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TOME IV

en 4535, pour être installé, de grandes difficultés de la part de ce chapitre, à cause de sa longue barbe.

Une affaire aussi grave dut occuper la Sorbonne. La matière mise en délibération au prima mensis de juillet -1581 , il résulta un décret portant que la barbe est contraire à la modestie , qui doit être 1û principale vertu d'un théologien. ^\on déférant barbas, et veniant tonsi , dit le fatal décret \

Le parlement de Paris, qui avait approuvé les massacres de la Saint-Barthélemi , désapprouva sévèrement la mode des longues barbes. Ses graves présidents et conseillers s'obstinèrent à garder leurs mentons rasés , tandis qu'à la cour, à la ville, tous les mentons virils étaient barbus; et , après avoir ridiculement bravé la mode, ils finirent par s'y soumettre ; mais ils ne cédèrent au torrent qu'après une longue et glorieuse résistance. Ils rendirent tin arrêt contre la barbe: malheur à l'avocat qui se présentait au barreau sans être rasé ! on refusait de l'entendre ; et lorsquen 1556 François Olivier, qui fut depuis chancelier de France , se présenta au parlement pour être reçu maître des requêtes , il ne le fut qu'à condition qu'il déposerait sa longue barbe2.

Le G juin 15-48 , un religieux bénédictin, appelé Antoine Doré, osa se présenter dans la salle du parlement de Paris avec une longue barbe et une chemise froncée. ]1 fut aussitôt traduit devant la cour , interrogé ; et , après une mûredélibération , il se vit solennellement condamné « à être renvoyé au monastère de Saint - Martin -des- « Champs en cette ville de Paris , pour là être rez ( rasé) ,

1 Histoire des modes françaises , p. 4 92.

2 Idem, p. \~(K

» ébarbé et mis en état décent , convenable à ladite reli- » gion , et, ce fait, lui a été enjoint soi présenter, ven- » dredi prochain, par-devant MM. Annet , Chabot et Jac- » ques Verjus, conseillers en ladite cour, à peine de » prison ; et , sur ladite peine , lui a ladite cour défendu » de porter doresnavant tel habit, et se conduire en telle » indécence et irrégularité1. »

Lorsque Ton vit le parlement, le clergé de différentes villes, la Sorbonne , au milieu de si graves, de si déplorables circonstances, s'occuper des modes, discuter sérieusement sur la question de savoir si les mentons des hommes devaient élre barbus ou rasés, plusieurs écrivains , entraînés par leur exemple, composèrent un grand nombre de traités sur cette frivole matière2.

Louis XIII, monté jeune sur le trône , n'offrit aux imitateurs qu'un menton imberbe : ce modèle fut fatal aux longues barbes ; elle diminuèrent de volume , et furent bientôt réduites à la moustache , que l'on portait encore sous Louis XIV.

L'usage des masques , quoique ancien , n'était que circonstanciel. Les seigneurs, pour se soustraire aux pour-

A Registres manuscrits du parlement, au 6 juin 4 548. Les moines qui alors portaient le nom de Doré n'étaient pas heureux dans leurs écarts. Je trouve, dans le même temps, un cordelier de Paris, appelé Pierre Doré, qui, déjà accusé de faire le métier d'entremetteur de débauche, fut rencontré, en habits dissolus , couché avec une femme publique. {Registre criminel, coté 4 04 , 50 octobre \ 556.)

2 Pierrius Valerianus publia a Rome, en \ 551, un traité intitulé : Pro sacer~ dotum barbis defensio. Gratien Hervet composa , en h 560, trois discours sur la barbe : le premier, De radendd barba O ratio ; le deuxième, De alendd barba, et le troisième , De vel alendd vel radendd Oratio. Hoffman publia dans le même temps son Pogonias. En \ 559, on vit paraître la Pogonologie , par R. D. P. 5 en 4 576, un éloge des barbes rousses, en vers. Adrien Junius, savant HoU landais, publia à cette époque un commentaire intitulé : De. comd et barbdfetc*

suites de la justice, et n'être point connus, prenaient des masques pour voler les passants sur les chemins. On a vu des personnes de la cour de France, dans les fêtes données à Saint-Denis , après le mariage de Charles VI, prendre des masques pour se livrer sans rougir à la débauche \

On prit des masques pour aller jouer au momon ou jeu de hasard. Le parlement ordonna, le 2G novembre i65o , à deux de ses huissiers d'enlever tous les masques (jui , dans Paris, se trouveraient exposés en vente : le lendemain , cette cour rendit une autre ordonnance , par laquelle la fabrication et la vente des masques sont prohibée; « et il est défendu à toutes personnes, de quelque m qualité et condition qu'elles soient, de porter masques, » ni jouer au jeu de momon en masque, ou autrement » déguisées2. »

Vers la fin du règne de François 1er, on adopta l'usage des masques par un autre motif; les femmes de la cour commencèrent à s'en servir pour préserver leur peau des atteintes de l'air.

Le désir de conserver la beauté et la fraîcheur de la jeunesse dut être l'objet principal des soins, des recherches et de l'émulation de cette troupe de nobles courtisanes dont ce roi peupla sa cour. C'est à l'institution nouvelle de cette espèce de gynécée qu'il faut attribuer les progrès de l'art des toilettes, et (origine des masques destinés à conserver la blancheur du teint.

Dans les temps qui ont précédé le règne de François Ier, je n'ai découvert aucun témoignage de l'existence

1 Voyez le Tableau moral de la IX° période.

2 Registres manuscrits de la Tournelle , reg. cot£ 75.

do ces masques féminins: j'en ai trouvé plusieurs sous les règnes suivants. Jeu parlerai clans la suite.

L'usage des bas de soie naquit pendant cette période. Henri II en porta le premier en France : ce fut à l'occasion des noces de sa sœur, noces qui furent célébrées en 1S594.

11 parait que sous Henri 111 commença l'usage des fourchettes à table : c'est ce qu'indique le passage d'une pièce satirique de ce temps. L'auteur, parlant des mets que Ton servait à la table de ce roi , et notamment d'une salade qui ne ressemblait en rien aux salades ordinaires , dit : « On la servoitdans de grands plats émaillés, » qui étoient tous faits par petites niches : ils ( les con- » vives) les prenoient avec des fourchettes ; car il est dé- » fendu , en ce pays-là , de toucher la viande avec les » mains, quelque difficile à prendre qu'elle soit, et aiment » mieux que ce petit instrument fourchu touche à leur » bouche que leurs doigts2. »

Le 8 août 45^8, Henri II ordonna que l'effigie du roi serait désormais placée sur les monnaies , au lieu d'une croix qui s'y trouvait dans les anciennes pièces. Cette nou-

' Avis à messieurs de l'assemblée des notables de 4 620; procès- verbal de ce qui s'est passe pendant cette assemblée , page 47.

Avant l'usage des bas de soie, on se couvrait les jambes avec des étoffes de lin, de soie ou de laine. Ensuite on tricota des bas à l'aiguille ; enfin , un garçon serrurier de la Basse-INormandie inventa le métier a faire des bas. N'ayant pu obtenir un privilège exclusif du roi de France, qui ne se doutait pas alors qu'il fût nécessaire de protéger l'industrie, il passa en Angleterre où sa découverte fut accueillie. Dans la suite, un autre Français se rendit a Londres, vit le métier, et , à son retour en France, en \ 656, en établit plusieurs dans le château de Madrid, au bois de Boulogne , où le roi autorisa l'établissement de sa manufacture.

a Description de l'île des Hermaphrodites, suite de la relation. — Journal de Henri ILl, t, IV, p. 153 , 159.

veauté eut pour motif de rendre plus difficile la contrefaçon de ces monnaies. Les faux monnayeurs étaient alors fort nombreux : l'usage de placer Tannée de la fabrication sur chaque pièce fut introduit dans le même temps.

Sous cette période , la littérature fit de grands progrès ; et la civilisation , dont elle est le véhicule , malgré les obstacles multipliés qu'on opposa constamment à sa marche, les surmonta tous, et s'avança d'un même pas. L'instruction devint un goût dominant, une nécessité : on étudia par curiosité , par émulation , par amour-propre, par esprit de parti ; on étudia pour s'affermir dans son opinion ; on étudia pour attaquer les abus et les erreurs; on étudia pour les défendre.

On exhuma des vieilles bibliothèques les productions antiques de la Grèce et de Rome; on commenta, on éclaircit, on corrigea leur texte ; tous les écrits échappés aux ravages du temps reçurent une nouvelle vie et, pour ainsi dire , un culte religieux.

Au milieu des ténèbres et des erreurs qui dominaient encore , il était naturel aux savants d'être pénétrés d'admiration pour ces restes précieux de l'antiquité, pour les lumières nombreuses qui en jaillissaient; mais cette admiration eut ses excès. Si elle a produit des érudits qui , par leurs travaux, leur zèle étonnant, ont mérité la reconnaissance de la postérité, elle a produit aussi des pédants sans goût : presque tous les ouvrages des contemporains, toutes les harangues , tous les discours d'apparat offraient une bigarrure de phrases françaises et de phrases latines, grecques ou hébraïques. Ces écrivains ne pensaient, ne raisonnaient qu'avec les pensées et la raison des anciens. Ils se soumettaient servilement à leurs décisions ; ne reconnaissaient de vérités que celles qu'avaient

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proclamées les écrivains de la Grèce et de Rome , et eu faisaient la base de tous leurs jugements.

Ce vice n'eut point de fâcheux résultats : il jeta quelques ridicules sur les savants, sans nuire aux progrès de la science. C'est en 6' écartant de temps en temps de la voie droite pour s'y replacer ensuite , c'est en passant même par des erreurs, que l'esprit humain s'avance vers son perfectionnement.

Ces savants, pour se donner un air antique, altérèrent leurs noms propres, les traduisirent en langues anciennes, ou leur donnèrent une désinence latine ou grecque : ainsi Dubois prit le nom de Sylvius; Mouelii celui de Démockares ; la Ramée celui de Ramus; Galland celui de Gallandius, etc. \

Les prodigalités, le faste ruineux, 1 insouciance de François 1er pour ses devoirs ; les bûchers qu'il alluma ; les perfidies et les massacres exercés par Charles JX et par sa mère ; la conduite faible, dévote et crapuleuse et la fin malheureuse de Henri III , offrirent au monde des leçons frappantes qui durent exalter l'imagination des uns, exercer le jugement des autres. Ces événements étranges firent une forte impression, et donnèrent une allure plus ferme à la marche de l'esprit humain.

Déjà la nécessité et le temps avaient adouci ce que les

4 J'ai déjà eu occasion de taire remarquer que celte manie b'est renouvelée pendant la terreur de -! 795 , avec un degré d'absurdité de plus. Au moyen âge , on se contentait de donner aux noms propres une terminaison latine ou grecque, ou de les traduire en l'une de ces deux langues; pendant la révolution, on vit des individus répudier leurs noms, pour prendre des noms antiques tout différents. EtjSi quelques-uns avaient l'attention modeste d'usurper les noms des héros qui illustrèrent les républiques de la Grèce ou de Rome , d'autres , pour comble de sottise, prirent sans choix, sans discernement, les noms portés jadis par les tyrans les plus exécrés , tels que ceux de Tibère, de Caracalla , etc.

Je me hâte d'ajouter que cette mode ridicule ne fut guère adoptée que par les gens les plus ignorants et les plus grossiers de la populace. (B.)

vices du gouvernement offraient de plus choquant. Les préambules des édits, des ordonnances , contenaient des motifs d'intérêt public : on cherchait à cacher l'objet souvent inique de ces lois; on employait, surtout dans les édits bursaux, un prétexte plausible pour ne pas exciter l'indignation : il existait donc parmi le peuple une opinion publique dont le gouvernement commençait à redouter la censure.

Si Ton juge des mœurs générales d'après celles de la cour, il résultera quelles étaient parvenues au dernier degré de dépravation; en les comparant aux moeurs du règne de Louis XII, on décidera qu'au lieu de s'améliorer, elles ne devinrent que plus corrompues; mais, si l'on prend hors de la cour d'autres termes de comparaison ; si l'on considère que les protestants , dont la secte prit naissance pendant cette période, se soumirent à une rigidité de mœurs jusqu alors inconnue ; que , pour se montrer supérieurs à leurs adversaires, ils leur donnèrent presque toujours des exemples de pureté, de vertus et d'une constance héroïque 1 ; que ces exemples, multipliés par la persécution , produisirent d'utiles effets , et fructifièrent même chez les persécuteurs, honteux de leur infériorité morale , on se convaincra facilement que le protestantisme contribua à opérer un changement heureux dans les mœurs publiques.

D'un autre coté, la culture des lettres, à laquelle se

1 Je parle ici des protestants qui, pendant trente-sept années consécutives, subirent patiemment les plus horribles persécutions, et non de ces jjcntilshomincs et capitaines qui, par circonstance, pour s'enrichir par le pillage et faire leur fortune, ou seconder celle des maîtres auxquels ils appartenaient, se jetèrent, au commencement de la guerre civile, dans le parti appelé huguenot, le défendirent les armes à Ea main , et souillèrent ce parti par leurs brigandages et les excès de leur cruauté.

livrèrent un très-grand nombre d'individus, absorbant toutes les pensées, les détournant des voies de l'ambition et du crime, et leur offrant, dans, les écrits de l'antiquité, des maximes de morale, des exemples de vertus, dut aussi concourir beaucoup à l'amélioration des moeurs. Ainsi, les grandes catastrophes politiques , le protestantisme et l'étude des lettres diminuèrent la corruption, et commencèrent à fonder la morale publique , car ce résultat ne fut certainement dû ni au clergé, dont les mœurs étaient très-dissolues, ni à la cour, foyer de corruption, ni aux pratiques minutieuses et magiques mêlées à la religion qu'on y professait, ni aux processions nombreuses, au scandale des nudités qui s'y faisaient remarquer, ni aux déclamations des prédicateurs, qui, gagnés par l'Espagne , ne prêchaient que la sédition , la vengeance et le meurtre.

Cette amélioration dans les mœurs fut considérable , mais ne devint néanmoins sensible qu'à la fin de cette période et plus encore dans la période suivante.

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