CHAPITRE II
DAr.NOI.XT, <;UAlU>NNE, SAIST-MANDS, VINCB.N>ES, KÛtiTtKVIL, A I - Il««n»l. «
Village à une demi-lieue au sud de Pantin, et a égale distante à l'est de Paris.
Le plus ancien titre où ce village soit mentionné est un acte de I2Ô8 : dans rot acte il y est nommé Huinniaux , dans un
autre, Magnolia juala Charronem. Des titres de l'abbajc de Saint-Denis, de 1273 et 1276, emploient le mot Baguait 1, tel qu'on l'écrit aujourd'hui. Ce nom fiagnoiet, comme celui de Bayntuj , indique In présence des bains.
Ce que l'abbe Lebeuf a pu trouver de plus ancien touchant l.i cure de liagnolet, c'est qu'elle existait en 1377.
Vers la lin du XV IT siècle, la seigneurie de Bagnolct fut achetée par le due d'Orléans qui, de même que sa veuve après lui, y fit de grands embellissements. *'
Après la mort du régent, son fils fit vendre toutes les porcelaines, lustres, guandoles, etc., dont cette maison était ornée, et ne eon erva que les meubles absolument nécessaires. Enfin, le due d'Orléans l'ayant v endue, tout le luxe, tout» s les richesses de cette maison disparurent, et le terrain fut divisé. L'intérieur contenait plusieurs tableaux précieux; les jardins avaient élé restaurés par Hesgots, neveu du célèbre Le Notre.
Ce fut à Bagnolet qu'un chevalier de Saint-Louis, après avoir consommé sa fortune au service, vint cultiver un jardin de trois arpents et demi, et parvint, à force d'Intelligence et de soins, à réparer ses pertes et à se faire une réputation chère aux cultiratcurs, en portant à un degré Jusqu'alors inconnu l'art du jardinage. Ce chevalier, ou plutôt ce célèbre jardinier, se nommait flirardot. Ses jardins, divisés par murs de refends, devinrent, à la fin du xvn* siècle, l'objet de la curiosité publique, et servirent de modèles à ceux qui font aujourd'hui la richesse du village de Moutreuil.
Le fameux cardinal du Perron possédait une maison à Bagnolet; il y avait demeuré pendant qu'il était jeune; il y demeurait encore pendant les infirmités de la vieillesse. C'est la qu'il se plaisait à raconter à tous ceux qui venaient le voir que. quoiqu'il «ut alors les jambes enflées et impotentes, il avait et< fort dispos autrefois; qu'un jour après avoir bu vingt verresde vin, il sauta l'étendue de vingt-deux semelles, cl que le vieux M. Ronzard, étant à Bagnolct, et voyant son extrême agilité, s'écria : Ce n'est pas sauter, c'est voler. Ce vieillard fit exécuter des changements dans ce jardin de Bagnolet ; mais il voulut con server l'allée du milieu, ou il avait autrefois sauté vingt-deux semelles.
Au milieu du dernier siècle, on fit a Bagnolet la découverte du koalin, terre semblable à celle qui sert à la fabrication de la porcelaine de Chine. La trace s'en est perdue depuis.
Cf II. ( harannr
Ce village se distingue eu grand et petit Charonne; il est situé près des barrières de Paris du côté de l'est, et communique au faubourg Saint-Antoine auquel il est adhèrent.
L'église de ce v illage est une des plus anciennes des environs de Paris ; on attribue son origine à Saint-Germain-TAuxerrois, qui la fonda, dit-on, lors de son second voyage d'Angleterre: ou peut-être celte église ne fut-elle, dans le principe, qu'un oratoire élevé en mémoire de quelque miracle, ou de quelque saint personnage enterré dans ce lieu.
Quoiqu'il en soit, ce village est connu depuis le temps de Hugues Capct et du roi Robert, par des donations que firent rci prim es au monastère de Saint Magloire.
Plusieurs établissements religieux furent aussi fondes a C haro ii uc en 1043, par Marguerite de Lorraine, femme de Gaston il Orlc.nis cnfie autres celui des Fille* de Antre- Damede-la- Paix.
Une chronique riméc du un* siècle nous apprend que sous le règne de saint Louis il y eut à Charonne une sorcière ou devint, dont les oracles étaient renommés dans ce village et
même à Paris; voici ce qu'on y lit :
l.'»n mil déni renl rt vingt et dit Fui Dammanin en flambe mis, Kl tcaehlri que rrl an meume Va à Cbaruntic U devin ne
Lors des troubles delà Fronde, Louis xiv était a Charonne pendant le combat donne au faubourg Saint-Antoine, entre Formée royale commandée par Turenne, et eel'e du prince de Coudé. On sait que mademoiselle de Montpensier, voyant le prince poursuivi vivement, fil tirer les canons de la Bastille sur les troupes du roi'.
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loiiiK-" Vararin "M rn rnt«*i>«latit le rannn : f'e rumyn-lé vient 4e tuer «on •
MÊÊ
IIIST01RK DES ENVIBOXS DE PARIS.
Dans la journée du 30 mnr« isu, Charnniic fut attaqué par 1rs Busses. L< s Français s'v défendirent avec vigueur, et allaient repousser l'ennemi, quand, deux autres divisions russes étant survenues, et s'étant emparées du cimetière du père lachaisc, ils furent obligés de ['lier et d'abandonner le village.
('11 voit a Chaioiuie un château et un parc dont M. de Ségur a été propriétaire.
fl III.-Malnt-Tfandr
Village situé a une demi-lleue des barrières de Paris, et à un quart do lu ne nu sud-ouest de Vincennes.
Au xm" siècle, ce village n'existait peint l nom', ou plutôt ses malsons n'étaient point contiguës comme aujourd'hui, m Vs disséminées dan» la campagne et au milieu du bois de Vinceiincs. Philippr-lc-Hardi, voulant agrandir son parc de Vineeunes, acheta la partie du bois qui renfermait ces maisons, et l'entoura de murs; celle acquisition nsserra beaucoup le territoire de Saint-Mandé, et les habitants, chasses de leurs maisons, en bâtirent de nouvelles vers les contins do territoire le Joni:du mur que Philippe avait fait élever. De là, la forme du village actuel consistant en une seule rue parallèle à la clôture du parc de Vincennes.
Avant la Révolution, Saint-Mandé n'était qu'un hameau, ou annexe de la paroisse de Charcnlnn-Saint-Maurice; mais, en 1790, l'assemblée nationale, dans la nouvelle division qu'elle fit de In Frarce, le mit au nombre des communes du département de la Seine.
La chapelle de l'ancien prieuré devint l'église paroissiale de Saint-Mandé. •
Ce prieuré occupait plusieurs bâtiments dont on voit encore quelques restes dans la Grande-Rue, du coté du pare. Le jardin était contigu au pare.
La chapelle, bien décorée, est ornée de quatre grands* tableau* représentant les quatre évangélistf s. L'autel est surmonté d'un retable enrichi de dorures. •
On construit en ce moment 11 Saint-Mandé un bel hôpital qui portera le nom d'Hospice Routard, du nom de son fondateur, feu Boulard, ancien tapissier de la cour, décédé il y a peu d'années.
Un assez beau cimetière vient d'être mis a la disposition de la commune.
Plusieurs jolies malsons ont été tout récemment construites à Saint-Mandé, notamment sur l'avenue dite du Btl-Air. Le surintendant Fouquct avait A Saint-Mandé une jolie maison de plaisance. Le parc offre des promenades délicieuses
g IV S larennra*
Village et château situés à un quart de lieue environ de la barrière du Trône.
Le bois de Vineenncs est connu, dès l'an 847, par un titre de l'abbaye de Saint-Mnur-dcs-Fossés, qui le désigne sous !<■ nom de Viletnna, et comme faisant partie de la terre ou paroisse de Foutcnay. Mentionné ensuite sous le même nom dans, une bulle du pape Benoit VII, donnée l'an 980, on le retrouve encore, en 1037, nommé Vileenna dans un acte de Henri L Philippe I, en 1075, fll don à l'abbaye de Saint-Magloire de charges de fagots ou de bûches, tant que pourraient en porter deux ânes. Ces témoignages suffisent pour établir l'ancienneté et le nom de la forêt. De Vllcenne on fit Vicenne, enlin Vincennes.
On ne sait pas positivement l'époque de la construction du premier château de Vincennes. Il est certain que Louis VII y fonda, en l l 04, des religieux deGrandmont, qui y furent remplacés par les Minimes, et que Philippe-Auguste, en 1183, fit entourer le bois de murailles, afin d'y renfermer beaucoup de daims, de cerfs et de chevreuils. Henri, roi d'Angleterre, Instruit de ce projet. Ml prendre dans ses duchés de Normandie et d'Aquitaine un grand nombre de ces bétes fauves, et les envoya par la Seine au monarque. En 1374, Philippe-le-Hardi agrandit l'enclos; et, dans la suite, Charles V, ordonna que, toutes les nuits, quatre habitants du village de Montreuil, et deux de celui de Fontenay, seraient obligés de faire la garde dans le bois. On leur fournissait en cette occasion un manteau de gros drap, auquel tenait un chaperon pour les garantir de la pluie.
Saint Louis y séjournait souvent. Joinvllle nous apprend que
ce ioi tendait lui même la justice à tes tujrls dans le bois : il remplissait le devoir de tous le* seigneurs hauts justiciers. « Maintes fois avint que, en esté, il alloit seoir au bois de Vin- « 1 iennes après sa messe, et se accostoioit à un du sue < t nous « fesoit seoir entour li; et tous ceulz qui avoient a faire venoitnt « parler à li, sans destourbirr de huissier ne d'autre '.n Sauvai dit que, de son temps, on montrait encore le vieux chêne sous lequel ce roi rendait la justice.
C'est dans ce château que ce même roi, 'A son arrivée de Sens, fit, en 1230. mettre en dépôt la couronne d'épine; et qu'accompagné de ses frères il la transporta, les pieds uus, de ce château a Notre-Dame de Paris. Lorsqu'cn I2C0 il partit pour son voyage d'outre-mer, il vint coucher a N meennes, où il prit congé de Marguerite de Provence, sa femme.
Quelque temps après, Il se pas»a,* à Vincennes, un fait qui prouve combien étaient peu galants les anciens évêques de Paris. La reine et la comtesse de Nevcrs habitaient ce château, lorsqu'elles apprirent que le roi saint Louis « lait mort en revenant de Tunis, ainsi que Je.m, son tii>, comte de Mevers, Etienne Templier, évèque de Paris, y vint pour faire son compliment de condoléance à la reine et n la comtesse de Ncvers. qui, toutes deux, déploraient leur perte que. Cette com-
tesse, en voyant l'évèque, se ressouvint qu'elle lui devait nomma..' pour la terre de Monjay, et le pria de recevoir cet hommage au château de Vincennes. et de lui épargner la peine d'aller à Paris, dans un instant ou, affaiblie 1 ar la douleur, elle ne pouvait faire ce voyage. L'évèque refusa la proposition de celte princesse animée, en disant que fi I pi rs avaunt toujours reçu cet ho 11 mage au palais ei i>oopal. La eanli - a insista incote dans ses prières, mais inutilement. La reine, voyant cette Obstination, se Joignit à la princesse. Alors l'évèque n'osa plus refuser ; mais il ne consentit à recevoir l'hommage dans ce ebâlu'il serait Wt mention, par un acte particulier, des difficultés que les princesses avaient éprouvées pour obtenir cette grâce, et de sa ferme résistance à la leur re- \n si, au mois de novembre 1 270, ces princesses lui donnèrent acte de son opiniâtreté féodale.
Pbiltppe-le-llanli, fils de saint Louis, en 1274, augmenta, par diverses acquisitions, l'étendue du parc de Vincennes; fit une nouvelle clôture prés de Saint-Mandé ; acheta différentes sources rjbur être conduites dans les viviers du château, et y épousa en secondes noces Marie, fille du duc de Brabant.
Jeanne de France, épouse de Philippe-le-Bel, mourut â Vincennes, le 2 avril no4, et Louis-Ie-Hutin, en 1310. Il fit don, en mourant, de cette propriété à Clémence de Hongrie, sa seconde femme, qui en jouit jusqu'en 1317, époque ou elle la céda à son beau-frère Philippe-le-Long, lequel lui donna en échai ..<• la maison du Temple et l'hôtel de Nesle a Paris. Charles-'. '-Ki t mourut a \ incennes le 2 février 1327 ; et Jeanne il' Km eut, sa troisième femme, y accoucha deux mois après.
I/s château de Vincennes étant alors en mauvais état, Philippe de N alois, eu I 337, le lit raser, et jeta les fondements .|lui «pii aujourd'hui est connu sous le nom de donjon. Les premières assises du bâtiment étaient déjà hors de terre lorsque ce prince mourut. Jean, son fils, l'éleva jusqu'au troisième étage ; et, pendant sa captivité en Angleterre, Charles, son fils, régent du royaume, lit divers règlements pour arrêter la dévastation du bois de Vincennes, exposé au pillage de tous ceux que les guerres rendaient sans asile. Le même Charles, qui et iil né l'année même que Philippe-de-Valois jetait les fonden* 1 du château, devenu roi, acheva I ouvrage de ses pères. Ces diverses circonstances sont consignées dans une inscription gravée sur une table de marbre, placée à l'entrée du pont-levis de ta tour du donjon. Cette inscription est ainsi conçue ;
Qui bien considère cet œuvre, Si comme se montre et dewotavre, Il peut dire qu'oncqaes * lour Ne vit «voir plus noble itour.
La tour du bois de Vinrtennes Sur 1 pi - neufvrs et anciennes A le prix. Orsauret en ça Qui I* parfis! et commença.
Premièrement, Philippe "•}»', Fil* de Charles, comte de Valois,
1 llittnin, Annaln, K,« d, total tonir * Philippe VI, de Valolt.
pa|Ci t S et 44.
Digiti2
HISTOIRE DBS ENVIRONS DE PARIS
Qai de grand prouesse hntmnrii, jusque» sur terre la fonda Pour s'en soulaclcr et esballrr, L'an mil lro|*cenl trente trois quatre.
Apre* vingt et quatre ans passé, Et qu'il était jà trépassé, Le r >i Jean > ton dis, cet ouvrage Fist lever Jusqu'au liera estajtr; Dcdan» trois ans par mort cessa; Mais Charles roi* son 01» laissa Qnl parflst en brève» saisons Tour», pont», braies, fosses, i Nez fut en w lien délitable :
Pour re Tavolt pour agréable.
De la fllle > au roi de Bohaigoe (Bohême). El ut a e<r>nu9e et compalene Jenrinc S tille su due de Bourbon, IVtrc. en tmiti' valourbon; lie lui il a imble liynie Charles le delphin et Marie.
Mcsirr Philippe Ogiet/i tesmolgne.
Tout le fnii de cette besoigne.
Acbesverens Chacun »uplie Qu'en ce mond leur bien multiplie, El que les nnhle* fleurs de lit Es saints clcui aient leurs délit.
Quand le donjon royal fut achevé, on voulut forcer les habitant* de Vinci unes, de Moniieuil et tic Fonte»» v à monter la garde aux portes. Ils s'y relosén nt, tn disant qu'ils n'clnnnt tenus qu'à eniretenir les eaux du château ; mais, attendu qu i 11 ; temps de guerre ces |tavsnns mettaient leurs tlTuis en st'rclé dans la forteresse; uitcuiu qu'auirefois leur territoire était garenne royale; que lesconins, ou eonils Oaphis), ruinaient leurs Vignes; et que, depuis la construction du pare et du château, ces ravages nuisibles avaient cessé, le (.lu'ilelel, intervenu dans l'affaire, h s condamna ;i monter la garde en promis manteaux de gros drap ou le chaperon tenait, semblables à ceux quo Dugucselin faisait porter h sis yens d'armes.
Chrisline de l'isan nous apprend, da:is la vie de Charles V, que l inteutii n de ce moi arque av,iit été de créer à Vlncennes un bourg roy.il, fermé de murs, et qui-, pour cet effet, il avait acheté à plusieurs des chevaliers Us mien.r amez des emplacements pour halir tir beauU manoirs. Ce projet n a pas été. suivi. Châties V habita souvent le donjon de Vineennes. Il s'y plaisait, comme tous les hommes se plaisent dans les maisons qu'ils ont construites.
Du temps de Charles VII, le roi d'Aagletcrrc, Henri, maître d'une grande partie de la France, mourut à Vimennes, en 1432.
Jusqu'à Louis XI, qui aimait beaucoup Vineennes. les rois cl les princes n'y virent qu'une maison de plaisance où ils venaient se *oula< itr et t'ttbaUrt ; mai*, sous ee prince, ce lieu de sautas et d'ej6a(fanfnt devint un séjour d angoisses et de malheur. Il fut prison d'État depuis 145 2 jusqu'en 1 784, parce que co prince cruel aimait à entendre gémir ses victimes.
VtWCtJSSRS, PBISON D'ÉTAT.
Depuis Louis XI, Vlncennes cessa d'être le séjour des rois ; cependant ils s'y rendaient quelquefois. Charles IX y termina une vie que les remords rendaient un enfer anticipé. Louis XI II y ajouta de nouveaux hàiments, et entre autres la galerie qui se voit encore aujourd'hui. C'est lui qui lit aussi commencer les magnifiques corps- Je- logis qui sont au midi, dont l'un fut destiné au roi, et l'autre à la reine ; mais ces séjours passagers n'dtèrei.1 point au donjon de Vineennes ton odieuse destination.
C'est surtout sous Louis XIII, ou plulôt sous le ministre Richelieu que Vlncennes se peupla d'un grand nombre de prifounirrs. Le prince de Coi.de v lut enfermé en ion ; il. quatante ans après, le grand Condé, son fils, avec le duc de Beau-
> jran II, «lit le Ban.
t Ourles v, dit le S<*c.
» Banne de Luicoiboarf, «Ile du roi de Bohême, femme du roi Jean, rt mère de Imrl.» V
♦ Jeanne. 8>le de Pierre I", u rond dur de Kourban, ircum* du rul Cli.irlos V. » Philippe 0«ier. trerei.ire de Charles, rrgcoi d« rrai.r», pcodai.1 <|UO >oo ' ère, la rai Jean, riait priMnaler ta Aa«-I«i«iie.
fort, pendaul 1rs tr.iuhhs de la Fronde : le second parvint à s'évader.
Diderot, le créateur de l'Encyclopédie, gémit à Vineennes pendant six miiis. Né avec des passions ardentes et une tèlefort exallée, il faillit devenir fou lorsqu'il se vit en prison. On fut obi gé de le laisser sortir de sa chambre, et de lui permettre la visite de quelques hommes de lettre». J.-J. Rousseau, alors son ami, alla souvent le visiter, et lui porter des consolations qu'il n'aurait jamais dû oublier.
Mirabeau fut aussi enferme au donjon de Vineennes, depuis 1 7 77 jusqu'en 1780. C'ist là qu'il écrivit sa traduction d> Tihulle, son ouvrage contre les lettres de cachet, et ses lettres a Sophie
Cette prison fut enfin ouverte quelque temps avant la Révo'u- , lion : et lout le monde put aller lire, sur les murs de*eseacli«>t>. les inscriptions, témoignages du dé-espoir de ceux qui leshnui teient. La plupart ont cherché, dans la religion, nn sou laie m ni a leur captivité. Quelques-uns , assaillis de lugubres P-!irees, n'envisageaient que le* npprochos de la mort. C'est ce que prouve l'inscription suivante :
11 faut nwurir, non frère ; mon frère, il faut mourir qvaad il plaira à Dieu.
Sur la porte d une autre prison, on lisait ce verset de saiot
Mathieu :
lltali qui p-rttc*tinntm poti'uniur propler justitiam, quo i» .m i/jsoriiiN<j( rrjrnum eaelovum.
Sur la même porte, éttit cette autre inscription qui, peut être, ainsi que la précédente, ttait l'expression d'un cœur innocent et opprimé :
Career Socratis, templum Aonorr».
Le donjon de Vineennes resta libre jtisq'en 1701. A cette époque, les Misons de Paris se trouvant remplies de criminels, le gouvernement donna des ordres pour faire * Vineennes les réparations propres à lui rendre sa d< slination. Mais le peuple, qui venait de renverser la IListlI'e, et qu'agitahnt sans cesso les secrets meneurs de la Révolution, voulut s'opposer à ce projet, et détruire aussi cette antique prison d'Etat. Le 28 février, un grand nombre d'individus de tou-es les classes se rendir ut en umulle à Vineennes, pénétrèrent dans Finit rieur du chà'cau; et, après avoir détruit les lits de camp, les portes, les vitres et les barreaux déjà réparés, il* se mirent à démo ir la plalc-formc et les parapets. La municipalité de Vineennes envoya aussitôt, à Paris, demander thu secours. Le général de La Fayette pat lit à la tete de plnsicu'S dctiiclicmcnls de la garde nationale; et, arrivé à Vineennes', il vit que la démolition des sommités du donjon se continuait avec activité. Il fit ordonner aux démolisseurs de cesser leurs travaux. Ils résistèrent. Il y eut quelques coups doni/és de part et d'autre; et soixante-quatre de ces hommes furent faits pri>onnicrs et conduits a Paris.
Ce mouvement était dirigé contre M. de La Fayette. Lorsqu'il arriva daos le hois de Vineennes, des a-sasstus aposles, prenant l'aide-de-camp pour le gênerai, tirèrent sur cetofmi r plusieurs coups de fusil qui ne l'atteignirent point.
A son retour, il fut arrêté à la barrière ; il lui fallut forcer le poste. Dans la rue du faubourg Saint-Antoine, un homme de mauvaise mine, armé d'une longue barre, tenta plusieurs fois de passer cette barre entre les jambes de sou cheval, dans le dessein évident d'abattre la monture, et de tuer plus facile cent le cavalier. Cinq ou six cents hommes, nobles, ou attachés à lu noblesse, tous armés, préparaient, aux Tuileries, un autre coup qui n'était pas étranger a celui de Vineennes : car ils anuoti ccrvnt à la garde nationale parisienne, que M. de La Fayette venait d'être tué à V incentifs.
L'assemblée nation de, le » mars, ordonna la cessation de; travaux à fa rcau donjon de Vin euncs. Depuis cette époque. Vineennes servit de prison aux femmes de mauvaise vie, jusqu'en IT94, époque ou elles lurent transférées a l'hôpital de Saint- Ijizare, au iaulwurg Saint-lieuis.
Napoléon, avant son éiévutiou à 1 empire, avait rétabli I -s prisons d'Klat détruites depuis longtemps. Non-seulement U donjon, mais tout le château reçut e< lté destination, et servit t renfermer ceux qu'une po'iee soupçonneuse regardait cooimi dangereux à ht su été de l'F.t .1 ou plutôt du chef du gouvernement. Pins l ira, un détachement de la tarde impériale veillait
HISTOIRE DES ENVIRONS DE PARI?
mdi cesse autour de ce château*, demeure qui a ait recouvré loute l'horreur qu'elle inspirait jadis. Napoléon fit eufermi r à Vinceores des hommes de louées conditions. On connaît la (In déplorab'e dn duc d'Enphien, qui, donstanuitdu 30 au St mors
. 1804, militairement traduit au château de Vinccnncs, y fut interrogé, jupe, condamné à mort, fusillé et enterré.
C'est dans le fossé du côté de l'esplanade, à droite du Dont» levis. et dans l'ongle rentrant forme par la Tour di la Rtine,
• que le crime a été commis ; c'est là que les restes du prince ont été déposés. . -
Vn fui t'e' colonne en granit rouge, élevé sur une base de marbre noir, rappelle cet assassinat politique. On y lit cette Inscription :
Bieetcidt.
Un porte-croix de pierre, situé à quelques endroits plus loin, indique la fosse dans laquelle le corps a reposé pendant quinze ans. Un beau saule pleureur ombrage ce pieux et simple monument.
On sait que c'est à Vincennes que furent enfermés les cardinaux contraires aux \œux du pape et de Bonaparte, et qu'on nomma les cardinaux nom.
Quand, sur la fin de I SI S, les armées européennes envahissaient la France, Vincennes fut fortifié de manière â devenir pince de guerre. Ce fut vainement que ces armées alliées, mal- •tressesde Paris, sommèrent cette nouvelle forteresse de se rendre. La brave général Daumesnfl, connu par le peuple sous te nom de fa Jtrmtn d* Boit, répondit qu'il tenait la place du gouvernement français, et qu'il ne la rendrait qu'à ce gouvernement. Les alliés firent mine de vouloir l'y assiéger ; mais, avant arboré le drapeau blanc, il remit ta place, le 13 avril 1814, entre les mains de S. A. R. Monsieur, lieutenant-général du royaume.
Lors de la seconde invasion de la France en 181$, le général Daurocsnil tintla môme conduite que l'année précédente, et conserva son poste intact.