IV
Le premier de ces village* est situé sur une éminence, à ona're li-tiea au nord-ouest de Paris et A une lieue et demie
d'Argenteuil.
En fat SB3, l'empereur Charlcs-lo-Chaove confirmait les drol'B que h» moines de Saint Denis possédaient sur plusieurs villages ou fermes, droits que leur abbe Louis leur avait accordés pour leurs nécessités. Parmi ces Iteua sa trouvent deux Cormeilles ((Vmi/i/u) : l'un dans le terri. oire parisien, et l'autre dans le Vexm français
Au |* s le. l'abbé d« Saint-Denis était seigneur de Cor-
meil es : avantage qu'il partageait, à ce qu on pense, avec le
I. église de Cormeilles avait le titre de cure au xni- siècle ; l'édifiée était entouré de fortifications, puisque, sous le roi Jean, lorsque le régent son AU fit, en taaft, détruire les lieux voisins de Paris qui pourraient servir de retraite aux ennemis , 11 comprend la fur de l'rql.ie parotkiale de Cormêitlet*.
Les habitants d* Cormeilles eurent du temps oe saint Louis, un procès avec ceux de Paris. Les Govntieiltois étaient dans l'iisage de conduire et de vendre leurs vins en Normandie. Les Parisien* prétendirent que le vin, étant une marchandise, devait être accomragne par un marchand de l'an-. L'affaire lut au parlent* nt. qui d «Ida, en faveur des habitants de Cormeilles, que le vtn n'était point marchandise. Le parlement alors ne savait pas mieux raisonner1.
La duchesse de Brtsiue, Louise d'Oognies, eut une maison de campagne à Cormeilles; Cui Patin, «amena médecin, eut aussi dans ce lieu une maisoa dont il parie souvent dans ses lettres. H vante beaucoup l'air qu on respire à Cormeilles et la vive dont on y Jouit ; les a'-l-es de son jar lin s'étendaient, dit-il, jusque sur la montagne d'où il portait M vu* a cinquante
lieues a la ronde; p-ut-étre voulait-il dire i cinq lieues : et c'était bien assez.
Sur les hauteurs des coltines de Cormeilles on ■ établi plusieurs moulins à vent; ou d'eux est devenu fameux, parce qu il servit longtemps à Cassini pour dresser sa grande carte de la Frauce.
Cormeilles appartient à rarrondlVemenl de Versai I es et au "; sa population est de î.Jho habitants.
MORTIONT.
Le nom de Montigny est très-commun en France. Le dictionnaire d'Expilly en rapporte cinquante-deux. I* Montigny qui nous occupe est situé sur In peuie septentrionale de la avnalaune au mid' de laqulle se trouve GoravH'C*: en sorte qu'il n'est sep iré de ce vidage que par la créle de cette même montagne; il est d'ailleurs à peu de distance de la cive <hoi e de la Seine et de la roule de l'ontoiac, à quatre lieues au nordouest de Paris.
Moutigny existait au ix* siècle : c'é'alt l'une d s terre» destinées à fournir 4 la boisson des moines de Saini-Deo-s Mais les moines de eette ahbaye ne jouissaient pas esc'us'vement des droits seigneuriaux »ur le village; quelques autres p»rsonnes furent aussi seigneurs «n partie de Montigny.
La FMie. hameau voisin, avait une égli.e qui lut, vers 1 450, unie 4 celle de Montigny villages fo
» il j ■ 4» M I'*c<«
U timr. r«a SvlSsatasai «*• I
Ces deux villages forment aujourd'hui deux le premier a une population de S7« habitants, le second de Sii. Le premier renferme une assez belle maison de cara-
ir-teaaade*
Ce village, dont le nom est écrit quelquefois Erblai ou Arblal, est situé sur la riva droit* de la S. ne, an dehors et vers le nord est de I» p*eaqu'il* occupée par la forêt d* Sainu Germain ; sa distance d' Pans est d'environ cinq lieue». Les maisons de ce village étaient autrefois réunira autour de l'église ; a«j -urd'hui ei.es sont an grande partie disséminée* dan» la campagne.
Meri.l iv était une eure au Ut* siècle. Son nom est écrit . dans le pouille de IllaV, ErbUdum et ErbMmmi cette cure était alors une des plus rons dérabiea de» environ» de Paris; ce|ieudant, en H70, elle n'avait que 50 habitants; la plupart des eures vnisloes en avaient alors beaucoup moins : ainsi doue, si l'on peut juger par la population du pays, de la bonté de son gouvernement, il résultera que le gouvernement des temps passés n'était certainement pas te meilleur des gouvernements.
Il y avait alors 4 Herblav trois setgoeurs prfoeipaux, sans compter quelques fiefs particuliers; tous les trm>, hauts, moyens et bas justicier» dans leur canton : le onapitre de Paris, l'abbaye de Saint-Drnis et un seigneur laïque. La seigneurie laique était, au xv« slè -le, dans la maison de Chaumoot ; elle passa ensuite dans la famille des AUegrin ; et ensuite. p..r mariage, dan» celle des Le Prévost i plus tard enfin, par mariage encore, dans la maison Boisseret. Un Charles Boiaseret, 1704, épousa, 4 l'âge de dix- huit ans qui lui succéda.
LabM Labeur dit que. dans les bonnes années, le vin d Herblay. «tant gardé, peut passer p.iur vin de Bourgogno1. Nous ne savons ce qu on doit penser de cette assertion ; mais nous serions porté 4 croire qu'Hcrblay est plus justement renommé pour ses carrières que pour »es vignes. Ce» carrières de plâtre et de pierre sont d un bon proiuft pour lo village. Le plaire est voiture par eau 4 Compiègne. 4 Rouen et ail eurs. C est des carrières de pierre d Herblay qu'on lira, en USu, •-elles qui servirent 4 la construction de la belle foutiine de la rue Grenelle Saint-Germain, et plas tard celles qui formèrent la portail de l'église Saint Louis 4 Versailles.
On ie marque aujourd'hui 4 Heibiay un château autrefois seigneurial, d'une ancienne coovtruclion ; sur remplacement d'un autre château est maintenant une maison de campagne, dans une position tics- agréable.
On compte 4 Hrrblay une population de I.S96 habitants. Ce village fait partie du canton i
Éiienne Fou ratant, qui fol professeur d'arabe au Collège royal, et son frère Michel Fourmoot,
*$HrU, us. n.HfslM.
syriaque du» le même collège, tous deui membres de l'académie des Inscriptions et Belles-lettres, étaient nés tous deux à
Hft«U»t4-H.
Ht><
Con flans est un grand village situé au confluent de l'Oise et de la Seine, «ur la rive gauche de la première.
Les Celtes nommaient Condat, Conde, Condi, etc., tous les lieux qu'ils trouvaient dans une position semblable ; après eux, les Romains leur donnèrent ceux de Confluent, (on floue, dont on a fait Confiant, Confluent. Confoltnt, etc. ». Cette dénomination et les monument* anciens qu'on voyait dans ce Heu ont fait Imaginer qu'un roi sarrasin, d'autres disent païen et adorateur de Mercure, nommé Condat, avait fondé ce lieu; qu'il appela Clovis en duel et qu'il en fut vaincu. Plusieurs écrivains se sont complu à débiter cette fable absurde, et v ont trouvé l'origine du nom de Condat. Il est inutile de les réfuter
Dés le tx* siècle, ce lieu était Illustre par deux tours seigneuriales ou châteaux dont les paysans cherchaient toujours la protection dans les temps de féodalité. Les évêques de Paris en étaient seigneurs.
Mais ce qui contribua surtout à l'accroissement de Conduis, c'est la fondation de son prieuré.
Sous le règne de Charles-le-Simple, lors de l'irruption des Normands, on transporta les reliques de taintt Honorine de Grandville à Conflans, comme dans un lieu de sûreté. Ces reliques ne furent point restituées : on les plaça dans une modeste chapelle de Notre-Dame, que les seigneurs de Beaumontsur-Oise firent, au xi* siècle, remplacer par une église plus spacieuse, à laquelle ils Utachi-rent une communauté de moines qu'ils firent venir de l'abbaye du Bec.
La communauté prospéra, et le pèlerinage aux reliques de sninte Honorine rendit bientôt le lieu célèbre, parce que la sainte opéra des miracles de toute espèce. Or, comme les miracles rapportent toujours de l'argent, les moines devinrent riches; et, comme on recherche toujours le commerce des gens riches, le village se peupla. Les bons moines étaient si reconnaissants envers leur sainte pour tant de bienfaits, que, afin de lire, suivant l'usage, la légende de cette sainte, le jour <le sa fête, ils lui fabriquèrent une fausse légende. Mais ces i étaient trop ignorants pour en inventer une; et n'ayant : des actions de sainte Honorine, ils lui appliquèrent la légende de sainte Dorothée, et ae firent que substituer un nom à un autre. L'abbé Châtelain en fait l'aveu : on lut , dit-il, a pendant quelque temps à Conflans, pour leçon « du jour de cette sainte, une partie de la vie de sainte Doro- « thée, en changeant seulement son nom en celui d'Hono- « rfne1, » mais en laissant subsister les noms de Césarée et de Cappadoce qu'on croyait sans doute synonymes avec Grandville, et avec Neustrie, nom géographique que portait, du
temps de la sainte, la partie occidentale de la Gaule. De pareilles supercheries étaient r ' bon vieux temps.
très-fréquentes chez les moines du
L'abbaye et l'église paroissiale avaient été construites sur la colline: cette dernière existait au xu* siècle.
On lit dans un acte du xiii* siècle que les forteresses de Conflans et tout ce qui en dépendait, appartenaient à l'archevêque de Paris : il y avait donc des lors deux forteresses à Conflans. Biles étalent situées, comme elles le sont encore, sur la crête de la montagne. La plus considérable, de forme carrée, était nommée le Vieux Château ou la Baronnie; l'autre le Château Neuf ou simplement la Tour. Les seigneurs de ces châteaux furent d'abord, sous les archevêques de Paris, les comtes de Beaumont-sur-Oise, qui faisaient hommage a l'évêque pro eattro tt caetelianiâ de Confiuente. Le seigneur de Confluent «e trouvait du nombre de ceux qui, à cause de leur fief, devaient porter l'évêque sur leurs épaules le jour de son intronisation. Cette seigneurie passa ensuite dans la maison des Montmorency; dans la suite, les alliances et les aliénations firent considérablement multiplier les seigneurs sur la terre de Conflans; c'est pourquoi on voit deux châteaux et deux familles différentes,
1 Oa peut «unir on dicUoaaafre géographique de l'aacieaoe Gaule, en ; (routera uo grjB.I ■ombre de lieu désignée loiu eee non», et [ou* lilari m cenfloeot de deaa tlrieret.
mais relevant toujours des évèques. Par exemple, un Charles d'Albrct, au commencement du xv» siècle, possédait, du chef de sa femme, le chAtcau neuf ; et, dans le même siècle, la malson d'Anoure, le vieux château ou la baronnie. Ui maison de li Trémoulllc réunit l'un et l'autre en liii ; mais on voit, en I t,jo, le vieux château dans la maison de Charles de la Grange, et le château neuf dans celle des Ttllières, dont une fille le porta, par mariage, au comte de Tavannes.
11 y avait, à l'égard de la seigneurie de Conflans, un usage assez bizarre : Le prieur du monastère de Sainte-Honorine était seigneur du lieu pendant quarante-huit heures, chaque année, à compter de la veille de l'Ascension, à midi, jusqu'au lendemain de cette fête, à la même heure. Pendant ces quarante-huit heures, la châsse de la sainte était exposée; et, le jour de l'Ascension, on faisait une procession solennelle dans la paroisse, # en l honneur de cette sainte. Un usage singulier imposait à chaque cabarctier l'obligation, dès que la châsse était remise à sa place, de porter au prieuré une pinte de vin qu'on appelait la pinte aux ribaudt. La procession se continue encore*, mais nul cabaretier ne porte aux moines la pintt aux ribauds.
Aujourd'hui on ne voit plus à Conflans que les débris des deux anciennes tours ; mais on y trouve un château nouveau avec un parc d'environ soixante-dix arpents. On y passe la Seine dans un bac; ce passage avait autrefois donné lieu à un droit très-productif pour les seigneurs.
Le village de Conflans appartient au population est de 1,681 habitants.
Dans les environs de Conflans sont :
l' Le hameau de Chêne vières, qui avait, U y a peu de temps, un beau cbâteau, aujourd'hui démoli;
î* Sur le bord de l'Oise, le château de Neuville.
S ▼11.— •alnl-Ourn f.'.t iiiuiinr -i Maulinlum.
Sainl-Ouen est un sillage situé à peu de distance de l'Oise, presque vis-à-vis Pontoise.
L'.luim'n* est un autre village situé à peu de distance; il forme un faubourg de Pontoise. La grande route de Paris à Pontoise et à Boueu le traverse.
L'évêque saint Oucn étant mort à Cliehy, le 34 août l'an 683, et son corps ayant été transféré à Rouen, sa ville cplscopale, on présume que quelques reliques laissées, ou une station faite par le convoi, de ce côté-ci de l'Oise, auront fait donner au lieu le nom du saint évéque.
Ce village est bâti sur la pente du coteau qui domine le bassin de l'Oise. La route de Paris qui traverse le faubourg de l'Aumône étant trop rapide, on l'a détournée depuis quelques années; elle est aujourd'hui bien plus commode et moins dangereuse.
Sur la paroisse de Saint-Ouen sont les hameaux de Saiot- Hilalre, de Coure elles, d'Épluchés, le village de l'Aumône et l'abbaye de Maubuisson, dont nous parierons.
11 y avait aussi sur la même paroisse une léproserie située près du village de l'Aumône; cette léproserie portait le nom de Saint-Lazare. Elle fut, en 1600, unie au collège de Pontoise, et les capucins y firent leur demeure; mais, l'année suivante, ces religieux représentèrent que, e l'église de la léproserie me~ a naçait ruine, et demandèrent qu'on leur donnât ce qui était o réservé pour les loges de Ut léproserie, et que cette église « fut rebâtie ailleurs 1 • : ce qui leur fut accordé en 1604.
L'ab6oy* de Maubuùion, nommée en latin Malodunum, en français Malbiieon, V Abbaye royale etc., mérite une mention détaillée. C'était l'une des plus riches abbayes de filles de l'ordre de Clteaux. Elle fut fondée en IS36, par Blanche de Ci stille, mère de saint Loub. Les religieuses ne prirent possession des bâtiments qu'en 1341.
Plusieurs femmes de distinction se retirèrent à l'abbaye de Maubuisson; trois princesses y séjournèrent en 1 S 14 : Marguerite de Bourgogne, femme de Louit, dit le Hutin. et ses deux belles-sœurs Jeanne et Blanche de Bourgogne. Elles se conduisirent scandaleusement dans cette maison religieuse; Marguerite et Blanche de Bourgogne furent convaincues d'adultère avec deux frères, l'un appelé Philippe, l'autre Gaultier dAunai ; un nulssier de la chambre de la reine de Navarre était complice et confident de ces désordres. Louis-le-Uutin, qui venait de
HISTOIRE DES ENVIRONS DE PARIS
1er sur le trône, fit punir cruellement ces amants favorisés ; l'huissier, entremetteur, fut pendu ; les deux frères, coupables d'avoir répondu à l'amour de ces jeunes princesses, furent écorchés vifs, puis traînés dans la prairie de Maubuisson, nouvellement fauchée ; ensuite on leur coupa la tète, on les pendit par-dessous les bras : et les parties criminelles de ces malheureux furent encore mutilées : exemple terrible, mais que le bon roi crut nécessaire dans un siècle tout-à-fait corrompu.
On fit des recherches sur les autres coupables. Plusieurs personnes furent arrêtées et mises à la torture, parmi lesquelles se trouva un moine de l'ordre des frères prêcheurs, auquel l'histoire donne le titre à'Èvéquê de Saint-Georges. Il était accusé de distribuer des remèdes propres à détruire les fruits de l'incontinence des princesses. On le conduisit a Avignon, où il fut condamné et exécuté. Les princesses furent enfermées, Marguerite et Blanche, comtesse de la Marche, au château Gaillard, et Jeanne au château de Dourdan. Soit que Marguerite fut plus coupable, ou que le roi, son époux, se crût plus outragé, elle subit le plus rude châtiment; et, en 1315, cette reine, qui n'avait que vingt-cinq ans, fut étranglée avec une serviette.
Les religieuses de cette abbaye furent souvent les innocentes victimes des différentes guerres civiles qui ravagèrent la France. Sous le règne de Charles Vil, elles éprouvèrent bien des alarmes et bien des maux. Pendant les guerres de la Ligue, elles essuyèrent des accidents d'un autre genre. Henri IV, assiégeant Pontoise, logeait avec ses principaux officiers dans l'abbaye de Maubuissou ; ces guerriers étaient galants. Ils n'employèrent ni les flammes, ni le fer, ni la violence contre ces jeunes filles : l'amour se sert d'autres armes; et ils surent si bien les mettre en usage, que l'attaque produisit toujours la victoire : les cœurs de ces religieuses furent pris beaucoup plus tôt que la ville. Ce ne fut pas encore le seul mal. Les guerriers de ce temps-la étaient de francs libertins; on assure que, par les suites de ces galants exploits, huit religieuses se trouvèrent attaquées d'une maladie qu'on nommait poliment, dans ce temps-là, le mal de \a)>les, et que cinq furent enceintes et accouchèrent à la même époque.
Si l'on veut soigneusement parcourir l'histoire des monastères de ce temps-là, on verra que tous étaient tombés dans un relâchement et une licence qui rendaient de semblables exemples très-communs, et qui nécessitèrent plusieurs reformes, après que les troubles eurent cessé en France.
Dans la suite, les dames de Maubuisson profitèrent de la leçon. En 1655, pendant les guerres de la Fronde, les religieuses, craignant les politesses des officiers qui auraient pu loger dans leur couvent, l'abandonnèrent prudemment, et se réfugièrent à Pontoise.
L'année suivante, 1663, Catherine-Angélique d'Orléans, fille du duc de Lon eue ville, devint abbesse de Maubuisson; elle embellit et augmenta considérablement les bâtiments de ce monastère.
Louise-Marie Hollandine, princesse palatine de Bavière, fille de Frédéric IV, roi de Bohême, et d'Elisabeth Stuart , fille de Jacques 1", roi d'Angleterre, fut, en 1604, nommée abbesse de Maubuisson. Elle avait du goût et quelques talents pour la peinture, et exécuta plusieurs tableaux pour son église et pour celles des paroisses voisines ; mais la peinture n'était pas son seul amusement. Elle faisait gloire de ses actes d'incontinence. Elle avait eu quatorze bâtards, et s'en vantail. Elle ne jurait, dit la duchesse d'Orléans, que par et ventre qui a porté quatorze enfants1.
Ces abbesses étaient trop riches pour n'être pas moudaines, trop nobles pour se croire obligées de s'assujettir à une règle. •
La construction de l'église de cette abbaye portait le caractère des édifices du temps de saint Louis.
Le chœur était pavé d'une marqueterie de mastic, qu'on aurait pris pour du marbre. Au milieu était le tombeau en cuivre de la fondatrice, avec sa figure du même métal, et uneépitaphc composée de ces vers rimés :
Ex te, Casttlla! radiant ut in atthere Stella, Prodiit hmc Blanea, quam tuget naUo Franea,
ttei pater Alphoneut, Ludovieus Rex quoque tpontut.
Sun viduatn régent agit ut rigeal rrqmtcens. 'inc perigrinante nalo, bene rtxit ut ante; Tandem te Christo eatu donarit in itto, Ç«y'««. tuta math, riguU gens Franm >ub alis,
Ces vers singuliers durent alors passer pour un chef-d'œuvre. Blanche de Castille était fille du roi Alphonse IX, femme de Ixmis VIII, et mère de saint Louis. Elle nourrit ce fils de son propre lait, et se faisait un plaisir et une gloire de remplir ce devoir sacré. Joinville rapporte que. Blanche étant un jour dans l'ardeur d'un accès de fièvre, une dame, qui, pour imiter l'exemple de celte reine, nourrissait aussi son fils, donna la mamelle au petit prince. Après son accès, la reine demanda son fils et lui présenta le sein; mais l'enfant, rassasié, n'en voulut point. Blanche en soupçonna la cause, et demanda qui avait donné à téter à son enfant ; la dame se nomma. La reine, au lieu de la remercier, la regarda avec dédain, mit son doigt dans ta bouche de l'entant, et lui fit rejeter le lait qu'il avait pris. Comme cette action violente étonnait les assistants : / •. quoi t leur dit-elle, doit-je souffrir qu'on m'ôte la qualité de mire que m'a donnée la nature ?
Chargée de ta tutelle de son fils et de la régence du royaume, elle sut réunir l'adresse de la politique au courage viril ; violente et bienfaisante, elle fit du mal et du bien ; elle arracha les habitants de Chatenay à l'exécrable supplice que leur faisaient endurer les chanoines de l'église de Notre-Dame; elle tyrannisa d'une manière révoltante son propre fils, et ne vou lait pas qu'il approchât de son épouse. Sa beauté était si accomplie, que, quoiqu'elle eût quarante ans. Thibauld IV, comte de Champagne, en devint amoureux, et composa pour elle des chansons passionuées. Les assiduités de ce prince, qu'elle souffrait continuellement, ainsi que celles d'un cardinal romain, homme poli, galant et bien fait, élevèrent quelques nuages sur la pureté de sa conduite. Elle mourut en 1353; et cinq ou six jours avant sa mort, elle prit l'habit de l'ordre de Clteaux, et fit des vœux entre les mains de l'abbesse de Maubuisson, qn'elle envoya chercher : c'était la dévotion du temps, et ce qu'attestent les deux derniers mots de son épilaphe : Pauptr Monialù.
Cette reine fut Inhumée avec beaucoup de pompe. Les principaux seigneurs de la cour portèrent son corps sur leurs épaules ; il fut placé sur un trône doré, le visage découvert, revêtu des habits royaux, par-dessus ceux de religieuse.
L'église de Maubuissou renfermait encore les restes de plusieurs personnes titrées; le comte de Clerambaud.morlen IÎ4J ; Jean de Brienne, dit le prince d'Acre; Alphonse de France, frère de saint Louis, dont les entrailles étaient dans le chœur, ainsi que celles de Charlcs-lc-Bcl, mort le tw février I33T, et deJeanned'Êvreux, sa troisième femme, décédée le 4 mars 1870, avec leurs figures en marbre.
On y voyait aussi les figures de Bonne de Luxembourg, épouse du roi Jean et de son fils Charles V; on remarquait un grand tombeau en pierre, élevé et couvert d'une plaque de enivre, sur- laquelle était la figure de Marguerite de Brienne- Beaumont, femme de Beaumont, prince d'Aotioche, appelée communément la princesse d'Antioche, décédée le 9 avril 1328. Parmi plusieurs autres personnes Illustres, enterrées dans cette église, nous ne parlerons que de Gabrlelle d'Estrées, duchesse de Beaufort, maltresse de Henri IV.
Avant de connaître Henri IV, elle fut souvent prostituée par sa mère; elle joignait à une beauté extraordinaire toutes les grâces, toutes les séductions d'une femme experte dans l'art de la galanterie. Ce roi en fut ardemment épris. Près d'accoucher, elle se rendit de Fontainebleau à Paris, et logea chez Zamet; le 8 avril 1699, après avoir dîné chez lui, elle se rendit au petit Saint-Antoine, où l'on chantait les ténèbres. Revenue de cette église, et se promenant dans le jardin de Zamet, elle eut une attaque d'apoplexie, éprouva les plus violentes convulsions, et mourut le to avril suivant, & sept heures du matin. Le roi, à la nouvelle de sa maladie, partit de Fontainebleau ; il était à Villejuif lorsqu'il apprit la mort de sa favorite ; il s'en retourna fort chagrin. Gabrielle d Estrées avait l'espoir d'épouser Henri IV; on a cru que cette mort n'était pas naturelle. On l'attribua au poison et u la magie. Le corps de Gabrielle fut transféré à Maubuisson, où sa sœur Angéliqu. d'Estrées était
* sT
HO
HISTOIRE DES ENVIRONS DE PARIS
abbes<e'. EHe lut enterrée dans le chœur de cette abbaye.
le monastère et l'église de MaubuUsnn ont été vendus et démolis pendant la Révolution. Il n'en reste que des n.iues.
Aujourd'hui, le vtllage de Sainl-Ouen n'a rien de remarquable par loi-même ; mais dans «et eoviroos soot plusieurs lieux dignes d'attirer I* attention.
Le rhâleau de Snint-Ouen, autrefois seigneurial, est dans une position qui domine toute ta vallée de l'Oise. Le parc fui planté sur les dessins de 1-e Nostre. qui sut ménager, avec beaucoup d'a< t, des points de vue sur les lieux les plus agréables des enviMin».
i.et-h.Vran d'Épluchés, airr Fnne des colline* qui bordent la rixe gauche de l'Oise, est aussi dans une heureuse position, et offre de tous rfttés <<e* points de vue charmants. Ses jardins sont des ines dans le genre paysagiste. Le pare contient environ einquanie arpents.
t.e village de Salnt-Ouen appartient a l'arrondissement et an canton de Con-oisr. Sa population, y compris l'Aumône et le hameau d'Épluchés, est de 1,388 habitants.