‹ Histoire Phsique, Civile Et Morale De ParisChapitre 22 sur 29 · TOME IV. 1À · texte numérisé non relu

TOME IV. 1À

prêche aux protestants, salle que le nonce du pape eut la précaution de purifier et de bénir avant de la mettre en usage.

Bientôt après , les carmes déchaussés, avec les amples ressources qu'ils trouvèrent dans le zèle des âmes dévotes, firent construire , en i6i 5 , un grand et solide bâtiment, et successivement une vaste église, qui, en 4620, fut entièrement terminée.

Ces moines, qui ne portaient point de bas, qui n'avaient que des sandales aux pieds , excitèrent l'enthousiasme des riches dévots et dévotes de Paris. Les bourses s'ouvrirent en leur faveur. Les dons furent si abondants qu'ils purent, outre leur couvent et leur église, faire élever dans leur enclos et sur les rues voisines plusieurs grandes maisons dont leprix de location produisait plus de cent mille francs par an. « Ces richesses , dit M. de Saint-Foix, ne les érioï- » gueillissent pas ; ils continuent toujours d'envoyer des » frères quêteurs dans les maisons1. »

1 Pour ranimer le zèle et se mettre en évidence , ces carmes firent à grands frais et avec beaucoup d'éclat, en 4 652, célébrer la canonisation de sainte Thérèse. Cette solennité, ou plutôt ce spectacle, attira beaucoup de curieux. : le soir, il fut tiré une quantité innombrable de fusées et un feu d'artifice des plus brillants. Il résulta de cette fête nocturne plusieurs désordres. « J'y fus entièrement » brûlée, dit une femme dans une pièce publiée à cette époque; c'est la raison » pourquoi je n'ai pas ôté mon masque en entrant , car je ne suis pas encore gué- » ne... Je ne vis jamais tel désordre, dit une autre ; un de mes frères a eu toute » la face emportée. Je n'ouïs jamais , dit une troisième , parier de canoniser les » saints de la façon; c'est plutôt les canonner que les canoniser... On y a plus » offensé Dieu miile fois qu'on ne lui a fait honneur, dit une autre. Je vous pro- * mets, pour moi, que je n'approuve aucunement ces choses. Combien pensez- » vous qu'il y ait eu de filles enlevées ? Tous les blés des environs étaient ren • b versés ou brûlés... Une autre femme ajoute : Tout l'air voisin et les champs » des environs ont été embrases de leurs fusées. J'ai encore un collet monté , à » cinq étages, qui est entièrement gâté. Encore si on eût allumé le feu à huit

sous LOïjis xi n. 3^9

La dévotion des fidèles ne fut pas la seule mine qu'exploitèrent les carmes déchaussés; ils possédaient le secret de deux compositions dont ils firent un commerce lucratif : le blanc des carmes, blanc qui donnait aux surfaces des murs qui en étaient enduits le brillant d'un marbre poli , et Veau de mélisse , dite aussi eau des carmes. 11 n'était point à Paris de petite-maîtresse qui ne portât un flacon plein d'eau des carmes \

Ce couvent, supprimé en 1790, fut vendu. L'acquéreur en conserva tous les bâtiments. Vers Tan 1808, une. société de femmes dévotes , à la tète desquelles était madame de Soïecourt , se rendirent propriétaires de l'église et de quelques bâtiments, et y firent célébrer l'office divin. Depuis quelques années , dans ce couvent, on a fait succéder aux anciens carmes des carmélites , dont quelques-unes gardent la clôture plus rigoureusement que d'autres ; elles ont établi une grille qui du chœur communique au sanctuaire de l'église.

Cette église, régulièrement construite , est surmontée par un dôme , le premier de cette dimension que l'on construisit à Paris, et dont la calotte fut , pnr Beilholet Flamael , ornée dune peinture représentant le prophète Élie enlevé dans le ciel sur un char de feu , et jetant son manteau à son disciple Elisée. J'ai dit ailleurs que les carmes faisaient remonter très-haut leur généalogie , et

» heures, on n'y eut pas perdu tant de manteaux; tous les écoliers y étaient en p armes. » (La seconde Apres^Dinèe du caquet de V Accouchée, p. ,'>.) Jamais , dit un poète du temps ,

Il ne s'est vu tant de fusées yu'il en fut jeté la soirée De la sainte mère Thérèse.

* La vente de cette eau se continue rue Taranne , n' K S,

34o HISTOIRE DE PARIS

qu'ils considéraient les prophètes Elie et Éiisée comme des moines de leur ordre.

L'intérieur de cette église était orné de quelques monuments sépulcraux. On admirait dans la chapelle de la Vierge, située à gauche du sanctuaire, une Vierge en albâtre , sculptée à Rome par Antoine Raggi , d'après le modèle du cavalier Bernin. Cette belle production de la sculpture fut, pendant la révolution , transférée au musée des monuments français ; on l'en tira pour la placer dans la chapelle de la Vierge à l'église métropolitaine de Notre-Dame. Dans celle des carmes , ou des carmélites, on a remplacé la Vierge d'albâtre par un plâtre moulé sur l'original.

Minimes de la Place-Royale , situés quartier du Marais, rue de la Chaussée-des-Minimes , n° G. C'était un projet résolu , à ce qu'il paraît, quand on ne trouvait pas moyen d'établir un nouvel ordre de religieux dans cette ville, d'y doubler et tripler les couvents du même ordre. 11 existait déjà deux couvents de minimes près de Paris, un à Chaillol, l'autre à Vincennes; on en établit un troisième dans cette capitale, qui eut ses premiers commencements sous le règne de Henri IV , mais n'acquit de la consistance que sous celui de son successeur.

Ces moines, à leur arrivée, occuDèrent un bâtiment et une chapelle contigus à celle de Sainte-Suzanne, situés sur remplacement de l'église de Saint-Roch ; puis , avec les sommes que leur fournit un chanoine de Notre-Dame, nommé Olivier Chaillou, ils achetèrent, en octobre 4609 , une partie du jardin que Louis et Nicolas de Vitry possédaient dans l'emplacement de i ancien hôtel des Tournelles. En janvier i61 0 , Henri IV confirma leur acqui-

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si lion. Alors ils s'occupèrent à y faire construire une chapelle, où , pour la première fois , le 25 mars 4640 . la messe fut célébrée par François Humblaud, co-recteur et provincial des minimes de France. L'emplacement que ces religieux avaient acheté, avant d'appartenir à MM. de Vitry, avait autrefois été momentanément occupé par des hiéronymites , que Henri 111 y avait placés.

Ces minimes trouvèrent bientôt leur église et leur couvent trop simples , trop modestes , et résolurent d'eu faire construire de plus somptueux. Marie de IVlédicis seconda leur dessein , et leur prodigua ses bienfaits, afin d acquérir le titre glorieux de fondatrice de ce monastère.

Le couvent et l'église, projetés sur un plan vaste et magnifique , lurent commencés en 4644 . Cette princesse en lit poser la première pierre, en son nom, par le cardinal Henri de Gondy , le 4 8 septembre de cette année; mais les événements politiques qui agitèrent la France , et dont cette reine fut la victime, retardèrent la continuation de ces travaux. La première pierre du grand autel ne fut posée que le h mai 4630 , et Téglise dédiée que le 29 août 4679.

La structure et la décoration de celte église contrastaient fortement avec l'humilité prescrite à ces moines , qui, en prenant la dénomination de minimes, s'étaient déclarés les moindres , les derniers des hommes. Ils renoncèrent sans efforts à cette humilité originelle, et virent avec satisfaction la magnificence de cet édifice rivaliser avec celle des plus fastueuses églises de Paris \

Le portail , formé de deux ordres, le dorique et le

1 On a quelquefois abuse du vrai sens de ce mot minime. Des moines do < i I ordre ont prétendu que. Jésus avait désigné les minimes lorsqu'il dit qu'il comptera comme fait à lui-même le bien que l'on fera au |>lus peut des liens, quod uni

3 l\i histoire de paris

composite, était l'ouvrage du célèbre François Mansard. Dans le tympan du fronton , on voyait un bas-relief représentant Sixte IV et ses cardinaux , ordonnant à François de Paule de se rendre aux désirs du superstitieux Louis XI , roi de France.

Le grand autel , décoré de six colonnes corinthiennes de marbre de Dinan, avait pour tableau une descente de croix , copiée d'après celle de Daniel Volterre , qui se voit dans l'église de Rome.

Les diverses chapelles qui entouraient la nef étaient ornées de tableaux de grands maîtres , tels que Youet , La Hire, Coypel , L'Argillière . etc. La plupart d'elles renfermaient des monuments funèbres plus ou moins magnifiques , de personnes distinguées : celui d'Edouard Colbert, un des plus beaux ouvrages de Coustou l'aîné: ceux du duc de La Vieuvilîe, du président Le Jai , de Charles Le Jai , du docteur et savant Jean Delaunoy , surnommé le dénicheur de saints ' ; d'Abel de Sainte-Marthe , garde de la bibliothèque de Fontainebleau.

ex minimis meis fecislis , c'est-à-dire, suivant ces pères, les dons que Von fera à mes minimes.

On raconte qu'un jésuite , passant en carrosse devant un minime à pied , l'apostropha par cet impromptu :

Minime, minime, semper miniums eris.

Le minime lui rappela que son faste était opposé aux principes de l'Évangile , en lui disant :

Jesuila,jesuUa, non Jésus ibatiia.

* Jean Delaunoy disait a ceux qui le qualifiaient de dénicheur de saints : Je ne chasse point du paradis les saints que Dieu y a placés , mus bien ceux que l'ignorance et la superstition y ont introduits. M. le président de Lamoignon l'intercédait en faveur de saint Yon, patron d'un de ses villages. Quel mal pourrais-je lui faire ? répondit le docteur; je n'ai pas l'honneur de le connaître.

SOI ^ LOUIS XIII. 3zp

Une chapelle contenait les monumenls en inarbre de deux bâtards royaux , de Diane, duchesse d'Angoulème, fille de Henri II, et de Charles de Valois, d'abord comte d'Auvergne , puis duc d'Angoulème , fameux dans son temps par ses débauches , sa légèreté , ses lâches conspirations contre Henri IV, son bienfaiteur, et par sa longue détention à la Bastille.

Ces tombeaux , plus intéressants par les travaux des artistes qui les ont exécutés que par les personnages dont ils attestent l'existence passée , furent transférés au musée des monuments français.

La suppression de ce couvent s'opéra en 1790 ; l'église fut démolie en 1798; et sur son emplacement on a prolongé la rue de la Chaussée-des-Minimes, et transformé les autres bâtiments du couvent en caserne de gendarmerie-infanterie.

Jacobins de la hue Saunt-HûiNoué, cou\ent situé sur remplacement du marché qui porte ce nom. Quoiqu'il existât déjà un ancien couvent de cet ordre à Paris, on le crut insuffisant; on en fonda deux autres.

Sébastien Michaelis, général des jacobins, présidant le chapitre général de Tordre de Saint-Dominique qui , en \6\i , se tinta Paris, dit qu'il voyait avec douleur le relâchement et le désordre introduits dans la plupart des maisons des jacobins de France. Il proposa , pour y remédier , rétablissement d'un nouveau couvent de ces moines à Paris, couvent qui serait assujetti à la réforme. Cet établissement était préparé de longue main , et le général avait amené d Italie cinq frères jacobins qui devaient former le noyau de la communauté projetée. Il demanda au roi et à la régente la permission de faire cet

établissement; la cour de France ne savait rien refuser aux moines. Cette permission fut accordée par lettrespatentes de septembre 4 6ii , enregistrées le 2o mars -16-15. L'évèque de Paris donna 50,000 livres pour les frais de construction du couvent et de l'église, et ce fut sur un enclos contenant environ dix arpents qu'on éleva ces édifices.

L'église, comme toutes les autres, était ornée de peintures et de tombeaux; on y remarquait quelques ouvrages des peintres Porbas, Rigaud, Nouasse; et , parmi les monuments sépulcraux , on distinguait celui du maréchal de Créqui, exécuté par Coustou Faîne et Joli, d'après les dessins de Lebrun; celui de Pierre Mignard , dit le Romain, peintre célèbre, mort en -1695, âgé de quatre-vingt-cinq ans. La comtesse Feuquières , sa fille , y était représentée à genoux, priant Dieu pour son père; elle avait quatre-vingt-deux ans lorsque l'artiste dessina son buste pour ce tombeau , et conservait encore à cet âge les traits de la beauté. Ce tombeau , ouvrage de Lemoine et Desjardins, a été, ainsi que celui du duc de Créqui , transféré au musée des monuments français.

La bibliothèque de ce couvent fut d abord peu considérable. Pour déterminer la cour à la rendre plus complète , les jacobins s'avisèrent de la dédier au dauphin Louis , fils de Louis XIII , au moment de sa naissance , et firent, en conséquence, placer au-dessus de Tentrée de cette bibliothèque l'inscription suivante : Ilœc principi Delphino bibliothecadicata fuit , die nativitatis ejus, 5 scptembris "1658. Moyen nouveau, ruse monacale et adulatrice qui n'eut aucun succès. Cette bibliothèque fut accrue par le don qu'en 1689 fit à ce couvent un docteur de Sorbonne appelé Piques. Elle se trouvait ,

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dans les derniers temps, composée d'environ trente mille volumes.

La salle de cette bibliothèque servit aux séances de la fameuse société des Amis de la Constitution, qui, à cause du couvent, reçut le nom de société des Jacobins. Il en sera parié en son lieu.

Ce couvent fut supprimé en 4790; dans la suite, les bâtiments furent démolis, et, sur leur emplacement, ainsi que sur celui de leur jardin , on a , en 1 810 , établi un marché, depuis longtemps désiré en ce quartier, appelé d'abord Marché des Jacobins , puis Marché de Saint- Honoré. La rue qui y conduit porte ce dernier nom.

Jacobins du facbourg Saunt-Germain, couvent situé entre les rues du Bac et de Saint-Dominique , dont l'église est aujourd'hui l'église paroissiale du dixième arrondissement, sous le vocable de Saint-Thomas-d'Aquin.

Nicolas Radulphi, général des jacobins, muni d'un bref du pape, du 20 août 4629, vint à Paris, accompagné de quatre religieux de son ordre, pour solliciter auprès de Louis XIII la permission d'établir un troisième couvent de jacobins dans cette ville. Ce roi, toujours disposé à faire la volonté du pape et des moines, consentit, par ses lettres-patentes de juillet 4 052, à cet établissement , qui devait porter le titre de Noviciat général de l'ordre de Sain t-D 0 miniqu e en France .

Le parlement, qui commençait à craindre le résultat d'un accroissement inconsidéré de monastères dans une ville qui en était déjà surchargée , opposa quelque résistance à rétablissement de celui-ci ; cependant, en 4652, il vérifia les lettres-patentes; mais I année suivante il ordonna que ces lettres seraient communiquées à lar-

3/j6 HISTOIRE DE PARIS

ehevêque de Paris, au prieur du grand couvent de la rue Saint-Jacques, pour donner leur avis sur cet établissement.

Les nouveaux jacobins n'attendirent pas cette décision , ni même l'expédition des lettres du roi ; ils vinrent, dès ^6>o\ , malgré le parlement , occuper un local déjà disposé pour eux, local alors rempli de jardins , et dont la surface contenait environ neuf arpents.

Le parlement dut se taire sur la conduite illégale de ces moines : ils étaient protégés par le cardinal de Richelieu, qui avait si souvent humilié et asservi cette cour.

Cet établissement fut d'abord simple et modeste : ces moines se contentèrentdebâtimentsnécessaires.d'unechapelle conforme à l'humilité des premiers chrétiens ; mais bientôt, enorgueillis par la protection du fameux cardinal , enrichis de ses dons et de ceux de plusieurs fidèles croyants, ils ambitionnèrent des bâtiments plus fastueux. A leur petite chapelle , ils firent succéder un magnifique bâtiment, élevé sur les dessins de Pierre Bulet, dont la première pierre fut posée le 5 mars 4682, et qui ne fut achevé qu'en \ 740. Pendant cet intervalle de cinquante-huit ans, les jacobins se virent obligés , pour fournir aux frais de cette construction , d'intéresser la générosité des dévots, de faire des quêtes et même des emprunts.

Cet édifice est digne de l'artiste habile qui en a donné les dessins. Une ordonnance de colonnes doriques , surmontée d'une autre de colonnes ioniques, caractérise sa façade.

A l'intérieur de cet édifice, qui a dans œuvre vingtdeux toises de longueur, règne l'ordre corinthien. Cet intérieur était autrefois, suivant l'usage, orné de tableaux et

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de monuments sépulcraux, qui disparurent après \ 790, époque où le couvent fut supprimé. Les plus remarquables furent transférés au musée des monuments français.

Cette église des Jacobins, par l'effet du concordat du 9 avril 1802, fut érigée en église paroissiale du dixième arrondissement, sous le vocable de Saint-Thomas- d' Aquin. Elle conserve encore l'intégrité de son architecture et même de ses principaux ornements, tels que la Gloire placée au-dessus de l'autel principal , autrefois dorée , aujourd'hui colorée en grisaille, et les peintures du plafond du sanctuaire, qui représentent la transfiguration de Jésus , grand ouvrage de Lemoine , etc.

A droite de la croisée est une chapelle dédiée à saint Vincent de Paule; au-dessus de l'autel, on voit, dans une niche , la figure de cet homme bienfaisant recueillant les enfants nouveau-nés qui sont à ses pieds.

Plusieurs tableaux sont placés dans celte église; quelques-uns ont du mérite. Le plus remarquable est de l'école moderne; on le voit à gauche en entrant dans l'église; il représente Jésus descendu de la croix, entouré des saintes femmes. C'est un ouvrage de M. Guillemot.

Les bâtiments du monastère des jacobins ont, depuis le temps de la Convention, été destinés au musée d'artillerie, , dont je parlerai.

Bénédictins anglais, couvent situé rue Saint-Jacques , n° 269, entre le Val-de-Grâce et l'impasse des Feuillantines. Par suite du schisme que Henri VIII fit naître en Angleterre, des religieux bénédictins de ce royaume vinrent se réfugier en France. Marie de Lorraine, abbesse de Chellcs, en fit venir six à Paris , qu'elle établit en 1615 au collège de Moritaigu; puis elle les en tiré pour les placer dans une maison du faubourg Saint-

Jacques. Elle voulut ensuite les transférer ailleurs ; mais ces bénédictins, ennuyés de ces changements, résistèrent aux caprices de cette abbesse, qui , irritée , leur retira sa protection et discontinua ses libéralités. Ces religieux n'eurent pas un sort plus stable; toujours livrés à la merci de leurs protecteurs , ils furent encore condamnés à de nouveaux déplacements.

Le 'chef de la congrégation des bénédictines anglaises vint à leur secours. Il les logea dans une maison de la rue de Vaugirard; puis il les transféra rue d'Enfer, dans une autre maison qu'ils occupèrent en 1652, où, avant eux, avaient demeuré des religieuses feuillantines. Enfin le P. Gifford, devenu archevêque de Reims, leur acheta, en A6UQ , trois maisons, situées rue Saint- Jacques, où ils purent invariablement se fixer. Ils commencèrent par y construire une chapelle, et par s'y procurer les logements les plus nécessaires. En "1674, le prieur de cette communauté, le P. Joseph Shirburne, eut le moyen de procurer à ses religieux des logements plus commodes ; il fit démolir les anciens bâtiments, et élever à leur place un édifice régulier et somptueux, ainsi qu'une église analogue, qui fut entièrement construite en -1677.

Cette église contenait le corps du malheureux Jacques II , roi de la Grande-Bretagne , mort à Saint-Germain-en-Laye , le 6 septembre 1701 y et celui de Marie Stuart, sa fille , morte le -18 avril \1\^. Ce roi , détrôné pour les crimes que lui firent commettre les jésuites, et sans doute éclairé par le malheur, apprit à mépriser les vanités mondaines ; il voulut qu'aucun faste n'accompagnât ses funérailles, et que son tombeau ne lut distingué que par celte simple épitaphe :

Cl G1ST JACQUES II, HO! DE LA GRAKDE-BRETAGÎiE.

sous lotus xi rr. 349

Ce couvent fut supprimé en 4 790; et dans ses bâtiments , devenus propriété particulière j s'est établie une filature de coton , au n° 269.

Oratoire, communauté de prêtres située rue Saint-Honoré , entre cette rue et le Louvre. Le \\ novembre \ 61 \ , M. de Bérulle, fondateur des Carmélites et depuis nommé cardinal , réunit cinq prêtres savants, de moeurs pures, et les plaça à l'hôtel du Petit-Bourbon , rue du Faubourg- Saint-Jacques, là où fut depuis élevé le bâtiment du Val-de- Grâce. Ils n'y restèrent pas longtemps. Le 20 janvier \ 61 6, M. de Bérulle acquit de la duchesse de Guise l'hôtel Du Bouchage, hôtel fameux par le séjour qu'y fit Gabrielle d'Estrées, et où Henri IV fut frappé par la main de Chastel .

Le 22 septembre 4621 fut posée la première pierre de l'église que Ton voit aujourd'hui, et dont la construction fui terminée en 4650. La façade du côté de la rueSaint- Honpré, bâtie en 4 745, fut reconstruite en i 774.

Cette église est vaste , et d'une forme pareille à toutes celles que l'on bâtissait alors à Paris. On y voyait des tableaux et des sépultures. La quatrième chapelle à gauche offrait une Adoration des Mages, peinte par Vouet, et le monument funèbre, orné de figures en marbre, de Nicolas du Harlay, sieur de Sancy. Ce fut contre lui que d'Àubigné composa une satire ingénieuse et sanglante, intitulée la Confession de Sancy, et dans laquelle , entre autres reproches, il lui fait celui d'avoir changé de religion chaque fois que son intérêt le commandait; ce qui fit dire à Henri IV, qui n'avait pas le droit de plaisanter sur cette matière, qu'il ne manquait à Sancy que le turban.

Dans une autre chapelle était le tombeau en marbre du cardinal de Bérulle, fondateur, mort le 20 octobre

35o HISTOIRE DE PARIS

4629 : ce tombeau et la figure à genoux du prélat étaient la production du ciseau de François Anguier.

Le principal autel, qui séparait la nef du chœur, était couronné par un baldaquin et une gloire soutenus par quatre colonnes de marbre , avec des chapiteaux de bronze doré. Presque tous les grands autels des églises de Paris offraient ce même genre de décoration : les artistes ne savaient, à cet égard, rien imaginer de nouveau.

La bibliothèque était composée de près de trente mille volumes.

Les oratoriens ne faisaient point de vœux ; leurs règlements laissaient aux agrégés autant de liberté qu'il en fallait pour que le bon ordre ne fût pas troublé. L'avocat-général Talon caractérise avec justesse cette congrégation , en disant : C'est un corps où tout le monde obéit, et où personne ne commande; et Bossuet, dans Toraison funèbre du P. Bourgoin , troisième général de celte congrégation, dit : «Congrégation à laquelle le fondateur » n'a voulu donner d'autre esprit que l'esprit même » de l'église , d'autres règles que les saints canons , » d'autres vœux que ceux du baptême et du sacerdoce , » d'autres liens que ceux de la charité. » Cette institution, aussi sage que nouvelle, où le règlement était le seul maître, est devenue une source de lumières et de bonnes mœurs. Aussi quels exemples ont donnés les membres et les partisans de cette société célèbre ! Je ne crains pas d'avancer que le haut degré de leur instruction, la pureté de leurs mœurs, et la longue lutte qu'ils ont soutenue contre une société fameuse, dirigée par des hommes corrompus et corrupteurs, ont puissamment contribué à l'épuration des mœurs, aux progrès des connaissances humaines et de la civilisation.

SOUS LOUIS xin. 35 1

Les oratoriens , ainsi que toutes les autres congrégations religieuses, furent supprimés en i792. Leur église servit, pendant quelques années, aux assemblées du district et de la section du quartier. Elle fut, en i80â , concédée aux protestants de la confession de Genève , qui y célèbrent leur culte.

Séminaire des Oratoriens , situé rue du Faubourg- Saint-Jacques , nosâ54, âo6, 258. J'ai dit pourquoi les bénédictins de l'abbaye de Saint-Magloire furent transférés dans la maison de Saint-Jacques-du-Haut-Pas \ Ces bénédictins, qui s'y trouvaient en petit nombre, tenaient une conduite peu régulière : c'est ce qui détermina , en 'loi 8, Henri deGondy, évèque de Paris, à les supprimer, et à établir dans leurs maisons un. séminaire dirigé par les prêtres de l'Oratoire. 11 fut le premier séminaire fondé à Paris ; par la suite, il devint considérable , et s'est maintenu jusqu'en 4 792, époque de sa suppression. Les bâtiments ont depuis été concédés à l'institution des Sourds- Muets. ( Voyez cet article.)

Capucins de fauroerg Saint-Jacques, couvent situé place des Capucins. Déjà il existait un couvent de capucins : celui-ci fut le second; et bientôt après, il s'en établit un troisième. Ce couvent doit son origine à la libéralité de Godefroy de La Tour, qui , par son testament du 27 avril 4615, légua une grande maison et un jardin qui lui appartenaient au faubourg Saint-Jacques. De la grange de cette maison on fit une chapelle , qui servit aux capucins jusqu'à ce que le cardinal de Gondy, évèque de Paris } fournît des fonds nécessaires à la construction d'un monastère et d'une église.

4 Voyez ci-dessus Hôtel de Soîssons , et Saint'Jcnques-du-Haut-Pi< i .

'55l HISTOIRE DE PARIS

Le 1 5 septembre \ 785, ce couvent étant supprimé, les capucins qui l'habitaient furent transférés avec cérémonie dans la capucinière de la Chaussée-d'Àntin , rue Sainte- Croix, dont je parlerai en son lieu.

Les bâtiments et jardin des capucins du faubourg Saint-Jacques ont . en i 784- , été consacrés à Y hôpital des vénériens. ( Voyez cet article.)

Capucins du Marais, couvent situé rues du Perche et d'Orléans , quartier du Mont-de-Piété , dont l'église est aujourd'hui sous le vocable de Saint-François-d'Assise.

Le P. Àthanase Mole, syndic des capucins, appuyé sur le crédit de son parent Mathieu Mole, entreprit, en i622, de fonder à Paris un troisième couvent de ces moines mendiants. Il acheta remplacement du jeu de paume de la rue d'Orléans, et y fit construire une capucinière. L'église était décorée de deux tableaux de La Hire, dont Tun, place sur le grand autel , représentait l'adoration des bergers.

Ce couvent étant supprimé en 1790, les bâtiments et jardins devinrent propriétés particulières ; mais l'église a , par l'effet du concordat de l'an i 80â , été érigée en seconde succursale de la paroisse de Saint-Merri , 7e arrondissement.

Congrégation des prêtres de la Doctrine Chrétienne , située rue des Fossés-Saint-Victor, n° 57. César de Bus avait, en 4 56â , institué cette congrégation , et plusieurs établissements de cette règle existaient déjà dans les provinces, lorsque Jean-François de Gondy, premier archevêque de Paris, reçut en 4628, dans cette capitale, quelques membres de cette congrégation , sans doute envoyés par ordres supérieurs. Antoine Vigier, chef de

sous loijjs xiii. 35°>

ces prêtres, ayant, le iG décembre 4G27, acheté de Julien Joly une vieille et spacieuse maison, appelée Y 'hôtel de Verberie, y lit construire le bâtiment qui existe aujourd'hui, qu'on nomme la maison de Saint-Charles , et qui devint chef-lieu de la congrégation. Cette congrégation avait pour objet de former des séminaires pour l'instruction des jeunes gens qui se destinaient au sacerdoce.

L'église de celte congrégation était dédiée à saint Charles- Borromée. Sur le grand autel on voyait un beau tableau peint par Vouet, représentant ce saint offrant sa vie à Dieu pour le salut des pestiférés.

La bibliothèque , léguée par Jean Miron, docteur de la maison de Navarre , était belle , et ouverte au public les mardis et vendredis.

Cette maison , supprimée le 5 avril 4 792, devint propriété particulière.

Les prêtres de la Mission , établis dans la maison de Saint-Lazare, rue du Faubourg-Saint-Denis. Le projet de confier à des prêtres l'instruction du peuple fut conçu en A6\7 par le comte de Joigny, qui, d'accord avec son frère de Gondy, évêque de Paris, en commença l'exécution. On destina le bâtiment du collège des Bons-Enfants de la rue Saint-Victor, dont j'ai parlé , au premier établissement de ces prêtres, et Vincent de Paulc en fut nommé principal et chapelain. Le G mars \65LU , ces prêtres y furent installés : mais les bâtiments se trouvaient en trèsmauvais état. Pour éviter les frais de plusieurs réparalions, l'archevêque de Paris, vu 4632, transféra ces prêtres dans la maison de Saint-Lazare, où ils restèrent jusqu'au temps de leur suppression.

Ces prêtres furent chargés de recevoir dans leur niai-

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son de Saint-Lazare , conformément à l'ancienne institution de cette maison j les lépreux de la ville et des faubourgs : ils étaient de plus tenus de faire des missions dans les villages du diocèse, d'instruire les enfants, et de préparer les jeunes ecclésiastiques à l'ordination.

Cette maison fut le chef-lieu de la congrégation. Les ecclésiastiques et les séculiers venaient y faire des retraites , et Ton y renfermait les jeunes gens débauchés , à la demande de leurs parents. Insensiblement on donna de l'extension à celte dernière destination : les prêtres et les séculiers d'un âge mûr y furent emprisonnés en vertu d'ordres arbitraires. Ainsi cet établissement avait diverses destinations : il était à la fois hôpital, école, prison et retraite. Chacun de ses établissements avait ses bâtiments particuliers.

A l'extrémité de l'enclos Saint-Lazare , et sur la rue du Faubourg-Saint-Denis , est un bâtiment appelé le Séminaire Saint-Charles : il était destiné aux prêtres convalescents, ou à quelques ecclésiastiques en retraite \

Collège des Jésuites, dit Collège de Clermont, situé rue Saint-Jacques. J'ai déjà parlé plusieurs fois de ce collège et de la conduite des jésuites; j'ai exposé les motifs infamants de leur expulsion de Paris et de la France au 29 décembre i594; les motifs non moins infamants de leur rappel, qui fut ordonné le â janvier 4604-, et auquel Henri IV se détermina uniquement pour détourner de son sein les poignards de ces pères , qu'il redoutait : Mais, en les rappelant, ce roi ne leur permit ni de rouvrir leur collège, ni d'enseigner la jeunesse. Ce ne fut qu'en 4618 , sous le règne de Louis XIII, règne si favo-

4 Voyez l'article Saint-Lazare , t. I , p. 420.

2 Voyez ci-dessus Collège de Clermont: Pyramide élevée contre les jésuites.

SOUS LOUIS Xlll.

rabie aux institutions monacales, que cette permission leur fut accordée.

Délivrés de toutes entraves, les jésuites s'occupèrent de la reconstruction de leur collège de Clermont. La première pierre de cet édifice fut posée le 1er août 1628 : ce vaste, mais peu commode bâtiment fut élevé sur les dessins d'Augustin Guillain, architecte de la ville. Les jésuites augmentèrent, en 1 682, l'étendue des bâtiments et de leur enclos, en faisant l'acquisition d'une ruelle et des collèges de Marmoutier et du Mans.

Louis XIV, qui croyait plus qu'il ne savait, et qui eut toujours des jésuites pour confesseurs, exerça sa munificence envers cette maison, et l'enrichit de ses dons. Alors, en habiles courtisans, ces pères firent éclater leur reconnaissance pour leur bienfaiteur présent et leur ingratitude pour leur bienfaiteur passé : ils donnèrent à ce collège le nom du roi qui les enrichissait, et lui ôtèrent celui du prélat qui les avait fondés.

Ce collège , depuis son origine , avait toujours porté le nom de Clermont, qui lui rappelait Guillaume Duprat , évèque de cette ville , leur fondateur : en conséquence , sur le portail de cette maison on lisait l 'inscription suivante :

COLLEGICM f-LAROMOMAMM SOCIETATIS JESUS

En 'I67£, Louis XIV, invité par ces pères à venir assister à une tragédie représentée par leurs élèves, s'y rendit, fut satisfait de la pièce, qui contenait plusieurs traits à sa louange, et dit à un seigneur qui lui parlait du succès de cette représentation : Faut-il s'en étonner? c'est mon collège. Le recteur, attentif à toutes les paroles du roi, saisit celle-ci. Après le départ du monarque, il

lit enlever l'ancienne inscription, et, pendant toute la nuit, des ouvriers furent employés à graver sur une table de marbre noir ces mots en grandes lettres dor :

COLLEGIIM LUDOVIC! MAGN1.

Le lendemain matin , cette inscription nouvelle remplaça lancienne. Depuis cette époque jusqu'en 1792, ce collège porta le nom de Louis-ie-Granc! .

Cet acte d'ingratitude etd'adulation fut, dans le temps, vivement relevé par le distique suivant :

Susluh't hinc Jesum posuitque insignia legi's Impia gens , alium nescit habere deiun ' .

Les jésuites furent supprimés en i 762, et chassés pour la seconde fois de Paris et de la France en -17652 : alors

* Voici la traduction on prose : a Tu oies le nom de Jésus pour y substituer » les armes et Iz nom de Louis : tu ne connais, o race impie ! d'autre divinité que » ce roi. » Voici une autre traduction en vers :

La noix fait place aux lis , et Jésus-Christ au ro» ; Louis , 0 race impie , est le seul dieu chez toi.

Un élève de ce collège, âge" d'environ seize ans, composa ce distique latin ; il

fut mis à la Bastille, puis à la citadelle de l'île Sainte-Marguerite , ensuite réintégré à la Bastille. Tl fut prisonnier pendant trente et un ans.

2 Après cette expulsion des jésuites, des écoliers qui avaient entendu parler des cachots de ce collège firent , pour les découvrir , de» recherches qui les menèrent au-dessous de l'escalier du bâtiment destiné à l'infirmerie. Ils trouvèrent une porte qui menait à un caveau voûté , éciairé et servant d'atelier au menuisier de la maison. Un jour de (été où le menuisier était absent et la surveillance des maîtres en défaut, ces écoliers , armés de bâtons et de flambeaux, pénètrent dans le caveau, frappent le sol, et reconnaissent qu'en un certain endroit il résonne sous leurs coups. Ils remuent la terre , découvrent une trappe en bois , la lèvent avec peine, aperçoivent un bel escaiier, le descendent et se trouvent dans une vaste salle voûtée, Fdje était bordée d'environ di\ caveaux aussi voûtés . de sept

.SOUS LOUIS Mil. )jr

on t.ansiéra dans leur collège celui de Lisieux, ainsi que l'université, qui y tint ses assemblées.

En 1792, organisé sous une forme nouvelle, il reçut le nom de Collège de l'Égalité ; en 1800, celui de Pnjtanée; en 4 802, on l'appela Lycée impérial. On lui rendit , en 4 84^, le vieux nom que les jésuites lui avaient donné; et il porte encore aujourd'hui la dénomination de collège de Louis-le-Grand .

Augustins déchaussés ou Petits-Pères, couvent et église situés à l'angle du passage des Petits-Pères et de la rue Notre-Dame-des-Victoires, aujourd'hui église succursale dile de Notre-Dame-des- Victoires. Marguerite de Valois , première femme de Henri IV, avait fondé dans l'enclos de son hôtel, au faubourg Saint-Germain , un couvent d'auguslins déchaussés : elle s'en dégoûta, les renvoya en 4612, et les remplaça par des augustins chaussés1. Ces moines expulsés, après avoir erré en divers lieux, s'associèrent quelques autres moines du même ordre, et obtinrent, le 49 juin 4 620, de l'archevêque de Paris, la permission de fonder un couvent d'augustins déchaussés. Ils s'établirent d'abord hors de la porte Montmartre , près la chapelle de Saint-Joseph : s'y trouvant peu

à huit pieds de longueur , garnis chacun d'un fort anneau de 1er scellé dans le mur.

La voûte de la salle était soutenue, au milieu , par un gros pilier dont les quatre faces présentaient autant d'anneaux de 1er.

A la voûte ils virent une ouverture étroite , fermée par une grille en fer. Par cette ouverture, la seule qu'ils aient aperçue dans ce souterrain, on descendait évidemment la nourriture destinée aux malheureuses victimes. Ce souterrain , privé de toute lumière, était les oubliettes , ou le vade in puce , M usage autrefois dans les prisons illégales et religieuses. Les jésuites, juges, parties et exécuteur! , y plongeaient leurs confrères juges coupables ou dangereux.

' Voyez ci-defsua Parficle Petits" Au sustim

commodément, ils acquirent en ^1628 un terrain de près de huit arpents, joignant le Mail; et le 9 décembre 1629, le roi posa la première pierre de leur église , et voulut quelle portât le titre de ISolre-Dame-des-Yictoires , en mémoire des tristes victoires qu'il avait remportées sur les Français protestants.

Dans la suite, ces augustins, tout déchaussés qu'ils étaient, ne trouvèrent pas leur église assez belle. En 4656, ils entreprirent d'en construire une nouvelle, plus vaste et plus somptueuse. Mais ils avaient trop présumé de leurs ressources. Cet édifice resta longtemps imparfait, faute de finances; les travaux n'en furent repris qu'en 1737, et terminés en 4 740 : la précédene église servit de sacristie à la nouvelle.

Cet édifice fut élevé sur les dessins de Cartaud. L'intérieur est dune belle simplicité. On v vovait des tableaux de Bon Boulogne , de Gailoche , de Carie Vanîoo, de La Grenée jeune, etc. , une statue de saint Augustin , par Pigalle ; les tombeaux du marquis et de la marquise de L'Hôpital1.

Frère Fiacre, moine de cette maison, et considéré comme un saint, fut inhumé dans cette église. Ce frère fut si révéré après sa mort , que la gravure de son portrait était collée sur toutes les voitures de place comme un préservatif de malheur. C'est de cette superstition qu'est venu le nom de fiacre, que portent encore les voitures de place à quatre roues. Ce saint Fiacre prédit, dit-on, à Anne d'Autriche, épouse de Louis XIII, qu'elle aurait un fils : en considération de cette prophétie, qui ne tarda

4 Plusieurs tableaux remarquables ornent îe chœur de cette église. Dans l'une des chapelles on voit un monument élevé à la mémoire du célèbre musicien J.-B. Lu!li, (B.)

SOI S LOI IS Mil. 3*}q

pas à s'accomplir, cette reine fit .vœu de faire construire dans cette église une chapelle à ISotre-Dame- dc-Savonc. Elle ne tint pas sa promesse ; mais son fils Louis XIV, sous le ministère de Colbert, accomplit ce vœu. Ainsi, la statue de Notre-Dame-de-Savone , qui devait son culte aux visions d'un paysan des états de Gènes , dut sa chapelle , dans l'église des Petits-Pères , à la prophétie de frère Fiacre.

La bibliothèque, composée de bons livres et d'une collection presque complète de tous les journaux, était, ainsi que le réfectoire et la grande galerie, ornée de tableaux de Lafosse, de Louis Boullongne , de Galloche et de Piigaud.

À coté de la bibliothèque se trouvait le cabinet d'antiquités, composé d'objets précieux, dune collection de médailles et de médaillons , et orné des tableaux des plus grands maîtres, tels qu'un tableau représentant Bélisaire , par le Guerchin , une Sainte Famille, par André del Sarte, deux tableaux de Wouvermans, deux de Panini , une Vierge de Stella, Diogène et Heraclite, par leValentin, etc.

Les augustins, dont le couvent, par l'accroissement de Paris , se trouva bientôt placé au centre d'un quartier riche et populeux, commencèrent à rougir de leur longue barbe, qui n'était plus à la mode; en outre, il leur parut indécent de se montrer en public les jambes nues et les pieds garnis de sandales, tandis que leurs voisins étaient élégamment chaussés. Dans cette situation pénible, ils s'adressèrent au pape, et dépêchèrent auprès de lui le père Eustachc, qui s'acquitta de celte mission importante avec l'intelligence d'un habile négociateur. 11 obtint de P>enoîtXlIl un bref, du 27 janvier \ 726 , qui permettait aux augustins de se conformer au chant grégorien do

36b HJSToiiiJt m: FAJU^

porter un capuce rond et de se faire la barbe. Les auguslins, voulant éterniser un aussi grand service, firent placer dans leur galerie le portrait du père Eustache , peint par le célèbre Rigaud.

Ces augustins , alléchés par cette permission , en désirèrent une autre, celle de porter des bas et des souliers. Ils envoyèrent une seconde ambassade à Rome, qui parvint à obtenir de Benoît XIV un bref, du 1 er février \ 7&6 , approuvé par lettres-patentes du roi du i avril suivant, qui accorde aux augustins de Notre-Dame-des-Victoires la faculté de porter des bas et des souliers.

Ces moines devinrent riches : ils vendaient jusqu'à mille francs la toise carrée des parties de leur enclos, sur lesquelles on éleva des maisons. Les richesses corrompirent leurs mœurs et les plongèrent dans une extrême dissolution. Dans les Nouveaux Mémoires de Dangeau on en trouve la preuve déplorable. Voici ce qu'on lit sous la date du 7 janvier 1 707 : « On veut établir une grande ré- » forme dans les petits-pères à Paris; et on en a chassé » plusieurs qui menoient une vie un peu scandaleuse. » Ces petits-pères avoient des portes par où ils entroient )> et sortaient sans être vus, et y faisoient entrer des » femmes. Ils avoient des chambres et des lits où rien ne » manquoit, jusqu'aux toilettes, et ou y faisoit bonne » chère : à la lin le roi y mit ia main '. »

Supprimés en A 790 , leurs bâtiments furent conservés ; F église servit de local à la Bourse de Paris. En I802, elle l'ut choisie pour être la première succursale de la paroisse de Saint-Eustache , sous le titre de Noire-Dame- des- \ ictùires.

1 Nouveaiùc Mémoires de Dangeau , publics par M. Lémontey, p. 180.

SOI > LOUIS XIII. 3uL

Les bâtiments du couvent sont occupés par la mairie du troisième arrondissement

B.uun ; .4 bit es , couvent situé dans la Cité , place du Palais-de- Justice. Des religieux de ce nom , favorisés par Louis XIII , s'étaient, dés le mois de mars 4622 , établis en France. Henri de Gondy , évèque de Paris , voulut en fonder un couvent en cette ville ; mais il éprouva divers obstacles qui retardèrent jusqu'en 4629 P exécution de cet utile projet. Alors on vit des barnabites arriver à Paris et se loger d'abord rue d'Enfer, puis -au Marais; enfin , en 1651 , l'archevêque de Paris , malgré les vives oppositions que firent au mois de juin de cette année le curé de Saint-Eustache et tous les curés des paroisses de la Cité, les mit en possession du prieuré de Saint-Eloi, dont j'ai parlé \

Ce prieuré ne consistait qu'en une église qui menaçait ruine , et en vieux bâtiments depuis longtemps abandonnés. Les barnabites eurent de grandes réparations à v faire; ils furent obligés d'exhausser considérablement le sol de l'église , dans laquelle on ne pénétrait qu en descendant dix-huit marches; preuve à joindre à plusieurs autres de l'exhaussement considérable du sol delà Cité.

L'église que ces moines tirent reconstruire resta imparfaite. La façade, élevée sur les dessins de Cartaud, fut terminée en 4704. L'intérieur ne contenait rien de remarquable.

Les barnabites furent supprimés en 4790: les braiments de leur église etdu couvent servent, depuis 4844, de dépôt de la comptabilité g ennuie du royaume,

1 Vo\e- tom, I", |». Jl 5.

362 JHSTOIRE DE PARIS

Séminaire de Saint-Nicolas-du-Chardonnet , situé près l'église de ce nom , rueJSaint-Victor. La nécessité d'établir des séminaires se faisait alors sentir. La plupart des prêtres de campagne étaient plongés dans la plus profonde ignorance. Adrien Bourgoin , dans le dessein de tenir des conférences pour l'instruction des jeunes gens qui se destinaient à la prêtrise, réunit dix prêtres et les établit alors au collège du Mans , puis successivement aux collèges du Cardinal-Le-Moine et de Montaigu, et enfin, en -1620, dans une maison voisine de l'église de Saint- Nicolas-du-Cbardonnet. S'y trouvant trop resserrés , ces prêtres la quittèrent , en A&tk , pour aller habiter le collège des Bons-Enfants, rue Saint-Victor, où ils restèrent jusqu'en ^1652. Alors, attirés par le curé de Saint-Nicolas-du-Cbardonnet , ils revinrent loger dans le bâtiment qu'ils avaient déjà occupé près de son église, et en accrurent J'étendue en faisant l'acquisition de quelques propriétés voisines. EniG^, l'archevêque de Paris donna de la consistance à cet établissement en l'érigeant en séminaire; alors les bâtiments furent augmentés. En 4 750 on y construisit un grand corps de logis , où étaient reçus comme pensionnaires des étudiants qui embrassaient l'état ecclésiastique.

Ce séminaire lut supprimé en 1792 , et ses bâtiments devinrent propriété particulière.

Séminaire des Trente-Trois, situé rue Montagne-Sain te- Geneviève , n° 52. Il fut fondé en 1G55 , par Claude Bernard , dit le pauvre prêtre, qui y rassembla d'abord cinq écoliers , en l'honneur des cinq plaies de Notre-Seigneur, puis douze en l'honneur des douze apôtres , enfin trentetrois , en l'honneur de ce nombre d'années que vécut

Jésus-Christ : la reine Anne d'Autriche assura à ces écoliers trente-trois livres de pain par jour.

Ce séminaire , construit en -1654 , sur remplacement de l'ancien hôtel d'Albiac, supprimé en 4792, est devenu propriété particulière.

Feuillans de la iuje d'Eisfer, second couvent de cet ordre établi à Paris, situé rue d'Enfer , n° 45. Les Feuillans de la rue Saint-Honoré , voyant combien il élait facile sous ce règne de multiplier les établissements religieux , profitèrent de la circonstance pour fonder en cette ville un second couvent de leur ordre. Autorisés par l'archevêque de Paris, ils achetèrent, en 4630, un emplacement situé rue d'Enfer, et y firent construire un monastère dont la première pierre fut posée le 24 juin 4633; cette maison fut d'abord instituée pour servir de noviciat aux feuillans; mais elle cessa bientôt d'avoir cette destination.

Le 48 juillet 4659, on posa la première pierre de l'église , et sa construction fut terminée au mois d'octobre de la même année ; ce qui prouve que les finances ne manquaient pas à ces moines. On lui donna le titre des Sainls-Angcs-Gardiens : elle n'offrait rien de remarquable.

En 4 790, ce couvent fut supprimé, et les bâtiments devinrent propriété particulière.

Les Pères de Nazareth , couvent situé rue du Temple , n° 17. Le premier établissement de ces pères eut lieu, en 4643, dans le voisinage des Filles de Saint e- Elisabeth j, dontiîs avaient la direction ; mais ils n'eurent une existence légale que le 2 février 4642. Le chancelier Ségtiier , ce complice de la tyrannie de Richelieu , reçut alors le titre de fondateur. Ces pèresprirenf [wjssession en 4650 de

364 HJsroiiE dl pjjlis

la maison que les Filles de Sainte-Elisabeth venaient de quitter pour en occuper une nouvelle ; ils y firent bâtir une église, dont la construction fut achevée, en 4 652, par la générosité d'une personne inconnue , qui mit dans le tronc de leur église une somme de 5,000 livres.

Dans une chapelle de celte église était un caveau destiné aux morts de la famille Séguier. Le cœur du chancelier de ce nom y fut déposé ; aucune épitaphe ne signalait ce dépôt. Cette chapelle était ornée de deux tableaux, l'un représentant une Annonciation , par Lebrun , et l'autre Marthe et Marie , par Jouvenet.

Ce couvent, en -1 790 , a subi le sort commun : il est devenu propriété particulière.

Nouveaux Convertis, communauté située rue de Seine- Saint-Victor. Le père Hyacinthe de Paris , capucin trèszélé pour la conversion des protestants, forma, en 4632, une société qui partageait son zèle. L'archevêque de Paris, en mai 4634, autorisa cette association, à laquelle il donna le titre de congrégation de la Propagation delà Foi, et le vocable de Y Exaltation de la Croix. Le roi, par lettrespatentes de 4635, et le pape, par une bulle de 4636 , autorisèrent cet établissement. Les protestants disposés à se convertir furent d'abord réunis dans une maison située dansTîlede la Cité, puis transférés dans une autre maison, rue de Seine.

Cet établissement religieux existait encore en 4 775. On ignore le motif et l'époque de sa suppression.

Vingt couvents d'hommes ou communautés de prêtres soumis à une règle furent établis à Paris sous le règne de Louis Xlll ; le nombre des communautés de filles ou femmes fut , pendant le même temps, plus considérable encore. En voici la notice.

sous louis xiii. 36 3

g III. Communautés religieuses de femmes.

Ursulines , couvent de filles , situé rue Saint-Jacques , nos â£3, &&5; fondé par Madeleine Lhuillier, veuve du sieur de Sainte-Beuve , et fille de Jean Lhuillier, président de la chambre des comptes, qui contribua beaucoup à l'entrée de Henri IV à Paris, et qui se lit payer un peu chèrement ce service. Cette veuve atlira d'Aix en Provence deux religieuses ursulines, qui, en -1608, arrivèrent à Paris , et lurent logées à l'hôtel de Saint-André , faubourg Saint-Jacques; elles s'y occupèrent, suivant la règle de leur institution, à instruire les jeunes filles, et prirent des pensionnaires. Ces ursulines étaient encore séculières, lorsque Madeleine Lhuillier leur assura deux mille livres de rentes, à condition qu'elles feraient des vœux et qu'elles garderaient la clôture.

Ainsi ces religieuses, séquestrées de la société, cessèrent de lui être utiles ; mais Madeleine Lhuillier aspirait à l'honneur d'être fondatrice : c'était alors le degré le plus éminent auquel aspiraient les dames riches et avancées en âge; elles recueillaient l'avantage d'être pendant le reste de leur vie honorées par la classe des dévots et comblées après leur mort d'indulgences et de prières qui leur assuraient la gloire des bienheureux.

Madeleine Lhuillier obtint une bulle du pape Paul V, datée du I 5 juin 1611 , qui confirme cette fondation ; elle acheta l'hôtel de Saint-André, le convertit en couvent, fit venir des religieuses de Reims pour former les nouvelles cloîtrées aux exercices monastiques, et recruta plusieurs jeunes filles pour peupler convenablement son couvent. Une simple chapelle suffit d'abord au besoin des religieuses ; mais, peu d'années après, on la remplaça

par un édifice plus somptueux , dont Anne d'Autriche, le 22 juin 1 620, posa solennellement la première pierre. Cette construction fut achevée en 1627.

Cette église , d'une moyenne grandeur, était soigneusement ornée; et, parmi quelques tableaux peu remarquables, on distinguait sur le principal autel, orné de quatre colonnes de marbre deDinant, une Annonciation, peinte par Van-Mol, élève de Rubens.

Ce couvent fut la souche qui produisit celte pépinière d'ursulines qui , peu de temps après , se dispersa dans presque tous les bourgs et villes de France. 11 fut supprimé en 1790; les bâtiments ont été démolis, et, sur une partie de leur emplacement, on a ouvert la rue des Ursulines, qui commence rue Saint-Jacques et finit rue d'Ulm.

Ursulines de la rue Sainte-Avoye , situées dans cette rue, n°<47. Madeleine Lhuillier, qui avait fondé les Ursulines de la rue Saint-Jacques, voulut aussi être fondatrice d'un second couvent de cet ordre. Il existait dans la rue Sainte- Avoye une communauté de femmes veuves, fondée, en 1 288, par Jean Séquence, chevecier de Saint-Merri , et dont la chapelle était dédiée à sainte Avoye. Madeleine Lhuillier proposa aux femmes de cette communauté d'embrasser la règle et les constitutions des ursulines, et promit, si elles s'y déterminaient, de leur céder une rente annuelle de mille livres. La proposition fut acceptée par acte du 10 décembre 1621 , et confirmée par lettres-patentes de février 1623. La chapelle de ces ursulines était petite et placée au premier étage. Ce couvent a été supprimé en 1790, et la synagogue des juifs fut établie , en 1802 , sur une partie de son emplacement.

Bénédictines de la Ville-l'Éveque , couvent situé rue

SOUS LOUIS XIII. 36q

de la Madeleine , au coin nord-est de celle de Surenne faubourg Saint-Honoré. Deux princesses, Catherine d'Orléans deLongueville et Marguerite d'Estouteville sa sœur, se conformant au goût du temps, voulurent aussi fonder leur monastère; et après avoir , en 4 61â , obtenu les autorisations nécessaires , elles introduisirent , au mois d'avril 4645, dans les maisons qu'elles avaient achetées à la Ville-l'Évêque , et qu'elles avaient disposées pour un couvent, dix religieuses, que Marie de Beauvilliers, abbesse de Montmartre, consentit à tirer de son abbave pour peupler le nouveau monastère. Les fondatrices auraient pu puiser dans une source plus pure : la conduite déréglée de la précédente abbesse et des religieuses de Montmartre ne devait pas alors être oubliée \

Lorsque ces religieuses furent rassemblées, le 42 avril 4643, dans le couvent de la Ville-l'Evêque, on Périgea

1 En -1590. lorsque Henri IV assiégeait Paris , l'abbaye de Montmartre , ainsi que la plupart des autres communautés de filles des environs de cette ville , devint à peu près un lieu de prostitution. L'abbesse elle-même , Claudine de Beauvilliers , alors jeune et b^lle , ne put échapper aux galanteries du roi; elle le suivit à Senlis lorsqu'il s'y retira, et ce fut dans cette ville qu'elle eut le chagrin de se voir supplantée par Gabrielle d'Estrées. (Voyez les Amours du grand Alcandvc , la Confession de Sancy ; les Nouveaux Mémoires de Bassompierre , etc.)

Voici ce que dit Sauvai sur l'état de cette abbaye, et sur la conduite des religieuses : « La communauté n'avoit (en 4 59S) que 2,000 livres de rentes, et en )> devoit \ 0,000 ; le jardin étnil en friche et les murs par terre, le réfectoire con- » veiti en bûcher, le cloître, le dortoir et le chœur en promenades. V l'égard » des religieuses, peu chantoient l'office; les moins déréglée! travailloieol » pour vivre, et mouroient presque de faim ; les jeunes faisoient les coquettes , » les vieilles alloient garder les vaches et servoieut de confidentes aux jeunes, etc.» Lorsque l'abbesse, Marie de Beauvilliers, voulut soumettre ses religieuses à la règle, Celles-ci devinrent furieuses contre elle et l'ernpoison lèrent. L'abbesse prit des antidotes qui lui sauvèrent la vie : mail lei effets du poison lui laissèrent une grande difficulté de respirer et de parler. (Aniujuiiés de Paris , par Sauvai, liv. G, p. 5ÏM.)

368 HISTOIRE DE PARJS

en prieuré dépendant de l'abbaye de Montmartre. Marguerite de Veiny d'Arbouse y introduisit la réforme et les austérités de la règle de saint Benoît. En iô&7, après quelques contestations, le prieuré de la Ville-lÉvèque fut soustrait de la dépendance de Tabbyae de Montmartre.

L'église de ce couvent était ornée avec soin : sur le grand autel , on voyait une Annonciation , attribuée à Lesueur ; et parmi plusieurs autres tableaux , on distinguait une Adoration des Mages et Jésus au Désert, peint par Boulogne faîne.

Ce couvent fut supprimé en 1790. L'emplacement fut vendu à divers particuliers, qui y ont fait construire des maisons.

La Visitation de Sainte-Marie, couvent de religieuses, situé rue Saint-Antoine, entre les nos 21 -4- et 2 16. Jeanne- Françoise de Frémiot , veuve du baron de Chantai , conduisit de Bourges , par ordre de saint François de Sales , trois religieuses de la Visitation , qui , le 6 avril -1619 , arrivèrent à Paris. Elles furent d'abord logées dans le faubourg Saint-Marcel; en 462i , on les transféra dans une maison plus commode , située rues du Petit-Musc et de la Cerisaie, maison appelée Hôtel du Petit-Bourbon. Le nombre des prosélytes s'accroissant toujours, ces religieuses furent encore obligées de déloger. La supérieure, Hélène-Angélique Lhuiilier, acheta , en -Î628, l'hôtel de Cossé, rue Saint-Antoine, quelle destina à sa communauté.

On y fît bâtir, en 1682, une église sur le modèle de Notre-Dame-de-îa-Rotonde à Rome, et sur les dessins du célèbre François Mansard. Elle fut achevée en -168-4 , et nommée Notre-Dame-des-Anges .

sous lotus xïi r. 369

Cet édifice est digne de son auteur^ II offre une rotonde décorée avec goût , et dans les plus belles proportions • • le dôme ou lanterne qui s'élève au-dessus du principal autel offre à l'intérieur une peinture, dont le sujet est l'Assomption de la Vierge. Plusieurs tableaux de Perrier et Lepaulre ornaient le sanctuaire. Dans la nef étaient les tombeaux d'André Frémiot, archevêque de Bourges, frère de la baronne de Chantai , fondatrice de l'ordre , mort en 46^4 ; de Nicolas Fouquet, mort en 4680, dans la forteresse de Pignerol , où il était détenu pour avoir abusé des finances de l'état.

Ce couvent fut supprimé en 4 790. Ses bâtiments furent vendus à divers particuliers; et l'église, conservée, a été. en 4802, cédée au culte calviniste dit de la Confession de Genève.

Visitation de Sainte-Marie, a^utre couvent du même ordre, situé rue Saint-Jacques, "entre les nos 495 et 495. Le premier couvent de la Visitation ne suffit bientôt plus à la ferveur des jeunes filles, sur lesquelles l'exemple a tant de pouvoir. On bâtit, en 4623, dans le faubourg ; Saint-Jacques, un second couvent de la Visitation ; on en bâtit un troisième à Chaillot, dont je parlerai en son lieu, et un quatrième dans la rue du Bac.

En 4 780, l'église était entièrement reconstruite. Les bâtiments claustraux furent réparés et augmentés.

L église forme une petite rotonde, à l'instar de colle de la rue Saint-Antoine. Sur l'autel on voyait un tableau de Lebrun, représentant saint François de Sales, et à droite une Visitation , parSuvée. Cette église et les bât!

4 Quoi qu'en dise Dulaure, le portail de r<'tt»> église ne sera jamais eitr comme une œuvre de goût. (B.)

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