la seule con-^ templation intérieure de son propre mérite. Il faut encore que Topinion qu'elle adopte se répande au dehors et prévale sur celles qui existent. Ainsi s'explique le prosélytisme philosophique. Il se développa parmi nous plus que partout ailleurs, et y prit enfin le caractère du fanatisme.

L'impiété peut reconnaître en France quatre périodes : l'impiété libertine, ce fut celle de la ré-

gence ; Vimpiété moqueuse j dont Voltaire fut le chef; puis Timpiété dogmatique^ professée par Jean- Jacques Rousseau et les autres philosophes du milieu du xviii'' siècle * , et enfin l'impiété sanguinaire. Celle-ci n'entre point dans le cadre de cet ouvrage. Les trois premières se sont succédé sans se nuire j elles ont fini par conduire de concert les hommes à cet affaiblissement moral ^ prélude et symptôme de la chute des empires.

Sous Louis XIV il y avait des vices, comme il s'en trouve toujours dans toute société humaine. Le souverain même n'en était pas exempt. Mais le grand nom de l'Éternel se gravait dans les esprits et dans les âmes. La sublimité du christianisme se révélait par la sublimité des paroles de ses interprètes. Les arts mêmes reflétaient la grandeur du Dieu que la France adorait. Le sentiment religieux avait pénétré dans toutes les classes; mais le monarque s'incline vers la tombe, et, dans ses dernières années, une dévotion mesquine et pédante diminue les proportions sous lesquelles avait apparu le christianisme. Cette dévotion opprime , fatigue , ennuie : et voici venir, à la tête de l'État, un homme qui méprise tout ce qu'on a respecté, dont le sensualisme est le dogme; le plaisir, la seule loi; le néant, l'espérance. La génération qui s'élève se précipite à sa suite dans un chemin rempli d'écueils. Les sens domi-

* Nous devons une explication du sens que nous attachons ici au mot impiété. Nous entendons par impiété la manifestation des opinions opposées au dogme établi. Rousseau était spiritualiste ; mais , en respectant le dogme de Timmortalité de l'âme , il atta- (l^ait les principes religieux qui en sont la sanction.

nent rame et rabaissent. L'œil n'ose plus porter ses regards vers un Dieu irrité. Pour échapper à la crainte de sa présence ^ on tâche de se persuader qu'il n'est pas.

Cette disposition des esprits était très-favorable au prosélytisme philosophique. Il fournissait des arguments aux passions y et le repos d'esprit à ceux qui avaient intérêt à croire que tout finit avec la' vie.

Les premiers coups furent portés par un profond penseur y qui^ sous un voile léger, attaqua nos croyances. En 1720, parurent les Lettres persanes. Mieux éclairé par l'expérience, Montesquieu rendit plus tard à la religion, dans son livre de X Esprit des lois, l'hommage que lui avait refusé sa jeunesse.

Bientôt commença la guerre que pendant soixante ans Voltaire ne cessa de faire au christianisme. Il l'attaqua lantôt par des plaisanteries ingénieuses, tantôt par des sarcasmes grossiers. Sa passion d'élever la pensée de l'homme , et la sienne d'abord , audessus de la pensée de Dieu , ne reconnut aucune limite. Toutes ses œuvres eurent une tendance directe ou détournée vers ce but.

Voltaire exerça une influence immense sur son siècle. Il devint le patriarche de tous les jeunes. littérateurs. Son grand art fut d'intéresser la société aux succès du philosophisme. On établit qu'il fallait ne rien croire en religion pour obtenir la renommée du génie. Les esprits vulgaires pouvaient seuls conserver les absurdes préjugés dont on avait bercé leur enfance. Une fois ce principe admis, les gens doués de quelque instruction, grands et petits, se firen*

gloire de mépriser ce que leurs pères avaient vénéré. L'impiété, en produisant le prosélytisme philosophique, matérialisa T^me et ôta à la vertu sa haute perspective. Chacun se renferma en soi-même, s'occupant exclusivement de son intérêt propre, et le développement de Tégoïsme prépara les catastrophes qui devaient survenir.

J'ai anticipé sur les temps pour considérer dans leur ensemble certains effets du philosophisme pendant la durée du xviii^ siècle. .En avançant , il nous montrera sous d'autres points de vue son influence.

Plusieurs causes que je n'ai pas encore signalées contribuaient aussi au progrès de l'incrédulité. Au nombre des plus actives, il faut placer les vices de quelques membres du clergé. Louis XIY ne confiai^ les hautes dignité» ecclésiastiques qu'au mérite. Le régent les donna à la naissance et à l'intrigue \ Des pontifes célèbres par leur science,. leur vertu et leur éloquence, avaient disparu successivement, et leur place était occupée par un clergé relâché, de mœurs légères, d'une foi équivoque. Le choix que le duc d'Orléans fit de Massillon, ne l'absout pas de Télévatiou à Tépiscopat de son infâme Dubois, et de la protection qu'il accorda à Tabbé de Tencin, débauché et simoniaque*.

* Le régent voulut nommer Tabbé de la Tour d^Auvergne à Parchevêche de Tours. L'abbé de Thesel , qui écrivait sous la dictée du régent la liste des nominations, s'écria: «Ah! monseigneuri quel sujet ! faites attention au scandale. — Que diable , dit le régent, je le sais bien; mais les brouillons me persécutent; écris toujours. »

* L'abbé de Tencin avait une sœur que ses parents contrai»

La nomination de Dubois à Tarchevêché de Cambrai^ fut une insulte à la religion; sa consécration; un opprobre pour le clergé. Le cardinal de Noailles, archevêque de Paris, beau et noble caractère, refusa nonseulement de le. sacrer, mais encore de permettre que les ordres lui fassent donnés dans son diocèse. Dubois n'avait encore d'ecclésiastique que l'habit \ L'évêque de Nantes (Tressan) , aumônier du régent , les lui conféra dans un village près de Pontoise , qui dépendait du diocèse de Rouen.' Il fallut le même jour lui donner le sous-diaconat, le diaconat et la prêtrise. Tout cela se fit avec une telle rapidité , que Dubois put

gnireDt à embrasser la vie religieuse. Elle parvint à faire casser ses vœux et vécut dans le monde sous le titre de chanoihesse. Madame de Tencin , désintéressée pour éllé-méme , aimait passionnément son frère , et tous les moyens lui étaient bons pour Penricbir et relever. Elle fut un moment maîtresse du régent qui la renvoya parce qu^elle osa lui parler politique. Elle avait eu auparavant Un enfant de Destouches-Ganon , qui fut le célèbre d'Alembert. Elle ne tarda pas à former une liaison plus durable avec Dubois , et elle parvint h pousser son frère, qui devint envoyé de France à Rome , archevêque d'Embrun , cardinal , et enfin archevêque de Lyon.

L'abbé de Tencin avait fait un marché pour conserver un prieuré qui dépendait, disait-il, de Pabbaye de Vézelay, dont il était titulaire. Un abbé de La Vaissière Tattaqua en simonie. L'affaire fut plaidée au parlement. Tencin soutint que c'était une calomnie , qu'il n'existait pas de marché. l\ offrit à la cour de l'afiSrmer par serment. « Je ne veuxjpas, répliqua l'avocat adverse, que vous vous rendiez coupable d'un parjure ; » et aussitôt il tira de sa poche le marché signé par Tencin. L'effet fut prodigieux. Une huée générale s'éleva ; le parlement admonesta le coupable , ce qui n'empêcha pas Dul^ois de l'envoyer peu de temps après à Rome.

* Dubois, jeune encore, s'était marié dans le Limousin, son pays natal. 11 paraît qu'à cette époque sa femme vivait encore. On l'ignorait ou on ne s'en inquiéta pas. Devenu tout-puissant, il fit disparaître l'acte qui constatait soii mariage.

revenir assister au conseil de régence. Quelques jours après , un prince de TÉglise ^ le cardinal de Rohan^ prêta son ministère pour faire monter au rang des pontifes cet homme aussi célèbre par son impiété que par ses vices. Le cardinal se fit assister de Tévêque de Nantes, et (on le dit avec douleur) le troisième évêque consécrateur fut Massillon y évèque de Clermont. 11 devait au régent sa nomination à ce siège. La reconnaissance qu'il en conservait, ex^ pli que sa faiblesse sans la justifier. Ce tort pèse sur sa mémoire. La gloire du plus parfait de nos orateurs n'avait que faire de la faveur du régent.

De nouveaux scandales se préparaient. Dubois, devenu ministre des affaires étrangères , ambitionna le chapeau de cardinal. Il y avait alors à Paris un nonce nommé Bentivoglio, prélat libertin, et à Rome un envoyé de France (Lafiteau), ancien jésuite, qui ne Tétait pas moins. Ces deux hommes méritaient la confiance de Dubois. Mais comme les fripons se trompent souvent entre eux , l'archevêque de Cambrai découvrit que Lafiteau employait à travailler pour lui-même l'argent qu'il lui envoyait. Sur ces entrefaites, le pape Clément XI mourut/ Les cardinaux de Bissi et de Rohan durent aller à Rome pour assister au conclave. Le cardinal de Rohan, beau, agréable de manières et d'un caractère léger, avait une ambition proportionnée au mérite qu'il croyait posséder. Dubois lui présenta en perspective la place de premier ministre, s'il réussissait à lui obtenir le chapeau. Mais comme un homme de ce rang ne pouvait avoir assez d'impudence pour toutes les intrigues, on nommal'abbédeTenciQsouconclaviste.

Laflteau fut rappelé et reçut en dédommagement

Tévêché de Sisteron.

Le cardinal Conti, dévot mais ambitieux, aspirait à la tiare. On lui assura les suffrages de la France, à la condition qu'il accorderait enfin à Dubois la dignité si désirée. Le pape défunt en avait fait la promesse, mais l'avait toujours éludée. Tencin obtint de Conti un engagement écrit et signé. L'élection suivit de près; le nouveau pontife prit le nom d'Innocent XIII. Les cérémonies de l'installation étaient à peine terminées, que Tencin alla lui demander l'exécution de sa parole. Le pape ne pouvait se décider à imposer à l'Église un pareil opprobre. Tencin le menaça de publier Fécrit qu'il avait arraché à sonambitieuse faiblesse. Cet écrit constituait une sorte de simonie». Le saint-père jugea que sa publicité serait plus nuisible encore à la religion que l'exaltation de Dubois, et après avoir versé d'abondantes larmes, il se résigna à le revêtir xie la pourpre. Le remords qu'il en éprouva abrégea sa vie*. La cour de Rome crut , en glorifiant le misérable qu'elle avait décoré, effacer la honte dont elle venait de se couvrir. Le cardinal de Rohan mandait « qu'Innocent XIII acquittait une ancienne dette de son prédécesseur et de l'Église, pour les grands services que ce prélat avait rendus à l'un et à l'autre depuis la régence; que Sa Sainteté n'avait pu refuser cet honneur que son Altesse Royale avait demandé avec tant d'instance

' Qaand Dubois mourut un plaisant écrivit sur sa tombe :

Rome roQgit (Tavoir roagi Le b ^ni gU ici.

pour une personne qui gouvernait si bien l'Église et le royaume. »

Le pape motivait la promotion de la manière suivante : « Il avait , disait-il , honoré ce prélat de la pourpre à cause des grands services rendus à l'Église, à la paix de laquelle il était un de ceux qui avaient le plus contribué. »

On n'apercevait pas qu'un mensonge ajouté au scandale ne pouvait qu'augmenter le mal que l'élévation de Dubois faisait à la religion.

Dubois, cardinal, donna à Tencin le titre d'envoyé de France à Rome, et fit entrer le cardinal de Rohan au conseil de régence pour s'en frayer à lui-même le chemin. Bientôt après, il fut déclaré premier ministre, et le clergé ne dédaigna pas de s'incliner devant lui. Dans une assemblée de ce corps qui eut lieu en 1723, les prélats le nommèrent à l'unanimité leur président. Ainsi la sévérité du christianisme fléchissait devant l'éclat des dignités dont le vice heureux était revêtu. En voyant les gardiens de la morale évangéliqùe devenir les courtisans d'une honteuse prospérité, on douta d'une religion prêchée par des pontifes avilis.

La révocation de l'édit de Nantes avait plutôt affaibli que fortifié la religion catholique en France. Dieu permet quelquefois les hérésies afin que ses ministres, stimulés par la rivalité qu'ils redoutent, ne s'adonnent point aux intérêts du monde et ne tombent pas dans le relâchement. 11 importe sans doute beaucoup aux individus de ne pas vivre et mourir dans l'hérésie ; mais ce qui importe surtout aux États, c'est que le sentiment religieux s'y maintienne ; car ce sentiment est la sanction de la

iO HISTOIRE PHILOSOPHIQUE

loi , le gardien des mœurs et le garant de Tordre *. Vers l'époque de la régence commencèrent à paraître des hommes qui n'étaient ni laïques ni ecclésiastiques^ quoiqu'ils portassent le costume de ces derniers. Ces abbés sans fonctions devaient leur position sociale à plusieurs abus qui s'étaient glissés dans la discipline de l'Église. A Torigine , les biens des monastères avaient été divisés en deux parts : l'une destinée aux besoins des religieux^ l'autre à ceux de leur supérieur, et à la représentation que lui imposait sa dignité. Cette représentation était une charge pesante dans le temps de la féodalité où les seigneurs avec toute leur suite allaient prendre leur gîte dans les couvents. Alors l'abbé et le prieur étaient toujours des moines et leur élévation avait lieu par élection. Mais lorsque le concordat

* Les atrocités qui ont suivi la révocation de Fédit de Nantes n'ont pas produit des effets moins funestes à la religion qu^à la société civile. L^opposition au christianisme a trouvé un aliment dans Pindignation publique excitée par les persécutions. En outre, lorsqu'elles out cessé , les plus profonds ressentiments leur ont survécu , et nous avons vu ces amers souvenirs se venger par le sang.

L'histoire est le développement de cette grande vérité, que Pin- Justice porte tôt ou tard ses fruits. La mémoire des peuples est implacable; elle sommeille, mais ne s'éteint pas. Marins s'est ressouvenu du Mont sacré ; Charles P' a payé de sa tête la dureté des rois ses prédécesseurs. Chez nous, une féodalité devenue douce et souvent protectrice, a succombé violemment devant les haines provoquées par la féodalité du moyen âge. Les prêtres ont été égorgés en 1793 en souvenir des violences exercées contre les protestants et les jansénistes. L'histoire consacre une vérité non moins importante et que les suites de la révocation de T.édit de Nantes n'ont que trop confirmée, c'est que la persécution est toujours une cause plus ou moins prochaine de l'affaiblissement de^ nations, et des calamités qui les aûlijgent.

de François V" eut concédé aux rois la collation de tous les bénéfices, ceux-ci nommèrent aux prieurés et aux abbayes des ecclésiastiques qui n'avaient pas embrassé la vie religieuse. A l'époque dont nous nous occupons^ il suffisait de recevoir la tonsure pour faire partie du clergé et être propre à posséder une abbaye ou un prieuré. Le nom d'abbé fut appliqué à tous les individus de ce corps. Les personnes qui n'avaient pas d'existence déterminée dans le monde prenaient ce titre qui^ sans leur imposer d'obligations , leur donnait un costume et les rendait aptes à recevoir les faveurs de l'Église dont le souverain disposait. On conçoit dès lors combien l'babit ecclésiastique fut compromis. Il revêtit souvent les mauvaises mœurs et l'incrédulité, et on vit des abbés être comptés au nombre des apôtres du philosophisme. De plus, la noblesse se persuada que les abbayes et prieurés connus sous le nom de bénéfices simples, parce qu'ils n'exigeaient pas de résidence, ne pouvaient être mieux employés qu'à faire un sort aux cadets des familles nobles. Bientôt on naquit abbé , comme on naissait gentilhomme , et les parents, sans s'inquiéter des goûts et des vocations , destinèrent leurs puînés à un état dans lequel la fortune arrivait avec l'adolescence. On pouvait être tonsuré à quatorze ans et on ne tardait pas à obtenir un bénéfice dont le revenu adoucissait les ennuis ^u séminaire. Quelques années passées, et il se changeait en une abbaye \ Enrichi ainsi à l'âge des pas-

* Les annales galantes du xviir siècle et les œuvres de théâtre nous peignent ces abbés élégants qui n^avaient (^^ecclésiastique que le nom.

4t HISTOIRE PHnX)SOPHIQUE

01000 et avant celui de Texpérience y le jeune abbé tombait promptement dans le désordre^ trop heureux quand il conservait quelque chose de la décence que son habit commandait*

I^orsquUl se renfermait dans les bornes des convenances , il était promu à un évèché ou à un archevêché dont le revenu s'augmentait ordinairement de celui d'une riche abbaye. Puis il venait à Paris passer une partie de Tannée et s'y dédommager de la contrainte que sa dignité lui imposait dans son diocèse.

La religion aurait succombé sous le poids de ces abus, si elle n'eût été soutenue par la vénération qu'inspiraient une partie du corps épîscopal et un grand nombre d'ecclésiastiques du second ordre. tf Toutefois, comme Ta dit un prédicateur célèbre *, il a fallu que l'Église de France se régénérât dans le sang. »

* L'akbé Uoordaire.

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