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le Miut de Charenton avait été rebâti plusieurs fois II le fui encore en 1714 tel qu'il est aujourd'hui. Il est assis sur dix arche-, tant grandes que petites, et construit en pierre, à l'exception des quatre arcades du milieu qui sont en bois. On y fit quoi • ques réparations en 1812. Au mois de février 181 4, quand déjà l'ennemi inondait les plaines de la Champagne et menaçait d'arriver bientôt aux portes de la capitale, on fortifia les approches de ce pont, et on établit aux deux extrémités des palissades à l'instar de celles que l'on construisait aux barrières de Paris. Au moment où les armées alliées, malgré les brillantes journées de Champ-Aubert, Montinlrail et Monlereau, si glorieuses pour les armées fram aises, se débordaient, comme un torrent, autour de Paris, la défense du pont de Charenton fut confiée aux élèves de l'Ecole vétérinaire d'Alfort, qui avaient sollicité et obtenu du gouvernement l'honneur de se battre pour la patrie ; mais ces jeunes Français s'étaient flattés en vain de l'espoir do conserver le poste qui leur avait été confié : le 30 mars, accablés par le nombre de ceux qui les attaquaient, ils furent obligés de céder à la force. Charenton fut pris , cl l'ennemi se répandit sur la rive droite de la Seine.
Le lendemain, les troupes wurtembcrgeoiscsclle corps autrichien du comte de Giulay y établirent leurs bivouacs et campèrent à Charenton.
CHAKSHTON-S&tnT-lf AURICE.
Ce qui rend surtout ce village célèbre dans l'histoire, c'est le temple des protestants. Ils en avaient un au village d'Ablon, trop loin de Paris. Henri IV leur permit, par lettres-patentes de 1606, d'en construire un nouveau à Charenton, et de s'y assembler pour les actes et cérémonies de leur religion.
Cette permission excita des oppositions puissantes et des émeutes de la part des catholiques, qui mirent le feu à l'édifice. Deux ans après, en 1623, il fui rétabli aux frais des protestants. Jacques de Brosses, célèbre architecte, en fournit les dessins, dont la magnificence répondit au zèle des religionnaircs et aux talents de l'artiste. Voici un extrait de la description qu'en fait le Mercure galant du mois de février 1686 : . Le a plan était dans un carré long, percé de trois portes ; savoir, « une à chaque bout, et au milieu d'une des grandes faces. Il « était éclairé par quatre-vingt-unc croisées, en trois étages, c l'une dessous l'autre, élevées de vingt-sept pieds, jusqu à « l'entablement. Il avait de longueur cent quatre pi> ds dans n œuvre, et soixante-six pieds de large, aussi dans œuvre. Il y « avait une grande nef, au plafond de laquelle étaient les tables « du Vieux et du Nouveau Testament, écrites en lettres d'or, a sur un fond bleu... Au pourtour de la nef étaient vingt coin lonnes d'ordre dorique de vingt-un pieds de haut, et qui for- « maient trois étages de galeries... »
Les protestants tinrent dans ce temple leurs synodes nationaux de 1623, 1631 et 1644. Ils avaient auprès une bibliothèque, une Imprimerie particulière etdes boutiques de libraires, principalement pour les livres dogmatiques. Plusieurs ministres de Charenton se rendirent illustres par leurs talents. Sur la fin du mois d'août 1685, quelques catholiques essayèrent, pmdunt la nuit, de mettre le feu à ce temple; les protestants portèrent leurs plaintes au parlement, il y eut ordre d'informer ; mais, Louis XIV ayant révoque, en ce même temps, l'édit de Nantes, on commenen à abattre le temple, le soir même du 22 octobre I6fij. jour ou cet édit fut vérifié au parlement. Au bout de cinq jours, il ne resta plus aucune trace de ce vaste et superbe édiliee. Cette destruction fut l'ouvrage du fanatisme. Les produits des nombreux matériaux qui en résultèrent Turent appliqués au profit de l'hôpital général de Paris.
Le cardinal de Noadles fit venir du lieu de Val d'Osne des religieuses bénédictines, qui s'établirent dans l'emplacement de ce temple ; elles y tirent bâtir la petite église qu'on y voit aujourd'hui, et qui fut achevée en 1 703.
En 1741, un Sébastien Leblanc fonda, à Ckarenton-Saint- Maurice, une maison tenue par les Frères de la Charité, et destinée à recevoir les malades, particulièrement ceux qui étaient attaqués de Mie. A l'époque de la Révolution, cette maison lut réunie à la direction générale des hôpitaux de Paris ; mais sa destination resta la même : le gouvernement s'est même empressé, dans ces derniers temps, de suppléer à ce qui y manquait. L'hôpital de Charenton a été considérablement augmente et doté convenablement. Plusieurs nouveaux bâtiments ont été
1ILSTOIHB «ES ENVIRONS DE PARIS
ajoutés aux anciens ; el maintenant, outre les malades de Charcnlon et des communes environnantes, on peut y recevoir ^lus de quatre cents insensés de 1 un et de l'autre sexe.
L'on n'admet à Charcnton que les fous dont on espère obtenir la liuciison ; lesau'rçs, ceux qui ne sont pas susceptibles de retour à la raison, sont renvoyés à Bicèlre.
Une nouvelle méthode de traitement fut employée dans cet hespice. M. de t'oulmicr, membre de la Lcgion-d'Honneur, directeur de rétablissement, imagina de faire usage de la musique et des exercices du théâtre pour la guérison des malades confiés à ses soins. Il donnait des bals et des concerts : la comédie se jouait dans un lieu où jadis on ne voyait que le spectacle hideux delà dégradation humaine. C'étaient les fous eux-mêmes qui, dans leurs moments lucides, remplissaient des rôles, et jouaient sur ce théâtre extraordinaire. Des fous étaient les spectateurs, quand la singularité de ces moyens curatifs n'y attirait pas des curieux pour remplir le parterre et les loges. M. de Coulmter a donc voulu, dans notre siècle, rendre a la musique son antique influence. On assure qu'il a quelquefois parfaitement réussi ; du moins on cite des cures qui en font foi, et ne laissent aucun doute à cet égard.
La situation mèmedelamalsonaida beaucoup M. de Coulmier dans son singulier genre de traitement : bâtie sur le penchant d'une colline, au bas de laquelle coule la Marne, elle offre de toute part une vue ravissante. L'air qu'on y respire est pur ; les bosquets y sont frais, et les promenades délicieuses, au milieu d'un enclos assez vaste pour permettre aux malades de se livrer au doux plaisir de la méditation. Ah ! si l'on peut recouvrer la raison, quand elle est égarée, c'est au sein de la campagne que l'on doit en nourrir l'espérance. La nature champêtre, en rendant au corps son énergie, peut seule donner à l'âme les moyens de repaendre sa force morale.
Bonaparte , ne voyant que l'effet de la démence dans les principes horribles et les actes épouvantables du marquis de Sade, monstre de luxure et de cruauté, qui prêchait et commettait des crimes inouïs, le fit renfermer, comme fou, dans la maison de Cbarenton, où, en 1813, il a paisiblement terminé son exécrable existence.
Le village de Charenton-Saint-Maurice est situé dans une position fort agréable. Il est bien bâti et renferme plusieurs maisons de campagne très-jolies, parmi lesquelles on remarque celle qu'on appelle encore aujourd'hui séjour du roi.
Gabricllc d'Eslrécs avait, à Charenton-Saint-Maurice , une habitation que lui lit bâtir son royal amant, Henri IV. Cette maison existe encore : c'est ce bâtiment en briques que l'on remarque à droite de la route, en entrant dans le village par Paris ; on l'appelle le Château. Gabriellc était riche en châteaux de cette espèce aux environs de Paris.
Au-delà du pont de Charcnton est situé le château d'Alton, consacré à l'utile établissement de l'école vétérinaire, dite Ecole royale d 'économie rurale.
Village traversé par la grande roule de Paris àTroycs, à trois quarts de lieue au sud-est deCharcnton, à deux lieues un quart au sud -est de Paris.
Ce village remonte à une très-haute antiquité, si l'on en croit la tradition populaire de Creteil ; et son nom latin de Vicut Chrittoilus est fameux dans les légendes. Saint Agoard, saint Agligert et une foule d'autres saints furent, selon Usard, martyn>és dans un bourg du territoire de Paris, nommé Vient Chrisloilus Dans le x* siècle, quelques auteurs, aussi crédules qu'ignorants, prétendirent que tous ces saints avaient versé leur sang pour la foi, pendant le premier siècle de Jésus-Christ, a Mais, dit « l'abbé Lcbcuf, aujourd'hui l'on juge à la seule prononciation o de leur nom, qui n'est ni grec, ni romain, ni gaulois, qu'il « fallait que ce fussent des étrangers qui, dans le cours du
• v* siècle, eussent ete mis à mort par les barbares, lorsqu'ils ■ firent leurs incursions dans les Cailles.... Tout le reste est
• inconnu. On sait seulement qu'en remontant la Marne, un « peu plus haut que Creteil, commence une Ile considérable, « appelée tle Barbirre, que des titres latins, du xiu* siècle,
• appellent insula Barbaria ; cette ile n'e-l arrorée du côte du u mitli que par la Vieille-Marne, dite aut renient Mort-Bras, « qui, étant l'amicn lit de In Marne, prouverait qu'elle aurait « Mit primitivement partie de la grande péninsule de Saint-
« Maur.On mit encore que vis-â-visdecelte Ile, de l'autre coté « ''c la Marne, il y a eu autrefois une chapelle, et une crypte " du nom de Saint-Félix, marquée dans d'anciennes cartes, « sous le nom de cave de Saint-Félix, et quelquefois, par alte-
« ration, cave de Saint- Philippe Si le terme de cive ne
« signifie point dans cet endroit une chapelle souterraine en
• forme de voûte, il peut signifier une prison, où l'on renfer- « matl les bêtes pour les spectacles. Ce saint Félix, martyr,
• était apparemment un des notables de la troupe de chrétiens « qui fut massacrée dans ce lieu, et dont étaient les deux saints « dont parle Usuard. »
La tradition veut que tous ces saints fussent nés à Créteil, qu'ils aient demeuré à la porte CaMotin, et qu'ils soient morts à la Croix Taboury.
Le premier monument authentique où II soit fait mention dt Creteil est de l'an 000. Cest une charte, par laquelle le roi Charles-le-Simple confirme des donations faites à une église <1« Saint-Christophe, el située dans le village de Chrùtoilum, sur le territoire de Paris.
En 080, la terre de Creteil passa, on ne sait comment, i li cathédrale de Paris, qui en eut la possession.
Les chanoines de* Paris étaient donc seigneurs du village At Creteil. Voici une anecdote qui prouve combien était borare l'autorité des rois, et puissante celle du clergé.
Le roi Louis VII, étant venu, à ('improviste, à Créteil, y prit son logement à l'entrée de la nuit. Etienne de Paris, écrivain contemporain, raconte de cette manière, et avec toute la n«î»ele de son temps, les suites de cet événement. « J'ai vu, dit-il. « que le roi Louis, qui vouloit arriver un certain jour à Pans, a étant surpris de la nuit, se relira dans un village des chav noines de la cathédrale, appelé Creteil, Chrittotlum. Il y « coucha, et les habitants fournirent la dépense. Dés le grand a matin, on le vint rapporter aux, chanoines; Ils en furent fort <t affligés, et se dirent les uns aux autres : c'en est fait de
• l'Église, les privilèges sont perdus ;',il faut, ou que le roi rende a la dépense , ou que l'office cesse dans notre église. Le roi
• vint à 1a cathrédrale, dès le même jour, suivant U a coutume où il étoit d'aller à la grande église , quelque temps « qu'il fit. Trouvant la porte fermée , il en demanda la « raison, disant que. si quelqu'un avoit offensé cette église, « il vouloit la dédommager. On lui répondit : vraiment, sire, a c'est vous-même qui , contre les coutumes et libertés sacrées « de celle sainte église, avez soupé hier à Creteil, non à *o> « frais, mais à ceux des hommes de cette église : c'est pour ctU u que l'office est cessé ici, et que la porte est fermée, .les eba- « noines étant résolus de plutôt souffrir toute sorte de tourmtais. « que de laisser de leur temps enfreindre leurs libertés. Ce roi u très-chrétien fut frappé de ces paroles. Ce qui est arrivé, ditv il, n'a point été fait de dessein prémédité. La nuit m'a retenu u en ce lieu ; et je n'ai pu arriver a Paris comme je me l'élo» « proposé. C'est sans force ni coutrainte que les geus de Créteil « ont fait de la dépense pour moi ; je suis fâché maintenant « d'avoir accepté leurs offres. Que l'évéque Thibaud vienne arec « le doyen Clément, que tous les chanoines approchent, et surn tout le chanoine quiest prévôt decc village; si Jesuis en tort, a je veux donner satisfaction ; si je n'y suis pas, je veux m'en « tenir à leur avis. Le roi resta en prières devaut la porte, en « attendant l'évéque el les chanoines. On fit l'ouverture dr> « portes ; il entra daus l'église, y donna pour caution dudédo:n- « magement la personne de l'évéque même. Le prélat remit en a gage, aux chanoines, ses deux chandeliers d'argent; et !c « roi, pour marquer, par un acte extérieur, qu'il vouloit smuu cèrementjpaycr la dépense qu'il avoit causée, mit, de sa prop-r ■ main, une baguette sur l'autel, laquelle baguette toutes les « parties convinrent de faire conserver soigneusement, paro « que l'on avait écrit dessus qu'elle était en mémoire de la con- « servation des libertés de l'église. »
On voit, par ce passage, que les prêtres, dans ces temps or superstitiouetde barbarie, insultaient avec impunité à la majesté du trône, pour des intérêts mondains ; tandis que les seigneurs, qui opprimaient les peuples, et s'armaient contre les rois, trouvaient eu eux des adulaieuis ou des complices.
En Lin, Du Belloy, arclicw'.|uc de Paris, échangea, avilies chanoines de son église, sa terre de Visious contre celle <!<: : Creteil Cttte dernière terre, deve i:c prnprii tuarchiepis -opa c. i reçut de grands et notables accroisr-cmenl» ci cnibellisseinfiit-.
HISTOIRE DES ENVIRONS DE PARIS
Les successeurs de Du Belloy y firent bâtir un superbe château qut, lors de la Révolution, était encore la maison de plaisance «les archevêques de Paris. Il appartint depuis au maréchal Serrurier. C'est sur le territoire de Crétcil, au hameau de Buis- « m que Charles VI avait fait bâtir une maison pour sa mali.vsse, qu'on appelait la petite reine. Sauvai, en parlant de cette petite reine, raconte que Charles VI, dans ses accès de fureur, luttait souvent la reine Isabeau de Bavière, son épouse. Pour éviter ses mauvais traitements, Isabeau introduisait, à sa place, dans le lit conjugal, la petite reine, qui, par sa douceur, son humeur en;ouée, et surtout sa fraîcheur et sa beauté, plaisait beaucoup au roi, et n'en était point battue. La reine, de son etoé, allait tenir compagnie h son beau-frère, le duc d'Orléans, qui, plus galant que Charles, ne s'amusait point à la battre. De celte manière et par cet échange, la paix subsistait dans la famille royale.
Le village de Sussy e»t situé à trois lieues et demie au sudest de Paris, sur la même montagne que Borssy-Saint-Léger, dont il n'est séparé que par le hameau du Piple. Cette situation procure aux deux villages une nrès-belle vue sur toutes les plaines d'alentour.
En 1 135, le roi Louis-lc-Cros exempta les habitants de Sussy de droit de corvée et de gîte.
Sous François I", en 1544, ils obtinrent la permission de clore leur village de murailles et de fossés, d'y construire des tours et des ponts-levis. Le même roi leur accorda, à peu près vers la même époque, l'établissement de deux foires.
On voit encore aujourd'hui à Sussy un vieux château, bâti en 1637, par Philippe de Coulanges, conseiller d'État et maître des comptes.
Bofssy-Sainl-Léger se nommait en latin Buriamu vient ; il est surnommé Saint -L'grr à cause de son patron. . Les cotraux de Boissy sont garnis de vignes: et l'on trouve que Clovis II, en l'an 650, ût don de ses vignes de Boi«.sv aux religieux de Saint-Maur.
Le village de Bonneuil. voisin des précédents, était, dés l'an 616, one terre royale, où les rois de France avaient une maison de plaisance. aT ,
Cette ville, située à six lieues cl nu sud-est de Paris, dans la Brie, était, suivant l'abbé Lebcuf, le Bradtia dont parle le poète Fortunat, dans la vie de saint Cermain de Paris. Cette opinion est vraisemblable; mais ce savant se trompe en confondant quelquefois Bric avec Braie-sur-Seine, deux noms qui, en latin, sont exprimés à peu près de même, et qui indiquent, l'un et l'autre, un sol bourbeux et aquatique. Quant au surnom de Comte- Robert , il résulte de ce que le roi Louis VII donna la terre de Brie à Robert, comte de Dreux, son frère. Ce fut son fils, également nommé comte Robert, qui construisit ce château et lui donna son nom.
La mère de ce dernier comte, Agnès, comtesse de Braine, est accusée d'être l'auteur d'un événement déplorable, qui, suivant le même auteur, eut Brie -Comte- Robert pour théâtre : en voici l'exposé succinct :
En mars 1 i»2, cette comtesse Agnès, pour une somme considérable que les juifs du lieu qu'elle habitait lui donnèrent, consentit à leur livrer un chrétien coupable , disaient-ils , de vol et d'homicide ; ils lui firent souffrir tous les tourments signalés dans la Passion de Jésus-Christ. Le roi Philippe-Auguste en fut informé; il part brusquement de Saint -Germainen-Lalc et arrive dans le lieu où ce crime venait de se commettre; là, sans procédure, sans s'assurer de la vérité de l'accusation, il fait arrêter tous les juifs qui s'y trouvent, et quatrevingts ou quatre-vingt-dix, par son ordre, périrent dans les flammes Une édition des chroniques de Saint-Denis ajoute que ta dame du château (Agnès), fut emprisonnée pendant le reste de sa vie. On peut douter du crime de ces juifs, délestés par les chrétiens; mais leur affreux supplice parait réel-, tous les écrivains du temps en attribuent l'honneur A Philippe-Auguste.
Le lieu de crt événement, quoi qu'en dise l'abbé Lebcuf, n'est point Brie-Comte-Robert, comme l'attestent les chroniqueur* et les annalistes du temps, mais Braie-sur-Seine, qu'ils nomment tous Braia. Le moine Albéric de Troisfontaine, en racontant le, fait, dit précisément qu'il se passa dans le château de
Brie- sur-Seine, apud cailrum quod Braiam tvptr Sequanam votant*.
L'erreur dans laquelle est tombé l'abbé Lcbeuf, en confondant Brie avec Brme, sur un événement qui s'est pa*séà h fin du xii* sièle, trouve son excuse dans les témoignages authentiques des siècles suivants, qui donnent indifféremment au lieu qui nous occupe la dénomination de Brie on de Braie, de Braia ou de Bria.
L'église paroissiale , sous le titre de Saint-Etienne, fut, au commencement du xin« siècle, fondée sans doute par le comte de Dreux, Robert II. En 1248, cette église était assez bien constituée pour prêter la somme de soixante- six livres à un homme d'armes, nommé Henri d'Allilly. Au xiv siècle et dans les siècles suivants, cette église était desservie par deux curés : l'un faisait son service a droite, et l'autre à gauche. On distinguait le curé à iextre du curé à teneetre.
L'Hôtel-Dieu de Brie Comte-Robert est presque aussi ancien que l'église paroissiale ; sa chapelle, sous le titre deSaint-Eloi, fut fondée par le même comte Robert de Dreux. H y eut aussi dans celte ville quelques autres fondations et une chapelle de Saint-Lazare, vulgairement nommée de Saint- Ladre, etc., tous établissements religieux, dont l'existence est principalement attestée par les querelles d'intérêts, et les procès qu'avaient entre eux les ecclésiastiques.
Le château de Bric-Comte-Robert, bâti i ta fin du xii* siède ou au commencement du xui', fut, comme tous les châteaux de cette époque, une cause de guerre et de calamités pour les . habitante du lieu et du voisinage. Les maisons de Dreux, de Bretagne, de France, d'Evreux, etc., le possédèrent successivement; mais ellrs ne dominèrent pas seules celle seigneurie ; elles la partagèrent avec quelques autres particuliers, et notamment avec l'évèquc de Paris, auquel les seigneurs de Brio- Comte-Robert devaient foi et hommage pour leur château.
Jeanne d'Kvreux, qui épousa, en 1326, le roi Charlt-s-le-Bcl, lui apporta en dot U terre de Brie-Comte-Robert, etc. Elle voulut en faire hommage à Guillaume de Cbanac, évéque de Paris; mais il lui répugnait de figurer en personne dans cette * cérémonie humiliante pour une reine : l'évéque exigeait qu'elle vint elle-même à la maison épiseopaie lui rendre ce devoir de vassalité. Une lutte assez vive se manifesta entre une reine et un évêque, entre les prérogatives de la couronne et les droits féodaux d'un seigneur ecclésiastique. L'évéque, après plusieurs refus, consentit enlin, en faisant des actes de protestation pour que sa déférence ne nuisit ni a lui, ni h ses droits, ni à ceux de ses successeurs, à recevoir cet hommage pir le ministèie de Jean de Solsy, chevalier, seigneur do Brunoy, fondé de pouvoir par celle reine*. Ce n'est pas le seul exemple de celte ténacité féodale qu'aient donné les évèques seigneurs temporel,'1.
Jeanne d'Evreux mourut au château de llric-Cointc-ltobrrt le 4 mars 1370. Ce fut aussi dans ce château que, le 2» janvier 1349, furent célébrées les noces entre le roi Philippe de-Valois et Blanche de Navarre. Philippe était âgé de cinquante-six ans, et Blanche, destinée d'abord au fils de ce roi, n'avait que dixhuit ans. Ce mariage disproportionné abrégea les jours du vieil époux royal qui mourut l'année suivante'.
Le séjour de plusieurs princes et princesses à Brie-Curate- Robert illustra sans doute celte ville, mais ne la préserva point des calamités qu'amenèrent les guerres civiles des xivelxv'siècles, temps féconds en dévastations, massacres, incendies et famines ; cette ville en souffrit beaucoup. Le 5 septembre 1 430, le sieur d'Estaforl, connétable de France pour le roi d'Angleterre, partit de Paris, et vint assiéger Brie-Comle-Hoberl ; le deuxième jour du siège, celle place fut prise d'assaut. Le château résista encore quelque temps ; mais les sieurs Jacques de Milly et Jean de la Haye qui le défendaient, quoique, suivant la chronique de Monstrelet. la place fûl très -forte, sévirent forcés de la rendre. Ils furent faits prisonniers par les Anglais, et ne leur échappèreut, dans ta suite, qu'en payant une rançon considérable \
■ Athtrit, TrinmftmtiHm me—Ai cknmi*. fteemkl 4ef hlMoriMi 4* Frsnro, ton* mu, page 7SS.
• Lebeut, UMairt dm ditita dt Parie, lame XI», p*J* 4 OS.
1 Auerioitt dat raiatt «( rtat*ti$ dt Frtnct, Unie <■«, ?•(. SOI .
* Journal it Parti, «m» It régue de Ourle» VI cl Ourle* VII, p*(d «S.— rSrtmiatttt dt Montlrrttt, toi. il, ftftt «S, M
HISTOIRE DES ENVIRONS DE PARIS
1-cs Anglais chargèrent un capitaine nommé Fcrricres, de la garde de cette place cl de celle de Corbcil. En 1434, le duc de Bourbon, désirant obtenir ces deux places, entreprit de corrompre ce capitaine, et y réussit : il lui fallut, pour les conquérir, non du fer, mais de l'argent.
Pendant la guerre civile, nommée la Pragueri», le dauphin, les princes et seigneurs révoltés contre le roi Charles VII, s'emparèrent de Brie-Comte-Robert Ce roi. en 1440, étant en Auvergne , ordonna que cette place et plusieurs autres fussent reprises en son nom : ce qui fut exécuté'.
Un grand nombre d'habitants de cette ville, au xvi« siècle, embrassèrent les opinions religieuses du protestantisme; c'est pourquoi, en 1662, Brie-Comte- Robert fut par ordonnance du roi. placé au rang des lieux où l'exercice de celte religion nouvelle était permis; cette permission fut rétine en 1504.
Ce fut à Brio-Comte-Robert que, le 26 février l SOS, l'évéque de Troyes, Antoine Carraccioli, prince de Melphe, écrivit aux ministres et pasteurs de 1 église d'Orléans pour Us éclairer sur sa conduite, et les assurer de son adhésion aux principes de la réformation religieuse \ Il séjournait dans ce château, parce qu'une de ses parentes, épouse du duc d'Atry, en avait la Jouissance.
Brie-Comte-Robert fut assiégé du temps de la guerre civile de la Fronde. Les troupes prirent d'assaut cette ville, et, le 24 février 16 49, entrèrent par la brèche, c'est-à-dire qu'il s'y commit des massacres et des pillages.
François l,rqul, en 1552, était rentré en possession de la terre de' Brie-Comte-Robert, en donna la jouissance temporaire, en 1547, au duc d'Atry, qui logea dans lechàtenu plusieurs familles italiennes qu'il avait attirées en France. Après la mort de ce duc, ces familles continuèrent a demeurer dans ce château malgré plusieurs injonctions pour en sortir. Il fallut que le capitaine du château et l'officier de la justice présentassent requête au parlement pour les obliger à déguerpir. Ces Italiens, pendant U-ur séjour dans le château , avaient laissé dégrader la , charpente et les planchers. En 1667, le parlement ordonna qu'il y serait fait des réparations, et, en 1608, qu'il serait informe contre les auteurs de ces dégâts.
Le château, situé à une extrémité de la ville, du côté de Paris, se compose d'une enceinte dont le plan est carré, et dont les angles sont flanqués de tours rondes. Outre ces quatre tours, on en voit trois outres, dont chacune est placée au milieu de trois côtés du carré. Celle qu'on nomme spécialement la Tour de Brie, est carrée, située sur le côte qui regarde le nord, bien conservée et haute d'environ cent pieds; elle sert de fortification à une porte à laquelle on arrivait en passant sur un pont-levis placé sur un large fossé enc ore rempli d'eau.
Au milieu de la face qui regarde le sud, est uue tour semblable à la précédente, servant pareillement d'entrée à la forteresse; mais cette tonr est en ruines.
Au milieu, du côté de l'ouest, est une tour ronde qui, comme celle des an trie», ne s'élève qu'à la hauteur du mur d'enceinte ou de la courtine. Le côté qui fait face à lest n'a point de tour; le mur y est bien conserve.
I.'intérieurdc l'enceinte présente une cour carrée dont chaque côté a cent trente-cinq pieds de dimension.
Au commencement de la Révolution, ce château servit de prison au baron de Bezenval ; et, lorsque courut le bruit de l'arrivée prochaine d'une troupe de brigands, bruit répandu sur tous les points de la France, les habitants de Brie cherchèrent des moyens de défense dans celte forteresse en ruines : ils firent construire une guérite d'observation sur la principale tour, et pincèrent des pièces d'artillerie dans la cour.
11 se fait à Bric-Comte- Robert un commerce de grains, de plumes à écrire, de draperies et de bonneterie. Il y a trois foires dans l'année et un marché le lundi de chaque scm.iine. La grande route de Pniis à Troyes vivifie cette ville. En 1726, on comptait a Brie-Comte- Robert 1,844 habitants; aujourd'hui leur nombre est évalué à 2,687.
« Hùtnrt <U C*<tr/t« VII, par Denis Codefro,, p. S«< ci II t « Mimoiru de C«a*V, «. ■ p. ISS ; t. t, p a», ISS.