‹ Histoire Phsique, Civile Et Morale De ParisChapitre 13 sur 29 · LE SÉNAT ET LE PEUPLE PARISIEN · texte numérisé non relu

LE SÉNAT ET LE PEUPLE PARISIEN

» Trez-dévoués à sa majesté, à ï exterminateur de la fac- » lion 'pestiférée de l'Espagne; à l'heureuse conservation des » jours du roi , à la punition du parricide. »

« Le destin signale envers nous sa double puissance : » il donne d'abord, puis il conserve à la France ce qui » peut assurer sa prospérité. »

Sur la face septentrionale, du côté du Pont-aii-Change, on lisait :

Pro sainte Henrici IV, démentis , ac fortiss. régis, quem

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nefandus parricida , perniciosissimœ factionis hœresi pestiferà imbutus, quœ, nuper abominandis sceleribus pietatis nomen obtendens , unctos Domini vivasque majestalis ipsius imagines occidere populariter do cuit , dam confodcre tentât, cœlesti numine scelestam manum inhibente , cultro in labrum superius delato , et dentium occursu féliciter retuso , violare ausus est. Ordo ampliss. ut vel conalûs tam nefarii pœnœ ténor simul et presentissimi in opt. principem ac regnum , eu jus salus in ejus sainte posita est , divini favoris apud posleros memoria extaret, monstro illo admissis cquis mcmbraùm disccrpto , et flammis ultricibus consumpto , œdes etiam unde prodierat, hic sitas , funditùs everti , et in earum locum salutis omnium ac gloriœ signum erigi decrcvit.

UII. \on. Jan. Ann. ml. MDXCV.

TRADUCTION

» A Dieu très-bon, très-grand.

» En reconnaissance de la conservation des jours de » Henri IV , roi très-clément, très-puissant, sur lequel » un exécrable parricide, imbu des principes très-perni- » cieux de cette secte dont 1 hérésie contagieuse couvre » ses crimes abominables du voile de la religion ? et qui » enseigne publiquement à tuer les oints du Seigneur , » les images vivantes de sa majesté divine, osa porter une » main sacrilège ; mais le coup de couteau dont il tentait » de percer la personne sacrée du roi fut heureusement » arrêté par la rencontre de ses dents, et ne le blessa » qu à la lèvre supérieure. La cour du parlement, vou- » lant donner un exemple nécessaire par un supplice » terrible, et transmettre à la postérité la preuve de la

Mi US HENRI IV. 199

» protection divine pour un prince dont le salut fait le » salut de la France, a ordonné que ce monstre serait » tiré à quatre chevaux , que ses membres détachés se- » raient consumés par des flammes vengeresses, et que » sur la maison où il avait pris naissance , maison démo- » lie jusqu'à ses fondements , s'élèverait ce monument » de salut de tous et de la gloire nationale.

» Le U janvier ,.lan du salut 1o9o. »

Au-dessous de la croix , sur ie dé de l'obélisque , était cette autre inscription :

ex. s. c.

Hœc domus irnmani quondàm fuit hospUa morts Iro ,

Cvux ubi nunc celsum tollit in astra capul : Sanciit in miseros peenant liane sacev ordo pénates >

Regibus ut scives sanclius esse nihil.

TRADUCTION

« Par arrêt de la cour du parlement,

» Sur la place où s'élève aujourd'hui cette croix , était » jadis une maison habitée par un monstre exécrable. » Le parlement a étendu sa punition jusque sur la de- » meure de misérable , afin que le public sache que rien » n'est plus sacré que la personne des rois. »

Ce monument n'était pas un modèle de goût ; sa forme n'avait point la simplicité convenable. Les nombreuses et longues inscriptions dont il était chargé, où le même fait, la même idée se retrouvent, n'ont ni le caractère ni la précision du style lapidaire; mais elles sont historiques, et attestent le sentiment profond dont l'attentat

commis sur la personne de Henri IV avait pénétré la saine partie de la population de Paris.

Cette pyramide, ces inscriptions, destinées à servir d'épouvantail et de préservatif, ne produisirent point l'effet désiré. Le monument fut bientôt démoli ; les inscriptions disparurent , et ceux qui avaient armé les mains de Barrière, de Chastel , etc. , ne tardèrent pas à armer celles de plusieurs autres fanatiques , et enfin celle du fanatique Ravaillac. Le plan de cette" faction infernale consistait à renouveler sans cesse ses tentatives jusqu'au succès.

Chassés solennellement de Paris et de la France, accusés de crimes par l'autorité souveraine, méprisés et maudits par le public , flétris par l'érection de ce monument et par ces inscriptions , qui leur assuraient une éternelle infamie , les jésuites se gardèrent bien de résister à la force de l'orage : ils plièrent comme le roseau, et ne se rompirent point. Toujours la ruse, et non la force, les conduisit à leur but: ils ne perdaient jamais l'espoir du succès. Ils travaillèrent sourdement, et employèrent bassesses, voies obliques, impostures, promesses, menaces indirectes : tout leur était bon , suivant leur maxime profondément immorale : Le but justifie les moyens \ Ainsi tous les crimes leur étaient permis.

Ce serait une histoire assez curieuse que celle des in-

1 Suivant ce principe proclamé par les jésuites , chaque secte, chaque parti, les partisans de diverses croyances, de diverses opinions, tous également convaincus qu'ils ont pour eux la jus'ice , la raison , la vérité , seraient donc , pour faire triompher leur secte , leur parti, autorisés à employer contre leurs adversaires le poison et les poignards? Alors quels désordres affreux! tous les liens sociaux seraient rompus; plus de morale; le crime deviendrait un devoir. Nul ne serait à l'abri des attaques, et les jésuites, qui ne manquent pas d'adversaires, pourraient bien les premiers sentir les résultats de leurs principes.

trigues, des moyens subtils qu'employèrent les jésuites pour rentrer en faveur auprès de Henri IV: elle offrirait aux hommes les plus perfectionnés dans l'art de parvenir des leçons profitables. Tout fut mis en œuvre par ces moines habiles.

Le roi avait auprès de lui un nommé Fouquet de La Varenne , ministre de ses amours ou de ses débauches , qui, par ses sales emplois, était parvenu, du rang de cuisinier, à celui de noble , de conseiller d'état et de contrôleur-général des postes \ Les jésuites s'emparèrent de ce vil instrument , en lui faisant espérer pour ses enfants les plus hautes dignités de l'église , môme le cardinalat. Fouquet , déshonoré , aspirait ardemment aux honneurs : séduit et endoctriné par les pères de la ruse, il mit tout en œuvre pour séduire son maître , sur lequel il avait quelque ascendant.

Cette affaire fut la matière de longues discussions dans le conseil d'état et dans les entretiens particuliers qui eurent lieu entre le roi et son minisire Sully.

Ce ministre fit valoir contre le rétablissement des jésuites sept raisons très-solides , et que Henri IV jugea sans réplique; mais ce roi en opposa deux : la première , que

4 Le roi accorda des lettres de noblesse à ce Fouquet, qui remplissait auprès de sa personne un emploi que plusieurs hommes déjà nobles ne rougissaient pas de remplir. Le 50 janvier 4 600, le parlement de Paris envoya une députation pour lui remontrer les fâcheux résultats d'un tel anoblissement, et le prier de n'en plus accorder de pareils. Le roi répondit que chacun savait que La Varenne était toujours à ses pieds , que cela ne pouvait tirer à conséquence.

Le parlement enregistra les lettres , en ajoutant ces mots : Sans tirer à con~ séquence. Le roi lui donna pour armoiries un chien avec un collier semé de fleurs de lis. {Registres manuscrits du parlement^ janvier \ G00.) Cet anoblissement, malgré la restriction du parlement , a eu des conséquences : Fouquet Advint marquis de la Varenne , et sa postérité fut investie de toutes les illustrations de la noblesse.

2 02 H1ST01AE DE l'ARIS

le P. Majus lui avait ingénument avoué que , si les jésuites s'étaient montrés contraires à la prospérité de son royaume et favorables à ses ennemis , c'est que depuis vingt ans , en France, on les avait fort maltraités et couverts d'opprobre l ; mais que , si on leur montrait de la bienveillance et plus d'affection , ils feraient éclater leur entier dévouement à la couronne de France , travailleraient à sa prospérité, même au préjudice de celle d'Espagne. C'était dire au roi : Choisissez entre notre haine et notre bienveillance.

Voici textuellement la seconde raison du roi : « De deux choses Tune : il faut les rétablir simple- » ment , restituer leur réputation flétrie , et mettre à l'é- » preuve la sincérité de leurs belles promesses ; ou bien » il faut les rejeter entièrement, accroître contre eux » toutes les rigueurs , afin qu'ils n'approchent jamais de » mes états ni de ma personne. Dans ce cas je les réduis i au désespoir ; et ne pourront-ils pas , dans cet état de » désespoir, attenter à ma vie? ce qui me la rendroit » si misérable et langoureuse, demeurant toujours ainsi » dans les défiances d'être empoisonné ou bien assassiné ( car » ces gens ont des intelligences et correspondances par- » tout, et grande dextérité à disposer les esprits selon ce » qui leur pîait ), qu'il me vaudrait mieux être déjà mort; » étant en cela de l'opinion de César, que (la mort) la plus » douce est la moins prévue et attendue 2. » N'était-ce pas dire : Les jésuites sont des assassins ; la crainte quem'in-

1 Cet aveu est remarquable. Aucun principe de justice ni de religion ne dirigeait donc la conduite des jésuites ; ils avaient constamment été les ennemis de la France, qu'ils habitaient, et ils agissaient ainsi pour se venger o'u mépris qu'ils s'étaient attiré : la vengeance était donc le mobile de leurs actions î À quoi étaient bons ces moines? ou plutôt , quels maux ne devait-on pas en attendre ?

3 O Economies royales de Sully, t. III , chap. 51».

spirent leurs poignards et leur poison me détermine à composer avec eux?

Ici sont dévoilés le caractère criminel des jésuites et les motifs honteux de leur rétablissement; motifs qui, loin de les justifier , les accusent d'être capables d'assassiner ceux qui leur sont contraires \

Ce fut le 2o septembre -1 G03 que les jésuites, après huit années de bannissement, furent rétablis en France et à Paris : mais cette faveur n'entraîna point la permission de tenir un collège et d'enseigner la jeunesse. Ce ne fut qu'après la mort de Henri IV que les jésuites reconquirent cette prérogative.

Le P. Cotton , religieux de cet ordre , fameux par ses souplesses et ses intrigues , devenu presque aussitôt confesseur et prédicateur du roi , ne tarda pas à solliciter la démolition de la pyramide dont les inscriptions diffamaient la société de Jésus. Henri IV y consentit; le parlement s'y refusa. Alors le roi, usant de son autorité suprême , ordonna cette démolition , et voulut qu'elle s'exécutât pendant la nuit, dans la crainte quelle^n'excitat un soulèvement parmi le peuple ; mais le P. Cotton, dont les confrères avaient déjà agi sur l'esprit des habitants de Paris , demanda que ce monument fût détruit en plein jour, disant que Henri IV n'était point un roi de ténèbres.

On composa plusieurs pièces en vers et en prose pour

' L'auteur de l 'Histoire \ abrégée du procès criminel de Jean Chastel donne les marnes motifs au rétablissement des jésuites : il dit que les c sieurs de Bouil- » Ion , de Sully, de Maupeou et autres de son conseil représentaient à Henri IV » ce qui s'était passé envers sa personne peu d'années auparavant; il leur dit ces » paroles : Ventre-saint-gris ! si je ne permets le rétablissement des jésuites, » me répondrez- vous de ma personne? » (Supplément aux Mémoires de Coudé, troisième partie, p. 4 68.)

louer ou blâmer cette démolition , par lesquels on distingue la Complainte au roi sur la pyramide; la Prosopopée de la pyramide, etc.

François Miron , prévôt des marchands , fit , à la place de cette pyramide 7 établir une fontaine , qui depuis fut transférée dans la cour du Palais1.

Couvent de Picpus , situé rue de ce nom , à l'extrémité du faubourg Saint-Antoine. Les religieux de ce couvent portaient aussi la dénomination de Pénitents réformés du tiers-ordre de Saint- François. Une congrégation de pénitents des deux sexes, parmi lesquels le désordre s'introduisit facilement, fut, vers Fan i575, réformée par Vincent Mussart, qui, en 1600 ou 100I , établit ces réformés dans une maison du village de Picpus, jadis occupée par des capucins ou des jésuites , Bientôt cette maison parut insuffisante au gré du réformateur : il fit , en 1(3 1 \ , commencer la construction de nouveaux bâtiments et d'une nouvelle église , et son couvent devint chef d'ordre.

L'église, les autres bâtiments, les jardins, ressemblaient parfaitement à ceux des capucinières; et les habitants ne différaient guère , par leur costume et leurs allures , des religieux capucins.

Dans l'église on remarquait les formes extraordinaires des confessionnaux : ils étaient revêtus de rocailles, ornés de guirlandes , et servaient de piédestaux à des figures dont quelques-unes étaient l'ouvrage de Germain Pilon. Ces moines voulaient donner des charmes au sacrement de pénitence.

Dans le réfectoire , décoré de statues en terre cuite , on remarquait un groupe représentant saint François-le-Sé-

1 Voyez ci-après , Fontaine du Palais.

raplûquc , glorieux do voir prosternés à ses pieds le roi saint Louis et sainte Elisabeth de Portugal. On y voyait aussi un tableau de Le Brun , dont le sujet était le Serpent d'airain , tableau que ces moines sans goût laissèrent dégrader par l'humidité.

Cette maison, supprimée en 4 790, est devenue une propriété particulière.

Récollets, recollecti, recueillis; couvent situé au coin de la rue des Récollets et de celle du faubourg Saint-Martin. Il offre encore une ramification de la souche féconde plantée par François-le-Séraphique. Quelques religieux de cet ordre, favorisés par un marchand tapissier, nommé Jacques Cottard , qui leur donna une vaste maison dans un lieu inhabité , et protégés par Henri IV et son épouse, Marie deMédicis, s'y établirent en 4603, et y firent bâtir une église dont celte reine fit les frais, posa la première pierue , et se déclara fondatrice.

L'église n'avait de remarquable que quelques tombeaux de la famille de Roquelaure , et celui de Gaston Jean-Baptiste de Roquelaure , auquel on attribue tant de plaisanteries triviales dont on a composé un volume, intitulé le Momus français.

Les récollets furent supprimés en 4 790, et leurs bâtiments convertis en hospice des Incurables. ( Voyez cet article. )

Petits-àugustiins , couvent situé rue des Petils-Augustins, au faubourg Saint-Germin. Marguerite de Valois, première femme du roi Henri IV, princesse aussi galante que dé/ote , dans un danger auquel elle échappa dans son château d'Lsson, en Auvergne, avait fait un vœu qu'elle désirait accomplir.

Ayant donné son consentement à la dissolution de son mariage, le roi lui permit d'habiter Paris, et dy porter le titre de reine. Elle s'y rendit au mois d'août 4605 , logea d'abord au château de Madrid, dans le bois de Boulogne , château démoli avant la révolution ; puis à l'hôtel de Sens , près du quai des Ormes ; et, ayant acheté un vaste emplacement et un hôtel dans le faubourg Saint-Germain, près du cours de la Seine , elle y fit faire de grandes réparations. Dans l'enclos de cet hôtel elle trouva un petit établissement monastique fondé par Marie de Médicis , seconde femme de Henri IV : il était composé de cinq frères de la Charité que cette reine avait fait venir de Florence. Marguerite expulsa ces moines, qui allèrent s'établir près de l'église de Saint-Pierre , rue des Saints- Pères; et, d'après les conseils du P. Amet, augustin , qu'elle avait choisi pour son confesseur , elle les remplaça par des augustins. Par ce moyen son vœu fut accompli.

Autorisés par un brevet du pape , de PanMGOT, vingt augustins déchaussés , conduits par le père Amet , vinrent occuper la maison des frères de la Charité.

Cette princesse capricieuse avait plusieurs singularités dans le caractère : elle en manifesta dans cette fondation. Elle voulut que ce couvent portât le nom A" Autel de Jacob , et la chapelle . celui de chapelle des Louanges; que quatorze frères , chargés de la desservir, chantassent jour et nuit, sans discontinuer, de deux à deux, en se relevant d'heure en heure , à la louange du Seigneur, des hymnes et cantiques sur des airs modernes qui leur seraient prescrits. Elle exigeait en outre que ces frères , chanteurs éternels , ne sortissent jamais du couvent et n'eussent aucune communication avec les séculiers.

En 461â , Marguerite de Valois se brouilla avec son

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confesseur, le P. Àmet ; elle le renvoya avec ses augustins déchaussés, qui, disait-elle, ignoraient le plainchant , et chantaient fort mal. Elle fit venir, pour les remplacer, des augustins chaussés de la réforme de Bourges. Le pape approuva les changements opérés par les caprices de la reine Marguerite. Sans doute elle se serait bientôt dégoûtée de ses nouveaux augustins , et les aurait remplacés par d'autres ; mais elle n'en eut pas le temps: quelques années après leur arrivée, le 4 7 mars \ 61 o, elle mourut. Cette princesse , plus prodigue que juste , donnait sans discernement , et ne payait jamais ses dettes. Elle promettait beaucoup , et tenait peu sa parole. Elle avait promis de faire bâtir à ces derniers augustins un vaste couvent, une église et un cloître , et n'avait assigné aucun fonds pour les frais de ces constructions , pas même pour la rente qu'elle s'était engagée à leur payer.

On fut obligé, après la mort de Marguerite, de faire des quêtes pour fournir aux frais de la construction de l'église et du couvent , et de solliciter la reine Anne d'Autriche de venir au secours de ces augustins sans ressource. Cette reine , le lo mai 1617, posa la première pierre de l'église; qui fut bâtie dans l'espace de deux ans.

La construction du cloître et autres bâtiments , commencée le 27 juillet 1619, s'opéra avec le produit des aumônes particulières.

L'architecture de cet édifice n'avait rien de remarquable : une chapelle, placée à coté de 1 église , recouverte par un dôme , offrit à Paris le premier exemple de ce genre de toiture.

Cette église et l'enclos qui en dépendait ont été utilement employés pendant la révolution. La commission des monuments, en -1791, arrêta que tons l?s objets de

l'art de la sculpture y seraient déposés. On en forma un musée , dit des monuments français, qui , pour la première fois, fut ouvert le 1o fructidor an III. J'en parlerai en son lieu.

Maison des Frères de la Charité \ située rue des Saints- Pères, n° 45. Cinq frères de la congrégation de Saint- Jean-de-Dieu , ou de la Charité , étaient , depuis -IG02, établis par la reine Marie de Médicis , seconde épouse de Henri IV, dans une partie de remplacement que la reine Marguerite de Valois , première épouse de ce roi , acheta pour y bâtir son hôtel. Cette dernière reine explusa ces frères, et y plaça , comme je lai dit dans l'article précédent, des augustins déchaussés. Les frères de la Charité, éconduits , vinrent s'établir dans un lieu du voisinage , où se trouvait une ancienne chapelle de Saint-Pierre , destinée aux domestiques et vassaux de l'abbaye de Saint- Germain-des-Prés , et qui fut cédée , en \Q\\ , à Saint- Sulpice1. Les frères de la Charité furent d'abord autorisés à y célébrer l'office divin ; puis , en i6o9 , ils en devinrent propriétaires.

Cette chapelle, située dans un lieu encore environné de jardins , fut démolie pour agrandir le cimetière de Saint-Germain. On en construisit une nouvelle, en 46io, dont la reine Marguerite posa la première pierre , et qui ne fut dédiée , sous l'invocation de saint Jean-Baptiste , qu'au mois de juillet 1621 .

Ces religieux acquirent ensuite la Courtille, ou le clos des vignes de Saint-Germain- des-Prés, qui s'étendait depuis les bâtiments de la Charité jusqu'aux rues de TE-

1 J'ai parlé de cette chapelle de Saint-Pierre , t. II , p. 4 \ 8.

goût et Saint-Benoît, et comprenait remplacement de la rue Taranne.

L'église des frères de la Charité ne fut entièrement achevée qu'en -1755; alors on commença la construction de son portail, sur les dessins de Cotte. Elle était ornée de plusieurs tableaux.

L'hôpital de cette maison s'établit avec les religieux de la Charité : leur règle leur imposait l'obligation de soigner les malades. En -1 77(3, on y comptait cent quatre-vingtdix-neuf lits. Je parlerai dans la suite de l'état actuel de cet hôpital.

Carmélites , couvent de religieuses situé rue d'Enfer, n° 67, dans remplacement de l'ancien monastère de Notre-Dame-des-Champs, dont j'ai déjà parlé \

Quelques dévols déterminèrent la dévote princesse Catherine d'Orléans de Longueville à favoriser l'établissement d'un couvent de carmélites à Paris. Cette princesse , flattée du titre de fondatrice, obtint du roi toutes les permissions nécessaires. Ayant jugé l'église de Nolre-Damcdes-Champs propre à cet établissement, elle négocia avec l'abbé de Marmoutiers , auquel cette église et son vaste enclos appartenaient. Cet abbé était le cardinal de Joyeuse, qui, ne goûtant point le projet de cette dame, lui résista longtemps , et ne céda qu'à ses longues importunités. Il fallut renvoyer quelques moines qui s'y trouvaient encore, et tout disposer pour recevoir la nouvelle colonie, qui se composait de six carmélites qu'on avait fait venir d'Espagne, et que le cardinal de Bérulle fut chargé de conduire à Paris.

Madame de Longueville alla au-devant de ces étran-

« Voyez 1. 1, p. 497.

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