CHAPITRE III
l"MLMAÏ-SUR-I.E-BOIS, NOGBKT-SUR-IIABM, CBBLUS, LAGRT. a I - rouir»» j aur-lr-IUIa
C'est à la situation de ce village, près du bois de Vinccnnes , et a ses sources d'eau qu'il doit son double nom. Ces eaux, sous le règne de Charles Y . alimentaient les abreuvoirs que ce roi fit construire en son château de Beauté ; les conduits passaient s travers les masures des habitants, qui étaient obligés de lesnelojer; en faveur de ce travail , le roi les exempta de plusieurs servitudes, et notamment des impôts qui se levaient pour la chasse au loup.
La terre de Fontenay était autrefois seigneuriale ; son château existe encore. On y remarque une autre jolie maison qui était, avant la Révolution , un couvent de Minimes, d'abord habité par des religieux de l'ordre Orammont, connus sous k non de Bons- hommes. Le couvent a été démoli, à l'exception des bâtiments qui servaient de pied à terre aux rois lorsqu'ils y venaient en dévotiou.
fl II -V»irnl »iir-Vl«rii»
Village situé sur le plateau d'une colline, à gauche de I* Marne, laquelle domiue en partir le cours de celte rivière, a une cvt'émite du bois île Ylnceiines, et à quatre lieues de Paris.
Xoi i'jentum. .Ygtrien fum, Xovigente, sont les différents notas que les inmiuu culs historiques donnent à ce village. Un compte, en l'iann, nue Mnutaini ili lie v qui porlrnl la mené dénomination : tous paraissent avoir existé antérieurement & la monarchie française. Leur nom et leur antiquité feraient croire que ces lieux étaient la demeure Assignée ù ces peupladede prisonniers étrangers que les Romains int-o luisireul, a diverses épOqués, dans les (iaules, et qu'ils obligeaient à vivre du travail de leurs mains, eu défrichant des terrains inculte», peuplades qualiliéis. dans la notice des dignités de l'empire, de Istf* ou dent*?. On a In certitude qu'il existait aux environde Paris des tien tilt Harmatrs dont le pré'etre>idatt datiscellenl ou sur le territoire parisien : pi ufectw Sarmatarum (itntilium. lit-on dans cette notice. Il paiait que le nom de Nogent dcn»e d< - m its de noei génies, n<» i ijcnulrt, nmneauv étrangers.
Quoi qu'il en soit, Nogent-sni -Marne existait avec distinction <!«■> le commencement delà première race.Chilpérie y résidait en l'an 681 ; ce fut là qu'il reçut les prédits que Tibère, empereur d'Orient, lui envoya, ce qui prouve que ce lieu contenait une maison royale qui fut, après lui , successivement habitée par plu h in s rois de la même race. Les désordres de la fin de la seconde race changèrent l'état de ce lieu. Les habitants, domines par des rois, le furent par les moines et par dithtretits seigneurs du voisinage, par ceux du lief de Plaisance, de la maison
HISTOIRE l)KS ENVIRONS DE PARIS. ««3 •
des Gartontitt, par le» seigneur» du llef des Moineaux, du fief du Ptrrtux, du llef de Pinelle, elc, et enfin par les moines de Salnt-Maur-des-Fossés, principaux seigneurs. Chacun d'eux tirait profit des travaux et des besoins des habitants ; mais la plus forte part éiait réservée aux religieux de ee monastère.
Dès le ix'siècle, on voit ees moines posséder dix- huit maisons dans ce village, toutes pourvues de charrues et d'autres équipages, dônt six étalent occupées par des manouvriers; elles étaient habitées par cinquante-cinq hommes; et chacune d'elles
C'ait, en une année, cinq sous de rente, et la suivante une bis et un agneau alternait ement ; rt. de plus, deux muids ds vin, trois poulets et des œufs. Le terrain que les habitants de chacune d'elles devaient cultiver était déterminé. Il s'y trouvait en outre six maisons et la moitié d'une autre occupées par de* serfs, desquels les moines retiraient des redevances semblables1.
Au xii* siècle, les moines de Saint-Maur, dont les propriétés | s'étaient beaucoup accrues à Nogent, assignèrent une pat t revenus de ce village à l'aumônier du monastère, qui v lit MO striure une vaste maison, avec cours, jardin, vivier, et qui jouissait du droit de corvée pendant les vendanges. Au xin* siècle, cette maison menaçant ruine, l'abbé Pierre de Cbevry la fit rebâtir a neuf; il y résidait souvent, et en jouissait comme de sa propriété. Les habitants craignirent que l'abbé, à chaque fois qu'il se rendait à cette maison, n'exerçât sur eux le droit de prise, c'est-â-dire le droit d'enlever de leurs malsons les meubles et les provisions qui s'y trouvaient : brigandage que cet abbé exerçait dans ses autres terres ; mais il leur déclara qu'il les en exemptait* .
Les rois de France exerçaient aussi ce droit odieux sur la plupart des lieux des environs de Paris. En 1404, les habitants de Nogent-sur-Marne s'en plaignirent â Charles VI, lui représentèrent leur misère et l'état où les réduisaient les gens de guerre, ses propres oflieiers et ceux des autres princes qui s'emparaient de leurs maisons et les en chassaient. Ce n'était pas là tous leurs malheurs : lorsque le roi ou les princes de sa famille venaient loger au château de Plaisance ou de Ileauté, château voisin de Nogent, les ehevaucheurs, fourrier*, porte-eharpt,prtneur* du roi, fondaient aussitôt sur Nogent, enlevaient blés, avoine, foin, pailles, vin, chariots, charrettes, harnnis, lits de plumes, coussins, couvertures, draps de lits, nappes, toiles, tables, escabeaux, bancs, bœufs, vaches, veaux, moutons, pourceaux, agneaux, chevreaux, chapons, gelines, fromages, poissons, oies, oisons, bûches et autres choses qui s'y trouvaient. Ces exactions, ces pillages forcèrent plusieurs habitants à i ter le pays; et ceux qui y restaient étaient dans la dernière misère. Les habitants avaient déjà obtenu l'exemption de ee droit de prîtes ; mais on les y avait récemment assujettis de nouveau. Charles VI les en exempta, à condition qu'ils faucheraient trois arpents de pré qu'il possédait dans la praire de Nogent, et qu'ils en charrie: '.'i • m le. foin â Vinccnnes, pour nourrir les daims qu'il y conservait. L'ordonnance de cette exemption est du II février 1404*.
Les habitants de Noisy, de Brie-sur-Mar ne, des Carrières de Saint-Denis, opprimés par de pareilles vexations, en obtinrent en même temps l'exemption.
L'église de ce village, sous le titre de Saint-Saturnin, fut bâtie sur le fief des Moineaux ; elle contenait plusieurs tombeaux et leur épitaphe ; cette église n'a rien de remarquable aujourd'hui.
Les habitants, après la communion pascale, avaient autrefois l'usage de boire du vin dans l'église, puis d'aller en procession â Saint-Maur.
Le village de Nogent-sur-Marnc est assez bien bâti ; la plupart des maisons qui bordent la grande rue sont accompagnées de beaux jardins ; celles qui sont situées à droite en entrant ont l'avantage de jouir d'une vue très-gracieuse sur le bassin de la Marne et sur les coteaux qui le terminent. Plusieurs de ces jardins descendent, de terrasse en terrasse, jusqu'au bord de cette rivière.
Quelques personnes célèbn s ont habité ce joli village. L'amie de Fonlenelle, la marquise de Lambert, qui honora son sexe par
1 Ctfitularia Batutii, t*m« H, rot t SS7.
> BtiMn du diati— d» Pmril, ftx l'abh* Lrhraf, tome «I, p«(« S.
> Ordannantti du Loutre, l«mo is, p*fei 47 «l 1».
I des lalens et des ouvrages utiles, y possédait une maison qui a depuis appartenu à M. Laugeois. Elle mourut à quatre-vin^tsix ans, en 1713.
Wateau, peintre habile, que son coloris, sa touche gracieuse, ses compositions ingénieuses rt originales n'ont pas préservé du mauvais goût qui dominait de son temps, étant alTeelé de la poitrine, vint habiter Notent, eiù M. Lefevre, intendant des menus, lui donna un appartement dans sa maison. Il y mourut le l H juillet (721, à l'âge de 37 ans. Dans ses derniers moment i, le cure vint l'assister et lui présenta un crucifix dont la figure étaient si mal traitée, que le peintre, tout entier à son art, s'écria : Otez-moi cette imagi : comment un artiêt* t-t-il pu rrndrt si mal lu traite d'un Pieu ?
Wateau, depuis longtemps, était l'ami de ce curé de Nogent, dont la figure belle et joviale lui servit de modèle pour plusieurs de ses tableaux. C'est sous les traits de ce curé qu'il peignit ses Pantalons, ses Cilles, ses Pierrots et son médecin liarftjrbé d'un collier de cheval de charetle, etc. Avant de mourir, il demanda pardon au curé d'avoir adapté son portrait à des personnages ridicules.
% III. rhrllr«
Chelles, en latin Cala, est situé sur la route de Paris à Lagny, à quatre lieues et demie et à l'est de cette capitale.
Son* la première race des rois Francs, une maison royale, des établissements religieux et des crimes donnèrent 'de la célébrité à ce lieu. Le roi Chilpéric y résiliait fréquemment ; et, en l'an s» 1, il y fut assassiné. Voici la cause et les détails de cet assassinat :
Un maire du palais de Chilpéric, appelé Ijindrl. était l'amant favorisé de la reine Frédégonde. Un matin, le roi entra dans la chambre de son épouse ; elle était courbée et se lavait la tète : il la frappa par derrière avec sa canne (eam in natibus $uis de fuite percutait). La reine croyant que ce coup partait de la main de son favori, dit : Pourquoi me frappes-tu ainsi, Landri ? Hientùi li vaut la lêle, au lieu de son amant, elle volt le roi son époux. A relia vue, Fréelégonde est saisie d'effroi; et Chilpéric, irrité, part brusquement pour la chasse.
Apres sou déport, Frédégonde lit appeler Landri, lui raconta l'événement ; tous deux résolurent, plutôt que du souffrir la tortureet la mort, de faire tuer le roi 1 I 1 p u . Celui-ci, arrivant â Cbeiles au commencement de la nuit, en descendant de cheval, fut, par les satellites de Frédégonde, frappe de plusieurs coups de couteau, et expira sur-le-champ. La reine, ayant fait courir le bruit que cet assassinat avait été dirigé par le roi Coildebert effrontément aux funérailles du défunt,
qu'elle Ht célébrer â Paris.
Cependant les trésors que Chilpéric avait entassés à Chelles furent enlevés par les trésoriers de ce roi, et transportés â Meaux : ils les remirent au roi Childebert, son neveu et son ennemi '.
La reine ChrotheehiUt, vulgairement nommée Chlothilde,
épouse du roi des Francs, Chlodoreck ou ' ! avait fondé à
Chelles un petit monastère de lilles, avec une chapelle mmjs le litre de Saint-Georges. Dans la suite, Bathechilde ou Bathilde, épouse de Clovis II, Ht presque entièrement reconstruire ce monastère et une nouvelle église. Elle en dédia le milieu â sainte Croix, le côté droit â saint Georges, patron de la première enlise, et le côte irauche ;i -itim Etienne. Kll<- nomma, en l'an 650, pour abhesse, une*religieuse appelée ItertUln ou Bertilana. L'église fut consacrée en l'an 50».
En 604, révèquf de Paris, Slgobcrrandus. se rendit â Chelles. \\ mécontenta, par son orgueil, dit-on, les Francs ou gardes de la reine. Il s'éleva une dispute; et l'évéque fut tué par ces Francs. On voit avec surprise une fondatrice de monastère protégée par des gardes, et des gardes qui tuent leur évoque.
A cote de *re monastère de lilles s'établit un couvent de moines, comme il parait par la vie de sainte Hathlide. Plusieurs communautés offrent, dans leur origine, une pareille association. I.a même église, le nièoM el"iire servaient aux lilles et aux moines'. On sent qu'un pareil voisinage était dangereux pour des célibataires de l'un et de l'autre sexe. Le danger con-
< tira», l«r<m. Kilt., Il», n, cap. ilvi. — OtHa rrçum [rnnmrum, c. m*, — Âdamit tkraniea. — Recueil du llitloritnt ét tramer, lomr il, p tSS, etc. - l'KaS. Ba/f Aifrfii. — Rtcuail du llut r,tn: da Franc*, lomr m. p. S7I.
HISTOIRE DES EN MUONS DE PARIS
duisit à la chute ; et les désordres trop manifestés amenèrent la
Le rang de la fondatrice attira dans cette abbaye plusii i.rs personne» illustres. Gisèle, soeur de l'empereur Charlemnunr, fut de ce nombre. Hemlwieh, mère de l'impératrice Judith, fut abbesse de Chelles. Kn 788, Charlemagne y pUça une de ses «Iles : et, en 80R. il se rendit lui-même dans ce monastère. En l'an 833, pendant que Hegilvvich, mère de l'impératrice Judith, était abbesse de Chelles, l'empereur l.ouis-le-bébonnairc assista à la translation du corps de sainte Baltechilde, du, lieu où il était déposé, dans l'église de Sainte-Marie. On voit quelle iiluslra- •tion des personnes si hautement qualifiées faisaient rejaillir sur ce monastère, ou plutôt, chrétiennement parlant, quelle vanité dominait re couvent.
Presque toutes 1rs abbesscs. pendant longtemps, furent veuves, filles ou sœurs d'emper» urs ou de rois. Elles portèrent leurs richesses et leurs habitudes dominatrices dans un lieu où doivent dormir Its passions : opulentes, elles eurent des procès; jeunes, elles se livrèrent au désordre. Des chroniques du temps rapportent qu'en l'an 877, le roi Louis-le- Bègue enleva une religiense de ce couvent, et en fît sa femme ou sa concubine
Les séjours fréquents que fanaient les rois de Franco avec leur suite, dans le palais contigu au couvent; les plaids, les synodes ou conciles tenus a la fin de la seconde race ou au commencement de la troisième, attirèrent dans ce lieu un concours de personnes incompatible avec la vie religieuse.
Il fut souvent nécessaire de réformer 1rs mœurs de ce couvent et d'y faire cesser les désordres : telh était l'intention d l.ticune, éVéquc de Paris. lor»qu'en 1 133 il se rendit à Chelles, accompagné de Thomns, abbé de Saint-Victor et de quelques autres ecclésiastiques. Après avoir rempli l'objet de leur voyage, l'évéque et son escorte retournaient à Paris; à peu de distance de Chelles, ils sont assaillis par les hommes du château de Gournay, neveux de Thibuud Nodier, archidiacre de In cathédrale. Armés d'épées, ils fondent sur la troupe ecclésiastique, et tuent Thomas, abbé de Saint- Victor. On fut couvoiucu que liiibaud, archidiacre de Notre-Dame, avait engage ses neveux à commettre cet assassinat '.
Le roi Robert et la reine Constance séjournèrent quelquefois à Chelles ; omis les rois qui succédèrent n'y parurent plus ; et la maison royale de Chelles tomba en ruine. Cette maison était située derrière l'abbaye. Lorsque Charges V , pendaut qu'il était régent de France, vint avec srs truupes à Chelles, il coucha dans l'abbaye; et ses soldats se logèrent dans le village.
Les événements qui désolèrent la France pendant les xiv* et xv' siècles atteignirent le bourg et l'abbaye de Chelles. En 1358, un parti d'Anglais les prit , les pilla cl'lcs ravagea. Les religieuses furent contraires de se retirer à Paris , avec Alix de Pacy ,.leur abbesse. Bientôt il leur fut permis de retourner à Chelles. Elles furent encore deux fois forcées de se réfugier dans la capitale: ces déplacements devinrent funestes a lu régularité monastique; il se manifesta du désordre parmi ces vierges du Seigneur.
Vers Tan 1369, l'abhe«se Jeanne de La Forcst fut forcée par des hostilités nouvelle; , avec ce qui lui restait de religieuses , de se réfugier à Paris. Celte abbesse fit ensuite rnser la forêt de Chelles, repaire de pro.-titution et de brigandages. De nouveaux malheurs vinrent assiéger cette abbaye. Au commencement du xv* siècle, le tonnerre tomba sur le couvent, et le détruisit en grande partie. Les contributions exigées par les gens de gutrre achevèrent de le ruiner. De quatre-vingts religieuses, il n'en restait que quinze, obligées par la faim d'abandonner le couv eut, de parcourir les campagnes et de demander l'aumône.
Le 21 avril 1 120, trois cents Anglais vinrent à Chelles, pillèrent la ville et labba.se. Pendant qu'ils étaient occupes à ce pillage, une nombreuse troupe d'Aimagnacs fondit sur eux, les entoura, ta prit ou les tua tous, s'empara du pillage qu'ils avaient fait à Chelles, rançonna les vivants, et s'enrichit de la dépouille des morts ».
Cette abbaye é'ait fort déréglée : Pierre de Beaumont, évèque de Paris, tenta d'y établir la réforme; mais l'abbesse, Elisibeih de l'rollje , résistait à ces teutatives , et méconnaissait sa juri-
l fi,r*„l du ffl/l«r,tni*fr„„, ,„„„„, tl et 117.
• Hrcur.ldfi IliUvrUn. d. F,*Htt. UMM »», 3VV, 53« ri SJ7.
' Ualtti sarftNm*, un» „i, ci. »o», .1 4*7
diction. Le prélat, en 1491, lança, contre les religieuses, le cordélier Obvier Maillard , alors célèbre par ses sermon» . qu'on recherche aujourd'hui , à cause de leur ri lieule et de leur cynisme. Le prédicateur, ayant réuui les religieuses dans le cha pitié , commence son allocution ; mais a reine a-t-il prononce quelques phrases que l'abbesse se retire : les religieuses la suivent ; et l'orateur, resté seul, est obligé de renoncer à sa pieu* entreprise.
L'évéque y renonça aussi; mais son successeur. Jean Simon, autorisé par un arrêt du parlement, de HHtt, opé-a la réforme désirée, en introduisant dans le couvent de Chelles des religieuses de l'ordre de Fontevraud. du prieuré de Fontaine, près de Meaux. Depuis ces réformes, les abbesse* de Chelles devinrent triennales jusqu'en 1569 , époque où recommencèrent les obhcsses titulaires , à la nomination du roi. Sous la première abbesse titulaire. Béné* de Bourbon, le couvent de Cnelles fut presque entièrement renversé par un orage affreux. Des soonuts considérables furent employées aux réparations; mais bientôt le feu du ciel tomba sur cette maison religieuse, et y causa beaucoup de dègAts. En i S61 , la crainte des lluguenots obligea l'abbesse Renée a se retirer à Paris, chez son frère Charles, Cardin ni de Bourbon, abbé de Saint-Germain-des-Prés ; elle y logea pendant un mois avec ses quaranlc-six religieuses.
Des tilles de duchesses, de priiue>ses furent dans la suite abhcsst s de (.belles ; on y vit même une tille de roi , mais Glle
de de II.
IV et de Charlotte des Essarts: elle éui
nommée Marie-ilenriette de Bourbon. Louise-Adélaide de Chartres, lille du duc d'Orléans, régent de France, et d'une bâtarde légitimée de Louis XIV, fut aussi abbesse de Chelles. Sa grand'mere, Elisabeth-CharoHe, fait ainsi le portrait de cette jeune princesse : apre* avoir vanté sa beauté, parlé de ses talents pour la musique et pour la danse , elle ajoute: « elle penostt « dans son projet de se faire religieuse ; il me semble qu'elle « convient mieux au monde.... Mais c'est une folie qui s'est « plantée dans sa téte. Elle a pourtant de vrais goûts de garçon; « clic aime les chiens, les chevaux, les cavalcades; toute la o journée elle manie la poudre, fait des fusées et d'autres feux a d'artillce ; elle a une paire de pistolets avec lesquels elle tire a sans cesse. Elle n'a peur de rien au monde; elle n'aime rien a de ce qui plaît aux femmes ; elle fait même peu de cas de sa a figure. Voilà pourquoi je ne saurais m'imaginer qu'elle soit « bonne religieuse', a On lui fit faire, en 17 18, ses vœux à Chelles, dans le dessein de l'élever à la dignité d'abbesse ; mais Agnès de Villars en était pourvue. On la déposséda en lui doanaut une pension de huit mille livres; et, en ni», la jeune princesse entra en possession de l'abbaye de Chelles. C'était une drôle d'abbesse; elle n'avait que quatorze ans.
Les églises et le couveut de Chelles, détruits par le temps, par les guerres, parle tonnerre, n'offrent aujourd'hui que de faibles vestiges de leur ancien état; mais ces vestiges peu intéresser les amateurs des productions du moyen-âge. Le du couvent , dédiée à saint Georges et à sainte Croix , vulgairement nommée église de Sainte- Bauteur, du nom de Battit! le ou plutôt Balelckilde.
Les habitants prétendaient avoir obtenu ou acheté , au xv siècle, une charte de commune; ils avaieut déjà nommé ut maire et des jurés, et fait graver un sceau ; mais l'abbesse , Adcline de Pacy, s'opposa de toutes ses forces à cette institution anti-féodale, et fit condamner les habitants. Ces habitants étaient fort malheureux : tourmentés, piltés, tués par lis u« ns de guerre, ils déclarèrent au roi qu'ils étaient décidés à quitter leur pays , si ces désastres continuaient , et s'il ne leur était pas permis de clore de murs leur village sanscesse ravagé. Les rois exerçaient sur ces habitants, comme sur ceux de presque tous les lieux situés aux environs de Paris . le droit de priée. On a deja fait counaitre tout l'odieux de cette exaction féodale. Les ablHsses exigeaient de ces habitants un grand nombre de contributions; elles avaient érigé nu milieu de la grande rue du vidage un instrument de supplice qu'elle» ont eu soin de conserver jusqu à la Révolution. Celinslrumeiitdesupplicc, nommé tchtlle, était un signe de pouvoir et d'honneur*, uu témoignage du droit de haut" justice. On ne se défait pas de ces objels-la : le grand-prieur du Temple, à Pari*, conserva aussi son échelle.
d' tliitiith-Chaihllr,
HISTOIRE DES ENVIRONS DE PARIS
Les condamnés pour de l^pen délits , élevés sur la sommité de cette énorme machine, et ayant la tête et les mains assujetties dans les trous d'une planche, étaient, pendant plusieurs heures, exposés aux regarls et aux sarcasmes du publie.
L'église paroissiale, dédiée a saint André, est située a l'extrémité du bourg, près du chemin de Launy. l ue rfsU prairie qui, du côté de l'est et du sud, s'étend jusqu'au bord de la Marne, des terres labourables, des coteauik chargés de viguobles font l'agremeut et la richesse des environs de Chelles.
t nr. iap>,
Petite ville située sur la rive gauche de la Marne, distante de Paris de sept lieues, célèbre par son abbaye de l'ordre de saint Benoit, par des slége> et des combats dont elle fut souvent le théâtre, par son commerce et par un usage singulier et barbare.
L'abbaye de Saint-PIcfre de Lagny fut fondée, au vu* siècle, par un gentilhomme écossais nomme Furei, qui, suivant l'ancien usage, fut sanctifié par hs moines.
" Dans le ix' siècle, les Normands qui ravagèrent une partie de la France, et surtout les lieux situes sur lis boris des rivières, vinrent piller et détruire le monastère de Lagny .
Herbert, comte de Champagne, en voyant les ruines de celte abbaye, forma le projet <k la rétablir; il parvint i faire reconstruire lc# bâtiments, et y plaça des moines, qui, après sa mort, arrivée en 093, lui élevèrent un tombeau qu'on voit encore dans une chapelle a gauche, derrière le choeur.
C'était alors la mode d'enrichir les monastères; en conséquence Thibaut II, comte de Champagne, surnommé le Grand, combla de bit-us cette abbaye, et loi donna surtout le comté de Lagny. Pour tant de richesses temporelles, les moines et les curés du comté sont tenus, tous l< s ans. le samedi après l'Epiphanie, de célébrer un service, afin de procurer, dans l'autre monde , à l'Ame de ce bienfaiteur, le repos dont il faisait jouir les moines dans ce monde-ci.
Ce comte Thibaut mourut en If 53; il fut enterré dans le sanctuaire de l'église. On y voit encore son tombeau, dont Je parlerai plus bas.
Thibaut IV, comte de Champagne, célèbre dans l'histoire par ses chansons galantes et par ses amours avec la reine Blanche, mère de saint Louis, fut encore un bienfaiteur de celte abbaye, et lui accorda, en 1 2 1 3, plusicursprivilégcs qui furent confirmés, en UM, par Louis XI.
Pendant les régnes malheureux deCharlesVTetdeCharles VII, Lagny éprouva sou vent les déwislresqui accompagnent les guerres civiles. Kn 13.18, cette ville fut prise et brûlée p ir les Anglais. La garde de l'abbaye fut alors commise au capitaine Lactique, hpmme cruel, qui acheva le mal que les Anglais y avaient laissé à faire, et s'appliqua surtout ù tyranniser les religieux. Cependant leur patience et leur résignation le convertirent, pour ainsi dire, ft la douceur : il voulut réparer les torts que lui et les Anglais avaient faits au monastère, et fit jeter les fondem< nts d'une nouvelle église, dont I» partie du chevet fut finie en peu de temps. Les. guerres suspendirent cette construction, qu c lés religieux firent continuer à différentes reprises. C'est la même église qu'on voltaujourd hui.
Au mois de décembre 1415, Jeon, de Bourgogne, se retira à Lagny, pour être à la portée d'cntreleflir des intelligences avec son armée; il y resta deux grands mois sans succès, et en partit au commencement de février 1416. Les gens de la cour et de Paris, que le \ i»i>iun^o de ce duc inquiétait, virent son départ nvec plaisir ; et, parce que ses continuelles négociations n'avalent servi à rien, ils lui donnèrent le surnom de Jean de Lagny.
En 1418, le parti appelé des Armagnacs, qu'avait embrassé le dauphin Charles VII, s'empara de Lagny; et, depuis, celte ville resla constamment sous l'obéi-sance de ce légitime héritier de la couronne. Les troupes que ce prince y avait mises venaient jusqu'aux portes de Paris, piller, rançonner, massacrer tout ce qu'elles rencontraient : c'était alors I usage. > Il a ne se passait point de semaine, dit un écrivain de ce temps-là, « que ces larrons de Lagny ne prissent, aux portes de Parts, « hommes, femmes, enfants, bétail sans nombre...; et ceux a qui ne pouvaient payer leurs rançons, étaient accouples à « cordes et jetés dans la rivière de Marne, ou pendus par leurs
v gorges, ou en vieilles caves liés sans jamais leur donner a manger. ■
Au mois de mars 1431, le régent Bethfort, étant arrivé d'Angleterre, s'avança pour combattre les troupes du dauphin. Après s'être emparé de Gournay et de la tour de Montjay. il vint devant Lagny, donna plusieurs assauts et fut toujours vivement repoussé. F.n un jour on lança dans la ville quatre cent douze pierres de canon, qui ne (Lent mal à personne et ne tuèrent qu'un seul coq. L'abbé Lebeuf, dans ton Ilntoiredu dioeète de Parti, a rapporté ce fait d'api es la même source, mais d'une manière bien peu cxacle. Il y eut ernt douze pièces de canon, dit-il, lancées en un jour. Au heu de etnt douze il fallait dire quatre cent douze; au lieu de piè>-et il fallait pierre*. C'est, peut-être, une faute d Impresion, mais elle a donné lieu à une singulière méprise. L'auteur du Dielionnaire hùtorique de Parietl de teeenr iront» cru fermement, d'après l'abbé Lebeuf, qu'au' lieu de boulets, on a ait lancé les canons eux-mêmes dans la ville, a M. l'abbé Lebeuf, dit-il, nous apprend, à cette « occasion, une anecdote singulière : on ne s'amusa pas A tirer « des boulets contre la place; mais il y cul cent douze pièces « de canons lancées en un jour. »
Les assiégeants, découragés par tant de résistance, ah. uni nnérent le siège et revinrent à Paris, Les Parisiens les plaisantèrent sur leur mauvais succès, en disant qu'ils n'avaient quitté le srége que p>ur unir »e confesser et foire leur pàques à Paris. Un écrivain du xv' siècle attribue le marnais succès du siège au temps de la semaine sainte, qui doit être destiné plutôt à la pénitence qu'à des combats. A la lin, dit-il, a n'y « ot point d onneur, car cote malœvrc se faisoit la sepmainc péneuse. »
Le régent anglais, lassé des brigandages continuels qu'exerçaient les gens de Lagny, aux environs de Paris, fit une nouvdle tentative pour se rendre maître de celte ville : il se pourvut île plusieurs machines de guerre, d'une grande quantité de e nions, vint, au mois de juillet 1 432, avec une armée considérable m>us les murs de Lagny, et jura de ne point abandonner la place qu'elle ne tut prise. Le jeu des machines abattit une arcade du pont, une partie de* murs, et causa beaucoup de dommages. Ambroisc de Lore, qui, avec huit cent* bornons, défendait la ville, lit plusieurs sorties, cl repoussa toujours les assiégeants avec beaucoup d'avantage ; les forces et les v ivres commençaient A rnanqueraux habitants ; mais le courageque nourrissait l'espoir d/un secours de nouvelles troupes ne leur manquait pas encore.
Cependant le régent était sur le point d'en'rcr dans la wlle : il s'était déjà emparé du boulevart et y avait planté sa bannière, lorsque le secours attendu par les habitants arriva. I.ci nouvelles troupes battaient les assiégeants par derrière, tandis que celles de lu place les repoussaient par devant. Les Anglais, se trouvant ainsi places entre deux feux, furent si surp is de cet événement inattendu', qu'ils ne songèrent pas même à se defendie Ils eurent trois cents hommes tués sur la place; les autrrs cherchèrent leur snlul dans la fuite, et abandonnèrent tout leur bagage. « Us laissèrent, dit le Journal de Pa is de ce « temps-là, leurs canons cl leurs viandes toutes prêtes à man- « ger, et grand foison de queues de vin dont on avoil si graud « disetle à I\ ris. »
Charles VII fut reconnaissant du zele que les habitants de Lagny avait montré pour son • ei vice : Il loua publiquement leur grande et vertueuse résistance.
Toutes ces guerres détruisirent le commerce considérable de Lagny, ruinèrent l'abbaye; et, ce qui devait être pour des moines bien préférable aux biens de ce monde, l'ordre, la paix et les bonnes moeurs furent en même temps bannis de ce monastère. Philippe Carpen, abbé de Lagny, s'occupa à recueillir les titres dispersés et échappés à la fur.eur des guerres. François de Germon t; cardinal et abbé de Lagny, forma un cartulaire de ce* litres rassemblés, répara les bâtiments, et fit mieux encore : en verlu de deux arrêts du parlement, des années 1509 et 1514, il introduisit la réforme dans l'abbaye, y rétablit la régularité et la paix, qui, par malheur, ne Jetèrent pas des racines bien profondes.
Après la mort de ce sage réformateur, la discorde s'empara du monastère de Lagny. y sema la division enlre l'abbé cl les moine*; et le temple de la' chicane, pendant plusieurs années, retentit des intérêts et des dissensions de ces bons religieux, qui cependant avaient fait >reux de docilité et de désintéresse-
HISTOIRE DES ENVIRONS DE PARIS
ment. Les habitants de Lagny prirent chaudement parti dans cette querelle. François 1" essaya de calmer les séditieux ; mais ils se révoltèrent contre les ordres de ce roi.
L'abbé de Lagny, alors nommé Jacques brouillard, obtint du roi la permission de faire marcher des troupes contre les hnbitants et les moines révoltés. Le capitaine de Lorges, qui se trouvait dans les environs avec quelques troupes, assisté du capitaine Montrevraiu, fut charsé do» soumettre les rebelles. Au mois de novembre 16-44, il commença le siège de Lagny. Jacques de Montgommery, seigneur de Lorges, en Orléannais, était un des. vaillants hommes de son temps; il est le même de Lorges qui blessa François I" d'un coup de tison à la tiMe, en s'amuMDt h défendre, à Romorautin, le logis du comte de Snint-Pol, que ce roi, avec d'autres courtisans, assiégeait u coups de pelotes de neige. Cette blessure obligea François I" à se couper les cheveux, et le détermina à laisser croître sa barbe : cette modo alors s'introduisit en France.
Ce Jacques do Lorges fut le père de Gabriel, comte de Montgommery, célèbre par sa valeur et par le malheur qu'il eut de donner la mort au roi Henri 11, dans le tournois de la rue Saint- Antoine. Victime de l'injuste vengeance de Catherine de Médias, Il fut condamne u périr sur l'echafaud. Ayant entendu son arrêt de mort qui déclarait ses enfants roturiers, il dit : S'ils n'ont la ttrtu det nobltt ;>»ur $'en rtlettr, jt content à leur fittritturt-
Le peuple se défendit vivement, et poussa la fureur jusqu'à insulter au capitaine de Lorges, en jetant, du haut des murs, des sacs pleins d'orge pour lui et sa troupe. Ce capitaine indigné pressa ses attaques, donna assaut sur assaut, et parvint eniin dans la ville, bien résolu d'user pleinement de son droit de vainqueur. Ainsi, tous les hommes en état de porter les armes furent massacrés, toutes les femmes furent en proie à la brutalité des soldats.
Pendant que le capitaine de Lorges, avec sa troupe, égorgeait les pères et les maris, violait les épouses et les filles, le capitaine Montrevraiu signalait sa fureur sur d'autres objets : il entra dans l'abbaye, pilla I église, s'empara de plus de quarante chasses, et fit briller, dans la place publique, les reliques qu'elles contenaient.
De tant d excès, de violences et de meurtres, voici ce qui résulta : Montrevrain fut arrêté par ordre du roi, et décapité en place de Grève ; sa tète, portée à l<agny , fut longtemps cxposie dans' la place publique.
De Lorges, plus puissant, fut poursuit i; mais le roi le lira de* cette mauvaise affaire, en donnant des Ictttes-pntcntes qui défendaient aux habitants de Lagny de faire aucune poursuite contre ce capitaine.
L'abbé de Lagny eut ses retenus saisis, pour être employés aux réparations des dommages fait*, en cette occasiou, a l'église de Taliban-.
Lagny fut di peuplé d'hommes. Les femmes, fécondées parles caresses brutales des soldats, produisirent bientôt une nouvelle génération qui repeupla la ville.
Les habitants de Lagny, auxquels dans la suite on reprocha souvent leur origine illégitime, ne peuvent encore oujourd hui souffrir qu'on la leur rappelle. Ils en t nu t., alors en fureur, et prouvent leur excessive sensibilité au reproche d'un événement dont ils furent les malheureuses victimes, reproches que leurs pères et eux n'ont jamais mérité.
Celui qui, pour faire allusion au capitaine de Lorges, demanderait, a l-agny, combien vaut l'orge, serait très-mal accueilli par les habitants. Ils étaient autrefois dans l'usage de se précipiter sur le questionneur indiscret, en criant : l'orgt, l'orge; de le traîner à In fontaine qui est au milieu de la ville, de lui foire faire plusieurs fois le loue du bassin, et puis de le tremper suffisamment daos l'eau.
Si c'était une lemme qui fit la question, on la traînait de même à In fontaine ; on lui faisait faire sept fois le tour du bassin; on In plaçait sur le lvord ; on lui penchait le corps du côté de l'eau ; et, dans cette attitude, on versait abondamment, sur son dos et sur sa tète, plusieurs seaux d'eau:
Le peuple, qui se croyait insulté, livré tout entier à sa passion, présidait ordinairement à cette cérémonie, n'observait aucun ménagement, et ne connaissait aucune borne. Aussi 1a tradition du pays conserve-t-elle la mémoire de plusieurs événements graves. On parle surtout d'un abhé, dont l'immersion
dans la fontaine de Lagny causa lu mort. Pour donner une idée de la fureur qui s'emparait des gens de l agny, après la question : combien mut l'orgt? nous citerons les deux aventures suivantes, dont la vérité ne doit point être contestée.
En nr.fi, la nièce d'un curé des environs vint à Lagny, et. à l'instigation de quelqu'un* demanda combien valait l'orge. Aus sitôt le peuple s'empare d'elle, et la traîne vers la fatale fontaine. En passant devant ^petite église de Saiut-Paul, elle aperçoit et reconnaît, pour un ami de son oncle, le curé de cette paroisse. Elle s'élance sur lui, le serre étroitement. Le curé» attendri par les larmes de cette jeune fille, l'entraîne, malgré le peuple, avec lui dans l'église du couvejit, et en ferme prompte ment la pUrte. Cette malheureuse alors lui avoue qu'elle est dans un temps critique, et que cette immersion pourrait lui causer la mort. Le curé revint à la porte haranguer les mutins, U ur déclare l'état de cette fille et le danger qu'il y aurait de la plonger dans l'eau. Mais, loin de les désarmer, cette raison oc fit qu'accroître leur fureur. I,a fermefftation était g/nnde- L? curé, craignant quelques profanations de la part des Turieui. renferma celte fille dans la sacristie, dont les ft-nélres donnaient dans la cour de l'abbaye ; plusieurs religieux firent détacher un panneau des vitraux ; on plaça à l'ouverture deux échelles, une en dedans, l'autre en dehors; par ce moyen, la tremblante nlece s'évada ; et, traversant l'enclos de l'abbaye, se réfugia thr/ une dame de Saint-Denis-du-Port, faubourg de Lagny.
- La seconde aventure est racontée par celui même qui en a été le héros, M. Borel de Sugny. a Pas«aut très-jeune encore, dit-il, « a Lagny, en octobre 177*9, je demandai, par gailé, combien a valait l'orge, sans connaître la conséquence de cette espiègle- « rie. Je fus aussitôt assailli par plusieurs femmes qui sautèrent « à la bride de mon cheval ; je fus obligé de me sauver au ga- » lop à travers les rues de la ville. Les cris de l'orgt, l'orgt, « l'orgt, me devançant dans ma course, excitèrent quelques
• ouvriers à me jeter, de leurs boutiques, des chaises, des •< balais, enfin tout ce qu'ils trouvèrent sous leurs mains pour « m'nrrëter, ou pour me faire abat Ire de mon cheval. Un meu- « nier se jeta sur moi et me désarçonna si vivemenl, que je a n'eus que le temps d'abandonner mon cheval , et de me sau-
• ver dans l'auberge de l'Ours, qui se trouvait près de moi. « J'y fus poursuivi de très-près par des bateliers, des meuniera et des portefaix qui forcèeent la porte de la chambre où je « m'étais réfugié, me désarmèrent de mon couteau de chasse, « et me saisirent au collet.
« L'aubergiste; le sieur Turpin, étant venu a mon secoun, « je me sauvai, par une porte de communication, dans une « maison voisine où l'on me donna quelques verres d'eau, a Comme c'était aux approches de la nuit, au moment que te* « ouvriers revenaient de la vendange, la population se trouva « plus nombreuse, et força les portes de l'auberge; les caves, « les greniers, les lits, les armoires et les cheminées : tout fut « visité. Plusieurs d'entre eux pénétrèrent dans la maison voi- « sine; la chambre seule où j'étais fut oubliée. J'examinai, a
• travers le vitrage de la fenêtre, ce qui se passait dans la nie; a je ne crois pas exagérer en déclarant qu'il y avait plus d> « quinxe cents personnes, tant d'hommes que de femmes, le » voyais plusieurs citoyens de la ville (de ceux qu'on appelle « comme il faut 1 ) les exciter; deux envalicrs de maréchaussée « étnient même dans la foule. Mais, la nuit lesayant obligés de a se disperser, il resta dans l'auberge une trentaine de porte- « faix qui y passèrent la nuit. Plusieurs d'entre eux montèrent
1 Ltt reateigncmeaUqoo je *ui» allé prendre exprès tur Ici lien» cl aui cntiratit, l<i différentes lellrei que l'on m'a écrites a rr tujcl, m'ont prou" que M. HorrJ de Sugny n eu^rr pâlot; que lei bourgeois ou gens comme il faut de l.agny, loin d'apaiser In - ru >••!« de ceUe espère, étaient Irt premier» il lr« eiciter. Il» «ni molnt de force que Ici porte- tact qui te distinguaient liejours dans cei etérutions, et d'obi pat plut de raitoo qu'eut; lit auraient U être persuade! que la punition érlalmte d'une pareille oie me e»t plu» capable île provoquer îles étourdit i taire la quetlion qu'a » en abtlcnir ; que relie punition, ou la condamnation pécuniaire qu'on ) substitua, rappelai! et perpétua t le soutenir de l'origine honteuse Jet habitants; que leur InditVrenre ou leur méprit pour la queillon prétendue injurieuse aurait opéré plut efOracemeni qu'une teulenre de police. Lei magistral* de Lagny feraient mleui, s'il» pootolecl convaincre le peuple de la séritc de celle icntenre philosophique :
On ne se rliol.it point un pire; Par un reproche populaire La uc> usai point ahaiiu, «le.
HISTOIRE I»FS ENVIRONS DE PARIS
« la garde, munit do couvertures pour te garantir iiu froid, et i te relevaient régulièrement d'heurt' en heure. Le sieur Ja- « mard, fils de la dame chez laquelle je m'étois réfugié, se disant . a excité par le prieur de l'abbaye, vint annoncer à sa mère ■ qu'il allait me faire prendre chez lui L'ayant entendu, je lui « représentai l'infamie de ion action. Il me demanda mon nom i « que je ne voulus pas lui décliner ; et il sortit sans me ré- [ c pondre pour demander de nouveaux conseils.
• Je profitai de son absence pOur me réfugier dans une autie a maison de ma connaissance; j'y fus bien accueilli; mais j'y i « passai une nuit cruelle, entendant à chaque instant le tumulte n que faisaient les sentinelles en se relevant, Le lendemain, il « se forma, à diverses reprises, des allroupemcnU dont je fus « tellement alarmé, que j'envoyai chercher un négociant qui u me prêta dis habits pour me déguiser; par ce moyen, je
sortis de ma retraite, et me retirai, à pied, à Créey.
J atteste que les habitants qui composaient l'attroupement, » et ceux qui les excitaient, se sont comportés avec une fureur
et une inhumanité incroyables : les injures et les impréca- « lions les plus alïrcuscs n'étaient point épargnées pendant •licrcle ».
« Mon retour ici (n Beau vais) a été suivi d'une maladie grave, « qui n'a eu d'autre cause que le saisissement que m'a causé
« cette aventure Je n'ai jamais osé retourner à Lngny, ce
u qni m'a prive d'y continuer la branche de commerce que J'y « faisais. .... s
Le ministère public a dû plus d'une fois s'opposer à ces désordres; ; mais l'usage a toujours prévalu. En 1 730, une sentence de police faisait défense à toute personne de demander combien valait l'orge, à peine de trente livres d'amende ; ri Ml habitants de Logny, d'user de toute violence et voie de fait, pour tremper dans la fontaine les passants qui auraient demandé combien valait l'orge, sous peine de pareille amende. Mais cette sage sentence ne fut guère respectée, puisqu'il est armédepuis plusieurs contraventions notables, et qu'on a été obligé de la ri>nou>cler le 37 juin 1783, et de la faire homologuer au parlement, le 4 juin 1786. Il faut dire, toutefois, que ces scènes de désordre ne se sont point renouvelées depuis la Révolution, et que cet usage barbare peut être regardé comme tombé en désuétude.
La fontaine qui servait à la vengeance de l'insulte prétendue est située au milieu de la place, devant l'église do l'ancienne abbaye. On croit que saint Furcy en fit miraculeusement jaillir les eâux abondantes. Sur la pile qui s'élevait au centre du I principal bassin, étaient gravés ces vers latins qui attestent la sensibilité des habitants, et leur manière de se venger d'une plaisanterie souvent innocente :
SiMgradum, iïaii, nte amirai dtttrt udti •
Tu Mut autpiciit qua mtiuenda libi?
Vindiet U, mit eivis eonvicia lingu» :
Si quii enim nvgax, unda liltre doetl.
Eu voici la traduction.:
« Arrétc-toi, Noyade, n'abandonne pas un lieu où tu es « chérie : qu'as-tu à craindre sous les auspices de l'amitié? " Cïsl toi qui nous venges des injures adressées aux habitants; « et si que'que mauvais plaisant se présente, ton onde lui o apprend à se taire. •
Depuis, des réparations ont été faites à cette fontaine, dont on a sagement fait disparaître l'inscription. *
Dans l'église de Saint- Furty, qui est de l'ancienne abbaye, on vovall le tombeau de Thibaut 11, comte de Champagne, bienfaiteur de cette abbaye ; mais le vase sépulcral qui contenait son corps n'axait certainement pas été fait pour lui. La forme de ce tombeau appartenait au vm* siècle et non au xu*.
Laeny est heureusement situé; son sol est fertile; il s'y fait un commerce considérable de toute espèce de grains.