CHAPITRE I". — COUP D'OEIL GÉNÉRAL
Sur le plateau de Senlis. que nous avons décrit dans le livre précèdent, est encore assise la ville de Pont-Samte-Maxrnce. En comprenant dans ce livre les deux routes qui, partant de Senlis, se dirigent l'une vers Pont-Salnte-Maxence, l'autre vers Compiegne, nous donnerons sur le sol traversé pur cette dernière route quelques détail* instructifs.
Le sol qu'elle parcourt recouvre des masses de ca'caires plus ou moins abondantes; les carrière* y sont anse» nombreuses; on remarque surtout celle des environs de Verberie. La pierre de Saint-E oy est recherrhée pour sa dut été ; mais elle est remplie de coquilles qui en diminuent le prix. On l'emploie pour la partie des murs voisins du sol. On en a fait un grand tirage pour la construction du ehàteau deComptègne et pour celle de l'Ecole militaire; on a même trouvé dans les pierres de cette carrière des coquillages singuliers.
Sur la montagne de fiel treuil près de Plcrrefont, on ren-
contre des coquillages de toute espèce, et en si grande quantité, qu'on les enlève par monts, suivant l'expression d*im historien du Valois.
A Verberie, sur la montagne de Salnt-Vast, on trouve après les graudes pluies, des glossopètres. dont le plus grand nombre est de ceux qu'on nomme dents de requins.
On voit beaucoup d'autres curiosités naturelles d«ns le canton que nous parcourons : dans le bois d'Ajeux. p<ès de Verberie, dit Cailier, est une large fosse qui se remplit d'eau lorsque la rivière d'Oise commence à grossir, quoiqu'elle ne communique ni avec la rivière ni avec aucune source. • Le « limon de cette fosse, détrempé par la première eau qui y « parait, produit du brochet ; ci, pour peu que l'eau reste dans « celle fo»se à une certaine hauteur pendant quelques mois, « ce pois-on y profite et devient gros en peu de jours. » Je cile et ne garantis rien.
Les forêts de Compiègne et de Halatte couvrent une partie du piivs que nous embrassons.
Tirs-;imicnnoment ces forêts étalent réunies sous le nom général de forêt de Servais, S>(lv<itvm ; mais «elle immense foret lut percée en plusieurs end oit s, défrichée dans d'autres, puis divisée en deux portions, qu'on nomma forêt de Brie et forêt de Cuise.
Cette dernière partie dépendait du château de Culsa, où était établi le siège d'une immense juridiction qui s'étendart sur toute la forêt. Le juge de la maison royale d« Cuise avait des droits fort étendus : il représentait le roi, de qui il tenait soit pouvoir; il avait sous lui des officiers subalternes qu'il chargeait de l'exécution de ses jugements. Tout ee qui regardait la chasse, la pèche et les délits commis dans les bois, ressortait à sou siège. Outre des lieutenants et des viauiers, tous nobles, il avait à ses ordres un certain nombre de tergntU et de forutwr$, officiers serfs à pied et à cheval, qui surveillaient chacun un district, et traduisaient les délinquants devant le juge rte Cuise.
Sous les derniers Cerlovingiens, la charge de juge de Cuite deviut un fief héréditaire.
Le nom de la forêt de Cuise varie beaucoup dans les auteurs et dans les chartes; les uns te nomment .S'<//r« Cniia. d'autres Sylva Catuia, Çoytû, Qtusia, Cutia, f uitia, etc. Dans In foule des titres qui font mention de cette forêt, depuis le xtn' siècle, ou lit indisiiuctement les noms de Cotia, CoUr, Coy, t'oise, Qui*t, Cuiste, et enfin C«t»«, qui a prévalu. Dans l'histoire des évéques d'Auxerre, on lit que les Francs toujours en uuerre, vers l'an 715, se combattirent cruellement dans celle forêt qui est nommée Cotia1.
Cttte forêt avait une étendue considérable et comprenait toutes celle* des environs, et particulièrement ce qui compose aujourd'hui celle de Compiègne et de Halatte.
On connaît le goût décidé des premiers rois Francs pour la chasse ; ils en préféraient l'exercice à toute autre espère de divertissement. Parmi les forêts du royaume, celle dp Cime leur parut toujours la plus commode et la plus agréable à parcourir.
Ces rois exécutaient leurs parties rie chasse avec une pompe et un appareil extraordinaires. Ils étalaient aux yeux du peuj le tout l'éclat du pouvoir, et portaient leur magnificence daus le fond des forêts. Ils célébraient ces chasses avec le même cérémonial qui accompagnait les tournois sous le* successeurs de Hugues Capet. Deux saisons de l'on née étaient surtout consacrées anx chasses d'appareil : le printemps et l'automne. Les rois pa.-saient presque toujours ces deux saisons dans Irurs palais de la forêt de Cuise : à Verberie. au Cheane, a Compte, ne, à Cboisy-en (.signe, à Quierzy et à Venelle, dont le nom désigne une maison de chasse.
Alcutn donne une description de ces chasses générales. L'auteur représente le souverain environné d'une cour brillante, composée de I élite des seigneurs français, des comtes, des chefs de la magistrature, si I on peut appliquer cette expression aux juges de cette époque. I.a reinr'et les dames, ses suivantes, assistaient à ces parties de plaisir, montées sur des chevaux richement caparaçonnés, qu'elles maniaient avec une grande adresse. Ces cha»ses solennelles commençaient et Unissaient avec le jour.
Les rois tiraient un double avantage de ces chasses géné-
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HISTOIRE DF^ ENVIRONS DE PARIS
mie»; rar, indépendamment du plaisir qu'il- y trouvaient, il» en avaient aussi <1u profit. Apres (|U on avait distribué aux nffi iers de chas»»- et aux seigneur* de leur suite des présents eu 'hier, le reste se vendait au profu du prince.
Les pâturages de la forêt s'affermaient, ou bien les officiers du roi y pinçaient des troupeaux qu'on engraissait M qu'on vendait au profit du prince-
Dans la forêt de Cuise il se trouvait un grand nombre d'étangs et de viviers, dont le produit surpassait beaucoup celui de lâchasse et des pâturages; on en vendait le poisson pour l-comte du prince. Presque tous ces étangs sont aujourd'hui comblés.
Ces avantages, dans des temps de barbarie, expliquent le prix que mettaient les Français au droit de chas»*' et de p<Vhe dans la forêt de Cuise, et la surveillance active exercée dans cette forêt par les officiers du roi.