‹ Histoire Phsique, Civile Et Morale De ParisChapitre 25 sur 29 · TOME fV · texte numérisé non relu

TOME fV

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réparations, qui furent faites depuis \ 755 jusqu'en \ 756. Louis XVI le donna , en 4 779, à son frère, Monsieur, qui a régné sous le nom de Louis XVIII.

Pendant le régime de la terreur , il fut converti en maison d'arrêt.

Sous le régime de la constitution de Tan IV , en 4795, il devint le lieu des séances du Directoire et la demeure des cinq directeurs , qui habitaient plus particulièrement l'hôtel contigu, appelé V Hôtel du Petit-Luxembourg.

En 4 798, le palais du Luxembourg fut entièrement va gréé , et plusieurs réparations y furent faites. On construisit à l'ouest et sur la ligne de la façade , du côté du jardin, un corps de bâtiment , qui depuis fut démoli.

Lorsque Bonaparte eut envahi le pouvoir, le palais du Luxembourg fut destiné d'abord aux séances des consuls, et reçut le nom de Palais du Consulat; et peu de temps après , en 4800, celui de Palais du Sénat Conservateur. Ce sénat y tint ses séances jusqu'en 481>4, époque où une nouvelle constitution remplaça le sénat par la Chambre des pairs. Dès lors une nouvelle table de marbre, placée sur la porte principale , indiqua que l'édifice du Luxembourg portait le nom de Palais de la Chambre des Pairs.

Les deux ailes de bâtiment qui forment les parties latérales de la cour renferment , comme je l'ai dit , Tune l'escalier, et l'autre la galerie des tableaux. Cet escalier,, éclairé par dix croisées , composé de quarante-huit marches, offre des ornements recommandables par leur dessin , leur exécution, et mène au premier étage.

On trouve à son extrémité supérieure la salle des Gardes, puis celle des Garçons de service, où l'on remarque une belle figure en marbre, représentant Hercule couché, ouvrage du célèbre Pujet: une statue d'Epaminondas .

par Duret; une outre de Miltiade, par Boizot; et une troisième représentant Persée après avoir tué la Gorgone.

Yient ensuite la salle des Messagers d'Etat, ornée delà statue d'Harpocrate, dieu du silence , et de celle de la Prudence; puis la salle du Conseil et celle de la Réunion p salles très-richement décorées de tableaux, dont l'un représentait la figure en pied de Louis XVIII , et d'autres plusieurs allégories sur ses aieux et sur son retour en France. Le plafond , peint par Barthélémy, offre aussi des sujets allégoriques.

Cette salle mène à celle des Séances, placée au centre du principal corps de bâtiment, au lieu où étaient la. cage de l'ancien escalier et la chapelle. Elle fut établie et décorée dans les années 4805, 1804. Son plan est un hémicycle de soixante-quinze pieds de diamètre. Un autre hémicycle de trente pieds de diamètre , placé au centre , est, lorsque le roi se rend à la Chambre des Pairs, occupé par le trône. Cette salle est décorée de vingt-six colonnes d'ordre corinthien ; leurs entre-colonnements, à droite et à gauche du trône , sont occupés par les statues de Solon, Périclès, Cincinnatus, Scipion , Caton d'Utique, Lycurgue , Cicéron, Léonidas, Aristide, Phocion , Démosthène et Camille , presque tous ennemis de la tyrannie , tous ardents amis de leur patrie et de sa liberté. Ils furent placés là sans doute pour rappeler leurs exemples à ceux qui ont siégé ou siègent dans cette enceinte,

De cette salle, très-riche par ses ornements, on arrive à la salle du Trône, qui ne Test pas moins. J'omets la galerie sur le jardin, les salles des quatre Bureaux, les première et seconde bibliothèques, la chapelle, le salon de leclinw pour m'arrôter à la salle du Livre-d'Or.

Cette salle est remarquable par les peintures restaurées

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des boiseries qui ornaient les appartements de Marie de Médicis. Ces peintures sont des médaillons offrant plusieurs sujets mythologiques. Cette salle , très-digne d'exciter la curiosité des artistes et l'admiration de ceux qui ne le sont pas , doit son nom à un livre dont la qualification indique l'excellence des matières qu'il contient. Quelle est la matière sublime de ce livre précieux auquel on a consacré une salle si magnifique ? Il faut le dire, ce livre n'existe pas encore, ou n'est pas encore déposé dans le sanctuaire qui lui est préparé. Il contiendra les litres de la 'pairie.

Je borjie ici la description de la partie intérieure du palais qu'occupe la Chambre des Pairs , partie changée , rajeunie, embellie par les gouvernements impérial et royal , et je passe aux autres parties et dépendances de ce palais.

Galerie du Luxembourg. Elle fut d'abord, par les ordres de Marie de Médicis, composée de. vingt-quatre grands tableaux représentant l'histoire allégorique decette reine, peints par le célèbre Rubens, de plusieurs autres tableaux provenant de la reine douairière d'Espagne , et de ceux du cabinet du roi. Cette galerie fut longtemps négligée. Avant 4 780, on avait formé le projet d'en transporter toutes les peintures au Louvre pour qu'elles fissent partie du Muséum déjà projeté dans la galerie de ce palais. En conséquence de ce projet, on retira du Luxembourg les tableaux, qui furent placés au Louvre.

Les victoires des Français produisirent une assez ample récolte de tableaux pour que le Muséum du Louvre pût se passer de ceux de la galerie du Luxembourg. On les y replaça en 480o ; on y joignit aussi la précieuse col-

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lection des tableaux de la vie de saint Bruno , par Le Sueur , contenus dans une salle particulière; plusieurs autres ouvrages , tels que V Ermite endormi , par Vieu ; deux tableaux de David , le Serment des Iloraces , et Brutu8j etc.

De celle galerie on arrive sur une partie de la terrasse et au-dessous du dôme, où Ton voyait la Baigneuse en marbre de Julien , ouvrage digne des plus beaux temps de la Grèce.

L'autre partie de la terrasse conduit dans une suite du salles qui étaient ornées notamment des marines de Vernet et de Hue.

En -1845, les puissances étrangères dépouillèrent le Muséum du Louvre d'une grande partie de ses richesses, et y laissèrent un vide immense. Pour le remplir, on enleva de la galerie du Luxembourg ses principaux tableaux, ceux qui tonnaient la galerie de ÎUibens , ceux de la vie de saint Bruno et les marines de Vernet. Cette galerie, ainsi dépouillée, contient encore des tableaux d'un grand mérite. On y a vu longtemps les plus beaux ouvrages de David, de Gros, de Gérard, de Girodet, etc. , et d'autres maîtres de l'Ecole française. Au mois d'avril 1818, ce Musée ainsi composé fut ouvert au public1.

Jardin du Luxembourg. Ce jardin a éprouvé plusieurs changements. Sa plus grande longueur de l'est à l'ouest était de 4^0 toises, et s'étendait jusqu'à l'extrémité orientale du cul-de-sac de INotre-Dame-des-Champs, que Ton a ouvert et converti en une rue nommée f/e Fleuras : sa plus grande largeur n'excédait pas -loO toises.

' Ce musée est consacre* aux ouvrages des artistes vivants ; aussitôt après leur mort, leurs lal»leau\ sont transportes au Muséum du Louvre, qui, à quelques rares exceptions près, ne contient que les productions des peintres morts. ( B.)

Eu i 78â j on diminua à peu près un tiers de la surface de ce jardin , en retranchant toute sa partie occidentale, qui s'étendait depuis les anciens bâtiments de la rue de Fleurus jusqu'à la grille qui s'ouvre de ce côté. On voulait , disait-on alors 3 établir dans cette partie retranchée des salles de danse , des cafés , une foire, etc. ; on n'établit rien. Les plus beaux arbres du jardin furent abattus; on raccourcit ses plus longues allées ; et le terrain , séparé , dépouillé de sa verdure , sans être embelli par la foire projetée , resta , pendant près de trente années , vide , stérile , inhabité , réduit presque à l'état de désert.

Cependant l'on commença , en 4788 , à y bâtir deux maisons situées sur une rue qui fut ouverte, appelée rue de Madame. On y perça d'autres rues qui , depuis l'an •1800 seulement ? sont bordées d'habitations.

Pendant la révolution , en 4793 et 4 79^4, on prit sur l'enclos des Chartreux une partie de l'emplacement dont le jardin a été agrandi, et l'on y établit des ateliers pour la fabrication des armes.

A la fin de l'an IV, ou \ 795, la Convention commença î'exéculion du projet de cette belle avenue qui se dirige depuis le palais du Luxembourg jusqu'à Y Observatoire. En \ 80 1 , on renouvela tous les arbres de la partie orientale du jardin. On donna au terrain une pente régulière \

1 Le mouvement de ce terrain mit au jour un grand nombre d'antiquités meubles qui ont été décrites par M. Grivaud, et dont j'ai parlé. (Voyez Camp t'omain, 1. 1.)

— En pratiquant àcs fouilles pour les nouvelles constructions, M. A. de Gisors, architecte chargé de cet important travail, a également découvert, au mois de septembre 'ï 856 ^ dans des puits non revêtus de maçonnerie, et ayant de 4 5 à iS mètres de profondeur , des poteries romaines, une petite meule antique en matière volcanique, deux petites statuettes en pierre, mutilées et ùc mauvais gotit; un petit autel votif, etc. (B.)

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On planta pareillement la partie méridionale qui avoisine la grande pépinière.

L'ancien parterre était bordé de deux murs de terrasse j l'un à hauteur d'appui , l'autre plus élevé, et laissait entre ces deux murs un intervalle d'environ deux toises , planté de fleurs. Ces murs, en pierre de taille , présentaient, à leur surface supérieure, de petits bassins, placés à distances égales et communiquant entre eux par des rigoles. Chaque bassin était percé pour laisser passage à un jet d'eau. Les eaux, si jamais elles ont été mises en jeu sur ces murs, devaient offrir d'assez brillants effets. Les terrasses qui bordaient ces murs étaient plantées d'ifs et de buis. Ce parterre , du côté du midi , moins étendu qu'aujourd'hui, étaitvoisin du mur de clôture du jardin. Au centre du parterre on voyait une pièce d'eau octogone. Au milieu de cette eau , un groupe en plomb représentait un triton tenant dans ses bras un poisson marin qui lançait un jet d'eau.

Ce parterre, en 4804 , fut entièrement changé. Des talus en gazon succédèrent au double mur de terrasse qui le bordait, Il fut élargi considérablement par deux espaces demi-circulaires, établis sur les deux côtés. Au milieu, on plaça une pièce d'eau plus étendue que l'ancienne. Le parterre se terminait du côté méridional par un vaste escalier composé de dix marches , et orné de statues. Tous ces ouvrages lurent exécutés sur les dessins de M. Chalgrin.

Dans les années 4810 et 4814 , ce parterre éprouva encore de notables et heureux changements.

La route de la grande avenue, qui se dirige vers l'Observatoire, à force de dépôts successifs de gravois et de terre accumulés pendant plus de dix ans , s'était

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eufjii élevée à la hauteur nécessaire. Déjà celle avenue étail plantée de quatre rangs d'arbres, et fermée au midi par une grille de fer, lorsqu'un nouvel architecte , M. Baraguei , proposa et lit adopter le projet de donner au terrain de l'avenue et du parterre , depuis le bâtiment de rObservatoire jusqu'à la façade du palais du Luxembourg, une seule et même ligne de pente. Pour l'exécution de ce projet, il fallait opérer plusieurs changements et remuer beaucoup de terrain. Ces difficultés n'arrêtèrent point. La grille qui termine au midi cette avenue fut baissée de quelques pieds , ainsi que le sol environnant. On établit une grille nouvelle, et celle qu'elle remplaçait fut employée à l'entrée de l'Observatoire, et adaptée à deux pavillons construits alors pour décorer cette entrée.

Le sol de 1 avenue fut , dans toute sa longueur , plus ou moins baissé , suivant la ligne de pente. L'abaissement fut plus considérable au point où cette avenue se rapproche du parterre. Au lieu de l'escalier de dix marches, on substitua trois marches dessinées sur un vaste plan circulaire qui se termine de chaque côté à un piédestal qui sert d'acrotère à des balustrades.

Oii baissa le sol du parterre, ainsi que celui qui avoisine la façade du palais. Il fallut refaire le bassin : il le fut sur un plan octogone et plus vaste.

A l'extrémité méridionale du parterre , des balustrades en ouvrent l'entrée à ceux qui descendent par l'avenue. Elles se raccordent avec les talus de gazon qui garnissent les parties latérales de ce parterre composé de quatre pièces de gazon, bordées de plates-bandes fleuries , entre lesquelles est le bassin octogone, dont la surface est animée par des cygnes,

SOIS LOUIS XIII. L\'à.5

L ancien jardin avait été dessiné par Jacques Desbrosses, architecte du palais; il construisit aussi, à l'extrémité orientale de l'allée continue à la façade du palais, une fontaine, remarquable par ses bossages et ses congélations multipliées.

Cette fontaine était dans un état déplorable, et tombait en ruines. En 1802, elle fut entièrement restaurée. Les deux figures placées au-dessus du fronton , qui représentent un ileuve et une naïade, furent refaites ainsi que leurs accessoires. On n'avait, de mémoire d'homme, jamais vu cette fontaine donner de l'eau; on lui a procuré cet avantage : au-dessus des rocailles où elle coule, on a placé une statue de naïade sortant du bain.

La partie supérieure des talus qui entourent le parterre est ornée de vases, de statues en marbre : quelques-unes antiques, restaurées, quelques autres sculptées d'après l'antique \

Depuis on a dégagé le palais des bâtiments contigus à ses faces latérales : on a fait disparaître , du côté de Test , une orangerie, et du côté de l'ouest, quelques bâtiments qui servaient de communication de ce palais à l'hôtel dit le Petit-Luxembourg. On a établi sur la rue de Vaugirard, à chaque côté des deux parties latérales du bâtiment , une grille d'entrée, des plantations en quinconce, une fontaine élégante, décorée d'une statue en marbre, et un rosarium, clos de treillages. Le jardin s'est agrandi par

' Presque toutes ces statues, qui du reste sont loin pour la plupart d cire des modèles de sculpture, ont subi des mutilations considérables. Espérons, puisqu'on s'occupe avec activité d'élever de nouvelles constructions au Luxembourg, que tout ce qui tient à L'ornement soit du palais , soit du jardin , sera bientôt coinplé tement réparé ou remplacé. (IL)

l'adjonction de ces deux emplacements. Ces derniers travaux, ainsi que quelques autres, ont été exécutés sur les dessins de M. Baraguei , architecte de la Chambre des Pairs \

On arrive dans ce jardin par huit entrées principales, toutes ornées de grilles en fer.

Du temps de la régence du duc d'Orléans, le palais et le jardin du Luxembourg furent le théâtre le plus ordinaire des plaisirs ou plutôt des débauches de la duchesse deBerri, fille du régent. Dans les Mémoires de Duclos , on lit le fait suivant: « La duchesse de Berri... , pour » passer les nuits d'été , dans le jardin du Luxembourg, » avec une liberté qui avait plus besoin de complices que » de témoins, en fit murer toutes les portes, à l'exception » de la principale , dont l'entrée se fermait et s'ouvrait, » suivant l'occasion 2. »

La ligne méridienne de l'Observatoire traverse le jardin du Luxembourg et se dirige sur l'angle ouest du pavillon qui forme l'extrémité de la façade du palais du côté du jardin , de sorte que l'axe de la grande avenue incline un peu à l'est, et forme au point d'intersection avec la ligne méridienne un angle très-obtus.

La pente totale depuis l'Observatoire jusqu'à la façade du palais du Luxembourg, ou la différence des niveaux qui se trouve entre ces deux points , est de ]6A pieds.

On a placé, en janvier 4819, au milieu de la pièce de gazon qui est à l'extrémité du parterre, un piédestal sur lequel est un méridien à détonation, d'une invention nou-

* Cette partie vient de recevoir une nouvelle distribution. (B.)

2 Mémoires secrets sur le règne de Louis XIV , tom. ï, p. 2G7, édition de 4 808.

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velle duc au sieur Régnier , et dont l'amorce n'a rien à craindre du vent, de l'humidité ni de la neige.

Petit-Luxembourg, palais ou hôtel situé rue de Vaugirard, à l'ouest, et contigu au palais du Luxembourg. 11 fut commencé vers l'an 4629, par l'ordre du cardinal de Richelieu, qui l'habita en attendant que îe Palais-Royal fût construit. Lorsqu'il vint occuper ce dernier palais, il donna à la duchesse d'Aiguillon, sa nièce, le Petit-Luxembourg, qui passa, à litre d'hérédité, à Henri-Jules de Bourbon-Condé. Après sa mort, la princesse Anne, palatine de Bavière , y demeura et y fit exécuter des réparations et accroissements considérables. Elle fit construire, de l'autre côté de la rue de Vaugirard, pour ses officiers, pour ses cuisines et écuries , un hôtel qui communique au Petit-Luxembourg par un passage souterrain pratiqué sous la rue.

Cet hôtel, habité par des princes de la maison de Bourbon-Condé, reçut aussi le nom de Petit- Bout bon.

Le Petit-Luxembourg fut le siège du gouvernement directorial : quatre des directeurs l'habitaient; le cinquième logeait dans le grand palais; les directeurs y ont demeuré depuis vendémiaire an IV (octobre ÎT96), jusqu'au 20 brumaire an VII {\ 1 novembre \ 799).

En \%\GÀ et -1813, on a démoli des bâtiments qui formaient la communication entre le Grand et le Petit- Luxembourg; et, dans l'intervalle, on a établi, comme je l'ai dit, une plantation en quinconce, et, sur la rue de Vaugirard , une longue grille en fer.

Aqueduc d'Arci eil. Il fallait des eaux pour les besoins et l'agrément du palais et des jardins du Luxembourg , où Marie de Médicis avait résolu de prodiguer toute es-

4'^B HISTOIRE Dt PARIS

pèce de magnificence. Il n'existait encore aucune fontaine dans la partie méridionale de Paris; on ne pouvait en prendre dans la ville : on fut donc oblige d'en faire venir de la campagne.

Déjà, sous Henri IV, cette disette d'eau et les vestiges de l'aqueduc bâti du temps des Romains avaient fait penser à son rétablissement. Sully ordonna, en -1609, des fouilles et des tranchées à travers la plaine de Longboyau, du côte de Rungis, afin d'y trouver, s'il était possible, les eaux que les Romains avaient conduites au palais des Thermes; mais la mort de Henri IV arrêta l'exécution de ce projet.

En 4612, Joseph Aubry proposa, le premier, le projet de conduire les eaux de Rungis à Paris; mais ses demandes financières parurent exorbitantes; son projet fut rejeté. Hugues Crosnier lit ensuite la proposition de conduire à Paris 50 pouces deau ', 18 pour le roi, et 42 pour la ville , moyennant la somme de 748,000 liv. , se réservant pour lui l'excédant de ces 50 pouces d'eau. L'entreprise fut mise au rabais, et adjugée le 8 octobre 1612, à Jean Coing, maître maçon de Paris, pour la somme de 460,000 liv. Le 47 juillet 4615, le roi Louis Xlll et la régente, sa mère , posèrent, avec de fastueuses et inutiles cérémonies, la première pierre de l'aqueduc qui fut bâti sur les dessins de Jacques Desbrosses, et achevé en 4624.

Une partie de cet aqueduc traverse le vallon d'Arcueil sur vingt-cinq arches. La hauteur de cette construction est de 4 2 toises, sa longueur de 200. Ce morceau d'ar-

1 On appelle pouce, (Veau la quantité qui s'écoule par un orifice d'un pouce «superficiel. Comme cet oriliee contient 1 -î 4 lignes carrées, le pouce d'eau se divise en 144 parties appelées lignes.

diiteeture, imposant par sa grandeur, beau par ses formes , rappelle les magnifiques aqueducs des Romains.

Ces arcades furent bâties tout auprès de l'aqueduc antique, ouvrage exécuté sous la domination romaine pour conduire leau au palais des Thermes. Près de la face méridionale des arcades modernes existe encore un fragment considérable de l'aqueduc romain.

Dans l'espace existant entre Arcueil et Paris , on voit , de distance en distance, plusieurs petites constructions qui sont des regards de la conduite d'eau. La longueur totale de cette conduite, depuis Arcueil jusqu'au château d'eau situé à côté de l'Observatoire , est de C,(>00 toises.

« Depuis Arcueil jusqu'à Paris, dit M. Héricart de » Thury, l'aqueduc forme une grande galerie souter- » raine, qui fut malheureusement établie, dans quel- » ques parties de la plaine de Montsouris, sur des car- » rières très-anciennes et alors inconnues. Les infiltrations, » les pertes d'eau, les tassements et les affaissements qui « en furent la suite, l'éboulement dune partie de l'aque- » duc , l'inondation de toutes les carrières et linterrup- » tion du service des fontaines de Paris que les eaux de » Rungis alimentent, ont obligé l'inspection générale » (des carrières) à faire de très-grands ouvrages pour sa » restauration \ w Ces grands ouvrages furent commencés en 1777.

L'aqueduc n'était pas encore terminé que l'on vit des solliciteurs puissants, des collèges, des communautés religieuses, demander des concessions d'eau, concessions qui s'accordaient alors sans discernement. Le public, qui

1 Description des catacombes de Paris , p. 26 ?>.

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avait payé les frais de l'aqueduc , fut la dupe de cette prodigalité '.

Fontaines. En \&Lo , l'aqueduc achevé, les eaux de Rungis parvenues au château d'eau de l'Observatoire, on s'occupa de leur distribution : 4 8 pouces furent livrés au roi pour le palais et le jardin du Luxembourg, et \ 2 pouces à la ville, qui les répartit dans les quartiers de Saint- Jacques, de Saint-Victor et dans la rue des Cordeliers. Quatorze fontaines furent construites et alimentées par cette portion d'eau. On en conduisit même , à travers le pont de Notre-Dame, jusqu'à la place de Grève, où était une fontaine qui fournissait de l'eau de Rungis , et dont, le 28 juin 1 62A , Louis XIII posa la première pierre. Celte fontaine n'existe plus.

Les principales fontaines publiques ou particulières qui furent établies alors et alimentées par ces eaux sont :

La fontaine des Carmélites :

La fontaine de la rue Mouffetard , au coin de la rue Pot-de*Fer ;

La fontaine Censier, rue Censier ;

La fontaine Saint-Magloire, rue du Faubourg-Saint- Jacques ;

La fontaine du collège de Navarre , dont la première pierre fut posée en cérémonie le 27 mai \ G25 ;

La fontaine Saint-Michel, à l'extrémité méridionale de la rue de La Harpe ;

La fontaine Sainte-Geneviève, rue et montagne Sainte- Geneviève ;

1 Les frais de cet ouvrage furent payés par un droit d'entrée imposé sur les vins.

SOUS LOUIS XIIT. /j.3 1

La fontaine Saint-Côme, rue des Cordeliers , elc.

La fraude des concessionnaires, l'ignorance où étaient alors les ingénieurs des véritables lois de l'hydraulique, nuisirent au service des fontaines publiques. 11 fallut recourir à la ressource de retirer ou restreindre les concessions. Ce mal et ce remède s'étaient déjà souvent renouvelés , et se renouvelèrent encore.

La notice de cet aqueduc et des fontaines qu'il alimente dans la partie méridionale de Paris me fournit l'occasion de parler d'une seule fontaine qui , sous le même règne , fut établie dans la partie septentrionale de cette ville.

Fontaine des Haudriettes , située au coin de la rue des Vieilles-Haudriettes et de celle du Chaume. Elle fut établie en 4636, et nommée d'abord Fontaine-Neuve; mais elle reprit son ancien nom en \ 760 , époque où elle fut reconstruite sur les dessins de Moreau. Sa composition est d'un goût pur; le bas-relief, qui représente une naïade, est l'ouvrage de Mignot. Elle est aujourd'hui alimentée par les eaux de la pompe de Chaillot.

Statue équestre de Henri IV, placée sur le môle qui se trouve à l'ouest et au milieu du Pont-Neuf. Voici l'historique de l'érection de cette statue.

Ferdinand, grand-duc de Toscane, fit couler en bronze un cheval colossal , dans le dessein de le faire surmonter par son effigie. Jean deBoullongne, élève de Michel-Ange, fut chargé de ce travail. Ferdinand mourut , et le cheval resta sans cavalier. Cosme II , son successeur, offrit à Marie de Médicis , régente de France , ou accorda à sa demande, ce cheval de bronze, le fit restaurer et monter sur un vaisseau à Livourne. Ce vaisseau traversa la Mo-

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diterranée , le détroit de Gibraltar et l'Océan, et vint échouer sur les côtes de Normandie. Ce cheval de bronze resta pendant une année entière au fond de la mer. On Yen retira à grands frais; et, transporté sur un nouveau bâtiment, il arriva, au commencement de mai -1614, au port du Havre; de là, on lui fit remonter la Seine jusqu'à Paris. Le chevalier Pescolini , chargé d'offrir ce présent au roi et à la reine, leur annonça sa prochaine arrivée. En conséquence , on fit construire un piédestal en marbre, dont le roi , le 42 juin de la même année, posa en grande cérémonie la première pierre.

Le piédestal achevé, on y éleva le cheval, en attendant le cavalier qui devait le monter. De là vint que le peuple, accoutumé à voir ce cheval seul, prit l'habitude, même lorsqu'il fut surmonté par la figure de Henri IV, de nommer l'ensemble du monument le cheval de bronze.

Plusieurs années s'écoulèrent avant l'entier achèvement de cette statue équestre.

Le piédestal fut élevé sur les dessins de Civoli. Aux quatre angles on plaça des figures assez mesquines, qui représentaient des vaincus garrottés, et rappelaient que le malheur suit toujours les succès du pouvoir.

Les quatre bas-reliefs de ce piédestal représentaient les batailles d'Arqués et dlvry, l'entrée de Henri IV à Paris, la prise d'Amiens et celle de Montmélian. Les figures du piédestal et les bas-reliefs étaient de Francheville.

La figure de Henri IV fut exécutée par Dupré. Il était représenté la tète nue, le corps tout entier couvert d'une armure à la française, tenant d'une main la bride de son cheval , et de l'autre le bâton de commandement. Dans une des inscriptions dont le piédestal était chargé , on

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lisait le nom de Richelieu, qui avait, en 4655, (ait terminer cet ouvrage.

Ce monument , le premier de ce genre qui ait paru dans Paris, était entouré d'une grille, sur le devant de laquelle on avait placé une table de bronze, portant une inscription où se trouvait encore le nom de Richelieu. Elle lut enlevée en 4790.

Pendant les divisions qui , en 4788, agitaient la cour et les parlements, la tête de Henri IV fut couronnée de fleurs et de rubans.

Dans les premiers jours de la révolution , en \ 78D, on plaça sur I oreille de celte statue la cocarde nationale.

Pendant les journées des 45 , 4 G et 4 7 juillet 4790, on plaça devant le piédestal une vaste décoration représen tant un rocher, sur lequel la statue équestre de ce roi semblait élevée; et, pendant les soirées de ces journées, on exécuta des concerts, des chants et des danses. Aucun hommage ne fut rendu aux statues des autres rois.

Dans un moment d'alarme et de besoin de métal pour fabriquer des canons, dans un moment où l'armée du roi de Prusse s'avançait sur Paris, et où la mémoire des rois était peu respectée, au mois d'août 4 792, on renversa dans cette ville toutes les statues des rois , et celle de Henri IV ne fut pas même exempte de la proscription.

Une nouvelle statue équestre de ce roi a été rétablie à la même place. Je dois me borner à l'indiquer r.

* Je réparerai au moins par quelques mots le laconisme de Dulaure. La nonvelle statue de Henri IV a été fondue, le 5 octobre 4 817 , dans les ateliers de M. Lemot, au faubourg du Houle. Louis XVIII posa, le 23 octobre suivant, la première pierre du piédestal , dans l'intérieur de laquelle on plaça un magnilique exemplaire de la Jltnriade. Le piédestal est orne" de deux bas-reliefs : le sujet de l'un est l'entrée d'Henri TV à Paris ; l'autre représente ce prince , au moment où il donne l'ordre à ses soldats de laisser entrer des vivres dans Paris

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