‹ Histoire physique, civile et morale des environs de ParisChapitre 57 sur 144 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

BIUINI , COUCT.

Ville située sur le grand chemin de Soissons à Reims, à quatre lieues de Soissons, sur la petite rivière de Vesle, qui se divise en plusieurs ruisseaux au p'ed de ses maisons.

I ville de Rrainc a eu ses temps héroïques comme un grand nomhiede celles de la Gaule. Plusieurs écrivains n'ont

pus ciainl d'avfiiiecr qu'elle avait eu pour fondateur It • i.

trentième roi des Gaules, d'au'rcs ont écrit que Brennu* avait fondé Soissons, et que Brenniut, son frère, avait bâti le château de Itraine : il est inutile de réfuter ces fables.

D'autres uni vu dans ce lieu le Bilnrax des Commentaires de César : ce sentiment a été complètement réfuté. On a bien découvert dans les environs des antiquités romaines ou gauloises; m»is ee ne ><nit point là des témoignages de l'existence d une ville <i une époque ou il n'y avait point de villes dans la Gaule.

Draine était dans l'origine une terre du lise, comme Verberie et INHUtcuil-lc-Haudouin. Les ancêtres de saint Ouen la po>sedai> ni sou-. Clovis I '. Son nom varie dans les auteurs latins, qui la nomment Brana, Brena, Breina ri Hrema.

Saint Ouen lit don de la terre de Bruine à l'éulise de Rouen, son siénc « pi c ipal.

L'église de Rouen jouit paisiblement du bienfait de son prélat jusqu'aux troubles qui accompagnèrent le déclin de la maison 'h' Charlemngne.

Itouen souffrant beaucoup des irruptions des Normands, résèque et le chapitre de cette ville résolurent «l'envoyer a Braine les tlTets les plus précieux de la cathédrale, les reliques et la bibliothèque du chapitre. Dans cette circonstance on eut soin de fortlller le ehàleau de Braine de manière à pouvoir tenir en ins «1 a'taque.

En «22, la bibliothèque du chapitre de Rouen était encore à Draine; et, comme il y en avait peu d'aussi nombreuses en France, on venait de toutes parts à Braine pour la consulter'. |»eu île teints après, celle bibliothèque périt en partie dans les llnmiiics; l'autre partie fut pillée ou dissipée.

Il n'est point douteux que l'existence de In ville de Braine ne date que de l'époque où le château fut fortilie ; on sait, cl nous

avons dit souvent que les dangers qu'on courait dans 1rs eampauncs rassemblaient les familles autour des lieux fortifiés pour s'y sauver en cas d'alarmes.

Parmi les reliques transférées à Braine étaient les corps de saint Ived et de saint Victrice; ces corps attirèrent aussi â Braine un grand concours de peuple: et il s'y établit un pèlc- ' nuage fameux. Le culte de saint Ived donna même origine à 1 une abbaye de ce nom. qui commença par un chapitre de chanoines, établi dans l'église du château, qui subsistait encore au xii» sièele.

En 031 , le duc de France, Hugurs-le-Grand ou le Blanc , I enleva aux évèques de. Rouen le château de Braine; le comte de Vermandois reprit ce château sur Hugues et le déntoht; Hugues chassa les gens du comte à son tour, et lit rebâtir le château, qu'il ganta jusqu'en 'J50.

Le comte de Reims surprit le château de Braine et s'en empara. Hutmes, piqué, appela a son aide le roi Louis-d Outiemer; es roi rassembla promptement une armée, et vint assiéger en personne le château, qu'il remit à Hugues avec ses dépendances.

Le duc Hugues, suivant d'autres témoignages, tenait en a»ouerie de l'évéque de Rouen le château de Braine. Pour mortifier Hugues qui tenait le parti du roi contre le comte de Vermandois, celui-ci envoya le comte de Reims prendre et raser le château , que le roi Louis-d'Outrcmer reprit en personne et rendit a Hugues. Os châteaux n'étalent qu'en bois.

Quoi qu'il en soit, ces prises et reprises portèrent fortement atteinte aux fortili a tiens et aux bâtiments du château. Huiaicsle-Crand le lit rebâtir à ses frais et le conserva comme un fief. Dès lors L'église de Rouen en fut a jamais dépossédée.

Hugues Capel, fils de llugues-lc-Grand, céda la terre de Braine aux comtes de Champagne, qui la soumirent à leur vicomte d'Ouchy.

Des comtes de Champagne, la terre de Rrainc passa par mariage dans la maison de Baudimcnt. avec le titre de comtépairie de Champagne. Braine devint le quatrième des sept I anciens comtes-pairies de Champagne : dans un dénombrement de IJ76, le comte de Braine de. lare tenir comme pair de Champagne, en foi et hommage- lige du roi le rhdtel, i il le et comte de Braine.

André de Baudiment, pair et sénéchal de Champagne, commence une suite non interrompue de sciuieurs de Braine pendant près de huit cents ans : jusqu'au xii' siècle, ce comlé ne fut jamais vendu.

A la lin du xii* siècle, une comtesse de Braine bâtit le château du haut, ca>trum de eelto, pour servir de citadelle à la ville de Braine et a son château. Cette citadelle, connue depuis sous le nom sde la Folie, lut brûlée en 1 423 Les murs en ont ete conservés en grande partie : ils sont a«sis sur un rocher de quarante pieds de hauteur, entoure d'un fossé large et profond, taillé à vif dans le roc. Ces murs, flanqués de plusieurs tours, d'une bailleur et d'une épaisseur considérable, étaient défendus par une «eeonde enceinte garnie de tours et d'ouvrages extérieurs. La hauteur sur laquelle on voit encore les restes de cette espèce de forteresse est située à trois cents toises au couchant de Braine. On prétend qu'anciennement le château du haut communiquait avec la ville par des souterrains.

On raconte un miracle arrivé à Braine sous ses comtes ; les récits varient : voici celui de D. Martenne, dans ses voyages 1 : H y avait à Braine plusieurs familles juives, dont les unes vivaient de leur trafic, et les autres étaient assujetties à la ser- , vitude. Il se trouva dans ces familles une juive d'une rare ' beauté, dont les charmes flrent line forte impression sur l'esprit i de la lomtessc de Braine. Une seule difllcullé empêchait la ( comtesse de donner a sa vive amitié tout l'essor qu elle aurait . désire Cette belle ligure cachait l àmis d'une infidèle souillée du ; péché originel, et rebelle à la loi de grâce.

Pour laver ces taches, la comtesse entreprit de convertir la jeune juive. On la catéchisa d'abord avec assez de succès; on vint a bout de lui inculquer les principaux mystères de notre j religion, excepté celui de reueburistie. La juive déclara que jamais elle ne pourrait se déterminer â croire la présence réelle, si elle ne vovall Jesus-Christ à la place de l'hostie, sous la figure humaine.

i r^iwrm .iiuijot r*m, tam« m. — Annal. bemtJtct. nn»o «21.

> Tome l, p. SI.

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HISTOIRE DES E.M IRONS DE PARIS

Comme celte apparition ne |»iu\ait s'elnclucr sans tut nrifH cle , on eut recours ans jeûnes, aux processions , aux prières solcnm Iles pour l'obtenir. Le miracle ne couvât arriver qu'a la messe On choisit pour la célébration le plus recomnian lahlc de* religieux de Saint-lvcl. par sa piclc et par se» mérites. I.c jour de cette messe ayant été indiqué, Henri fie France, archevêque de Keiius, frère du roi et «lu comte de Braine, s'y rendit. H assista à la me*s<\ accompagné d'Arnoul de Pierrefont, évoque de Soissons, de Pierre, abbé de Bruine, et d'une cour composée de personne» du plus haut ranu. On permit aux ramilles Juives l'entrée de I église de Saint Ivcd.

Au moment de l'élévation, Jésus-Christ parut à la p'ace de l'hostie, f'ous la forme d'un enfant, et disparut presque aussitôt; de manière qu'il ne riMn p'iis que les espèces de t hostie cousaeree mire les inniu» du prêtre. 1.5 juive ru* put tenir contre celte a parilinn, elle se eonvett t, demanda le baptême; et un gran i nombre de juifs suivirent son exemple.

On établit une confrérie en mémoire de ce miracle : elle est autorisée par plusieurs bulles des papes.

I.c comte de Kraine fut udï à cc'ui de llretix dans les mains de la branche rova'e <<e Dreux. L'un de ces comtes. Bobert II. lit achever la belle enlise de Draine, qui fut dédiée en 121 A. et qui peut être regardée comme uu de* beaux édifices du sut* siècle.

Dans les guerre s des Bourguignons et des Orléanistes. Draine et ses deux châteaux furent pris par les premiers. Les seigneurs de Draine rendirent la ville pour conserver leurs domaines et les p éurver du pillage.

Dienlôl après, les royalistes ou Orléauistes vinrent s'emparer de Draine et assiéger le château du haut. Le seigneur de Draine s'y é ait retiré après la pive de sa ville, qui tenait le parti du duc rie Bourgogne. Ou trouve dans un manuscrit la description suivante de ce siège, o Los Anglais . les Armagnacs et autres « tenant leur parH, se v tinrent camper devant le château 1J11 « haut, près de Draine, pour icelui avoir, et y furent avez « longtemps devant, faisant grosse batterie de canons i, l'art il - « lotie etoit encore nouvelle) et autres pièces; et itclaus ledit « château y avoit garnison de par ledit dainoi-e.au Commcrcy

■ [seigneur de Draine). Quoi voyant ceux de ladil<' garnison, et « n'< sacrant avoir aulcuns secours, feirent une saillie sur les- « dits ennemis qui les repoussèrent vigoureusement dedans a ledit château et en grand désordre, tellement que, en se « retirant, les Armagnacs y entrèrent ensemble, faisant grande u exécution et laide tuerie de Ciux qu'ils trouvèrent oed ms, « tt, non contents de l'occision et pilicrie qu'ils avoimt faites,

■ meirenl le f< u partout et le démolirent; ci a rttte cause fut « appelé celui le château de la /'ofiV.qui fut en 1-123. le lundi a d'après le jour de monseigneur saint Denis, o Ce texte j-xplique l 'etymologie du nom de la Folie de Draine.

Le succès des Armagnacs ne fut que passager. Leduc de Bourgogne rcpa<ut en forces, reprit Draine et tous les lieux qui avaient reconnu l'autorité du roi Charles VII ; et tout dans le Valois resta sous la domination des Bourguignons et des Anglais.

Draine, comme la plupart des lieux du Valois, se trouva occupée pu- les ligueurs. Henri IV, eu poursuivant le duc de Parme, prit sur sa route toutes le villes qu'il pouvait enlever à la l igue.

La petite ville de Braine fut attaquée. Après cinquante coups de canon tirés du cô.é du faubourg de Saint-Demi, lis assiégés offrirent une somme de deux cents écus pour faire lever le siège; cette somme fut acceptée et le siège abandonné. Draine avait ele fortiiiée en 1Ô8G avec la permission de Henri III ; ces fortifications avaient coûté six cents écus d'or, dont quatre cents awueut été imposés sur In tille, «t deux cents sur les faubourgs On avait creusé de nouveaux fos-r>

Kn 1617; les plaines de Draine et de Bazochcs furent couvertes des partis de mécontents qui troublèrent I • règne de Louis MIL Lis habitants des villages situés dans Ces plaines, |iour prévenir les surprises, avaient diessé, sur les Ions de la haute église qui couronnait le mont Notre-Dame et dominait tout l pavs, une guérite d'où l'ou apercevait tout ce qui se passait au fin; on faisait un guet continuel dansée te goertte , cl ( lusicurs signaux convenu* annonçait nt aux habitants des campagnes la nature du danger dont ils étaient menaces. Il y avait dans le clocher de choque village un guet pattiçyher

i.vcvait ses Mgnnux et qui les transmettait par le tocsin «il gens des campagnes occupés a h uni travaux.

Lfi troubles survenus sous In minorité de Louis XIV m- firent aussi sentir dans le Valois; ta haine que 1rs mécontents portaient au cardinal Marina excita ces troubles. On pensa alors à relever les murailles de Braine alin de se mettre sur la defrnsi»e. L'archiduc cardinal, Oopold-Cuillaume, sortit des l'ays- Ras avec une armée composée d'Allemands et de Français; || vint camper entre Braine et Fismes, ou son armée commit toutes espères d'excès .

Les habitants de Braine, prévoyant les malhrms qui jtj menaçaient, demander nt un renfort ; on le leur envova; BSab, A l'approche des ennemis, le commandant de On nouvelle* troupes donna aux siens I exemple d'une fuite précipite, I) plus, un B tinols, qu'un journal du temps appelle un isprit in'ernril et uu méchant garnimnt. livra la ville ni\ vnu, m .. lesquels y étant entrés, firei-t mille txIonSmé aux labrani». In battant, blertant, tuant, rançonnant et emmenant arùaM nier s.

« Or, durant ce temps que les ennemis pilloient et r.vu- « geoient le pays, n eux gens du roi de France ne fur nt p > « plus pitoiables ni favorables miv pauvres gens que les mie a mis; car. après que, comme fuvarts et couarts, ils se furent a mis à l'abri des murailles et îles fosses de Sorsons. pour l'as- « surnnee de leurs vies, ils firent mille volerieset pillerie», ev- « torsion et ravagement, ne laissant à trois ou quatre lieues « aucunes granges, que ils n'uvent au uniment battue et pil- ■ liée; et ruinant et volant tout. tel emenl que je n'ai jainaeo vu de plus soigneux, diligents, valeureux, courageux et liaru dis voleurs que ceux-là; mais aussi de plus peureux et couarts, « poltrons et coyons, qu'ils etoient à soutenir et revaneher leur « patrie et à s'opposer aux bravades des ennemis, ou trois foi» « piller, mettre le feu a Sainte-Geneviève, et même tirer le t coup «le pistolet près de leurs tentes sans avoir secouru ces o lieux-là, ni se mettre en devoir d'une bonne défense. Je crois « qu'en ces occasions ils eussent bit n voulu être dans leurs « villes, pour être plus assurés de leur personne. »

Lis bourgeois de Braine. abandonnes à eux-mêmes, furent obliges de prendre la fuite : ils se dispersèrent dans les ville* voisines. La vl.le de Braine, pendant les 26 et 37 août, fut li* rée au pilla jc. Les religieux de Saint-I wd avaient quitte leur monastère, à l'exception du seul sarris'ain ; le 58, les ennemis fo:cèrent les poi tes de l'abbaye , et le pibage dura encore deux jours. On prit ensuite le sacristain; les soldats lui Aient souffrir toutes sortes de tourments , afin d'apprendre de lui ou étalent les effets | récieux du monastère; il eut un bras casse d'un coup de feu. Les soldats lui remuaient le bras avec des secousses afin d'en tirer par la violence des douleurs l'aveu qu'ils désiraient. Le sacristain souffrit tout sans lien déclarer et, sans uu valet qu'on suspendit par les pieds au-dessus d'un brasier, les ennemis n'auraient rien trouve. Avant de sortir de l'ubbaje. ils y mirent le feu.

Le retour de ceux qui avaient cherché leur sûreté dans les bais était affligeant : on voyait des bandes de malheureux extenués par In faim ; les uns mutilés ou défigurés par les mauvais traitements, les autres accablés d'infirmités contractées en couchant sur la terre et exposes nux injures de l'air. La famine vint après la guerre; elle fut elle-même suivie de la peste et d'une grande mortalité.

Ici se terminent pour Braine les temps historiques, c'est-àdire le> des irdres et les calamités résultant des vices de la politique et surtout «lu régime féodal.

Br. me était, avant la Dévolution, le siège d'une justice seigneur aie qui ressorlissait à Ou< by : son principal ornement était l'abbaye de Sâlnl-lved, occupée par des Prémoiitrés. On y voyait ausi uu prieuré de religieuses bénédictines.

I a ville est baiie dnus une vallée an bas d une montagne qui la domine du côté du midi; elle est traversée par plusieurs eau ux de la Ve le, et entourée de murailles.

(tu voit, dansée qu'on nomme aujourd'hui la t'olitde Braine, les rest-s d'un châte iu fort.

8 il -<oae?

Petite ville ou village du Laonnais, miuo a 'rois lieues au nord-ouest de Solssons. nommé Condiciarum , Ctoriacttm . »' Couc> Har*' «lans riiisloire -les le c vnmenecru .ni

HISTOIRE DES ENVIRONS DE PARIS

de In troisième ra -e ; il existait certainement sous la seconde. Il fut du nombre îles villes et forteresses dont la rrinc Cons'anec , optrs la mort du roi Robert, son époux, voulut, en 1031, conserver la possession; mais elle ne l'obtint pas1.

Le château de Coucv fut |m*sédéet disputé par différents seigneurs : Thibaut, comte de Blois, surnommé le Tricheur, en fut lonïiem; s seigneur.

U postérité du comte de Blols ne conserva point la possrsrion de Coucy. Celte terre passa successivement en des mains inconnues jusqu'au milieu du xiu» siè-le, où elle tomba dans celles de ses tire* qui se la transmirent héréditairement pendant dnix siècles, et dont les noms sont, dans nos annales, illustre*, par des rapines, des violences et des crimes de touteespèee.

On a souvent confondu les seigneurs du château de Choisy avec ceux du château de Coucy, parce que les noms de l'un et l'autre lieu sont presque semblables en latin. Pour éviter telle confu-ion. nous ne parlerons que des seigneurs de Coucy qui sont bien connus.

hnguerrand l», surnommé de la Fërt, qui était Assurément un seigmur de Coucy, avait épousé Ade. de la maison de Itouev, qui lui ava»t appui té en dot les terres de Marie et de la Fere. Kn 109$, la conduite lieencieusedcsoii ipou>clui avant inspiré des soupçons lur U légitimité de la naissanec d'un lils nommé Thomas, auquel elle donna Je jour, il pamt disposé a le priver de ses héritages: et ce Tut lé. principe d'une haine mtre le père et le tils, dont nous verrons li s suites. Ade mourut. Enguerrand. voulant la remplacer, décida Sybille, comtesse de Namur . dont l'époux était a la guerre , a s'unir à lui. Celle-ci, ennuyée de la longue absence de son mari, y consentit ; et le sire s'em ara en même temps du château de Tour e%l'urcien, qui avait été la dot ne la comtngse, et où s'écoulait sou veuvage importun, lté retour des combats, le comte réclama sa femme et le château. Une guerre s'ensuivit; et elle fut laite avec une alrncité sans exemple. Les prisonniers faits de chaque cote avaient bs yeux arrachés et les pieds mutilés, ou bieu étaient pendus. Le résultat fut favorable au nvlsscu-. La comte se vit forcé d'abandonner celte espèce d'Hélène, dont la conduite deréglée était un véritable fléau pour les habitants de la contrée. Enguerrand pouvait encore n douter le» foudres de l'Kghse; mais l'étéque de l.aon et it nlors .-ou parent. Il fut absous ; et, des deux mariages que Sybille avait contractés, le dernier fut considéré comme le seul va'ablc.

Le sire de Coucy était en même temps com'e d'Amiens. On le voit, en MIS. s'opposer a la eharte de commune que Louisle-Gros avait aeco dée aux habitants de celte ville, de concert avec l'e.eque Godrfroi ; et celle opposition, si fréquemment wianifotc - par les notables de cette epnque coulre toules les cessions oc la couronne in faveur du peuple, donna iiaisscnre à une guerre dans Inquelle le lils du si.e ne Coucy s'arma eoiitte stn perc. Ces tioubh s n'étaient pas encoie termines, quand la mort mrprit Enguerrand. vt-is le milieu dej'année II 10. Outre le lils dont nous venons de parler, il laissa de sa seconde femme Sybil e une fille. Sa mère avait un amant qu'elle fit épouser a celte fille. Ce fait est rapporté par l'historien Guib. rt. qui traite comm-j ils niéritaienl de I être ce seigueur de Coucy cl si digne compagne '.

Thomas, surnomme <'.c. Marne ou de Marie, fut un des plus illustres et des plus scélérats de celle époque : lléau de ses voisins, ennemi de K< égaux, bouireau de ses sujets et oc ses prisonniers. L'ubbé Suger le peint comme un bomme couvert de crimes, qui ne respecta t ni Dieu ni le« hommes3. Guibert.abbé de Nogenl, raconle de lui des actes de cruauté qui sont tellement horribles, que la plume se refuse u les retracer; je les omets pour épargner aux lecteurs des tableaux révoltants, et je me borne à citer un de ses 1 êtes h s plus modérés.

Il rencontra un bomme blessé qui marchait avec peine. Pourquoi, lui dit-il, ne matchet-tu pat plus rite- Je nt le pttM, reprit le piéton. — Attend*, je voit te faire aller plu* lentement enmrt. Thomas descend de cheval, tire son cpée et lui coupe le* deux pieds. Cette violente amputation causa la mort de ce I*.

it Htt Bitloritn* Jr unci-, tonte m, p. T»s.

Cet exploit, si on le compare h ses autres atrocités que j-.> n'o*e décrire, n'est qu'une gentillesse féodale. Cet homme se qunlifiait de Sire de Cnury, parla grdte dt Dit*. Du reste, il vola l les marchands sur les chemins, faisait la guerre à ses parents, mcm° à son perc Ccscrime<, communs» la plupart des seigneurs du xir* siècle, restaient ordinairement im unis; mais, co'nme il attaquait et pillait les églises, les monastères, et des seigneurs plus puissants que lui, il ne put échapper au

oV Frnnrt, lomt VU, p. J«.

dit Uittn, mi l, ïra»ct, tant» XII, p. tJT.

Avant de succéder h son rère dans le comté d'Amiens et la sircric de Coucy. il s'était signalé par quantité d'actions attires. Cantonné dans le château de Montaijru en Laonnais. il en avait fait une place d'armes, d'où il faisait main-basse sur les habitants des campagnes voisines. En 1 104. les chevaliers du pays se coalisèrent contre lui, et vinrent l'assiéger dan* son chAtcau. Enguerrand, son père, faisait partie de cette expédition, dans ce pressant danger, Thomas sut gagner quelques courtisans du roi Louis-le-Gros ; et ce prince fit lever le siège aux assaillants. Mais le seiuncur de Marie se vit bientôt obligé de restituer le chaleau de Montagu : il l'avait acquis en épousant la fille deRojicr. lomtede Château-Pnrcien : et celle femme étant soeur de Sybille, cetle belle-mère tru'Eniîuerrnnd lui avait donnée par le rapt et l'adultère , le mariage fut reconnu illégitime et rompu; mais Thomas contracta un nouveau maria. e qui le rendit possesseur de C'éy et de Noaent; et ces deux places favorisèrent ses brigandages qui bientôt ap ès devinrent si excessifs que les seigneurs se lignèrent de nouveau contre lui. Plusieurs évêques se réunirent a Beau vais et le déclarèrent scélérat, infâme, ennemi de la foi, et dégradé <<e l'ordre de chevalerie. Le toi, appelé à sanctionner ces décrets par la force des armes, assiégea les deux châteaux de Nogenteldc Crécy. les prit et les rasa.

Par la mort de son père, Thomss devint sir* de Coucy et comte d'Amiens. 11 essaya de résister à son souverain le roi de Frauce; mais Louis, dont les troupes bloquaient depuis deLx ans la citadelle d'Amiens, l'emporta enfin d'assaut, la lit démolir, et restitua le comlé d Amiens à la maison de Vermamiois. Le sire de Coucy fut alors obligé de se soumettre : il tint au camp du monaïque, >e p osterna à ses pbds et obtint son pardon, en promettant de restituer des S'immes considérables qu'il avait arrachées a ses misérables vassaux. Mais ces soumissions n'étaient que feintes : des qu'il fut délivré, il reprit le c.iuis dises habitudes, et chercha à reprendre le comté d'Amiens par la voie des armes. En I ns, s'elant brouillé av e II nri, comte dp Chaumont en Vexin, et fière de Riuul-/e-lai/fon/, comte .le Vermandois, il le fit a.-sassiner. A cette nouv. Ile, le roi de France marcha de nouveau contre lui: et un nouveau forfait du sire de Coucy ne tarda pas à exciter encore le courroux de e? prince : des marchands, en 1 1 30. se lendnnt à différente» foires, avaient été oblig- s, suivant l'usage, d'acheter le droit de passer sur se* tenes; après leur avoir nccordé un sauf-conduit, il les lit arrêter, dépouiller et jeter dans un cachot: ou plutôt il evigeait sur le chemin royal r nndurtu* régit) des péages déjà perçus par Louis-le-Gros. Ce roi partit ne Laon, traversa avec beaucoup de difficultés des foiéls sans chemins, des dé*crt* arides et dangereux, et arriva très-fatigué devant le château de Coucy. I.e sire Thomas lut dressa plusieurs embuscades; et, par un souterrain qui communiquait d -. son château daus les environs, il sortit en amies avec ses chevalier». Le roi en fut instruit et envoya ries troupes contre lui : Il y eut un combat, où Thomas, renversé de son cheval par Raoul, comte d<? Vermandois, dont il avait lué le frère, fut a-sailli de coups d'epèe. Il lut porté presque mourant devant le roi. et de là à Laon. I.cs chevaliers du roi el ceux même du sire Thomas applaudirent a sa défaite. Dans cet état misérable, le siic Thomas ne voulut jamais donner l'ordre de foire sortir de prison les marchands qu'il avait pillés. Il mourut sans recevoir les sacrements de l'éjtlisc. »

Le roi Louis ne retint point le chat- au de Coucy, mit en liberté les prise-unie s qui s y trouvaient, fit rompre la chaussée des étangs de Thomas, s'empara d'une partie de ses trésors, puis s'en retoruna à Paris'.

Telle fut la carrière de ce tire de. Coucy, dont nous avions simplement dit quelques mots a I article d'" Amiens, et qui ca»

rt, HisMrtit Lomi,. /•-«,.».

HISTOIRE DKS ENVIRONS DE PARIS

lactcrisc si bien cette époque d'hornurs et de calamités.

Enguerrnnd II, son fils et son successeur, n'est connu qui par les restitutions qu'il lit aux églises que son |*-rc av.nl dépouillées, et par son expédition en Terre-Sainte, à la suite de l.ouisle-Jeunc.

Knoul I", dit de Marie, (Ils aine du précédent, devint sire de Coucy en t MS , et accompagna Philippe-Auguste en Palestine. Ii mourut au siège d'Acre, en 1 191 .

Ccst le neveu do Raoul Ier, (Ils d' Engucrrand II, qui fut le fameux châtelain de Coucy, amant de la belle Gabrielle de Vergy, épouse de Anbert, sire de Fayel. et dont les amours eurent une si tragique, si atroee, et si digne de ces lemps dft barbarie. Raoul I" désigne ainsi son neveu dans un acte de 1187: Radulfus clericut nrpoi meus. Ce neveu était clerc, c'est-à-dire qu'il avait étudie pour devenir prêtre, et qu'il savait écrire : ce qui était fort rare alors parmi les nobles. Il

quitta l'état ecclésiastique, et fut nommé châtelain de '

L amour lui inspira la plus vive passion pour Gabrielle, châtelaine de Vergy, dame de Fayel. Il la quitta pour aller a la croisa le, et mourut, ainsi que son oncle Rao.il, au siège d'Acre, en 1 19t.

Lorsqu'il se disposait à partir pour la croisade, il composa plusieurs chan uns pour sa maîtresse : il en est une où il prie Dieu de favoriser ses désire amoureux, a Que Dieu m'accorde, « dit-il, la faveur signalée, qu'avant d'aller outre-mer je puisse « une fois serrer nue entre mes bras telle qui possède mon « cœur et occupe nies pensées. »

Tous les écrit» de cette époque attestent l'existence de |>areiibs erreurs, de ce mélange monstrueux du sacré et du profane.

On sait que le châtelain, près d'expirer, chargea son écuver d'extraire son cœur de son cadavre, de le saler et de le porter dans un petit coffre, avec une lettre à sa chère tiabrielle. I.e fidèle écuyèr remplit sa chaire. Prêt à entrer au château de Fayel, il e>t rencontré par le seigneur du lieu, époux de la belle Gabrielle. Ce seigneur lui enleva la lettre et le préieux dépôt, ordonna à son cuisinier d'appâter ce cœur, et le tit manger a Gabrielle, son épouse. CtlU rimât nt tilt Imnnt? lui dit-il; Kilt eil âtlirieuee, répondit Gabrielle. Jt It croit bien; t'en le cœur ilu châtelain ât Coucy. ajouta le mai i, en lui remettant la lettre. Gabrielle, après cet affreux repas, dé.-lara qu'elle n'en ferait pas d'autres. F.lle se laissa mourir de faim.

Engucrranl III, autrrfoi» siii nomme le Grand, prit par a presque toutes les guerres de son temps : ce qui ne l'empêcha pas de s*- livrer à ses goûts pour les embellissements de ses châteaux, goûts asseï rares à celle époque. Il agrandit lu ville, la mit à l abri d'un coup de main, et y lit élever quelques < tablisseiuents utiles. L'antique manoir changea de face; et olurfut construite celte tour si remarquable qui frappe encore nos regards. En outre, il rétablit encore plusieurs autres maisons seigneuriales ruinées pendant les guerres, et Ht construire un hôtel à Paris, p.ès de Saint-Jean-en Grève. Ce sire voulut aussi être législateur : il réforma la coutume du comté de \ enn.mdois, d'après laquelle était régie sa seigneurie, et l'on décora sa reforme du titre de ''..ultime ât Couey.

Vers la fin du m' siècle, Engucrrand. ligué avec quelques seigneurs voisins, lit la guerre a l'église de Reims, dont il avait a se plaindre. En 1 209, il se croisa contre les Albigeois; quelques années après il seconda Philippe-Auguste, etigage dans une gueire contre les Flamands; puis, de retour dans ses terre», il fit de nouveau la gueire à l'Eglise; mais, cette fois, ce fut contre le chapitre de Laon, avec lequel il avait eu querelle . il pilla les terres et Ut jeter son doyen dans un cachot. Avant peu après sui.i le prince Louis, appelé par les barons' an-

Slais a remplacer Jean -sans-Terre sur le troue d'Angleterre: fut, pendant sou ahscuce, excommunié par le pape. Il ne reçut l'absolution des censures de I Eglise, qu'en 1319, tous la promesse de i.e plus toucher aux propriétés ecclésiastiques.

Eu 1125, il alla de nouveau faire la guerre aux Albigeois, avec Louis VIII. Ce prince étant mort, ii fut un des premiers à offrir son secoure à la reine Blanche, puis entra dans In Ligue des seigneurs contre cette princesse, tll un nouvel acte de soumission, et resta dès lors Hdele au roi Louis IX. Il mourut eu 1343 ou 1343, dans ses terres : (tassant une petite rivière à gué, il fut renversé par sou cheval ; et son epee, sortie du fourreau par cette chute, s'enfonça dans sa poitrine

Ln 1330, saint Louis, tenant sa cour à Meaux, lit un règlement sur les juifs; Knguerrand le ratifia, ainsi que les atitn pairs, dans la forme alors en usacc : Egu E>igeran tic Caci fiâtm tolui, contului ttjuturi *. Sa devise esi fameuse : elle a clé altérée par quelques modernes. La voici telle que les monuments l'ont conservée :

Je ne suis roi, d« prinre, ne dur, ne comte aussi : Je suis le sire de Coucy.

La cour des sires de Coucy, ainsi que celles de tous les hauts barons , était composée à l'instar de la cour du roi. Us avaitnt un sénéchal, un clinmb, llan et un bouteillier*.

Raoul 11 termina ses jours, en 13.10, a la bataille de la Maslonre, en Egypte, ou saint Louis fut fait prisonnier. Engucrrand IV, autre lils d'r.ngucrranJ III, succéda à son frère Raoul ; et celui-ci se montra digne hérilirrde l'illustr.ilion des première sires de Coucy. En I35fi. trois Jeunes Flamands élevés à l'abbaye de Saint- .\n olas-aux-Rois, dans le diocèse de Laon, en poursuivant des lapins, pénétrèrent dans le tiois du seigneur Engucrrand de Coucy, homme cruel et sans pitié, dit Guillaume de Nangis; il les lit arrêter et pendre sur-le-champ. Ces jeunes gens apparbnaient à des familles noble» de la Flandre; des plaintes par vinrent jusqu'au roi saint Louis, qui ajourna Enguerraud devant lui. Le sire de' Coucy répondit qu'il voulait prendre conseil et être jugé, comme baron , par les pnirs de France : mais il fut prouvé par le registre de la cour du roi, que le sire de Coucy ne tenait pas sa terre en baronnie. I* roi le fit arrêter et emprisonner par ses sergents dans la tour du Louvre.

Au jodfr fixé pour entendre M justification, Fnguerrand fut transféré au palais du roi : tous les barons de France s'y rendirent. Au milieu de l'assemblée, présidée par le roi , le" sire de Coucy avant *:o répondre aux interrogations, appela tous les barons de sa famille pour être son conseil. Alors, presque tous les barons qui formaient l'assemblée se rangèrent du coté ne cet accusé, de sorte que le roi resta presque seul. «Si que lé roy « demoura aussi comme tons seus, fors que un poi de preu- « domines qui estoient de son conseil*, a

On agita la question de savoir si l'on procéderait par enquêtes ou par le combat judiciaire; le roi était pitur les enquêtes. Engucrrand pour le combat. Ce dernier souteuoit n'avoir point fait pendra les trois jeunes gens. I je roi, irrité, voulait que le même supplice subi par ces trois victimes fût infligé au tire de Coucy, qu'il lût pendu ; et il déclara à tous !es barons, que, si Dieu lui savait autant de gré de le condamner a ce supplice que de l'absoudre, il serait pendu. Il nu naça même les barons de son parti, Enfin, les barons le prièrent d'avoir pitié du sire de Coucy, de commuer sa peine en une amende aussi forte qu'il la désirerait; le roi céda n ces instances, et imposa à Enguerrand une amende de </u mille litre* âe âenitrt (ou douze raille livres parisis;. Cette somme, aujourd'hui équivalente a près de trois cent mille francs, n'entra point dans les coffres du roi : elle fut employée a cuiichir des églises et des monastères1.»

Ce Irait historique est tres-remarquahle ; Il peint les opinions absurdes, les mœurs féroces des seigneurs , les abus qu'ils faisaient de leur pouvoir usuipé; il peiut une partie de la barbarie du xiu« siècle. On y volt le roi, saint Louis, indigné de ces imrura. s'efforcer, en novateur iéle, de les améliorer, de faire ces er le scandale des co ubats judiciaires, qu'il voulait et qu'il ne put point abolir. On y voit les seigneurs rérlamcr le combat celle forme unique et brutale de faire triompher sa cause. On y voit que le roi , plus fort que ses prédécesseurs , use de son pouvoir absolu pour procurer à In raison quelques avantages sur la sottise et la tyrannie féodales. Ce saint roi eut l'honneur de porter de violents coups à cette stupide tyrannie.

La punition imposée au sire de Coucy ne le corrigea guère. Deux individus, appartciinnt au monastère de Sainl-Nicolasaux-Bois, qui avaient témoigné contre ce seigneur, furent

assassinés par ses gens et par ton ordre

' Uncrlnl, Mémotn tue le fmirt, l'jti», ITIO, p. S». ' tturlt«*or, Uirioirti* Im maison dt four y, pieu,,-», p jig, » .4 «pi. (m du rtgm, de mi«< l.n«h. p.tr GmUatMH- tr N ,n«l. — fi, éU w„| timi, par le rooh-wnr <!«■ U tenir ■MSMrtN l(VMSS>l dt MNM tu».», p. SSI u S7«.

H1ST01KR DES ENVIRONS DE PARIS

Le* mot ru s rtVIamerriit contre ce nouvel attentat. I.e meurtrier, relisant que cet'e autre affaire pourrait devenir fâcheuse pour lui, tii i-es effirts pour l'assoupir. Il y pirvint en cédant, en i SRI. à l'abbaye, une portion de bois attenant aux terres dit religieux, et qui leur parut compenser amplement la vie de deux elii'hl* valets «le rÉ4ïlise'."C"e baron de Coucy mourut, en 13 1 1, >;ms laisser d'hé rit ier maie. Eimucrraml V. qui loi surcéda, était ii' «l'Anioul. comte «le Guines. et d'une fille d'Kngucrrand III. On f appela le chef de la serondt branche dtt tirade Couru. Il ii. unit \ ers l'un 1 32 1 .Guillaume, son (ils aîné, mourut ver* 1335 l'ugucrrand VI. i |s du précédent, épousa Catherine d'Autriche, lilie du duc Lcopold, prit part à presque toutes les guerres de Son temps, et mourut vers 1347. Enguerrond VII, son fils unique, est le dernier des sires de Coucy. La carrière «Je celui-ci (ut distinguée par *es alliances : il devint gendre du roi d'Angleterre Edouard III, et reçut de Charles V le bâton de maréchal de France. Il lit la guerre avee distinction dans presque toutes les contrées de l'Europe, et mourut, en I3f)7, à Rarsccu Bnhyiiie, où il avait été transporté avec les uulrcs pri-onniers faits par les Turcs a la fameuse bataille de Nicopolïs. On lui attribue l'institution d'un ordre dit de la couronne, dont quel-

Jues-mi* de «es successeurs à la haronuie se sont titulés chef* : es dames y étaient admises*. Il ne laissa que deux filles, rime née d'Isabelle d'Angleterre, nonpnee Marie, l'autre «l'Isabelle de Lorraine, et nommée Isabelle, connue sa mère. I.a première pi t possession de celle ri> lie baronnic, que les alliance* et Ici1 services de son pére avaient élevée au rang des premières du royaume ; mais Isabelle réclama le partage de l'hcrituge paternel..* Sur ces entrefaites, Marie, jusqu'à un et i tain point coutraintepar 1 oui suites et m u..e-. vendit, en 140«, à Louis l"> ducd'Orléans, pour la somme de quatre «ant mille livre», la sircrie de Coucy. c'csl-à-dne Coucy, Hum. Follemhrai, Saint-Aubin, La l'ère Saint-G< bain, le Cba*telier, Suint-Lambert, Marie, Aci et Gei«*y, ayant dans leurdépendanec environ cent riuquBiilebuurg» ou villages. C'était le double de ccque le prince uvaitpayé le comté rie Bloia. Marie reçut une portion de sou paiern* nt, et mourut quelques années après d'une mort dont les caractères peuvent faire naître quelques soupçons. Elle laissait de Henri «tu bar, dont elle était veuve, un (ils appelé Robert, lequel, « voulant re a mettre eu possession de la succession de son aïeul, fut tra- « versé par Isabelle, sa tante, qui renouvela le procès qu'elle avait intenté à sa sœur et au due d'Orléans, Ewïn, par arrêt du 1 1 août 1408, la moitié de Coucy, de Marie, de La l'ère et d'Ongny avec le quart de Montcornet et de Pinon et ta cinquième partie de Haro furent adjugées à Isabelle. Mais celte dame «'tant morte l'an i&n.et Marguerite sa fille unique six mois aprèB elle, la portion de la succession d'En- ;uerrand VII. que le duc d Orléans n'avait point achetée, revint tout entière a Robert de Uar. De celui-ci elle passa ilnns la maison de Luxembourg, puis dans celle de Bourbon",' et fut enlin réunie an domaine de la couronne, lorsque. Henri IV monta sur le tronc. L'autre partie, celle que Marie7 de Coucy avait vendue au duc d'Orléans, faisait dès-lors partie du domaine depuis qui- Louis II, duc d'Orléans, avait succédé sous le nom de Louis XII au roi Char es VIII. Ainsi toute la succession d'Enguerrand VII retourna au roi a deux différentes reprise». Depuis ce temps, la pairie de Coucy n'a l<lus été démembrée de la couronne : elle a seulement luit quelquefois partie des apanages des princes. C'est sous ce litre qu'elle a autrefois appartenu u Claude de France, lilie de Louis Ml. ensuite à François de Valois, fils de Charles, » hâtant «le Ci aras IX; enlin a Philippe de France, duc d'Or- «' léans, frère du roi Ixwis XI V, d<>nt les descendants eu sont « demeurés possesseurs jusqu'à la Révolution'. »

Le duc d'Orléans avait fait ériger la terre «Je Coucy en pairie par le roi Charles VI, son frère, lu- funestes divisions ayant éclate entre cette famille et celle de Bourgogne, Cou«-y lut assiégé eu 1411 parles troupes hourguignoncs, alors unies à celles du roi. La ville ouvrit ses port s sur-le-champ; mais le château tint trois mois, après lesquels la garnison capitula et eut la faculté de se retirer. Les as aillants avaient alors été obliges de faire sauter, nu moyen de la mine, la porte dite Mut-

l DoplcM<<, UMeir* it Cmtt, p. 71.

' /S., Ilhtuift it Coury, p. 88 cl ISS. 1 Ait 4* tirifirt In -n loineio, p. SA 3.

Irt-Odon, qu'on regardait comme un des plus forts batimentsde tout le canton.

I.'i'iix ans après, Coucy fut rendue au duc d'Orléans; mais, en 1410, deux valets du gouverneur, Pierre Saintrailles, traitèrent secrètement avec les Bourguignons , assassinèrent leur maitre, et livrèrent la forteresse au duc de Bourgogne, malgré les efforts de l-aliire, alors n Coucy, et qui, oblige d'évacuer la ville, commença par faire passer au fil de l'épée soixante prisonniers détenus dans le château'. L'année suivante, l- due de Bourgogne ayant été lui-même assns-iné, Coucy fut enlevée à cette, domination, souslaquelle elle retomba de nouveau en 1 433. Charles V II et plus tard Charles Vit! la possédèrent, la perdirent et la tirent rentrer en leur pouvoir.

A l'époque de la Fronde, le commandant du château nomme Bébert, étant devenu suspcet au cardinal Mazarin, fut sommé de remettre le eliâtcau et la ville de Coney au maréchal «l'Es- Iréi s ; il refusa d'obéir. Les troupes royale- vinr. ut alors assiéger Coucy. Le canon fit prompteroeot une brèche aux murailles; cependant tes assiégeants ne purent pénétrer dans la ville qu'après ciuq jours d'efforts. Quant au château, délivré par un eo.p- de troupes lorraines qui força l'armée royale à lever le siège, il fut remis au roi vers la fi» de cette même année IGô2. Le cardinal y envoya un ingénieur pour faire sauter ce lier boulevart de la puissance féoiale. En IC9 «, un tremblement de terre vint aider le ministre à transformer en ruines l'antique manoir des sires de Coucy. La grosse tour fut fendue du haut en bas; et les voûtes de la plupart des appartements s'écroulèrent.

La ville qu'on appelle plus ordinairement Coucy-le -Château est située sur une asse* haute montagne, au midi «lu village. La vue plane sur une riche vallée, traversée par la petite rivière appelée Ailette, qui va se perdre dans I'Oho, à trois lieues de Kl» tju-detso'js de Chauny. Elle est entourée de hautes muraitlèt, flanquée d'une grande quantité de lours.

l'q littérateur piémontais, nommé Attemn. fit, vmlefltHieu dq xv* siècle j bu voyage en France ; dans sa relation latine, il décrit fins) le. château de Coucy tel qu'il existait à cette épo<|ue.

Sa tour, dit-Il. rit la plus haute do France; l'escalier qui mène à sa cime contient deux cent vingt-d- ux degrés; sa hauteur est de trente-trois grandes brassées; la profondeur de ses fondements égale ta hauteur; son puits a plus «!e quarante bra»sécs.<Elle contient Un moulin à bras et un four. Sa forme ronde on cylindrique a soixante brassées de tour; ses murs ont vingl- < ioij pieds .i , p iss ut , "ii quai e brassi e« - 1 demie, le diamètte de sa partie intérieure est de cinquante pieds et de quatrevingt-seize vers son sommet. A la cime est une loiiure recouverte en plomb, en forme de bassin, où vivent des poissons comme dans un, vivier. Sur In porte d'entrée on volt les ligures dbdeux sire* jl&Coucy. L'une, dit la relation, est le portrait tweélui qulTlfeonStrUiro ta tour ; l'autte, q«ii est accompagnée d'un liOn/app&rlieiit à un seigneur de Coucy, vainqueur d'un opjmal de cette espèce, qui dévastait le p.us. Quatre tours, qui renfermaient chacune trois chambres, dont les voûtes étaient admirables, entouraient la tour principale.

Ces tours, au rez-de-chaussée, contiennent une prison destinée aux coupables de simples délits; des cachots souterrain» et affreux sont réservés a ceux que I on croyait criminels.

La chapelle est orme de bustes, et sa voûte admirable, de peintures, dont les sujtta .ont tires de l'histoire sainte et moderne, mais ces p. iniurcs avaient, dit notre voyageur, été dégradées pendant les dernières guerres (celles de 141»'. Jean, duc .le Berri, offrait douze mille «eus d'or de ces peintures.

La salle du château, longue de deux cents pieds, large de cinquante, était couverte par une route tres-eh «ée, éclairée par de grandes fenêtres et chauffée par quatre cheminées, dont deux étaient très bien décorées. Entre ces deux cheminées était une tribune élevée et remarquable par la beauté «le ses ornements. « Toutes les ligures sont faites de la même main , et, si « je ne l'eusse vu de mfs propres yeux, dit Astezan, Je n'nue rais pu eioire qu'on put nmlpter sur une pierre très-dure les a feuilles et les fruits des arbres et autres objets très-petits. !><■ « eelte tribune, les seigneurs, sépares du peuple, peuvent voir <i les jeux qu'on y donne. i>

« MmttrHtt, II».

Ckartu fUt, p. 4C.

I, Ch«|i. S*, fol. Ut - Alain tlori.tr, UiUuir* i*

HISTOIRE DES ENVIRONS DE PARIS

On voyait au-si seulplées en pierre blanclic lis ligures de ceux que les Français nommaient nortm ririprobi, les n>uf

rxn.r. Voici les noms Je ces preux : Josué. Judas-Marhabée, >avid, Hertnr. i.Mr, Alexandre. Arthus, Charlrmagne «t Gorf' i : '■>• de Bouillon. Louis, duc d'Orléans, fils de Charles, qui a lieaucoup augmenté ce château, y joignit la figure de Berlr m l nugutsclin. Dans une autre chambre sont les portraits, fins doute en bas-reliefs, des neuf femme» preuet, ttoiem mulirrt$ ;>r»6<r. telles sont : Sémiramis, Thomyris, Déiphilc, Lnmprdo, Menalippe, M trpéi-ie, Orthée, Penthasilce et Hippolyte. On remarque dans cette nomenclature de personnages illustres qu'il ne se trouve que deux hommes et pas uue seule femme Appartenant à la France.

Celte chambre, continue noire voyageur, est ornée de deux clieminérs aitisteinent travaillées ; on y trouve un cabinet, pratiqué dans l'épaisseur du mur : < u le piince peut en secret assembler son conseil et (aire tout ce qu'il veut.

« Je passe sous silence la cuisine, digne de \éron: les éru- « ries, les escaliers pris dans le mur, le portail, la cave, dont a l'escalier a quarante marches, et à roté de laquelle est un • souterrain propre à surprendre les ennemis; un puits, au bas « duquel est un autre >oiilerrain. où le seigneur de Coucy o cachait ses trésors et b joux »

Cet édifice féodal a éprouvé bien des changement*. L'ensemble du château de Coucy formait un carré irrégulier, dont chaque nni:le présentait une tour. L'entrée, en ruine des le com-

Cbàlesu de O

menccmenl du >iic'c dernier, était protégée par deux tours." ' I Im grosse et volumineuse tour dont il a élé parlé est encore j debout au milieu des ruines qui ( environnent . et offre un des ] plus solides et des plus étonnants monuments de la féodalité; elle doit sa conservation n l'épaisseur de ses murailles. On volt encore les vestiges de celte mceiute dont j'ai patlé, qui p olégeait cette grosse tour, et dont les murs ont dix- huit pieds d'épaisseur i on la nommait la chemiie de la tour. Elle lut, en 166), détruite par la mine. Toutes ces fortifications étaient le h soin Ju crime et d>' l'anarchie féodale.

Ces luincs, ainsi que le sol du château et de ses nombreuses fortifications, appartiennent au duc d'Orlévns, qui a fait délilaver les abords de la grosse tour, afin de la rendre accessible aux curieux.

Coucy faisait Autrefois partie du comté de Vermandois. et fut postérieurement compris dans le gouvernement de I Ile-de- France. C'était le liège d'un bailliage royal, dont l'institution remonte aux premiers temps de la création de ces ctablis>emcnts • le Justice; il y avait une maîtrise des eaux et forets et un grenier à sel. Le roi y nommait un gouverneur spécial et distinct ■lu gouverneur de ta province.

Les habitants de Coucy jouissaient de quelques privilèges I qui leur i.vaitnt élé concédés p..r les rois. Ils étaient excmp'éi \

du droit de gra pour le vin qu'ils vendaient chaque semaine, dsns I intervalle de la douzième heure du jeudi jusqu'à h même heure du samedi suivant. Ils élisai. ni aussi les candidats entre les piels le duc d'Orléans, comme seigneur, choisissait les deux e< bovins; el iUs'awemWaicn! en conséquence, i liaque année, à l'hotel-de- ville, le lendemain de Pâques.

Il y u deux foins qui se tlenm nt aux jours de Salnt-Mcolas d'éré'et d'hiver, et durent un jour seulement.

L'église de Coi m v . dé liée sous le titre île S*int-Janvler. n'était qu'une annexe de ta paroisse de Nogent dont i;ouspireron< plus bns. Il y a un 116 ci-Dieu considérable.

La v ille est percée de trois portes : l i première, appelée la. porte de Laon; la seconde, au sud, anciennement nommé parle Soùsonft it depuis porte d'Elrelles et la troi roucet, appelée porte de Couimcrou. Ces portes sont défi n lu ■« par des tours ; et la dernière, qui est eommnndce par la monlague. en n deux trés-forles. lin fossé Ires- profond a élé crersé pour la garantir: on le traverse sur un pont en p'erre.

Cette petite ville n dmx places; sur l'une, di'c pl.ice Ihiutr, cstl'hôtel-dc-villc : sut la place haut se tient, le vendie n (b

l J.aot' dire. M S rri»l-S«lnl-fri«, p\*r* JlHullMi, p. il J.

chaque semaine, un mTehé «wi con ilérable. Le château est I an à l'extrémité occidentale de In Mlle.

Coucy appartient au département de I Ai«nc et à l'nrronHissement de Soissons; lies environs produisent des légumes excellents i l des vins appréciés dans la cnnlr» c.

Vahimyr Je Xugmi. fondée en 1070. par un sire deCoury, nommé Albério, CM située à un quart île lieue au midi de l.i ville, et sur la rive droite de la petite rivière d'Ailette, Knrreusaut pour établir les fondations des bâtiments, on y trouva une pronde quantité de cercueils symétriquement r.ngés en ccrvlc autour d'un autre cercueil placé an contre. Rien ne put Taire reconnaître $i c'étaient des dictions ou des païens qu'on avait ensrvi lis dans cet ordre remarquable '.Six religieux, tiré? de I abbaye de Salnt- Remi île Reims, fur< ut les premiers habitants du monastère, qui devint bientôt considérable par une suite de don*, au moven desquels 1rs seigneurs de Coucy rt autres croyaient devoir rar-heterlea mauvaises actions de leur vie. Kntre sis alibis il faut reniai qui r ce Guibert, qui en a pris le nom, et qu'on I eut placer au rang des plus curieux annalistes du xttl* siècle. Le* liens qui •uadMicat le mouas ère à la srigneurie étaient marqués car une cérémonie dont l'origine a cle enveloppeedansuu route absurde On pr tendait qu'un Knguerrand avait iriomphcd'un unimal ti-nible. ayant la ligure d'un lion, qui dévastait les fi>réls it |f> pivs d'alentiiur. - Eu « mémoire de cet- • tcvictoirr(dit-ou dans le r>>mau au.

quel sont empruntés ces délai s) « la figure de cette Ix'lo fut laillcern pierre.nvee « w graudeur et grosseur, telle qu'elle se voit encore aujour-

a il bul pour servir à In postérité de marque et de Irnpiié »

Le i .uni nt a ele détruit , mal* « des l'êtes «le rljoUMMUii .. .

o furent alors instituée- en I honneur de <ct Knuucriniul. et « une cérémonie, qui s'observe en ore présentement p-ir I al>bé « de Nogent. lequel est obligé de p é>onler trois fois l'an, îles o rixo/n (e-péce* de i àlUseiic), au seigneur de Coucy ou a ses « ollicieis, dans In place où est à présent ce lion, et eu pré • « s. née de ces mêmes officiers, qui en font acte et registre. « Cet e cérémonie a toujours cor.t nue jusqu'à présent en méa moire et en considération du Lieu et du repos que les bab tant*

du pays ont eu eu la ii oit de cette cruelle W-

Cathédrale d'Amiens.

te. Voici comment elle se pratique L'abbede Nogcnt ou son f- rniier.ei: sa place, vétu d'un habit <le la! o r- u r et le foui t à la a majn.dwt paraia Ire il .ns la p. ace « de Coucy, monté

• sur un cheval a pruprcaalhrnla u charrue . auquel a il ne doit neo « mnnqui r , ; as « ifultmrnt m»

a c/o« ; cl. faisant « plusieurs tours a eu l 'laquant son « fouet, il est arré-

• te et visité de

• toutes parts; et, « s il ne manque « lien a sou cqui-

• page, il est reçu t a faire les foi, € hommage et les « |>rrsen<s dont il ■ vient d'êtic par- « lé : ce qui se a fuit à N él , i « Pâques et à la « rente de*.»

Il est inutile do f ire remarquer l'invra semi-lance de 'cite tradition; il ne pouvait se trouver un lion dans les »n\ irons de Coucy qu'a ;tant que I s seign urs de ce lieu auraient eu une ménagerie. || g'agit, »elon toute apparence, de quel- •pi" personnage ,

oppresseur de l'al.b.iyc, et dont cet Cngucriand dé ma le pays.

WDMN

M l>III >1I PARTIE.

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