‹ Histoire physique, civile et morale des environs de ParisChapitre 65 sur 144 · DESCRIPTION · texte numérisé non relu

DESCRIPTION

L'enceinte du château de Vincennes forme un parallélogramme régulier, d'une grandeur considérable; elle est entourée de larpes fossés, de murailles et.de tours carrées. Le côté du parallélogramme qui fait face au nord offre à chacune de ses extrémités une vaste tour carrée et très-élevée. Au milieu de ce côté est l'entrée principale de la forteresse; elle consiste en un grand bâtiment chargé de toutes les fortifications du moyen-âge; de* ponts-levls, une herse, des meurtrières, des mâchicoulis, qui, s'ils ne sont pas entièrement conservés, laissent voir cependant leurs vestiges; c'est devant cette façade que passe la grande mule qui se dirige à Lasnv, et qui, en face du château, est bordée de maisons formant une partie du village de Vincennes.

Le grand coté du parallélogramme qui est opposé à l'est, outre les deux tours carrée! qui s'élèvent à ses extrémités, offre à son milieu une tour semblable, puis la chapelle du château et un bâtiment moderne.

L'autre grand coté du parallélogramme, à l'ouest, présente une disposition pareille au précédent coté. Mais, au lieu d'une tour carrée, s'éîève à son centre le fameux donjon, maison de plaisance des rois des xrv* et xv* siècles, et qui, dans la suite, érigé en prison d'État, fut habité par le malheur, l'ennui et le désespoir.

Ce donjon a des ponts-levls et des fossés particuliers qui se réunissent au grand fossé de la forteresse. Au sud de ce donjon est un vaste bâtiment moderne qui correspond à celui qui est en face. •

La face méridionale du parallélogramnie oiïrc à son milieu une porte qui s'ouvre sur le bois de Vincennes. Elle conserve à l'extérieur ses formes anciennes, et l'intérieur est décoré a la niodcme sur les dessin* de Leveau. Un pont en pierre, élevé sur l< s larges et profonds fosses, a remplacé un pont-levis.

Tel est le plan de cette vaste forteresse, située en plaine, *t qui doit loute sa force à l'art et non à la nature du sol. Cest j n forteresse du moyen-âge la plus grande, la plus régulière |.f«ii soit eu France. Le temps et les hommes lui ont fait éprouver diverses dégradations : les plus considérables sont la démolition d'une partie de ses lours carrées si élevées, et qui, sous le rèiîtie de Bonaparte, furent rasées Jusqu'à la hauteur du mur

' Des neuf tours qui environnent le château une seule est restée intacte : c'est la Tour du Diable, située du câlé du village de Vincennes.

Elle est d'une construction fort simple sur la fnce intérieure. [ • La face extérieure est enrichie d'une grande quantité de pyra-J midc-«, de niches et de tout ce luxe d'ornement qui ca actérise l'époque de cette construction. '

Quelques bâtiments, contenus dans le cadre qui vient d'être, tracé, méritent une description particulière. j

La première cour est dit** la cour royale. A droite et à gauche sont deux grands bâtiments modernes, élevés par le même architecte ; ils sont ornés de pilastres doriques avec des vases au-dessus. Ces deux bâtiments s'unissent a leurs deux . extrémités par deux galeries en poi tiques, couronnées de haj lustrades. Entre les arcades, on voit quelques figurts antiques

de marbre en très-mauvais état.

; Le bâtiment qui est à gauche renferme l'appartement du roi ; et celui de Marie-Thérèse d'Autriche.

De la cour, royale on passe par une porte décorée de colonnes ! toscanes à la cour suivante : à drolle est la sainte chapelle; à gauche, le fameux d»njon.

La sainte chapelle, bâtie par Charles V, est dans la seconie cour, à droite. Elle est d'un beau gothique ; et l'extérieur offre toutes les recherches de ce genre d'architecture. L'intérieur, très-simple, n'est remarquable que par ses vitraux anciens, peints par Jean Cousiu sur les dessins de Raphaël. La plupart . de ces précieux vitraux ont été détruits. Les cérémonies de l'ordre de Saint-Michel se sont faites, pendant quelque temps, dans cette suint*» chapelle, ainsi que Henri 11 l'avait ordonné en I5&? ; et le règlement eut son exécution jusqu'à l'institution de l'ordre du Saint-Esprit, qui fut établi, sous Henri Kl, aux Grands-Augustins. Celui de Saint-Michel ayant, pour ainsi dire, été rétabli par Louis XIV, on continus d'en faire les cérémonie* à Vincennes, ce qui dura jusqu'en 1718, que l'église des Cordelicrs de Paris fut adoptée pour les réception».

Cette chapelle vient d'être restaurée. Sept vitraux entiers ont été rétabli»; on a construit un autel d un style analogue an ; reste de l'église, et surmonté d'un baldaquin élégant ; le sanctuaire a été entouré de boiseries d'un fort bon gout.

On y remarque le monument élevé à la mémoire du duc d'Enghien. Il a été composé et exécuté par Dtteint, statuaire distingué. Le prince, appuyé sur la Religion, lève un regird assuré -vers le ciel, et indique de ht main la' place où il fut frappé par ses assassins, tandis que le Crime, sous la figure d'un homme, tenant un poiguard, s'élance sur lui.

De l'autre coté du groupe principal, la France, dans l'attitude d'une jeune femme éplorée et retenue captive, tient un sceptre brisé, et fait des efforts inutiles pour secourir le prince.

l/s dépouilles mortelles de cette victime de Bonaparte ont été tranferées sous ce monument.

Le donjon, construit par Charles V, est entouré de fossés particuliers, profonds d'environ quarante pieds, et revêtus de pimes de lai lie; ce revêtement est à pic; et vers le haut il règne une corniche, ou plutôt un talus qui saille tellement en dedans, qu'il est impossible de le franchir sans intelligences au dehors. Le haut des fossés est fortifié d'une galerie, ouverte, bordée de meurtrière*. Les quatre angles sont flanqués par une tour qui fait aussi saillie sur le fossé.

L'on arrive dans cette forteresse par deux ponts-levls : un petit pour les gens de pied, un grand pour les voilures; puis on pa>se trois portes : celle qui communique au ebateau ne peut s'ouvrir ni en dedans sans le secours du dehois, ni en dehors sans le secours du dedans. A droite du grand pontlevis se trouve la table de marbre et l'inscription citée plus haut. Après avoir passé les trois portes, on trouve une cour, au milieu de laquelle est le donjon, trois portes en ferment encore l'entrée.

La forme du donjon est carrée ; il a quatre tours à ses angles, et est divisé en cinq étages, auxquels on monte par un escalier hardiment construit. Chacun des étages est composé d'une grande salle carrée, au milieu de laquelle est un fort pilier qui southnl la voûte; on y trouve aussi une vaste chrratn.ee. Aux quatre coins de chaque salle est un cabinet, devenu prison, do tr. izc pieds carrés, avec une cheminée. A la hauteur du troisième étage, c>t une galerie extérieure, en saillie, qui règne auj tour du bâtiment.

HISTOIRE DES ENVIRONS DE PARIS

Le comble du donjon forme une terrasse cintrée; la coupe des pierres qui la composent est très-curieuse. De celte position Ton jouit, à cause de la grande élévation du donjou, de la vue la plus magnifique. A un des angles de cette terrasse s'élève à une hauteur considérable une guérite en pierre d une. grande délicatesse. Sous le régne de Bonaparte , on eut la cruelle précaution d'établir sur le parapet de cette terrasse une cloison qui privait les prisonniers de la jouissance d'une aussi belle vue et de la pureté de l'air.

Cette forteresse a été si solidement bâtie, qu'elle ne porte pas encore la moindre marque de vétusté; et le canon y ferait diflicilcment une brèche.

La salle du rez-de-chaussée s'iippelait la chambre de la question. Son nom indique assez qui I était Sun usage. Kn 17'JO, on y voyait encore des sièges de pierres destinés à placer les malheureuses victimes; des anneaux de fer, scellés dans les murs, destinés a contenir leurs membres au moment du supplice, entouraient ces sièges de douleur. Dans les cachots, privés d'air cl de lumière , on v oyait encore des lits de charpente , sur lesquels on enchaînait ceux à qui on permettait quelques instants de repos.

La salle du dernier étage s'appelait ialltdu conseil, parce que les rois de France y tenaient leur conseil lorsqu'ils habitaient le donjon. La pièce commune était fermée par une porte trèsépaisse ; chaque cachot l'était par trois autres portes ; chaque porte était doublée de fer, et garnie de deux serrure» et de troll verrous. Ces portes étaient placées en sens contraires : ainsi, s'ouvrant en travers l'une de l'autre , la première barrait la seconde, et la seconde barrait la troisième. Telle était la fermeture de ces prisons, dont les murs ont seize pieds d'épaisseur et les voûtes plus de trente pieds dc.hautctir. Ces prisons sont faiblement éclairées; cl le jour n'y parvient qu'après avoir traversé trois grilles de fer, disposées de manière que les barreaux de la première masquent les vides de la seconde , et ceux de la seconde les vides de la troisième.

Les huit autres tours carrées servent aussi de prisons. Celle appelée la Tour de la surintendance contient quatre cachots de cinq a six pieds carrés , où les lits sont eu pierre :.< ', un grand caveau, ou l'on ne peut descendre que par un trou pratiqué dans

la voûte: ce qui fait de cette prison un véritable tombeau

Que de gémissements, que de sanglots ont été poussés dans ces tombeaux construits par des hommes , pour tourmeuter leurs semblables! Quel sort que celui des malheureux condamnés à mourir dans ces affreuses demeures, souvent pour des crimes imaginaires]

Le château de Vincenocs est encore aujourd'hui prison d'Etat. Deux compagnies de vétérans y font le service.

Le parc ou le bois de Vinccnnes a quatorze cent soixantesept arpents de superficie. C'est une futaie mêlée de chênes, de charmes eld'ormes. Les anciens arbres furent entièrement arraches en 1731; et. la même année, ou y lit la plantatioudcla minière qu'elle est aujourd'hui. .

Au centre d'une étoile, ou neuf routes viennent aboutir, on a élevé un obéii-que d'ordre rustique, surmonté d'un globe et d'une aiguille dorée, avec deux écussous, ou sont deux inscriptions qui constat) ut l'époque de la nouvelle plantation du bois de Vinceuncs.

ST - VJonlrc ill-Mir-nsla ' voua lr-Boli

Village situé a un quart de lieue au nord de \ iucenries, et a une lieue a l'est t'e Paris.

Ce village eut, comme tous ceux nommes Montreuil ou Moutiers, pour origine ou pour cause de sa dénomination, une église ou un petit iBOtratèn, monasttriolum, qui servit de paroisse aux vignerons qui s'établirent dans ce lieu.

I • -•« le Nain de Tillemout, en 1679, se retira près de ce Heu, Pt composa plusieurs ouvrages dans sa retraite. Plus tard, sa modeste maison devint un très-beau château qui appartint à un If, Hiercourt de Tillemonl.

Le village de Montreuil est l'un des plus intéressants des en- ! virons de Pans, sons le rapport de la culture des fruits, principale occupation de ses habitants ,Niui , par une méthode qui leur est particulière , obtiennent surtout des pèches , admirées pour leur grosseur et leur bonté. Mercier, auteur du tableau de Pans dit, a ce sujet, qu'à Montreuil trois arpents produisent au propriétaire vingt mille livres de rente. « Il cultive des pêches

« les plus belles qui soient sur le globe; les pêches , en certains « temps, valent six livres pièce. Quand un prince donné unt « fiHe un peu brillante, on en mau<r'e pour trois cents louis d'or.

« L'arpent de terre y est lou< ix cents francs; et l'on eo a paie au roi soixante pour la Lai II . M><ntieuil est le plus beau a jardin dont puisse se glorifier Pomme. Nulle part 1 industrie c n'a poussé plus loin la culture des arbres à fruits, et surtout « celle du pêcher...

« C'est un coup-d'oril bien intéressant que ces murailles ta- « pissées des plus beaux fruits , tandis qu'entre les espalier* « sont semés des fraises, des pois, des légumes de toute espèce, a La capitale doit quelque reconnaissance a l'admirable a industrie de ces jardiniers qui peuplent les marchés de ces a excellentes productions qui plaisent au goût et entretiennent « la santé.

La | oésic aussi a célébré 1rs pèches de Montreuil; les poires même de ce lieu ont inspiré des rimes bien innocentes: „

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Ce sont les poires de Crassane, Que, pour le* vendre enror plus cher, Souvent l'adroite paysanne » porte a Paris qu'en hiver.

Le choteau de Tillemont, qu'on voyait A peu de distance et au sud -est de Montreuil , a été démoli ; et celui de Montrent. situé aussi sur une éminence, fait partie de cette commune.

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