TOM£ IV. A
difficultés qu'éleva le curé de Saint-Germain : mais ils en triomphèrent; et, le 50 juin -1633, l'érection de leur chapelle en église paroissiale fut autorisée.
La population croissante de ce quartier fît bientôt sentir l'insuffisance de la chapelle bâtie en i587. On s'occupa de la construction d'un édifice plus vaste. Le roi et Anne d'Autriche, sa mère, en posèrent solennellement la première pierre le 28 mars \ 635 . Sa construction s'exécutait avec lenteur ou était suspendue , lorsqu'en \ 720 le fameux Law, converti par l'abbé de Tencin , ayant abjuré le protestantisme afin d'être nommé contrôleur général des finances , et ayant entendu la messe et communié dans l'église de Saint-Roch , sa paroisse , donna à cette église \ 00,000 livres pour achever son bâtiment. Ces \ 00,000 livres, consistant en billets de banque, servirent peu à la construction de cet édifice \ qui ne fut entièrement achevé qu'en 4 7^0.
Cette église, d'abord élevée sur les dessins de Mercier, fut continuée sur ceux de Robert de Cotte , qui notamment a fourni le dessin du portail que son fils, Jules Robert de Cotte, fit exécuter, et dont la première pierre fut posée le ior mars 1736. Ce portail, élevé au-dessus d'un grand nombre de marches , reçoit de cette élévation un caractère de majesté qui convient à un temple. 11 se compose de deux ordonnances , l'une dorique , l'autre corinthienne : cette dernière est couronnée par un fronton. Il règne dans cette composition beaucoup d'harmonie ; mais les architectes, par ces ordonnances superposées, ont sacrifié au mauvais goût du temps , en donnant à un édifice dont la hauteur n'est point divisée par des étages un frontispice qui semble en indiquer deux.
On ajouta à l'architecture de ce portail des ornements
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de sculpture : aux deux côtés de la croix qui lui sert d'amortissement, on avait placé des anges adorateurs, et audessus de l'ordonnance dorique, deux groupes représentant quatre pères de l'église latine. Ces sculptures étaient l'ouvrage de Francin, et les trophées, candélabres et autres ornements , celui de Monteau. Tous ces accessoires ont disparu.
L'intérieur de cette église sedivise en cinq parties distinctes : la nef, le chœur, la chapelle de la Vierge, celle de la Communion qui vient ensuite , enfin la Chapelle du Calvaire : ces parties ont chacune un caractère différent des autres. En les parcourant , on éprouve le sentiment que donne un changement de scène et de décoration : c'est un effet théâtral qui n'a point d'exemple dans les autres édifices religieux de Paris. On aperçoit, dans ces diverses constructions, l'intention de frapper l'imagination par le sens de la vue.
L'ordre dorique règne dans la nef et le choeur, qui n'ont rien de remarquable ; aux extrémités de la croisée sont deux autels, l'un en face de l'autre, décorés sur les dessins de Boullée. On y voit des statues de saint Augustin , de saint François de Sales , etc. Cette dernière est de M. Pajou. On y remarque aussi deux grands tableaux de vingt-deux pieds de hauteur : celui qui est sur l'autel à gauche représente saint Denis prêchant la foi; il est de M. Vien : celui qu'on voit sur l'autel à droite a pour sujet la Maladie des Ardents ; il est peint par Doyen.
La chapelle de la Vierge, située derrière le chœur, fut bâtie en -1 709 : sa forme circulaire est couronnée par une coupole qui représente Y Assomption de la Vierge , peinte par Pierre : c'est un de ses meilleurs ouvrages. L'autel de cette chapelle offre une scène de V }Ânnon dation ,
4o4 HISTOIRE DE PARIS
exécutée sur les dessins de Falconnet. Un ange montre à Marie, qui s'incline humiliée, une gloire céleste dont il semble être descendu ; gloire composée de rayons longs et inégaux, et dont l'ensemble conviendrait plutôt à une décoration théâtrale qu'à l'intérieur d'un temple de chrétiens. Cet ange , prêt à s'envoler, paraît soutenu par ses ailes, et lest par de gros et massifs nuages. L'imagination la plus docile répugne à reconnaître un envoyé de Dieu dans une figure humaine dont les omoplates sont munies d'ailes d'autruche ou de dindon ; jolis monstres dont nos artistes ont emprunté la forme des monuments du paganisme. Elle répugne aussi à reconnaître des nuages dans ces masses lourdes péniblement arrondies par le ciseau. Les nuages sont du domaine de la peinture : le sculpteur, s'il ne veut encourir le ridicule , doit s'abstenir de les représenter.
La chapelle de la Communion vient ensuite : elle est moins grande que la précédente. M. Pierre a peint sur sa coupole le Triomphe de la Religion, composition très-simple : sur l'autel est un groupe, sculpté par Paul Slodlz , représentant deux anges d'une forte stature s' inclinant pour adorer le tabernacle très-rabaissé. M. deSaint-Foix s'est récrié sur cette disproportion entre l'objet adoré et les adorateurs.
Enfin on arrive à la chapelle du Calvaire , située à la suite, sur la ligne des chapelles précédentes, et à l'extrémité de rédifice.
Le caractère de solidité qu'offre sa construction, le peu d'élévation de la voûte, l'obscurité et le silence, peuvent produire dans les âmes faciles à émouvoir des sentiments lugubres, une terreur religieuse. Une vaste niche, éclairée par une ouverture qu'on ne voit point, par un
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jour que les architectes nomment ^ow céleste, présente la cime du Calvaire , l'image de Jésus crucifié , et la Madeleine pleurant au pied de la croix. Sur le premier plan sont des soldats couchés , des troncs d'arbres, des plantes parmi lesquelles rampe le serpent. Plus avant et au bas de cette espèce de montagne, lieu de supplice , est un autel de marbre bleu turquin , en forme de tombeau antique , orné de deux urnes d'où sort de la fumée eu marbre. Au milieu s'élève le tabernacle composé d'une colonne tronquée, et autour duquel sont .groupés les instruments de la passion. Cette composition sépulcrale et poétique a été conçue par M. Faleonnet. Lasculpure des ligures de la niche est l'ouvrage de Michel Anguier.
Une nouvelle scène sépulcrale a été récemment ajoutée. A droite de cette chapelle , de vastes rochers présentent l'ouverture d'une grotte devant laquelle sont deux groupes de ligures en ronde bosse plus grandes que nature : ces groupes représentent Jésus mis au tombeau, lis lurent établis en 4807, et sculptés par M. de Seine. C'est là ce que les dévots appellent la douzième station.
Dans les chapelles qui environnent la nei' et le chœur, les onze premières stations sont indiquées par des bas- reliefs dont les sujets sont tirés de la vie de Jésus. Ils sont pareillement sculptés par M. de Seine.
Cet édifice, long de 6G toises, est, comme les autres églises , entouré de chapelles la plupart ornées de tableaux, et autrefois de plusieurs monuments funèbres.
Les tableaux dont cette église est aujourd'hui décorée consistent dans la Résurrection de la fille de hure , peinte en \ 81 7 par Delorme : il orne la chapelle de la Vierge; et dans un Saint-Sébastien peint en 4 807, par M. Bellai , placé à coté de la chapelle de la Communion.
4o6 HISTOIRE DE PAK1S
La chaire à prêcher est remarquable par sa construction, et porte un caractère poétique : elle a été exécutée sur les dessins de Challes. En face est un tableau moderne représentant Jésus sur la croix : il est d'un bel effet.
Parmi les monuments funèbres qui s'y trouvaient avant la révolution, on distinguait le tombeau de la demoiselle de La Live , exécuté sur les dessins de Falconnet ; celui de Pierre-Louis de Maupertuis, mort le 27 juillet 4 7o9; celui d'André Le Nôtre, célèbre dessinateur de jardins ; ceux de la famille de Savalète ; de Nicolas Ménager, utile à sa patrie par son commerce et par les négociations importantes dont il fut chargé : il mourut le -15 juillet 4 7^1 *,
Cette église renfermait aussi les cendres de François et de Michel Anguier, deux sculpteurs habiles; d'Antoinette La Garde, marquise des Houlières , qui a excellé dans la poésie tendre et naïve : elle mourut en -169/4 ; de François-Séraphin Régnier des Marcts , littérateur distingué en son temps, et mort en i715; enlîn, de Pierre Corneille , qui a illustré sa patrie en faisant sortir la scène française de l'élat de barbarie où elle était encore plongée, en l'élevant à un éminent degré de perfection. Sans mausolée , sans épitaphe dans cette église , sa mémoire n'en avait pas besoin ; mais ia France devait à ellemême, devait aux cendres d'un homme dont le génie l'honore, un témoignage de sa vénération et de sa grati-
1 On voit aujourd'hui dans cette église les restes de plusieurs mausolées , ayant appartenu aux églises supprimées dans la circonscription de cette paroisse : tels que ceux, du cardinal Dubois, par Coustou le jeune ; du duc de Créqui , mort en -1687; de Mignard, par Lemoine; du comte d'Harcourt, par Renard, etc. On y remarque aussi le médaillon du maréchal d'Asfcld , cl le buste de Lesdiguièrc^, par Coustou l'aine. ( B.)
tude. M. Legrand et M. le duc d'Orléans1 ont acquitté cette dette nationale.
M. Legrand , architecte , ancien officier du génie , stimulé par la pensée que Corneille n'avait, dans l'église où il fut inhumé , aucun monument funéraire , proposa au duc d'Orléans de contribuer à l'érection d'une table de marbre avec une inscription. Ce prince accueillit cette proposition, et voulut, sans recourir à une souscription , fournir tous les frais de ce monument qui , le 40 août -\821 , fut placé dans l'église de Saint-Roch , au-dessus d'un des bénitiers de la grande nef, à gauche2 en entrant3.
Saint-Roch est l'église paroissiale du deuxième arrondissement : elle a pour succursale l'église de Notre-Damede-Lorette.
4 Aujourd'hui Louis-Philippe Ier, roi des Français. (B.)
2 Au-dessus du bénitier de la grande nef, a droite en entrant, on lit parmi les noms de plusieurs personnages illustres enterrés dans cette église, celui de l'abbé tfel'Épce. (B.)
3 Je pense qu'on ne lira point sans intérêt l'acte mortuaire du grand Corneille : « L'an 4 684, le 2 octobre, M. Pierre Corneille, éctiyer, ci-devant avocat-gé-
w néral a la Table de marbre de Rouen , âgé d'environ soixante-dix-huit ans , » décédé hier, rue d'Àrgentcuil, en cette paroisse, a été inhumé en l'église, en » présence de M. Thomas Corneille, sieur de l'Isle, demeurant rue Clos-Geor- » geau en cette paroisse, et de M. Michel Bêcheur, prêtre de cette église, y de- » meurant proche. Signé Corneille et Bêcheur. »
On a découvert récemment , rue d'Argenteuil , la maison où demeurait et dans laquelle est mort Pierre Corneille. Cette maison est celle qui porte le n" 4 8. Le propriétaire , sur la proposition duquel M. le duc d'Orléans a fait élever dans Saint-Roch un monument à ce grand poêle } a fait placer , tant à l'extérieur qu'à l'intérieur de cette maison, deux inscriptions gravées sur du marbre noir, l'une sur la rue et l'autre au fond de la cour de la maison ; elles indiquent que le grand Corneille est mort dans cette maison le \ ' :r octobre 4 G8-4 , et qu'elles ont été érigées en \ 824 . Un buste de Corneille est posé au-dessus de l'inscription de la cour; et dans une couronne de lauriers , placée au-dessus de ce buste, on lit : Le. Cid, iCoO.
.'jo8 HISTOIRE DE PAJUS
Saint é*M Argcerite , église paroissiale du huitième arrondissement, située quartier du faubourg Saint-Antoine, rue Saint-Bernard , nos 28 et 50. Antoine Fayet, curé de Saint-Paul , fit en 4625 bâtir à ses fiais et sur son fonds une chapelle, sous l'invocation de sainte Marguerite, pour servir de sépulture à lui et à ceux de sa famille. Les habitants de ce quartier, fort éloignés de l'église de Saint- Paul, leur paroisse, s'accommodèrent de cette chapelle , y firent célébrer l'office divin , et déterminèrent l'archevêque de Paris à l'ériger en église succursale. Les marguilliers de Saint-Paul s'y opposèrent. Un arrêt du 26 juillet 4629 ordonna quelle resterait simple chapelle. Un autre arrêt du 6 août 1651 ordonna tout le contraire : il portait que cette chapelle serait érigée en succursale. D'autres difficultés s'opposèrent à ce dernier arrêt, et ce ne fut qu'en 4654- que cette chapelle reçut définitivement le titre de succursale. On construisit une église à côté de la chapelle qu'avait établie Antoine Fayet. En 4 742, la succursale fut entièrement distraite de la dépendance de Saint-Paul , et forma une cure particulière.
Quant à l'église, elle ne contient de remarquable qu'un tableau représentant sainte Marguerite chassée par son père , peint en 4 817, par M. Wafilard.
L'église se trouvant insuffisante par l'accroissement de la population du faubourg Saint-Antoine, on construisit, en 4 765, une chapelle contiguë élevée sur les dessins de Louis. Deux arcades forment l'entrée, et présentent entre elles le portrait en médaillon du célèbre mécanicien de Vaucanson , mort en 4 782. L'intérieur est décoré de peintures à fresque, exécutées par Brunetti : elles représentent des ordonnances de colonnes, des bas-reliefs , et des inscriptions relatives au caractère sépulcral de
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cette chapelle. Elle est éclairée par une ouverture carrée pratiquée à la voûte. L'autel est en l'orme de tombeau antique : derrière est un grand tableau représentant le Purgatoire, peint par Briard1. Tout dans cette chapelle porte un caractère sombre et lugubre.
L'église de Sainte-Marguerite, paroissiale du huitième arrondissement, a deux succursales, celles de Saint-Antoine et de Saint-Ambroise.
Notre-Dame-de-Bonn es-Nouvelles, église paroissiale du villagede Villeneuve , détruite en 1593 avec ce village , lut reconstruite en 1624. J'en ai parlé ailleurs.
g V. Établissements civils.
Hôpital des Convalescents, situé rue du Bac, n° 98. Angélique Faure , veuve de Claude Bullion , conçut le projet louable de procurer unasileaux convalescents qui, sortis des hôpitaux avant d'être dans un parfait état de santé , étaient exposés à des rechutes. Elle obtint , en \ttë&, des lettres-patentes qui ne furent enregistrées qu'en \C)o\ . L'exécution de ce projet utile éprouva beaucoup de lenteurs que nous ne détaillerons pas. Cette dame acheta , ou plutôt lit acheter par un prêtre appelé André Gervaise, uue maison située rue du Bac , appartenant à M. Camus, évoque du Bellai. Elle voulait cacher au public la main qui soulageait les pauvres. La maison, construite et disposée pour recevoir huit convalescents , put dans la suite en contenir un plus grand nombre. En I775 , elle possédait vingt et un lits.
1 Derrière le maître-autel , est placé un beau groupe, repiëscntant la Descente de. la croix , et sculpté par le Lorrain et Nouibson , élèves tic (Virarflon , sur les dessins de ce maître. ( B)
4lO IHSTOIKE DE PARIS
M. Gervaise , qui figurait toujours dans cette fondation , avait obtenu, le 6 août46oO, la permission d'y faire construire une chapelle qui reçut le titre de Notre- Dame-dcs-Convalescents.
Cet hôpital fut en mars 4652 donné aux religieux de la Charité , qui en eurent la direction. 11 fut supprimé en 4 792, et appartient encore au gouvernement qui le loue à divers particuliers.
Hôpital de Notre-Dame-de«la-Miséricorde, ou les Ceïst- Filles , situé rue Censier, n° \ I , et rue du Pont-aux- Biches , quartier Saint-Marcel. Antoine Séguier i président au parlement , dans le dessein de retirer de la misère des orphelines de père et de mère , acheta, le 21 mars \ 622, une maison appelée le petit séjour d'Orléans , qui avait fait partie de l'ancien hôtel que les ducs d'Orléans possédaient dans ce quartier. Les lettres-patentes qui autorisaient cette fondation sont de janvier i625, et il parait que l'exécution de cet utile projet ne se fit pas attendre; car une inscription placée dans la chapelle de cet hôpital portait que, le 47 janvier 4 62£, M. Antoine Séguier fonda et fit bâtir cet hôpital pour cent pauvres orphelines.
On leur enseignait la religion et un métier. En A6&& , le roi ordonna que les compagnons d'arts et métiers qui épouseraient des filles de cette maison seraient reçus maîtres sans faire leur chef-d'œuvre et sans payer aucun droit. Elles y étaient reçues à l'âge de six à sept ans, en sortaient à vingt-cinq; et l'hôpital , lorsqu'elles se mariaient , leur accordait une dot.
Cette maison fut supprimée pendant la révolution : elle appartient à l'administration générale des hôpitaux et hospices de Paris. On y a établi des manufactures.
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Hôpital des Incurables , situé rue de Sèvres , n° 54. Plusieurs personnes concoururent à cet établissement : Marguerite Rouillé, épouse de Jacques Lebret, par acte du 1er octobre 465% , lui donna 622 livres de rente, des maisons et jardins qu'elle possédait à Chaillot ; Jean Jouilet de Châtillon lui légua ses biens , et le cardinal de La Rochefoucauld, par contrat du £ novembre 4634 , passé avec les adminislrateurs de l'Hôtel-Dieu , céda pour le même objet 2, 866 livres de rente, 48,000 livres à prendre sur le fermier général des aides , et 7,600 livres en argent. L'Hôtel-Dieu possédait \6 ou 4 7 arpents déterre sur le chemin qui conduit à Sèvres; il en céda 40 pour y construire l'hôpital projeté. Une personne inconnue envoya, pour aider aux frais d'établissement, une somme de 2,400 livres ; le cardinal de La Rochefoucauld y ajouta encore celle de \ ,433 livres. Avec ce secours , l'hôpital lut construit. Trente-six lits furent d'abord établis dans les salles : dix-huit pour les hommes, dix-huit pour les femmes. Le même cardinal fit encore don d'une somme (16 38,047 livres destinée à la construction et à l'entretien d'une chapelle qui fut consacrée , le M mars 4640, sous le litre de Y Annonciation de la Sainte-Vierge.
Des lettres-patentes du mois d'avril 4637 confirmèrent la fondation de cet hôpital , qui , dans la suite, reçut un accroissement considérable en étendue de terrain et en revenu ; de sorte qu'avant la révolution on y comptait trois cent soixante lits. Je parlerai du sort de cet hôpital, lorsque je. présenterai le tableau des hôpitaux et hospices qui existent maintenant à Paris.
Uôi'iTAL de la Pitié , situé rue Copeau , nu \ , entre les rues du Battoir et du Jardin-des-Plantes.
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Les désordres et les guerres civiles du temps de la régence de Marie de Médicis avaient considérablement accru le nombre des pauvres. On ne trouva d'autre remède pour le diminuer que d'emprisonner ces malheureux : c'est ce qui fut ordonné dès Fan -1612. En conséquence,, les magistrats louèrent cinq grandes maisons situées entre les rues du Battoir et du Jardin-des-Plantes ; puis on fit l'acquisition dune de ces maisons où se trouvait le jeu de paume de la Trinité. Ce local fut augmenté par de nouvelles acquisitions : on construisit des bâtiments réguliers et conformes à leur destination. On y renferma les pauvres que Ton put arrêter. Cette maison reçut le nom de Pitié, parce que sa chapelle était sous l'invocation de Notre-Dame~de-Pitié.
Lorsqu'on \G51 l'hôpital général, dit de la Salpélrière, fut construit et ouvert à tous les mendiants , la maison de la Pitié reçut une nouvelle destination : on y plaça les enfants des mendiants. Les filles , auxquelles on apprenait à lire, à écrire, à coudre, à tricoter, occupaient une partie de la maison; les garçons, qui recevaient une éducation analogue, habitaient une cour appelée Petite- Pitié. Enfin , on y plaça des enfants trouvés , des orphelins auxquels on faisait apprendre des métiers : on y fabriquait des draps pour les habits des hôpitaux, et même pour les troupes.
Les choses restèrent en cet état jusqu'en 4809, époque où les orphelins de la Pitié furent transférés à l'hospice du faubourg Saint-Antoine : dès lors, cette maison devint une annexe de l'Hôtel Dieu '.
1 Voyez ci après Administration générale des hôpitaux, article Hôpital de la Pitié.
4l4 HISTOIRE DE PARIS
l'emplacement que Marie de Médicis , régente , acheta , par contrat du â avril 4612, moyennant la somme de 90,000 livres, pour y faire construire un palais. L'année suivante, voulant agrandir encore cet emplacement, elle fit acquisition de la ferme de l'Hôtel-Dieu , appelée , dans les anciens plans de Paris, le pressoir de l' Hôtel-Dieu. Cette ferme était située à Test du jardin actuel et du côté delà rue d'Enfer. Au mois de juin -1 615 , cette reine y joignit 25 arpents de terre , situés au lieu appelé le Boulevard. Elle acheta aussi deux jardins appartenant à Antoine Arnaud , et dont la superficie était de 2,400 toises, et plusieurs parties du clos Yignerai , propriétés des chartreux et de divers particuliers. Enfin elle dédommogea les chartreux en leur donnant des terres au-delà de la route d'Issi, de sorte que ces moines s'agrandirent du côté de la rue d'Enfer , renfermèrent dans leur enclos remplacement de cette route, ancienne voie romaine, et la détournèrent considérablement du côté de l'est.
Marie de Médicis, après ces acquisitions, fit, en 4615, jeter les fondements de ce palais. Il s'éleva sur le modèle du palais de Pitti, à Florence ; il lui ressemblait au moins par ses bossages; Jacques Desbrosses en fut l'architecte \ Les travaux , poussés avec activité , furent achevés en peu d'années.
Cet édifice se recommande par la beauté de ses proportions , sa parfaite symétrie , et par un caractère de force et de solidité. Les ornements, peu nombreux, mis à leur place , plaisent à la vue sans la fatiguer. Ces re-
4 La palais du Luxembourg n'a point été élevé sur le modèle du palais Pitti. Les plans de ces deux édifices ne se ressemblent point. Jacques de Brosse (et non Desbrosses , comme le nomme Dulaure) a seulement imité le style d'architecture de la cour du palais Pitti. ( B.)
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fends, ces bossages qui sillonnent toutes l'es faces de ce palais, lui donnent une physionomie singulière ; mais on y voit avec peine employée jusque sur les pilastres et les colonnes cette espèce de décoration réprouvée par le bon goût1.
Le principal corps de bâtiment ainsi que ses autres parties offrent trois ordonnances : Tune, toscane, est au rez-de-chaussée , l'autre, dorique, est au premier étage; et la troisième, ionique, se voit au deuxième. Quatre gros pavillons sont placés aux quatre angles du principal corps de bâtiment.
La cour j qui, du côté de la ville, précède ce principal corps de logis, est entourée de bâtiments; et son plan présente un parallélogramme dont la plus grande dimension a 60 toises , et la moindre 50.
L'entrée principale est en face de la rue de Tournon ; de ce côté la façade présente à ses extrémités deux pavillons; et au milieu, au-dessus de la porte, s'élève, sur un corps avancé de forme quadrangulaire , un dôme circulaire orné de statues dans les entre-colonnements. Ce dôme , qui avec ces circonstances produit un effet pittoresque, quoique un peu lourd , est en parfaite harmonie avec les autres parties de l'édifice. De chaque côté de ce dôme , deux terrasses pareilles, supportées dans l'origine par des murs massifs, et qui depuis ont à droite et à gauche été percés par quatre arcades , servent à communiquer du dôme aux deux pavillons de cette façade.
Celle du jardin, outre deux pavillons en saillie, plus forts que ceux de la façade qui vient d'être décrite, offre
4 Le bon goût ne réprouve point ce genre d'architecture ù bossages , que l'on trouve souvent employé dans les plus beaux palais de Florence. (R.)
au centre un corps avancé , décoré de colonnes. Il était autrefois surmonté par un lanternon trop maigre pour le caractère de cette façade ; on Ta fait disparaître , et la toiture, au-dessus de laquelle il s'élevait, présente aujourd'hui une ligne non interrompue. A la place de quelques ornements peu agréables , on a établi , au centre et au second étage de cette façade , un vaste cadran solaire , accompagné de statues colossales , placées à l'aplomb des colonnes inférieures. Deux de ces statues représentent la Victoire et la Paix : elles sont l'ouvrage de M. d'Espercieux ; deux autres, la Force et\e Secret, ont été sculptées parBeauvalet; et les deux dernières, V Activité et h Guerre, par Cartelier * .
La façade du côté de la cour diffère peu de celle du jardin. Aux deux portes latérales , on voit dans des impostes les bustes de Marie de Médicis et de Henri IV ; audessus, l'avant-eorps est décoré de quatre statues colossales, ouvrages des artistes du temps de Marie de Médicis. Le bas-relief du fronton circulaire, représentant la Victoire couronnant le buste d'un héros, est l'ouvrage de Dune.
La cour, dont j'ai donné les dimensions, est formée par le principal corps de logis dont je viens de décrire les façades , par deux ailes de bâtiments se terminant aux
* On s'occupe actuellement d'ajouter au palais , du côté du jardin , des constructions considérables qui donneront au palais beaucoup plus d'étendue. Elles contiendront , au rez-de-chaussée, une grande galerie devant servir d'annexé aux orangeries; des vestibules et des appartements de réception ; au premier étage , une vaste bibliothèque , une p,rande salle des séances législatives et judiciaires. La salle actuelle sera convertie en salle de délibérations secrètes en cas de procès. Toutes les dépendances nécessaires au service de la chambre se trouveront dans deux pavillons qui flanqueront la nouvelle façade , laquelle doit être du reste absolument semblable a l'ancienne. ( R.)
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pavillons qui s'élèvent aux deux extrémités delà principale entrée, et enfin par les bâtiments de cette entrée*.
Dans l'aile qui occupe le côté oriental de la cour est la galerie des tableaux , dont je vais bientôt parler; l'aile opposée contient aussi une galerie de tableaux, et, de plus, le magnifique escalier par lequel on monte à la salle de la Chambre des pairs. Cet escalier , majestueux par son étendue, riche par sa décoration, présente plusieurs statues d'hommes illustres par les services qu'ils ont rendus à leur patrie , et ne fait point regretter l'ancien escalier placé sous le vestibule du principal corps de bâtiment, qui obstruait ce vestibule sans l'embellir.
Ce palais, bâti à grands frais par Marie de Médicis, qui n'en avait pas besoin et qui ne l'habita que peu de temps, devait porter son nom ; mais cette reine l'ayant légué à Gaston de France, duc d'Orléans , son second fils, celuici voulut le faire nommer Palais d'Orléans, et fit en conséquence placer sur la principale entrée une table de marbre où ces mots étaient gravés en lettres d'or, et qui est restée en ce lieu jusqu'à l'époque de la révolution. Il fut cédé, moyennant 500,000 liv. , à Anne-Marie-Louise d'Orléans , duchesse de Montpensier 2 ; et, par transaction du ifif mai \ 672, il devint la propriété d'Elisabeth d'Orléans , duchesse de Guise et d'Àlençon, qui , le 46 mai -1694 , en fit don au roi Louis XIV. Cet édifice, négligé par ces différents propriétaires , eut besoin de grandes
1 Au mois de mai < 820 , on a commence à éclairer cetle cour par le çaz hydrogène ; six torchère (doux placées à chacun des avant-corps des deux lût! ments latéraux , et deux a Tavant-corps du principal corps de lo^is) jettent sur cette cour une lumière abondante.
1 Ce palais n^ été cédé à la duchesse de Montpensier , moyennant Îi00,000 livres , que parce que cette princesse était déjà . par .s<\s droits personnel* , propriétaire de la moitié dtt Tonds. (B.)