‹ Histoire physique, civile et morale des environs de ParisChapitre 82 sur 144 · FONTAINEBLEAU · texte numérisé non relu

FONTAINEBLEAU

Ville et château royal situés au sein d'une forêt qui porte le même nom, sur la grande route de Paris à Lyon, à quatone lieues de la première ville.

II est difficile de déterminer l'époque de la fondation de cette célèbre résidence rojale. On l'a successivement attribuée, sans beaucoup de fondement . i divers princes, tels que Robert ', Louis VU » et Louis IX*. Il est certain que vers le milieu du Mi- Siècle, ilexistait.lansla forêt de Fontainebleau une maison royale. Il reste un acte dalé de Fontainebleau £t qui se rapporte a I ..i.néc l Ui , donné par Louis VII ». Une charte du même roi, portant une donation à quelques moines des environs, datée de 1 180, se termine ainsi : Âetum public* apud fonterk

BLfcAl 01 , ffi PALATIO NOSTBO* .

On a latinise le nom de ce lieu par Font Blaudi , Bliaudi, BhtulJi; et on l'a traduit en frauçais par Fontaine-Belle-Eau, é cause des eaux vives et abondantes qui y coulent ; mais cette etymologie, quoique séduisante, u'ost pas la véritable; il parait que Blaudi ou Bliaudi est le nom propre d'un homme possesseur du :ieu, et qui, le premier, y aura fait construire uue habitation auprès de la fontaine.

Louis VII fit bâtir, en 1 169, une chapelle à Fontaine- Bleaud, attenant à la maison royale et dédiée a saint Saturnin. Plus tard, il dota de certaines rentes et pensions « sur ses domaines, ■ ladite chapelle, laquille il donna , avec la garde de sondit « château, & un nommé le seigneur Barthélemi, son chapelain « ordinaire, avec cette clause particulière que, comme com- « mensal de la maison, présent la roync et lils de France, il a aurait inlière livrée de pain, vin, viandes, bois, chandelles, « ainsi que tout ce que dessus parait par la charte qu'U fit « dresser sur ce sujet. »

Cette chapelle fut , un peu plus tard, consacrée parle célèbre Thoma, Becket, archevêque de Cantorbéry, pendant son séjour en France.

Philippe-Auguste habita fréquemment Fontainebleau comme son jjère : il reste un très-grand nombre d'actes de ce prince, dates de cette résidence, entre autres, une charte par laquelle il donne à l'Hotel-Dioude Nemours tout le pain qui restera sur sa table pendaut le temps qu il passera a Fontainebleau : cette pièce est de 1 1 86

Saint i-iniis se plut également beaucoup dans ces lieux; il se sert, en les designaul, dans plusieurs de ses lettres, de cette expression, nos déserts: ce qui autoriserait à croire que Fontainebleau u'élait pasencore considérable. H lit ajouter plusieurs constructions aux constructions précédemment établies, eutre autres un pavillon qui a conservé son nom, quoiqu'il ait été rebâti par Frauçois I". C'est là , daus une chambre qui sert maintenant d'entrée à l'appartement du roi, qu'eu 1239 , se vovant dangereusement malade, il donna des conseils salutaires

i Hhloir,d.M,lu*, ptr «o.nll.rd, ptgrs 4»» et SOS.

* Marin, Milnirr du Gélinaii, li.rr m, page SO».

• P»vin, // , U ,V«wrr», li»rr tvm.

♦ Dobrrull « Sam «Al. Annuité, d* tt Htl, de fmri:

'Uu.lberl, l>»cripi»m ki*«ri,ue + FanfimMenu, ,n-|i, „>me „. ^ « Cm/Wrl, lome i. pages.

1 à 1 un de ses fils. « En une moult grand maladie que il ol A I « Fontenne Rliaut, dit Join ville, il adressa ces paroles à son « fils ainé : Biau filz , flst-il , je te prie que tu te faces amer au « peuple de ton royaume, car vraiement je amrraie mie* que « un Eicot ( Ecossais ), venist d'Ecosse et gouvernast le peuple « du royaume bien et totalement que tu le gouvernasse mal « apertement*. »

Ln 1259. ce roi, suivant sa pieuse habitude, fonda un hôpital à Fontainebleau pour y recevoir les pauvres et hs malades

2ui. dans ces déserts arides, dit-il, affluent de toute part. Il y tablit, pour le desservir, sept religieux de la S 'iule-Trinité et des captifs ou Malhurins qui devaient aussi desservir la chapelle de Saint-Saturnin, et une autre chapelle de la Trinité, qu'il fit construire dans le château.

On voit, par les termes même de la charte de fondation de ces Mnthurins, que l'église du hameau d'Avon existait des lors, et qu'elle était l'église paroissiale du bourg et du château.

Phihppe-lc-Bel naquit et mourut a Fontainebleau. Tout ce qu'on sait de lui relativement à cette résidt nec royale, c'est qu'il coufirma les concessions faites précédemment aûx Mithurins, et qu'il les lit exempter, par une bulle du pape Clément V, de toute juridiction de l'ordinaire. Celte bulle, de 1305, donne lieu de penser que les fils de Philippe, qui portèrent successivement la couronue après lui , avaient reçu le jour à Fontainebleau.

Le château fut successivement embelli et augmenté sous les règnes suivants.

Charles VII, dans une de ses lettres, parle de Fontainebleau dans les termes suivants : Sa très-chère dame et mer e av ni t , dit - II, employé les deniersdu royaume et des aide* de l/Wun.... à la rééducation d un tres-bel et ttes-notable hôtel aeùs en la forêt de Bière , au lieu dit Fontainebleau , auquel ses predecesteurs , rois de France, ataient souvent coutume de courre la chasse, lequel laitiie dame et mère avait propos* faire rt édifier tout dV neuf.... en considération de ce fu'il lui avait e'té rapporté que les feus rois Jean et Charles , son ayeul , et ses oncles d Anjou , de Berry et de Bourgogne y avaient été préservée de la grande mortalité qui, au temps de leur jeunesse (en mil trois cent cinquante), avait été tris-grande partout ce royaume , hors audit Fontainebleau*.

A celte époque, comme on voit , la forêt conservait son nom primitif de UW», et n'avait pas encore reçu celui du château.

Le même monarque fit , dit-on , exécuter quelques peintures dans ce château. Louis XI y commença une nouvelle bibliothèque, que Louis XII Ht. dans la suite, transporter à Blois

Le règne de François 1" signale plus particulièrement Fontainebleau à notre attention, a Voulant accroître ledit château, « où il faisait son plus grand séjour, ce roi fit abattre l'église « de la Trè«-SuiuU:-Trinité, les cloistres, dortoirs, hospital, « maison abbatiale et jardins desilits religieux, ou Dt bâtir de « nouveau l'église et la chapelle dicte de la Trinité, qui est « encore de présent au ebasteau, qui a toujours esté desservie « par lesdits religieux et chapelains jusqu'en l'an mil six cent « huict, qu'ils furent contraints y cesser le service divin, et le « faire en une autre rhapelle basse dudit ebasteau pendant « quinze ou scise années, que le grand et «scellent peintre « monsieur de Frémi net, Parisien, travailla aux dessins et a peintures qui sont estimés les plus excellentes cl premières a de l'Kurope; le prix en est inestimable , et ledit sieur Frèuii- « net a galgné aux peintures de Fonlaine-Bleau plus de cent <s mille crus: estant toutefois prévenu de la mort, il n'a eu ex de loisirs de raehever plusieurs bonnes pièces en celte église*. • Pendant ce règne, bien d'autres changements s'opérèrent dans le château : plusieurs bâtiments furent reconstruits; et l'on en ajouta quelques autres entièrement nouveaux; des jardins vastes et bien dessinés contribuèrent aussi à l'embellissement do cette résidence : tout fut exécuté d'après la direction et sur les dessins du Primatiee. Ces merveilles, nouvelles encore, et que le siècle de Louis XI Va cffjcées , excitèrent , a cette époque où les arts ne faisaient que de naître, une vive admiration. Les contemporains ne s'expriment qu'ave.- enthousiasme en parlant de Fontainebleau. cEtiGâUoois, dit BelleforcstS «st

l Hittnirtde «i»lt»»n. par Jolmiilo. édition dt I7SI, ftft A. lAMnl-fan, lerrci, liL SI, Art llî dr.Ord. de, nur ,1 f„rUu 1 V»rta, n\rc m, page SI».

HISTOIRE DBS ENVIRONS DE PARIS

« la maison magnifique, superbe «-li&tcau et palais royal de « Fontainebleau, le siège et déduit des rois de France, lequel m s'en allant pnsqu'en ruine a été remis tus de notre temps « par ce grand roy François, premier du nom, qui, ayant re- « couvert les maîtres architectes les plus excellens de l'Europe , « o fait aussi faire ce chef-d'œuvre autant rare qui se voyeguere « en toute la Gaule. Aussi le lieu est en si belle assiette pour « le plaisir, les bois y étant foison nans, la proye à souhait, « les ruisseaux et étangs, le gibier et le poisson, et l'air y étant c sain et libre, etc. »

Postérieurement, un autre écrivain s'exprime en ces terme» : « La maison royale de Fontainebleau est en une résidence belle « et spacieuse, sereine et tempérée , rare en beauté , gracieuse

« en séjour et abondante en toute sorte de délices. C'est là que « se trouvent les pompes cl les magnificences françaises; et c'est « là que se voit tout ce qu'il y a de plus beau en la cour du c plus grand roy du monde ' . »

En i 630, François I" y établit une bibliothèque riche en manuscrits grecs et orientaux , et en livres imprimés. Cette nombreuse collection d'ouvrages recueillis dans plusieurs partie* dt l'Europe et de l'Asie , par les soins du savant Guillaume Budée, « fut, dit Morin, A cause du tumulte des guerres civiles, transo portée en la ville de Paris, où elle est encore de présent en « un grand logis au derrière des Cordelicrs, à la rue de La a Harpe, où demeure M. Rigault, l'un des doctes persoa- <« nages du temps , advocat au parlement et bibliothécaiie

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