TOME iv
Cours-la-Reine , situé le long de la rive droite de la Seine , dont il est aujourd'hui séparé par la route de Versailles. Il commence à la place Louis XV, et se termine à l'extrémité de l'Àllée-des-Veuves et au quai Debilly. Marie de Médicis fit, en 4646, tracer et planter ce cours de quatre rangs d'arbres. Cette promenade, destinée pour la reine et pour sa cour qui venaient fréquemment la parcourir à cheval et en carrosse , fermée aux extrémités par des grilles, et à ses côtés par des fossés, était souvent interdite au public. Il n'existait point encore à Paris d'autre promenade régulièrement plantée.
Les arbres de ce cours furent arrachés , et on en substitua de nouveaux en 4 723.
Pont-au-Change. Après la débâcle de l'an 4408 dont j'ai parlé1, ce pont fut mal réparé. Il était détruit en -1510; il fut encore détruit et reconstruit on ne sait à quelle époque. Le 45 mai 1579, un trésorier de France vint annoncer au parlement que ce pont était près de tomber ; il tomba en effet, et fut encore reconstruit.
Le 50 janvier 464 6, un affreux débordement, mêlé d'énormes glaçons, l'endommagea considérablement, et plusieurs des maisons dont il était chargé furent entraînées; dans la suite on le répara 2.
assiégé et réduit à la famine. On voit en outre gravées sur ce piédestal diverses inscriptions. La statue a 14 pieds de haut, pèse 50 milliers et a coûté seule 337,860 francs. (B.)
4 Voyez Ponts de Paris , t. III.
a Les eaux entraînèrent les meubles des maisons de ce pont et du pont Saint- Michel jusqu'aux environs de la ville de Saint-Denis.
On lit dans les Registres, manuscrits du parlement : c Le \ 0 février -I 61 C , » le procureur-général remonstra qu'il a eu avis que, près Saint-Denis et autres j> environs de cette ville, sur les bords de la rivière, se trouvaient plusieurs » meubles précieux et autres, tombés en icelle par la. ruine naguerre advenue des a maisons sur les ponts Saint-Michel et aux Changeurs. Lesquels meubles ayant
SO[lS LOUIS XIII. 4^r>
Dans la nuit du â3 au â4 octobre i6%i , le feu ayant pris au pont Marchand, qui n'en était séparé que d'environ cinq toises , les ilammes , poussées par un vent d'ouest, atteignirent le Pont-au-Change , et dans moins de trois heures il fut réduit en cendres. Les débris de ces ponts interceptaient le cours de la Seine. Le parlement en ordonna le déblaiement. On fit informer contre les auteurs de cet incendie : on ne les découvrit point. Cette cour autorisa des quêtes pour subvenir aux besoins des incendiés; car ces deux ponts étaient bordés de maisons habitées.
On ne commença à reconstruire le Pont-au-Change qu'en -1639 , et on ne l'acheva entièrement qu'en 4647 ; il fut bâti en pierres et bordé de maisons; en 4658 il fut ébranlé.
Ce pont, à son extrémité septentrionale, avait deux entrées formées par un groupe triangulaire de maisons : l'une communiquait à la rue et au quai de Gèvres , l'autre se dirigeait vers le Grand-Châtelet. La façade de ce groupe de maisons qui correspondait au milieu de la route du pont était ornée d'un groupe de trois figures ronde-bosse en bronze, sur un fond de marbre noir, représentant Louis XIII , Anne d'Autriche son épouse et leur fils Louis XIV, âgé de dix ans. Il était l'ouvrage de Simon Guillain. Au-dessous de ces figuresse voyait un basrelief représentant deux esclaves, ouvrage d'un beau style.
» été demandas par ceux auxquels ils appartenoient , la délivrance en a été* rc- » tardée sous prétexte des droits d'épaves, bris et naufrages prétendus par » ceux qui les ont trouvés . au p,rand préjudice et dommage tant des particuliers j> que du public ; requiert qu'ils leur soient rendus promptement sans aucun droit » d'épaves, bris et naufrages. » La cour rendit un arrêt conforme au réquisitoire ; mais elle n'abolit point ce droit barbare qui a subsisté sur les côtes de F»re» laftne jii>qn"au tomp-, de I:» révolution.
En 1788, Louis XVI , par son édit d'emprunt de 50 millions , affecta la somme de \ ,200,000 livres à l'acquisition et démolition des maisons dont ce pont élait en grande partie couvert ; elles furent démolies.
Ce pont, composé de sept arches à plein ceintre, a, entre les culées, cent vingt-trois mètres soixante-quinze centimètres de longueur , et trente-deux mètres soixante centimètres de largeur ; il est le plus large des ponts de Paris.
Pont-Saint-Michel , dont j 'ai déjà parlé4. Renversé en 4 408 et en 4547, reconstruit la première fois en pierre, la seconde fois en bois, il fut de nouveau presque totalement emporté et rétabli ensuite. Dans la nuit du 30 janvier i6i6, après un froid extrêmement rigoureux 2, survint un dégel et un débordement d'eau et de glaçons, qui emporta la partie du pont Saint-Michel du côté d'amont , détruisit les maisons dont il était chargé, et causa une perte considérable à ceux qui les habitaient.
Ce qui restait du pont Saint-Michel tomba au mois de juillet suivant.
Une compagnie s'offrit de faire reconstruire ce pont en pierre , à ses dépens, et de faire élever, de l'un et de l'autre côté, trente-deux maisons, à condition quelle jouirait des revenus de ces maisons pendant l'espace de soixante ans ; elle promettait en outre de payer un écu d'or de redevance annuelle pendant cet intervalle de temps, lequel passé, la propriété en resterait au roi. En 4657 on
. * Voyez t. III , Ponts de Paris.
2 Le froid fut si vif, que Louis XIII revenant de Bordeaux où son mariage fut célébré, et se rendant à Paris avec sa nouvelle épouse , vit périr en chemin une grande partie de son escorte. On compta que du seul régiment des gardes, composé de trois mille homme*, plus de mille en ce voyage moururent de froid.
SOUS LOUIS xin. 4^7
changea les ternies de cette convention ; en 4672 , le roi abandonna la propriété de ce pont, moyennant une finance de 200,000 livres , 42 deniers de cens, et 20 sous de rente par chacune des trente-deux maisons. Un malheur public devenait un profit pour le fisc.
Un édit du roi , donné en septembre 1 786 , portait que les maisons élevées sur les ponts de Paris seraient abattues. Cet édit ne reçut son exécution, à l'égard du pont Saint-Michel , qu'en 4 808 et en 4809.
Les trente-deux maisons de ce pont lurent abattues; la route fut élargie , et sa pente , trop raide, beaucoup adoucie. On y établit des trottoirs et des parapets. On abattit pareillement des maisons élevées sur le bord de la Seine , vers la partie méridionale de ce pont, qui , du côté du quai des Àugustins , formaient une petite rue appelée rue de Hurepoix , qui a disparu et dont remplacement a contribué à élargir la partie de ce quai qui débouche sur la place méridionale du pont Saint-Michel.
A l'extrémité septentrionale de ce pont était pareillement une suite de maisons élevées sur la rive droite de la Seine , qui formaient , avec les maisons qui bordent aujourd'hui le quai des Orfèvres, une rue appelée Saint- Louis. Cette rue n'existe plus; le quai fut élargi et les abords du pont devinrent beaucoup plus faciles. Par ces réparations , les quartiers situés aux deux extrémités de ce pont, quartiers autrefois obscurs et hideux , ont été embellis, éclairés et assainis.
Ce pont se compose de quatre arches à plein cintre : sa longueur entre les culées est de cinquante-sept mètres soixante centimètres: sa largeur entre les tètes, de Vingtcinq mètres dix centimètres.
438 histoire de paius
Pont-Barbier , situé à l'endroit du quai Voltaire où la la rue de Beaune vient y aboutir. Depuis longtemps on communiquait du Pré-aux-Clercs aux Tuileries par un bac qui traversait la Seine , bac qui a donné son nom à un chemin , ensuite à la rue appelée du Bac. En 4652, le sieur Barbier, qui possédait un clos à l'ouest de ce chemin , construisit sur la rivière un pont en bois. Ce pont fut nommé Pont-Barbier, du nom de son entrepreneur; Pont Sainte-Anne , de celui de la reine Anne d'Autriche ; et des Tuileries y parce qu'il y aboutissait. On le nomma aussi Pont-Rouge , parce qu'on le peignit de cette couleur. 11 fut endommagé et brisé plusieurs fois par la violence des eaux. Toujours réparé , il exista jusqu'au 20 février 468^, époque où il fut entièrement emporté. Ce pont en bois se composait de dix arches; au milieu de sa longueur était placée une construction en bois , bâtie sur pilotis , qui paraît avoir servi à une machine hydraulique. On lui substitua dans la suite un pont en pierre appelé Pont-Royal. (Voyez cet article.)
Palais de la Cité. Dans la nuit du 5 au 6 mars 4618, le feu prit à la charpente de la grand'salle du Palais. Les pièces de bois enflammées tombèrent sur les boutiques placées dans cette salle. L'incendie, favorisé par un vent du midi, fit des progrès rapides; la grand'salle, la première chambre des enquêtes, le parquet des huissiers, les salles des requêtes de l'hôtel, du greffe, du trésor, etc., furent détruits et plusieurs registres du parlement brûlés ou perdus. La fameuse table de marbre , siège d'un tribunal de ce nom , sur laquelle les rois donnaient des festins dans de grandes solennités, et les clercs de la Basoche jouaient leurs farces , ainsi ques le statues des roit>
SOLS LULIS xm. 4^9
Francs qui décoraient cette grande salle , lurent brisées. On employa pour arrêter les ravages du feu tous les moyens alors en usage, des seaux de cuir, delà paille mouillée, etc. On ne connaissait point encore l'usage des pompes à incendie.
On s'occupa bientôt après de réparer ces destructions. Jacques Desbrosses, architecte, enfui chargé. La grand'salle fut reconstruite sur ses dessins, et terminée en 4622. J'ai donné sa description aux articles Parlement et Palais de Justice ' .
Ile Saint-Louis, la seconde des îles de la Seine que Ion rencontre en entrant dans Paris par le cours de cette rivière. Elle portait autrefois le nom d'Ile Notre-Dame, parce quelle appartenait à l'église de ce nom, comme je l'ai dit ci-dessus2.
Cette île était encore divisée en deux parties par un fossé qui servait aux fortifications de la ville 7 lorsque Henri IV forma le projet d'y faire bâtir des maisons et d'en former un quartier de Paris. Ce projet ne fut exécuté que sous le règne de son successeur.
En 4614 , Louis XIII acquit cette île du chapitre de Notre-Dame ; et Christophe Marie, entrepreneur général des ponts de France , fut chargé , par acte du 49 avril de cette année , de toute l'entreprise. 11 prit l'engagement de joindre les deux îles en remplissant le canal qui les divisait , de les revêtir, dans l'espace de dix ans, de quais en pierre de taille, dy ouvrir des rues larges de quatre toises, d'y construire des ponts qui communiqueraient à la ville, à condition qu'il y établirait un jeu de paume, une
1 JVezt.II,i».370,370.
3 tfo/fet. II, p. 365.
maison de bains, et que, pendant soixante ans, lui et ses héritiers percevraient sur chaque maison 42 deniers de cens , avec droits de lods et ventes. Après ce terme , ce droit seigneurial devait revenir au roi.
Le sieur Marie associa à cette entreprise les sieurs Le Regrattier et Poulletier ; et les premiers travaux furent dirigés vers la construction d'un pont dont le roi et la reine sa mère, le M août j\6iA , posèrent la première pierre. Ce pont, suivant le projet, devait communiquer à File, ensuivant la direction de la rue desNonaindières : c'est le pont Marie , dont il sera parlé.
L'entreprise se continuait avec activité, lorsqu'on 4616 le chapitre de Notre-Dame y mit opposition, et interrompit les travaux. Enfin, en 4 61 8, un arrêt du conseil décida que le marché fait avec le sieur Marie serait exécuté , et que, pour dédommager le chapitre du droit de propriété, il lui serait payé \ ,200 livres de rente sur le domaine de la ville; que les droits de censive, lods et ventes, après les soixante années de jouissance par le sieur Marie et ses héritiers, reviendraient à ce chapitre; de plus , que le terrain situé à Test de l'église Notre-Dame . autrefois nommé la Motle-aux-Papclards , serait revêtu d'un mur en pierres de taille. Ces difficultés levées , les travaux furent repris.
Déjà une partie des maisons était construite dans Plie , lorsque les entrepreneurs, on ne sait par quel motif, cédèrent leur marché au sieur Lagrange, secrétaire du roi. Alors la ville passa avec ce dernier, le \ 6 septembre \ 625, un nouveau contrat, par lequel le sieur Lagrange s'obligea continuer les ouvrages commencés , et de plus à construire un pont en bois pour communiquer de l'île Saint-Louis à l'île de la Cité, pont quoi) a dans la suite
SODS LOUIS XIII. 44l
appelé le Pont-Rouge; à terminer les travaux du pont commencé par Marie , et à en construire un nouveau en pierres du côté de la Tournelle, dans l'alignement du précédent. Lagrange s'engageait en outre à achever tous ces travaux dans l'espace de six ans.
Mais ce nouvel entrepreneur ne tut point exact à remplir ses engagements. Les travaux ne se continuaient point , ou ne se continuaient qu'avec lenteur. Il y eut plusieurs procès entre Lagrange et les premiers entrepreneurs, et ceux-ci reprirent , en 4627 , l'entreprise aux mêmes conditions qu'on avait imposées à Lagrange.
Marie et ses associés continuèrent donc les travaux , mais ils lurent longtemps suspendus par les oppositions toujours renaissantes du chapitre de Notre-Dame. Enfin, pour lever tous les obstacles, il fut arrêté, en i642, que le roi ferait l'acquisition d'un emplacement situé vers le port Saint-Landri , pour y établir la culée du pont de bois.
Plusieurs autres conditions furent exigées par le chapitre, et notamment on s'engagea à lui payer dans l'espace d'un mois la somme de 50,000 livres. Les entrepreneurs, pour se procurer cette somme, obtinrent un arrêt du conseil du roi, qui les autorisait à la prélever sur les propriétaires des maisons et masures de l'île. Alors ces propriétaires , mécontents des entrepreneurs , demandèrent au roi, et obtinrent, en IG-43, d'être subrogés aux droits de Marie et de ses associés, s'oifrant d'achever dans trois ans les ponts et les quais qui restaient à construire, de payer les 50,000 livres promises au chapitre, de donner une pareille somme pour faire entourer de murailles le terrain ou la MoUc-aux-Papclards , enfin de remplir tous les engagements imposés aux précédents
44^ UlSTOlllE DE PARIS
entrepreneurs. Ce fut un nommé Hébert , propriétaire de maisons dans Tile , qui , associé aux autres propriétaires, en acheva toutes les constructions.
Ainsi les bâtiments de cette île , commencés en y\6iA par Marie et ses associés, continués en 46â5 par Lagrange , repris en 4627 par Marie et compagnie, furent achevés en iGA7 par Hébert et autres propriétaires dans Tile.
Cette île, ainsi couverte de maisons, offrit le premier exemple , dans Paris, d'un quartier construit sur un plan régulier, dont toutes les rues sont alignées et se coupent entre elles à angle droit. Elle est entourée de quais. La rue la plus étendue traverse lîle dans sa plus grande longueur , et se nomme rue Saint-Louis , à cause dune église de ce nom dont je vais parler. La rue d'Entredeux-Ponts traverse l'île dans sa largeur , et se trouve dans l'alignement de deux ponts qui y aboutissent : le pont Marie et le pont de la Tournelle. D'autres rues traversent aussi cette île , telles que les rues Regrattière et Poulletière , qui doivent leurs noms à ceux des deux associés de l'entrepreneur Marie.
A l'extrémité orientale de cette île est une estacade en bois, fermant presque entièrement le bras de la Seine qui coule entre cette île et lîle Louviers , laissant aux bateaux et coches un passage convenable. L'objet de cette construction en bois est de briser l'effort des glaces lors des débâcles , et d'abriter les nombreux bateaux de charbons et autres qui , comme dans une gare , remplissent l'espace qui s'étend depuis cette estacade jusqu'au Pont- Marie.
Saiîst-Lous-en-lîle, église, première succursale de lu
paroisse Noire-Dame , située rue Saint-Louis, ile et quartier Saint-Louis , entre les n0s 4 3 et 1 o. Quelques masures existaient dans cette île avant que l'autorité entreprît d'y construire un quartier. Un maître couvreur, nommé Mcolas, y établit, vers Tan 4646, une petite chapelle où Ton disait la messe, lorsqu en 4622, les constructions nouvelles ayant accru le nombre des habitants, on lut obligé d'agrandir la chapelle. L'était alors une petite église qui avait douze toises de longueur sur six ou sept de largeur, mal orientée, bien éclairée, couverte en ardoises, et dédiée à saintLouis et à sainte Cécile, comme le témoigne le procès-verbal qu'en avril 4625 lit dresser l'archevêque de Paris. Le \k juillet suivant, elle fut érigée en paroisse; le nom de Saint-Louis lui fut spécialement appliqué , et ce nom devint celui de l'île entière.
Hébert et les autres habitants de l'île, qui s'étaient chargés d'en continuer et achever les constructions , entreprirent dans la suite de rétablir cette église. On commença par élever le chœur , dont la première pierre fut posée en 466>i, et de la chapelle on fit la nef. Ces deux constructions ir étaient point en harmonie. La nef, partie ancienne, tombait en ruine; on commença à la reconstruire en 4 702 , sur les dessins de Levau , et elle ne fut entièrement achevée et dédite sous l'invocation de saint Louis qu'en 4 725.
Le 2 février 4 701 , un ouragan terrible, qui causa plusieurs dégâts dans Paris, ébranla le bâtiment de celte église; une poutre se détacha et tomba sur la tête du marquis de Verderonne qui en fut mortellement blessé \ Cette église n'a rien de remarquable, si ce n'est sou
' Mémoires de Dan^ciu, publics par madame <lc Sarlory . I. J . j>. 213.
444 HISTOIRE DE PAUlS.
clocher, qui , bâti en pierre , a la forme d'un obélisque percé à jour dans diverses parties de sa longueur.
Pont-Marie. Ce pont, qui communique de l'île Saint- Louis au quai des Ormes, fut, comme je l'ai dit ci-desdessus , commencé en \6\U. Le roi et la reine sa mère, en grande cérémonie , le 4 1 octobre de cette année , eu posèrent la première pierre. Les travaux en furent discontinués autant de fois que ceux de l'île, et ne se terminèrent entièrement qu'en 4655. 11 reçut le nom de l'entrepreneur Marie.
Le 4 er mars 4 658, la Seine , extraordinairement débordée , entraîna deux arches de ce pont, du côté de l'île; plusieurs personnes périrent. 11 s'y trouvait deux maisons habitées par des notaires ; l'une d'elles fut engloutie avec les arches du pont , et le notaire fut enseveli avec ses minutes.
Le roi ordonna la reconstruction de ces deux arches. En attendant l'exécution de cet ordre, on établit à leur place des arches en bois ; et , sur le pont, un péage qui devait se percevoir sur les passants pendant dix ans , et dont le produit devait être employé à la construction des arches abattues. 11 paraît qu'après ces dix ans révolus la restauration s'exécuta. On rebâtit les arches en pierre; mais on n'y éleva point de maisons dessus ; de sorte que, depuis environ 4670 jusqu'à la fin de l'année 4788, ce pont resta en partie couvert de maisons , tandis que l'autre partie laissait un vide qui faisait désirer la destruction de celles qui existaient encore. A la fin de l'an 4788, et au commencement de 4 789 , le pont fut entièrement débarrassé de maisons. On les remplaça par des trottoirs commodes ; la route fut élargie, la pente adoucie ; et la vue, dans cette partie de Paris, ne lut plus arrêtée par
SOUS LOUIS XIII. /j/|f)
le spectacle de vieilles maisons suspendues sur le cours de la rivière. •
Ce pont a cinq arches à plein cintre : sa longueur entre les culées est de quatre-vingt-treize mètres quatre-vingtdix-sept centimètres; et sa largeur, de ving-trois mètres oixante-six centimètres.
Pont de la Tournelle, qui sert de communication entre le quai de la Tournelle et l'île Saint-Louis, il fut établi sur la ligne du Pont-Marie, d'après les engagements pris en 466A par le sieur Christophe-Marie ; il était construit en bois, et on le voit figurer sur le plan de Paris fait en 4620. En 4637, il fut emporté par les glaces; quelque temps après, on le rebâtit pareillement en bois. En 46/48, il menaçait ruine. En 4 651 , une grande partie fut emportée par les eaux de la Seine; ensuite on le reconstruisit en pierre. En 4654, il n'était point encore terminé, comme le prouvent divers arrêts ou ordonnances; il ne le fut qu'en 4656. Son achèvement à celte époque est attesté par une inscription placée sous une de ses arches.
Le pont de la Tournelle est bordé de trottoirs; on y a fait depuis, à diverses reprises, des réparations qui en ont rendu le passage plus commode. Il se compose de six arches a plein cintre : sa longueur entre les culées est de cent seize mètres cinquante-huit centimètres; sa largeur entre les têtes est de quatorze mètres soixante-quinze centimètres.
Pont-Rouge. Il servait de communication entre la pointe occidentale de l'île Saint-Louis et l'île de la Cité. Une des clauses du traité conclu en A0\U avec le sieur Marie, et en 4623 avec le sieur Lagrange , portait qu'il serait construit un pont en bois sur le bras de la Seine
[\[\i\ HISTOIRE DE PARIS
qui coule entre l'île de la Cité et celle de Saint-Louis. Les oppositions fréquentes du chapitre de Notre-Dame retardèrent la confection de cet ouvrage , et la forme étrange que Ton fut obligé de lui donner est un témoignage de l'obstination de ce chapitre à contrarier sa construction.
Ce pont ne coupait pas à angle droit le fil de l'eau ; partant de la pointe de l'île Saint-Louis, il n'aboutissait point directement à la rive opposée ; arrivé à quelque distance de cette rive de la Cité, par respect pour des maisons de chanoines, il la longeait dans l'espace d'environ vingtcinq toises, formait un angle obtus, et descendait jusqu'à une petite place du cloître Notre-Dame, où aboutissait la petite rue d'Enfer.
Ce pont, fort irrégulier par sa forme, était presque entièrement terminé en 4654; les gens de pied pouvaient alors y passer, comme le prouve l'événement malheureux dont je vais parler.
En cette année , le pape ayant accordé un jubilé , on ordonna à Paris une procession générale. Trois paroisses , empressées de passer processionnellement, et jalouses sans doute d'obtenir l'une sur l'autre la gloire du premier pas, se précipitèrent en foule sur ce pont et rébranlèrent. Des balustrades ou garde-fous peu solides cédèrent en deux endroits à la compression de la multitude. Plusieurs personnes furent précipitées dans la Seine ; d'autres , croyant que le pont s'abîmait sous eux , se jetèrent volontairement dans cette rivière. Vingt personnes perdirent la vie, quarante furent blessées. Cet événement détermina le parlement, eiH656, pendant le jubilé de cette année , à ne plus permettre aux processions le passage des ponts en bois.
Ce pont éprouva tant de secousses par la débâcle de
l'hiver de 4 709, qu'on résolut de le détruire. Il fut rétabli en \!\1 . Alors ou le peignit en rouge; et le nom de cette couleur a , depuis , servi à le désigner.
On n'y passait qu à pied. On y percevait le péage d'un liard par personne. Il ne supportait aucune maison. Vers l'an i 795, il menaçait ruine : il fut détruit. Un arrêté de l'an -1801 ordonna la construction de trois ponts; dans les années suivantes, on construisit, à quelques toises plus haut que l'endroit occupé par le Pont-Rouge, un autre pont qui sert à communiquer de l'île Saint-Louis à celle de la Cité; on le nomme le Pont de la Cité. J'en parlerai ailleurs.
Quai Malaquest, qui s'étend sur la rive gauche de la Seine, depuis la rue de Seine jusqu'à la rue des Saints- Pères. Les maisons qui bordent ce quai faisaient partie du petit Pré-aux-Clercs ; le bord de cette rivière était, en cet endroit, nommé le Port Malacquest , le Heurt du Port aux Passeurs ; et une partie portait les noms de VEcorcherie ou de la Sablonnière. En 1540, l'Université aliéna la plus grande partie du petit Pré-aux-Clercs : l'adjudication s'en fit en i$A%.
C'est vers cette époque qu'il faut placer le comblement de la Petite-Seine , canal large de quatorze toises, qui servait de limite au petit Pré-aux-Clercs, et qui s'étendait depuis la Seine jusqu'au bas de la rue Saint-Benoît. Le quai Malaquest commença à se construire à cette époque ; et lorsque, dans les premières années du dix-septième siècle, Marguerite de Valois fit construire son hôtel sur une partie du petit Pré-aux-Clercs , ce quai porta le nom de quai de la reine Marguerite , parce que son hôtel était placé rue do Seine, rue voisine de ce quai. Cet hôtel ,
qui fut vendu eni6â4, favorisa l'achèvement de ce quai qui put alors se border de maisons particulières. Il ne fut pavé que sous Louis XIV, en 4G70 , comme l'atteste une inscription qui ne subsiste plus sur les lieux, mais qui a été conservée dans le traité d'architecture deBlondel.
Sur le plan de Paris gravé d après le plan en tapisserie dont la copie était à Saint-Victor, on voit, à remplacement du quai Malacquest, et sur le bord de la Seine, Tindication d'une construction, et, à côté, on lit ces mots : La place où l'on voulait faire ÏHôlel-Dicii nouveau.
Grand et petit Pré-aux-Clercs, dont j'ai déjà parlé et désigné la situation \ Ils reçurent, sous ce règne, une nouvelle destination.
Le petit Pré-aux-Clercs fut donné , en 4568, à l'Université, en échange du terrain que les religieux de Saint-Germain avaient pris sur le grand Pré-aux-Clercs , pour faire creuser des fossés autour des murs de leur abbaye. 11 était séparé du grand pré par un canal large de quatorze toises , qui communiquait de la rivière aux fossés de l'abbaye et au bas de la rue Saint-Benoît. Ce canal, nommé Petite-Seine , fut comblé vers l'aiHS^O. EniGOO, Marguerite de Valois acheta, de l'Université, six arpents, pour y bâtir son hôtel. Le petit Pré-aux-Clercs , vers la fin du règne de Henri IV, était entièrement couvert de maisons et d'hôtels avec jardins.
Le grand Pré-aux-Clercs ne tarda pas à éprouver le même sort. Devenu utile à l'Université , qui en était propriétaire, ce corps demanda, le 7 septembre i629 , à la cour du parlement , la permission « de vendre à cens et » à rentes certaines places audit pré, depuis la rue des
1 Voyez \. IT et t. III.
sous louis xur. 449
» Saints-Pères jusque celle du Bac , et trois arpents au- » delà, jusqu'au clos Barbier \ » Ces ventes eurent lieu dans la suite; et, en \ 6^0, les rues de Bourbon et de Verneuil furent ouvertes sur le grand Pré-aux-Clercs.
Marché-aux-Chevaux. Une de ses extrémités communique au boulevard de l'Hôpital , et l'autre à la rue du Marché-aux-Chevaux.
Ce marché fut, sous Henri III , établi sur une partie de remplacement de l'hôtel des Tournelles , et sous Henri IV, placé sur celui du boulevard des Capucines. Par lettrespatentes de juillet \ 6!& , le roi permit à François Barajon, l'un de ses apothicaires et valets de chambre, de faire établir au faubourg Saint-Victor, sur un emplacement anciennement nommé la Folie Eschatart, un nouveau Marché-aux-Chevaux. En \ 760, on fit bâtir, à une de ses extrémités , un pavillon qui sert de bureau et de logement à l'inspecteur du marché.
En 4818, on y a exécuté de grandes réparations : on a nivelé le terrain , et planté de nouveaux arbres et des poteaux sur un plan plus convenablement disposé que celui de l'ancienne plantation.
Ce marché se tient les mercredis et les samedis.
Jardin des Plantes, situé entre le quai Saint-Bernard, la rue de Seine , la rue du Jardin-des-Plantes et la rue de Buffon. Ce jardin porta d'abord le nom de Jardin royal des plantes médicinales ; puis il reçut le nom moins caractéristique de Jardin du Roi. Du temps de la révolution , et jusqu'à l'an \ 84/4, il porta le nom de Jardin des Plantes.
1 Registres manuscrits du parlement , au 7 septembre 1629.
rOME IV. aq
Après cette époque , on a ordonné qu'il serait nommé Jardin du Roi.
Le sieur Hérouard , premier médecin de Louis XIII , obtint de ce roi des lettres-patêjates , de janvier d 626, qui ordonnent rétablissement d'un jardin où seraient cultivées des herbes et plantes médicinales , et dont ledit Hérouard , et ses successeurs premiers médecins du roi , auraient la surintendance. Ces lettres ne désignent point le lieu de cet établissement : elles portent seulement que ce jardin sera placé dans un des faubourgs de Paris et autres lieux voisins et convenables. L'exécution ne suivit pas de près le projet qui fut repris par les sieurs Bouvard, premier médecin du roi , et Gui Labrosse , son autre médecin. Une voirie , appelée des Copeaux, qui ne contenait qu'environ deux arpents, et qui avait appartenu à divers particuliers, fut choisie par ces médecins, et acquise, au nom du roi, par contrat du 21 février 1633. Les terrains voisins ne furent achetés qu'eiH636. Ces diverses parties réunies comprenaient \k arpents, dans lesquels se trouvait englobée la butte des Copeaux, formée par un amas successif de gravois et d immondices de la ville % ainsi que ce monticule prolongé, dont la superficie est en plate-forme , qu'on voit au-dessous et à Test de la butte , et dont la formation a la même origine. Au nord de la butte , à l'endroit où l'on a établi une laiterie, était la voirie des boucliers. Ces lieux, fétides et hideux à voir, sont aujourd'hui ombragés d'arbres toujours verts et dessinés en jardins pittoresques. Ils offrent une promenade champêtre et variée dont je parlerai ailleurs.
Labrosse , ayant obtenu , en 4635 , la confirmation de
1 Voyez t. I, p. 30.
cet établissement, y fit construire des bâtiments et des salles pour des cours de botanique , de chimie et d'histoire naturelle \
Le jardin , placé en face des bâtiments du Muséum d'histoire naturelle, se terminait vers la moitié de sa longueur actuelle ; c'est-à-dire qu'à partir des bâtiments il ne s'étendait pas au-delà de 460 toises 2. A son extrémité orientale , était un vieux mur , au bas duquel coulaient autrefois les eaux du canal de Bièvre, lorsque ce canal traversait l'abbaye de Saint-Victor et une partie de Paris. Entre ce mur et le cours de la Seine étaient des jardins potagers, appelés Marais. Ces marais ont disparu et fait place au prolongement du jardin, qui, alors,
1 Guy Labrosse mourut en 4 643, et eut pour successeurs Bouvard de Fourqueux, fils du premier médecin du roi et conseiller au parlement de Paris ; puis Vautier , Vallot, d'Aquin , Fagon et Poirier, Chirat et Cysternay du Fay, qui rendit de grands services à cet établissement, et qui, en mourant, écrivit au ministre de lui donner Buffon pour successeur.
Ce fut en -1 739 que cet homme illustre fut nommé intendant du Jardin du Roi. En publiant en 4 749 les premiers volumes de son Histoire naturelle, il fit un appel à tous les naturalistes , qu'il invitait à lui envoyer ce qu'ils auraient trouvé de pins remarquable. Les envois furent si abondants , que Buffon , qui avait déjà sacrifié une partie de son logement pour les recevoir, finit par l'abandonner entièrement et transporta son domicile rue des Fossés-Saint-Victor, n° 4 3. Alors la collection fut disposée dans quatre grandes salles qui ont seules formé le Cabinet d'Histoire naturelle jusqu'à la nouvelle organisation. En 1782, Buffon étendit les limites premières du Jardin àcs Plantes , et la nouvelle enceinte fut terminée en 4 784. A la mort du célèbre naturaliste (le 4 6 avril 4 788), la place d'intendant du jardin passa au marquis de la Bularderie, qui fit continuer les travaux commencés. Le 20 avril 1790, M. Lebrun fit au nom du Comité des finances de l'Assemblée constituante un rapport sur le Jardin du Roi, dans lequel il évaluait la dépense de cet établissement à 92,222 livres, dont 12,777 pour l'entretien. Ce rapport se terminait j>ar un projet de décret en sept articles, qui ne reçut pas d'exécution immédiate , mais qui fut le signal d'une nouvelle organisation. ( Voyez le décret du !() juin 4 793 relatif à l'organisation du Jardin des Plantes et du Cabinet d'Histoire naturelle , sous le nom de Muséum. ) (B.)
2 Le catalogue, publié par Gui Labrosse en 1641 , porte à 2,360 le nombre des plantes que renfermait alors ce jardin. (B.)
s est étendu jusqu'au quai Saint-Bernard et jusqu'à la place du pont d'Austerlitz. Dans la suite , et pendant la révolution , il a été agrandi d'une partie des terrains et chantiers qui se trouvaient entre ce jardin et la rue de Seine, de sorte qu'aujourd'hui sa superficie totale a environ cinq fois plus d'étendue qu'elle n'en avait lors de son origine.
Statue équestre de Louis XIII, située au centre de la place Royale , place qui , commencée par Henri IV, ne fut achevée que sous le règne de Louis XIII. Richelieu, ayant fait peur à tous les monarques de l'Europe , voulut paraître protéger les rois de France, et travailler à leur gloire : il avait contribué à l'érection de la statue équestre de Henri IV , roi dont la mémoire n'avait pas besoin d'un tel appui; il en fit ériger une à Louis XIII. Mais ne s'occupait-il pas de sa propre illustration , lorsque , dans ce monument , il exaltait des actions qui étaient les siennes, et que tout le monde savait ne point appartenir à son royal et incapable pupille? Ne voulait-il pas se donner l'avantage que le protecteur obtient sur le protégé?
L'inauguration de cette statue fut, le 27 septembre \ 639, célébrée avec pompe et au bruit d'une artillerie nombreuse. Elle était élevée sur un piédestal de marbre blanc, chargé , sur ses quatre faces, d'inscriptions dont je rapporterai la suivante :
« Pour la glorieuse et immortelle mémoire du très- » grand , très-invincible Louis-le-Juste , XIIIe du nom , » roi de France et de Navarre , Armand , cardinal et duc » de Richelieu , son principal ministre dans tous ses il- » lustres et généreux desseins, comblé d'honneurs et de » bienfaits par un si bon maître et un si généreux mo;
» narque , lui a fait élever cette statue , pour une marque » éternelle de son zèle , de sa fidélité , de sa reconnais- » sance. »
Dans les inscriptions françaises ou latines qui occupaient les autres faces du piédestal , la vérité était pareillement outragée.
Les artistes admiraient la beauté du cheval de bronze, ouvrage de Daniel Volterre, élève de Michel-Ange. Ce statuaire mourut trop tôt pour faire la figure de Louis XIII. Biard fils en fut chargé. Il s'en acquitta mal : cette figure n'était point en proportion avec le cheval, et paraissait trop grande. Le roi était représenté tenant en main le bâton de commandement. On ne sait à quelle époque et par quel accident ce bâton était échappé de sa main qui restait élevée et sans appui. Cet accident caractérise la conduite de ce roi sans pouvoir.
Cette statue fut renversée en août \ 792 \
Académie Française. Cette académie , qui siégea longtemps au Louvre, siège aujourd'hui au palais des Arts , quai delà Monnaie. Quelques hommes de lettres, la plupart poètes et poètes très-médiocres, tels que Godeau, évêque de Grasse, Gombaud, Giri, Chapelain, les deux frères Hubert , Cerisai , de Malleville , se réunissaient , une fois par semaine , dans la maison de Conrart ou Conrarcl , autre homme de lettres et secrétaire du roi , mai-
' On remplaça alors la statue de Louis XIII par un bassin, alimenté par tes eaux de TOurcq. En novembre -I 829 , une nouvelle statue équestre de ce prince . exécutée en marbre blanc par MM. Dupaty et Cortot , a été posée au centre de la Place Royale. (B.)
son plus commode que celle des autres associés, et qui était située rue Saint-Denis. Ils y lisaient leurs propres ouvrages. Bientôt l'abbé Boisrobert , espèce de bouffon du cardinal de Richelieu , ayant assisté au comité littéraire, en parla à ce cardinal, qui voulut en être le prolecteur, et qui, au mois de janvier i65ô, fit accorder à cette société des lettres-patentes portant quelle serait érigée en Académie française, et que ses membres n'excéderaient pas le nombre de quarante.
Le parlement , constant ennemi de toutes nouveautés, fut effrayé de celle-ci , et mit à enregistrer ces lettres d'érection des difficultés que l'ascendant tout-puissant du cardinal était seul capable de faire disparaître. 11 fit longtemps attendre son enregistrement, qui ne s'effectua que le 40 juillet 1657, et avec l'addition de cette clause, indice de sa répugnance : « Que l'Académie ne pourrait » connaître que de la langue française et des livres qu'elle » aurait faits , ou qu'on exposerait à son jugement. »
Les premiers travaux de cette société furent, par Tordre exprès du fondateur , dirigés vers un objet qui intéressait son amour-propre. Le cardinal , auteur de quelques mauvaises tragédies 4, et jaloux des succès qu'obte-
! Richelieu dépensa 200.000 écus pour faire jouer, sur son grand théâtre du Palais-Royal , sa mauvaise tragi-comédie intitulée Mirame. Cette pièce n'eut qu'un médiocre succès, c Les Français n'auront jamais de goût pour les belles » choses I s'écriait-il en colère ; ils n'ont point été charmés de Mirame. » Desmarets lui assura que la pièce était excellente, mais que les comédiens, étant ivres, ne savaient pas leurs rôles.
Le cardinal composa aussi une comédie héroïque intitulée Mérope. Il la communiqua à Boisrobert, en lui demandant son opinion. Celui-ci, moins courlisan qu'à son ordinaire , lui dit franchement qu'elle ne méritait pas la publicité. Le cardinal furieux déchira son manuscrit; puis , se repentant d'avoir détruit un si bel ouvrage , il ne put dormir la nuit , se leva , fit lever ses gens , demanda de la colle , rassembla avec beaucoup de peine tous les fragments épars sur le par-
liaient celles de Corneille ; ordonna aux nouveaux académiciens de s'occuper exclusivement de la critique du Cid.
Cette académie tenait encore ses séances chez un de ses membres. Après la mort du cardinal , le chancelier Séguier, son second protecteur, lui donna asile dans son hôtel. Dans la suite , Louis XIV, ayant pris le litre de protecteur de cette académie, lui accorda pour ses séances une salle dans le Louvre ; elle a continué d'y siéger jusqu'au temps de la Convention , où toutes les académies furent supprimées et remplacées par l'Institut, décrété par la constitution de Tan IV (1796), établi et organisé par la loi du 5 brumaire an V (M octobre 1796), dont je parlerai en son lieu.
Académie royale pour la noblesse , située rue Vieille-du- Temple, fondée, en 1656, par le cardinal de Richelieu, qui donna 22,000 livres pour cet établissement. Vingt gentilshommes devaient y être nourris, chacun pendant deux années, et, de plus, instruits dans les exercices militaires, les mathématiques et l'histoire, etc., le tout gratuitement. Cette académie se composait, en outre , de jeunes gentilshommes qui payaient pension. On ignore le sort de cet établissement qui ne fut pas durable.
Imprimerie royale1. Elle fut établie, en 1642, par ordre du cardinal de Richelieu. Sublet , sieur des Noyers, en
quet, rétablit son manuscrit déchiré, et le lit imprimer sous le nom de Dcsmarets.
1 Voyez ce qui a été dit à ce sujet vers la lin du § Ier de la présente période. Richelieu ne créa pas, a proprement parler , l'Imprimerie royale 5 mais il faut reconnaître, que le premier il favorisa le développement de cette importante institution. (B.)
fut nommé surintendant ; Trichet Dufrêne , correcteur, et Cramoisi, imprimeur. En deux ans seulement il sortit des presses de cette imprimerie soixante-dix gros volumes grecs, latins, français, italiens, tous imprimés en beaux caractères et sur beau papier. 11 fut dépensé , dans les sept premières années, pour monter cette imprimerie, plus de 560,000 francs. Si le cardinal de Richelieu eût borné ses actions à cet établissement , sa mémoire aurait passé avec honneur à la postérité.
Quelque brillante que fût dans son origine cette imprimerie , son état n'est pas comparable à ce qu'il est aujourd'hui. On y possède des poinçons , matrices et caractères des langues de presque tous les peuples de la terre qui ont une écriture , et notamment les cent trentesept mille caractères de la langue chinoise.
Cette imprimerie fut d'abord établie dans la galerie du Louvre , au rez-de-chaussée et à l'entresol; elle fut ensuite transférée à l'hôtel de Toulouse, en face de la place des Victoires; et enfin , par décret du 6 mars 4 809, à l'hôtel de Soubise et dans le bâtiment de cet hôtel , appelé Palais Cardinal, et situé Vieille rue du Temple.
Palais-Royal, situé rue Saint-Honoré , no ,204-, bâti à la place de l'ancien hôtel de Mercœur et de l'hôtel de Rambouillet , qui avait appartenu , au quinzième siècle , au connétable d'Armagnac. L'emplacement du jardin était, sous le règne de Charles V et longtemps après, traversé diagonalement par la muraille et les fossés de Paris.
En 462^, le cardinal de Richelieu acheta du sieur Dufresne l'hôtel de Rambouillet, et du marquis d'Estrées celui de Mercœur. Il fit abattre ces hôtels, démolir ce qui
restait des murs de la ville , combler les fossés et niveler le terrain; il acquit , de plus, quelques autres emplacements qui lui permirent d'étendre son palais depuis la rue de Richelieu , qu'il fit ouvrir, jusqu'à la rue des Bons- Enfants.
Le terrain étant déblayé , il fit construire , en 4629, son palais sur les dessins de Lcmercier. La principale porte d'entrée présentait les armoiries de Richelieu , surmontées du chapeau de sa dignité ecclésiastique , et au-dessus on lisait cette inscription : Palais-Cardinal. Cette inscription est restée j usqu'en \ 6^2, époque de la mort de Richelieu. 11 avait légué ce palais à Louis XIII; et ce roi, le 7 octobre de cette année , vint avec la reine en prendre possession et y fixer sa demeure. Alors, à l'inscription Palais-Cardinal , on substitua celle de Palais-Royal. Aussitôt la famille de Richelieu sollicita le roi et la reine de faire rétablir l'ancienne inscription : son honneur y était intéressé. Les mots de Palais-Cardinal furent replacés; mais le nom de Palais-Royal prévalut, et se maintint malgré l'inscription restituée1.
1 Voici les vers qui furent publiés sur la construction de ce palais :
Funeste bâtiment, autant que magnifique; Ouvrage qui n'est rien qu'un effet des malheurs ; Pavillons élevés sur les débris des mœurs, Qui causez aujourd'hui la misère publique; Ordres bien observés dans toute la fabrique;] Lambris dorés et peints de diverses couleurs. Détrempés dans le sang et dans l'eau de nos pleurs , Pour assouvir l'humeur d'un conseil tyraunique : Pourpre rouge du feu de mille embrasements; Fialustres, promenoirs, superflus ornements; Grand portail , enrichi de piliers et de niches , Tu portes en écrit un nom qui te sied mal; on te devrait nommer l'hôtel des mauvais riches , Avec plus de raison que Palais- Cardinal.
Plusieurs autres pièces de vers furent publiées sur ce sujet : elles attellent moins le talent des auteurs que l'indignation publique.
Ce palais fut orné avec tout le goût , la recherche et le luxe imaginables. Le cardinal n'oublia rien de ce qui pouvait satisfaire son ostentation et ses goûts fastueux : il y eut des boudoirs , une chapelle , des salles de bal , des galeries et deux salles de spectacle.
La chapelle était remarquable par la richesse de ses ornements. Tous les vases, tous les autres objets servant au culte, comme ostensoirs, calices, burettes, encensoirs , etc. , étaient d'or massif, ornés d'un grand nombre de diamants.
Louis XIV ayant , en \ 692, cédé le Palais-Royal au duc d'Orléans, son frère unique, et à ses descendants mâles, ce frère du roi fit détruire une vaste galerie dont le plafond , peint par Philippe de Champagne , représentait les glorieux exploits du cardinal , et la remplaça par des appartements.
Une autre galerie, appelée galerie des hommes illustres de France, occupait l'aile de la seconde cour. Ces hommes illustres , que le cardinal avait choisis lui-même , n'étaient qu'au nombre de vingt-cinq. On voyait leurs portraits en pied peints par Champagne , d'Egmont , Vouet , Poerson, et au-dessous leurs noms, leurs devises, et de petits tableaux qui représentaient leurs principales actions.
Entre ces peintures étaient des bustes antiques, la plupart en marbre. La richesse et la variété des ornements frappaient d'admiration les spectateurs, qui sans doute, dans leur ravissement, ne se doutaient guère que la mémoire de ces personnages prétendus illustres , notamment celle de Montfort, Biaise de Montluc, Anne de Montmorency, Catherine de Médicis, méritait plutôt l'exécration que les hommages de la postérité. Ajoutons qu'au nombre
des illustres de cette galerie se trouvaient Louis XIII et Richelieu lui-même1.
Le cardinal fit construire dans ce palais deux salles de spectacle : Tune, destinée à des spectateurs choisis, ne pouvait contenir que cinq cents personnes; l'autre, plus vaste, en contenait environ trois mille. Cette dernière salle était contiguë au palais, et située du côté de la rue des Bons-Enfants.
C'était sur ces théâtres que jouaient les troupes de comédiens gagés par le cardinal.
La plus vaste de ces salles fut, en 4660, accordée par Louis XIV à Molière et à sa troupe; et lorsqu'en 4675 ce grand comique fut mort, le roi la destina à la représentation des drames héroïques ou tragédies en musique, qu'on a depuis nommés opéras.
Cette salle, le 6 avril 4 765, fut consumée par un incendie. Elle fut reconstruite à la même place, et ouverte au public le 26 janvier i 770 ; elle fut de nouveau détruite par le feu aussitôt après le spectacle du 8 juin 4 784 . Elle a depuis été reconstruite ailleurs. (Voyez Opéra.)
Le public arrivait à cette salle par un cul-de-sac , anciennement nommé la Court-Orry, passage indigne de ce théâtre et fort incommode. C'est sur l'emplacement de ce passage que l'on a ouvert, en 4782, la rue de Valois.
L'escalier du palais, situé à droite en entrant, est re masquable par sa beauté. Desorgues en fournit les premiers dessins. Sa rampe de fer est pareillement admirée.
Le régent avait formé dans ce palais des collections précieuses :
Une de tableaux , qui contenait des ouvrages des plus grands maîtres ;
1 Ces portraits se voient aujourd'hui au Louvre , dans le Musée des tableaux.
46o HISTOIRE DE PARIS
Une collection ou cabinet d'histoire naturelle , notamment de minéralogie ;
Une collection de modèles de toutes les productions des arts et métiers.
Dans la seconde cour, les faces des trois corps de bâtiments qui l'environnaient présentaient, en relief, des ancres et surtout des proues de navires qui faisaient une saillie de plusieurs pieds. Le cardinal de Richelieu joignait à ses titres de puissance celui de surintendant de la marine.
En face de la principale entrée du Palais-Royal était un hôtel appartenant à Noël Brulart de Sillery. Il le vendit, le 2â mars 46>40, à Charles d'Escoubleau, marquis de Sourdis, qui, le même jour, le céda au cardinal de Richelieu. Ce cardinal fit démolir cet hôtel , en forma une place devant son palais , au milieu de laquelle on éleva une fontaine monumentale , comme l'atteste un plan manuscrit que j'ai sous les yeux. Cette place, moins vaste que celle qui existe aujourd'hui , était bornée au midi par des maisons qui ne correspondaient point à la magnificence du palais. En \ li 9, le duc d'Orléans, régent de France , fit abattre ces maisons , et construire un peu audelà , sur les dessins de Robert Cotte , un édifice dont la façade a 20 toises de développement, et dans lequel est un réservoir pour les eaux. Au centre de la façade de cet édifice on a établi une fontaine publique. Ce fut alors sans doute que la fontaine , isolée au milieu de la place , disparut. Je parlerai en son lieu de cet édifice appelé Château-d'Eau, ainsi que du jardin du Palais-Royal , et des changements qu'il a éprouvés.
Théâtres. Le théâtre de l'hôtel de Bourgogne et celui
SOUS LOUIS XIII. [fi ï
des Italiens se maintinrent sous ce règne. Ce dernier fut vulgairement appelé Théâtre du Marais. Des deux théâtres que le cardinal de Richelieu fit établir dans son palais, un seul fut public. On y jouait des tragédies, des tragicomédies et autres pièces. Je vais donner l'état de ces divers théâtres sous le règne de Louis XIII , et de quelques spectacles qui s'établirent à Paris pendant cette période.
Théâtre de l'hôtel de Bourgogne, situé rue Mauconseil. J'ai parlé dans la période précédente de l'état de ce théâtre , berceau de Fart dramatique en France ; je vais ajouter quelques notions nouvelles sur son état et ses progrès pendant le règne de Louis XIII. On commençait à y jouer des comédies d'un genre un peu supérieur aux bouffonneries ordinaires; on y représentait des pièces où Ton voyait figurer les divinités de la mythologie , ce qui annonce crue la scène prenait quelquefois un degré de gravité qui ne lui était pas ordinaire ; mais la farce dominait encore.
Les comédiens de ce théâtre firent , le 30 janvier \ 6i 5, confirmer de nouveau leurs privilèges, et furent autorisés, suivant l'ancienne formule, à jouer tous Mystères, Jeux honnêtes et récréatifs, sans offenser personne, en la salle de. la Passion , dite Y Hôtel de Bourgogne '.
Sur ce théâtre se rendirent célèbres quelques acteurs dont je vais parler. Henri Legrand, dont le sobriquet était Belleville et le nom de théâtre Tur lupin, a joué la comédie pendant cinquante ans. « Jamais homme n'a corn • » posé, joué, ni mieux conduit la farce que Turlupin. » Ses rencontres étaient pleines d'esprit, de feu et de
1 Begistres manuscrits du parlement , au 30 janvier H><5.
46 a HISTOIRE DE PARIS
» jugement; il lui manquait un peu de naïveté... Il pas- » sait pour n'avoir pas son pareil dans le bas comique1. »
Hugues Guéru , dans les rôles sérieux , était nommé Flêchelles , et dans la farce Gautier-Garguille. Quoique Normand , il contrefaisait à merveille le Gascon ; il jouait les vieillards de farce , et avait beaucoup de naturel ; il faisait rire par ses gestes , sa tournure ridicule et ses chansons toujours fort gaillardes, comme on peut en juger par le recueil qu'il en a publié2.
Gautier-Garguille fut longtemps chargé de débiter les prologues qui , suivant l'usage de ce théâtre , précédaient la pièce. Voici quelques phrases d'un de ces prologues qu'il est possible de citer sans offenser notre délicatesse :
« Une chose que je dois vous dire , c'est de ne pas pen- » cher tellement l'oreille à la symphonie de ce passe- » temps, que quelques opérateurs manuels (filous) ne » coopèrent avec le galimatias , et ne s'en servent comme » d'une musique ou dune voix achéloïse , •plutôt pour le » ravissement et prise formelle de vos bourses , que pour » l'applaudissement de vos oreilles, etc.. Le champ de » mes inventions étant si stérile que, s'il n'est arrosé des » douces liqueurs de votre bienveillance, il est difficile » qu'il puisse produire des fleurs dignes de vous être
1 Variétés historiques et littéraires , tom. I, deuxième partie, p. 504 •
7 Les chansons de Gautier-Garguille furent imprimées en 4 654 , et réimprimées en 4 fio8. Le sieur Tomassin lui dédia, en 4 G52, les prologues intitulés Regrets facétieux , p lais ans } et harangues. Quant aux chansons de Gautier, pour juger de leur licence , il suffit de transcrire ces phrases du privilège du roi : « Notre cher et bien-aimé Hugues Guéru, dit Fléchelles , l'un de nos comé- » diens ordinaires , nous a fait remonstrer qu'ayant composé un petit Ihre inti- » tulé les Nouvelles chansons de Gautier-Garguille , il le désireroit meitre en » lumière et faire imprimer; mais il craint qu'autres que lui... ne le contrefis- » sent , et n'ajoutassent quelques autres chansons plus dissolues que les sien- * nés* »
» offertes. Philippot (acteur) viendra incontinent, qui se » promet, sous l'assurance de votre supplément, de » vous faire rire et pleurer tout ensemble, afin que la » modération de l'un tempère la violence de l'autre.. . » Messieurs et dames, je désirerais, souhaiterais, vou- » drais, demanderais et requérerais, désidéralivement, » soubaitativement, volontativement, demandalivement, » avec mes désidéra loires, souhaitatoires, etc., vous re- » mercier de votre bonne assistance et audience, en une » petite farce réjouie et gaillarde, que nous vous allons » représenter, avant laquelle je veux faire une grande » petite large étroite et spacieuse remontrance, qui vous » fera rire. »
Ces balivernes et surtout ce style ridiculement pédantesque étaient fort en usage sous Louis XIII.
Robert Guérin , dit Lafleur dans les rôles sérieux , et Gros-Guillaume dans la farce, avait des mœurs crapuleuses et une stature d'une grosseur extraordinaire. Au milieu des élans de sa joie, qu'il communiquait facilement aux spectateurs , on le voyait verser des larmes de douleur, que lui causait parfois la gravelle qui le tourmentait, douleurs dont il supportait la violence sans interrompre son jeu, et sans cesser de faire rire.
On rapporte que Turlupin , Gautier-Garguille et Gros- Guillaume , tous les trois garçons boulangers du faubourg Saint-Laurent , liés d'amitié , sans étude , mais doués d'un esprit naturel , formèrent le projet de jouer la comédie. Ils louèrent un petit jeu de paume, situé près de l'Estrapade, y bâtirent à la hâte un théâtre, et se firent des décorations avec des toiles grossières. Ils jouaient , depuis une heure jusqu'à deux heures , des scènes qu'on appelait Turlapimdes, pour la somme de 2 sols (> deniers par per-
sonne. Gautier-Garguille représentait ordinairement le rôle de maître d'école, ceux de savant et de maître de la maison; Turlupin jouait les valets, les filous, etc., et Gros-Guillaume faisait le sentencieux.
Les comédiens de l'hôtel de Bourgogne, jaloux des succès de ce théâtre , se plaignirent au cardinal de Richelieu , qui , avant de prononcer sur cette plainte , voulut s'assurer des talents des acteurs dénoncés. Ils jouèrent dans son palais une scène bouffonne qui dérida son éminence. Elle ordonna que les trois acteurs Turlupin , Gautier-Garguille et Gros-Guillaume seraient admis à jouer à l'hôtel de Bourgogne.
Gros-Guillaume se permit de contrefaire un tic ou une grimace que faisait habituellement un magistrat puissant; ce magistrat, en colère, le fit décréter de prise de corps. Gautier-Garguille et Turlupin prirent la fuite; Gros- Guillaume fut renfermé dans les cachots de la Conciergerie , où il tomba malade de saisissement , et mourut. Bientôt après , ses deux camarades , instruits de sa mort , ne purent lui survivre : la douleur les enleva dans la même semaine1.
1 Ils furent tous trois enterrés dans l'église de Saint-Sauveur, sépulture ordinaire des comédiens de l'hôtel de Bourgogne. On leur composa une épitaphe dont voici quelques traits :
Gautier, Guillaume et Turlupin , Qulmettoient tout le monde en liesse , Ont tous trois rencontré leur fin Avant qu'avoir vu leur vieillesse.
Gautier, Guillaume et Turlupin, Ignorants en grec et latin , Brillèrent tous trois sur la scène Sans recourir au sexe féminin.
Mais la mort en une semaine, Pour venger son sexe mutin , Fit à tous trois trouver leur fin .
Variétés historiqups et littéraires, tom. I , seconde partie, p. 50 4 , etc.
En -1619, Gros-Guillaume prononça sur son théâtre et fit imprimer un prologue intitulé : Advis de Gros-Guillaume sur les affaires de ce temps avec une remonstrance à messieurs qui se meslent de tout. Ce prologue fut évidemment commandé par la politique de la cour, contre ceux qui , se mêlant des affaires publiques , s'avisaient d'en raisonner, dans le but de donner à l'opinion une direction favorable à la paix. Il suppose Paris assiégé , manquant de farine et de beurre de Vanvres. « Si je ne » mangeais que de l'huile en carême, dit-il, vous ne » verriez pas des farces à si bon marché : je vous ferais » payer le rétrécissement de mon pourpoint; car le » même qui contient le Gros-Guillaume, en tiendrait » bien quatre maigres et huit au bout. » Il suppose ensuite qu'en état de guerre les bourgeois seraient obligés d'aller monter la garde aux portes de Paris. « Oui, oui, » j'y ai de l'intérêt, ajoute-t-il : si on s'amusait à aller » ivrogner aux portes, adieu l'hôtel de Bourgogne. Pour » moi , je ne suis point séditieux : j'aimerais mieux » gagner quatre écus par jour et boire tout mon soûl à » la Croix-Verte, durant la paix, que de mourir de froid » sous une tente en temps de guerre. »
Il parle ensuite de ceux qui s'occupent de politique. « Il » n'y a, dit-il, si petit frère coupe-chou (moine servant) » qui ne veuille entrer au Louvre ; il n'y a harengère qui » ne se mêle de parler de la guerre et de la paix; les » crocheteurs au coin des rues font des panégyriques et » des invectives : l'un loue M. d'Epernon , l'autre le » blâme. Ah! que vous êtes fous ! etc. * »
Bertrand Haudrin, dit Saint- Jacques et GuilloUGorju,
1 Avis de Gros-Guillaume , p, h el \0.