PERIODE XII
PARIS SOUS LOUIS XI il.
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Lorsqu à la tête d'un gouvernement dépourvu de bases solides se trouve placé un roi enfant , un prince faible , l'autorité suprême est aussitôt envahie par le plus audacieux ou le plus adroit des sujets ; cet audacieux ne règne pas, mais il exploite le royaume au nom du roi : c'est ce qui arriva sous Louis XIII.
Cet envahisseur, exerçant l'autorité royale, excite bientôt la jalousie et le mécontentement de ses pareils. La rivalité s'établit, les guerres civiles s'allument, et chaque parti, prétextant l'autorité du roi et le bonheur public , attente ouvertement à cette autorité, travaille au malheur du peuple, et cause d'affreux déchirements : c'est encore ce qui arriva sous Louis XIII.
Peu d'heures après la mort tragique de Henri IV, le duc dÉpernon, celui qui , étant dans le carrosse du roi, l'avait vu assassiner, vint , accompagné de gardes-françaises et de gardes-suisses , à la cour du parlement , qui siégeait alors dans le couvent des Grands-Àugustins '. 11
1 Le Palais Je Justice ayant ('té destine au* festins et aux cérémonies du couronnement de la reine, le parlement fut obligé d'en déguerpir, et de transporter* le <7 avril précédent, ses séances aux Augustin* , dans le réfectoire de ee couvent, ainsi que cela s'était pratiqué autrefois.
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y demanda avec un ton menaçant la régence du royaume pour la reine, et dit à celte cour, en mettant la main à son épée : Elle est encore dans le fourreau; mais il faudra qu'elle en sorte, si dans l'instant on n'accorde pas à la reine un titre qui lui est dû selon l'ordre de la nature et de la justice. Le parlement, sans délibérer, consentit à cette demande. C'était la première l'ois que cette cour conférait la régence, et, depuis, cette prérogative lui est restée.
Ainsi le gouvernement de la France , que Henri IV avait péniblement garanti des atteintes multipliées de la féodalité et du fanatisme, fut livré à une femme étrangère, à un enfant de neuf ans, et à une foule de courtisans sans moralité, sans patrie, avides de pouvoir et de richesses.
La régente , dévote sans être pieuse , dépourvue de lumières et de jugement, ne se distinguait que par son opiniâtreté, par son dévouement aux jésuites et à la cour de Home; elle fit tout ce que voulurent ses conseillers , ses directeurs perfides, et consentit à ce que tout l'ouvrage de Henri IV fût détruit pièce à pièce; elle prit une route tout opposée à celle que ce roi avait suivie nour établir la prospérité et la tranquillité publiques. Tous ceux qui avaient conspiré contre son époux, ceux que l'opinion publique désignait comme les auteurs ou les complices de son assassinat, furent comblés de faveurs. Le comte d'Auvergne , qui , pour crime de trahison , était condamné à mort, et dont Henri IV avait par clémence commué la peine en celle d'une prison perpétuelle , fut aussitôt mis en liberté et pourvu de fonctions éminentes. DEpernon, les jésuites et autres, violemment soupçonnés du meurtre du roi, devinrent Tame du gouvernement.
Sully, le vénérable Sully, éloigné de la cour , fut dé-
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pouillé de ses fonctions. Des Yveteaux, que Henri IV avait donné à son fils pour être son précepteur, fut renvoyé. Les millions que ce roi avait entassés dans la Bastille devinrent la proie de misérables et avides courtisans. La conduite que tint alors Marie de Médicis fonda les soupçons, peut-être injustes , de sa complicité avec les auteurs secrets de la mort de son royal époux. Elle fortifia ces soupçons en se refusant, malgré de nombreuses invitations, à faire rechercher et poursuivre les instigateurs du crime de Ravailîac.
Cette reine , après avoir composé un conseil de. régence de tous ceux qui y prétendaient, conseil qui n'était que pour les apparences, et où Ion ne s'occupait que d'objets secondaires , forma un conseil secret où figuraient au premier rang les ennemis naturels de la prospérité française: un jésuite, le P. Cotton; le nonce du pape ; Concini, natif de Florence, espèce de domestique, qu'elle éleva au gracie de maréchal de France, quoiqu'il n'eût jamais fait la guerre ; le duc d'Epernon , etc. ; tous ou presque tous accusés, surtout ce dernier, d être les provocateurs ou les complices de l'horrible assassinat du roi son époux.
Ils avaient besoin sans doute d'une grande autorité pour étouffer les cris de l'indignation publique, pour imposer silence à l'histoire, pour faire disparaître les témoignages de leurs crimes; mais ils ne purent complètement y réussir : il en est resté des traces assez profondes pour établir, sinon des preuves évidentes , au moins des conjectures très-vraisemblables \
4 Les jésuites , le duc d'Lpcrnon , la marquise de Vcrneuil , paraissent s'être roneertés pour opérer <:et assassinat, ttivaillac déclara que , quelques jours avant son crime, i! av;ii: eu des conic-
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Tout atteste l'existence d'un complot. On publia en même temps , ou Ton répandit avec profusion des ouvrages déjà publiés, où Ton soutenait la maxime jésuitique qui permet de tuer les rois tyrans : tel était l'ouvrage
renccs avec le P. d'Aubigné, jésuite, dans l'église de la rue Saint-Antoine, et qu'il lui avait montré le couteau dont il se proposait de faire un si atroce usage. ( L'Estoile , Journal de Henri IV, t. IV, p. 80.)
Le jésuite Cotton alla voir Ravaillac dans sa prison, lui dit de prendre garde à ses paroles, et voulut lui faire croire qu'il était huguenot. (Idem,jp. S< , 82. )
Le dimanche 23 , le P. Portugais , cordelier, et quelques curés de Paris, entre autres ceux de Saint-Barthélemi et de Saint-Paul, taxèrent les jésuites en paroles couvertes, mais intelligibles à plusieurs, d'être fauteurs et complices de l'assassinat du feu roi. (Idem, p. 84.)
Le mardi 25, une querelle étant survenue entre le P. Cotton et le sieur de Loménie , celui-ci, en plein conseil, dit au jésuite que c'était lui et ceux de sa société qui avaient tué le- roi. ( Idem , p. 84.)
Ces citations ne tendent qu'à prouver l'opinion du temps sur les auteurs de l'assassinat de Henri IV; mais dans d'autres pièces historiques on trouve des notions plus positives.
Dans la pièce intitulée Rencontre de M. le duc d'Epernon et de François de Ravaillac , ce duc et le P. Cotton sont principalement accusés. On y lit que ce jésuite promit à trois assassins, du nombre desquels était Ravaillac, de leur faire obtenir du pape l'absolution de tous leurs péchés, et de leur faire dire des messes pour leur âme, dans le cas qu'ils vinssent à périr dans leur expédition. Le duc d'Epernon leur donna 200 écus.
La pièce intitulée la Chemise sanglante de Henri-le- Grand offre une violente déclamation adressée par ce roi à son fils. On y parle de Dollé , de Bullion et du duc d'Epernon , qui, dit-il, « tient encore sur la France le poignard avec j> lequel Ravaillac m'a mis dans le tombeau. Ce sont mes assassins et mes bourw reaux, dit-il à Louis XIII; et vous les souffrez près de votre personne, »
Dans le Factum et dans le Manifeste de Pierre du Jardin, sieur de La Garde 3 imprimés à la suite du Journal de Henri IV , on voit qu'un certain La Bruyère , ligueur, émigré à Naples , conduisit le capitaine du Jardin chez le jésuite Alagon , oncle du duc de Lerme, espagnol; lequel jésuite, après s'être assuré de ses dispositions, lui proposa d'assassiner Henri IV, avec promesse, s'il réussissait, de lui donner o0,000 écus, et de lui faire obtenir le titre de grand d'Espagne ; que, pendant son séjour a Naples, il dîna avec ledit La Bruyère, Alagon et autres personnes, du nombre desquelles se trouva Ravaillac qui leur annonça qu'il tuerait le roi, ou qu'il mourrait en la peine 5 que Ravaillac avait été dépêché à Naples par le duc d'Epernon, pour porter des lettres de sa pai t au vice-roi de Naples ; que quelques jours après, du Jardin fut conduit chez
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d'unaugustin d'Orléans, appelé frère Léonard Cogneau ; celui du jésuite François Suarez, etc. Ces livres, ainsi que ceux du cardinal de Bellarmin et de Santarelle , furent désavoués par la Sorbonne, et brûlés par la main du
le jésuite Alagon, qui lui proposa d'entreprendre l'exécution dont s'était chargé Ravaillac, l'estimant plus digne d'une telle entreprise.
Dans la pièce intitulé Interrogation et déclaration de mademoiselle de Coman, la marquise de Verneuil et le duc d'Epernon sont dénoncés comme complices de la conspiration , et tous les deux instigateurs de Ravaillac, qu'ils protégeaient et entretenaient.
La pièce qui paraît aussi authentique que ces dernières, et qui contient des faits plus détaillés sur le même sujet, est X Extrait d'un manuscrit trouvé à la mort de M. d' Aumale, en son cabinet, approuve, signé de sa main et cacheté de ses armes. En parlant du duc d'Epernon, il y est dit : a II est l'auteur de la » mort du roi, ayant suscité plusieurs désespérés gueux et misérables qu'il faisoit » traiter par gens attitrés; mais poursuivant leurs desseins, et prêts de l'exécuter, )> Dieu empechoit ses coups malheureux, et voyant (étant vu) par d'Epernon , » que les jours assignés et Tes occasions manifestées (découvertes) refroidissoient » ces pauvres gens, il les faisoit empoisonner, de crainte que , frappés au cœur » d'une juste repentance, ils se fussent rendus dénonciateurs de cette entreprise » abominable ; mais, néanmoins , il a tant poursuivi , qu'enfin il a trouvé le mé- » chant Ravaillac, qui étoit d'Angoulème, ville de ses gouvernements... » Puis il vient &u\ jésuites : « Y a-t-il nation plus pernicieuse pour la France que ces pè- )) res, qui , sous prétexte de leur prédication , chatouillent tellement les oreilles des c auditeurs, que l'on les tient pour uniques entre les gens de bien? Ces bons pères, » qui, sous leurs confessions , font couler mille et mille appas , à cent Ghastels » et plus de Ravaillacs , se sont à la fin vengés du plus pur sang que jamais la » France ait eu en partage. »
Il parle ensuite de la composition du conseil secret de la régente, dont il traite les membres de grands voleurs, qui ont pillé les deniers royaux de la Bastille , etc.
L'éditeur finit ainsi : « Le surplus contenu audit extrait , je le mettrai sous si- » lence, comme étant des choses si abominables que, cela venant à la vérilica- » tion , il faudroit ériger des bourreaux en titre d'office, o
Presque toutes ces pièces et plusieurs autres, qu'il serait trop long de citer, s^ccordent en ce point, que d'Epernon et les jésuites furent les principaux instigateurs de Ravaillac.
Ce dernier criminel , dans ses interrogatoires imprimés , n'accuse personne que lui-même de son crime ( Voyez Mémoires de Condé , t. VI , la préface et les pièces placées à la fin de ce volume.) Mais il ne faut pas croire que celle pièce , telle qu'elle est imprimée . soit rentier et véritable interrogatoire de Ravaillac.
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bourreau en la cour du Palais. L'avocat du roi , Louis Servin , demanda que le parlement fît brûler celui de Suarez devant la porte des jésuites1.
Le meurtre commis sur la personne de Henri IV n'était, à ce qu'il paraît, que le prélude de l'exécution d'un plan plus vaste. Un gentilhomme , voyant les filles de la reine pleurer la mort de ce roi , s'en moqua , leur dit : Vous en verrez bien d'autres, et les avertit de garder leurs larmes pour une autre occasion qui se présenterait bientôt \
La veuve du capitaine Saint-Matthieu conseilla à une Parisienne de quitter Paris. Pourquoi cela ? lui demandât-elle. C'est farce qu avant qu'il soit huit jours , il arrivera de grands malheurs dans cette ville 3.
Le bruit sinistre d'une prochaine Saint-Barthélemi se répandit. Sully se renferma dans l'Arsenal et le mit en état de défense. Les protestants alarmés se barricadèrent dans leurs maisons. Le i7 juillet i6i0, on entendit crier pendant la nuit dans les rues : Aux armes! On voulait produire un mouvement; mais les crieurs furent battus et mis en fuite par la milice parisienne. L'exécution de ce projet sanguinaire fut manquée. « Le peuple, dit TEs- » toile, étoit las et recru des tromperies des grands;
L'auteur de V Art de vérifier les dates ( 1. 1 , p. 668, 5R édit.) dit , d'après Griffet : « On n'a ni l'original de son procès , qui a disparu des registres du parle- » ment , si jamais il y a été, ni la clef de son testament de mort , que le greffier » écrivit de manière qu'il est impossible de lé déchiffrer. »
Si Ravaillac n'eût dénoncé que des gens de son espèce , on aurait publié jusqu'aux moindres circonstances de son procès. Le mystère de la procédure de cet assassin , la soustraction des principales pièces , prouvent que ses complices ou instigateurs étaient des gens puissants ou fort en crédit.
4 Registres manuscrits du parlement, au 20 juin -1614.
2 Journal de Henri IV ', t. IV, p. 72.
3 Idem, t. IV, p. 73.
» étant fait sage par les exemples passés, il n'étoit plus » possible de le faire mordre à cet appât 4. »
Louis XIII , placé fort jeune sur le trône , et dans des circonstances si orageuses, n'était pas, même lorsqu'il eut atteint luge de la virilité , doué d'un caractère propre à commander le calme. Il différait beaucoup de son père, on plutôt ne lui ressemblait en rien : il n'avait point son affabilité conciliante, ces saillies spirituelles, ces manières affectueuses qui caractérisaient éminemment Henri IV, et qui lui valurent l'amitié même de ses ennemis. Son fils, au contraire, dur, brusque, mélancolique , ombrageux , timide , insensible autant que faible et incapable, ne pouvait ni concevoir un projet ni l'exécuter. Il n'eut jamais d'autre volonté que celle des personnes qui le dominaient. On a dit de lui : « // ne dit » pas tout ce qu'il pense; il ne fait pas tout ce qu'il veut; il » ne veut pas tout ce qu'il peut. » 11 connaissait , dit-on , son incapacité; et cette connaissance l'obligea à se soumettre aveuglément aux volontés de ses ministres en faveur.
Sans avoir la généreuse audace de son père, il ne manqua pas de bravoure.
Aucun roi avant lui n'avait tenu de si fréquents lits de justice; et dans ces actes solennels de despotisme, il pro-
* Journal de Henri IV, t. IV, p. f02; 165; 4M , m , etc.
L'Estoile ajoute que le peuple, loin de vouloir servir d'instrument aux projets ambitieux des hommes puissants, chantait tout haut, dans les rues de Paris, le vaudeville suivant :
Vivent le pape et le roi catholique.
Vive Hou r bon avec sa sainte Ligue, Vivent le roi , la reine et son conseil , Vivent les bons et vaillants huguenots , Vive .Sully avec tous ses suppôts.
Vive le diable , pourvu qu'ayons repos.
noncait fidèlement cette même phrase qu'il adressait au parlement : Je suis venu en ce lien sur les occasions qui se présentent; j'ai chargé M. le garde-des-sceaux de vous dire ce gui est de mon intention l.
11 eut des favoris et ne pouvait s'en passer; il les choisissait sans discernement , et les perdait sans regret : il eut même des favorites ; mais ses liaisons avec les demoiselles de La Fayette et de Hautefort n'étaient point de l'amour. Soit vice de constitution, soit timidité de caractère ou principe religieux, on n'a aucune galanterie à lui reprocher; et en ce point, comme en plusieurs autres, il différait entièrement du roi son père2.
1 La nature se montra très-avare pour Louis XIII : elle lui avait refusé une faculté très-nécessaire à un chef de nation, celle de parler avec facilité. Son bégaiement, très-sensible, dut influer fortement sur son caractère et accroître sa timidité naturelle. Un écrivain de son temps, parlant du passage de ce roi dans le Limosin , dit : cr Je lui fis une harangue en pleine campagne. Nous le trouvâ- » mes dans un petit carrosse ayant le fouet à la main et le menoit tout seul. Il » n'y avoit que lui dans ledit carrosse, et quand il fut près de Darnac , il monta j> à cheval , et avoit un manteau d' écarlate. Mon harangue finie , il eut grand'- » peine à nous dire : Tenez-moi cela et je vous serai bon roi , car il ne pouvoit » pas parler qu'avec une grande peine; mais il avoit un fort bon jugement et » étoit adroit à toutes sortes d'exercices. » [Descriptions des monuments ob- » serves dans la Haute-Vienne , par M. Allou, ingénieur, p. 23.)
2 Mademoiselle de Hautefort , favorite de Louis XIII , n'aimait point le cardinal de Richelieu, à qui elle était suspecte. Ce cardinal, dans les brouilîeries qui survenaient entre le roi et la favorite , servait quelquefois de médiateur ; mais il ne jouait ce rôle que pour la perdre dans l'esprit du roi. Un jour il s'éleva entre eux une grande querelle : Louis XIII menaçait mademoiselle de Hautefort de la vengeance du cardinal, comme d'un homme bien plus puissant que lui; il sortit pour lui faire part, dans une lettre, du mécontentement qu'il avait d'elle. Bientôt après , il rentra tenant sa lettre à la main, et lui dit : Voila votre sauce que je Jais à M. le cardinal. Aussitôt mademoiselle de Hautefort arracha cette lettre des mains du roi et voulut s'enfuir. « Ce prince la retint par le bras pour la » lui ôter; elle résista, et la fourra sous son mouchoir de cou, pour la mettre » en sûreté, et ouvrant les bras, lui dit : Prenez-la tant que vous voudrez ci » cette heure ; car elle le connoissoit trop bien pour croire qu'il voulût toucher » en ce lieu-là. Elle ne se trompa point; car il retira ses mains comme du feu ;
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Louis XTÏI régna, mais ce gouverna jamais. Trois hommes , pendant la durée de ce règne , exercèrent successivement le pouvoir suprême, Concini, de Luynes et Richelieu.
Marie de Médicis eut l'imprudence de laisser prendre au Florentin Concini les rênes de l'état. Pendant sept ans que dura sa régence, elle combla cet étranger de richesses et de titres d'honneur; les finances du royaume devinrent sa proie; il excita contre lui la jalousie des princes et seigneurs, et les murmures du peuple. Pour faire cesser ces murmures , il fit élever des potences dans presque toutes les rues et places de Paris : il en existait deux ou trois au bas du Pont-Neuf.
Pendant cet intervalle de temps, Ton vit des intrigues nombreuses pour des objets misérables , des emprisonnements de princes, des états-généraux, des guerres civiles , des duels, des assassinats commis par les premiers seigneurs de la cour ; on vit surtout, dans les classes supérieures de la société, régner l'anarchie et un épouvantable désordre.
Quant à l'éducation du jeune roi, on lui apprenait la musique, la peinture et des jeux d'enfant, on l'instruis
a et , rencontrant le duc d'Àngouléme, il lui conta , tout en colère , ce qui s'étoit » passé. Sur quoi le duc lui donna le conseil qu'il auroit pris pour lui , en disant j) qu'il avoit tort de n'avoir pas mis la main dans son sein pour reprendre la leto trej mais il n'étoit pas capable de recevoir une pareille instruction. » [Mémoires de Montglat, 1. 1, p. 287, 288.)
Cette scène se passa en \ 639 , et Louis XEII avait alors trente-huit ans.
Etant a dîner dans la ville de Dijon , il aperçut une dame dont la gorge élait découverte ; pour ne pas la voir, il baissa un côté de son chapeau , puis, ayant retenu dans sa bouche une gorgée de vin , il la lança sur le sein de celle dame. ( anecdotes des veines et, vilenies de France , par du Radier, t. VI f p. 21)5 , 294.)
sait à former de petites forteresses dans le jardin des Tuileries, à donner du cor et à battre du tambour : on ne lui enseigna jamais le devoir des rois.
Il avait alors pour favori un courtisan nommé Albert de Luynes, homme plein d'ambition , qui, pour la satisfaire, conçut le projet de renverser tous ceux qui gouvernaient et de se mettre à leur place. Voici comment il l'exécuta.
11 irrita le roi contre sa mère, lui fit sentir son état de nullité , lui persuada qu'il ne parviendrait jamais à exercer l'autorité royale tant que cette femme et Concini seraient à la tète des affaires. Le roi approuva son projet, et chargea Vitry, capitaine de ses gardes , de jouer le principal rôle dans son exécution. Le 2A- avril 4617, pendant que Concini, pour se rendre chez la reine, passait sur le pont-dormant qui précédait le pont-levis du Louvre, Vitry, à la tète des gardes du roi, l'attaque et le tue. Le roi , transporté de joie , dit à l'assassin : Grand merci à vous; à cette heure je suis roi! Il le lit aussitôt maréchal de France.
Le corps de Concini , qu'on avait furtivement enterré dans l'église de Saint-Germain-l'Àuxerrois, fut , par une troupe de laquais, déterré le lendemain matin, traîné dans les rues de Paris , divisé en lambeaux que l'on brûla , ou que l'on pendit aux potences qu'il avait fait dresser. On pilla l'hôtel qu'il occupait près du Louvre.
Quelques mois auparavant, la populace et des laquais, à l'instigation de la mère du prince de Condé , avaient pillé et dévasté pendant deux jours l'hôtel que ce malheureux possédait rue de Tournon, depuis appelé hôtel des ambassadeurs, et aujourd'hui hôtel de Nivernais. La
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femme de Concini , nourrice et confidente de la reine , fut décapitée par arrêt du parlement1.
La reine , par ordre de son fils , fut consignée dans son appartement. On fit aussitôt abattre le pont qui conduisait de son cabinet au jardin du Louvre. Elle ne sortit de cette espèce de prison que pour être exilée au château de Blois2.
L'auteur de cette révolution succéda au pouvoir suprême qu'avait exercé Concini. Il eut plusieurs complices, le colonel d'Ornano , Modène, Déageant , Tronçon, Dufey , Marsillac, etc. ; « mais le plus détestable de tous,
1 Au parlement, on eut la sottise de l'interroger sur l'espèce de sortilège qu'elle, avait employé pour se rendre maîtresse de l'esprit de la reine. Je n'en ai point employé d'autre , répondit-elle, que l'ascendant qu'ont les âmes fortes sur les âmes faibles.
2 Les conspirateurs, lorsqu'il s'agit du départ de la reine pour Blois, convinrent que le roi et sa mère se verraient avant leur séparation , et firent mettre par écrit les phrases qu'ils s'adresseraient réciproquement, avec recommandation de ne rien dire de plus. La reine, conformément à son rôle , ouvrit le dialogue , en disant à son fils qu'elle était fâchée de n'avoir pas, pendant sa régence, gouverné son royaume à son gré ; qu'elle y avait apporté tous les soins qu'il lui avait été possible, et finit par lui dire qu'elle était sa très-humble et très-obéissante mère et servante. Le roi , à son tour, récita une phrase par laquelle il remerciait sa mère du soin qu'elle avait pris de l'administration de son royaume, lui dit qu'il en était satisfait, et qu'il serait toujours son très-humble fils.
Là se bornait le dialogue prescrit; mais la reine passa outre , et demanda à son fils (qui avait alors seize ans) une seule grâce, celle d'emmener avec elle Bardin , son intendant. Le roi , qui n'avait point dans son rôle la réponse à cette demande , regarda sa mère la bouche ouverte sans lui dire un mot. Elle renou vêla cette demande, et le roi continua de la regarder sans répondre. Elle revint à la charge une troisième fois, et n'obtint pas une parole. Impatientée, elle donna un baiser au roi, qui lui fit la révérence et lui tourna le dos. (Journal de ma vie, par Bassompierrc, t. II, p. -1 5. — Nouveaux Mémoires de fiassompierre , p. 34 2 etsuiv.)
On voit ici que ce qu'à la cour on nomme étiquette, cérémonial , etc., insulte à la raison , et de plus étouffe , dans le cœur de ceux qui ont le malheur d'y être assujettis y tous sentiments naturels,