‹ Histoire physique, civile et morale des environs de ParisChapitre 13 sur 144 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

lOt'ARK ÏT PONTClunTIUIN, MONFOOT-l'aKAFIIT ASIT IT IVllT,

dhiox. chatsaokeuf.

g 1— Joiiarr et l'oneliai Irais.

On romprend sous le nom de Jouare plusieurs hameaux situés sur la route de Paria fa Dreux, environ à trois lieues et demie au nord-ouest de Chevreu;e.

Jouare parait être la position antique désignée par Y itiné-

raire d'Antonm sous le nom de Diodvrwn : c'est l'opinion de l'exact d'An ville.

Les hameaux qui aujourd'hui composent le lieu de Jouare sont : les Bordes, Chenevièrcs, les Mousseaux, Ergal, la Dauberie, la Richarderie, le Moulin-Neuf, la Piqueterle, Château- Vilaine, plusieurs habitations isolées et le château de Pontchartrain. La commune de Jouare appartient au département de Seine-et-Oise, arrondissement de Versailles, canton de Chcvreuse. La population s'élève fa I ,t4J habitants.

De fous ces lieux, le château de Pontchartrain est le seul auquel se rattachent quelques souvenirs historiques; il fat bâti, près de la grande route, par le chancelier de France petit-fils de ce Pontchartrain qui reçut de Henri IV la charge de secrétaire des commandements de Marie de Médich». à laquelle il fut d'un grand secours dans les temps orageux de sa réuenee. Il entra conseiller au parlement à 1 âge de dix-sept ans, fut uommé ensuite premier président au parlement de Bretaune, puis ministre et secrétaire d'État, enfin chancelier en 1699.

Apiès la mort du chancelier, le château cassa au comte de Maure pas, son fils, qui ne laissa point de postérité. Il appartint ensuite au duc de Brissac, gouverneur de Paris , et cm Ho a M. des TiUlers dans la famille duquel il se trouve aujourd'hui. D a toujours conservé le nom de son fondateur. Le

HISTOIRE DES ENVIRONS DE PARIS

châtrait de Pontchar train, fort bien Dali, et d'un aspect trcsagréable, est situé dans une Large vallée, coupée par de petits ruisseaux qui serpentent dans un jardin anglais, et entourent l'édifice. Le parc est bordé presque entièrement par la rivière de Mandre, qui, par des canaux, répand ses eaux dans l'intérieur ; de magnifiques bosquets, ornés d'arbustes de toute espèce, et même de plantes exotiques, multiplient tes agréments de ce jardin.

S «I - '»lonir«rl.r »....nr)

Petite ville située à peu de distance a gauche de l.-i route de I Paris à Brest, à neuf lieues un quart de la première, à quatre de Rambouillet, et 6 qualre de lioudan.

Le château de ce nom, pendant les temps affreux de lu féodalité, a, comme tous ceux des grands vassaux, fou misa part de calamités à la pop ilationdii pa\s et des lieux circotivuisins.

/Imtf/ri'e, nommé vulgairement Amauri, sous le règne du roi Robert, c'est-à-dire daus les premières année* du ii' siècle, lit fortifier le château d' Epernon et de Montfort. C'est pourquoi l'undeees châteaux porta le surnom d'Amauri.

Amalric eut deux tils : AmalricetSi- ■nnn II. Ce dernier enleva au monastère de Coulon l'église de Villcmend qu'il fut obligé de restituer '.

Au mois d'octobre de l'an 1097, le roi d'Angleterre, Guillaume-le- Roux, et le comte de Poitiers, Guillaume VII, assiégèrent la place de Montfort. Simon II se défendit avec courage. Les princes assiégeants ,

avec une armée . „ . . ^ ... .

, . Ca il1! rate <U" (.Imrtrvu.

nombreuse, ne pri-

rent ni Montfort ni Épernon ; ilsdévnstèrcnt tout le voisinage et se retirèrent. Simon II eut un fils, Amalric, et une fille. Bertrnde, qu'il donna à Foulques Rechin, comte d'Anjou, un des hommes les plus vicieux de son temps, et qui avait déjà deux épouses vivantes. Bertrade renonça au comte Rcehin, et s'unit à Philippe I", roi de France, dont elle eut deux fils et une fille.

(in des descendants des ducs de Montfort devint comte d'Évreux qui dépendait alors de la Normandie. En 1169, il livra toutes les places qu'il possédait en France, telles que Roehefort, Montfort, Épernon et autres, au roi d'Angleterre, duc de Normandie : ce qui fut très-fatal au roi de France. Cecomte mourut et laissa deux tils : l'un, Amalric, fut comte d'Evreux;

* Ht r util 4*t tfiriortow *t Franc*, lui»» x, pif* SI I ci II note C.

et l'autre eut les châteaux que son père possédait dans le royaume de France, c'est-à-dire Montfort, Épernon, etc. C'est ce Simon qui, en 1 1 53, dévasta entièrement les terres d' A sselin Goelle, et qui, en 1 17 J, fut pris au siège d'Aumale par Philippe, comte de Flandre.

l e premier que l'histoire nous montre sur la scène politique était, vers ce temps, l'un des plus puissants barons du royaume; il entra dans la querelle du comte de Mantes avec Louis VI, dit le Gros; mais tous deux furent proniptement réduits à l'obcb&wice; et bientôt on les voit, réunis sous la bannière

ro\ aie , marcher sur la Normandie, dont le roi d'Angleterre était maître à cette époque.

Plus tard, la ville de Montfort elle-même tomba au pouvoir des Anglais; mais deu* l'ois cl le leur fut e • levée par Philippe II, en 1 189 et

C'est encore un Simon de Montfort qui dirigea cette guerre cruelle contre les malheureux Albigeois, et dans laquelle il n'épargna ni cruautés ni perfidies ; il trouva la mort sous les murs de Toulouse:

trop faible châtiment des nombreuses atrocités dont il s'était rendu coupable.

Telle était la profonde immoralité du temps, qu'un des historii ns de celte croisade, Pierre, abbé de Vaucernal, n'a pas rougi de faire l'éloge des crimes qu'y commirent le légat du pape et Simon de Montfort; après le récit d'une trahison d'autant plus révoltante qu'elle était couverte par les plus augustes cérémonies de la religion, dan - les transports d'admiration que lui cause cette action criminelle, il s'écrie : O fraude pitxut du tr'gat I O pieté frauduleuse 1 /

Amauri de Montfort fut obligé, après d'inutiles tentatives, d'abandonner le plan de conquête de Simon son père ; il devint connétable, en 1280, après la mort de Mathieu de Montmorency, et partit avec ce titre pour la Palestine.

Plusieurs autres seigneurs de Montfort ont fait les guerres d'outre-mer; et on les retrouve dans tous les troubles civils qui ont agité le royaume à différentes époques.

Avant la Révolution, la ville de Montfort était le siège de deux bailliages, d'une élection, d'une maîtrise particulière des eaux et forêts, et d'un grenier à sel ; elle avait un couvent de capu-

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HISTOIRE DKS ENVIRONS DR PAMS.

cins, un notre de religieuses de l'ordre de Saint-Augustin, un prieuré nommé Saint-Laurent, et un HAtel-Dieu.

C'est aujourd'hui un chef-lieu de canton, le siège d'une justice de paix et la résidence d'une brisade de gendarmerie On y voit sur une montagne les rentes d'un ancien château-fort. L'église paroissiale est remarquable par son aucienneté, sa construction, sa grandeur et ses vitraux La population de Ifontfbrt se monte â 1,744 habitants, y compris ceux de plusieurs maisons de campagne des environs.

Parmi ces habitations, il faut remarquer le château de Grous^ay, appartenant à madame la duchesse de Charost; le château de Bluehé, la maison du Bel-Air.

gIII.-Aa«« .1 1»r».

Anet est un bourg assez considérable situé entre les rivières d'Eure et de Ves^ne, dans une voilée â trois lieues vers le t ord de Dreux , â se te à l'ouest de Paris.

Ce bourg, anrienne châlt-llenie, est un chef-lieu de canton de l'arrondissement de Dreux et le siège d'une justice de paix. La population s'élève A environ l,ûoo habitants.

Ce qui l'a rendu particulièrement célèbre, c'est le château bâti par Henri II pour sa maîtresse, la fameuse Diane de Poitiers, duchesse de Valentinois, sur l'emplacement de celui qu'on nommait le château du roi de Navarre.

Diane de Poitiers est l'une des femmes qui, parvenues â la brillante et honteuse condition de maîtresses royales, ont montré le plus de grandeur d'âme.

Les catholiques en ont dit beaucoup de bien, et les huguenots beaucoup de mal. Ou l'accuse d'avoir obtenu la grâce de son père, condamné à avoir la téte tranchée, en se livrant aux désirs de François I"; mais ce Tait n'est pas bien avéré. Plusieurs auteurs justifient François I" de cette inculpation, et peignent le caractère de Diane sous des couleurs fort séduisantes.

On sait que le roi, ayant voulu reconnaître une fille qu'il avait eue d'elle. Diane lui répondit : « J'étois née pour avoir

• des enfai.s légitimes de vous. J'ai été votre maHn-sse, parce t que je vous aimois; je ne souffrirai pas qu'un arrêt me dé- « elare votre concubine. »

Le roi étant n l'extrémité, la reine Catherine de Médicls lui envoya l'ordre de rendre les pierreries de la couronne et de se retirer dans un de ses châteaux. « I* rot est-il mort? detnanda-

• t-elte a celui qui était chargé de cette commission.— INon, « Madame, répondit eclui-ci, mais il ne posera pas la journée. « — Kh bien! répliqua-t-elle , je n'ai donc point encore de « malttv; tl je veux que mes ennemis sachent que. quand ce e prnve ne sera plus, je ne les craindrai iioint. Si j'ai le inal- « heur de lui survivre longtemps, mon cœur sera trop occupe « de la douleur de sa perte pour que je puisse être sensible aux « ebaurius qu'on voudra me donner. »

Voici le portrait qu'en a laissé Brantôme, historien contemporain : a Je la vis six mois avant sa mort, si belle encore que « je ne sache cœur de rocher qui ne s'en fut ému... C'est « dommage que la terre couvre un si beau corps; elleétolt fort « débonnaire, charitable et aumônlérC. Il faut que le peuple de c France prie Ltieu qu'il ne vienne jamais favorite du roi plus c mauvaise que ccllc-lfl, ni plus malfaisante. »

Saint-Foix dit qu'elle avait les cheveux extrêmement noirs et bouclés, la peau très-blanche, les dents, lajamheellesmaius admirables, la taille haute et la démarche ta plus noble. Kllc n'en fut pas moins la maîtresse du roi, cl par conséquent dans la classe des femmes méprisées.

Si elle avait des qnalités, elle n'était pas sans défauts. Diane abusa cruellement de son ascendant sur l'esprit du roi. Elle se montra une des plus actives persécutrices des protestants.

On croit que c'est la seule des maîtresses des rois de France, pour qui Ton ait frappé des médailles, l.es moins rares portent la figure de cette duchesse d'un coté, et de l'autre, ces mots : Omnium tirtorem vici [J'ai vaincu le vainqueur de tout).

Le château d'Anet avait été construit par le plus habile architecte du temps , Philibert Delormc , abbé commendataire de I abbaye d'Ivry, bien que, â en croire Voltaire, l'amour seul ait eu part â sa construction :

Lui même en ordonna la superbe structure; Par ses adroites mains, avec in enlacés, Les chiffres de Diane y sontencor Iricéi.

I En effet, ces monuments de la tendresse du roi subsistaient

encore avant la Révolution, sur les cheminées et sur la plupart

des fenêtres des appartenants.

L'entrée du château offrait un portique composé de quatre i colonnes doriques, dont l'archivolte était décorée en fe*r«>tisde ! bronze et d'une fleure de même métal, représentant Diane '. environnée de chiens et de sangliers. Dons l'alliquc de ee bâti- I ment, était une horloge ornée de plueurs chiens de bronze. A : chaque heure, ces chiens couraient et aboyaient après un cerf

également en bronze, qui, de son pied droit de devant, frappait

les heures.

Iji chapelle était ornée de pilastres, de statues et de basreliefs. On y remarquait les peintures des vitres, ainsi que le pavé à compartiment, l'un des premiers ouvrages en ce genre.

Ce château que l'amour avait construit avec une magnificence peu honorable pour la mémoire de Henri II, dont 1 1 fnibiessed'aillcursétaiiextréme.eslaujourd'huientieren ent détruit.

Dans une chapelle succursale qu'on apercevait â gauche en arrivant au château, était au miliru du choeur le tombeau de Diane de Poitiers, morte le 22 avril 1566. âgée de soixante-six aus. Quatre sphinx de marbre blanc soutenaient un sarcophage, sur lequel cette duchesse était représentée à g< inux, les mains I Jointes devant un livre ouvert posé sur un prie-Dieu.

Sur ce tombeau étaient deux inscriptions latines, l'une en prose, l'autre en vers. Je rapporte celle-ci :

liit Itcum mtdUant. paulitiitr *!$le, n'o/or. ProU opibmqut i>otem, gelido tamtn >cce Diana

Marmon vroteritur, vermibu» eiea j-ieent. Terra eadaver habel, ted mens, tellure retictâ,

MortenocantviUtm, régna beala pe.il.

Diane de Poitiers avait aussi fondé, dans Anet, un hôpital pour douze pauvres femmes veuves et trois filles. I Au mots de février 1483, la châtellenie d'Anet fut érigée en | principauté; mais une opposition survenue â l'enregistrement ! des lettres-patentes, qui n'étaient pas revêtues de toutes les formalités requises, empêcha leur cntérinet°a»ut.

Le ehâteau d'Anet a été possédé successivement, depuis Diane de Poitiers, par madame la duchesse de Mercrcur, M. le duc et madame la duchesse de Vendôme, le prince Joseph-Louis de Vendôme, leur lils; par madame la princesse deCondé, M. le duc et madame la duchesse du Maine, M. le prince de Dotnbcs et M. le comte d'Eu ; revenus ensuite àLouis XV, ce monarque en avait transmis In propriété au duc de Pentbiëvre. Une aile .te ce magnifique château , l'ancienne chancellerie , les murs , la rotonde et deux pyramides de la chapelle, ont seuls résisté aux orages de la Révolution.

Dans le voisinage d'Anet on voit le camp d'Ivry. célèbre par la fameuse bataille de ce nom, où Henri IV fol, pour ta seconde fois, vainqueur du duc de Mayenne, dont l'armée était bien plus nombreuse que la >ienne. On a élevé dans l'endroit du combat une pyramide qui consacre cette victoire mé norable. Elle est haute 'd'environ cfnquaule pieds et entourée d'une grill-' en fer.

Lorsque le prince Henri de Prusse lit son voyage en France, ! le due de Penthièvre lui dnnna une féio à Anet, et !e conduisit dans la plaine où avait eu lieu la bataille d'Ivry. Lne pune bergère, vêtue de ses habits de fête, gardait son trou («au prés de la pyramide ; elle s'avança avec une corbeille de fleur-, présenta des bouquets à tout* le monde et un laurier -bu prince étranger, qui le déposa sur le socle de la pyramide : houunnïe ingénieux rendu à la mémoire de Henri IV.

g iv.-Brc«s.

Ville située sur la route de Paris à Brest, et sur la riv iére de lll ii^e, à dix-huit lieues de Paris, et è sept lieues au nord de Chartres.

Ce que nous avons dit sur les premiers terr ps his'oriqnes de Chartres nous dispense d'entrer ici dans de longs détails au sujet des druides, nom dans lequel on veut retrouver l'etvmulogie de celui de Dreux On dit, pour appuyer cette opinion, que cette ville est une des plus anciennes de la France , qu'elle fut fondée par un nommé Drnis ou Dru$, d«scendant de N«-c, qui, le premier, établit dans la Cau'e des prêtre* appelés Druide*, du nom de leur fondateur. On croit auwi que dans cette ville était le principal collège des druides, dont Osar fait

HISTOIKK l>KS KNVIIIONS DE TARIS.

mention dans ses Commen'aires, et qu'il place sur les confins du pays chartioin; mais ce ue sont que des Tables. La \illc de Dreux lire son nom des Duroc&,us, petile nation dont elle était le chef-lieu 1 .

Comme beaucoup d'autres, ce chef-lieu reçu! le nom de sa nation, et fut appelé Dwrocauet, Durorastis, dont on fit Drocœ et Ihocit, en lin Drtux.

Les environs de ce chef-lieu fureul dans les temps de barbarie le théâtre de batailles sanglantes et jouent un rôle assez important dans nos annales. On voit qu'eu 1031 il existait un comte de Dreux* ; ou y battait monnaie*. Ce comté fut, eu 1 137, donné en apanage à Robert de Fiance, fils de 1-ouis-le Gros.

Il est inutile d'entrer ici dans l'énumération des guerre* que, pendant le » oy en-a»e. se livraient les seigneurs : dit s ne se rattachent pas à l'ensemble de l'histoire : nous pa^ tous donc sous silence plusieurs combatsentre 1rs comtes de Dreux et h urs voisins; mais l'une de ces guerres mérite d'être mentionnée, parce qu'elle eut des conséquences graves : c'est celle qui, en ioîo, s'éleva entre le comte de Chartres et le duc de Normandie, au sujet de Dreux.

Le comte avait épousé Mathilde, sœur du duc. Cette princesse étant mor esans enfant-, le château de Dreux, qui lui avait tic donné pour dot, devait retourner au prince son frère ; mais Eudes tefusa de le rendre. On arma de paî t et d'autre. Richard avait fait bâtir le fort de Tîllière* sur la rivière d'Aure ; il y mil une (bric garni on qui chaque jour faisait di s courses jusqu'aux portes de Dreux el ravageait tout le territoire. Le comte forma le dessein de surprendre cette forteresse incommode. Il fût luimême surpris, battu et mis en déroute. Cet échec ne le rebuta point; il suscita tant d'ennemi» ad duc que ce prmec, craignant d'être accablé, eut recours aux puissances du Nord, sa patrie. Olnve, roi de Norwègc, el Lacman, roi de Suéde, faisaient alors une cruelle guerre aux Anglais; ils vinrent au secours de leur compatriote, descendirent en Bretagne, où ils firent d'affreux ravages, surprirent Dol qu'ils saccagèrent, et s'avancèrent à grandes journées vers le pays cbarlraln.

On se souvenait encore en France des fureurs dos Normands. Leur abord inopiné répandit une consternation générale. Kojert , qui en prévint toutes les suites , n'oublia rien pour deli ver .'on rotatime de deux holts si dangereux , et il interposa nn autorite d'une manière tellement efficace, qu'il vint à bout l'accommoder les deux rivaux. Le comté de Dreux demeura au duc, la ville au comte, et le château de Tillièrcs ne fut point rasé. L'uu des deux rois normands, Olavc , se fit baptiser à Rou> n et prit le nom de Robert. Tous deux se rembarquèrent, comblés des présents du monarque français.

La possession du duché de Normandie donna plusieurs fols auv rois d'Angleterre sujet t!e prendre les armes contre les rois de France; ces vassaux étalent tres-turbu'ents, et provinces voisines avaient toujours quelques désastres à redouter de ces dissensions continuelles. Ainsi, par exemple, les Anglais prirent, en 1 188, la ville de Dreux , sur le roi de France, et la brûlèrent ainsi que plusieurs villages des environs : c'étaient là les fruits ordinaires de ce système féodal sous lequel gémirent trop longtemps nos pères.

Passons maintenant au temps de Charles V, c'est-à-dire à la dernière moitié du xiv siècle, pour trouver à Dreux des faits dignes d'être mentionnés ici. Charles V s'était, par une sage et habile administration, mis à même d'augmenter le patrimoine de la couronne. Le comté de Dreux fut l'une de ses acquisi tlons : il l'obtint par échange du vicomte de Thouars et de Marguerite de Thouars, femme de Guy-Turpin. Dès lors ce comté resta dans la maison royale , jusqu'au moment où il fut donné nu connétable Stuard par Charles V H , qui était souvent forcé île recourir à ces libéralités pour retenir dans son parti des vass .iu trap souvent tentés de réunir leurs armes aux armes de

I étranger.

Pins tard , le comte de Dreux pa«sa «laits la maisou d'Albret.

II devint ensuite le sujet d'un long procès tnlre les seigneurs d' Albret et les comtes de Nevers, procès qui eût été plus long

i Voyt n <|u« mm «»»•• dit • ra »jet, fn ■■riant de Ourln».

i Rrevfil dtt Uttti>rirnt dt t'rance, lump ». p,i*r OJJ, J Dumoulin, djai ion Mi «luire d* Sormavdit, paile d'une «orome de S, MO litre», moaMif de Df»«j. detoto.

encore, si le procureur- général n'y fût intervenu pour le roi et I n'eût mis les parties d'accord en réclamant l'objet de leurs discussions. Il soutint que Dreux, ayant fait partie de l'ancien domaine de la couronne, n'avait pu être donné à la maison d'Albret

La reine Catherine de Médicis obtint ce comté en I5'»9 pour I partie de son douaire: elle le rendit en l A«9, et alors il fut t<riué j en duché-pairie pour faire partie de l'apanage de François, duc ! d'Alençon, le dernier de ses fils.

! Lu ville de Dreux fut le théâtre d'une des batailles les plus sanglantes dont l'histoire des guerres civiles ait conservé le souvenir. C'est dans la plaine qui s'étend au dessus de cette ville, entre les rivières d'Eure et de Biaise, qu'eut lien cette fameuse journée de Dreux . où figurèrent , tant du coté des catholiques que dans les rangs des protrstants, les deux plus renommés capitaines de l'époque. L'armée des catholiques était commandée par le connétable de Montmorency; celle des calvinistes par le prince de t'ondé et par l'amiral Coligny. Plusieurs officiers distingués périrent dans le combat. Jacques d'Albon, dit le maréchal de Saint- André, y fut pris et tué par un gentilhomme huguenot. Gabriel de Montmorency, seigneur de Montbron, Agé de vingt ans, y périt; et le duc de Nevers y tomba blesse mortellement par son confident , dont lepi-tolet partit par hasard.

L'infanterie du roi se signala par une honteuse fuite. Le capitaine d'Osstin fut aussi lâche qu'il avait été brave jus pi'alor*. Il ganna Chartres toujours eu fuyant. Plus tard, il conçut un tel chaurin de sa conduite , qu'il ne voulut point reparaître et qu'il mourut de désespoir. Catherine de Medicts , apprenant cette déroute, dit tranquillement : Ek bien! »»u prierons D<c* tn frauçirit.

Cependant le succès des huguenots ue dura pas: le prince de Coude , qui les commandait , fut pris par le duc de Guise ', et les catholiques testèrent maîtres du champ de bataille.

Eu 15!>3, Heuri IV prit d'assaut la ville de Dreux, après quinze jours d'une vigoureuse résistauce. Les habitants , trop affaiblis, cl voyant leur ville ravagée et à demi brùlcc, s'étaient retirés vers le château; mais les troupes qui le défendaient leur fermèrent les portes. Ces malheureux, désespères , se jetèrent dans les fossés, où ils restèrent quelques jours sans aucune nourriture , exposés à l'ardeur du soleil , repoussés également par les ennemis et par ceux de leur parti : presque tous périrent de tuùàve. Les habitants, qui s'étaient réfugiés dans une tour nommée ta Tour gritt, furent ensevelis, écrasés sous les débris décrite tour, qu'on renversa par l'effort d'une mine. Le petit nombre de ceux qui restaient en "ore vivants sur les monceaux de voûte cl de murailles était tué par les assiégea nu a coups d'arquebuses ; muis Henri IV eu eul compassion ; il défendit aux soldats de tirer sur eux ; bien plus, il envoya ses «en* pour les aider à sortir de ces décombres, et leur donna a chacun uu écu avec la liberté de se retirer où ils voudraient.

La prise de cette ville c-tu&a beaucoup de dissensions entre les chef» des Ligueurs, qui se reprochèrent réclproquementd'avoir laissé prendre cette place importante.

Ici l'histoire de Dreux se confond dans I histoire générale^ie France.

DnCRjpTion.

Cette ville avait , avant la Révolution , une collégiale, deux paroisses et deux couvents; l'on de capucins, l'autre de filles dites du Saint-Sacrement, une maison d'orphelines, un co lége et un hôpital. C'était le siège d un bailliage et d'un pré ilial, d'une élection , d'une maîtrise particulière des eaux el forets , d'un grenier a sel et d'une subdelégatiou de l'intendance de Paris.

Aujourd'hui l'hôpital subsiste; mais il ne reste que Tune des deux paroisses. La duchesse douairière d'Orléans Ut construire une chapelle sur les débris de I église colléglwle, heu de la sépulture des princes et des princesses des maisons de Toulouse et du Maine.

i Dreux maintenant est le siège d'une sous-préfecture du département d'Kure-et- Loir, d'un tribunal de première instance, d'un tribunal de commerce, d'une justice de paix, et la résidence d'un lieutenant et d'une brigade de gendarmerie. Sa

1 On rapports que le prinre de ronde, tuai, en relu occasion, oblige de partager le lit du duc de Guite, ton ennemi, dormit ton Iran^uillrmt ut a

histoire nus environs m: pars

population est de 3 à 0.000 habitants, y compris le» hameaux «les FénolR, de» Haut et Bas-Buisson», de Flouville, de Bieuville ; les maisons isolées des Chàtelcts, le château de Comte-Ville et les maisons de Foulon val.

Dreux possède plusieurs fabriques de serges drapées, de toiles, de couvertures de laine, de moquettes à tapis, de bonneteries et de chapeaux. Il s'j tient une foire de trois jours, qui commence le l" septembre.

BIOCRAFH».

Dreux se gloriôe d'avoir donné le jour à Jean Botrou ; c'est aussi dans cette ville qu'il mourut. En 1650, une maladie épidemique ravageait Dreux. Botrou, lieutenant particulier du bailliage, pressé par ses amis de quitter ce lieu empesté, répondit que sa conscience ne le lui permettait pas; et qu'élaut le seul qui pût maiutenir le bon ordre dans ce» circonstances malheureuses, il serait un mauvais citoyen s'il s'cloiguail. Il fUi'comba.

Botrou, dont l'âme était naturellement grande et le génie vraiment trngique, se montra toujours l'admirateur et l'ami de Corneille. En vain Bichelieu s'elTorça de le faire entrer d ms la ligue contre l'auteur du Cid; ses oflres même furent déclaigné.-s. Le Wencttlat et le Chinois de Botrou sont restés au répertoire de la Comédie française.

Philidor. l'un des plus agréables et des plus féconis musiciens français, naquit aussi dans cette ville.

% V-CfcàlcaaBeiir<*»TMnerala.

L'origine de cette petite ville, située à six lieues, au nordouest de Chartres, et il cinq au sud ouest de Dreux, remonte jusqu'au milieu du xi" siècle.

Dans le» anciens documents, ce lieu était nommé t'aiirum 'ffivxfemerente. En l'an 1060, ce château, récemment construit par un seigneur nommé Cuaxon, fut assiégé par Henri 1", roi de France'.

De Thtodemttrtntit on fit le Thimer, qui devint le nom du château, et le pays qui l'environnait fut nommé Thimrrait.

' Ku l'an 1 1 15, on trouve un Gervaise, dont le tlls, Hugues, possédait le château neuf en Thomerai.

F.n l'an 1 128, un seigneur de Chàteauneuf, Gervais I", partit p.iur la croisade, et reçut la croix de Bernard, premier abbé de Tiron.

« Les Hugues et les Gervais du Chàtel, dit Dreux-du-Badier', a sont célèbres dans l'histoire des xn* et xiii* siècles. • Mais cette maison s'est fondue dans celle de Dreux et de Pont-Audemer. Le Thinierais passa ensuite dans les mains des seigneurs du grand Perche, et y resta jusqu'à Charles IV, dernier duc d'Alençon. Chàteauneuf fut, en 1314, érigé en baronuie-pairie, en faveur de Charles de Valois. 11 échut enfin à la maison de Bourbon, qui le possédait lorsqu'en 1689 il fut pris et pillé par les troupes du duc de Mayenne, et repris par celles de Henri IV.

Avant la Bévolution, ChAteauneuf et le Thlmcrais étalent régis par une coutume particulière, rédigée en 1 5ô2 ; il y avait un bailliage royal, une maîtrise particulière des eaux et forêts ef deux églises : l'une paroissiale, dédiée A la Vierge, et située dans la ville, l'autre, située dans le faubourg, dit Thimer, consacrée A saint Pierre. Dans ce faulxwg était uu prieuré en comrnende. de l'ordre de Saint-Benoit, dépendant de l'abbaye de Saint- Florentin de Bonne val. On y comptait 184 feux.

Aujourd hui. Chàteauneuf fait partie du département d'Eureet-Loir et de l'arrondissement de Dreux ; c'est un chef-lieu de canton, et le siège d'une justice de paix.

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