‹ Histoire physique, civile et morale des environs de ParisChapitre 80 sur 144 · CHAPITRE H · texte numérisé non relu

CHAPITRE H

atJNCis, juvisY, coaeiiL, bisons.

g S-— tUlOftl*

Village situé sur la droite cl À peu de distance de la route de Fontainebleau, à une lieue un quart au sud de Vlllejuif et a deux lieues trois quarts au sud de Paris.

Le village de Rungis n'est connu que depuis* 1 1 34. Une charte de Sainte-Geneviève fait connaître que, cette année, le roi Louis VI donna à Etieune, doyen du chapitre de Paris, la voierie de Rungi villa; et une bulle d'Alexandre III, de 1 163, porte confirmation de tous les biens de l'église de Rungiaeum. Aiuci, au xii* siècle, Rungis était déjà un village.

Rungis devint surtout fameux lors de la construction de l'aqueduc d'Arcueil, dont nous avons déjà parlé.

La partie méridionale de Paris manquait entièrement de fontaines ; le ministre Sully ordonna, en 1600, que des tranchées seraient faites dans la plaine de Long-Rovau, du côté de rlungk. alin d'y découvrir les eaux que les Romains avaient conduites au palais des Thermes. La mort de Henri IV arrêta reieiution de ce projet. Marie de Médias, veuve de ce roi, voulant procurer des eaux au palais du Luxembourg et aux jardins qu'elle se proposait d'y construire, lit, dès l'an 1613, faire des recherches dans le même lieu. Jean Coin^ , maître mneon, fut chargé de l'entreprise, el l'architecte, Jacques l)esbros-cs, de la direction et de* devins de l'aqueduc, dont la pre* mwre pierre fut posée le 17 Juillet 1613. Par cet aqueduc, dont

une partie traverse le vallon d'Arcueil sur vingt-quatre arches, ouvrage digne des Romains, les eaux découvertes à Rungis arrivèrent au Luxembourg , et alimentèrent plusieurs fontatues de la partie méridionale de Paris. ,

Le cardinal de Richelieu avait A' Rungis deux maisons de campagne; il lit cadeau de l'une des deux à l'un de ses protégés, le poète Guillaume Col le te t.

dei

8* II.— Jurtoy,

Village situé sur la pente d'une montagne, près et à gauche de la grande route de Fontainebleau, i quatre lieues cl demie au sud de Paris.

La urandc roule traversait autrefois le village de Juvisy; mais elle était pénible et dangereuse par la rapidité de la montagne. En 1 727, on s'occupa à faire disparaître e t Inconvénient en projetant un nouveau chemin, malgré les nombreux obstacles qui s'opposaient à son exécution. Il s'agissait de s'ouvrir une route à travers une montaune escarpée et formée de rochers. On triompha de tout: le projet fut exécuté; et l'on fit un ouvrage digne d'être mis en parallèle avec les monuments du même genre que nous ont laissés les Romains. Rien ne résiste à l'homme, lorsqu'il est guidé par le génie et secondé par la force.

Après avoir, pendant plusieurs années, transporté le terrain, miné les rochers, on a construit, dans la vallée où passe la rivière d'Orne, deux ponts l'un sur l'autre; 1'inrérieur, composé de plusieurs arches, sert à contre bander les terres des deux côtés ; le supérieur, qui forme la grande route, est construit d une seule arcade; et sa hauteur répond au milieu de la peote du terrain.

Au milieu de la roule de ce pont, sont, en face l'une de l'autre, deux fontaines qu'on nomme les Fontaine* ds Jmvity ; elles sont ornées chacune de trophées et de génies élevés sur un piédestal ; d'un coté, des génies élèvent un globe aux armes de France, de l'autre, le Temps soutient un médaillon portant la figure de Louis XV. Chacune de ces fontaines offre une table en marbre blanc avec des inscriptions latiues. Je cite l'une d'elles parce qu'elle est historique :

Ludovic» XV, nt dirisujaatssimns, vtam btnc dtBcilem, anloam •c penè inviam, tcittU dijeeltsque rapibas, eiplintto colle, ponte e Dggvrîbus constrocus, planant, rowbilem et araocnim fierl nicarlt.UîS.

Des formes contournées, des rocailles font les ornements de ces fontaines, cl attestent le mauvais goût qui déshonorait les arts à celte époque. Ces fontaines fastueuses n'ont pas fourni une goutte d'eau pendant plus de quarante ans : ce n'est que souh l'empire qu'elles ont été vlvillée» : auparavant , e\l:s offraient la réunion du luxe et de la misère.

Lorsqu'on travaillait à confectionner la route, ou découvrit des sources abondantes. Cette découverte donna ïidée de ces fontaines.

Le château est moins remarquable qu'un pavillon attenant, d'un style plus ancien, plus richement décoré.

Le parc de Juvisy a l'avantage d'une heureuse situation, et réunit celui d'avoir été planté sur les dessins du célèbre Le Nôtre; son éten iue est d'environ cent arpents; il est terminé, sur la hauteur du coteau, par la grande route, et, duns le bas, par un canal que forme !a rivière d'Orge.

Près de Juvisy et sur la grande route, se sont établies plu sieurs maisons et auberges, parmi lesquelles on distingue celle de la poste. Cette réunion de maisons est nommée (a Cour de Franc*.

Ville située è sept lieues et au sud de Paris, surl'inic et l'autre rives de la Seine, au point où cette rivière reçoit les eaux de l.i Juineou d'Essone.

Des écrivains du xva* siècle, dans le dessein d'illustrer cette ville, en plaçant son origine bien avaul dans le passé, ont admis des absurdités, notamment celle qui donne pour fondateur â Corbell le romain Corbulo, qui, sous Néron, combattit en Orient. Cette fiction ridicule ne mérite pas qu'où la réfute. Voici la véritable origine de ce lieu.

Au commencement du îx* siècle, Corbeil n'existait pas, ou n'était que le nom d'un territoire ou du la réunion de quelques

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cubants de pêcheurs ou de batelier*. En l'nn uns, Charlrs-le- Chauve confirma un échange frit entre le* moine* rte S«int Ormain d'Auxrrrc et le eomte Conrad ; parmi le* biens échangés est un mans ou ferme située aux Corbeilles, in Corbeliit*. Ces mots, quoiqu'ils s'appliquent à la localité de Corhell, n'indiquent cependant ni ville, ni boure, ni château. Dans la même année 803, les incursions des Normands obligèrent crut qui possédaient les reliques de saint Kxupère et de saint Loup de 1rs transporter dans le voisinage de Corb.il et de les mettre en sûreté, non dons ce lieu, qui n'avait point de forteresse, mais dans un château appelé Paluau. Ces reliques conservées contribuèrent, dans la suite, h l'illnstration de Corbeil.

Ce lieu, d'abord très-obscur, reçut, en moins d'un siècle, une consistance qu'il n'avait jamais eue. Sa situation sur la route que suivaient les Normands y fit établir un château et même un comte pour le défendre. Ce eomte, nommé Haimon, fonda près du château l'église de Snint-Exupère. depuis nommée Saint-Spire; il fit un pèlerinage a Rome et y mourut. Sa veuve, Elisabeth, épousa Burrhard, qui fut célèbre pur sa dévotion et par ses dons aux églises et aux monastères. I>e roi Hugues Capet lui donna les comtés de Corbeil, de Mtlnn et de Paris a gouverner. Ce comte mourut vers l'an lOU; et Odon, moine des Fossés, écrivit son éloge en prose et en vers'.

Déjà le cbâtean et la collégiale de Saint-Spire donnaient de l'importance à ce lieu ; déjà l'on y distinguait deux parties, le vieux et le nouveau Corbeil, lorsque, peu d'années après la mort du comte Burchard, en 1019. If bourg et le château furent détruits par les flammes ' : on ignore la cause de ce désastre alors 1res- fréquent.

Il parait que l'église collégiale de Saint-Exupèrc où Saint- Spire, fut épargnée par les flammes ou promptement restaurée ; mais se s chanoines ne purent échapper à la méchanceté d'un de ses abbés, nommé Jean. Il exerçait sur eux une tyrannie excessive, n'avait ni charité, ni erninte de Dieu, établissait des coutumes injustes et envahissait les droits des chanoines. On voit dans une charte que le roi Henri !" protégea les chanoines opprimés contre la tyrannie féodale de leur abbé*.

Je passe sous silence la conduite des abbés de Saint-Spire, pour m occuper de quelques comtes de Coibcil. Eudes ou Odon, comte de Corbeil en t ioa, avait pour frère Gui de Trousse!, dont le tlls, Hugues de Créey, était un homme méchant et courageux, qui, suivnnt les grandes chroniques de France, vivait de brigandage, ne se plaisait qu'a voler, qu'à incendier et à troubler le royaume Gui de Traussel, voyant qu Odon, comte de Corbeil, *ôn frère, refusait de se joindre à lui pour faire la guerre au roi, épia ses actions, et, pendant qu'il était à la chasse, le saisit, le chargea i'e fers et l'entraîna prisonnier au château de la Ferte Baudoin (Fcrté-Aiais . Les barons du château de Corbeil, instruits de celte arrestation, s'en plaignirent au roi, qui tt mit à la tète d'hommes armés, et chargea son sénéchal «le Carlande d aller observer la place. Ce sénéchal, arrivé le premier devant le château, fut priset renfermé dans In tour avec le comte de Corbeil. I.e roi. averti de celte arrestation, marcha en toute hâte sur le château, dont il trouva la porte fermée. Du haut des tours, on lui lança des Iroits et des pierres; il voulut «ur-le-champ en tirer vengeance: mais ceux qui l'accompagnaient lui firent celte prière : Gentil roi, air pitié de noui , car. ti re déloyal tt excommunie , Huquet dt Créey, ett hommr rrutl rt eanguinaire arrive et entre dont te chdieau, il ett capable de faire pendre, tant (armalitét, le eomte de Corbeil, le ténrchnl et let au fret priaonnirrt.

Alors le roi, frappé de cette observation, pour empêcher l'arrivée de Hugues de Créey. lit entourer le château de troupes et construire cinq tours détendues par des serments. Hugues de Crécy, averti de ce siège, vint h plusieurs reprise* et sous divers déguisements, même sous celui de jonL-leresse, se présenter devant la place; enfin reconnu, poursuivi parle frère du sénéchal prisonnier, il lui échappa par supercherie. Lechù-

1 Rmril «et llitlTie*» i. Front», t toi, p SI».

• Vlu D<iirhir>li comilit, Hreurtl du liulrrrint il Fraii.--, lom# X, p»(t* |7(, S»0, »77 rl 6»0.

• Ckronit. Ânlittodnr., tdtm, iflm* i, ptf* STI . » Gallia rhrUliam* t V», r„l. •«•.

t'.'H fut pris ainsi que le bourg ; et les prisonniers furent mu en liberté, notamment le comte de Corbeil 1

Odon. en 1 1 1 1 , pilla le monastère de Sainte-Marie, nouvellement construit, et situé jres de Corbeil. (xtininc le monastère appartenait a l'abbaye de Saint-Denis, ce comte fut excommunié pour cet exploit féodal ; il se lit absoudre bientôt après, en restituant ce qu'il y avait enle»é. et en renonçant «ux coutumes qu'il avnit établi**. L'abbé Sugcr pailr avec humeur dn comte Odon : il n'était pas un homme, dit — il» car en lui on ne trouvait rien de raisonnable : son caractère tenait de celui d< !a brute*.

Cet Odon était fils de Burchard , aussi comte de Corbeil que le même abbé Suger qualifie de tvperhittim* comte, ahomiri' « séditieux, bouffi d'un orgueil ridicule. Ce chef do tctlérsu « osait aspirer au tronc. Un jour qu'il prit les armes contre le « roi, il refusa de recevoir son épee de celui qui la lui présena tait, et s'adressant à son épousr, il lui dit : Noble comte*», « donnez arec joie cette maqnifique e'prt au noble comte ami le « reçoit de voue comme eomte, et qui roui la rendra en et memi « jour comme roi. H arriva tout le con'raire de ses espérance- ■ il fut tué dans le combat par le comte Etienne*. » j «m>

Piulippc, lils naturel de Bertrade. comtesse d'Anjou, et du roi Philippe I", comte de Meulan, fut créé comte de Corbeil mais il en fut dépouillé dans la suite par sou frère, le roi Louitle-Cros.

Les comte*, suivant leur institution première, étaient chargés de rendre la justice ; muis, pendant les derniers legins d I' seconde race et dans le commencement de la trois eme, ayant usurpé le pouvoir souverain, ils ne s'occupaient qu'à faire la guerre, qu'à piller les églises et les marchand» sur le» chemins, etc. D'ailleurs, ne sachant pas lire et ne connaissant qui le droit de la force, ils étaient incapables de juger» tteoQsjdé' raient cette fonction comme avilissante et indigne de leur bvuv puissance. Ils prirent pour les remplir des lieutenants appelé* vicomte*. Il y eut des vicomtes à Corbeil; et leur siège fut d'abord à Foiitcnai-le-Y icomte, ensuite au château de Tigcrv.

Vers l'an 1112, l.ouis-le Gros, pour se mettre en garde euulre les nobles, ses ennemis, fit fortifier plusieurs lieux des environs de Pans, mit Corbeil sous sa puissance, enleva le comte d< celle ville, sous prétexte de conspiration, à son frerc Philippr. Dis naturel du roi Philippe et de Bertrade, le liut prisonnier pendant le reste de sa vie, exila tes héritiers, et ordonna que ses tilles seraient religieuses. Ainsi Corbeil rentra dans k domaine du roi, cessa d'être chef-lieu d'un comté et devint le siège d'une châtellenic et d'une prévôté.

Au mois de novembre 1 1 1», le pape Calixte II, accompagné du roi Louis-le-Gros et de la reine Adélaïde, vint séjournera Corbeil; ce qui ferait croire que le château de cette ville était, par son étendue et sa inagnilicence, digne de loger des personnages aussi remarquables. Mais alors on n'était pas difficile; et IcJuxe ne se portait que sur les vêlements des hommes , sur leurs armes et leurs chevaux ; les meubles, les bâtiments en étaient dépourvus; la plupart des châteaux ne se construisaient qu'en bois.

Vers le même temps, Abailard, forcé, par les intrigues et le» persécutions de ses ennemis de fuir Melun, se retira, avec se* nombreux écoliers, à Corbeil, et y établit son école; nais, peu de temps après son établissement dans cette ville, fatigue par son application a l'étude et par les tres-frequenls assaut» qu il soutenait d ois les disputes littéraires ou theologiques, il loin U malade et se rendit d ms sou pays natal k.

Maigre les guerre- continuelles de celle époque, Corbeil s'accrut, non d hommes producteurs, mais de consommateurindolents, de quelques chapelles, d'éulises paroissiales, de monastères. Déjà la collégiale de Saint-Spire prospérait, lorxjM 'u accident, dont ou ignore la cause, porta quelqu'alieinte à celle prospérité. Vers 1 1 40. le feu détruisit entièrement son église: on mit à la reconstruire l'espace de plus d'un siècle; et, eni<u" seulement, la dédicace en fui faite*.

Sous François I", il régnait de grands détordre» parmi 1rs

• KetUttl itt Bittorim 4* Fraise*, tome tu, p*fe« 3 5,61, 4 8* «t tlt.

* td., I. tu, p. SS •( ir.

* M., M p. ST.

• Hecutil «n Hittnritnt iê Franc, lam* xn, p*f« ITt.

» 1 rbeuf , Hutoirt d» dioctt da Paru, tara* II, p. «TI.

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chanoines de cette collégiale. Un arrêt dn parlement porta In réforme parmi eux. Pour le* engager à assister aux ofllces, il 1 leur fut alloué un surcroît d'émolument ; on leur enjoignit de ne point causer, rire, aller et venir dans le clionir pendant la célébration des mystères, de ne pas entretenir chez eux des femmes suspectes d'incontinence, et surtout de ne point fréquenter les lieux d'où puisse venir scandale'.

Saint- Gu*naut, autre église collégiale, était sltnée dans l'enceinte du château ; on ignore son origine, mais on a la certitude qu'elle existait en 1 125.

Saint-Jean, appelé aussi Saint-Jean de V Ermitage oa le Petit' Saint-Jtan. pour le distinguer de Saint -Jran-en-if th. était i|n prieuré fondé, au xi* siècle, par Nantier, vicomte de Corbeil. On y révérait les reliques de saint Qu'rin et de sainte Pience ; et le prieur s'amusait à exercer un droit très- remarquable : le curé de Saint- Port, au diocc<c de Sens, lui devait fournir, au jour de Saiiit-Jenn-Bapliste, trois chapeaux de nues vermeîllcset trois paires de gants rouge», et lesappnrterau prieur pendant son dîner, sous peine de cinq sous d'amende; cette redevance était établie & cause d'une terre située à Saint-Port, nommée In Terre de$ Chapeaux*.

L'Ê-ilise de Notre- Dame, dont on ignore le fondateur, parait avoir été établie sous le règne de Philippe I" : le plus ancien titre qui atteste son existence est de l'an tous. Comme a Saint- Spire, cette église, était desservie par un chapitre composé de douze chanoines et présidé par un abbé.

Ce chapitre croyait posséder dans ton église le corps de saint Von ; l'église du village de Saittt-Yon croyait posséder le même corps: grande altercation entre les prêtres des deux églises. Au mois de mat 1348, Foulques de Chanao, évéque de Paris, visitant son diccése, vint an village de Saint- Von, et se lit ouvrir la châsse Ou patron de ce village, qui, suivant l'opinion générale, contenait le corps entier du saint. L'évêquc n'y trouva qu'une partie des reliques qu'on disait appartenir à saint Von, et quelques ossements d'autres saints. Il se rendit ensuite « CorbeH, dans l'église de Notre-Dame. Les Chanoines lui montrèrent une grande ch*s»c couverte de lame< de cuivre. Sur une ftice était représenté le martyre de saint Yon; et nu bas on lisait ces mots :

Beali Yooii martrris-

Une porte fut ouverte ; et l'on put extraire de la châsse des ossements entiers et d'autres en fragments ; on y découvrit celte inscription :

Hic requitscunl ossa de beatoruin narljruoi Vanta» et Cancium».

La lecture de ce mauvais latin et la vue- d'un grand nombre d'ossements décidèrent l'évéqne. Il jugea que cette chasse contenait réellement les corps de saint Yon et de saint Canre. Il eût fallu à Foulques de Channc des connaissances en osléologie. et dans l'art de juger a quel temps appartient chaque «spéce d'écriture. On ne pouvait pas exiger autant de science d'un prélat de cette époque. La construction de cette église est du commencement du xui' siècle.

L'église de Saint~Jean-en-V hle doit ce surnom a sa situation dans une Ile formée par deux bras de la Jume, qui s'écartent a\ant de se jeter dans la Sciuc; elle était desservie par douae prêtres professant la règle de saint Augustin, selon l'ordre des chevaliers de Saint- Jean de Jérusalem. Une princesse danoise, épouse du roi Philippe-Auguste, Iscburge ou Lemburge, rut la fondatrice de cette communauté. Cette princesse malheureuse, à peine entrée dans la couche nuptiale, fut répudiée, et expia, pendant longues années, dans I exil et les prisons et par la privation des choses les plus nécessaires à la vie, le crime d'avoir déplu a son royal époux. L'histoire garde le silence sur la cause de cette disgrâce et de cette persécution

Corhcil cl *cs dépendances furent donnés à cette princesse ii titre de douaire ; elle s'y retira et y fonda cette égliseet cette communauté qui devint eommanderie et le siège du grand-trésorier de l'ordre de Malte. Le tombeau de la fondatrice, d'abord placé dans le chœur de l'église, fut transporté au fond de la croisée méridionale. On y voyait, sur une table de cuivre, la ligure de

■ Ht LaBrrrt, p. IIS.

' Lebêuf, tona si, pata ISS.

* Irhtaf, une xi, pagri tS9 et ISS.

' Voyei ci-aprét l'jrlicM Stamp4i.

cette princesse, ornée des attributs de la royauté, et on y lisait

cette inscription :

Ulr Jactl bborgi» regain generosa propago ;

Renia quud régis tait nxor signât imago. Flore nilen? monim Tint, narre rege banorum,

Inriia Franenriim régis adepta thorum.

Nobflis huju» «rai, qnod in orbls sanguins elaro Inventes rarô, meas pia, tasta eara.

Anne* mllleau* adorât deeiesque vlsenus Ter duo. lerque decem, cùm subit ipsa a«cem. Fslici dote, viia subducta caducs >.

llugode Plagiaeo mtftcit.

Cette épitaphe, en mauvais latin, n'apprend rien, si ce n'est qu'lsemhurae mourut en 1136, le 14 janvier, jour de la fête de saint Félix*.

Dans ls sanctuaire était la tribune où se plaçait cette reine lorsqu'elle assistait à l'office. On y montrait un petit chariot de fer monté sur quatre roues, qu'on traînait dans l'église pour la réchauffer en hiver.

Au midi était un vaste bâtiment nommé ls Palau delà Reine, ou se voyaient la chambre d Isemburge, et même son lit en écarlate. Ce 'fut dans ce palais que le grand-maltre de Malte, Villiars de l'Isle-Adam, tint un chapitre de son ordre. L'église, la coin manderie, le palais, tout a disnaru ou changé de faee pendant la révolution : une poudrerie les a remplacés. Le tombeau de l'épouse de Philippe-AuEOSte n'a pas été conservé : il parait que le métal dont il était couvert a tenté la cupidité et causé sa destruction.

Plusieurs reines eurent leur douaire assigné sur Corbcil, et habitèrent cette ville ; plusieurs rois l'ont honorée de leur présence ; et plusieurs siégea et combats l'ont désolée : effets ordinaires ries passions de ceux qui gouvernent et d'un état mal organisé.

En 1367. Corbeil fut pris et pillé par un chef de guerre, appelé le Bègue de Villaines, et ensuite, en 1348, par les Anglais et les Navarrais. En 1863, des gens d'armes français, après avoir pris le château des Murs, voisin de Corbeil, se jetèrent sur Cortteif, et y commirent des excès tris qu'auraient pu en commettre des soldats ennemis. En 1 389, Robert Kanolle, capitaine anglais, vint devant Corbeil et en brilla les faubourg.

Sous Charles VI. cette ville ne fut pas plus tranquille. En 1414, le duc de Bourgogne forma le projet de s'en emparer, alln d affamer Paris ; mais un corps de troupes du parti du dauphin ou des Armaunaes, commandé par Bacbasan, le prévint, occupa cette ville et y mit une forte garnison, Leduc de Bourgogne vint l'assiéger, l'attaqua pendant un mois sans succès, et fut oblige do lever le siège. Il y lit et causa de grandes perles.

I« régne de Charles V 11, «i fécond en événements malheureux, fut moins fatal 8 Corbeil que les règnes précédents : il devint plutôt un lieu de réunion, d'asile et de conférence qu'un objet d'attaque.

Le château situé au bout du pont sur la rive gauche, était vaste et bien fortifié pour le temps. Daus sa grosse tour, fameuse par son élévation, Charles VU lit enfermer, on 1487, le fameux Georges d Amboise, qui n'était encore qu'évèque de MonUuban. Il obtint la permission d'être transféré, de la prison de cette tour, dans une des chambres du château.

Le château de Corbeil devait à l'évéque de Paris un olergc du prix de vingt sous, redevance que le roi Philippe-Auguste reconnut en lias i il reconnut aussi, en même temps, le droit qu'avait cet évéque de se faire porter, lors de son installation, sur les épaules de. deux chevaliers du château de Corbeil '.

La seigneurie de Corbeil, souvent visitée par les rois de France, douaire de plusieurs reines, fut engagée, vendue et échangée par plusieurs rois. Louis XII, on 1413, la vendit a Louis de Craville, nmiral; François I" la céda, en 1430, en échange à Antoine Dubois, évéque de Beziers; Henri 11 donna la cliAtolleaie de Corbeil, en 1440, à François deKenenenoy : cette seigneurie fut engagée, en 1443, a Guy Larbnlesle, président en la chambre des comptes ; en 1480, la demoiselle de la Borde en jouissait a titie d'engagemeut ; elle passa ensuite à Nicolas

1 Ce dernier ver» était plaça aa-desasa et auiaur de la tMc de ta 8gnra. i au lira d'Orbit, on a tu OrtU ao cinquième »*ra : cette leçon n'éelaircii piu le t*»le.

» Lebtul, HiHeirtà» dwe*M i* Parla, l. ti, ». SST.

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de Neuville, seigneur de Villeroy, et resta dans sa famille au même titre d'engagement.

Le protestantisme s'introduisit à Corbeil. Le prévôt de cette ville, nomme Berger, fut un des premier» qui manifesta son penchant pour cette religion. Il entraîna dans son opinion plusieurs habitants, et notamment un procureur, appelé Quentin, qui, suivant l'historien de celte ville, « se mil à jargonner, selon « leur ramage, des abus introduits en l'église, de la superfluité « des prélats, de la débauche des moines et de l'ignorance des

• prêtres, b

Le 17 novembre ISA), les princes de la maison de Bourbon s'étant déclarés les protecteurs des protestants, depuis longtemps persécutés, le prince de Condé vint mettre le siège devant Corbeil. Voyant, dit-on. cette place bien défendue, et n'ayant pas des forces suffisantes pour la prendre, il se retira; mais voici comment s'exprime le prince lui-même : « Il ne restait plus « qu'à parachever sa principale entreprise, quand il fut averti « comme le feu roy de Navarre, son frère, était trépassé; qui

• rut cause qu'étant tout prêt débattre la ville de Corbeil, il fit « retirer son artillerie, etc. 1 »

Les habitants de Corbeil. forcés ou séduits, embrassèrent le parti de la ligne. Le 19 avril 1690, Henri IV se porta avec son armée devant cette ville qui, à dix heures du malin, lui ouvrit ses portes; le curé, les échevins et les notables vinrent, avec la croix, le recevoir dans le faubourg. Les ligueurs sentirent bientôt la nécessité de posséder cette place : le 22 septembre suivant, ils se présentèrent devant Corbeil avec une armée commandée par le duc de Parme. Celui-ci croyait s'en rendre maître dans l'espace de cinq à six jours ; mais ce ne fut que vingt-quatre jours après le commencement du siège, le 1 6 octobre suivant, qu'il parvint à la soumettre; pour cela, il donna un assaut général et sacrifia un grand nombre de soldats : Corbeil subit le malheureux sort des ville* prises d'assaut. Voici ee qu'en dit l'Es toile : « Les habitants ont été pillés et sacca- « gés, leurs femmes et filles violées ; et peu ont évité la bruta- « lité des soldats et leur violence. Rigault, charge de défendre « Corbeil, fut tué sur la place : ce capitaine était fort estimé « par Henri IV *. » l<es écrivains du temps disent que le duc de Parme fut l'objet de la moquerie des Français pour avoir resté si longtemps à prendre Corbeil. Si l'on excepte l'F.stoile, que j'ai cité, il n'en est pas un qui s'indigne des actes barbares et sanguinaires de ce prince, pas un qui déplore le malheur des habitants : alors ces crimes, ces désastres étaient journaliers.

Le 10 novembre 1490. M. de Glvry, gouverneur de la Brie, stimulé par une lettre de Henri IV, partit de Helun, et, dans l'espace d'une heure, reprit Corbeil par escalade. Toraque, espagnol que le duc de Parme y avait laissé, y fut tué '.

Corbeil est aujourd'hui, comme il était au xi' siècle, divisé en deux parties par le cours de la Seine. La partie située sur la rive droite, anciennement nommée Vieux-CÔrbell , la moindre en étendue, est considérée comme un faubourg Sur uue colline qui domine la ville, était l'ancienne église paroissiale de Saint- Germain ; l'église qui lui a succédé esl celle de Saint-Léonard, située au bas de là colline. Un beau pont en pierre qui remplace d'autres ponts plus anciens, en pierre ou en bois, sert à communiquer de cette partie de Corbeil à la partie située sur la rive gauche de la Seine.

Cette seconde partie, spécialement nommée la ville ou le Nouveau-Corbeil, est plus étendue, plus populeuse que l'autre. Au bout du pont , du coté de la ville . se trouvait l'ancien château. Dans cette partie est encore l'église de Saiut-Kxupcrc ou vulgairement Saint-Spire , aujourd'hui paroisse de (<orbcil ; c'est aussi dans celle partie qu'étaient l'église et la maison de Saint-Jean-en- l'Ile, transformées depuis en poudrière, qu'était l'église de Salnt-Guenaut, où l'on a placé les prisons et la bibliothèque publique , composée de quatre mille volumes.

Il se fait a Corbeil un commerce considérable de grains et surtout de farines ; de beaux moulins établis sur la rivière de Juine servent à la mouture; un vaste bâtiment, nommé le Magasin, reçoit les farines destiuées à l'approvisionnement de Paris. On y voit une belle halle solidement construite, avantageusement située , bâtie , en 1780 , sur les dessins de M. Viel.

' Uiuwirti it Ceadé, Unit i», |>j*f 1»S. •Journal Ur HrarilV, lom« I, p«gc 9S,

• Juurmml 4» Uturi il, M., pH, »7.

' On y trouve diverses manufacture* de papiers , de toiks (.-finies, etc.

Corbeil, chef-lieu d'arrondissement , est du département de : Seinc-«t-Oise. Sous Louis XV, on y comptait 963 habitants ; aujourd'hui, leur nombre s'élève à 1,48t. On remarque ici. comme on l'a remarqué dans la plupart des lieux que mentionne cet ouvrage , l'accroissement de ta population : depuis environ cinquante ans, elle a plus que triplé.

Bourg situé sur la grande route de Paris à Fontainebleau, à un quart de lieue de Corbeil et à sept lieues et au sud de Paris.

Axona, Etsona, Exona, sont les diverses manières dont le nom de ce lieu est écrit dans les anciens monuments historiques. Le roi Clolaire, au vi» siècle, fit don à l'abbaye de Saint \ Denis de la maison des Champs ( Villa), appelée £x»na , située , sur la rivière d'Essonne {Exona), dans le pays parisien. Par )a suile, le roi Clovis II, au vu» siècle, confirma cette donation : mais des hommes méchants, cupides et injustes, enlevèrent cette propriété a l'abbaye de Saint-Denis. Les moines en portèrent leur plainte au roi Pépin, qui, par une ordonnance de juillet 766, restitua à cette abbaye le lieu d'Essonne, que pos- | sédHit alors le comte Buuchon '.

! Tel esl l'historique contenu dans le diplôme de Pépin. L';tb'jc I Lebcuf prétend que ce lieu était un domaine roval, qu'on v battait monnaie, et que Corbeil s'est agrandi aux dépens d'Essonne *. Dans les mouumcuU historiques do la première et de la s« conde race, je n'ai rien trouvé qui puisse justifier ces prétentions- Celte terre fut, dans la suite , l'une de celles que l'abbé Hilduin accorda aux moines pour leurs habits et chaussuies, lors du partage de 832.

Un bourg se forma et une église s'établit dans ce lieu. Celte église , dédiée à saint Etienne , fut, sous le règne de Louis-le- Cros, la propriété d'un laie, Ansel de Garlande, sénéchal de ce roi ; ce qui prouve un désordre fort commun alors. Ce sénéchal en fit don au prieuré de Gournay, dépendant de l'ordre de Cluny. Dès lors, la Urre n'appartint plus à l'abbaye de Saiut- Dcnis, S iige r nous apprend que, par un acte de violence d'un certain tyran, sans doute Odon , la propriété en était passée aux comtes de Corbeil \ L'abbaye de Saint-Denis ayant, de celte sorte, perdu le bourg et l'église d'Essonne, chercha un dédommagement dans rétablissement d'un prieuré. Le coteau du midi possédait une petite chapelle de Notre-Dame alors en ruines, sur l'autel de laquelle les brebis venaient paître. Le bruit se répandit tout-à-coup qu'on y avait vu briller pendant la nuit des cierges allumés. Quelques malades s'y firent porter et y obtinrent guérison : voilà un lieu de pèlerinage. Vers 1 1 to, Adam, abbé de Saint-Denis, envoya Hervé, son prieur, avec un de ses religieux pour faire rétablir la chapelle. Mais le comte de Corbeil, OJon, ennemi de l'abbaye, troubla cette opération, en pillant le trésor formé du produit de la piété des fidèles. Il fui excommunié; il n'eut p.is sans doute tenu grand compte de cet analucme spirituel ; mais, heureusement, il tomba malade, fit pénitence et obtint l'absolution en abandonnant aux religieux présents et à venir de ce lieu, certains droits $ur te foin et la chair de pore, qu'il pouvait réclamer.

Cependant, le nombre des miracles «'augmentant de jour en jour dans cette chapelle , Suger , devenu abbé de Saint-Denis , dans l'aimée 1131, en fit un véritable prieuré où il établit douxe religieux pour vivre avec le prieur. 11 assigna diverses terres el redevances à l'entretien de cette communauté, et accorda plusieurs privilèges à son chef. Les abbés de Saint - Denis obtinrent daus la suile la haute justice sur ce bourg ; ils eurent des fourches patibulaires sur son territoire ; ce qui fut reconnu par arrêt du parlement au xm« siècle v.

La nomination au prieuré d'Essonne était échue au roi depuis l'union du titre abbatial de Saint-Denis à la maison de Saint Cyr ; il fut donné à l'abbaye de Colomb , daus le diocèse de Chartres ; mats il avait déjà beaucoup perdu de son ancienne prospérité ; enfin, dès le milieu du xvui' siècle, ce n'était plus

• Frcerplum Pipinî reji*. Keeutii du Uùtorim dt Frmu, U v, p. 70a. ' Ltittf, loitio il, ptgo Ml.

* Dwttni , loifie i», p. 35».

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HISTOIRE DES ENVIRONS DE PARIS

; et il n'y re-tall qu'une église abandonnée et

'Ëtonne est situé au fond d'un vallon où coule la rivière de Juine. Il faut. en suivant la grande route, beaucoup descendre pour v arriver, beaucoup monter pour en sortir ; mais la pente de la route n'est pas, de part et d'autre, aussi rapide qu elle le parait au premier coup d'œil.

I .1 rivière de Juine, qui reçoit le nom d'Etnmpes au-dessous d'Etampes, et celui d'Kssonne au-dessous de ce bourg, fait mouvoir, a droite et à gauche, du cote d'amont comme du côté d'aval , plusieurs usines considérables , tels que martinets à cuivre, moulins a blé, moulins ù foulon , à tabac, papeteries, tanneries, filatures, etc.

On distingue à Essonne une fabrique royale de poudre qui fut. en 1815. dévastée par les alliés , une manufacture de toiles peintes, établie par feu M. Oberkampf, à l'instar de celle de Jouy ; une filature de coton, où I on remarque une belle mécanique que fait mouvoir un bras Je la rivière : la maison de cette manufacture s'appelait (hantrmtrlt. Au xvu* siècle, elle appartenait au ?ieur Hasselin. maître d'hôtel du roi, qui avait établi dans se* jardins des jets d eau, des cascades : elioses rares alors et fort admirées.

On exploite à Essonne de la tourbe que le sol oITre en abondance. Cette exploitation a commencé sous le règne de l-ouis XIII. Voici comment Gui Patin en [ arle : a II n'y a pas « trente ou quarante ans, dit-il, qu'un bomme qui avait beaun coup d'esprit et qui était fort entreprenant, fit tirer vers « Essonne plus de deux cent mille tourbes pour servir d'ecban- « téllmi a l'usage qu'il en voulait rendre public : mais sa mort « empêcha h réussite de ce grand projet, ne s'étnnt trouvé À personne qui eût le courage, les moyens et l'intelligence « nécessaires pour le poursuivre. Des bergers, ayant froid en <i liivr, llient du feu avec du chaume et .les hurhrtt>-s contre « ce monceau, qu ils ne jugeaient être que de la Ici re ordinaire; <( mais ils fuient bien suiprisde voir brûler ce grand amas que ■ l'entrepreneur avait mis là pour sécher , qu'on ne put jamais « l'éteindre avant son entière consommation. Les anciens du « pays disent que ce feu dura trois jours et trois nuits. Paiin « ajoute ajoute que le sieur de Chambre obtint, en 1648, un « brevet qui l'autorisait à exploiter ces tourbes, n

ElSOlUN appartient au département de Seinc-ct-Oise et à l'arrondi-M ment de Corbril. Sa population est évaluée par les uns àj, 300 habitants, et par les autres à environ 1.700 ha-

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