‹ Histoire physique, civile et morale des environs de ParisChapitre 72 sur 144 · PROVINS · texte numérisé non relu

PROVINS

Ville située sur les petites rivières de la Vouric et du Durtain, à douze lieues de Melun et à vingt-trois de Paris.

Des hommes, dans le dessein d'illustrer cette ville, et d'en faire remonter l'origine bien avant dans le passé, se sont donné des peines qu'ils se seraient épargnées s'ils avaient bien connu l'état de lu Gaule et de ses lieux d'habitation, avant et pendant l'expédition de César ; mais en s'attacha ut à un seul point et en négl'geant l'ensemble, on risque beaucoup de s'égarer. On a prétendu que Provins avait pour fondateur Jules-César; que ce lieu était I Agtndicum des commentaires de ce conquérant ; et cette origine n'est foudre que sur ce que, à la tin du xin« siècle, il existait, dit-on, sur une cloche les rimes suivantes :

* Je suis faite

Pour la guette, Et sonner la retrait* De Gtntico.

On a conclu que Gtntico annonçait que Provins était l'antique Agendicvm ; et, d après ce faible témoignage contredit par tant d'autres bien plus respectables, on n'a pas craint d'attribuer à Jules-César des constructions du xiv' siècle, dont les voûtes et arceaux sont en ogives '.

Sans entrer dans ces débats oiseux, voici ce qu'il convient de déclarer : Provins ne fut point Agindieum ou plutôt Agtdineum, une des principales forteresses de la nation des Seiwnw, qui, comme tous les chefs-lieux, dans la suite, prit le nom de cette nation, et fut nommé Sem.

Jules-César détruisit et pilla beaucoup dans les Gaules, ne construisit rien, et par conséquent ne fut point le fondateur de Provins. Cependant ce lieu a pu exister comme forteresse pendant la période romaine; mais on n'a aucune preuve de cette antique existence.

Celle ville n'est mentionnée dans aucun monument historique appartenant aux temps romains, pas même dans les itinéraires. Elle ne figure qu'un peu tard dans l'histoire de France : on la trouve mentionnée pour la première fois, en l'an 802, dans un capitulaire deCharleroagne ; cet empereur envoie des commissaires ou mtiit (fominiri, nommés Fardulfusct Etienne, dans les pays Parisien, Mulcien, de Provins, Provinenri, de Meluo, d'Estampes, etc., poury réformer les abus.

Dans un capitulaire de Charles-lc-Cbauve, de l'an 853, on voit que d'autres commissnircs sont envoyés dans différents pays, et notamment à Provins, nommé Proviniso.

Il existait certainement un chatt au à Prov ins, et une fabrique de monnaie sous la seconde race, puisqu'on voit encore des monnaies frappées à Provins (Provino), sous le règne de Clinr- Icma^iie : Adrien de Valois dit en avoir vu plusieurs; mais cette prérogative ne fut pas de longue durée, car Charlcmagne, pour arrêter les entreprises des faux- mon nayeurs . défendit, en l'an 805, la fabrication des monnaies, en tous lieux autres que son palais1. Charlcs-le-Chauve , en l'an 86 t. renouvela la même défense; cependant, il permit cette fabrication dans quelques villes qu'il nomme; Provins n'est point du nombre J.

Provins qui figure, pour la première fois, sous les Carlovingien», est constamment désigné par les noms jxigus Provintnti, /•rorinMO./'i'oeino. jamaisil n'eit nommé Agendicum. Ainsi, que de travaux inutiles dans le but d'obteuir, pour cette ville, la vainc gloire d'une haute antiquité!

II parait que, dès la seconde race, la colline qui domine la ville basse de Provins était munie d'un château fort. Au commencement de la troisième race, un nommé I.andric, fils de Bodon, comte de Nevers, occupait ce château. Ce Landric, sui-

1 M. Opoli, Protinois respectable par son âge cl se* quatllè* péronnelles a soutenu que Pro* las était l'antique ijemiiVnm .- et le secrétaire perpétuel 4e la Soriele libre de eetle tille s'en montre d'une opinion eomralre. Ton» le» déni ont publie des volâmes pour prouver leurs opinion*. II e»l fieaeiiv que H. le teerelaire, dans son oiursfe, *e soit lè«re, coolie son jul-erone. s personnalités grossière., a de piloj.ble» je.u de mou. ««and on teui faire le pljitaiil, il f«ul l elre a prop» et .née «oût. J aimerai» besuroup n.ieut m fintrompe ronktne l'i laii ». Op.ii, que da»o.r raison s la manière de II !« seerelalie perpe'nel.

s Capitulari» Btluiii, tonte i. page aST.

>/«•-, ton» h, »a|e 17t.

HISTOIRE DKS ENVIRONS DE PARIS

vaut les gestts dis comtes d'Angers, était un homme inique et i plein île méchancetés. Il fut en guerre contre tous ses"voisins et contre le roi Robert. Dans une pièce satirique du temps, ses «Titres e« ses galanteries sont révélés. On lui reproche ses intrigues avee Us reines Bcrtc et Constance, et les auront* qu'il fît a Robert, lils du roi de ce nom. On ajoute qu'il avait tort de se croire en sûreté dans les murs de Provins, parce que les dépenses de sa table déplaisaient fort aux habitants de ce lieu, qui, sans doute, en faisaient les frais1. Bertc séparée, par le i pape, de son mari le roi Robert, avait promis de donner Provins à Landric, s'il parvenait à la ramener dans la couche royale; il y réussit, mais Berte ne tint point ta promesse; et ! Landric ne put garder Provins.

Il existait a Provins une éulisc dédiée à saint Ayeul (A>jgulfili), vulgairement nommé saint Ayoul, abbéde l.erins. Le service divin s'v faisait avec négligence, lorsqu'en l'an 10 18, Thibaud III, comtede Troyes, de Chartres et de Rlols, entreprit •l'y fonder un mon astère ; il y transféra, des moines de l'abbaye de Saint-Pierre, de la Celle a Troyes et soumit à cette abbaye son nouvel établissement. En la même année, un concile, tenu à Sens, confirma la fondation du monastère de Saint-Ayeul de Provins.

Cette ville se gloriliait d'un autre établissement ecclésiastique : la collégiale de Saint- Quiriare. saint peu connu, el, dil-on, évèquc de Jérusalem. Elle l'ut fondée dans les commencements du xi' siècle, par les premiers comtes de Champagne et de Jirie. sur les débris d'une église plus ancienne, dont on ignore le nom, laquelle avait, dit-on, été bâtie sur les ruines d'un ancien temple d'Isis. Provins, comme Mclun et Paris, voulait avoir son temple d'Isis. Un ehesali, r apporta de Jérusalem le chef de saint Quiriace, et en tit présent à la collégiale de Provins, dont l'église fut, en 1160, bâtie en pierres par Thibaut-le-Libéral. En ir>62, la charpente de cette église, et son ilôme couvert en plomb devinrent, par la négligence d'un ouvrier, la proie des flammes. On repara la toiture ; mais celle du •iome, reconstruite peu solidement, fut reconstruite une secoude fois et recouverte en ardoises, telle qu'on la voit aujourd'hui V

Rainier, abbé des prémontrés, en lt6t, tomba malade à Provins ; le eointo Thibaut le visita pendant sa maladie. L'abbé, voyant sa fin approcher, voulut être enterré dans l'hôpital d:s pauvres. Peu de temps après, Cfl hôpital !ut donné aux jmmontrés et érige en abbaye sous H titre de Saint Jacques, et fondé, en tue, par Thibaud, comte de Champagne.

Cette institution religieuse fut accompagnée de troubles et de violences. Perinne ne se plaignit de ce que le patrimoine des pauvres passait en des mains ecclésiastiques : on ne s'occupait pas de ces choses-là. Alors existait, entre les chanoines de Saint-Quiriaee, une division violente ; les un», chanoines réguliers, les autres, irréguliers, s'occupaient de leurs querelles et négligeaient le service divin. I.es réguliers se livrèrent à des actes violents. Le comte de Champagne, pour rétablir la paix, ordonna, avec le consentement de plusieurs évèqucs, que ces réguliers turbulents abandonneraient aux antres chanoines l'église de Saint-Ouiriace, et qu'ils seraient mis en possession de celle de Saint-Jaequet.

Cette abbaye devint en coramende; un des abbés commendataires, nommé Guillaume de La Chenave, en 1 563, permuta celle abbaye avec le prieuré de Saint-Lou'p, embrassa le luthéranisme, et fut condamné à mort et exécuté à Paris, pour avoir, «lisent les auteurs du Gallia chriitiana \ contrerait des lettres du grand sceau ».

Plusieurs autres établissements religieux furent, dans les xt, xii et xin' siècles, fondés à Provins. Je ferai mention, dans la suite, de ceux qui présenteront des faits dignes de remarque.

Pi ovins se glorifie d'avoir possédé dans ses murs plusieurs

> Reçue a dtt Uittorint de fronce, t»nw x, p. 91.

t Oi$Mn el detcri/ilion de Provint, pic X. Opoix, page H7.

■ Cnliia fliritliana, tome xu, col. ÎOS.

» Il par.il! eue le mime La Chnaja donl il e>l pari.- ,'ant I* journal de Pierre Brutlarl, tout la due du 13 juilln 1549. , La thenaie, dil-il, un du 1

plu» grandi factieux dn IlugoenoK, cul la tCir icjih li f i-vanl i'Hdlrl -dp.VîUv i

Il availtlr conseiller dVaiim f l dp la grand- chambre, pin» »,.,„), trt

beaer.ee> HaViail MrM •»« mademoiselle de Saini-Pre, au baillias* de CUaJtlti, <|ucii|f|-.l fut «.u«-dia, re. »,„„„„ d, CmM, tome i. pje,. *Ôj .

chapitres de chanoines, plusieurs monastères des deux sexes; mais ee qui amena ces établissements et donna quelque importance à cette \ille, ce furent son site avantageux, son château, et les fréquents séjours qu'y faisan ut les comtes de Ch; mpagne et de Rric, princes souverains, dont la cour rivalisait avee celle du roi. Ces séjours, attestés par les monuments historiques, attirèrent plusieurs familles a Provins et accrurent sa population.

Dans ee château, très— fortifié pour le temps, on séjournait avec sécurité ; aussi Henri, archevêque de Sens, mande-l-il, en i iït, à Etienne, évèquc de Paris, de se rendre a Provins pour quelques affaires. Afin de l'y déterminer, Il ajoute que ce lieu est sûr, quia lonit lutm rtt 1 : ce qui était alors assez lare.

On voit que Thibaud, fils d'Arnoul et de Villa, parent du comte Eudes, naquit à Provins, et y fnt élevé; il fut mis au rang des saints aptes, avoir été chevalier. Thibaud, comte de Illois, lui fit élever, en 1080, une église sous son vocable, dont on ne voit aujourd'hui que les ruines*. Plusieurs autres familles considérables vinrent habiter la ville de Provins.

Persécuté â l'abbaye de Saint-Denis, parce qu'il soutenait que le patron de cette abbaye n'était pas l'aréopauile, comme l'avait imaginé l'abbé Hilduin; menacé de la colère du roi pour celte opinion , le fameux Abelard abandonna cette abbaye, el se réfugia, en 1152, au château de Provins, auprès du prieur de Saint-Ayeul, son nmi, qui le reçut avec plaisir. Il y vivait paisiblement , lorsqu'il apprit que l'abbé de Saint- Denis, Suger, venait pour des affaires visiter le comle à Provins. Aussitôt Abelard, accompagné du prieur de Saint-Ayeul, se rendit auprès du comte de Champagne, Thibaud, le pnaut d'intercéder auprès de l'abbé Suger son absolution et la permission de vivre monnstiquement dans un lieu qui lui serait convenable. L'abbé Suger s'éleva fortement contre cette demande ; Abélard fut forcé de sortir de Provins, et de se retirer dans une solitude aux environs de Troyes, où il se construisit, en jonc el on paille, un oratoire sous l'invocation de la Sainte Trinité, et ou ses écoliers vinrent le joindre et partagèrent avec courage son malheureux sort.

Les fréquents séjours des comtes de Champagne à Provins contribuèrent sans doute à la prospérité de cette ville; mais ee qui assura cette prospérité, fort rare dans les villes de cette époque féodale, ce ne furent ni leshommesde la noblesse, ni ceux des monastères et des collégiales, mais les hommes du commerce et de l'industrie Les foires, les manufactures y produisirent l'aisance et l'activité, et donnèrent, dans ces temps barbares, de la célébrité a Provins et sur plusieurs autres villes une supériorité qu'elle n'a pu conserver. Les foires de Provins attiraient des marchands de toutes les parties de la France, et même de quelques pays étrangers. La foire de mai durait six semaines; celle de Saint-Ayeul commençait le te septembre et finissait â la fête de la Toussaint ; enfin, la foire de Saint-Martin durait depuis le jour de Saint-André, 30 novembre, jusqu'au ai décembre; ainsi, pendant plus de quatre mois, chaque année. Provins était vivifié par les mouvements du comm< rce. Les marchands étrangers avaient dans cette ville leurs halles désignées par les noms des villes ou provinces d'où ils venaient ; et quelques hôtels de Provins conservent encore ces noms. Ces foires enrichissaient les habitants et produisaient au. comle de Champagne un revenu considérable : car il levait dis impositions sur toutes les marchandises exposées et vendues.

Les marchands, outre les droits onéreux qu'ils pavaient au comte, étaient assujettis sur les roules à des avanies et à de nombreux péages, et, de plus, exposés à se voir entièrement dépouillés par des seigneurs accoutumés à détrousser les marchands sur les chemins; leurs prolits devaient ètive n i le r.bles, puisque, pour les obtenir, ils bravaient tant île dam • .

Les seigneurs de< env irons de Provins n'étaient p • rl tra:tables. Lambert, évèquc d'Arras, se rendant au concile <lc Clermout, séjourna avec toutsm clergé â Provins; il en \i ,i . ; le jour même de ec départ, malgré son cortège eecle i i li que, il fut assailli par un chevalier nommé Garnier, du château de Pont-sur-Vonne, qui enleva l'évéque cl ceux de sa suite, les

1 Rteutil dit Huloritnt dt Framte. tome xt, page SSÎ,

1 Li t ToilurifM, quand ils étaient parvenus a conduira uns accident leurs

l allures Jalqtl'i la bauirur de r église de Saint-Tbtbaud, faisaient présent a ■ . Ile rgfoa d'un fer de cheval ; cl ta venu de cri fer» accroissait les ic-enui

,| . . . ;i 0 bscnatit».

HISTOIRE DES ENVIRONS DE PARIS

conduisit dans son château et les y emprisonna, espérant en Tirer une forte rançon. Bientôt la nouvelle de cet enlèvement se répandit : Philippe, évêque de Troyes, frère du chevalier Gnrnier, se rendit auprès de lui, et lui fit de vifs reproches sur une telle violence. Le pape Urbain II écrivit à ce chevalier, le menaçant, s'il ne remettait en libellé l'évèque d'Arras et son cortège, de le frapper d'excommunication, lui et sa terre. Ce pnpe écrivit aussi à l'archevêque de Sens pour le même objet.

Garnier, effrayé de ces reproches et de ces menaces, vint se prosterner aux pieds de son prisonnier, lui demanda pardon, en pleurant. L'évèquc, touché de son repentir, releva le chevalier, lui ordonna de se rendre à l'église les pieds nus, lui fit subir une pénitence, le flagella sur ses épaules nues< et lui donna I abso-

lution. Le chevalier fut obligé d'escorter l'évêque et les sirn> Jusqu'à Auxerre '.

Celui qui avait l'audace de s'emparer d'un évèqnc et de *on clergé pouvait bien arrêter des marchands sur les grands chemins.

Voici une lettre que Thibaud, comte de Blois, de Champign • et de Bric, adressa, en 1 148, à l'abbé Suger, qui gouvernait m France pendant l'absence du roi Louis VU :

« Je vous notifie l'injure et l'affront que Salo, vicomte de « Sens, a faits au roi et a vous, qui avez sa terre en garde, et « qu'il a faits à moi-même. Guann, son fils, s'est permis d'ara rèter et de prendre des changeurs de Veiclai, qui venaient a de mes foires de Provins, sur le chemin du seigneur-roi, entre

OuiU-au île rompit-Une.

Sens et Braie, chemin que Salo lui-même cl le prêvot royM de Sens mirent tous la sauve-ganlc du roi. Il leur» enlevé, dit-on, sept cenls livres et plm. Je vous demande et vous prie de me faire justice de l'infraction commise sur le chemin du roi, et de donnée. une forte leçou à Salo. afin qu'il restitue ou fasse restituer sans retard tout ce qui a été entêté nux changeurs... Je ne souffrirai point qu'on laisse impuni un attentat qui tend à la destruction de mes foires, etc.'.» La richesse des marchands attirait les voleurs dans les foires. Thibaud, comte de Champagne, et de plus roi de Navarre, écrit, en 1243, à son lieutenant, de mander aux habitants de Plaisance de faire restituer à des marchands, qui se rendaient aux foires de Champagne, l'argent et les marchandises que des voleurs de cette ville leur avaient enlevés en chemin.

Il existait à Provins des manufactures dont les produits étaient transportés par les fabricants dans quelques villes de la Champagne. Ces objets manufacturés consistaient principalement en draps de laine, en couvertures et en cuirs, objets dont la réputation ne s'est pas soutenue. Si l'on croit l'auteur de l'histoire de Thibaud IV, il s'y voyait, à son époque, trois mille métiers battants, autant de foulons et de catdeurs.

I Kêcuëil d*i Bitlar.tt dt France, ui iv, page SOS. ' Poluudu roi 6* ffeaerre, une M, pige 4TS

Le champ d ■ forre était, h Provins, rituri dans In ville basse. Te fut sans doute pour le protéger que Thibaud IV rit, en usa, entourer celle partie de Provins de murailles et de tours; mai> ces constructions, oidonnées par le comte, se firent aux frais des habitants.

Si les marchands étrangers venaient faire le commerce à Provins, ceux de cette ville transportaient leurs marchandises dant les foires les plus fameuses de France ; Ils se rendaient notamment à celle du Lendit, tenue près de Paris dans la plaine de Saint-Denis. Nous en trouvons un témoignage .dans les rimes d'un auteur qui a décrit cette foire. Après avoir parlé des marchands parisiens, il ajoute :

Après parlerai de Prou vins ;

Vous savei bien comment qu'il siet

Que c'est l'une de» dit -sept1.

Il parait que l'on comptait alors dix-sept villes manufacturières en France; et Provins était de ce nombre. L'induslrir y fleurissait dans un temps ou tous les lieux habités du royaume gémissaient sous le plus dur esclavage. Cette ville, quoique assujettie à toutes les exactions de la féodalité, prospérait e:

< Htturil dei lliitorim de Promet, urne ht, p. TSI. 1 Le lr; Juriste, tabliaua, édiUea de Meoo, l. il, p. S04.

HISTOIRE DHS ENVIRONS DE PARIS

enrichissait même ses maîtres et leurs agents. Les comtes dp Champagne, qui ne faisaient rien et se bornaient à laisser faire, chaque année, retiraient des deux foires de Provins deux à trois mille livre*, tomme considérable alors.

Nous ne connaissons pas toutes les exactions des seigneurs de Provins ; mais nous savons qu'ils n'étaient pas les seuls qui eo commettaient dans cette ville : l'archevêque de Sens prélevait le revenu de l'autel dans l'église de SaimVAyeul ; et un seigneur, nommé Auscau du Triangle, eut par échange, en lin. la moitié des péages perçut aux ponts et aux portes de Provins*.

Pendant que , dans la basse ville, des hommes travaillaient saDS*relache à faire prospérer leurs fabriques, d'autres hommes , seigneurs, princes ou domestiques, recevaient de brillantes et nombreuses visites, donnaient des fêtes, tenaient de grandes assemblées , faisaient des chansons, et voyaient avec mépris les hommes laborieux qui contribuaient i leur faste.

Le pape Innocent II, revenant d'Etampes, passa, en Mil, quelques jonrsà Provins; ce fut pendant son séjour dam cette ville que, le 37 janvier de cette année, il adressa à l'évéqueetautchanoines de Branvais une lettre pour leur recommander de cesser leurs poursuites contre les moines de Saint-Lucien, qui refusaient de leur payer une redevance en pastilles ou en gâteaux ; il ajoute qu'ils doivent plutôt se réunir avec les moines pour résister aux entreprises des habitants*.

En 1180, le romte de Hanovre, accompagné du CDflllC de Flandre, se rendit à Provins, thdteau trii-riche. dit l'écrivain qui rend compte de. ce voyage. Là, ces prince* et le comte renouvelèrent d'anciens traités qui furent siuné* par des comtes, parla reine de France et par l'archevêque de Sens. On y arrêta le mariage de Henri, fils aîné du comte de Champagne, avec Yolande, fll'e de Baudouin, comte de Hanovre; et celui de Baudouin, fil* de ce dernier comte, avec Marie, 611e du comte de Champagne*.

Peu d'années après celte réunion de hauts barons, en 1188,

* Ketutil dét Hilterita* à» franc*, tote *D, ftft SI.

' IM-, tome xv, p*|e STI.

* IUd., tone mu, x»l.

un incendie détruisit la ville de Provins, dont le château resta Intact*.

Thibaud IV, comte de Champagne et de Brie, né à Provins en tlût, y faisait son séjour ordinaire. A la mort de Sancbele Fort, son oncle maternel, en 1334, il hérita du royaume de

Navarre. Sa séparation des seigneurs ligués contre la mère de | taiut Louis, son amour pour cette princesse, et surtout sesrhan- I sons. Pont rendu plus célèbre que sa royauté. M.Lévéquede La Ravalllère a publie les poésies de Thibaud, et a fait de vains efforts pour prouver que certaines de tes chansons ne s'adressaient point h in reine Blanche, mère de saint Lents, et que le comte • Thibaud n'était point amoureux d'elle. Ce prince , comme tous les trouvères ou troubadours de son temps, se montra d'abord amoureux, puis libertin, et enfin dévot.

Quelques • unes de ses chansons étaient écrites sur les mura d'une salle de son château de Provins.

On y établit dans la suite nn collège d'oratortras ; et les chansons furenteuacées. Leur prineipal mérité consiste dans la vétusté du langage , aujourd'hui presque inintelligible. Voici leeommenerment de sa douzième chanson :

Dti

F«*t —pu Ha i 0>i**hUi*tu*Mri>/

Ruines de l'Abbaye de St-M.-da.r4 à Soisson».

U M- que Uni daltf

F«rtdta*i M» fUtir.

0»l»WliMIWkti

Mut Mimttof Mkmr [«.

Lu M*t* «V«BM)r* Ht

La barbarie du langage était en harmonie avec la barbarie des mœurs.

Ce comte Tbi- .

baud mourut en 1353; son cœur

f-.t t déposé dans l'église des cordelières du Mont-Sainte-Catherine de Provins, couvent dont il sera fait mention.

A propos d'un poète comte et roi, je dois parler d'un autre poète moine: tous deux étaient contemporains et natifs de Provins. Le poète moine est connu sous le nom de Guiot d» Pn- «jnj, auteur d'une pièce rimée en deux mille six cent quatrevingt-onze vers, intitulée fa Bible, où il loue le temps passé, qu'il ne connaît guère, et blAme son temps présent, qu'il connaissait mieux. Il débute ainsi :

Dou siècle puant et orrible

r esinei (il me feall commencier une Bible.

i Hittoritmi it Frant», t. xnii, p*fe SSS.

Montmartre.— lmj>. Pnuri frère», L4MiM*»*t r»m|i.

D.IST01RE DES ENVIRONS DE PARIS

P«r poindre el por ignillonrr,

El por grsnl esswnple douer.

Ce n'iert (ne sera, pas Bible losengiere,

Me» floe et voire .«nie, et drolluriere ;

Mireor* iert (sers) i toute» gens '•

Le moine Gulot ne nomme point ceux qu'il blâme, proteste de la pureté de set intention*, Assure qu'il ne dit que la vt-rité ; qu'aucun sentiment de haine ne l'a fait écrire, et qu'il n'a d'autre but que de corriger son siècle. Les partisans des temps barbares regardent cette production comme une satire arrière ; ceux qui croient aux propres de la civilisation voient dans cette œuvre un tableau curieux et fidèle des désordres et de la dépravation des temps passés.

Tant que les seigneurs n'excédèrent pas la mesure ordinaire de leurs exactions feo laies, le commerce et l'industrie des habitants de Provins prospérèrent dans cette ville ; mais, dés que ces seigneurs voulurent ajouter de nouveaux poids à la charge que supportait le commerce, tout fut perdu : à un étal florismiiu succédèrent des malheurs, des crimes, et l'anéantissement presque toial de l'industrie.

On ne soit point exactement si ce désastre fut causé par le roi de France, Philippe-te-Harti, ou par Edmond, comte de I.aneastre. qui, en 1275, ayantconcluun traité de mariage avec Blanche, héritière des comtés de Champagne et de Brie, prit le titre de comte de ces provinces, et qui par conséquent avait des droits à exercer sur Provins, ou bien s'il Tut causé par ces deux princes ensemble. Les rois de France n'étaient pas encore mu it re* de cette ville; ils ne le furent que sous le règne suivant ; niaii il parait qu'alors ils en nommaient le maire. (Juoi qu'il en soit, le roi ou le comte de Lancastre imposa sur lis fabricants de Provins une contribution extraordinaire et fort onéreuse. Ceux-ci durent faire des représentations ; tout ce qu'ils purent ob'enir du maire, nommé Guillaume Ptnttcott, ce. fut l'autorisation de prolonger le travail des ouvriers d'une heure de plus chaque jour.

l-or-que les ouvriers apprirent ce nouvel ordre de choses, et qu a l'heure ordinaire la cloche n'annonça point la cessation du travail, ils se soulevèrent, se portèrent chex le maire, qui déjà leur était odieux, parce qu'il se montrait plus attaché aux intérêts du roi de France qu'a ceux du comte, le mirent à mort, api es avoir enfoncé les portes de sou hôtel, et, dans leur fureur, se livrèn ni a plusii ui - autres excès.

Ce mouvement se manifesta au commencement de février i2so ou 1279 suivnnt l'ancienne manière de placer le premier jour de 1 an. Le roi Philippe-le-ilardi chargea de la punition de

■ r- .iitrntats Jean de II, » pHMOOnnO MHU le nom M Jean

dAcrt, grand bouteillier de France. Celui-ci s'acquitta de cette triste commission d'une manière atroce, si l'on en juge d'après les paroles énergiques de la chronique de Saiiit-Mugloue ; voici ce qu'elle en dit :

Un an après (en 1979) ce m'en avis,

Fu It graat douleur « prnuiini.

Que de pendui, que d'eiole» jmulilé»)!

Qued'orit (tués;, que de ileculrs !

Mi - m J - ' an d'Acre li»t

Gnnl pcefaié, quapl s'en enlremisl1.

Après ce* massacres, le comte Edmond vint mettre le comble aux infortunes des Provtnois, en exigeant des contributions exorbitantes sur ceux qui avaient échappe a la mort. Apres les avoir pressures, il leur accorda, par lettres de juillet 1281, une amnistie avec permission d'avoir des cloches.

Cet exploi léola1, en détruisant une grande partie delà population, dut ruiner le commerce, ainsi que les manufactures et les foires de Provins. Cependant, on voit, par une ordonnance de l'an 1350, que Provins est cité parmi les villes où se fabriquaient des draps rayés1. Une autre ordonnance, du 28 janvier IS37, confirme aux maîtres de la draperie de cette ville, malgré les prétentions des baillis de Troycs et de Meoux, le droit de visiter les draps et de punir ceux qui contrevieudraicul aux règlements de ce métier.

FaWiau, public* par ■>•■, lom< H. KMr. Galet de l'rotliu, pagp S117, Ckruniauti it Saini-Magloirt, fabliaux |. ni. lit» par M. M+ua, lomr 11 page Si».

> Ordun»a«rti it, rm» it fr«M«e, ioa>* It, p. SSt.

Les habitants donnent eux-mêmes la mesure de la déchéance de leur commerce, lorsque, dans l'exposé qu'ils firent au roi Charles VI, en I3«0, pour en obtenir un règlement favorable, ils disent que • la ville, au temps passé, avait été fondée sur le a labour de draperie de laine, en laquelle étaient ordinairement « fror'i mi//« et deux cents mf'iierj a tisser draps de laine... et « de présent n'eu a que trente ou environ1, »

En octobre 1350, Charles V, alors régent du royaume, exempta l'hôpital, dit liotel-Dieu de Provins, des impôts que les fermiers-royaux voulaient exiger, et notamment du droit de mite*. Les pauvres malades n'étaient point, avant Charles V, à l'abri de cette odieuse exaction.

Provins, sous les règnes de Charles V, Charles VI, el Charles VII, partagea les maux effroyables qui désoleront ln France. Pendant la prison du roi Jean, son Ois Charles, régent de Fiance, ordonna, en janvier 1358, que Provins serait mis en état de défense, que l'église de Notre-Dame, située dans le faubourg de Fontenai-Saint-Brice, serait démolie; que cette église serait rebâtie dans l'intérieur de la ville sur l'hôtel de» Osches, et que la porte de ville qui s'ouvrait sur ce faubourg serait murée. On a dit que le roi d'Angleterre, en 135vj,ae , présenta devant Provins, l'assiégea, et qu'étonné de la bouue contenance des défenseurs de la place il se retira.

En I3GI, Charles, dit le Mauvais, roi de Navarre, s'empara de Provins, qu'il fut obligé d'abandonner par l'effet du traité de Bretigny. Dans la suite, ce roi reprit ses projets sur Provins ; et, favorisé par Guillaume de Mortery, gouverneur de cette Mlle, en 1 378, il s'en empara. Plus tard ce gouverneur infidèle fut décapité.

Le duc de Bcrry. frère de Charles V, vint peu de temps après aulégar Provins. Les gens du roi de Navarre capitulèii ut.

Philippe, duc de Bourgogne, en M 17, occupa cette ville. Eu t 130 les Provinois ouvrirent leurs portes au capitaine Charles Oucilly, Lorrain, qui, malgré son serment, commit toute sorte de brigandages dans la ville '.

Sous le règne suivant, Provins ne put échapper aux armes des Anglais et des Bourguignons reunis. Dans la nuit du 2 au I octobre 1-432, â la Porle-au-Pain, avec des échelles de cordes, ils escaladèrent la muraille au nombre de quatre cents, et s'emparèrent de la basse ville. Les chefs de l'entreprise se nommaient Jean Baillard, Mandon de Lussarehe. Thomas, Girard ou liuérard, capitaine de Montereauou Faut- Yonne, etc. t.elui qui commandait la pince, Nicolas, commandeur de Giresme. voulant réparer sa négligence, se défendit dans le château avic beaucoup de courage; mais, quoiqu'il eût une garnison composée .l'en v iron cinq cents hommes, et qu'il cul tué près de cent vingt ennemis, voyant qu'il avait perdu beaucoup de ses gens, après avoir résisté 'pendant huit heures, il prit le parti de se retirer avec quelques personnes.

(.es Anglais et K s Bourguignons, maîtres du château et de la place, nommèrent capitaine de Provins, le seigneur de la Grange *.

La Journal it Parit parle de cette prise, et dit que la ville fut pillée et qu'il y eut beaucoup d'habitants de tué», a comme « coutume est à tels gens de faire '. »

En effet, les vainqueurs, après avoir égorgé douxe habitants dans les bas-côiés de l'église de Saint-Ayeul, se séparèrent : les uns emportèrent les métiers et les draps fabriqués, entraînèrent les ouvriers, et sortirent de la ville chargés de butin. Ceux qui y restèrent étaient commandés par Thoma* Guérard, qui imposa les habitants à une contribution de trois mille livres, puis la réduisit à deux mille. Mais on ne put trouver que quinze cents livres dans la ville, qui fut forcée d'emprunter aux églises de Saint- Quiriace et de Saint-Pierre les cinq cents livres qui lui manquaient ; et ces églises fournirent cette somme en argenterie, dont les habitants s'engagèrent à payer la valeur, par acte du 3 janvier 1433.

Thomas Guérard lit beaucoup de dégâts dans Provins, abattit les maisons qui environnaient le cloître Saiul-Jacques et tout le quartier de Saint-Nicolas V

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HISTOIRE DES ENVIRONS I)K PARIS

Les Anglais ne gardèrent pas longtemps celte place. Au commencement Je l'année 1133, Nicolas, commandeur de Gire«me, et Denis de Chailly vinrent en force l'assiéger, prirent le château, et passèrent In garnison au (il de 1'cpée, «ans épargner Guérard, qui en était alors capitaine, et qui avait fait de grands maux à la ville. On n'épargna pas non plus les traîtres qui avaient favorisé l'escalade : aux meurtres succédaient de nouveaux meurtres.

Depuis cette époque, Provins figure très-peu dans l'histoire : heureuses les villes sur lesquelles elle garde le silence! Cependant les habilauts de Celle-ci, dupes de quelques prédicuteurs ou de quelques capitaines, en 1588. embrassèrent le parti de la Ligue : mai» ils n'y persistèrent pas longtemps : en i .'.90, au mois de mai, pendant que Henri IV, après avoir pris Milun, séjournait dans cette ville, les habitants de Moret, de Crée y et de Provins vinrent se rendre a lui. Le maréchal de Rlron fut alors chargé, par ce roi, de se porter dans cette dernière place. pour y organiser la garnison. Rientôt après les habitants de Provins, institués de nouveau parles Ligueurs, (I uppuvés par dis secours que leur envoya le duc de Mayenne, se soulevèrent, chas èient le gouverneur pour le roi. M. de Moulins, et !e remplacèrent par Jean Pastoureau, seigneur deLa Rochelle.

Kn iô92, H.nri IV vint en personne assirg.r Provins, qui se défendit. Un canon de la communauté des vignerons lira sur le quartier du roi; le boulet tit des dommages et blessa quelque» officiers. Henri IV , apprenant d'où parlait ce coup , s'écria : vtntre-taint-gri», qutù tigntront ! nuis il se retira au château de Montbron. Après trois jours de résistance, les habitants, conseillés par la p«ur ou par la raison, vinrent ic rendre auprès de Henri IV, lui portèrent les clefs de la place et obtinrent leur pardon Provins se divise en ville haute et en ville basse. La ville haute, peu habitée, est couverte de» ruines de Paneitn fort, de la ritaiUlte, de la Orange-aux-l)ime$, du Virut- Chdltau. du Pinabtt. de la chapelle Saint-Thibaut, de l'église de .Notre-Dame du château, etc. On y voit de hautes murailles percées de larges brèches; des maisons mal bâties, qui semblent près de tomber do vétusté; des ru» s étroites et tortueuses, ou I humble demeure du pauvre avoisine les débris des tours où siégeaient l'opulence et l'orgueil. Tels sont, dans la haute ville de Provins les restes de la barbarie féodale, restes inanimés, stériles , mais qui rapprochent le passé du présent , et parlent encore â l'imagination.

Au milieu de ces amas de destructions parait encore en entier et debout un vieil édifice qui domine sur les campagnes environnantes, fixe tous les regards, et pique la curiosité des voyageurs : cet édifice est nommé la Grntse Tour, la Tour-lt-Roi, très-improprement la Tour-de - CéêÊT, et plus récemment la Tour-de-Saini-Quiriace. parce qu'elle est voi.'inede l'église de ce nom. Cette tour ne fut point bàlie par Jules-Cé>ar qui, comme je l'ai dit, n'a rien construit dans les Gaules, mais y a beaucoup pillé, beaucoup brûlé, et répandu le sang de ses habitants; elle u'a point été construite par les Romains et n'ofTre aucun des caractères de construction de cette ancienne nation. Ses voûtes en ogives attestent son époque; et celte époque ne remonte pas plus haut que le xitr* siècle.

Cette tour, située au point le plus éminent de la haute ville, est de plus exhaussée par un monticule ou mamelon de quinze pied» de hauteur. Sur ce mamelon s'élève une plateforme circulaire soutenue par un fort mur de terrasse percé d'une porte : cette plateforme sert de base à la grosse tour dont le plan présente uu carré à pans coupés. A chaque angle de ce carié s'élève une tourelle à p!an circulaire qui , engagée d'abord dans la maçonnerie de la grosse tour, s'en détache vers le milieu de sa hauteur, à l'endroit où cette grosse tour, diminuant d'épaisseur, prend la forme d'un octogone parfait, et laisse entre elle cl les quatre tourelles un espace où sont placés des arcs-boutants. Des chambres, des prisons occupaient l'intérieur des quatre tourelles; leur toiture a la forme conique; celle de la grette tour est une pyramide octogone. La hauteur de la grosse tour, y compris le monticule, est, suivant M. Opoix, de cent Irentccinq a cent quarante pieds'.

De quelque point de vue qu'on observe cet édifice, il offre un

» llitloirt <U prmi*i, par ». Opui», pw S»« et S«7. • UuMr* * /Vor.n,, |*g, 61 .

groupe pyramirtant. une masse imposante et trcx-piltoroque : c'est un desplusbeaux ouvrages de l'architecture du moyen Age.

L'intérieur se compose de deux vastes salles placées l'une au-dessus de l'autre, dont les voûtes à arrêtes sont courbées en ogives. On y arrive par une petite porte ouverte sur une - le* murailles île la ville, qui se rattachaient à la tour, et par un escalier pratiqué dans l'épaisseur de cette muraille : cet escalier conduit à la salle inférieure. En général, les portes et escaliers prouvent qu'on a voulu rendre difficile l'entrée et la sortie de cette tour.

L'étage supérieur, nommé le dmjo*, fut rétabli en 1*7 1 ; et, en 1691, les chanoines de Sainl-(,)uiriaee obtinrent la permission d y placer leurs six cloches, dont il n'est resté, depuis la Révolution, que la plus grosse, qui est celle de l'horloge.

La ville haute est encore presque entourée de ses vieilles murailles. Du côté du nord et de l'ouest, elles sont assez bien conservées ; elles laissent plusieurs lacunes du coté de l'est, où elles se rattachaient à la grosse tour. Ces murailles , fort épaisses, sont bordérs de tours alternativement rondes et carrées, en quelque» endroits tres-rapprochées les unes des autres. Les tours des angles de cette enceinte sont beaucoup plus fortes. On reconnaît a l'intérieur de cette muraille un chemin de ronde.

Deux principales portes mènent à la ville haute, celle de Saint-Jean et celle de Jouv. Celle de Saint-Jean est assez bien conservée; et l'autre est presqu'entièrement démolie.

On ne doit point quitter la ville haute sans visiter l'église de SainhQuiriare ; elle est située à l est, à peu de distance de la grosse tour ; son édifice est remarquable par son étendue et l'élégance de son architecture. Il parait que sa nef n'a pas la longueur qu'elle devrait avoir. Le chœur est parfait et >emble avoir les dimensions de celui de Notre-Dame de l'aris.

Un dôme, surmonté par une lanterne ou rampanilte. sVIe e au-d> ssus de la toiture de cette église. Le portail est très-simple; au-devant est une place plantée d'ormes. En ifit>2. la charpente de cette église et celle du dôme couvertes en olonib <lev mrent la proie des flammes. Ce désastre fut réparé, mais d'une manière peu solide quant au dôme, qui fut rétabli une seconde fois.

Cette église, autrefois collégiale, est aujourd'hui la paroisse de la ville haute.

Les souterrains de la ville haute doivent être mentionnés : ils sont vastes, on y trouve de grandes salles carrées, éclairées par des soupiraux, et dont les voûtes élevées de douze à quatorze pieds sont soutenues par des piliers. Quelques-unes de ces caves sont doubles, et ont un escalier, par lequel on peut descendre à une cave inférieure. Plusieurs ont un puits ou une source retenue dans un bas-in. De ces salles carrées il part des galeries souterraines qui s'étendent au loin cl paraissent se communiquer. Il est arrivé quelquefois que lo sol de la hiiute ville s'est affaissé et a hissé des traces profondes de |a ruine des voùte> qui le supportaient «.

Il paraît que d ns ce lieu on a exploité des carrières, et qu'ensuite on a profité de leur cavité comme il'un moyen d'évasion, d'un abri, d'une ressource pour échapper à un ennemi vainqueur, et souvent pour venir secrètement l'assaillir par les dehors. Plusieurs salles de ces souterrains soul orueck d'architecture; quelques autres ressemblent a l'intérieur «1 une carrière; quelques galeries communiquent hors de la ville.

Les propriétaires des maisons se sont emparé» de ces souterrains, et y ont, suivant leur besoin, construit plusieurs murs de clôture,' qui rendent aujourd hui leur intérieur très-irregulier.

Le long des fossés et au dehors des muraille* de la ville haute, sont des allées d'arbre* qui commencent à la |»orte Saint-Jean et m- terminent à celle de Jouy ; elles contrastent avantageusement avec les ruines qui forment le fond du tableau. Ce boulevart a été planté dans les premières aunées de la Révolution, par M. de Saulaov, maire, dont il porte le nom.

La vill<- |ta««e, dont je vais m'occuprr, est située dans une prairie resserrée par des collines et coupée par deux f ctiles rivières qui débordent frét|uemmeot : l'une est nomme»» |e Durteln, et l'autre la Voulsie, elles se réunissent a un quart de lieue de Provins.

» BUtmn 4» Provint, par OpoU, page» 4*. S» m S»,

UIST01RB DES ENVIRONS DE PARIS.

Cette partir de Provins a aussi ses murailles, ses fossé», cl ses allées d'arhn s plantées qui Us bordent intérieurement ; elles commencent à la porte de Paris et se terminent au-delà de la rivière de Durtein. et, en montant, se joignent aux boulevarts de la ville haute; l'étendue des boulevarts de la ville basse est de plus d'une demi-lieue.

En dehors des murs sont aussi plusieurs roules plantées d'arbres qui offrent des promenades très-agréables.

Les édifices renversés ou debout, les divers étapes de rangs d'arbrr s et les prairies voisines forment un lableau tris-gracieux. Il est peu de villes en France dont la vue soit aussi pittoresque.

Les église* et les communautés religieuse* étaient nombreuses dans la ville basse Je ne mentionnerai que les plus importantes par leurs événements, leur singularité, ou par 1rs objets d'arts qu'elles contiennent.

Saini-Ayeut ou Saint- Ayovl. que j'ai citée comme une des principales et des plus anciennes églises de Provins, est aujourd'hui la succursale de celle de Saiuic Croix.

La construction de « et te église n'a rien de remarquable ; son intérieur offre une grande nef avec des bas-ediés, sans croisées et sans rond-point. Le grand autel est orné d'un magnifique rétnlile et d'un beau tableau de Stella, qui provient de l'église des cordeliers ; il représente Jésus au milieu de.s docteurs. La menuiserie a fait les frais de In décoration du reste de l'église : elle se compose d'une ordonnance corinthienne de grande pro- I ton ion, ouvrage admirable, mais mal éclairé. 1^ portail n'est pas beau. L'entrée principale est ornée de statues longue» cl étro tes semblables, pour le costume et les longues tresses des femmes, à celles que l'on voit au portail de Notre-Dame de Chartres.

Sainte-Croix est la principale église paroissiale de la basse ville ; elle était une chapelle dite de Saint-Laurcnt-des-Ponts, <|ue Thibaut IV fit ériger en paroisse, avec titre de prieuré. Cette église, incendiée en 1309, rebâtie et augmentée en 1519, ne fut entièrement reconstruite qu'en 1538. L'ancienne clial>!'IU' de Salnt-ljiurent, épargnée par le feu, existe encore, et forme au nord un des bas côtés de I église.

I.e grand autel est décoré d'un tableau représentant l'exaltation >te la crois, peint en IG01. La chapelle de la Vierge est précédée d'une petite nef dont les piliers sont très-remarquables par l'éUgance et la délicatesse des sculptures.

La façade offre deux entrées; l'une s'ouvre sur l'église de Notre-Dame, l'autre sur celle de Saint-Laurent. Cette dernière a les formes du xv» siècle, et offre des ornements très-délicatement sculptés.

Les eordelitr* et les cordelière» de Provins ont acquis une telle célébrité, qu'il ne m'est pas permis d'en taire entièrement la cause.

Les cordeliers de Provins furent fondés au xm* siècle ; leur église était ornée de belles sculptures et du tableau de Stella, qu'on voit aujourd'hui à Saint-Aycul.

Les cordelières ou filles de Sainte-Claire occupaient le monastère du monl Suinte-Catherine, qui, depuis 1748, est devenu l'hôpital général ; elles furent fondées, en 1337, par Thibaut IV, comte de Champagne et de Brie, et roi de Navarre. L'église de ce monastère fut incendiée par les Anglais.

On De sait à quelle époque, ni par quelle autorisation les cordeliers s'introduisirent dans ce couvent. Les titres ayant été détruits par un nouvel incendie, arrivé au xvi* siècle, ou détournés par les cordeliers, ceux-ci prétendaient avoir le droit de diriger les cordelières, tant au temporel qu'au spirituel, et usaient amplement de ce droit. Madame d'Ossonville, nommée, en 1507, abbesse de ce couvent, le trouva dans un graod désordre causé par la présence des cordeliers. Pendant quarante ans, elle lit des efforts pour y rétablir la discipline, et ne retira de ses soins que des persécutions; elle mourut en 1636; et le désordre augmenta. Les cordeliers firent adopter dans cette abbaye les élections triennales, et se rendirent maîtres des suffrages et de l'administration. Ils dominaient les vieilles religieuses par la c ainte, et le* jeunes par les attraits d'une galanterie qui dégénérait en libertinage.

En 1648, les religieuses anciennes, déplorant leurs excès passés, et désirant s'affranchir du joug des cordeliers, se pourvurent au parlement ; mais les intrigues des ordeliers neut alitèrent cette tentative ainsi que plusieurs autre*. Une pcraonne

inconnue adres a à la reinc-roerc un mémoire, où se trouvaient décrits les désordres de ce couvent et la domination insupportable qu'y exerçaient les cordeliers. line lettre de cachet ordonna au provincial des cordeliers de rétablir la règle dans ce couvent et d'y faire rentrer notamment deux jeunes religieuses qui s'en étaient retirées par la permission des cordeliers de Provins.

Que fit le provincial chargé de la réforme des moeurs do couvent, et de reparer le scandale que ces deux religieuses avaient causé par leur éloignemcnt T « Il se mit à les cajoler « pendant trois jours, à leur dire mille folies et mille bad inertes « d'amour, et à tourner en raillerie tout ce qu'on avait dit « d'elles dans le monde....»

Il dit à l'une : « qu'elle ne s'étonnât point de la conduite « qu'il tiendrait le lendemain.... et que l'excommunication « qu'il fallait qu'il prononçât ne serait qu'une apparence. >« qu'une feinte, qu'une momerie. »

L'excommunication fut lancée réellement ; ces filles s'en plaignirent au parlement qui, par arrêt du 15 mai I6*>4, les renvoya devant l'archevêque de Sens. Ce prélat, Louis-Henri de Goudrin, fit transférer dans divers monastères quelques religieuses U s plus attachées au parti des cordihers. Neuf ou dix religieuses tenaient encore à ec parti. Les autres, en très-grande majorité, encouragées par l'arrêt du parlement, se réunirent a leur archevêque ; et , taudis que les cordeliers intriguaient à Home, pour conserver la direetion du couvent, elles s'asscm blerent, le 5 février I6C6, au nombre de vingt, et résolurent de dcman ler au parlement l'archevêque de Sens pour le supérieur de leur maison.

Ne fatiguons point le ledcur par le récit des autres procédures et intrigues qu'employèrent les cordeliers pour consener leur empire sur les jeunes religieuses, et de celles des ancienne*, pour se soustraire à leur auioriié ; passons aux principaux motifs de la plainte contre les cordeliers. Voici, suivant le témoignage d'une religieuse, quels principes de morale ils donnaient aux jeunes pensionnaires de ce couvent :

« Les confesseurs s'amusaient à caresser lis pensionnaires « qu'on leur envoyait pour les instruire à la sainte communion , « et a leur faire toute sorte de contes ridicules. Quand, par oc- « casion, elles sortaient et allaient au couvent de ces pères, il» a usaient avec elles de toutes sortes de privautés malséantes...

« afin de se les rendre ensuite plus complaisantes etc.

Cne pensionnaire avait -el!e inspiré de l'amour à un novice cordeiier, les pères favorisaient cette inclination naissante en engageant Ls deux jeunes gens à se donner des témoignages «le leur passion, en les invitant ensemble à des collations, ete'.

Ils en usaient de même avec les religieuses-novices, a Je « puis dire, comme en ayant connaissance assurée, dit une <> autre religieuse, que trois novices prêtes A faire profession, a ayant été vers le père N..., confesseur, pour être instruites & « celle sainte action, 11 leur fit cent cajoleries, leur donna à « chacune un gage de son amitié, les obligeant de le porter sur « elles, leur conseilla fort de prendre de bons amis, leur disant a que cela était commode pour eux , les exemptant d'aller au « caltarct, et divertissant pour elles, leur faisant passer ngré*- « blemcnt le temps, v II se déclara l'ami d'une de ces novices, et dit à un autre cordeiier, qui la trouvait à son gré. qu'il n'avait rien à y prétendre, cl qu'il l'avait retenue pour lui. Ces jeunes personnes ayant témoigné leur élonnetnent pour cet arrangement mona-al, il les menaça de s'opposer à leur profession : il y travailla, mais inutilement*.

Dans le Factum, qui contient ces détails, on en trouve plusieurs autres semblables, et beaucoup plus graves ; on remarque les expressions de la galanterie de ces franciscains; un d'eux nommait les sœurs qu'il affectionnait, ion inclination, «n douceur, ta fidèle confidente, etc.

A la séduction de leurs paroles, ces pères joignaient celle qui résulte de la lecture des livres obscènes qu'ils prêtaient à ces jeunes religieuses ; ils leur chantaient à la grille des chansons déshonnétes, leur faisaient des présents, leur adressaient des vers passionné* et des lettres pleine d'expressions d'une galanterie claustrale et ridicule. Enfin, un jeune cordeiier dédia à une

1 Fatlnm r-our tr» rrli|r>u<ei itc S*i»le-Otheri«e it Provins, tdiWo» de l«7*,r«il*i lot t-i no.

* t mnrtmm pour !<•• r<M|iir»<r< Ji- Pm.iit«, p. Ht et «i»»nl«.

HISTOIRE DES ENVIRONS DE PARIS

religieuse une thèse >l théologie, vu y plaçant l'image et le nom de sainte Madeleine, patronne de s;i maîtresse, etc., etc.1

L"5 jeunes religieuses qui set lient choisi un ami parmi les cordeliers ne tanlnii ni pas à contracter un mariage avec lui. Ces mariages se célébraient avec les cérémouies ordinaieinent pratiquées par l'eglisc. In eordelier, représentai: t le père du futur époux, faisait la iteman le a l'abbesse; un nuire eordelier remplissait les fonctions de notaire; il passait le contrat. On publiait les bans au parloir et daus la salle basse ; un troisième représentait le curé, et les mariait en leur faisant dire les mêmes paroles, et prononçant sur eux les mêmes prières employées par l'église lors de la célébration des véritables mariages. Hien n'y manquait : l'anneau conjugal, les exhortations, les féltsde noces, les bals, 1rs déguisements d'habits, les repas où le vin abondait et la consommation. J'omets les preuves nomt>ieii*es de ce dernier article, par respect pour les mœurs*.

Ces désordres, dont je ne fais ici qu'esquisser le tableau, existaient depuis longtemps dans le couvent de Provins et dans plusieurs couvents de France. Ainsi, sous les dehors de la dévotion et de l'éloignement du monde, la religion, la morale, toutes les lois de la pudeur étaient violées par des filles que sétlusnicnt des moines corrupteurs ; In nature, les passion'', reprenant leur empire et adoucissant les rigueurs du clolirc, établissaient leurs dérèglements dans le sanctuaire de la régularité.

Les cordi lient firent au Faetum des religieuses de Provins DM réponse intitulée TottttU de AV. l'arrhexrifur de Sens. Dans celte réponse, ils s'attacbeut moins à se justifier qu'à incri miner l'archevêque ; ils l'accusant d'être l'ennemi des jésuites «dont le corps, disent-ils, non-seulement est illustre u dans l'église mais a encore ce génie particulier d'être admis « dans les plus secret» munUres de Ut politique*. » louanges maladroites et accusatrices ! Il est vrai que cet archevêque s'était montré coutraire aux jésuites, et qu'il écrivit, eu 1668, au clergé et aux hululant* de Provins, pour leur orJouner de confier la direction de leur collège à de* oratoiieus.

Les cordeliers, sans répondre aux fai^s graves dont ils sont inculpés, se bornent à les traiter de romans, s'amusent a faire de l'esprit, cl à lancer contre l'archevêque ce misérable jeu de mots :

Quoique re grand prélat ail i'égli»e de Sens. Sa conduite a montre qu'il a bien peu de sens.»

L'archevêque, dans son Fartum, avait rapporté plusieurs lettres plus que galantes entre les cordeliers et les religieuses; et les cordeliers. dans leur réponse, en insérèrent quelques-unes du même geure entre des religieuses et l'archevêque. Un ne sait quel uegré de couliance on doit accorder a ces correspondances ; si elles sont véritables, le voile, déchire, laisse apercevoir beaucoup d'impostures et d'iniquités secrètes ; si elles sont controuvée», les inventeurs sont de grands coupables. Quoi qu'il en soit, ic tout est fort scandaleux.

L'affaire fut portée au conseil du roi; les jésuites dominaient a la cour ; ils firent triompher les cordeliers ; et l'archevêque, après avoir légué ses biens aux pauvres, mourut en l U?4-

Voici, d'après l'histoire de Pi ovins , quelques anciens usages qui se pratiquaient dans cette ville.

A la procession des rogations, le bedeau du chapitre de Saint- Quiriace portait, au bout d'un long bâton, la figure d'un dragon; et le bedeau de Notre-Dame, une autre ligure d'animal appelée la lézarde. Presque toutes les églises de France faisaient parade de pareils dragons. Lorsqu'à la procession ces deux figures se rencontraient, ec qui arrivait souvent, ceux qui les portaient, faisaient mouvoir les mâchoires armées de clous de et s animaux, et les faisaient s'enlr'arracher les guirlandes de fleurs dont elles étaient ornées. Ce combat amusait les ►pectatcurs; les chanoines, dont le dragon restait vainqueur, s'appropriaient la gloire du succès ; et la religion n'eu retirait que du scandale. Ce ne fut qu'en 1 76 1 que le dragon et la lézarde cessèrent de figurer dans les processions.

Dans l'église de Saint- Quiriace et daus celle de Notre-Dame, le jour de la Pentecôte, on laissait tomber, par des trous de la

> Faction pour le« rrligirnte* dr l'n» in», p»fri 1 1 f , 1 1 9, 1 iO el I II. * Ptelum pour rrluicoie» dr Provint, p. lis tttaivjmfci ' Juliette d« W / 'irehttt'iut Seul, p H cl S». » Ha», p. >«-

voûte du chœur, îles éloupes enflammées pour signifier les langues de feu qui illuminèrent 1rs apôtres; et, en môme temps, on lâchait un pigeon pour fkurer le Saint Esprit. Cette espèce de spectacle était représenté dans plusieurs autres élises.

« Le jour de In Nativité de la Vierge, le vicaire perpétuel de « Snint-Quiriaee choisissait une des plus jolies filles de la pa- « Misse; et, habillée en blanc, il lui faisait occuper une place « distinguée dans le chœur, la saluait en chantant l'antienne « Are reginn : après l'antienne, il la prenait par la main ; et, « couvert de sa chape, il la conduisait devant le portail de « l'église; et la, il commençait à danser avec elle Cette danse a était suivie de scandales, de dissolutions qui déterminèrent, a en l7io, le chapitre a l'abolir •

La danse de Saint-Thibaut était aussi fort en honneur à Provins. Chaque année, le I" juillet, elle se commençait a l:i porte de l'église du saint, et se continuait jusqu'au palais des com'es, aujourd'hui le collège. En 1660, le maire de la »ille, M. Passcret, fit les frais de celte cérémonie, et distribua au*, garçons qui a* aient figuré n la danse du pain, des cerises et une tarte. Ceitc danse cessa d'être en usaye en 1670.

Ijtx Provinois aimaient la danse. Le clergé s'empara de cette joveuse disposition, et l'appropria à ses cérémonies : on dansait le jour de l'ùqucs dans la nef de l'église de Snint-yuii iace ; on dansait, on chantait et on buvait avec grande dévotion, après vêpres, dans eeite église. On voit dans un compte du chapitre la dépense puir faire boire les messieurs, les dames, les seigneurs et le peuple en grand nombre, après vépr> s et chansons. Un autre compte de 1416 porte que le chapitre dépensa quatorze pintes de vin à la danse du > lueur : le lieu de la scène avait passé de la nef au chœur. En 1444, le chapitre ne dépensa plus que tlouz.- pintes de vin pour ce divertissement. Enfin, on ne sait pourquoi la danse de l aques, en 1664, cessa d'avoir lieu dans le chœur de Saint-Quinare.

Un autre usage fort général en France, plus ab<urde que les précédents, consistait à excommunier ou à exorciser le» animaux nuisibles aux fruits de la trrre; eu plusieurs lieux, les tribunaux, par sentence contradictoire, car ils ncrordnient un défenseur à ces animaux, les condamnaient A une peine quelconque, ordinairement à l'exil. Vers la fin du xvn* s ecle, sous le règne de Louis XI V, on ne condamnait plus, on n'excommuniait plus les chenilles a Provins. Voici ce qu'on lit dans I histoire de cette ville : « Le 30 mai 1690, le chapitre de Saint— « (Juiriace fit une procession autour des fossés de la ville haute, « et exorcisa, dans trois endroits différents, les chenilles qui « ravageaient les vignes, et l'on vint chanter une grand messe u à Saint-Thibaut *. •

Toutes ces absurdités, toutes ces cérémonies outrageantes pour les mœurs et la raison, appartenante» aux temps bai bai es, étant admises à Provins, la fête de l'dnt et celle des fous devaient y jouer un rôle important. Voici comment cette p'cmièrc etait célébrée dans cette ville : a Les enfants de chœur et tes a sous-diacres, après avoir couvert le dos d'un àue «l'uue t< grande chape, le conduisaient à la porte de l'église, ou l'ani- « mal était solennellement accueilli par des chants dignes de la ■ féte. • En voici un échantillon :

Un âne fort et beau Est arrivé de l'Orient ; lté ! sire «ne ; hé ! cbtnlei, Belle boarhe rechignez.

Vous aurez du foin astet Et de l'avoine à planté

L'àne conduit devant l'autel, on chantait ainsi ses louanges : amen, amen, asine; hé, hé, h'! sire àne; hé, hr, hé, sire dne ! A U lin de la messe, nu lieu de I lie missa est, le prêtre célébrant criait trois fois : hihan ! hihan ! hihan .' et le peuple répondait par le même braiement *.

Le dimanche des Rameaux, se faisait lu />n < ession dr l'dae tout le clergé de la ville se dirigeait à la chapelle de Saint-. \i colas ; là, on entendait un beau sermon, puis 011 lâchait l'Ane dans le cimetière, où les amateurs se livraient à raille folies ridicules et indécentes.

1 Histoire d> "roeou, par M. Opoii, p. *ÏT. * f/illoirr de Prvtins p. II».

» UUtcirt de Vrouni, p. 141 Vojct la proaa de leoc, * l'arlclti K<aur«i«.

HISTOIRE DES ENVIRONS DR PARIS

Le- cérémonie- observées a l'i «»\ nii, loi» do la (tir desfous, ut sont pas connues, mais elles devaient surpasser en scandale*, en folies, en profanations, «ouïes les cérémonies pratique, s à la m.W fête, dans h s .■ulr. s .-lis- s de France. Su dénomination indique cette supériorité . elle porti.it spécialement le nom de féte des grandi fou*. Cette fête, qui commençait n Provins le premier janvier, était continuée jusqu'au mx de ce mois. I n compte du chapitre de Samt-Quiriace, de l'an 1351. proine que ce chapitre contribuait aux frais de cette M te scandaleuse. On y lit, sous cette année : « Le jour de la Circoncision, donné c trois sextiers de vin pour la féte des fous, pro /. tto stulto- « mm. » Cette féte .tes Fous ne fut altolie qu'en 1489. La Itarbarie et les passions humaines avnicnt. dans ce» temps ténébreux, perverti et dépravé totalement la religion chrétienne : elle n'était plus celle de r Évangile; les lumières de U raison restaient voilée* par l'épais nuage des erreurs.

Il existait aussi a Provins une autre féte : celle àtt Innocents. Les enfants seuls en étaient les acteurs; Ils nommaient entre eux unévéqut. On n'en connaît point les détails; mais il parait que, dans sa célébration. Il s'y mêlait de* bouffonneries et du scandale. En 1607, le chapitre de Notre-Dame permit à son sonneur de taire son 111s éréque dt$ innocents, selon raneien usage. a%ee la menace de ne plus ...corder une pareille permission, s'il s'y comme t'ait quelques scandales i. ('«s | laisirs de la harbarie, ees récréations ecclésiastiques, où les excès du cynisme le plus effruilé souillaient jusqu'au sanctuaire, et auxquels les ministres de l'autel prenaient part, paraissent être les i estes des saturnales antiques.

Parlons des productions du territoire de cette ville et de l'industrie de ses habitants.

Les blés qu • produisent les environs de Provins sont recherchés et forment le principal commerce de Provins; réduits en farine par une soixantaine de moulins établis sur la Voulsie < i l< Durlein. ils sont ensuite transportés à Paris.

Les rases de Provins, célèbres par leur couleur pourpre, leur parfum et leur propriété médicinale ont une origine historique Au xiii* siècle, Thibaut, comte de Champagne, «le retour de la croisade, transporta, de Syrie a Provins, ces roses qui. cultivées dans cette ville, n'ont rieu perdu de leur beauté. On en prépare en médicament sous le nom de rorurrt» liquide, et, pour l'agi ément, en tonterte. sêrhe.

La fontaine minérale existait depuis des siècles; mais, abandonnée sur le bord de la prairie, mal fermée, elle restait exposée aux inondations et aux atteintes des malveillants M. Opolx, in-

spect. unie cet te r.mtainc, sentit la nécessite de l'env i lier d'un

bâtiment eonvenablc.A sa prière, M. Morenu.celèbredessinateur. fournit les desseins de cet édifiée. La \ site manquait de moyens pour le faire exécuter : M. Magln, inspecteur-général de la navigation Intérieure, qui devait sa santé à l'usage des eaux de eette fontaine, fit les frais de la construction. Elle consiste. u une ordonnance toscane, composée de quatre colonnes couronnées par un fronton. Le site est gracieux et les buveurs d eau y trouvent de belles promenades.

On labrique à Provins des droguets communs; on y trouve des fabriques de poteries et des tanneries, l-a grande route de Troyes à Paris traverse la ville basse.

Provins renfermait une bibliothèque bsscx considérable, que M. Jean-François d'Aligre, abbé de Sainl-4aeques. fonda en cette ville, et qu'il rendit publique; mais ce préoienx établissement fut, le 2 janvier 1831, ruiné par l'incendie qui consuma le hâiiment de l'Ilotel-de-Ville. Cette bibliothèque se composait d'enwron dix mille volumes.

I ue S<xiétc d' agriculture, seien. es et arts fut établie en l'an «804 ; tous les ans elle tient une séance publique, etc.

II existe à Provins une halle aux grains, nommée dans le pa>s minage , elle est vaste et ne s'ouvre que le samedi, Jour de marche.

Cette ville est ehef-lieu d'une sous-pré'eclure et d'un tribunal de commerce. Sa population est évaluée a 5,104 individus.

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