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noires. Les cberoux bout liés d'un petit cordon par derrière la tête. Vne V1'' gne , ondée de petits grains de rassade de différentes couleurs, et garnie p"r le bas d'une frange de rassades, d'environ trois pouces de hauteur, couvre leur nudité. Ce camisa, nom qu'elles lui donnent, n'a pas plus de huit à «I* pouces de large, sur quatre on cinq de long , sans y comprendre la haute"1 de la frange, et de chaque cùté une petite corde de coton le Lient lié sur 1* reins. La plupart ont au cou plusieurs colliers de rassade, de différentes gr**" seurs , qui leur pendent sur le sein , et des bracelets de même espèce au* !K" guets et au dessus des coudes, avec des pierres bleues ou des rassades enlu''l's qui leur servent de pendants d'oreilles. Les enfants de l'un et de l'autre sflï*» depuis la mamelle jusqu'à l'âge de huit ou dix ans , ont des bracelets et one ceinture de grosso rassade autour des reins. Un ornement propre aux leni'11L's est une espèce de brodequin de coton, qui leur prend un peu au dessus fl la cheville du pied, et qui a quatre ou cinq pouces de hauteur. Vers l'âge "l douze ans (car les Caraïbes ne sont pas Tort exacts dans le calcul des année8?» on donne le eamisa auxlillesau lieu de la ceinture de rassade qu'elles ont IJ°r' tée jusque alors, et leur inère ou quelque parente leur met des brodequins *** jambes. Elles ne les ôtent jamais s'ils ne sont absolument usés ou déchi**6 par quelque accident. 11 leur serait môme impossible de les ôler, parce <ft l" tant travaillés sur leurs jambes, ils sont si serrés, qu'ils ne peuvent ni i"0"' ter ni descendre; et les jambes n'ayant pas encore toute leur grosseur a " âge, elles ne peuvent croître avec les années sans se trouver pressées jus<1" ' rendre le mollet plus gros et plus dur qu'il ne l'aurait été naturellement- "' Ire l'épaisseur du tissu, les extrémités de ces brodequins ont un rebord u" demi-pouce de large par le bas , et du double par le haut , assez fort po"r s' soutenir par lui-mèine comme le bord d'un chapeau, et cette parure au jambes d'une femme ne laisse pas d'avoir un certain agrément; mais il <aa qu'elles conservent cette chaussure toute leur vie, et qu'elles l'emportent a*^ elles au tombeau.
i Lorsqu'une fille a reçu le caniisa et les brodequins , elle ne vit pl'is aï les garçons dans la familiarité de l'enfance ; elle se retire près de sa mère , ne s'en éloigne plus ; mais il est rare qu'avant cet âge. elle n'ait pas été mondée par quelque jeune homme, qui la regarde alors comme sa fem01^' en attendant qu'elle puisse l'être réellement. Ce choix se fait dès I'âge quatre ou cinq ans, et presque toujours dans la famille. A l'exception ^ frères et des sœurs, il peut s'exercer parmi les parents de tous les degrés* la pluralité des femmes étant pwfcutoo, on voit le même homme prendre tr ^ ou quatre soeurs qui sont ses nièces ou ses plus proches cousines- 'ls pour principe que de jeunes filles élevée* ensemble, s'en aimeront fiiïcu
Wfuff
l|,i'oni en meilleure Intelligence , su rendront ['lus volontiers des services ""duels, et serviront mieux leur purent et leur mari.
» Si les colliers, les bracelets, le caniisa et les brodequins sont proprement '•> parure des femmes , les hommes ont aussi des ornements particuliers , qui *"M If> caracolis et les plumes. Caraeoli est tout à la fois le nom de la QitaHe ui celui de la matière dont elle est composée. C'est un métal qui vient, ''"-on, de la Terre-Ferme, et. qu'on croit un mélange d'argent, de cuivre et '' Or. H parait certain qu'en terre ou dans l'eau sa couleur ne se lernil jamais.
■ juge, continue Labat, que le fond est un métal simple, mais aigre, grenu ''' cassant ; ce qui oblige ceux qui l'emploient. d'y mêler un peu d'or pour le 1 Sgudre plus doux et plus trailable. Les orfèvres français et anglais ont souvent feulé de l'imiter en gardant une certaine proportion dans leur alliage : sur Sl" parties d'argent. , ils ont mis trois parties de cuivre rouge purifié, et une Partie d'or. Ils ont fait de celte composition des bagues, des boucles, des '"'ignées de cannes et d'autres ouvrages, mais fort inférieurs au caraeoli des levages, qu'on prendrait pour de l'argent sur-doré. Les figures qu'ils en OH sont des croissants de différentes grandeurs, suivant l'usage auquel ils Veulent les employer. Ils en portent un à chaque oreille , attaché ordinairement !>ar mie p^ite chaîne à crochet , et la distance d'une corne à l'autre est d'en- Vl|'0n un pouce et demi. Au défaut de chaîne, ils les attachent avec un lil ^ colon passé au centre du croissant. Us en portent un aulre de même grandeur à Ventre-deux des narines, d'où il bat sur la bouche. Le dessus ^ la lèvre inférieure est aussi percé et soutient un quatrième caraeoli , plus S'and d'un tiers que les précédents, et dont la moitié passe le menton. Enfin ''s en ont un cinquième , de six pouces d'ouverture , qui est attaché avec une I^lhe corde au cou, et qui leur tombe sur la poitrine. Cette multitude de Croissanis les fait ressembler à des mulets ornés de leurs plaques. Lorsqu'ils he portent point leurs caracolis , ils remplissent les trous qu'ils ont aux oreil-
(S> au nez et à la lèvre , avec de petits bâtons qui les empêchent de se bouger. Quelquefois ils portent des pierres vertes aux, oreilles el à la lèvre; cl, l's n'ont ni pierres vertes, ni petits bâtons, ni caracolis, ils y mettent des Mîmes de perroquets, rouges, bleues et jaunes, qui leur font des mous-
*clies de dix à douze pouces de long , au dessus et au dessous de la bouche, purs enfants ont dans leurs cheveux quantité de plumes de différentes cou-
eurs, attachées d'une manière qui les y tientdroiles, et cette parure, dit-on, 1 n *st pas sans gràce. »
"s ont plusieurs sortes de langage ; l'ancien , qui leur est propre et natu-
8*j a de la douceur, sans aucune prononciation gutturale. Maïs ils se son I
li'il
"» jargon mêlé de motseui-onéens, yurioul espagnols, qu'ils ne parlent
qu'avec les étrangers. Dans leur propre langue) quoique les Caraïbes de lo»'f les les îles s'entendent parfaitement, ils ont des dialectes qui ne. se ressent' blent point. Les deux sexes ont même des expressions différentes pour les mêmes clioses , et les vieillards en ont aussi qui ne sont point usitées parfl" les jeunes gens ; enfin ils ont un langage particulier pour leurs conseils , a"' quel les femmes ne comprennent rien. Lorsqu'on a commencé à les connaîtra ils n'avaient aucun terme d'injure, aucun de vice, de vertu, d'arts et <■ sciences. Ils ne savaient nommer que quatre couleurs , blanc , noir , jaune c rouge , auxquelles ils rapportent toutes les autres.
Ils sont naturellement pensifs et mélancoliques, maisils alleclenl de parad'^ gais et plaisants. Le plus grand affront qu'on puisse leur faire est do les nomme' sauvages : ce nom , disent-ils , ne convient qu'aux bêles farouches. Ils ne aW* ' fient pas plus volontiers qu'on les nomme cannibales, quoiqu'ils n'aient jamais perdu l'usage de manger la chair de leurs ennemis ; el lorsqu'on leur en fait un reproche , ils répondent qu'il n'y a point de bonté à se venger. Le ii°" de Caraïbe leur déplaît moins, quelque idée qu'on y veuille attacher , p*TCS que dans leur ancienne langue il signilie bon guerrier ou courageux. Brigs' tocK assure qu'il a la même signification dans la langue des Apalachites.
iis s'aiment entre eux , et leur sensibilité va si loin les uns pour les auti"5 ■ qu'on en a vu mourir de douleur en apprenant que leurs compagnons étaie" lombes dans l'esclavage , ou qu'ils avaient élé maltraités par les Européen * Ils ne se consolent point d'avoir élé chassés d'une partie de leurs des , el SO*1 vent ils reprochent encore cette injustice aux vainqueurs. Ils ne peuvent s ac eoutumer non plus a leur avarice; c'est toujours un nouveau sujet d'clonn ment , une chose incompréhensible pour un Caraïbe , de voir préférer l'or a verre et au cristal.
Le vol est à leurs yeux un crime fort noir. Ils laissent leurs habitations CM** vertes et sans aucune défense. S'ils s'aperçoivent qu'on leur ait enlevé qnel'l" chose, ils en portent une espèce de deuil pendant plusieurs jours ; ensw L toute leur ardeur est pour la vengeance : car autant ils ont d'affection les ni pour les autres , autant ils sont capables de haine lorsqu'ils se croient offense ■ Un Caraïbe ne pardonne jamais.
c kabitiiiiun. Repas. Hamacs. Ouvrages des n
i jicrroqui'ls-
Leurs maisons , qu'ils nomment carbeti , comme Ira Indiens de la Cuian(' > sont d'une forme singulière, Labat , qui eut occasion d'en voir une des p ' belles , joint à sa description une peinture curieuse des circonstances et o» quelques usages de la nation. C'est dans ses ternies qu'on \a donner ce iw '
' Le Caraïbe maître du cartel avait été baptisé . aussi bien que sa femme ,
e[dixou douze curants qu'il avait eus d'elle et de plusieurs autres. H avait un calcçon de toile sur un habit neuf d'écarlate, c'est-à-dire qu'il venait d'être "^oué, car il n'était que neuf heures du matin lorsque nous entrâmes chez '"'• Sa femme avait autour des reins une pagne qui lui descendait jusqu'à miches. Nous vîmes deux de ses fdles , de quinze à seize ans , qui n'avaient à flotre arrivée que les anciens habits de la nation , c'est-à-dire le camisa, les brodequins et les bracelets ; mais un moment après , elles se firent voir avec des lignes. Quatre grands garçons, bien rocoués , avec la bande de toile à la petile corde, étaient près du père. Les autres entants étaient encore jeunes, et avaient pour tout vêlement qu'une ceinture de rassade. Nous trouvâmes bailleurs une nombreuse compagnie dans ce carbet ; c'étaient environ trente fkfaïbes qui s'y étaient rendus pour une cérémonie que nous n'avions pu Prévoir , el que j'aurai bientôt l'occasion d'expliquer.
11 La maison , ou le carbet , avait environ soixante pieds de longueur sur vil»gl-quatre à vingt-cinq de large , à peu près dans la forme d'une halle. Las &elUs poteaux s'élevaient de neuf pieds hors de terre , et les grands à proporl'°n ; les chevrons louchaient à terre des deux côtés ; les lattes étaient de ro- Seaux, et la couverture, qui descendait aussi bas que les chevrons, était de Quilles de palmier. Un des bras de l'édifice était entièrement fermé de roseaux "* couvert de feuilles , à la réserve d'une ouverture qui menait à la cuisine ; attire bout était presque entièrement ouvert. A dix pas de ce bâtiment il y tn avait un autre moins grand de moitié , el divisé en doux par une palissade (le roseaux. Nous y entrâmes : dans ia première chambre, qui servait de cui- Suil'e , sept ou huit femmes étaient occupées à faire de la cassave ; la seconde "Vision servait apparemment de chambre à coucher pour toutes ces dames , et Pour les enfants qui n'étaient pas encore admis au grand édifice ; elle n'avait « autres meubles que des paniers et des hamacs.
* C'était aussi l'unique ameublement du grand carbet. Le maître et les Stotre fils avaient , près de leurs hamacs , un coffre, un fusil , un pistolet, u" sabre el un gargousier. Quelques Caraïbes travaillaient à des paniers. Je Vls aussi deux femmes qui faisaient un hamac sur le métier. Les arcs, les llèles, les massues étaient en grand nombre, proprement attachés aux che- Vr°ns. Le plancher était de terre ballue , fort net et fort uni , excepté sous les Chères, où l'on remarquait un peu de pente. Il y avait un fort bon feu, vers e 'iers de la longueur du carbet, autour duquel huit ou neuf Caraïbes , acr°upis sur leurs jarrets , fumaient , en attendant que leur poisson fût cuit. ^ messieurs nous avaient fait leurs civilités ordinaires , sans changer de pos- Urpj eu nous disant dans leur jaroon ; Bonjour, compère, toi tenirtafa. Leurs
poissons étaïcnf par le travers du feu , pêlc-méle enlre le hui? et ies diarboi18' .le les pris d'abord pour quelques restes de bûches ; mais un de mes cbnip*" fiions ilf voyage , qui connaissait mieux que moi la nation , m'assura qu'api'1^ avoir goûté de ces niefe , je ne prendrais pas les Caraïbes pour de mauvais cuisiniers.
» Cependant l'heure du dîner s'approchait , et l'air de la mer nous avâu (lonnti de l'appétit. J'ordonnai à nos nègres d'apporter une nappe , et vojaM au coin du carbet une belle natte étendue , que je crus l'endroit où nos Rot» devaient prendre leur repas, je jugeai qu'en attendant qu'ils en eussent besoin, nous pouvions nous en servir. Après y avoir fait jeter une nappe et quelques serviettes, je fis apporter du pain, du sel et un plat de 'viande froide, qui étaient toutes nos provisions, et je m'assis avec mes deux, compagnons 0e voyage. Nous commencions â manger, lorsqu'on jetant les yeux sur les Caraïbes, nous observâmes qu'ils nous regardaient de travers, et qu'ils parlaient au maître avec quelque altération. Nous lui en demandâmes la raison : il n<>"s dit assez froidement qu'il y avait un Caraïbe mort sous la natte où nous étions assis , et que cela fâchait beaucoup ses parents. Nous nous bâtâmes de nous lever, et de faire ôler nos provisions. Le maître fit étendre dans un autre endroit une natte sur laquelle nous nous mîmes , et , pour réparer le scandale . nous fîmes boire toute la compagnie.
i Dans l'entretien que nous eûmes avec le maître, en continuant notre repas , il nous apprit que tous ces Caraïbes s'étaient rassemblés chez lui pour célébrer les obsèques d'un de ses parents, et qu'on n'en attendait [dus qu a" petit nombre d'autres de l'île Saint-Vincent pour achever la cérémonie. Suivant leurs usages, il est nécessaire que tous les parents d'un Caraïbe q1" meurt le voient après sa mort , pour s'assurer qu'elle est naturelle. S'il s ™ trouvait un seul qui ne l'eût pas vu , le témoignage de tous les autres eiisc»1* ble ne suturait pas pour le persuader, et jugeant, au contraire, qu'ils aurait contribué tous à sa mort , il se croirait obligé d'en tuer quelqu'un pour la vç*
ger. Nous remarquâmes que notre hôte aurait souhaité que ce Car.ïihe ne
lui
eut pas fait l'honneur de choisir son carbet pour mourir, parce qu'une nombreuse compagnie diminuait son manioc, dont il n'avait qu'une JÙSW provision pour sa famille.
» Je lui demandai si la qualité d'amis ne pouvait pas nous faire obtenu1 ^ ' voir le mort. Il m'assura que tous les assistants y consentiraient avec plai*'r' surtout si nous buvions et si nous les faisions boire à sa santé. La natte et I planehes qui couvraient la fosse furent levées aussitôt. Elle avait la forme a un puits , d'environ quatre pieds de diamètre , et six :'i sept dé profondeur
corps y était à peu près dans la même posture que ceux que imu:
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- 21a trouvés autour du fett. Ses coudes portaient sur ses genoux, et les paumes do **S mains soutenaient ses joues. 11 était proprement peint de rouge , avec des "toostaches et des raies noires ; ses cheveux étaient liés derrière la tête : son ■*6( ses flèches, sa massue et son rouleau étaientà côté de lui. Il n'avait du sable que jusqu'aux genoux, autant qu'il en fallait pour le soutenir dans sa Posture , car il ne touchait point aux bords de la fosse, ,1e demandai s'il était Permis de le toucher : on m'accorda celte liberté. Je lui louchai les mains , le v's^ge et le dos. Tout était très sec, et sans aucune mauvaise odeur, quoiqu'on u,'ût pris aucune autre précaution que de le rocouer au moment qu'il avait '''■"du Fâme. Les premiers de ses parents qui étaient venus avaient ôté une 8&rtie du sable pour visiter le cadavre ; et comme il n'en sortait rien d'infect , °n n'avait pas pris la peine de le. recouvrir de sable , pour s'épargner celle de P*er à l'arrivée de chaque nouveau parent.On nous dit que, lorsqu'ils seraient ïonns tous , la fosse Serait remplie , et fermée pour la dernière fois. Il y avait Près de cinq mois que ce Caraïbe était mort. Je regrettai beaucoup que, psn- ('ant les quelques heures que nous passâmes dans le carnet , il ne fût point ^fi'ivé quelqu'un des parents qui nous eût donné la satisfaction de voir leurs Gémonies.
"Aussitôt que les poissons furent cuits, les femmes apportèrent deux ou '''ois corbeilles chargées de cassaves fraîches, avec deux grands vases, l'un P'ein de taumali de crabes , et l'autre de pimentade, accompagnés d'un grand P'mier do crabes bouillis, des poissons qui élaient au feu, et de quelques «ttrea poissons à grandes écailles. Quoique j'eusse assez dîné, je ni'nppro- ™R néanmoins pour goûter de leur poisson et de leur sauce. Ce qu'il y a 'le commode avec les Caraïbes, c'est que leur table est ouverte à tout le "tonde, Pi que, pour s'y mettre, on n'a pas besoin d'être invité, ni môme c°"nu. Ils ne prient jamais ; mais ils n'empêchent personne de manger avec e,lx- Leur pimentade est du suc de manioc bouilli avec du jus de citron "ans lequel ils écrasent beaucoup de piment : c'est leur sauce favorite avec toutes sortes de mets. Jamais ils ne se servent de sel, non qu'ils en man- WOtj puisqu'il y a des salines naturelles dans toutes les lies, où ils pour- '"wil s'en fournir; mais il n'est pas de leur goût. J'ai su d'eux-mêmes qu'à , °xception de leurs crabes , qui sont la meilleure partie de leur nourriture , s 'ic mangent rien qui soit cuit à l'eau : tout est rôti ou boucané. Leur iiw- "ere Je rôtir est d'en Hier la viande par morceaux dans une brochette de bois, 'u >'s piaulent en terre devant le feu , et lorsqu'elle est cuite d'un côté, ils la °Ul'nent simplement de l'autre. Si c'est un oiseau de quelque grosseur, tel <u"n perroquet, une poule ou un ramier, ils le jettent dans le feu, sans ^ndre la peine de le plumer ni de le vider ; et la plume n'esl pas plus tôt
— 21 fi pôtie, qu'ils le couvrent de cendres ei de charbons, pour le laisser cuire dans cet état Ensuite, le retirant, ils enlèvent bellement une croûte que les pluïftw et la peau ont formée sur la chair ; ils ùtent les boyaux et le jabot , et mangent le reste sans autre préparation. Leur exemple m'a fait manger plusieurs l'ois de ce rôti ; je l'ai toujours trouvé plein de sue, tendre, cl d'une exqwse délicatesse.
» Je goûtai du poisson à grandes écailles, que les Caraïbes dépouillerez comme s'ils l'eussent tiré d'un étui. La chair m'en parut très bonne, bie» cuite et fort grasse. On s'imaginera facilement ([n'étant cuite sans aucun mflange d'eau, de beurre ou d'huile , qui en allèrent les sues , elle n'en peut être que beaucoup meilleure.
» C'était un spectacle fort amusant que celte bande de Caraïbes, accrouplS sur leur derrière comme des singes, mangeant avec un vif appétit, sans prononcer un seid mot , et tous épluchant avec autant de propreté que de vitesse les plus petites pattes des crabes. Ils se levèrent aussi librement qu'uS s'étaient assis : ceux qui avaient soif allèrent boire de l'eau, quelques uns se mirent à fumer, d'autres se jetèrent dans leurs hamacs , et d'autres ent** ïiièrenl une conversation où je ne compris rien , parce qu'elle était dans leur ancienne langue. Les femmes vinrent enlever les restes du repas; les fi"cS nettoyèrent le lieu où l'on avait mangé, et toutes ensemble, avec les enfant passèrent à la cuisine, où nous pûmes les voir manger, dans la même pos* Lure que les hommes et d'aussi hon appétit. Te fus un peu surpris que l(!S femmes n'eussent pas mangé avec leurs maris , et j'en demandai la raison au maître, du moins pour la sienne, qui était chrétienne comme lui et mai' tresse de la maison. H me répondit que ce n'était pas l'usage de leur nation 1 que, quand il eût été seul, il n'aurai! mangé qu'avec ses lils, cl que sa fcnun°> ses iilles et le reste de ses enfants mangeaient loujours à la cuisine. »
Les hamacs des Caraïbes l'emportent beaucoup, pour la forme et pouf* propreté du travail , sur ceux des autres Américains. C'est une pièce de gro38 toile de coton , longue de six à sept pieds , sur douze ou quatorze de large» dont chaque bout est partagé en cinquante ou cinquante-cinq parties, Bû Jées dans de petites cordes , qu'on nomme rot/ans. Ces cordes sont de coton t et plus communément de pitte, bien filées et bien torses, chacune de à&» pieds et demi ou de trois pieds de longueur; elles s'unissent ensemble à «>•
^ liniil ririni" f:iîn\ iiru> l.im.lii oA l'rai nacen mm /iaivIh ni mu ni'iKW . fM'l
que bout , pour faire une boucle où l'on passe une corde plus grosse , qui
ispendre le hamac ;'i deux arbres ou à deux murs. Tous les hamacs
des Capteur
raïhes sont rocoués, non seulement parce qu'ils leur donnent cette c< : avant d'en foire usage, mais encore parée qu'ayant eux-mêmes le c01'!"*.11 rouge, ils ne peuvent s'y coucher aussi souvent qu'ils le foui sans y la"6"
"Be partie dft leur peinture. Ils dessinent aussi des compartiments de couleur "oi|.e avec autant de justesse que s'ils y employaient le compas; cependant est l'ouvrage des femmes. Un Caraïbe serait déshonoré s'il avait filé ou tissé "coton, et peint un hamac; ils laissent ces soins à leurs femmes, qui ont esoin de beaucoup d'adresse cl de travail pour faire une toile si large , qu'eles sont obligées de s'employer deux à chaque pièce. Elles ne sont point encore parvenues à se faire des métiers : après avoir étendu les fils de la trame Ur deux poteaux plantés en terre, suivant la longueur et la largeur qu'elles filent donner au hamac, elles sont réduites à passer leur peloton de fil des- Kus et dessous chaque fil de la trame , et même à battre continuellement avec 1111 morceau de bois dur cl pesant, pour faire entrer tous les fils dans leur Wace et rendre l'ouvrage plus uni. Si cet exercice est très pénible , on prétend ÇUen récompense, les hamacs de celle espèce sont beaucoup plus forts , plus n's , s'étendent mieux , el durent bien plus long-temps que ceux qui se font fleurs sur le métier , et qui , étant de quatre pièces , ou de quatre lés , n'o- ^'ssent point si facilement, parce que les coutures sont toujours plus roides 9* le tissu.
^a manière caraïbe d'attacher ou tendre un hamac est d'éloigner les deui Xlf,émités l'une de l'autre , de sorte qu'avec ses cordages il fasse un demi* ^le, dont la distance d'un bout à l'autre soit le diamètre. On l'élève de terre d,|tant qu'il faut pour s'y asseoir comme sur une chaise de quelque hauteur. 11 s'y mettant , on doit avoir soin de l'ouvrir avec une main , sans quoi l'on e manque point de faire la culbute. 11 ne faut pas s'y étendre de son long, BBorteque la tète et les pieds soient sur une ligne droite qui suive la lon- 6*0ur (|„ hamac , celle situation serait incommode pour les reins ; mais on touche diagonalement, les pieds vers un coin, et la tête vers le coin oppoi "lors il tient lieu d'un bon matelas. On peut s'y remuer à son aise , s'étenle autant qu'on le veut, et se couvrir même d'une moitié de hamac. Si l'on ei|t se tourner d'un côté à l'autre , il faut commencer par mettre les pieds à "tre C0iUj ei5 tournant le corps, on se trouve sur l'autre diagonale. La ( ■finiodilé de ces lits est qu'on peut les porter partout avec soi , qu'on y dort "s aux fiais ; qu'on n'a besoin ni de couverture , ni de linceuls, ni d'oreil- 's. el qu'Us n'embarrassent point une chambre , parce qu'on peut les plier Slpi'oii cesse d'en avoir besoin ; deux crampons de fer suffisent pour les l(u'c Labat en obtint un d'un Caraïbe, qui, après avoir servi dix ans, et f^ê une infinité de fois à la lessive, n'était pas plus usé ni plus décoloré que 6Pr*mier jour.
°n ne vante pas moins une espèce de corbeilles qui sont l'ouvrage des hom- 88 'le celte nation , et que les Européens ont rendues célèbres sous le nom I. 28
de paniers des Caraïbes. Labat en étudia la fabrique pour l'utilité de nos artisans. II s'en fait de trois pieds de long, sur di\-huil à vingt pouces de large» et d'autres d'environ huit ou dis pouces de long, sur une largeur proportion' née. La hauteur n'excède pas neuf à dix pouces dans les plus grands ; ruais elle dépend de l'usage auquel ils sont destinés. Le fond est plat, les côtés tout à fait droits et perpendiculaires an fond. Le dessus, ou le couvercle, esl de 'll même figure que le dessous , où il s'enchâsse très juste ; sa hauteur est nioin* dre d'un tiers que celle de dessous. C'est dans ces paniers que les Caraïïw" renferment tous leurs petits meubles et leurs ajustements , surtout dans leutf voyages de nier; ils les attachent contre le bord de leurs pirogues, afin qu'il" ■ se perde rien lorsqu'elles viennent à tourner; ce qui n'est pas rare dans le™ navigation.
Ce sont des roseaux, ou des queues de latanier, que les Caraïbes emploie11 pour faire des paniers, des nalles, des hottes, qu'ils nomment catoliSf ''' d'autres meubles de cette nature. Le roseau fait des ouvrages plus fermes , cl qui durent plus long-temps ; mais le latanier se travaille mieux. C'est mie &' pèce de palmiste , dont les branches portent à leur extrémité une feuille pu9* sée, qui, venant à s'épanouir, se partage en plusieurs pointes, comme llll° /'toile à plusieurs rayons. On divise les côtes, ou les queues, en plusieurs f&" lies, dans toute leur longueur. Une coquille de moule, dont on gratte le »*" dans , suffit pour ôler la pulpe brune qui s'y trouve; il reste une sorte < joncs, de deux ou trois lignes d'épaisseur. Les roseaux sont de môme espe que ceux de l'Europe. On les coupe verts, avant qu'ils aient fleuri, ParC qu'ils sont alors plus tendres et liants. On les fend d'abord en huit partie' dans toute leur longueur, pour gratter ensuite le dessus jusqu'à ce q"e , vestiges des nœuds soient elfaeés. On Ole la pulpe dont ils sont remplis : ' L" paisseur qui leur reste est celle d'un sou marqué, et leur largeur, celle 4U convient à l'ouvrage qu'on veut faire. Les roseaux polis sont blancs , on (l " jaune fort clair; mais les Caraïbes savent les teindre en rouge, en jaune» e bleu, ou en noir, qu'ils entremêlent fort proprement, pour donner pl"s ' grâce et d'éclat à leur ouvrage. Apres en avoir déterminé la longueur et largeur, ils tressent leurs roseaux, ou carrément, ou en compartiment3' 1,'in' art consiste surtout ;ï les serrer sans la moindre violence. Lorsqu'il0" (hil le dessous du panier et sa doublure, dont la matière et les proportion^ sont (es mêmes, ils ajustent entre deux des feuilles de balisier, amorties ^. (eu, ou seulement au soleil, ci. cette espèce de petit plancher est si propP6' uni, si pressé, que l'eau qu'on y met ne pcul s'écouler. Ils couvrent les bw d'un morceau de roseaux , ou de latanier, assez large pour èlre double» l'arrêtent d'espace en espace avec des Ulels de pilte, parfaitement bit'"
s bor'ls
- 21fi et teints 'lu quelque couleur. Le dessus se fait comme le dessous, qu'il cm-
l'oîie avec une justesse à l'épreuve de l'eau. Quelque pluie qu'il Tasse, ou TÙelque quantité d'eau qu'on jolie sur ees paniers, on est sûr que ce qu'ils ''l'" ferment esl toujours sec. Les Européens des îles en font autant d'usage que tës Caraïbes, depuis qu'ils les ont reconnus également propres, légers et commodes. Ils ne vont pas d'une habilation à l'autre sans un panier dans lequel ; ''s l'uni porter leurs liardes sur la tête d'un nègre , qui n'en est pas fort chargé, 011 qui ne l'est du moins que du poids de ee qu'il contient.
Les Caraïbes font ees petits ouvrages , non seulement pour leurs usages do- ■nestiques, mais eneore pour les vendre, et pour se procurer en échange des ^'rteaux, des haches, delà rassade, delà toile d'Europe, et surtout de l'eau- ''''-vir. C'est uneobsenation fort singulière, que souvent ils entreprennent ll" voyage, dans une saison dangereuse, uniquement pour acheter une baga-
l!"1-', telle qu'un couteau ou des grains de verre, et qu'ils donneront alors, P°"r ce qu'ils désirent, tout ce qu'ils ont apporté; au lieu qu'ils n'en donnc-
a,e>H pas la moindre partie pour nue boutique entière d'autres marchandi-
"*. On ire les paniers et d'autres meubles dont ils se défont, suivant leurs bcs°ms nu [eur rroAt , ils apportent aux Européens des perroquets , des lézards , "G la volaille, des pores, des ananas, des bananes, et diverses sortes de ^in'llages. Leur manière de prendre les perroquets est ingénieuse pour des ^vages. Ils observent, à l'entrée de la nuit , les arbres où ees oiseaux se per- '''"'til, et, dans l'obscurité, ils portent au pied de l'arbre des charbons allu- ""'s , sur lesquels ils mettent de la gomme et du piment vert. L'épaisse famée 1l,i en sort bientôt étourdit ces oiseaux jusqu'à les faire tomber comme ivres.
s 'fis prennent alors, leur lient les pieds et les ailes , et les font revenir en "* Jetant de l'eau sur la tête. Si les arbres sont d'une hauteur qui ne pere"e point à la fumée d'y arriver, ils attachent au sommet d'une perche
''"'l'jue vase de terre, dans lequel ils mettent du feu, de la gomme et du pi- ™fy ils s'approchent autant qu'ils peuvent des oiseaux qu'ils veulent ptene i et les enivrent encore plus facilement. Ensuite , pour les apprivoiser, ils
■ '(>nt jeûner pendant quelque temps, et lorsqu'ils les croient bien ail: i un'-., l(1tir présentent à manger. S'ils les trouvent eneore revécues, ils leur souf-
ntati liée de la fumée de tabac, qui les étourdit jusqu'à leur faire perdre
■ sitôt toute leur férocité. Ces perroquets deviennent non seulement fort piis) niais apprennent aussi facilement à parler que ceux qu'on a pris toutjeus- I-aliat en acheta trois d'un Caraïbe pour vingl-deu\ sous marqués. C'est Ko'de monnaie que ces barbares connaissent. Un louis d'or ne vaut pas pour i (ieux sous marqués, parce qu'ils attachent moins de prix à la matière a" nombre. Dans les comptes qu'on fait avec eux , on observe d'étendre les
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sons marqués qu'on leur donne, ol de les ranger les uns après les autres , a quelque dislance , sans jamais doubler les rangs , ni mettre une partie il«' ' ll" sur l'autre, connue les marchands font en Europe: cet ordre ne satisfera» point assez leur vue, et l'on neconcîurait rien. Mais lorsqu'ils voient une longue file de sous marqués, ils rient et se réjouissent comme des enfants- Une autre observation, qui n'est pas moins nécessaire, c'est d'ôter de le»r vue et d'enlever aussitôt ce qu'on achète d'eux, si l'on ne veut s'exposer à w fantaisie qui leur vient souvent de le reprendre, sans vouloir rendre le pn* qu'ils en ont reçu. 11 n'est pas difficile, à la vérité, de les y forcer, surtout lorsqu'ils viennent trafiquer dans nos îles; mais il est toujours important de ne pas renouveler avec leur nation des guerres dont le succès même n'apporte aucun avantage. S'ils redemandent leurs marchandises après qu'on les a serrées, on feint d'ignorer ce qu'ils désirent.
Mœurs. Croyances. Chefs. Amies. Curieuses piropucs.
« Les Caraïbes, observe le P. du Tertre, sont indolents et fantasques à Y&" ces. Il est presque impossible d'en tirer le moindre service. On a besoin avec eux de ménagements continuels, lis ne peuvent souffrir d'être commandés, «m quelques fautes qu'ils fassent, il faut bien se garder de les reprendre, o" môme de les regarder de travers. Leur orgueil sur ce point n'est pas concevable, et de là est venu le proverbe, que regarder un Caraïbe, c'est le battre» et que le battre , c'est le tuer, ou se mettre au risque d'en être tué. Ils ne f°n que ce qu'ils veulent , quand ils veulent et comme ils veulent ; de sorte que moment où l'on a besoin d'eux est celui auquel ils no veulent rien faire, ° que , si l'on souhaite qu'ils aillent à la chasse, ils veulent aller à la pêche, e c'est une nécessité d'en passer par là. Le plus court est de ne pas s'en servir» et de ne jamais compter sur eux, mais surtout de ne rien laisser entre leur3 mains, car ils sont comme des enfants, à qui tout fait envie : ils prennent» boivent et mangent sans discrétion tout ce qu'on leur laisse. »
Une autre raison qui doit faire éviter de se servir d'eux , c'est l'antipat»» qui règne entre eux et les nègres. Ces deux raees d'hommes se croient fort au dessus l'une de l'autre , et se regardent avec mépris. Les nègres , surtout ceuqui sont chrétiens, ne donnent jamais aux Caraïbes qui ne le sont pas d*»1* ire nom que celui de sauvages ; ce que les Garaïbes ne peuvent entendre q" a* vec un extrême dépit , qui les porte souvent à de cruelles extrémités. " 1' a
ive souvent, raconte le p. Cubai, que nos barques, allant traiter à
la Mar-
guerite, prennent en troc de leurs marchandises des Caraïbes esclaves» qu'elles nous apportent. Quoiqu'on en puisse tirer plus de service que de ce1 -
1"' sont libres , dans les Iles voisines des nôtres , on ne les achète point sans Précaution , parce que c'est le même naturel et le même génie. S'ils ne sont 'Sheiés dès l'âge de sept ou huit ans , il est difficile de les dresser au travail. puisqu'on parvient à former sont assez adroits, et paraissent même attachés a leurs maîtres ; mais c'est moins par une véritable affection que par jalousie Pour les esclaves nègres. Enfin il est difficile de les marier : rarement un Caraïbe veut épouser une négresse , comme il est rare qu'une négresse veuille jKeadre un Caraïbe. On trouve souvent les Blêmes difficultés à marier ensem- 1(î les esclaves caraïbes des deux sc\es. Quoiqu'ils aient la même langue et es mêmes usages , s'ils sortent de différentes îles entre lesquelles il y ait eu PciTe ou quelque sujet d'inimitié , il semble qu'ils aient sucé la haine avec le ail. et jamais ils ne s'apprivoisent assez pour s'unir. »
roul. ce qu'on a lente pour les instruire et pour leur faire embrasser le
clll'islianisme est demeuré presque sans effet. Les jésuites et les jacobins ont
G" 'ung~temps dans leur île de zélés missionnaires qui avaient étudié leur lan-
*>lle > qui vivaient avec eux et qui ne négligeaient rien pour leur conversion.
, *fruit qu'ils ont tiré de leurs travaux s'est réduit à baptiser quelques enfants
article de la mort, et des adultes malades, dont la guérison paraissait dés-
sl»L'i'ée : non qu'ils ne pussent en baptiser un grand nombre: mais, confiais*
' Hnt le fond de leur caractère , et surtout une sorte d'indifférence qui leur fait
garder connue un jeu l'action la plus sérieuse, ils ne Voulaient pas les roce-
Ulr au baptême , qu'ils ne demandaient que pour obtenir quelques présents ,
tyours disposés à reprendre leurs superstitions , comme à se faire réitérer le
"Peinent autant de fois qu'on leur aurait présenté un verre d'eau-de-vie. On
e Connaît que trois points sur lesquels ils ne sont rien moins qu'indifférents :
lr leurs femmes , ils portent la jalousie jusqu'à les tuer au moindre soupçon;
la vengeance , il n'y a point de peuple dans les deux Indes qui pousse plus
^'n cette passion. Au milieu de leurs plaisirs , un Caraïbe qui en voit un au-
. dont il se souvient avoir reçu quelque injure se lève et va par derrière
hiB t"1(i,C la lfite rï Un C0"P de mass"e' °" '<■' Percer à coupa de couteau : s'il
^son ennemi, et que le mort n'ait point de parents pour le venger, c'est
'«te
8eun
affaire finie; mais si la blessure n'est pas mortelle , ou s'il reste des ven- 's, le meurtrier, sûr d'être traité de même à la première occasion, change ""Piémont de domicile. Ils ne connaissent aucune apparence de reconcilïa- %V Ct pei'sonnc entFe eux n(i Pense a s'offrir pour médiateur. Enfin leur in-
erence ne lient point contre reau-de-vie et les liqueurs fortes : non seule-
donnent tout ce qu'ils possèdent pour en obtenir, mais ils eu boivent * parle d'un Français riche et de bu
Guadeloupe dans la seule vue de travailler a leur conversion , particulière^ ment de ceux de la Dominique , lie assez voisine ; qui en nourrissait un grau nombre , qu'il faisait instruire ou qu'il instruisait lui-même avee autant de zèle que de libéralité , et qui mourut dans ce pieux exercice, sans avoir a» » satisfaction de faire un bon chrétien. Il n'avait pas laissé d'en faire baptiser quelques uns, sur la constance desquels il crojait pouvoir- compter; ma» après sa mort , ils retournèrent à leur religion. Ils ont une sorte de respec pour le soleil et la lune , mais sans adoration et sans culte. On ne leur a jamais vu de temples ni d'autels ; s'ils ont quelque idée d'un être suprême , # le croient tranquille dans la jouissance de son bonheur, et si peu attentif aux actions des hommes , qu'il ne pense pas même à se venger de ceux qui 1 «r fensent. Cependant ils reconnaissent doux sortes d'esprits : les uns liienHnfaisants , qui demeurent au ciel , et dont chaque homme a le sien pour guide) les autres , de mauvaise nature , qui parcourent l'air pendant la nuit , san» aucune demeure fixe, et dont toute l'occupation est de nuire. Cescntimen d'un pouvoir supérieur est mêlé de tant d'extravagances , qu'on n'y lin'»" rien à l'honneur delà raison. Ils offrent aux bons esprits de la cassave et do l:l ruinée de tabac ; ils les invoquent pour la guérison de leurs maladies , pou"' " succès de. leurs entreprises et pour leur vengeance. Leurs prêtres ou leurs devins, qu'ils nomment boijà. ont chacun leur divinité particulière, ilonli» vantent le pouvoir, et dont ils promettent l'assistance , surtout contre la ma r gnité des maboijas, qui sont les main ais esprits. Us donnent aux maboyas u»e origine qui renferme leur opinion sur la nature do Mme. « Chaque huiiu»" ' disent-ils , a dans le corps autant d'aines que ses artères ont de battement , la principale est dans le cœur, d'où elle se rend au ciel après la mort , sous conduite du bon génie qui lui a servi de guide pendant la vie , et là elle jo»1 d'un bonheur qu'ils comparent à la plus heureuse vie qu'on puisse mener si la terre. Les autres Ames , qui ne sont pas dans le cœur, se répandent dans airs : les unes au dessus de la mer, où elles causent le naufrage des vaisseau- i les autres , au dessus des terres et des forêts , où elles font tout le mal do1^ elles trouvent l'occasion. » Les idées des Caraïbes ne vont pas plus loin ; ma ° on y croit entrevoir qu'ils regardent lame du cœur comme le principe de * ce que l'homme fait de bien , et les autres âmes comme la source des vices des crimes. leS
Ils ont dans chaque île plusieurs capitaines , qui sont ordinairemen chefs des plus nombreuses familles, et dont l'autorité n'est reconnue que P
dant la guerre
; les premiers Espagnols mit l»'s
Uaill Ul glicii,.. >-*- ""'■■ "^ "T>, que «o |osuuiuia —^"B ■ v,
Caraïbes, et qu'ils ont porté dans toutes leurs colonies, n'est plus qu un titre auquel il n'y « point de pouvoir ni de prérogative attaches. Pc"
s paix, un cacique n'est distingué des autres capitaines que par son titre et Pa'' une sorte de considération qui suit naturellement le mérite qu'on lui suppose. pour devenir cacique, il faut s'être distingué plusieurs fois à la guerre , ;iv"u' emporté sur tous ses concurrents à la course et à la nage , avoir porté ppius pesants fardeaux qu'eux, et surtout avoir marqué plus de patience souffrir divers genres de peine; enfin, dans les occasions de guerre, le ■*,cini.i<\ qui devient capitaine général, ordonne les préparatifs, assemble Ps conseils, et jouit partout du premier rang. Mais dans une nation qui l;i ni lois ni pouvoir établi pour le maintien des usages, ou s'imagine aisé- "■Ul que tout est sujet à varier avec les temps et les circonstances. Les armes des Caraïbes sont des arcs, des (lèches, une massue, qu'ils nom* l|(!'H bouton, et le couteau qu'ils portent à la ceinture ou plus souvent à la lla»i. Leur joie est extrême lorsqu'ils peuvent se procucer un fusil; mais, ï^que bon qu'il puisse être, ils le rendent bientôt inutile, soit en le faisant ''■ver à force de poudre, soit eu perdant les vis ou quelque autre pièce, pi'ce qu'étant fort mélancoliques et fort désœuvrés , ils passent les jouis enei's dans leurs hamacs, à le démonter et à le remonter. D'ailleurs ils oublient llu'eiii la situation des pièces , et dans leur chagrin ils jettent l'arme , à la- |lll;lle ils ne pensent plus, ni au prix qu'elle leur a coûté. Leurs ares oui. . ',vU'on six pieds de longueur; les deux bouts sont Lout ù fait ronds, de neuf ' »ft pouces de diamètre , avec deux crans pour arrêter la corde; la grosseur '"riuienie également des deux bouts vers le milieu , qui est ovale en dehors t'ai en dedans , de sorte qu'à l'endroit qui soutient la flèche, son dianiêelle est d'un pouce et demi. L'arc des Caraïbes est ordinairement de bois ''l ou d'une espèce de bois de lettre , dont la couleur est fort brune et mêlée Quelques ondes d'un rouge foncé : ce bois est pesant, compacte cl très l('G ; ils le travaillent fort proprement, surtout depuis que leur commerce ec les Européens leur procure des instruments de fer, au lieu des cailloux *"ic|iaius qu'ils employaient autrefois. La corde est toujours tendue le long arc, qui est droit et sans aucune courbure; elle est de pitte ou decaralas, «eux ou trois lignes de diamètre. Leurs flèches sont composées de la tige e «8 roseaux poussent pour fleurir; elles ont environ trois pieds el demi ** long
CL forte
en y comprenant la pointe , qui fait une partie séparée, mais entée
"ement liée avec du fil de colon. Celle redoutable pointe est de bois
' longue de sept à huit pouces, et d'une grosseur égale à celle du roseau
(s 'endroit de leur jonction; après quoi elle diminue insensiblement jus-
aU bout, qui est fort pointu; elle est découpée eu petites hoches, qui for-
( ftl des ardillons , maïs taillés de sorte que , sans empêcher la flèche d'en-
r dah5 le corps , ils ne permettent de l'en tirer qu'en élargissant beaucoup
la plaie. Quoique ce Lois soit naturellement liés dur, les Caraïbes, pour en augmenter la dureté , le mettent dans des cendres chaudes , qui , consuma peu à peu ce qui peut lui rester d'humide, achèvent de resserrer ses po>'l's' Le reste de la flèche est uni , avec une seule petite hoche à l'extrémité , P°ur la tenir sur la corde.
Il est rare que les Caraïbes ornent leurs flèches de plumes; mais ils e»' poisonnent presque toujours celles de guerre. La méthode qu'ils emploie0* est Tort simple : elle se réduit à faire une fente dans l'éeoree d'un niaiiccnîllier, pour y mettre les pointes, qu'ils y laissent jusqu'à ce qu'elles soient imbibées du lait épais et visqueux de cet arbre. Ensuite, les ayant lait séchât ils les enveloppent dans quelques feuilles, pour attendre l'occasion de s'en servir. Ce poison est si pénétrant, que, pour lui faire perdre sa force, on «** obligé de mettre les pointes dans des cendres rouges, et de gratter succe-8" sivement tous les ardillons avec un morceau de verre , après quoi on les passe encore au feu. Mais tous ces soins même ne peuvent éloigner entièretn*1" le danger.
Les flèches que les Caraïbes emploient pour la chasse des gros oiseaux, te's que les perroquets, les ramiers, les perdrix, les mansfénis, qui sont des <>'* seaux de proie , et quantité d'autres, ont la pointe unie, sans ardillons, et »e sont jamais empoisonnées. Celles qui servent pour les petits oiseaux ont 3" bout un petit flocon , tel qu'on en met au bout des fleurets, qui les tue sans les percer, sans que leur sang se répande, et sans le moindre change'11'''1' dans les plumes. Celles qu'ils emploient pour tirer le poisson dans les riviêrcS sont de bois , avec une pointe assez longue.
Le bouton est une espèce de massue d'environ trois pieds et demi de lo"&> plate, épaisse de deux pouces dans toute sa longueur, excepté vers la poîgo^' où son épaisseur est un peu moindre : elle est large de deux pouces à 1« P01" gnée, et de quatre ou cinq ù l'autre extrémité, d'un bois très dur, fort pesa"*' et coupé à vives arêtes. Ils gravent divers compartiments sur les cù^s 1* plus larges, et remplissent les hachures de plusieurs couleurs. Un coup Ao bouton casse un bras , une jambe , fend la tète en deux parties , et les Caraïl** se servent de cette arme avec beaucoup de force et d'adresse. Lorsqu'ils n'0* pas d'autres armes que leurs flèches, ils fout deux taillades à l'endroit où ,c roseau est entré dans la pointe : quand la Bêche a pénétré dans le corps. |e roseau s'en sépare et tombe aussitôt; mais la partie qui est cm poison»^ demeure dans la plaie. Il est très difficile de l'en retirer, et souvent on eb obligé de la faire sortir par le côté opposé, au risque d'aggraver dangereusement la blessure.
Les enfants des Caraïbes ont des arcs cl des boutons proportionnés a ""
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la'He et à leur force. Ils s'exercent de bonne heure à tirer, et, dès leur plu* tendre jeunesse, ils chassent aux petits oiseaux, sans presque jamais mander leur coup.
Lorsque les Caraïbes se mettent en mer pour quelque expédition de guerre , "s ne mènent avec eux qu'une ou deux femmes dans chaque pirogue, pour ,l|pc la cassave et pour les rocouer; mais lorsqu'ils font un voyage de plaisir 1111 de commerce, ils sont accompagnés de leurs femmes et de leurs enfants. **ec leurs armes et leurs hamacs, qu'ils n'oublient jamais, ils portent aussi 0l|s les ustensiles do leur ménage ; de sorte que leurs baeastaa et leurs piru- &*a sont toujours fort bien remplis. Ce sont les noms qu'ils donnent à leurs '^inienisde mer. Labat en fait une curieuse description qui ne doit pas man- *»« à cet article.
* La pirogue caraïbe, dit-il, est beaucoup moins grande que le bacassa. elles qu'il vit avaient vingt-neuf pieds de long et quatre pieds et demi de
**8e dans leur milieu; elles Unissaient en pointe par les deux bouts, qui '"(-•ni plus élevés que le milieu de quinze ou vingt pouces. Elles étaient divi- 'es par neuf planches ou bancs, qui semblaient n'avoir été que fendues et °'ees. Derrière chaque banc, à la distance d'environ huit pouces, et plus l't que le banc, il y avait des bâtons de la grosseur du bras, dont les ^Ws étaient fichés dans les côtés de la pirogue, pour leur servir de soutien, 1 'es tenant toujours dans une même dislance, et pour appuyer ceux qui de» '"dit être assis sur les bancs. Le haut des bords était percé de plusieurs trous "> ftlK de cordes qui servaient a contenir le bagage.
* La longueur des bacassas est d'environ quarante-deux pieds sur sep) de 8e<ir. L'avant est élevé et pointu à peu près comme celui des pirogues; 's l'arrière est plat et taillé en coupe, avec une tête d'homme en relief, "lairement très mal faite, mais peinte de blanc, de noir et de rouge. Au
c;*ssa que Labat eut l'occasion de voir, les Caraïbes avaient attaché, prés jfctte tête, un bras d'homme boucané , c'est-à-dire séché à petit l'eu et ;i '"née. C'était le bras d'un Anglais qu'ils avaient tué depuis peu dans uni! ^ Ce»te qu'ils avaient l'aile à la Barbado. Les bancs du bacassa ressemblent ux des pirogues-, mais ses bords ont un exhaussement de planches d'enlja.n c'mnze pouces, qui augmente beaucoup la grandeur du bâtiment. Les f ... ^ et les pirogues des Caraïbes sont également sans gouvernail. Le Calai ,° l'U' concm'1 csl assis ou debout à l'arrière, et gouverne avec une pa- U P Us grande d'un tiers que celles que l'on emploie pour nager : eaf aux taûL °n "e (lit P°mt V0Suer ou rainer, mais nager, lorsqu'on se sert des pa- ^ ' t'ont l'usage est plus commun que celui des avirons. ^ Pagaie a la forme d'une pelle de four ; clic est fougue * eiuq à sbt
Tr^lmrMMWui
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pieds , et le manche , qui est rond , occupe les trois quarts de celte étendue; K) largeur est d'environ huit pouces, sur un pouce et demi d'épaisseur dfltf son milieu, d'où elle va toujours en diminuant jusqu'à sis lignes danfiS* bords. Les Caraïbes embellissent leurs pagaies de deux rainures , qui parlent du manche, dont elles semblent marquer la continuation jusqu'à l'estrémiw de ta pelle, qu'ils échancrent en manière de croissant. Ils mettent au bout <W manche une petite traverse de cinq à six pouces de long , pour servir d'app* à la paume de la main. On ne se sert point des pagaies comme des rames bO des avirons : ceux qui nagent assis regardent l'avant ou la proue du biti'* ment; ceux qui nagent à tribord empoignent de la main droite le manche de la pagaie à un pied au dessus de la pelle , et mettent la paume de la main gauche sur le bout du manche. Dans cette situation , ils plient le corps , en |'l°"' géant la pagaie dans l'eau, et la tirent en arrière en se redressant; de sorte que , poussant l'eau derrière eux , ils font avancer le bâtiment avec beaucoup de vitesse. On conçoit que ceux qui sont à bas-bord , c'est-à-dire à gwiohft tiennent la poignéede la main gauche, et qu'ils appuient la droite sur l'ext't'milé du manche.
» Quand une pirogue n'aurait que trois pieds de large, deux hommes pouf* raient s'asseoir et nager sur le même banc; ce qui ne se peut avec des rarne» ou des avirons , dont la longueur demande plus de place pour l'action. H s ensuit qu'on peut employer plus de pagaies que de rames , et faire , par conséquent , plus de diligence. On avoue que celte manière de nager est pins M* gante, parce que la pagaie est sans point d'appui , et n'a pour centre de mo'1" vement que la main qui la tient près de la pelle, tandis qu'elle reçoit rimp1'1' sion de celle qui la pousse par le bout. Mais cet inconvénient est balancé pa' plusieurs avantages : on peut doubler et tripler le nombre des rameurs, et'01 obtient une bien plus grand vitesse; ceux qui sont dans la pirogue ou le baeasS' ne sentent point le mouvement importun et les sauts que causent les ranies> colin l'on n'est point étourdi par le bruit de leur frottement sur les bords. La* bat observe combien ce dernier point est important. Les flibustiers , qui ' a" vaient appris, dil-il, des Caraïbes, s'en servaienlavecautanld'habileté qu'eu t pour enlrer la nuit dans les ports , dans les rades et dans tous les lieux ou ■> voulant faire des descentes, ils sentaient que le succès dépendait de la su prise. On plonge les pagaies dans l'eau , et on les retire sans faire le moiu(
bruit- ,,,t
n II sera facile de concevoir pourquoi la pagaie du Caraïbe qui gomerin. d'un tiers plus grande que celles qui servent à nager , si l'on se rappelle q l'arrière des pirogues est toujours plus élevé que le milieu, et si l'on con dèr« que celui qui gouverne , disant avoir la vue par dessus ceux qui nagcn '
it avoir aussi son siège beaucoup plus haut. D'ailleurs, comme il est plus ouvent debout qu'assis , celle siluation , jointe à la hauteur de la pirogue «mande une pagaie plus longue. 11 la tient à coté du bord, plongée dans «H , et parallèle au coté opposé au point vers lequel il veut la conduire. Il ««Bue plus qu'a tenir la barre d'un gouvernail; niais si son travail est plus ™oe , il a beaucoup plus d'effet , surtout lorsqu'il faut doubler une pointe on »n est poussé par les flots et par le vent, ou lorsqu'on doit virer avec préci- Wtallon pour quelque cas imprévu. Le gouvernail ne donne qu'un seul mou- «nent , qui ne peut être redoublé sans rompra le cours qu'un bâtiment commençait à prendre; au lieu qu'on peut retirer la pagaie autant de fois qu'on * 'ait , la replonger, et continuer ainsi le même mouvement; ce qui l'aug- «de si fort , qu'on peut faire tourner une pirogue autour d'un point avec '"'huit de vitesse qu'on fait tourner un cheval autour d'un piquet. ■ Us pirogues ont ordinairement deux mats et deux voiles carrées. Les bajWjWs ont trois mâts, et souvent on j met de petits huniers. Labat donne un «anple remarquable de l'habileté des Caraïbes en mer. . lis avaient abordé , M , dans un lieu fort dilllcilc , et la mer était très grosse à leur départ : ils "■«H tout leur bagage dans leur bâtiment , et chaque pièce fut attachée avec «cordes qui étaient passées dans les trous du bordage; ils poussèrent en- :u"e le bâtiment sur des rochers ou des pierres qu'ils avaient rangées en pente jusqu';, l'endroit où la grosse laine venait finir. Les femmes et les enlànfs en- *9»nt à tord , et s'assirent au milieu du fond. Les hommes se rangèrent le IJ,lfî des cordages en dehors, chacun vis-à-vis du banc où il devait être assis,
fit les
pagaies furent mises à coté de chaque place ; dans cet état , ils attendi-
'"Iqne les plus grosses lames fussent venues se briser à terre, el quand le
°te jugea qu'il était temps de partir, il jela un cri : aussitôt tous ceux jl ' étaient aux cotés du bàliment le poussèrent dans l'eau de toutes leurs for- ; et sautèrent dedans à mesure que l'endroit où ils devaient manier la pa-
entrait dans l'eau. Celui qui devait gouverner}- sauta le dernier, et tous
^«mble se mirent à nager avec tant de force , qu'ils surmontèrent bfentol
^ Brosses lames, quoiqu'à voir ces montagnes d'eau, on eût cru qu'elles de-
«M les rejeter bien loin sur la cote. Leur pilote élait debout à l'arrière : il
pré"" ' aVeC U°C adresse merveilleuse , le choc des plus hautes vagues , en les
corn"™'' "°° droiteldi:lace' o». suivant le langage des lies, le bout au
it»té!t' raais de 1,iais' Aussi> d'lns l'instant que la pirogue sï-lanrnil sur le
fout ," '" m6mC lame' elle élail "mle n™cll«> jusqu'à ce qu'elle eût gagné
e la hauteur, où elle se redressait et disparaissait en s'enfonçant de l'aube
e ' Ellc ressortait aussitôt , et l'on voyait son avant tout en l'air, quand elle
"Unieait à monter sur une autre lame : on l'aurait crue droite, jusqu'à ce
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qu'ayant atteint le dos de la seconde lame , il semblait qu'elle ne fût soutenue que sur le milieu de sa sole , et qu'elle eût ses deux extrémités en l'air. Ensuite l'avant s'enfonçait, et , semblant plonger, il laissait voir à découvert tout l'arrière et un quart de la sole. Enfin ils se trouvèrent dans une eau moins iffl* pélueuse , car les grosses lames ne commencent qu'à deux cents pas de la côte, t
Lahat , qui avait regardé la pirogue avec une admiration mêlée de la plus vive crainte , ajoute la description de ces terribles lames, « La mer, dit-il , en forme toujours sept, qui viennent se briser à terre avec une violence étofl' nanle ; ce qui doit s'entendre des cabeslerres , où les côtes sont ordinal renie»1 fort hautes et le vent continuel. Les trois dernières des sept lames sont les plus grosses : lorsqu'elles se sont brisées , un petit calme succède , qu'on nom* me embeli, et qui dure peu ; après quoi les lames recommencent avec une augmentation de grosseur et d'impétuosité , jusqu'à ee que la septième soit ve* nue se briser. » Comme cet étrange mouvement ne se fait remarquer qu'au* cabesterres des îles , on peut croire , suivant le même voyageur, qu'il est produit par le vent , on du moins que le vent aide à le former. 11 serait digne , ajoute-l-il , de l'attention d'un physicien de chercher les causes et les périodes de ce phénomène remarquable, d'observer s'il est le même pendant toute l'année, et si les changements de la lune ou les différentes positions du sole» y ont quelque part. .
Les mariages , les funérailles , les danses et les iëtes des Caraïbes ne différent point assez des mêmes usages chez la plupart des autres Américains , pour demander des observations particulières; mais on remarque, à l'honneur de leur nation , que , s'ils mangent leurs ennemis en guerre , c'est dans l'emportement du triomphe , et sur le champ même de leur victoire ; qu'ils traitent avec humanité, non seulement les étrangers qui viennent les visiter, nia's les captifs même qu'ils prennent sans résistance, et qu'ils ont surtout beaucoup de compassion pour les femmes et les enfants. La crainte qu'ils ont <*** tre surpris par les Européens, et chassés des lies qui leur restent, comme i l'ont été de toutes les autres , leur fait poster sur leurs côtes de petits corp de garde pour découvrir les barques étrangères qui en approchent. Ils sefl tent de les faire reconnaître par quelques canots , et s'ils les croient ennemies^ ils s'assemblent assez tôt pour défendre leurs possessions. Maïs ce n'est y ^ ^ mais à force ouverte, ni même en troupes réglées. Ils dressent des einbusç i des d'où ils s'élancent furieusement , en faisant pleuvoir d'abord une gi* de Bêches; ensuite ils emploient leurs boutons avec la même furie. S'ils ire venl une résistance qui les fasse douter du succès, ils prennent la fuite w leurs ruchers et leurs bois , et quelques uns môme en mer, où ils plonfi
dans l'eau à deux ou trois cents pas du rivage. Ils ne se rallient qu'après avoir doublé leur nombre , pour ne plus rien donner au hasard. Mais un voyageur anglais , qui avait connu leurs forces dans plusieurs incursions qu'il leur avait v" faire aux îles anglaises d'Antigoa et de Mont-Serrat , assure que celles mô- JI1c de Saint-Vincent et de la Dominique n'ont jamais été capables de mettre Plus de quinze cents hommes sous les armes.
Le même voyageur ajoute qu'ayant enlevé, il y a cinquante ou soixante ans , quelques jeunes Anglais des deux sexes , et les ayant menés à l'île Saint-
'"icent, non seulement ils les traitèrent avec humanité, mais ils les élevèrent d'ins leurs usages, et leur en firent prendre une si forte habitude, qu'ils ont fortoe dans cette île des races mêlées , qu'on dislingue encore des vrais Caraïbes » la couleur blonde de leur chevelure.
Saint-Domingue. — Lus Boucaniers.
Le relâchement du commerce , causé par la défense de recevoir des élran- 6ers , et l'espoir de faire plus de fortune dans les colonies du continent , sujet e désertions fréquentes, faisait languir depuis long-temps Saint-Domingue e«tre les mains des Espagnols. L'on n'y comptait plus , au commencement du tt-6eptième siècle , qu'environ quatorze mille habitants , et plus de douze j*nts nègres fugitifs s'étaient retranchés sur une montagne inaccessible, d'où 1 s disaient trembler de si faibles maîtres.
En 1625, deux vaisseaux, l'un français, sous la conduite d'Enambouc,
^"lilhommc normand, et l'autre anglais, sous la conduite de sir Thomas
^ erner, abordèrent le môme jour à l'île de Saint-Christophe. Les Espagnols,
cupés de leurs- conquêtes sur le continent, avaient toujours négligé les
^ "tilles. Ils prétendaient, à la vérité, s'en être assuré la possession par divers
' °s ; mais ils n'avaient jamais fait d'efforts sérieux pour s'y établir, et Saïnt-
^"■'stophe n'était occupé que par les Caraïbes, ses habitants naturels. Les
at|çais et les Anglais conçurent tous les avantages qu'Us pouvaient tirer dece
Jj" p' et j sans disputer lesquels y étaient arrivés les premiers , ils convinrent
leli->;ina8er l ïlc eiUrG eus' pour y «[amir chacun leur colonie. Celle bonne in-
^'gence se soutînt non seulement dans leurs guerres contre les Caraïbes ,
roi,'8 a"SS' llans le IiarlnSP àe leur conquête , et ne fut pas même entièrement
l"ie par quelques jalousies qui succédèrent ; elle durait encore vers 1 «30,
lorsque les Espagnols , qui n'avaient pu voir sans chagrin rétablissement des deux nations dans un terrain sur lequel ils s'attribuaient tous les droits, vinrent les attaquer avec une puissante (lotie , et les forcèrent de chercher une retrait*1 dans d'autres iles. Cependant l'ennemi ne fut pas plus tôt éloigné, que la do»" ble colonie retourna dans ses possessions. Mais quelques aventuriers de l'un* et de l'autre, qui s'étaient approchés d'Hispanïola dans leur fuite, ayant lrnU" vé la cote septentrionale presque abandonnée par les Castillans , avaient pi'lS le parti de s'y fixer. Ils s'y étaient trouvés fort à l'aise, au milieu des bce«F et des porcs dont les bois et les campagnes étaient remplis. Ensuite, les Hollandais, qui s'étaient alors établis au Brésil, leur ayant promis de fournir!' tous leurs besoins , et de recevoir d'eux on paiement les cuirs qu'ils tireraient de leurs chasses , cette assurance acheva de les fixer.
La plupart de ces nouveaux colons étaient Normands. On leur donna Ie nom de boucaniers, parce qu'ils se réunissaient pour boucaner, à la manier" des sauvages, la chair des bœufs qu'ils avaient tués. Ce terme, qu'on croît d'origine américaine, signifie cuire, ou plutôt sécher à la fumée, et les lie1'1' où se fait cette opération se nomment boucans.
Malgré le secours des Hollandais , il était fort incommode à la nouvelle colonie de no recevoir que de leurs mains mille choses nécessaires. File l'l,t bientôt délivrée de cet embarras. La plupart des boucaniers, qui avaient p^11 de goût pour la chasse des bêtes fauves, embrassèrent le métier de corsaires.' et , sans distinction de parti , tout ce qu'ils purent enlever leur parut de bon"1' prise. Outre ceux de Saint-Domingue, une troupe d'Anglais, mêlée de q"p'" ques Français, s'était emparée de la petite île de la Tortue; ils s'unirent d'i"" térêt ; et dés la même année , ils commencèrent à se rendre célèbres sous Ie nom de flibustiers. Leur rendez -vous le plus ordinaire était cette île, où i's trouvaient non seulement un havre commode, mais plus de sùrelé contre 165 entreprises des Espagnols. Toute la côte du nord est inaccessible; celle du sud n'a qu'un port ou plutôt une rade , dont ces brigands s'étaient emparés. I,e mouillage y est bon , sur un fond de sable fin , et l'entrée en peut être facilement défendue : quelques pièces de canon suffisent, placées sur un rochC qui la commande. Les terres voisines sont fort bonnes, et l'on y trouve suf tout des plaines d'une merveilleuse ferlililé. Tout le reste de l'île est couvert de bois, dont on admire d'autant plus la hauteur, qu'ils naissent entre d*8 rochers où l'on ne peut concevoir qu'il \ ail de quoi nourrir leurs racines.
L'île de la Tortue n'a pas moins de huit lieues de long entre l'est et l'ouffi* ■ sur deux de large du nord au sud ; et le canal qui la sépare de Saint-Dom'n' gue est de la même largeur. L'air y eSI très bon , quoiqu'elle n'ait aucune ri' vière, et que les fontaines y soient, même très rares. La pins abondante j<!lt"
<fe l'eau do la grosseur du bras; mais les autres sont si faibles, que, dans plusieurs endroits , les habitants n'avaient pas d'autre ressource que l'eau de fuie. Celte île est actuellement déserte; mais, sous le règne des flibustiers, °n y a compté jusqu'à cinq cantons Tort peuplés. Tous les fruits communs aux outilles croissent dans les bons quartiers de la Tortue; le tabac y est excel- 0r", et les cannes à sucre d'une grosseur et d'une bonté singulières. On y avait transporté de Saint-Domingue des porcs et de la volaille, qui y avaient e*lrémeijienl multiplié. Les côtes, surtout celle du sud, sont fort poissonnenses. Lorsque les flibustiers avaient pensé à se saisir de la rade, ils y **aïent trouvé vingt-cinq Espagnols, qui s'étaient retirés à la première sommation.
Quand on eut appris à Saint-Christophe ce qui se passait sur la cote de ^int-Domingue, plusieurs habitants des deux colonies passèrent à la Tor- 'ue, dans l'espérance d'un profit plus certain , soit par la facilité que prévalait le commerce avec les étrangers, soit en s'associanl aux rapines des "'bustiers. Quelques uns d'entre eux s'attachèrent à la culture des terres, e* plantèrent du tabac. Mais rien ne contribua tant au succès de ce petit étalement que le secours des vaisseaux français , surtout de Dieppe , qui commencèrent à le visiter. Ils y amenaient des engagés qu'ils vendaient pour 'r°îs ans , et dont on tirait les mêmes services que des esclaves nègres ou amé- ^lins. Ainsi la nouvelle colonie était alors composée de quatre sortes d'ha- 'i^uts : de boucaniers , dont la chasse faisait l'occupation ; de flibustiers , qui iraient les mers; de colons, qui cultivaient la terre; et d'engagés, dont la l'^t'ai'i. ne quittaient point les colons et les boucaniers. C'est de ce mélange '!"<■ se forma le corps auquel on donna le nom tfavenlimers. Us vivaient entre l'">> avec beaucoup d'union, et leur gouvernement était une sorte de dénio- '|,;"i''. Chaque personne libre avait une autorité despotique dans son habila- 1011 ■ Chaque capitaine n'était pas moins absolu sur son bord , pendant qu'il ' commandait; mais le commandement pouvait lui être ôlé par une délibé- ""■"'on de, toutes les personnes libres de la colonie. Tels furent les commencements de ces fameux flibustiers qui ont quelque temps étonné le monde par '' hardiesse de leurs brigandages.
Quoique les boucaniers soient assez connus par Leur histoire particulière , ,;ill|iile de l'anglais dans toutes les langues, ou ne lira pas sans intérêt quel- ™s détails but leur caractère et leurs exploits.
Les boucaniers n'avaient point d'autre établissement, dans l'île de Sainlfoi, ■ 'l-'lï
ln'»gue, que ce qu'ils nommaient leurs boucans. C'étaient de petits champs . Reliés où ils avaient des claies pour boucaner la viande, un espace pour ('n<]v<< if.s cuirs, el des baraques qu'ils nommaient ajovptt*, nom emprunté-
des Espagnols, mais qu'on croit venu originairement des naturels du pa)'s' Toutes les commodités de celle situation se réduisaient à les mettre à couver de la pluie et des ardeurs du soleil. Comme ils étaient sans femmes et sans enfants, ils avaient pris l'usage de s'associer deux à deux, pour vivre enseni'. Me et se rendre mutuellement les secours qu'un père trouve dans sa farnme; Tons les Mens étaient communs dans cliaque société , et demeuraient à celui des deux qui survivait à l'autre. C'est ce qu'ils nommaient s'emmateloter , e delà vient, dit-on, le nom demate/ofaoe qu'on donna long-temps aux société qui se forment pour des intérêts communs! La droiture et la franchise étaiei» si bien établies , non seulement entre les associés , mais d'une société à l'al1' ire , qu'on ne tenait rien sous la clef, et que le moindre larcin était un crin10 irrémissible pour lequel on aurait été chassé du corps. Mais on n'en avait PaS même l'occasion : tout était commun; ce qu'on ne trouvait pas chez soi, *>» fallait prendre chez ses voisins, sans autre assujettissement que de leur cfl demander la permission , et ceux à qui l'on s'adressait se seraient déshonora par un refus. On ne connaissait pas d'ailleurs d'autres lois qu'un bizarre a8' semblage de conventions dont la coutume Jàisait toute l'autorité, et contre le5' quelles on admettait d'autant moins d'objections, que les boucaniers se pré* tendaient affranchis de toute obligation précédente par le baptême de rfl*' qu'ils avaient reçu au passage du tropique. Ils ne se croyaient pas beaueoW plus dépendants du gouverneur de la Tortue , auquel ils se contentaient & rendre quelque léger hommage. La religion même conservait si peu de dro'|s sur eux , qu'à peine se souvenaient-ils du Dieu de leurs pères : sur quoi 1'°" observe qu'il n'est pas surprenant, qu'on ait eu peine à découvrir que!qneS traces. d'un culte religieux chez divers peuples , puisque l'on ne saurait doidel que, si les boucaniers s'étaient perpétués dans l'étal qu'on représente, 'ls n'eussent eu moins de connaissance du ciel , à la seconde ou troisième généralion, que les Cafres, les Hollenlols , les Topinambuux ou les Caraïbes. l|s avaient quitté jusqu'aux noms de leurs familles , pour j substituer des sol"'1' quels ut des noms de guerre, dont la plupart ont passé à leurs descendant8. Cependant ceux qui se marièrent dans la suite signèrent leur véritable nom» ce qui a fait passer en proverbe dans les Antilles qu'on ne connaît bien Ie5 gens qu'au temps du mariage. Leur habillement consistait dans une cliemlsC teinte du sang des animaux qu'ils tuaient, un caleçon encore plus sale, JjJ en tablier de brasseur, une courroie qui leur servait de ceinture, et «"°" pendait une large gaine dans laquelle était une espèce de sabre fort cour'' qu'ils nommaient manchette, cl quelques couteaux flamands; un chap^" sans bord , excepté sur le devant, où ils en laissaient pendre un bout pour prendre; pnin! de bas, et des souliesa de peau de cochon. Leurs fusils avili''"
Un canon de quatre pieds cl demi do long, et portaient des balles de seize;'» la lv,,e. C'est d'eux qu'on a donné le nom de boucaniers aux fusils de ce calibre.
''iicuii avait à sa suite un certain nombre d'engagés et une meule de vingt '"' trente ehiens, enlre lesquels il y avait un braque ou venteur. Quoique (a cl|asse du bœuf fût leur principale occupation , ils se faisaient quelquefois un ^usement de celle du porc marron. Dans la suite, quelques uns s'y allacllèreni uniquement, et faisaient boucaner la ebair de ces animaux à la fumée ^ la peau môme, ce qui lui donnait un goût délicieux.
Les chasseurs partaient à la pointe du jour, ordinairement seuls, et leurs etlgagés suivaient avec les chiens. Le seul chien venteur allait devant, et induisait souvent le chasseur par d'affreux chemins. Dès que la proie était ^Wltée, tous les autres chiens accouraient, et l'arrêtaient en aboyant autour I* e'le jusqu'à ce que le boucanier fût posté pour tirer. Il lâchait de lui donner e c«np au défaut de la poitrine , et, s'il la jetait bas, il se hûtail de lui couper e Jarret, pour la mettre hors d'état de se relever. Quelquefois l'animal, n'é- ^"t que légèrement blessé, se jetait furieusement sur les chasseurs ; mais "tre qu'ils étaient presque toujours sûrs de leur coup, la plupart étaient s$oz agiles pour se réfugier derrière un arbre et pour monter au sommet. 'a «ête était écorchée sur-le-champ, cl le maître en tirait un des plus gros s> qu'il cassait pour en sucer la moelle. C'était le déjeuner ordinaire des )r>Ucaniers. Ils abandonnaient les aulres os à leurs engagés, et laissaient tou- J'J,,rs un de ces derniers pour achever de dépouiller l'animal et pour en lever ,no pièce choisie. Les autres continuaient leur chasse jusqu'à ce que le maître "t tué autant de hèles qu'il avait de personnes à sa suite. Il s'en retournait le f'niei-, chargé comme les autres d'une peau et d'une pièce de viande. Du J"n'eni , avec un peu do jus d'orange, faisait tout l'assaisonnement de ce mets.
table était une pierre avec un tronc d'arbre ; ils avaient de l'eau claire pour
Ule boisson, cl jamais de pain. L'occupation d'un jour était celle de tous les
r°s> jusqu'à ce qu'on eût rassemblé le nombre de cuirs qu'on s'était en-
' 8e à fournir aux marchands. Alors le boucanier portait sa marchandise à la
riuG, ou dans quelque port de la grande île.
/''urs principaux boucans étaient la presqu'île de Samana, une petite île J* Gst au milieu du port de Bayaha , le Port-Margot , la Savane Brûlée, vers les .jotiaives, l'embarcadère de Mirbalais, et le fond de l'île Avache; mais de là ' juraient loulc l'île jusqu'aux habitations espagnoles. tPe G!S ^[Elici" 'es boucaniers de Saint-Domingue, lorsque les Espagnols en- (e?Ireat d'en purger cette île. Les commencemenls de cette guerre leur fuo assez favorables. Ils surprenaient les chasseurs en petit nombre dans leurs ! , ou, pendant la nuit, dans leurs habitations. Plusieurs furent massa- 1- 30
crés , d'antres pris ef condamnés au plus cruel eselavage. Celait lait de tout ce corps d'aventuriers, et quelques hommes eussent achevé de les exterm1' ner s'ils ne se fussent attroupés pour se défendre. Ils se vengèrent alors ave'-la dernière fureur, et toute l'île fut inondée de sang. De là le nom de M***' sacre donné à plusieurs endroits qui le conservent encore. Cependant ' Es' pagne ayant envoyé au secours de sa colonie des troupes du continent et f»e quelques îles voisines, les boucaniers commencèrent à craindre denepO"* voir résister à tant de forces, sans compter que leurs chasses étaient in1*1" rompues par une si sanglante guerre. Après une mure délibération, "s prirent le parti de transporter leurs boucans dans les petites lies qui environ' ncnl celle de Saint-Domingue , de s'y retirer chaque jour au soir, et de p'afl" à la chasse qu'en troupes nombreuses. Cet expédient les mit en état de vivi* et de continuer la guerre avec une sorte d'égalité. Il arriva même que '** nouveaux boucans, étant moins exposés, devinrent des habitations pins W gulières; et c'est ;'i ce changement que rétablissement français de Bayaha d0lt son origine, C'est d'ailleurs le plus spacieux et le plus beau port de to'|tc l'île : une petite île, qui en occupe le centre, en défend l'entrée, il l',s plus gros navires y peuvent mouiller fort près de terre. D'ailleurs la chas** \ était liés abondante , cl les boucaniers pouvaient se rendre en peu d'heur»'s a la Tortue pour y vendre leurs cuirs. Bientôt même on leur épargna ce coi»' trajet, parce qu'il parut plus commode aux vaisseaux français et hollande d'aller charger à Bayaha, où il se forma insensiblement une nombre'* bourgade.
Aussitôt que les boucaniers se furent fixés , ceux d'un même boucan se ren" daienl le malin à l'endroit le plus élevé de la petite île pour observer les Espa' gnols, et, convenant du lieu où ils devaient se rassembler le soir, ils passai*--" dans la grande île, d'où ils revenaient à l'heure marquée. Si quelqu'un ae l'-1' raissait point, on concluait qu'il avait été pris ou tué, et les chasses étaie" suspendues jusqu'à ce qu'il fût retrouvé ou que sa morl eût été vengée. I " jour les boucaniers de Bayaha, se trouvant quatre hommes de moins, F1' mit sur-le-champ la résolution de se réunir tous le jour suivant. Ils n"11" elièrent vers Sao-Yago, et dans leur roule ils firent quelques prisonnier** don! ils apprirent que leurs compagnons avaient été massacrés par des Esi,il* gnols, qui leur avaient refusé quartier. Ce récit les fit enlrer en fureur, < .eux dont ils le tenaient furent leurs premières victimes. Ensuite, se i'l|[<1'' «laui comme des bêles féroces dans les premières habitations, ils y sacrdu.' rent à leur vengeance tout ce qu'ils purent trouver d'Espagnols.
Les troupes d'Espagne avaient quelquefois aussi leur revanche ; mais ces p^ t!ts avantages ne décidaient de rien. Enfin , les Espagnols s'avisèrenl de '■'"
^-mêmes des chasses générales dans nie , et la dépeuplèrent presque enïft- "entent de bœufs. Alors, la plupart des boucaniers , qui no trouvèrent plus *quoi subsister ni continuer leur commerce , se virent dans la nécessité a embrasser un autre genre de vie. Plusieurs s'attachèrent à former des habitions. Les quartiers du grand et du petit Goave furent défrichés , et l'établisv"Hiit du port de pai\ s'accrut beaucoup à celle occasion. Ceux qui ne pu* ''•nt s'accommoder d'une vie sédentaire se rangèrent parmi les flibustiers, et f'1"' jonction rendit ce corps très célèbre.
On s'imagine aisément qu'entre les fugitifs de la Tortue . dont on a rappor- 13 ï«8 aventures , ce n'étaient pas les plus bonnêtes gens qui avaient donné Nssance à la flibuste. Rien n'avait été plus faible que les commencements 1,1 WMe redoutable milice. Les premiers n'avaient eu ni vaisseaux, ni munil0ns , ni pilotes ; mais la hardiesse el le génie leur avaient Tait trouver les Moyens d'y suppléer. Ils avaient commencé par se joindre, pour former de Prîtes sociétés , auxquelles ils avaient donné, comme les boucaniers, le nom J' toatetotage. Entre eux , ils ne s'en donnaient pas d'autre que celui de Frères e '« côte, qui s'étendit à tous les aventuriers, particulièrement aux bou- ^niers de Saint-Domingue. Chaque société de flibustiers acheta un eanot , et Wquecanot portail vingt-cinq ou trente hommes. \vec cet équipage, ils ne ' attachaient d'abord qu'à surprendre quelques barques de pêcheurs ou quel- **ea bâtiments du même ordre. Si te succès répondait à leur audace, ils re- "wrnaient à la Tortue pour y augmenter leurs troupes : l'équipage d'une l>ar
!rq.»e était ordinairement de cent cinquante hommes. Ils allèrent ensuite , "ns à Jîayaha , les autres an Port-Margot , pour y prendre du bœuf ou du ™c. Ceux qui aimaient mieux la chair de tortue allaient à la côte méridionale ■ Cuba , où ces animaux se trouvent en abondance.
A,:uii de se mettre sérieusement en course, ils se choisissaient un capitaine,
M toute l'autorité consistait à commander dans l'action; mais il avait le pri-
m 'I" lever un double loi dans le partage du burin. Le coffre du chirur-
v,Ul Se payait à frais communs, et les récompenses des blessés étaient prèle-
sur l<j total. On les proportionnait au dommage de la blessure, c'est-à-
a ° qu'on donnait , par exemple , six cents écus ou six esclaves à ceux qui
7~*Rt perdu les deux yeux ou les deux pieds. Cette convention se nommait
'«^'■-pariir , et la méthode établie pour le partage s'appelait partager à eom-
PSon bon lot. Quoique les flibustiers tombassent d'abord sur tout ce qu'ils
«Muraient, on assure que les Espagnols furent toujours le principal objet
hJ®Ui* brigandages. Ils établissaient la justice de leur haine pour cette na-
HJe S'!'' <:e ('"','l!e interdisait dans ses lies la pèche et la chasse, qui sont , di-
"•'s, de droit naturel, et, réglant leur conscience sur ce principe } ils
ne s'embarquaient jamais sans avoir fait des prières publiques pour demander au Ciel le succès de leur expédition , comme ils ne manquaient point de lu' rendre des grâces solennelles après la victoire. Il semblait que le Ciel se servît d'eux pour châtier les Espagnols des cruautés inouïes qu'ils avaient exercées contre les habitants du nouveau monde. Les relations publiques avaient rendu le nom des Espagnols très odieux. On a vu des aventuriers qui , sans aucune idée de libertinage ou d'intérêt, ne leur faisaient la guerre que par aniinosité. Tel fut un gentilhomme de Languedoc, nommé Monbars.qui, des sapins tendre jeunesse, avait pris contre eux, dans ses lectures, une aversion si forte, qu'elle semblait tourner quelquefois en fureur. On raconte que* tant au collège, et jouant dans une pièce de théâtre le rôle d'un Français qul avait quelque démêlé avec un Espagnol , il s'enflamma si furieusement le jour de l'action , qu'il se jeta sur celui qui représentait l'Espagnol , et que sans un prompt secours il l'aurait tué. Une passion capable de cet excès n'était p*8 facile à réprimer. Monbars n'aspirait qu'après les occasions de l'assouvir dan9 le sang espagnol , et la guerre ne fut pas plus tôt déclarée entre la France et l'Espagne, qu'il monta sur mer pour les aller chercher sur les mêmes côte* que les premiers conquérants ont fait tant de lois rougir du sang des Américains. On ne peut représenter Ions les maux qu'il leur causa , tantôt sur teffft à la tète des boucaniers , et tantôt sur mer , avec les flibustiers. II en a teiï&> porté le surnom d'Exterminateur. Mais on ajoute que jamais il ne tua un non1" me désarmé, et qu'on n'eut point à lui reprocher ces brigandages et ces dis" solutions qui ont rendu détestables la plupart des aventuriers.
Achevons la peinture de celte étrange espèce de guerriers, et renvoyons nos lecteurs à l'histoire pour le détail de leurs exploits, ils étaient si Bettes dans leurs barques , surtout ceux des premiers temps , qu'à peine leur restai1' il place pour s'y coucher. Nuit et jour ils y étaient exposés à toutes les injures de l'air ; et l'indépendance dont ils faisaient profession les rendant ennemis d" toute contrainte, les uns ne laissaient pas de chanter quand les autres pensaient à dormir. La crainte de manquer de vivres n'était jamais une raison pour les ménager : aussi se voyaient-ils souvent réduits aux dernières e\lrén"-
lés de la soif et de la faim, Mais
blB,
on peut juger que, menant une vie peu» ils ne trouvaient rien de difficile pour se mettre au large. La vue d'un navire plus grand et plus commode échauffait leur sang jusqu'au transport. La fa"'11 leur ôtait la vue du péril ; lorsqu'il était question de se procurer des vivre* » ils attaquaient sans délibérer. Leur méthode était toujours d'aller droits l'abordage. Souvent une seule bordée aurait pu suffire pour les couler à fo»'1' mais leurs petits bâtiments se maniaient sans peine, et jamais ils ne présentaient que la proue, chargée de fusiliers , qui , tirant dans les sabords, décofl-
Gr'aient ions les canonnière. Lorsqu'une luis ils avaient attaché le gnpin , il " y avait qu'un bonheur extrême qui pûl sauver le plus grand vaisseau. Les *PagnoIs, qui les regardaient comme autant de dénions, et qui ne les nomaient pas autrement , sentaient leur courage glacé lorsqu'ils les voyaient de ; r';s. et prenaient ordinairement le parti de se rendre en demandant quartier : % ''obtenaient si la prise était considérable ; mais si l'avidité des vainqueurs 1 ^it pas satisfaite , de dépit ils jetaient les vaincus dans les (lois. Us conduisent leurs prises à la Tortue ou dans quelque port de la Jamaïque. Avant le ™*age , chacun levait la main , et protestait qu'il avait porté à la masse tout 'u<|u'il avait pillé. Si quelqu'un était convaincu de (aux serinent , on ne mandait point de le dégrader à la première occasion , dans quelque île déserte , " 'I était abandonné à son triste sort. Ceux qui prenaient commission du gou- *erueur de la Tortue lui donnaient fidèlement le dixième de leurs prises. Si la ^nce et l'Espagne étaient en paix , ils allaient partager leur proie dans quefc "uc endroit éloigné du fort, et le gouverneur, dont non seulement les ordres Paient pas d'un grand poids , mais qui n'était point en état de les faire respHer, se laissait fermer les yeux par un présent. Après la distribution des °ls> on ne pensait qu'à se. réjouir, et les plaisirs ne finissaient qu'avec l'ai ^dancc. Alors on se remettait en mer, elles Grtïgues recommençaient dans a niènie vue, c'est-à-dire pour conduire encore à la débauche. Jamais ils ^gageaient le combat sans s'être embrassés les uns les autres avec de par- *lls témoignages de réconciliation, lis se donnaient niènie de grands coups S"r 'a poitrine, comme, s'ils se fussent efforcés d'exciter dans leur cœur une ^Ponction qu'ils ne connaissaient guère. En sortant du danger, ils relom-
le"t dans leur crapule et leurs brigandages.
OitniiN'E et Moechs des Nèghiis.
Maintenant Caraïbes et Boucaniers ont disparu du sol des Antilles. Après '"Ue la p|us opiniâtre, l'héroïsme indiscipliné des naturels a dû céder de- !"11 'a puissance meurtrière de ta civilisation , et la forée est enfin parvenue à '. Se°ir son empire sur ces contrées si libres autrefois. Mais il lui a fallu écraser ScHi'uu dernier de leurs enfants, et maîtres d'iles désertes, les Européens , .0llr les repeupler, ont arraché du sol de l'Afrique un peuple malheureux 0,11 '1s se sont arrogé la propriétés comme de bêtes de somme. Aujourd'hui,
dans presque (ouïes les AnUlies , deux classes bien tranchées s'offrent à L'étude
de l'observa leur, les blancs cl les noirs , les maîtres et les esclaves. Nous aurons occasion de revenir sur les premiers ; nous allons arrêter les yeux <J" lecteur sàv le tableau que les voyageurs ont tracé des nègres , dont le sort3 partout excité de si vives sympathies qui jusqu'ici sont venues se briser W*" puissantes contre l'égoïsme.
Voici la triste peinture que Charlevoix, le Pers et Labat font des nègres de Saint-Domingue; elle peut s'appliquer a ceux de loules les autres îles, et e" portrait, tracé depuis plus d'un siècle, convient encore, à quelques traits près, aux esclaves qui peuplent aujourd'hui les Antilles.
Rien n'est plus misérable que la condition de ce peuple; il semble q»''' soit le rebut delà nature, l'opprobre des hommes, et c'est à peine si l'on établit une ligne de démarcation entre celle race et les plus vils animaux. Qu™ ques coquillages foui toute sa nourriture; ses babils sont de mauvais haillû"6 qui ne le garantissent ni de la chaleur du jour ni de la trop grande fraîche!"' des nuils. Ses maisons ressemblent, à des lanières d'ours; ses lits soiitdfl9 claies, plus propres à briser le corps qu'à procurer du repos ; ses meubla consistent en quelques calebasses et quelques petits plats de bois ou de terre- Son travail est presque continuel ; son sommeil fort court. Nul salaire. Vinê* coups de fouet pour la moindre faute. C'est à ce fatal état qu'on a su rédW0 des hommes qui ne manquent point, déraison, et qui ne peuvent ignora qu'ils sont absolument nécessaires à ceux- qui les traitent si mal.
Dans cet incroyable abaissement , ils ne laissent pas de jouir d'une sanW parfaite, tandis que leurs maîtres, qui regorgent de biens el qui ne manque11 d'aucune sorte de commodités, sont la proie d'une infinité de maladies. "s jouissent donc du plus précieux de tous les biens, et leur caractère les rend peu sensibles à la privation des autres. On n'a pas l'ait difficulté de soute»11 que ce serait leur rendre un mauvais office que de les tirer de cet étal. A 'a vérité ceux qui tiennent ce langage y sont intéressés : on peut dire qu'ils son à la fois juges et parlies. Cependant l'avanlage qu'ils tirent des nègres B l's pas sans inconvénients, el l'on assure que la plupart des habitants de n° ■ colonies s'affligent de ne pouvoir être servis par d'autres valets : n'y eût-il q"1' ee sentiment, naturel à l'homme, de compter pour rien des services <pR' ''' crainte seule arrache , et des respects auxquels le cœur n'a jamais de part»
« Malheureux, dil le P. Charlevoix , celui qui a beaucoup d'esclaves : e » la matière de bien des inquiétudes, et une continuelle occasion de palicrn-' > malheureux qui n'en a point du tout : il ne peut absolument rien l'aire; "lil heureux qui en a peu : il laul qu'il en soutire tout, de peur de les perdre, tout son bien avec eux. »
We nalicns établies Mitre le cap Diane et |0 eau Nègre sur la cèle d'Afrique "• proprement les seules qui paraissent nées pour la servitude. Ces miseles avouent, dit-on, qu'ils se regardent eux-mêmes comme une nation ;i««lilc. Los plus spirituels, qui sont eeu\ du Sénégal, raeonlenl, sur une J!~kM>e tradition dont ils ne connaissent pas l'origine , que ce malheur leur foi?!' *' p,id"'' dc lG"r Pramiw V»'K, qu'ils nomnicnl Tarn. Ils sont les mieux ■'* tous les nègres, les plus aisés à discipliner, et les plus propres au ser- J" ilomestiipie. Les Bambaras sont les plus grands , mais voleurs ; les Ara- > ceux qui entendent le mieux la culture des terres, mais les plus Tiers : ' '-ongos sont les plus petits et les plus habiles pécheurs , mais ils Abattait il, ,"«" ; les Nagote sont les plus humains; les Mandingues les plus cruels; ^ W'najs les plus résolus , les plus capricieux , les plus sujets à se désespérer. JJ™ les nègres créoles, do quelque nation qu'ils tirent leur origine, no j,™1"'"1 (l'' lenrs pères que la couleur et l'esprit do servitude; ils ont néan- .^""'ï un peu plus de passion pour la liberté , quoique nés dans l'esclavage : »!« aussi plus spirituels, plus raisonnables, plusadroils, mais plus "laiton,"15' r''"'i ranfaTOns» P|US l'herlins que ceux qui viennent d'Afrique. Ou Prend tous ces nouveaux venus sous le nom général de Mandas. ° a ™ •'' Saint-Domingue des nègres du Monomotapa et de l'Ile de Madau ttirS mais leurs maîtres en ont tiré peu de profil. Les premiers périssent l^i et les seconds sont presque indomptables. A l'égard de l'esprit , tous . Nègres de Guinée l'ont extrêmement borné. Plusieurs sont connue hébétés, ^ Ih'à ne pouvoir compter au dessus de trois, ni jamais (aire entra l'oraidominicale dans leur mémoire. Ils n'ont aucune idée fixe , le passé ne leur foi PîlsI>l"s connu que l'avenir ; vraies machines, qu'il Tant remonter chaque 'in'on veut les mettre en mouvement. Les doux missionnaires assurent que t|Ui leur attribuent plus de malice que de stupidité cl de manque do mé- Us Jï W llomP™1. et que, pour s'en convaincre , il suffit de voir combien •*»' !"'." de Prt,"ï!lnœ Pollr M q"i les concerne personnellement. D'un 'a.,,' !"''" ' on convicm généralement que , dans les affaires qu'ils ont fort à Sel. ' li,ssonl très lins et très entendus; que leurs railleries ne sont pointsans W e" llS saisissent merveilleusement le ridicule, qu'ils savent dissimuler, cl (Jis ",Pllls stupide nègre est un mystère impénétrable pour ses maîtres-, lanlll1tel '' l8S '<imt:le avc0 lln0 S"»1"1* surprenanle. Il n'est pas aise, d'accorder "•Hnv ' comral''"lés- 0n ai°lllo que leur secret esl comme leur Irésor, qu'ils l'ar,./.'™' P1""3' 1"c llc le ™vli|e'', et que leur contenance, lorsqu'on raot '""rie "' t,<! lo">' bouche, est un spectacle fort plaisant. Ils promionl un air d'éclat mei"-sinaturcl>o.ue> sahs une grande expérience, on y esllroinpé; ils Cnt de rire ; jamais ils ne se déconcertent, fussent-ils pris sur le fuir ; les
supplices 11e leur feraient pas dire ce qu'ils ont entrepris de lenir caché. Us "c sont pas traîtres ; mais il ne faut pas toujours compter sur leur attachement L« plupart seraient Tort bons soldais, s'ils étaient bien disciplinés et bicii cou* duils. Un nègre qui se trouverait dans un combat à côté de son maître let'1" son devoir, s'il n'en avait point été maltraité sans raison. Lorsqu'ils s'attrfl» peut dans quelque soulèvement , le remède est de les dissiper sur-le-champ a coups de bâton et de nerf de bœuf: si l'on dilfère , on se met quelquefois dan la nécessité d'en venir aux armes, et dans ces occasions ils se défendent6 furieux. Dès qu'ils se persuadent qu'il faut mourir, peu leur importe coi]1 ment» et le moindre succès achève de les rendre invincibles.
On remarque encore que le chant parmi ces peuples est un signe fort éfp1 voque de gaîlé ou de tristesse. Ils chantent dans l'affliction , pour adoucir Ie*[ chagrin : ils chantent dans la joie , pour faire éclater leur contentement ; D» comme ils ont des airs joyeux et des airs lugubres, il faut une longue exF" rience pour les distinguer. Naturellement ils sont doux, humains, dociw" crédules et superstitieux à l'excès. Ils ne peuvent haïr long-temps; i's " connaissent ni l'envie , ni la mauvaise foi , ni la médisance. Le christianisn1"1 qu'on n'a pas de peine à leur faire embrasser, et les instructions qu'ils >'p eoivent continuellement des missionnaires, perfectionnent quelquefois ^ vertus.
« Ce sont les nègres, dit le P. Pers, qui nous attirent ici principaleffl^ et sans eux, nous n'oserions aspirer à la qualité de missionnaires. Il se p#* peu d'années sans qu'on en amène au seul Cap-Français deux à trois m'1 * Lorsque j'apprends qu'il en est arrivé quelques uns dans mon quartier, V vais les voir , et je commence par leur faire faire le signe de la croix , en c°' duisant leur main; et puis je le fais moi-même sur leur front, comme p° en prendre possession au nom do Jésus-Christ et de son Église. Après les V rôles ordinaires, j'ajoute : « Et loi, maudit esprit, je te défends, au non1 Jésus-Christ, d'oser violer jamais ce signe sacré, que je viens d'imp1'1" , sur celte créature qu'il a rachetée de son sang. » Le nègre, qui ne comp1 rien à ce que je fais ni à ce que je dis , ouvre de grands yeux et paraît interdit ; mais , pour le rassurer, je lui adresse par un interprèle ces par du Sauveur à saint Pierre : « Tu ne sais pas présentement ce que je fais? lu le sauras dans la suite, i Le P. Pers ajoute qu'on s'efforce de les instr et qu'ils ont un véritable empressement pour recevoir le baptême , nuus les adultes n'en sont guère capables qu'au bout de deux ans; qu'alors n il faut souvent, pour le leur conférer, être du sentiment de ceux <l11 ^ croient pas la connaissance du mystère de la Trinité nécessaire au sa > qu'ils n'entendent pas plus ce qu'on leur apprend là-dessus que ne ic'a
!"',T("|iirl ;'i qui ou l'aurait appris de même; que la science du ttaËidogiun est
| "Ji't courte, mais qu'un missionnaire doit y penser deux Ibis avant que du
"sser mourir un homme, quel qu'il soit, sans baptême; et que, s'il a quel-
Ill(l Scrupule sur cela . ces paroles du prophèle-roi : Humilies Et jumenta sal~
""'s. Domine, lui viennent d'abord à l'esprit pour le rassurer, a
"n sait que Louis XIII , sur l'ancien principe que les terres soumises aux
U|$ de France rendent libres tous ceux qui peuvent s'y retira*, eut beau-
0llp de peine à consentir que les premiers habitants des iles eussent des
«Slaves, et ne se rendit qu'après s'être laissé persuader que c'était le plus
"r «l même l'unique moyen d'inspirer aux Africains le culte du vrai Dieu ,
'" 'gs tirer de l'idolâtrie, et de les faire persévérer jusqu'à la mort dans la
'"'°[i'Hsion du christianisme. Le P. Labat nous apprend que depuis on a pro-
''°S|' eu Sorbonne les trois cas suivants : i" si les marchands qui vont aehe-
loirs .
s esclaves en Afrique, ou les commis qui demeurent dans les cump-
i peuvent acheter des nègres dérobés; 'J," si les habitants de l'Amérique,
'!"' ces marchands viennent les vendre, peuvent acheter indifféremment
'llls les nègres qu'on leur présente , sans s'informer s'ils ont été volés : 3" à
i 'elle réparation les uns et les autres sont obligés, lorsqu'ils savent qu'ils nul
''etc. des nègres dérobés. » La décision, dit le même voyageur, lui apportée
'""i 'les par un religieux de notre ordre. On y trouva des difficultés insurnion-
'fiS' Nus habitants répondirent que les docteurs qu'on avait consultés n'a-
n'c,|t ni habitation aux iles, ni intérêt dans les compagnies, et que, s'ils
1llSs«iit élé dans l'un ou l'autre de ces deux cas, ils auraient décidé tout au-
IVn"'m. » Ainsi, les français des iles ne sont pas plus délicats sur ce point
Welcs Anglais et d'autres nations; mais ils sont beaucoup plus humains dans
. l,''iileinent qu'ils fonl à leurs nègres. Et d'abord, quoique la prudence
oblî»o de n'en point acheter sans savoir s'ils ont quoique défaut, ils don-
nLà la pudeur de ne pas faire eux-mêmes {■et examen; l'usage est de s'en
jPporter aux chirurgiens. En second lieu, on accuserait de durcie el d'ava-
■ tf' ^lui qui les ferait travailler à leur arrivée sans leur accorder quelques
llrs de repos. Ces malheureux sont l'alignés d'un long voyage , pendant te*
™*' Us ont toujours élé liés deux à deux avec des entraves de ici'. Us sont cx-
llA's de faim et de soif, sans compter l'affliction de se voir enlevés de leur
^s pour n'y retourner jamais : ce serait mettre le comble à leurs maux que
' ,os jeter tout d'un coup dans un pénible travail.
'"^qu'ils sont, arrivés chez leurs raaiiros, on commence par les Elire man-
, w tin les kûsse dormir durant quelques heures. Ensuite on leur fait raser
ij^ Ot IroUcr loul le corps avec do l'huile de palma Chrisli, qui dénoue les
totWes, les rend plus souples, et remédie au scorbut. Pendant deux ou
trois jours on humecte d'huile d'olive la farine ou la eassave qu'on lt-'"r donne ; on les fait manger peu , mais souvent , et baigner soir et matin- Ce régime est suivi d'une petite saignée et d'une purgation douce. On ne le"r permet point de boire trop d'eau, encore moins d'eau-de-vie : leur uni<P# boisson est l'ouïeou. Non seulement ces soins les garantissent des malade dont ils seraient d 'abord attaqués, mais avec les habits qu'on leur doiine, et la bonté qu'on leur témoigne , ils servent à leur faire oublier leur pajs et le malheur de la servitude. Sept ou huit jours après, on les emploie à qu'1'" que léger travail , pour les y accoutumer par degrés. La plupart n'en attendent pas l'ordre, et suivent les autres lorsqu'ils les voient appelés par ce qu*«S nomme le commandeur.
L'usage commun pour les instruire et les former au train de l'habitatii"1 est de les répartir dans les cases dos anciens, qui les reçoivent toujours volontiers, qu'ils soient de même pays ou d'une nation différente, et qui s" font même honneur que le nouveau nègre qu'on leur donne paraisse mit1"* instruit et se porte mieux que celui de leur voisin. Mais ils ne le l'ont p»'"1 manger avec eux, ni coucher dans la même chambre, et lorsque le neuve' esclave parait surpris de cette distinction , ils lui disent que, n'étant paset»*^ tien, il esUropau dessous d'eux pour être traité plus familièrement. Le?' Labat assure que celle conduite fait concevoir aux nouveaux nègres une h;"'11' idée du christianisme, et queiaul. naturellement orgueilleux, ils iinpo''1"" nent sans cesse leurs maîtres et leurs prêtres pour obtenir le baptême. « l-1'"1 impatience est si vive, dil-il,que, s'ils en étaient crus, on emploierait W* jours entiers à les instruire. Outre le catéchisme , qui se fait en commun S*** et malin dans les habitations bien réglées, on charge ordinairement quelq"^ anciens des mieux instruits de donner des leçons aux nouveaux , el ceux cU«» lesquels ils soûl luges uni un soin merveilleux de les leur répéter, ne fût-ce (lllfl pour pouvoir dire au curé que le nègre qu'on leur a confié est en état de ''<" cevoir le b;ip[ènie. Ils lui servent alors de parrain, et l'on aurai! peine à s'1' maginer jusqu'où va le respect, la soumission et la reconnaissance • ]»'' w"* les nègres ont pour leurs parraina. Les créoles môme , c'est-à-dire cens '1'" sont nés dans le pays , les regardent comme leurs pères. J'avais , runtime ,c même voyageur, un pelit nègre qui était le parrain banal de tous les pég**' enfants ou adultes, sue je baptisais, du moins quand ceux qui se présentai1-'11 pour cet office n'en étaient pas capables, ou pour ne pas savoir bien letircaléehisme , ou pour n'avoir pas fait leurs pâques , ou parce que je les cuim;l|h' sais libertins, ou lorsque je prévoyais quelque empêchement pour leur Vt& riage, s'ils contractaient ensemble mie affinité spirituelle, fêtais surpris ^ respecte que je lui voyais rendre par les nègres qu'il awwi tenu-, w hîip,|;,li0.
' Jetaient des enfauls, les mères ne manquaient point de tes lui apporter
s.iours de fêles , et si c'étaient des adultes, ils venaient le voir, lui répéter m'r catéchisme cl leurs prières , el lui apporter quelque petit présent. s
tous les esclaves nègres nul un grand respect non/ leurs vieillards. Jamais
- ne les appellent par leurs noms sans J joindre celui de lire : ils les soula-
™t dans toutes sortes d'occasions , et ne masquent jamais de leur obéir. La
''Usinière de l'habitation n'est pas moins respectée, et, de quelque âge qu'elle
s'"t , ils la traitent toujours de maman.
U' même voyageur les représente l'un sensibles ans bienfaits, et capables ^reconnaissance aus dépens même de leur vie; mais ils ventent élre obli- •» 'le bonne grâce , el s'il manque quelque chose à la laveur qu'on leur fait , | 5 «i témoignent leur mécontentement par l'air dont ils la reçoivent. Ils sont "Wnrellenjenl éloquents, el ce talent éclate surtout lorsqu'ils ont quelque
«te à demander, ou leur apologie a faire contre quelque accusation. On doit
* écouter avec patience lorsqu'on veut se les attacher. Ils savent repcésôn-
* adroitement leurs bonnes qualités , leur assiduité an service , leurs Ira- Jtt> le nombre de leurs cillants et leur bonne éducation ; ensuite ils l'ont
'■"«méralion de ton» les biens qu'on leur a faite , avec des reniercimeiifs très |>l:liicux qu'ils unissent parleur demande. Une grâce accordée sur-Ic- """>' les touclie beaucoup. Si l'on prend te parti de la refuser, il faai leur *»Pporlcr quelque raison, et les .renvoyer contents, en joignant au refus un !|"-'5eui de- quelque bagatelle. Lorsqu'il s'élève entre eux quelque différend , ^ s s accordent à venir devant leur maille , et plaident leur cause sans s'inler- "lipre. L'offensé commence; et lorsqu'il s'est expliqué, il déclare à sa partie
•" ''Hé peut répondre. Des deux cotés la modération est égale. C me il est
*que toujours question de quelque bagatelle, ces procès soûl bientôt vidé i. ^ '«qu'ils s'étaient battus, dit le p. Labat , ou qu'il» s étaient rendus couk,„ '''' lll",|'l'"' i'"'ci" '"™ avôrK . i° los frisais eiiàiier sévèrement , car il
t| ' "ver eux autant de fermeté que de condescendance, lissotuû I avec na-
"Xc!,œ 'CS cl,,"ij'"'"s 1"'iis ont mérités , mais ils sont capables des plus grands j^™" lorsqu'on les maltraite sans raison. C'est One roglo générale de prudence |ioii"|G 'S menacer janaais. Le châtiment ou le pardon ne doit jamais être sus- [Jj™ , parce <pie souvent la crainte les porte à fuir dans les bois, el telle est 1|jr S"» des marrons. - On il» pas ironie de moyen plus sur pour les rote- <j»« de leur accorder la possession de quelques volaille, el ,1e quelques (|( i 'I un jardin à tabac , à coton , à légumes , et d'autres petits avance.' s ^ "■>» nature. S'ils s'absentent . et que dans l'espace de vinghiuatR) li .'. -
Wa '""' '''''U'Uiieiil |WS d"eU\-mémC5 , OU Conduits par quelque protecteur ' «liiande grâce pour eux , ce ou L. doit jamais refuser, on , lis pi
ce qu'ils peuvent avoir de biens. Cette peine leur paraît st mue , qu'elle a plus do force que tons les châtiments pour les faire rentrer en eux-mêmes. 1-e moindre exemple de confiscation est long-temps un sujet de terreur. Ils sont lies entre eux par une affection si sincère , que non seulement ils se secourent mutuellement dans leurs besoins , mais que , si l'un d'eus fait une faute , on ^ voit, souvent venir tous en corps pour demander sa grâce, ou pour s'offrir << recevoir une partie du châtiment qu'il a mérité. Ils se privent quelquefois do leur nourriture , pour Cire en état de traiter ou de soulager un nègre de lent" pays dont ils attendent ia visite.
Leur complexion chaude les rend si passionnés pour les femmes, qu'indépendamment du prolîtdela multiplication , on est obligé de les marier (le ' bonne heure, dans la crainte des plus grands désordres. Ces mariages on néanmoins de grands inconvénients.
Les esclaves nègres aiment non seulement les femmes , mais encore le ,j',|] » la danse, h; vin et les liqueurs fortes, et. il n'y a rien là qui puisse étonner» philosophe. Le jeu qulls ont apporté aux îles, de quelque partie de l'AlriqllC qu'ils soient vernis . est une espèce de jeu de dés , conquise de quatre bov$*> c'est-à-dire de quatre de ces coquilles qui leur servent de monnaie. Un lr°" qu'elles ont du coté convexe les fait tenir sur cette face aussi facilement q"c sur l'autre. Ils les remuent dans la main comme on y remue les dés, et K» jettent sur une talde. Si toutes les faces trouées se trouvent dessus , ou les faa opposées, ou deux d'une sorte et deux d'une autre, le joueur gagne; mars si le nombre des trous ou des dessous est impair, il a perdu. Beaucoup de nègre créoles ont appris, par l'exemple de leurs maîtres, à jouer aux cartes, te * ;Lahat déplore une habitude qui les rend tout à la fois , dit-il , plus fripon* c plus fainéants. La danse est leur passion làvorile, et l'on ne connaît point <-e peuple qui en ail une plus vive pour cet exercice. Si leur maître ne leur Pc met point de danser dans l'habitation , ils font trois ou quatre lieues le sanie à minuit, après a\oir quilté le travail , pour se rendre dans quelque heu ° la danse soit permise. Celle qui leur plaît le plus, et qu'on croit venue royaume d'Ardra , sur la cote de Guinée , se nomme ia attendu. Les hspag11 ^ l'ont apprise des nègres, et la dansent, comme eux, dans tous leurs établis^ mente de l'Amérique. Elle est d'une indécence qui porte quelques mail1** ' défendre; mais il ne leur est pas facile de l'empêcher, car le goût en est si ET lierai et si vit que les cnfanls , même dans L'âge où la force leur manque en pour se soutenir, imitent leurs pères et mères , auxquels ils la voient danse , passeraient les jours entiers à cei exercice. Pour en régler la cadence , ' sert de deux instrumente en forme de tambours, qui ne sont (pie deux i d'arbres creusés et d'inégale grosseur. Un des bouts est ouvert , l autre es
nIh^^B
- IV, - *ort d'une peau de brebis ou de chèvre, sans poil cl soigneuse™ cm grattée, M plus grande de ecs deux machines, qui se nomme simplement le rjrawi l'oinbour, n [rois ou quatre pieds de long , sur huit à neuf pouces de diamètre. <c polit, qu'on nomme baboula, esta peu près delà môme longueur, mais n'a llris plus de huit à neuf pouces dans l'autre dimension. Ceux qui battent de t-'"s Instruments les mettent entre leurs jambes ou s'asseyent dessus, el les '"'"lient du plat des quatre doigts de ehaque main. Le grand tambour est ,;|Uu avec mesure et posément ; mais le baboula se touebe avec beaucoup de "(esse, presque sans mesure, et, comme il rend moins de son que l'autre, 'l'ioiqu'il fn rende un fort aigu, il ne sert qu'à faire du bruit, sans marquer la «agence ni les mouvements des danseurs.
t Ns sont disposés sur deux lignes , l'une devant l'autre , les hommes vis-à- V|s des femmes. Ceux qui se lassent font un cercle autour des danseurs el des Wiiibonrs. Un des plus habiles chante une chanson qu'il compose sur-le-eliamp, flt>nt le refrain est répété par les spectateurs, avec de grands battements de '"aiiis. Tous les danseurs tiennent les br;is à demi levés, sautent , tournent , t approchent à deux ou trois pieds les uns des antres, et reculent en cadence , Jusqu'à ce que le son redoublé du tambour les avertisse de se joindre, en se r;iPp:inl les uns contre1 les antres; ils se retirent aussitôt en pirouettant pour rRcOirinjencer le même mouvement, avec des gestes tout à fait lascifs, autant ('c fois que le tambour en donne le signal ; ce qu'il fait souvent plusieurs fois t'e Suite. De temps en temps, ils s'entrelacent les bras, cl font deux ou trois l°urs, en continuant de se frapper et se donnant des baisers. On juge comlei> la pudeur est blessée par cette danse. Cependant elle a tant de cliarmes Pour 1L.S Espagnols Je l'Amérique , et l'usage en est si bien établi parmi eus , 90 elle entre jusque dans leurs dévotions; ils la dansent à l'église et dans leurs accessions. Les religieuses même ne manquent guère de la danser, la nuit eNoël, sur un théâtre élevé dans leur chœur, vis-à-vis de la grille, qu'elles "ïnnent ouverte pour faire part du spectacle au peuple; mais elles u'adineleilt point d'hommes à leur danse. Dans les îles françaises, on a défendu la '''''"du par des ordonnances, autant pour mettre l'honnélé publique à colique pour empêcher les assemblées trop nombreuses. Une troupe de nè-
vwt 1,
3|,<-s> emportée par la joie et souvent échauffée par des liqueurs fortes, devient ''balile (h; toutes sortes de violences. Mais les luis el les précautions n'ont en- °r« pu l'emporter sur le goût désordonné du plaisir. Les esclaves nègres du Congo ont une autre danse plus modeste que la ca- 'nda, niais moins vive et moins réjouissante. Les danseurs de l'un el de l'autre f'!«' se niellent en rond, el, sanssorlir d'une place, ils ne tout que lever les pieds 1 ' air, ponr en frapper la terre avec une espèce de cadence, en lenanl le
corps ;i demi rond»' l.s uns rers les autres, tandis qu'un d'entre eus raconte quelque histoire, à laquelle tous les danseurs répondent par un refrain, cl les spectateurs par des battements de mains. Les nègres Minais dansent en rond et tournent sans cesse. Ceux du cap Vert et de Gambie ont aussi leurs danses particulières; mais il n'y en a point qui leur plaise tant à tous que te ealenda. Dans l'impuissance des lois, on s'efforce, dît le P. Labat, de IcHf faire substituer à cet exercice peu décent des danses françaises, telles que le menuet, la courante, le passe-pied, les branles et les danses rondes. 11 s'en trouve beaucoup qui y excellent, et qui n'ont pas l'oreille moins fine ni les pas moins mesurés que nos plus habiles danseurs. Quelques uns jouent assez bien du violon, et gagnent beaucoup à jouer dans les assemblées. Ils jouent presque tous d'une espèce de guitare, qu'ils composent eux-mêmes d'une moitié de calebasse, couverte d'un cuir raclé, avec un assez long manche : elle a quatre cordes de soie ou de pite, ou de boyaux secs et passés ensuite à l'huile, qui sont soutenues sur la peau par un chevalet à la hauteur d'un pouce et demi. Cet instrument se pince en battant ; mais le son eu est peu agréable et les accords peu suivis.
II n'y a point d'esclaves nègres qui n'aient la vanité de paraître bien vêtuSj surtout à l'église , et dans leurs visites mutuelles, lis ne redoutent aucun travail, aucune privation , lorsqu'il est question d'acheter pour leurs femmes et tours enfants quelque parure qui puisse les distinguer des autres. Cependant l'affection qu'ils ont pour leurs femmes ne va pas jusqu'à les faire mangvr avec eux, à l'exception du moins des jeunes gens, qui leur accordent celte liberté dans les premières tendresses du mariage. Dans leurs festins , les nègres Aradas ont toujours un chien rôti, et croiraient faire très mauvaise chère si cette pièce y manquait. Ceux qui n'en ont point, ou qui ne peuvent en dérober un, l'achètent , et donnent en échange un porc deux fois plus gros. teS antres , surtout fes nègres créoles , et ceux même qui descendent d'un père cl d'une mère aradas , ont au contraire de l'aversion pour ce mets , et regardent comme une grande injure le nom de mangeurs de chiens. Mais ce qui paraît plus efonnanl au P. Labat , c'est que les chiens de l'île aboient à ecU* <[<'' les mangent et les poursuivent, surtout lorsqu'ils sortent dr ,■.-* festins. I-1' public est averti du jour où l'on rôtit un chien chez quelque Arada par ies cri* de tous ces animaux , qui viennent hurler autour de la case , comme s'ils voulaient plaindre ou venger la mort de Jeur compagnon.
Les crises des nègres français sont assez propres. Le commandeur, qui est « ïiargé de ce soin , doit y faire observer la symétrie et l'umlornuté. Elles sont lotîtes de même grandeur, dans lenrs trois dimensions, imites de .il'1; <*, suivant leur nombre . elle--, compisf»!! me ■■.-; |ij;t*;îrvirs riieS. Leur lori^U1'1"1
^UriiUMi est de trente pieds sur quinze de large. Si la famille n'est pas assez It>ndireuse pour occuper tout ce logement, on le divise en deux parties dans
niilieu de sa longueur. Les portes sont aux pignons, et si la maison con-
"'nt deux familles, elles donnent sur deux rues; mais pour une seule fa- "He, nn n'y souffre qu'une porte. Ces édifices sont couverts de têtes clecan- °s . de roseaux ou de feuilles de palmistes. Les murs sont composés de claies T" soutiennent un torchis de terre grasse et. de bouse de vache, sur lequel on Passe une couche de chaux. Les chevrons et la couverture descendent souvent squ'à terre , et forment à enté des cases de petits appentis où les porcs et la °laille sont à couvert. On voit rarement plus d'une fenêtre à chaque case , ,''Jlr"'1 qui' les nègres son! fort sensibles au froid , qui est quelquefois piquant '"'"ilani la nuit ; d'ailleurs la porte suffit pour donner du jour. La fenêtre est 0u.i"ti!-s au pignon. Quelques uns ont une petite case près do la grande, pour ; mire leur feu et leur cuisine; mais la plupart se contentent d'une seule, où ^entretiennent du feu toute la nuit. Aussi les cases sont-elles toujours eftfo- ÎOs, et leurs habitants contractent eux-mêmes une odeur qu'on sent touavant qu'ils se soient lavés. Le mari et la femme ont chacun leur lit.
jours , squ'à l'âge de sept ou huit ans , les enfants n'en occupent qu'un ; mais on attend pas plus long-temps à les séparer, parce qu'avec le penchant de la ■"ion pour les plaisirs des sens, il ne faut plus compter sur leur. sagesse à cet
''"''■ 'es lits sont de petits enfoncements pratiqués dans les murs de chaque a|son. Ils consistent en deux ou trois planches posées sur des traverses , qui
' lf|[ soutenues par de petites fourches. Ces planches sont quelquefois couvers « une natte de latanier, ou de eûtes de balisier, avec un billot de bois pour ®*et. Les maîtres un peu libéraux donnent à leurs nègres quelques grosses 11 l's ou de vieilles étoffes pour se couvrir ; mais c'est un surcroît de soin Br le commandeur, qui est obligé de les leur faire laver souvent. L'impor- J1'6 de Il's lOT'r propres l'oblige aussi de leur faire laver souvent leurs habits ae leur faire raser la tête. A l'égard des meubles, ils consistent en calebas-
. ( ''' en vaisselle de terre , avec des bancs , des tables, et quelques ustensiles ""*■ Les plus riches ont un coffre ou deux pour y conserver leurs bardes.
°n lais
POîir r
01 cet Bèrftg
; ordinairement entre les cases un espace de quinze ou vingt pieds,
r plus facilement aux incendies, qui ne sont que trop fréquents,
BS^lace esi fermé d'une palissade. Les mis y cultivent des herbes pola-
i <'t d'autres j engraissent des pores. Dans les habitations où les maîtres
, n""msscnt aussi, on oblige les nègres de mettre les leurs dans le parc du
' r° > cl de prendre soin des uns et des autres. Lorsqu'ils veulent vendre
■ ';"' leur appartient , ils doivent offrir la préférence à leur maître; mais la
" '%<" aussi de leur pnvrr ce qu'il achète d'eux au prix courant du mar-
ehé. i hp oiïluiijiriiir;" fur! utile . mais dont on se plahit que l'exé-cution esl i'' gli[;ée , es! celle qui défend de l'ien acheter dos nègres, s'ils ne produisent lin'' permission de leurs maîtres. C'est un moyen sûr de prévenir les vols- "[l d'arrêter du moins ceux qui ont la mauvaise foi d'en profiter: mais air* Antilles comme en Europe, il se trouve des marchands sans religion |,: sans honneur, qui , prenant tout ce qu'on leur présente à bon marché, elUW lien tient les nègres dans l'habitude du vol.
L'usage est de leur donner, à quelque distance de l'habitation , ou prooW des bois, quelque portion de terre pour y cultiver leur tabac, leurs paUrtw leurs ignames, leurs choux caraïbes, et tout ce qu'ils peuvent tirer dc$ fonds, avec la liberté de le vendre ou de l'employer à leur subsistance. 0" leur permet d'y travailler les jours de fête après le service divin, et les a*" très jours pendant le temps qu'ils peuvent retrancher à celui qui leur est a* cordé pour leurs repas. 11 se trouve des nègres à qui ce travail vaut annuel!^' ment plus de centécus. Lorsqu'ils sont voisins de quelque bourg , où ilsp1'"' vent porter leurs herbages et leurs fruits, ils croient leur sort très heureux i$ vivent dans l'abondance , eux et leur famille , et leur attachement en aiigntë0*8 pour leur maître.
Les plus misérables ne veulent pas reconnaître qu'ils le soient. Le P. i^|)!l' donne un exemple fort remarquable de cette vanité. « J'avais, dil-il , un Velli nègre de quatorze à quinze ans , spirituel, sage , affectionné , mais d'une 8^ que je n'ai jamais pu corriger. Lue parole de mépris le désespérait. Je lui J'* sais quelquefois, pour l'humilier, qu'il était un pauvre nègre qui n'avait paS d'esprit. Il élait si piqué du mot pauvre, qu'il en murmurait entre ses de»1*' lorsqu'il me croyait fâché; et s'il jugeait que je ne l'étais pas, il prenait la H* bei lé de me dire qu'il n'y avait que des blancs qui fussent pauvres ; qu'on Pl! voyait point de nègres qui demandassent l'aumône, et qu'ils avaient trop & cœur pour cela. Sa grande joie, comme celle des autres noirs de la m^ maison , était de venir m'averlir qu'il y avait quelque pauvre Français il1" demandait la charité. Cela est rare dans la colonie ; mais il arrive quelque^ qu'un matelot, après avoir déserté , tombe malade , et qu'à la sortie de lW' tal la force lui manque encore pour travailler. Dès qu'il en paraissait un , '' -v avait autant de gens pour nie ['annoncer qu'il y avait de domestiques dan* ,a maison, et avant tous le petit nègre, qui ne manquait point de me venir dir*' d'un air coulent el empressé : u Mon père, il y a à la porte un pauvre bla*0 » qui demande l'aumône. ■ Je feignais quelquefois de ne pas entendre , o" dC ne vouloir rien donner, pour avoir le plaisir de le (aire répéter." Mais, W& »père, reprenait-il , c'est un pauvre blanc ; si vous ne voulez rien lui donner »je vais lui donner quelque chose du mien , moi qui suis un pauvre «èg1* ;
|Wbi merci, on np voil poinl do nègrequi demande l'anmflnp. • Quand - 1 avais donné ce que je voulais envoyer au pauvre, il no manquait pas Je lui * m le lui présentant : . Tenez , pauvre blanc , voilà ce que mon maître
" v«'s envoie. - Et lorsqu'il croyait que je le pouvais entendre, il le rappelai!
™» lui donner quelque chose du sien , afin d'avoir le plaisir de l'appeler en-
*» pauvre blanc. .
■1 est rare que les esclaves nègres soient chaussés , c'est-à-dire qu'ils aienl
J* bas el des souliers. A la réserve de ceux qui servent de laquais aux babi-
j™<s de la première distinction , tous vont ordinairement nu-pieds. Leurs ha- ' s journaliers ne consistent qu'en des caleçons et une casaque; mais lors-
J» «s s'habillent aux jours de fêles, les hommes ont une belle chemise, avec « caleçons étroits de toile blanche, sur lesquels ils portent une cm'uklc , "ne toile de couleur , ou (l'une étoffe légère. Ce qu'on nomme candale est
un,.
espèce de jupe très large , qui ne i
-,,..„,. u„ j.,^- „„0 „„£„, q(„ ue va j(as jusquaux genoux, et dont le
W, plissé par uneceinture, a , sur les hanches, deux fentes qui se ferment
"des rubans. Ils portent sur la chemise un petit pourpoint sans basques,
^ laisse trois doigts de vide entre lui et la candale, pour faire bouffer plus
|f "'«lient la chemise. Ceux qui sont assez riches pour se procurer des boutons
' 'Boni, ou garnis do quelques pierres de couleur, on adaptent aux poignets
■'" col de leur du se. La plupart n'y mettent que des rubans. Ils ont rare-
7®nt des cravates et des justaucorps. Dans cette parure, lorsqu'ils ont la tète ^Overte d'un chapeau , on vante leur bonne mine, d'autant plus qu'ils sont "irement fort bien faits. Avant le mariage, ils portent deux pendants d'o
«Hina
Mlles
bila """""'■ >es femmes i ensuite ils n'en portent plus qu'un seul. Les ha- *»<» qui se donnent des laquais leur font faire des candides et des pour-
llir'|"S "VeC i"1 gal0nS ' cl <lc ta C0llle'"' <le leur "ïrte i ils l™r font porter un >»'i au lieu de chapeau, des pendants d'oreilles, et un carcan d'argent 'c leurs armes.
4 Les négresses, dans leur habillement de cérémonie, portent ordinairement i(,i„J!''"'s- CelIe de ,lcss""s csl *lc couleur, et celle de dessus presque tou- 4 Pe,-, t°'Ie blinche ' d'' col°" 0l1 tle mousseline. Elles ont un corset blanc i '|es basques , ou de la couleur de leur jupe de dessous , avec une échelle
' uliani ■ '«Set do.
avec
, n pendant» d'oreilles d'or ou d'argent, des bagues, des brace- 1 des colliers de petite rassade à plusieurs tours, ou do perles fausses '■Ul«'""! CTOi" ll'°r "" d'arSent' Le co1 dc lei,r chemise, les manches et les lr*sbl lleB' S0"1 ga,'"'S ,,C dcnlell°' a Icui' coiffure est d'une toile
Voit c i ChC "' lrèS fi"°* ''eleVd<! aUSS' de <Iuel1u« dentelles. Cependant on ne f* le!, 'llr ('° proprelé qua"ï "èsres et aux négresses qui se mettent en état, r travail, d'acheter ces ornements à leurs frais : car, à l'exception des
r leur ti t.
laquais .■[ des femmes de chambre de cet ordre, il n'y a point de main* 'I'" fasse l'inutile dépense dp parer une troupe d'esclaves.
Les Européens se trompent lorsqu'ils s'imaginent qu'aux îles on fait consister la beauté des nègres dans la difformité de leur visage, particulièrenn-n dans de grosses lèvres , avec un nez écrasé. Si ce goût est celui de l'Europe il règne si peu dans les colonies, qu'on y venL au contraire des traits M"" réguliers. Les Espagnols y apportent surtout une extrême attention , cl ne rC' gardent point à cinquante piastres de plus pour se procurer une belle iK" grosse. Avec la régularité des traits, on veut qu'elles aient la taille belle, lfl peau fine cl d'un noir luisant. Jamais il n'y a de malpropreu; à leur reprochw lorsqu'elles sont proches d'une rivière. Les nègres du Sénégal, de Garni*™' du cap Vert, d'Angola et du Congo, sont d'un plus beau noir que ceir* * Mina , de Juîiïa, d'Issiui, d'Ardra, et des autres parties de la côte. Cependii" leur teint change dès qu'ils sont malades, et devient alors couleur de bistP6' ou même de cuivre.
Ils sont d'une patience admirable dans leurs maladies : rarement on les W tend crier ou se plaindre au milieu des plus cruelles opérations. Ce n'est pn' insensibilité, car ils ont la chair très délicate et le sentiment fort vif; c'est "" fond de grandeur d'âme et d'inlrépidiié qui leur fait mépriser la douleur. 'e dangers, ef la mort même. Le P. Labat rend témoignage qu'il en a vu ron'P vife et tourmenter plusieurs sans leur entendre jeter le moindre cri. 0" brûla un , dit-il , qui , loin d'en paraître ému , demanda un bout de tabac ' lumé , lorsqu'il fut attaché au bûcher, et fumait encore tandis que ses ja"'" se crevaient parla violence du feu. Un jour, ajoute le même voyageur. (lt"' nègres ayant été condamnés, l'un au gibet, l'autre à recevoir le fotiet de main du bourreau , le confesseur se méprit et confessa celui qui ne devait p' mourir. On ne reconnut l'erreur qu'au moment de l'exécution, On le fil •* cendre ; l'autre fut confessé , et quoiqu'il ne s'attendit qu'au fouet , il lll0n . Féchelle avec autant d'indifférence que le premier en était descendu, cototo l'un ou l'autre sort ne l'eût pas touché. »
Cest à ce mépris naturel de la mort qu'on attribue leur bravoure- < " déjà remarqué que ceux de Mina tombent souvent dans une mélancolie n°" ' qui les porle â s'ùkr volontairement la vie. Ils se pendent ou se conpen gorge au moindre sujet, le plus souvent pour faire peine à leurs maîtres, l'\ l'opinion qu'après leur mort ils retourneront dans leur pays. Un Ang a établi dans l'île de Saint-Christophe, employa un stratagème fort he«r pour sauver les siens. Comme il les traitait avec la rigueur ordinaire à sa t'uin ils se pendaient les uns après les autres, et celle fureur augmenta' ' . ' r. ■■ ,.... ■ , . .... .-„c nèie^
liir en jour. Enfin il fut averti par un de ses engagés que tons ses
ne?'"
'"eut plis la résolution do s'enfuir dans un bois voisin, et do s'j pendra ,J«s pour retourner ensemble dans leur pairie. Il conçut que, les précautions j51 'es châtiments ne pouvant différer que de quelques jours l'exécution de £"r dessein , il fallait un remède qui eût quelque rapport à la maladie de leur """ginaliou.
Après avoir communiqué son projet à ses engagés, il leur lit charger sur « charrettes des chaudières à sucre, et tout l'attirail de sa fabrique, avec , «ro (1,. |e suivre, e! s'étant fait conduire dans le bois, lorsqu'on eut vu 'rendre ce chemin à ses nègres , il les y trouva qui disposaient leurs cordes ™r se pendre. 11 s'approcha d'eux , une corde i la main , et leur dit de ne rien «nuire; qu'ayant appris le dessein où ils étaient do retourner en Afrique, il *hit les y accompagner, parce qu'il y avait acheté une grande habitation , 'I élail résolu d'établir une sucrerie, à laquelle ils seraient beaucoup plus °Pres que les nègres qu'on n'avait jamais exercés à ee travail ; mais qu'alors , J: craignant plus qu'ils laissent s'enfuir, il les ferait travailler jour et nuit, » leur accorder le repos ordinaire du dimanche; que, par ses ordres, on ait déjà repris dans leur pays ceux qui s'étaient pendus les premiers, et ™» les y faisait travailler les fers aux pieds. La vue des charrettes qui arrl- ,;,|'"t aussitôt ayant confirmé cet étrange langage, les nègres ne doutèrent ' l'sdes intentions de leur maître , surtout lorsque, les pressant de se pendre, °'gnil d'attendre qu'ils eussent fini leur opération pour hâter la sienne et 'tir avec eux. H avait môme choisi son arbre , et sa corde y était attachée. ors ils tinrent entre eux un nouveau conseil. La misère do leurs comparais e[ ia crainte d'être encore plus malheureux leur fit abandonner leur gojution. Ils vinrent se jeter aux pieds de leur maître, pour le supplier de Jt'l'"l''r les autres et lui promettre qu'aucun d'eus ne penserait plus à relour- >C,' "nS ]mr P"JS' " S° "' riross('1' lo"S-lenips ; mais enfin ses engagés et ses Italiques blancs s'étaut jetés à genoux pour lni demander la même grâce, ^ °mmodement se fit à condition que, s'il apprenait qu'un seul nègre se ];i Ppndu , il ferait pondre le lendemain tous les autres , pour aller travailler à
crerie deGuiuée. Ils promirent avec sert il de ne plus songeràse tuer.
" serment des négresse fait en prenant un peu de terre, qu'ils se mettent
Poit a langue, après avoir levé les yeux et les mains au ciel, et frappé leur
oie,!"," '''''"' "'l''"1"""'' 'I" ils expliquent eul-mêmes, signifie qu'ils prient
de les réduire en poussière comme la terre qu'ils ont sur la langue, s'ils
MuentàleurpromeSSe, ou s'ils altèrent ta vérité.
'llli ";"'!''" ''«bilanl s'avisa de faire couper la tête et les mains àtous les nègres
tarent pendus , et de les tenir enfermés sous clef, dans une cage de fer
"duo dans sa cour. L'opinion des nègres étant que leurs morts viennent
■ag
prendre leur corps pendant la nuit, et les emportent avec eux dans le pays 9 ' leur disait qu'ils étaient libres de se pendre lorsqu'il leur plairait; maisqu'1 aurait le plaisir de les rendre pour toujours misérables, puisque, se trouvât» sans tète et sans mains dans leur pays, ils seraient incapables de voir, d'entendre , de parler, de manger et de travailler. Ils rirent d'abord de celle idée , et rien ne pouvait leur persuader que les morts ne trouvassent pas bientôï W moyen de reprendre leurs tètes et leurs mains ; mais lorsqu'ils les virent constamment dans le même lieu, ils jugèrent enfin que leur maître était P'"5 puissant qu'ils ne se l'étaient imaginé, et la crainte du môme malheur lc"r fit perdre l'envie de se pendre.
Le P. Labat , qu'on donne pour garant de ces deux faits , ajoute que , si ce remèdes paraissent bizarres , ils ne laissent pas d'être proportionnés à la p01" tée de l'esprit des nègres , et de convenir à leurs préventions ; niais ils ne son pas plus étranges que la disposition où le même voyageur les représente à I *■" gard du christianisme, qu'ils paraissent embrasser.
Il est vrai, dit-il, qu'ils se convertissent aisément lorsqu'ils sont hors ('l! leur pays, et qu'ils persévèrent dans le christianisme tant qu'ils le voienj pratiquer, et qu'ils ne voient pas de sûreté à s'en écarter ; mais il est vrai aiiss" que, dès que ces motifs ne les retiennent plus, ils ne songent pas plus an* promesses de leur baptême que si tout cela ne s'était passé qu'en songe Sîm retournaient dans leur pays, ils se dépouilleraient aussi facilement du no"1 de chrétien que de l'habit dont ils se trouveraient revêtus.
Mœurs du habitant* de l;t Barbade. Mettra ci esclaves,
Voici un autre lableati des mœurs coloniales, de la condition des maitrps et de celle des esclaves , tracé par un voyageur anglais. Il est question de 1» Barbade, au temps de sa plus grande splendeur.
« Les habitants de la Barbade sont distingués en trois ordres : les maîtres» qui sont Anglais, Écossais ou Irlandais, avec quelque mélange de Franc"13 réfugiés , de Hollandais et de Juifs ; les domestiques blancs, et les esclaves. 0" distingue aussi deux sortes de domestiques : ceux qui se louent pour un service borné, et ceux qu'on achète, entre lesquels ont fait encore la distinct'0" de ceux qui se vendent eux-mêmes pour quelques années, et de ceux que lel"'s crimes font transporter. On a dédaigne long-temps, à la Barbade, d'enipl°vef celle dernière espèce d'hommes, jusqu'aux fâcheuses conjonctures où la guerre et les maladies en ont fait sentir la nécessité. A l'égard des premiers, qua»1'"
d'honnêtes pauvres, que la misère avait forcés à la servitude, ont tire
ta»'
d'avantages de leur travail el de leur probité, qu'après l'expiration
do le'"'
terme , d'à
5 a vus possesseurs de quelque bonne plantation, et créateurs a'"ne heureuse famille.
* Les maîtres, quoique moins fastueux qu'à la Jamaïque, vivent dans leurs dotations avec un air de grandeur. Ils ont leurs esclaves domestiques , et "autres pour leur travail des champs. Leurs labiés sont servies avec autant
abondance que de propreté. Chacun a diverses sortes de voitures , des che- Va,|x, une livrée; les plus riches entretiennent de belles barques pour se '"amener autour l'île, et des chaloupes qui servent à transporte? leurs mar- <*3ndises à Bridge -Town. Ils sont vêtus proprement, et leurs femmes sont Passionnées pour les modes de l'Europe. La plupart des hommes, ayant reçu
elr éducation à Londres, en conservent fidèlemenl les usages, et sont plus tofts, si l'on en croit un voyageur de leur nation, qu'on ne l'est ordinaireltle'U dans les provinces d'Angleterre. Mais on les accuse de prendre , dans Cette capitale, un esprit intéressé, qui les rend moins généreux que dans les Nmiers temps de la colonie. L'hospitalité, qui était alors la première vertn
K l'île, y est aujourd'hui peu connue. Anciennement toutes les maisons étaient ^Vertes aux étrangers, el le moindre habitant prenait plaisir à trader ses *°i8ins; aujourd'hui, chacun , à l'exemple des habitants de Londres, garde ^T soi ce qu'il a de bon. On attribue ce changement aux factions qui ont
Un8-lemps divisé la colonie.
'' Leurs aliments sont, comme en Angleterre, tout ce qu'on nomme viande ('e boucherie, dont la chaleur du climat ne les empêche point de manger J°Uiic<jup , diverses sortes de volaille , qu'ils nourrissent en abondance , et le Msson de mer. Ils tirent d'Angleterre tout ce qui sert à l'assaisonnement, C("iiinc les épiecs, les anchois , les olives , les jambons , etc. Leur pâtisserie ^ se fait aussi qu'avec de la farine d'Angleterre. Mais ils n'ont pas besoin de Percher hors de l'ile de quoi composer le pins élégant dessert. On se ne lasse 'IQl,U de vanter l'excellence et la variété de leurs fruits. Ils ont iU-u\ sortes de
"is communs, qu'ils nomment Matmsey et 1 Mania, tous deux de Madère : le D'entier, aussi moelleuv el moins doux que le Canarie; le second , aussi sec "plus fort que celui d'Andalousie. Il leur vient d'Angleterre toutes sortes ' autres vins, de bière, de cidre. L'abondance du sucre el des limons leur a
''"■inventer différentes sortes de liqueurs, dont le fond esl du vin, ou de
^"-de-vie , ou du rhum , qui est une eau-de-vie de sucre. Enfin , il ne leur
lrilupierien de ce qui peut servir aux délices de la vie. " Chaque habitant, dans sa plantation , se regarde comme un souverain. 11 Pouvoir esl absolu sur tout ce qui respire autour de lui , sans autre excep- 1 'lue lu ri,: ri le* membres. Plusieurs ont jusqu'à sept ou huit cents ue- CQïidaninés pour jamais à l'esclavage, eux cl leur postérité- Les dômes-
''on ,
tiques blancs s'achètent aussi, et ne sont pas plus libres pendant le temps de leur servilude ; mais ce temps est borné par les lois , et ceux qui se lassent de leur condition peuvent rentrer alors dans Ions les droits delà liberté, D'aU" leurs ils sont traités avec plus de douceur que les nègres. Le prix ordinaire d'un domestique blanc est vingt livres sterling , cl beaucoup plus s'il est artisan ; celui d'une femme dix livres. Mais on voit à présent peu de femmes blanches qui servent dans la colonie, à moins qu'y étant nées, elles ne se louent comme en Europe. On assure qu'il y a plus de quarante ans qu'on n'y en ;> point vendu. Au reste, le service des blancs n'est pas différent de celui des domestiques d'Angleterre. «
L'état des nègres est beaucoup plus misérable , non seulement parce qn'd est perpétuel , mais plus encore parce qu'il les assujettit à des traitements q"1 fout frémir la nature. C'est une opinion établie, que la plupart des Anglais sont de cruels maîtres pour leurs esclaves. Ils n'en disconviennent pas eux-QW' mes, el ceux qui méritent ce reproche donnent la nécessité pour excuse. Cependant un de leurs voyageurs entreprend de détruire l'accusation. Cet article est curieux. « Premièrement, dit-il, il est certain que, dans les colonies anglaises , comme dans celles des autres nations , un maître est intéressé à '<' conservation de ses nègres, puisque, outre le profit qu'il en lire journellement, il n'en perd pas un qui ne lui coûte -10 ou HO livres sterling, et quelquefois beaucoup plus , car un nègre qui excelle dans quelque emploi mécanique, se vend, dans nos plantations, 130 el. 200 livres sterling; j'en ai V« donner 400 d'un habile rallmeur. À l'égard du traitement, leur travail commun est l'agriculture , à la réserve de ceux qu'on retient pour divers services dans les sucreries, les moulins et les magasins, où la peine n'excède pui'1' leurs forces , et de ceux qu'on emploie dans les maisons . où les femmes le* plus jolies cl les plus propres sont chargées des soins convenables à leur sexe; et les hommes les mieux faits , des ollices de cochers , de laquais , de valets de chambre, de portiers, etc. D'autres, à qui l'on reconnaît du talent pO'»' les arts mécaniques, sont exercés clans la profession qu'ils entendent : on en fait des charpentiers , des serruriers , des tonneliers , des maçons, etc. , 4'" n'ont pas d'autres peines que celles de leur métier. Nous leur permettons d'avoir deux ou trois femmes pour augmenter notre bien par la multiplication- Peut-être la polygamie est-elle un obstacle à celte vue, car l'usage îmnwdéra du plaisir peut les affaiblir, et les enfants qui sortent d'eux en ont inoins de force. Ces femmes s'attachent fidèlement à l'homme qui passe pour leur ma" : l'adultère est un crime détestable à leurs yeux. On nous accuse de leur refuser le baptême. C'est une injustice, comme c'est une fausseté d'en donner I»»"' raison que leur conversion au christianisme les rendrait libres. Ils n'en *'2'
•"■ùctil Wils
"'■<iid
pas moins esclaves , eux et lous leurs descendants , et le seul avantage fn pourraient tirer serait d'être un peu plus épargnas par leurs com-
Péri,,
mte, qui ne châtieraient pas aussi volontiers leurs frères chrétiens que «fidèles. La vérité est que ces misérables ne marquent aucun goût pour la
wie obrétienne. Ils ont tant d'attachement à leur idolâtrie, que, si Ton ne *wt au gouvernement de la Barbade d'y établir une inquisition , jamais il feut espérer qu'ils se convertissent. Mais ceux qu'on croit disposés ;i reeelr 'es lumières de la foi sont encouragés lorsqu'ils les demandent , et Irais Plus doucement après leur conversion. II est vrai aussi que les maîtres ne W pas Tort ardents à faire des prosélyles, parce qu'ils sont persuadés que
bon
n'islianisme du bout des lèvres, pendant qu'ils conserveraient leurs dia-
'«.ues opinions au fond du cœur. Celte race d'homme est généralement
*^se ei perfide. S'il s'en trouve quelques uns dont la fidélité mérite de l'ad-
Jmion ■ '■"' pluparl , malgré leur stupidité naturelle, excellent dans l'art de
^"1(ln'> et par leurs fréquentes séditions, ils ont mis leurs maîtres dans la
T^ità de les observer sans cesse. Leur nombre les rend dangereux : il est
L'ois pour un bianc, Cependant tout ce qu'on raconte de la rigueur qu'on
"l'ioie contre eux est une exagération. 11 y a peu d'Anglais aussi barbares
On les représente. Ce qu'on peut confesser, c'est que le traitement des os-
' ^es dépend du caractère de leur maître. Mais les fouets d'épines ou de fer
' Pl'Iiqués jusqu'au sang , mains liées , et la saumure employée pour guérir
"s tôt les plaies avec les plus cuisantes douleurs, sent des labiés qui ne
jTVent Cil imposer qu'aux cillants. Si l'on considère quelle est la paresse des
J?**6» , et leur négligence pour les intérêts de leurs maîtres , dont la fortune
'■"■'«d presque entièrement de leur travail et de leur attention , il sera diffl-
rû«e blâmer 1<
les commandeurs anglais d'un peu de sévérité pour les paresassez malins , pour
**• On
- leu près des champs de cannes, où ils ne peuvent ignorer que la jj Mre étincelle excite des incendies qui se répandent jusqu'aux édifices. . -l'ipe de tabac secouée contre le tronc d'un arbre sec sufiit pour le met- ,j ' r,;"j ol l*i flamme, aidée par lèvent, dévore tout ce qui se rencontre au liVt^"s- "'•■ux célèbres habitants perdirent, il y a quelques années, 10,000
Ç Sterling par un accident de celte nature, u liir^"8 ,CS voïa8eurs des autres nations ne laissent pas d'en faire des pein- ](,s ' '-'lli'aj anles. Le P. Labat rapporte un supplice fort extraordinaire que ^h[ "8l!lis infiiSeilt ;1IIX nè8rcs qui ont commis quelque crime eonsidé- ^ > ou aux Américains qui viennent faire des descentes sur leurs ler- 1 ' lisait, dit-il» de témoins oculaires e( dignes de foi. Pour en bien sciir
■ «« a vu des nègres assez négligents , ou peut-ètr ' 1>c du k\i
tir l'horreur, ii faudrait connaître la forme d'un moulin à sucre et du ses i<Llil' bours, on la moindre imprudence expose les ouvriers à périr. Lahal assiW « que les Anglais lient ensemble les pieds du nègre qu'ils veulent punil1! '' qu'après lui avoir lié les mains à une corde passée dans une poulie attacha au châssis du moulin , ils élèvent le corps el mettent la pointe dos pieds ciil''e les tambours ; après quoi ils font marcher les quatre couples de chevaux ail'1" ehés aux quatre bras , laissant Hier la corde qui attache les mains , à mes» que les pieds el le reste du corps passent entre les tambours , qui les écrase" fort lentement. Je ne sais, ajoute Labat , si l'on peut inventer un suppl'ce plus affreux, t
La nourriture des nègres est fort, grossière, el ne les contente pas mui"3 • peut-être n'en ont-ils pas de meilleure dans leur pays natal. Leur plus cU'1'" cieux mets est la banane , qu'ils aiment indistinctement rôtie ou bouillie 0" leur donne trois fois chaque semaine du poisson ou du porc salé. Ils ont d" pain de maïs , de la production du pays ou transporté de la Caroline ; niais »s ne l'ont point en abondance. Chaque famille a sa cabane pour les honn'H*' les femmes et les enfants. Ces petits éuilices sont composés de perches et coi1' verts de feuilles; ce qui donne à chaque plantation l'apparence d'une bo"1" gade d'Afrique, au milieu de laquelle on vuiL la maison du maître qui s'étèrt comme le palais d'un souverain. Autour de chaque cabane il y a un fort ]>ei[ terrain , où les nègres trouvent le temps de planter de la cassave , des pat<'ltL" et des ignames. Ils ont une autre espèce de nourriture , qu'ils nomment '"' btolhj, composée de maïs , dont ils se contentent de griller les épis , et de 1 briser dans un mortier pour les faire cuire à l'eau avec un peu de sel, en 0°"' sislance de bouillie. C'est un mets que les domestiques blancs ne rejdiel1 point eux-mêmes dans une mauvaise année. Un bœuf, un porc, et toutes0** espèce d'animal qui meurt accidentellement, fait un festin délicieux pf>u" |£* nègres , et les domestiques blancs ne dédaignent point de le partager avec c|lS" On observe que, les plantations de sucre occupant la plus grande partie de l'î*8'» il reste si peu de pâturages, qu'ils ne fournissent de bœuf et de monte" 1,lC pour la table des maîtres.
Les domestiques blancs el nègres ont diverses sortes de liqueurs : celle <|«< nomment mobbic est composée de jus de patates, d'eau et de sucre ; le A'"""" est une eau de gingembre et de melon ; le pertno n'est qu'un extrait de la <* cine de cassave , mâchée par de vieilles (femmes, qui la rejettent dans un rempli d'eau rentrais ou quatre heures, la fermentation lui l'ail pcnli'<mauvaises qualités , el , ce qu'on aura peine à croire , une préparation si goûtante fait une liqueur 1res fine. Celle de- banane, qui se lait en la|S!f macérer ce fruit dans l'eau , qu'un tait ensuite bouillir, et qu'on passe
ils
, va-* c *'s ,i dé-
Sîlfll
il clai''
JOur suivaot, n'est pas moins forte ni moins agréable que le vin de Canaric.
«e autre liqueur, qui se nomme kîUdevil, c'est-à-dire lue, -diable , et qui est '0lllposée d'écume du sucre , a plus de force que d'agrément. La liqueur d'a- 'aiias se fait en pressant le fruit , et passant le jus avec soin; on la met en
Weilles, et c'est bientôt une des plus délicates boissons de l'île. Les maîtres "âne en l'ont leurs délices, et lui donnent le nom de nectar. On fait souvent Mer aux nègres de grands coups de rhum pour les encourager au travail : pipe de tabac et quelques verres de cette liqueur sont le plus agréable pré-
Une Ni
qu'on [misse leur iiûre.
, * six heures du malin , une cloche les appelle au travail; elle les rappelle 0l>se heures pour dîner, el de là aux champs , pour y reprendre leur oul!,ge jusqu'à six heures du soir. Le dimanche est le seul jour de repos ; mais u* qui se sentent un peu d'industrie l'emploient moins à se réjouir, suivant lr|teniiou de leurs maîtres, qu'à faire des cordes de l'éeorce de certains ar- **» pour se procurer d'autres commodités en échange. On met une grande ference entre les nègres qui sont nés à la Barbarie el ceux qui viennent Af>'ique; les premiers se rendent incomparablement plus utiles. On nome tes autres nègres d'eau salée; ils sont méprisés des anciens . qui se font nneur d'être enfants de l'île. On remarque même (pie ceu\ qui sont achedans leur première jeunesse valent beaucoup mieux lorsqu'ils parvien- "e»l à l'âge du travail.
*"a petite portion de terre qui leur csl accordée par les maîtres sullit non binent pour leur subsistance, mais pour élever des chèvres, des porcs et
e « volaille , qu'on leur laisse la liberté de vendre ; et quelques uns poussent
**o.0mie si loin , qu'ils amassent quelque argent. L'usage qu'ils en font est
acheter des babils pins propres que ceux qu'on leur donne : car ils ne
^Çoivoiit de leurs maîtres qu'une camisole de bure avec une sorlc de caleçons
, *6 bonnets très informes. Leurs femmes reçoivent des jupons et des corsets
. Ia même étoile. Mais, de l'argent qu'ils amassent, les hommes achètent
s tlieinises, des culotles et des vestes , et les femmes de ces riches nègres
lGHnent de leurs maris de quoi se parer les jours de fêle.
a passion qu'on leur attribue pour la chair des bestiaux morts d'accident
Sl 'fin, que, dans la crainte des maladies qu'elle peut leur causer . on est
. '8e de faire enterrer les cadavres à beaucoup de profondeur ; el, malgré ce
rv,!^' 'Is Pmini"Ml quelquefois le temps de la nuit pour les délerrcr. On ra-
Crl<ie li> colonel Hols,à qui il était mort une vache d'une maladie dont on
pliait lu contagion pour les autres , se contenta de la foire jeter dans un an-
1 Puits, sec, et profond de.qnarante pieds, ne s'imagina»* point que ses
WS pussent aspirer à cette proie. Cependant, sans penser à mesurer le
nuits , et persuadés f(n ils y pouvaient descendre aussi p,ciletiient nue I» *
die, il. m prirent la résolu,™,, to ,1', ,„, sal|B, „ premiW| „nallir.
après lui ensmie un troisième, cl loi,..',- waie„t jete sllccossira„rat, si on na s était aperçu de leur entreprise au sixième , qui Tut arrêté sur W bords du p„,ls. Ainsi , le eolonel en perdit cinq , qui n'avaient pu manquer de se tuer dans leur chute. F
Leur nombre est si supérieur à celui des blancs , qu'on pourrait douter «* y a de la surele pour les Anglais à vivre sans cesse au milieu d'eux • mais <*# les forts q,„ servent a les tenir en bride , ou a quelques antres motifs de «* hance. ta esclaves q„„„ amène d'Afrique ne viennent point des mêmes part.es de celle vaste région; i|s „„,„ „, c„ns(! „,„, „„ ,' mérenl
*"1T^"-''P!,i«'tes,»'™*e; et quand ils pourraient converser e,^
de I?, , i , d A aSSU''6r ",,e P'"si8"rs ™'™k™ »*" «,"ir
de la main d un Angla,s , que de devoir la liberté à un nègre qui ,,'cst pas de leur nat.on. Les maîtres observent, en .«achetant, defa r d« ,ÏÏ«
es pencs, de loucher une arme, s'ils „'en reçoivent l'ordre exprés de la o ce du maure. Cette défense les tient dans „„ si grand respec, pour .« "'V k'".' q" " Pl'""! °sei"iIs P<"-te'- les jeux dessus; cl lorsqu'ils voient fane 1 exercice aux troupe, anglaises, ils sont dans une terreur qui ne peu' elre exprimée. On avoue néanmoins que celle observation ne regarde que le» nègres arnves d'Afrique : car les créoles parlent tous la langue anglaise, e" son^exerces eux-mêmes à l'usage des armes; mais il n'j arien à craindre
Le docteur Towns assure que les nègres ont le sang aussi noir que la peau- • J en a, vu sa,g„er, d,l,l , plus de vingt, malades et en sanlé e, ai toujours remarque que la superlicie de leur sang es, d'abord aussi noir qu'e, e 'e •■
point de 1 ardeu, extrême du soleil , surtout , ajoule-t-il, Bi l'„„ c0„sid,T, I
d autres créatures qui vivenl H1t,. ,,. ,„ i ■ • . , umBiueroti
, „ . H wvem "ans le inclue climat oui le sang aussi vermeil
qu on l'a communément en Europe. Ces idées ont été connu,,, i, I V celé royale de Londres ; mais , quelque jugement qu'eu, en i. p„ , , un utre voyageur assure à .on ,„„r que, de mille nègres dont i. a vu le sang i la Barhade, .1 ne s'en est pas trouvé uu dans lequel il fût différent de celui des Européens. Le même écrivain rapporte l'exemple d'un nègre qui, s'otttt brûle dans plusieurs panies du corps en maniant un, chaudière de
Sl";r(!> reprit une peau blanche aux mêmes endroits , et d'une blancheur C|lli gagna peu à peu les autres parties, .jusqu'à le rendre partout aussi blanc 'Ille 'es Anglais. Cette nouvelle peau était si tendre , qu'il s'y élevait des utiles au soleil. Le maître, étonné d'un changement de couleur dans un Tflfc, le fit vêtir comme ses domestiques blancs.
Portrait dv Nègre.
K "e sera pas sans intérêt de terminer ces détails par le portrait physiolojj"îUe et moral que traçait tout dernièrement de la race nègre, à propos de aff|,anchissement des esclaves, un magistrat de la Guadeloupe.
"Le nègre est de taille moyenne-, ses jambes sont grêles, mais le haut du <x'v\<* est superbe; la poitrine est saillante, les mamelles fortement pronon- ^; les bras bossues et athlétiques chez les hommes, arrondis et gracieux *}& les femmes. L'épine dorsale, au lieu de Taire saillie comme chez l'Euro- ^"i est enfoncée, de sorte qu'un sillon profond régne dans toute sa ton- 8"eur ; sa tête est aplatie ; le crâne excessivement dur, recouvert d'une crinière Cr«pue, graisseuse, qui lient plus de la laine que la chevelure bouclée et ^«nnte des Européens , ou des cheveux droits , lisses et soyeux des Indiens. L'a"8le facial , excessivement aigu , ne laisse que peu de place aux dévelop- ^■'tients du cerveau, siège de l'intelligence. Ces narines béantes sous un nez '-l|;|lé,ces traits écrasés , celte couleur qui n'est que l'absence des couleurs, Ces jeux mats à fleur de tête et presque dépourvus de sourcils, forment u ^semble terne et sans mobilité , peu propre à manifester au dehors les agiotions de l'esprit ou les émotions de l'àmc.
' Quelle différence (le cette physionomie à celle de l'Européen ! il est împos- Sll)lc de la nier, pas plus que celle des intelligences.
" Un front élevé et superbe , fait pour contempler le ciel , une cornée ncllellle"t dessinée sur le blane qui l'environne , un sourcil épais , de longues prunyl|es, un œil légèrement enfoncé , d'où le regard s'échappe comme un éclair, aps cheveux qui se prêtent à toutes les formes, et peuvent même se dresser sur '" dedans les grandes émotions , un nez aquilin, une narine étroite, une
re sur laquelle la parole se peint avant d'être prononcée , une peau que fait
'èvi
M'ir la colère ou rougir la pudeur, sont, chez l'Européen, les moyens do C0|»municalion d'une âme qui, toujours en activité, a besoin de se répandre n" dehors; tandis que le visage du nègre, au contraire., s'harmome avec ''"erlie de ses facultés intellectuelles.
" Le nègre me parait dîlfércr encore du blanc par la nature des fluides de S'J" uorns. Cette différence se révèle d'abord par l'odeur qu'o\haIe sa trauspî-
|lll lllll
cm 1 2
lllll lllll llll| llll|l II
ration , et qui «snmeoee à se manifester vers l'âge très précoce de puberté. C'est peut-être encore la nature particulière de ces fluides qui petit expliqua pourquoi la chaleur ne l'incommode point. En effet, dans le plaisir couina dans le travail, il ne paraît pas s'apercevoir de la présence d'un soleil que les corps européens ne peuvent impunément braver. Dans ses loisirs, ce n'est point l'ombrage qu'il recherche; si, sur le bord de la mer, il existe quelque arbres dont l'Européen chercherait l'abri , c'est sous les rayons d'un soleil brûlant que le nègre ira se placer par préférence. Cet astre , si funeste à l'Eu* ropéea sous les tropiques, est pour le nègre un ami : au lieu de l'abattement et de l'accablement que sa présence produit sur le premier , le second n'en reçoit que des impressions de force, de joie et de santé. Aux champs on remarque que les ateliers travaillent avec plus d'ardeur après qu'avant le lever de cet astre.
* Certes, ce n'est pas la couleur noire qui peut expliquer ces elTets, car c'est celle qui absorbe an plus haut degré les rayons solaires. On a remarqué , par exemple, que dans la campagne les bœufe noirs souffrent beaucoup plus de &■ chaleur que les autres ; leur peau est même souvent brûlée sur les épaules. Le nègre, sous ce rapport, serait donc bien mal partagé, si la nature, qui l'a placé dans les régions les plus brûlantes du globe, n'avait en même temps armé sa constitution de quelques éléments de défense qu'il est plus aisé de pressentir que de préciser.
» La différence dans la constitution physique des deux races se manifeste encore par celle des maladies qui les affligent. Le nègre est plus sujet aux ulcères, à l'éléphanliasis et à la ladrerie; une maladie inconnue en Europe, et qui lui est particulière, est le pion. Il ne faut pas la confondre, comme ï'oB* fait quelques médecins , avec la maladie siphylitique ; jamais le même individu n'en est atteint deux fois.
» Le séjour des lieux bas et marécageux n'a rie» de nuisible à la santé du nègre ; tandis que la vie du blanc placé dans les mêmes conditions n'est qu'une longue maladie. Le nègre y est plus noir, plus robuste que partout ailleurs. « Si nous l'examinons sous le rapport du moral , il nous faudra bien reconnaître que son intelligence est inférieure à celle du blanc ; c'est ce que démontre l'expérience, ce que reconnaissent tous ceux qui séjournent quelque temps dans les colonies, ce dont il convient lui-même; c'est d'ailleurs ce qu'atteste l'histoire de son pays natal , qui nous le montre stationnaire depuis plus de trois mille ans.
» Les facultés les plus faibles chez lui paraissent être la mémoire et l'induction ; cette défectuosité dans deux facultés dont l'une nous conserve le passé , et l'autre nous dévoile l'inconnu , rend son horizon extrêmement borné. H #*
toi&n partagé du côté de l'imagination ; c'est ce qui (ait qu'il est quelquefois •dateur, et qu'il narre souvent très liien.
" S'agil-il de lui montrer un métier, il apprendra à manier les outils qui 11 figent que la justesse du coup d'œil et l'adresse de la main en aussi peu ^ temps qu'un autre homme. Mais il n'en sera plus de même dès qu'il vou- ** faire usage de l'équerrc , du fil à plomb ou du compas : c'est qu'il ne s'agit Plus ici d'ajuster, il faut comparer et combiner.
* Comme tous les peuples enfants, il est doué d'une vie végétative qui lo Préserve de l'ennui , ce terrible fléau des peuples civilisés. Dés qu'il estdésœu- Vré , c'est pour lui comme un repos du corps et un sommeil de la pensée pen- "alt lequel les heures s'écoulent inaperçues. II suit de là que l' emprisonnement est une peine d'un effet fort équivoque sur lui , que quelquefois même il le préfère an travail.
" Il est très sensible à la musique. La religion a sur lui plus d'empire par ses Cnants ([ue par ses prédications.
" La danse est sa passion et parait presque un besoin pour lui ; elle semble av°îr pour but principal de provoquer les mouvements de son corps et de lui '"'Ocurer un plaisir exclusivement physique.
* Il est adonné au plaisir des femmes; mais l'amour est chez lui un appétit P'uiul qu'une affection de l'âme. Nul souci de l'avenir : le présent est plus que s"1isunt pour occuper sa faible intelligence. Il a peu de besoins , parce que
fi climat lui en impose encore moins qu'à l'homme des autres races, que ailleurs sa constitution est robuste, son corps endurci , et que l'activité de la pensée ne le tourmente pas. Ses gouls les plus prononcés , la gourmandise P;"' «temple, le cèdent à son penchant pour la paresse : il la préfère à tout. e climat favorise encore cette disposition déjà si impérieuse. Point d'hiver stimule sa prévoyance , l'obligea préparer des vêtements, à amasser des
"nents. Le soleil de son pays , si redoutable pour l'Européen , est pour lui "'ris inconvénients ; ses rayons perpendiculaires, qui désorganiseraient la '■'atl d'un hlanc, ne produisent aucune impression sur la sienne, de sorte '" '' n'a pas besoin de vêlements. Le pagne qui dans son pays natal entoure /* feins n'a d'autre but que de satisfaire sa pudeur, sentiment commun à ut lç genre humain. Dans l'état de nature , il ne séjourne dans sa butte que ,l1' Remettre à couvert de la pluie ou à l'abri des botes féroces.
* Du reste son caractère ne manque pas de bonté. Il est surtout susceptible tellement et de reconnaissance.
* Tel est le portrait du nègre, du moins tel que je le connais. On sent qu'il ne S't que de la race en général , et qu'il est impossible qu'il n'existe pas d'ex-
Wons.»
ItÊCOL-VERTE ET PRBMIERS ÉTABLISSEMENTS.
Il aurait été facile à Christophe Colomb , après avoir découvert dans sa» trors.emc voyage nie de la Trinité et les bouches de l'Orénoque, de suiv« une cote q,„ 1 aurait conduit jusqu'à l'Amazone; mais , rappelé par ses prenne» établissements , et par l'espérance qu'il avait encore ,1c trouver une route vers la cote orientale des I„deS eu suivant cette mer, qui s'enfonce vers ouest, 1 abandonna des mdica.ions qu'i! aurai, pu suivre heure,™.. « fut 1 année smvante que le Brésil fui découvert par Alvarez Cabrai qui ne pensa,, point à le chercher. Le zèle ne fui pas d'abord fort ardent po'ur y étabhr des colon.es : on se contenta d'en apporter du bois de teinture dont If pays t,ra son nom de Brésil , car la partie découverte par Cabrai s'appela d> bord terre de Sainic-Croix ; on en tirait aussi des singes et des perroquets ! marchandas qui ne coulaient que la peine de les prendre, et qui se vendaient for, b,en en Europe. Cependant la cour de Lisbonne fit transporter au Brésil quelques nusérables , condamnés à d'aulres châtiments pour leurs crimes , cl des femmes de mauvaise vie don, ou voulait purger le royaume On assigna mémo à quelques seigneurs des provinces entières, dansïrsr
a donner, que I e.a, ,,'j fa.sa,. aucune dépense. Enlin le Brésil fui engagé i "' P,°1"' "" Ff T assez ">°*9»° ■ « 1= roi , comen, d'une nouvelle tf
Z ,'.:,; S,er',U'SI„|,r0S'Il'e a" "lra- LK Mra °™»'*s "«'aient alors Bute allenuon des Portugais : non seulement te vertus militaires , trouva, en. de exercée, mais on y parvenait , par la valeur, à toute, les oW t,ons m,hla,res e cvdes ; au lieu qu'au Brésil il fallait se partager sans cesse entre la necess.le de se défendre et celle de défricher, par un travail assit!» , des terres a la verué très fertiles, mais qui demandaient néanmoins de la culture pour fourn.r aux besoins des habitants. Dans cette première entrepris-' , ,1s eurent beaucoup a snulfrir des Brésiliens sauvages, implacables dans leur laune , „„ on n oflensa,, jamais impunément, et a,.i mangeaient leurs prison-
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nIers. S'ils rencontraient un Portugais à l'écart, ils le massacraient, et en Préparer un de ces horribles festins qui font frémir la nature.
Malgré tant de difficultés , le pays ne laissa pas de se peupler d'Européens , îl les fruits de leurs travaux en excitèrent d'autres à les suivre. La guerre l'i'ils avaient sans cesse à soutenir contre des légions d'Indiens les obligea ''e se partager en capitaineries ; et dans l'espace de cinquante ans on vil naî- "® , le long de la côte , un grand nombre de bourgades. Les avantages que Ces colonies tirèrent de leur situation , firent enfin ouvrir les yeux à la cour "" Portugal : elle sentit le tort qu'elle s'était fait par des concessions sans bornes, et Jean III entreprit d'y remédier.
'I commença par révoquer tous les pouvoirs accordés aux chefs des capitaineries , et dans le cours de l'année 1549 , il envoya Thomas de Sousa au Bré- S|l i avec le litre de gouverneur général. Six vaisseaux bien équipés , et char- 8** d'un grand nombre d'officiers , composaient sa (lotte. 11 avait ordre non jetflement d'établir une nouvelle administration , dont il emportait le plan "r<-'ssé , mais encore de bâtir une ville dans la baie de Tous-les-Saints. Le roi , Posant aussi à la conversion des Brésiliens, qu'il regardait comme ses sujets, jetait adressé au pape Paul III, et a saint Ignace, fondateur des Jésuites, pour "Hir demander des missionnaires. lien obtint six, qui, à leur arrivée, bâtirent llï)fi ville qu'ils nommèrent San-Sal»rador.
Horrible detics-L' itiui vaisseau nnrmuinl.
Les Français , qui ont commencé partout des établissements , dont la pin- WW ont été depuis négligés ou perdus, portèrent aussi leur vue vers le Bré- Jj» 'lès l'an 1 B58. Villegagnon , chevalier de Malte , et vice-amiral , obtint de
Pilri II la permission d'aller fonder une colonie dans le nouveau monde. Se- ' "dément attaché aux opinions nouvelles du protestantisme , il mena avec lui "'lle foule de sectaires , sous la protection du fameux amiral de Coligny, dont
donna le nom au premier fort qu'il bâtit dans une petite île, sur la côte du **•« i où depuis l'on a bâti Bio de Janeiro; mais Villegagnon, que les protes- '"'ts ont ensuite traité d'apostat , gagné , dit-on , par le cardinal de Lorraine , ev"H au catholicisme , et comme s'il eût voulu signaler son repentir par la Persécution , il maltraita si fort les protestants , qu'il les força de partir, et fit Pi'rtiro am8| £ la France uno possession qui promettait de devenir florissante.
les embarqua sur le vaisseau le Jacques, qui partit le 4 janvier 15ci8. Tout "'■'I" il y avait de monde à bord montait à quarante-cinq hommes, matelots
Passagers, sans y comprendre le capitaine, et Martin Baudouin, du Havre, ",a'lred„ vaisseau.
Après avoir navigue sept on huit jours, il arriva pendant la nnil que l# matelots qui travaillaient à la pompe ne purent épuiser l'eau. Le contre-maître , surpris d'un accident dont personne ne s'était défié , descendit au fond u" vaisseau, et le trouva non seulement enlr'ouvert en plusieurs endroit*! mais si plein d'eau qu'on le sentait presque enfoncer. Tout lo inonde ayafl* été réveillé, la consternation fut extrême. 11 y avait tant d'apparence qu'on a1' lait couler à fond , que la plupart, désespérant de leur salut, se préparèreiil ll la mort. Cependant quelques uns prirent la résolution d'employer tous leurs efforts pour prolonger leur vie de quelques moments. Un travail infatigable "l soutenir le navire avec deux pompes jusqu'à midi, c'est-à-dire près de dou*e heures, pendant lesquelles l'eau continua d'entrer si furieusement, que l'0" ne put diminuer sa hauteur , et , passant par le bois de Brésil dont le vaisseau était chargé, elle sortait par les canots aussi rouge que du sang do bœuf. W* matelots et le charpentier, qui étaient sous le tillac à chercher les trous 0* les fentes , ne laissèrent pas enfin de boucher les plus dangereux avec du lard, du plomb, des draps, et tout ce qu'on leur présentait. Le vent, qui I»1" tait vers terre , layanl fait voir le même jour , on prit la résolution d'y retourner. C'était aussi l'opinion du charpentier, qui s'était aperçu dans ses recherches que le navire était tout rongé de vers ; mais le maître , craignant d'êW8 abandonné de ses matelots, s'ils touchaient une Ibis le rivage, aima inicuv hasarder sa vie que ses marchandises , et déclara qu'il était résolu de continu»' sa roule. Cependant il offrit aux passagers une barque pour retourner au 1!"" sil ; à quoi Dupont , que les protestants reconnaissaient pour chef, répond'1 qu'il voulait tirer aussi vers la France , et qu'il conseillait à tous ses gens de Ie suivre. Là dessus le contre-maître observa qu'outre les dangers de la navig'1
tion, il prévoyait qu'on serait long-temps sur mer, et que le navire n'él
point assez fourni de vivres. Il n'y eut que six personnes à qui la doul*
crainte du naufrage et de la famine lit prendre le parti do regagner la ter«'
dont on n'était qu'à neuf ou dix lieues , tant
n avait inspire
de I»"
rcur. Elle ne pouvait pas être mieux fondée, car ceux qui revinrent au H«sil furent pendus en arrivant. Au reste, le sort des autres pendant la traversée W si affreux, qu'on ne sait si on doil les féliciter d'être échappés à une mort I»"r .'il souffrir mille. Laissons parler ici Léry , auteur de cette épouvantable r*" lion , sans rien ôter à la naïveté de son style.
« Le vaisseau normand remit donc à la voile , comme »» tirai cercueil, *"* lequel ceux qui se trouvaient renfermés s'attendaient moins à vivre jusqu'»' France , qu'à se voir l.iciitùl ensevelis au fond des Ilots. Outre la difficulté il"'1 eut d'abord à passer les basses, il „ssuya de continuelles tempêtes pen*1»' tout le mois de janvier, et, ne cessant point de faire beancoup/cau, il s'ra
IM'H cent fois le jour, si toul le monde n'eût travaillé sans relâche aux deux
P°iûpes. Ou s'éloigna ainsi du Brésil d'environ deux cents lieues, jusqu'à la
JjB d'une Uehabitable, aussi ronde qu'une tour, qui n'a pas plus d'une demi-
wtle de circuit. En la laissant de fort prés à gauche, nous la vîmes remplie
n°» seulement d'arbres , couverts d'une belle verdure, mais d'un prodigieux
"°mbre d'oiseaux, dont plusieurs sortirent de leur retraite pour se venir per-
' *« sur les mats de notre navire, où ils se laissaient prendre à la main; il y
°n avait de noirs , de gris , de blanchâtres et d'aulnes couleurs , tous inconnus
^Europe, qui paraissaient fort gros en volant, mais qui, étant pris et plumes,
étaient guère plus charnus qu'un moineau. A deux lieues, sur la droite,
°"s aperçûmes des rochers fort pointus, mais peu élevés, qui nous firent
oindre d'en trouver d'autres à fleur d'eau ; dernier malheur qui nous aurait
us doute exemptés pour jamais du travail des pompes. Nous en sortîmes
Creusement. Dans tout notre passage , qui fut d'environ cinq mois, nous ne
ltTlcs pas d'autres terres que ces petites îles, que notre pilote ne trouva pas
é,ne sur sa carte, et qui peut -être n'avaient jamais été découvertes.
* On se trouva , le 3 février, à 3° de la ligne , c'est-à-dire que , depuis prés de
Pt semaines, on n'avait pas fait la troisième partie de la roule. Comme les
■**es diminuaient beaucoup , on proposa de relâcher au cap de Saint-Rocli ,
11 quelques vieux matelots assuraient qu'on pouvait se procurer des rafraî-
"sscuienls; mais la plupart se déclarèrent pour le parti de manger les perro-
"uets et d'autres oiseaux qu'on apportait en grand nombre, et cet avis prévalut.
" Nos malheurs commencèrent par une querelle entre le contre-maître et le
Wote, qui , pour se chagriner mutuellement , affectaient de négliger leurs fonc-
■d ire conduisant
°ns. Le 2fj mars, tandis que le pilote, faisant son quart, c'esl-â-
troi Villon
heures, tenait toutes les voiles hautes cl déployées , un impétueux tour-
frappa si rudement le vaisseau, qu'il le renversa sur le côté, jusqu'à |dlre plonger les hunes et le haut des mais. Les câbles, les cages d'oiseaux, et s 'es coffres qui n'étaient pas bien amarrés , furent renversés dans les flots, ' Peu s'en fallut que le dessus du bâtiment ne prît la place du dessous. Cédant la diligence qui fut apportée à couper les cordages servit à le redresc:..^'' Jcgrés. Le danger, quoique extrême, eut si peu d'elfet pour la récon- "On des deux ennemis , qu'au moment qu'il fut passé , et malgré les efforts 0ti fit pour les apaiser, ils se jetèrent l'un sur l'autre, et se battirent avec ne mortelle fureur.
" ce n'était que le commencement de nos infortunes. Peu de jours après
(j s >»ne mer calme , le charpentier et d'autres artisans , cherchant le moyen
s°ulager ceux qui travaillaient aux pompes, remuèrent si pjalneureuse-
' " Quelques pièces de bois au fond du vaisseau,, qu'il s'en leva une assez
grande, par m'i l'eau entra tout d'un eonp avec tam d'impétuosité, qup ^
misérables ouvriers, forcés de remonter sur le ffllac, manquèrent il h;i!<'llR pour expliquer le danger, el se mirent à crier d'une voix lamentable : ^ol' sommes perdus ! nous sommes perdus! Sur quoi le capitaine, maître et I11' loto, ne doutant point de la grandeur du péril , ne pensaient qu'à meltt* ' barque dehors en toute diligence, faisant .jeter en mer les panneaux qui c°l vraient le navire, avec grande quantité de bois du lirésil et autres marché dises, et, délibérant .de quitter le vaisseau, ils se voulaient sauver les |I|V' miers; mémo le pilote, craignant que, pour le grand nombre de person" qui demandaient place dans la barque , elle ne fût trop chargée , y entra a**3 un grand coutelas an poing , et dit qu'il couperait les bras au premier qui P" rait semblant d'y entrer : tellement que, nous voyant délaissés à la merci 0e la mer et nous ressouvenant du premier naufrage dont Dieu nous avait (Ie" vrés, autant résolus à la mort qu'à la vie, nous allâmes nous employé* " toutes nos forces à tirer l'eau par les pompes pour empêcher le navire a11 1er à fond. Nous finies tant qu'elle ne nous surmonta point. Mais le r"' heureux effet de notre résolution fut de nous faire entendre la voix du C&""* pentier, qui , étant un jeune homme de cœur, n'avait pas abandonné le '^ du navire comme les autres. Au contraire, ayant mis son caban à la nialf'0 ■■ sur la grande ouverture qui s'y était faite , et , se tenant à deux pieds deflS»* pour résister à l'eau, laquelle, comme il nous dit après, de sa violent souleva plusieurs fois , il criait en tel état de toute sa force qu'on lui porta' ** habillemenls, des lits de coton, et autres choses, pour empêcher l'eau '' '' trer pendant qu'il racoutrerait la pièce. Ne demandez pas s'il fut servi ans*'"' : et par ee moyen nous fûmes préservés.
" On continua de gouverner tantôt à l'est, tantôt à l'ouest, qui n'était p°" notre chemin : car notre pilote , qui n'entendait pas bien son mélier, nB * plus observer sa route, cl nous allâmes ainsi, dans l'incertitude, jusq113 tropique du cancer, où nous lûmes pendant quinze jours dans une mer lll> bue. Les herbes qui flottaient sur l'eau étaient si épaisses et si serrées, 4* laïlut les couper avec des coignées pour ouvrir le passage au vaisseau. L" ' un autre accident faillit de nous perdre. Notre canonnier, faisant séi'l»-,r h poudre dans un pot de fer, le laissa si long-temps sur le feu qu'il r"11*' îl et la flamme, ayant pris à la pondre, donna si rapidement d'un
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l'autre du navire, qu'elle mil le feu aux voiles et aux cordages. II s'en peu qu'elle ne s'attachât même au bois, qui, étant goudronné, n' manqué de s'allumer promplemenl et de nous brûler vifs au milieu des Nous eûmes quatre hommes maltraités par le feu , dont l'un mourut p^ jours après: et j'aurais eu ?e même sort si te ne m'élais couvert le v'
aurai! P»s eai'v
is:i?f
et j'en fus quitte pour avoir le boni des oreilles et tes che-
*M ion.
**« gl'ihes.
^ " Nous étions au 15 avril: il nous restait environ cinq cents lieues jnst[u';'i u çôta de France. Nos vivres étaient si diminues, malgré le retranchement WoBavail déjà fail sur les rations, qu'on prit le parti de nous en retrancher *toore la moitié; et cette rigueur n'empêcha point que, vers la lin du mois, ''""'-s les provisions ne fussent épuisées. Noire malheur vint de l'ignorance 1 " Pilote , qui se croyait proche du cap de Finistère, en Espagne, tandis que noi's étions encore à la hauteur des îles Aeores, qui en sont à plus de trois t(;iUs lieues. Une si cruelle erreur nous réduisit tout d'un coup à la dernière Wasource, qui était de balayer la soute, c'est-à-dire la chambre blanchie et WBtoée ou Ton tient le biscuit. On y trouva pins de vers et de crottes de ™* que de miettes de pain. Cependant on en fil le partage avec des cuillers WW eu faire une bouillie aussi poire et plus amère que suie. Ceux qui V;iient encore des perroquets (car dès long-temps plusieurs avaient mangé s leurs) les firent servir de nourriture dès le commencement du mois e taai , que tous vivres ordinaires manquèrent entre nous. Deux mariniers , ""oi'ls de mal-rage de faim, furent jetés hors le bord; et, pour montrer le r,;s pitoyable état OH nous étions alors réduits, un de nos matelots, nommé 1 "gue, étant debout, appuyé contre le grand mâL, et les chausses abaissées 8^"s qu'il pat les relever, je le Lançai de ce qu'ayant un peu de bon vent, il ' ;i'(lait point avec les autres à hausser les voiles; le pauvre homme, d'une "Pliasse et pitoyable, médit: « Hélas ! je ne saurais »; et à l'instant il tomba r°i<iemort.
" L'horreur d'une telle situation fut augmentée par une mer sï violente, [!'"1; Faute d'art ou de force pour ménager les voiles, on se vit dans la ué- 7**ilé de les plier et de lier même le gouvernail. Ainsi le vaisseau fui nban- ™6û* au gré des vents et des ondes. Ajoutez que le gros temps ôtail l'unique ^!,,1|':uir<. dont on pût se natter, qui était celle de prendre un peu de poisson : ■* «lut le monde était-il d'une faiblesse et d'une maigreur evlrèiues. Ce- ~j lti;|iil la nécessité faisant penser et repenser à chacun de quoi i"
"Iriser ,
faim, quelques uns s'avisèrent de couper des pièces de certaine
flellesj faites de la peau d'un animal nommé tapiroussota, et les lirenl i|,n"11"' à l'eau pour les manger; mais cette recette ne fut pas trouvée bonne ;
"très mirent ces rondelles sur les charbons , et lorsqu'elles furent un peu
toj ' Cela suca-(:la s' B'en ' (I"e' les mangeant de cette façon , il nous était
;( ls que ce fussent earbonnades de couenne de pourceau. Cet essai fait , ce tut
4 u avait, des rondelles île les tenir de court . et , comme elles étaient aussi
ts que le cuir de bœuf sec, il fallut des serpes et autres lerreuienls
pour les découper; ceux qui en avaient, portant les morceaux dans leurs manches , en petits sacs de toile , n'en faisaient pas moins de compte que font les gros usuriers de leurs bourses pleines d'écus. II y en eut qui en vinrent jusque là de manger leurs collets de maroquin et leurs souliers de cuir. L* pages et garçons du navire, pressés de mal-rage de faim , mangèrent toutes les cornes des lanternes , dont il y a toujours grand nombre aux vaisseaux, et aillant de chandelles de soif qu'ils en purent attraper. Mais notre faiblesse et notre faim n'empêchaient pas que, sous peine do couler à fond , il ne fallu1 être nuit et jour à la pompe avec grand travail.
» Environ le 12 mai, notre canonnier, auquel j'avais vu manger les trip^s d'un perroquet toutes crues, mourut de faim. Nous en fûmes peu touchés , car, loin de penser à nous défendre si l'on nous eût attaqués , nous eussions plutôt souhaité d'être pris de quelque pirate qui nous eût donné à mange1'' mais nous ne vîmes dans notre retour qu'un seul vaisseau, dont il nous M impossible d'approcher.
» Après avoir dévoré tous les cuirs de notre vaisseau, jusqu'aux couvercle des coffres, nous pensions toucher au dernier moment de notre vie; m$ la nécesité fit venir à quelqu'un l'idée de chasser les rats et les souris , et l'e9' pérance de les prendre d'autant plus facilement que , n'ayant plus les miette8 et d'autres choses à ronger, ils couraient en grand nombre , mourant de fa'11' dans le vaisseau. On les poursuivit avec tant do soin et tant de sortes d" pièges , qu'il en demeura fort peu ; la nuit mémo ou les cherchait à yeux 0* verts comme les chats. Un rat était plus estimé qu'un bœuf sur terre; Ieprlï en moula jusqu'à quatre écus. Ou les faisait cuire dans l'eau, avec tous leur* intestins , qu'on mangeait comme le corps ; les pattes n'étaient pas exceptée5'
ni les autres os , qu'on trouvait le moyen d'amollir. L'eau
manqua aussi
il lie
restait pour tout breuvage qu'un petit tonneau de cidre , que le capitaine et les maîtres ménageaient avec grand soin. S'il tombait de la pluie, on èt&aà$ des draps, avec un boulet au milieu, pour la faire distiller ; on retenait j"s' qu'à celle qui s'écoulait par les égouls du vaisseau, quoique plus trouble q»e
celle des rues. On lit dans Jean de Léon que les marchands qui travers' les déserts d'Afrique, se voyant en même extrémité de soif, n'ont qu'un &"' remède, c'est que, tuant un de leurs chameaux, et tirant l'eau qui se trouve dans ses intestins, ils la partagent entre eux et la boivent. Ce qu'il dit <^sl11^ d'un riche négociant qui , traversant un de ces déserts , et pressé d'un* soi extrême, acheta une tasse d'eau d'un voiturier qui était avec lui la soi»"1*
■ nt A
de dix mille ducats, montre la force de ce besoin; cepeudant le négociant celui qui lui avait vendu sou eau si cher moururent également de soir
1 ,UU. VQUn„lU~. — .
l'on voit encore leur sépulture dans un désert, où le récit de leur aventure &
lllll llll| llll|l lll|l ll|ll ll|ll l|lll I
Si'ave sur une grosse pierre. Pour nous, l'extrémité Tut telle, qu'il ne nous *w plus que du bois du Brésil, plus sec que tout autre bois , que plusieurs,
"«Pont,
lit
notre conducteur, en louant un jour une pièce dans la bouche, ne avec un grand soupir : « Hélas! Léry, mon ami, il m'est dû en France ^ "ne somme de quatre mille francs, dont plût à Dieu qu'avant fait bonne Quittance , je tinsse maintenant un pain d'un sou et un seul verre de vin ! » "ant à maître Riclier, notre ministre, mort depuis peu a La Rochelle, le ""omme, étant étendu de faiblesse, pendant nos misères, dans sa pclile
%ine, fnoins
ne pouvait même lever la tète pour prier Dieu, qu'il invoquait néan- * , couché à plat connue il était. Je dirai ici , en passant , avoir non seule- ""t observé dans les autres, niais senti moi-même pendant les deux cruelles fiIlu"es où j-a
Ketli
, que, lorsque les corps sont anémiés, la nature défail-
, -X les sens aliénés par la dissipation des esprits , celte situation rend les
""nos farouches jusqu'à les jeter dans une colère qu'on peut bien nommer
espèce do rage, e( ce n'est pas sans cause que Dieu, menaçant son peuple
a famine, disait expressément que celui qui avait auparavant les choses
"ulles en horreur deviendrait alors si dénaturé, qu'en regardant son pro-
"tt et même sa propre femme et ses enfants , il désirerait d'en manger : car,
lie l'exemple ûu père et de la mère qui mangèrent leur propre enfant au
BedeSancerre, et celui de quelques soldats qui , ayant commencé par man-
les corps des ennemis tués par leurs armes, confessèrent ensuite que , si la
. "ne eût continué , ils étaient résolus do se jeter sur les vivants , nous étions
«e humeur si noire et si chagrine sur notre vaisseau , qu'à peine pouvions»
i s nous parler l'un à l'autre sans nous fâcher, et même ( Dieu veuille nous
Pardonner !) sans nous jeter des œillades et des regards de travers, acconi-
"Mésde quelque mauvaise volonté de nous manger mutuellement
(|- -*!■:> et le 16 mai, il nous mourut encore deux matelots, sans autre mala-
'Ce l'épuisement causé par la faim. Nous en regrettâmes beaucoup un,
,l lln^ liolleville, qui nous encourageait par son naturel joveux, et qui,
Ce, "os n'"s grands dangers de nier connue dans nos plus grandes souffrau-
crç. Sait loilJuu|,s : * Mcs amis, ce n'est rien ». Moi, qui avais eu part à
|'a '. fan'ûiie inexprimable, pendant laquelle tout ce qui pouvait être mangé
«lu '!, ^> Jc ll° hissais pas d'avoir toujours secrètement gardé un perroquet
J avais , aussi gros qu'une oie , prononçant aussi nettement qu'un hom-
çgjj6 lI<-'o l'interprète, dont je le tenais, lui avait appris de la langue fran-
(|U .(et de celle des sauvages , el du plus charmant plumage. Le grand désir
jh -J ava'8 d'en faire présent à M. l'amiral me l'avait fait tenir caché cinq ou
'"'s, sans avoir aucune nourriture à lui donner; mais il fut sacrilié coin-
me les autres à la nécessité, sans compter la crainte qu'il no me lïil dérobé pondant la nuit. Te n'en jetai nue les plumes; tout le reste , c'est-à-dire non seulement le corps , mais aussi tripes , pieds, ongles et bec crochu , souli»1 pendant quatre jours quelques amis et moi.
i Enfin , Dieu, nous tondant la main du port, lit la grâce à tant de misera blfls , étendus presque sans mouvement sur le tillac , d'arriver le 2-1 niai 1558 à la vue des terres de Bretagne. Nous avions été trompés tant de fois par le P1* lote , qu'à peine osâmes-nous prendre conliance aux premiers cris qui non* annoncèrent notre bonheur. Cependant nous sûmes bientôt que nous avion8 notre patrie (levant les yeux. Après que nous en eûmes rendu grâces au Ciel' le maître du navire nous avoua publiquement que, si notre situation eût duré seulement un jour de plus , il avait pris la résolution , non pas de nous IHïr<" tirer au sort (comme i[ est arrivé' quatre ou cinq ans après dans un n"Vt''« qui revenait de la Floride), mais, sans avertir personne, de tuer un d'entre nous, pour le faire servir de nourriture aux autres ; ce qui me causa d'autan1 moins de frayeur, que , malgré la maigreur extrême de mes compagnons, C n'aurait pas été moi qu'il eût choisi pour première victime, s'il n'eût voul" manger seulement delà peau et des os.
» Nous nous trouvions peu éloignés de la Rochelle, où nos matelots avait'»1 toujours souhaité de pouvoir décharger et vendre leur bois de Brésil. Le mai" tre, ayant fait mouiller à deux ou trois lieues de terre, prit la chaloupe avec DU' pont et quelques autres, pour aller acheter des vivres à Hodiernc . dont m>l|S étions assez proche. Deux de nos compagnons, qui partirent avec lui, ne se virent pas plus tôt au rivage , que, l'esprit troublé par le souvenir de leurs peinés , et par la crainte d'y retomber , ils prirent la fuite , sans attendre leur 1>;1' gage, en protestant que jamais ils ne retourneraient au vaisseau.
» Entre plusieurs vaisseaux de guerre qui se trouvaient dans ce port, il }' c" avait un de Saint-Malo, qui avait pris et emmené un navire espagnol reveliant du Pérou , et chargé de bonnes marchandises, qu'on estimait à plus d(' soixante mille ducats. Le bruit s'en étant divulgué par toute la France , il était arrivé à Blavet quantité de marchands parisiens, lyonnais et d'autres lie"*' pour en acheter. Ce fut un bonheur pour nous , car plusieurs d'entre eu* , se trouvant près de notre vaisseau lorsque nous en voulûmes descendre , non seulement nous emmenèrent par dessous les bras, comme gens qui ne P°u' vaient encore se soutenir; mais, apprenant ce que nous avions souffert de 13 famine, ils nous exhortèrent à nous garder de trop manger, et nous (ire" d'abord user peu à peu de bouillons de vieilles poulailles bien consommée du lait de chèvre, et autres choses propres à nous élargir les boyaux, <l"' nous avions tous fort rétrécis. Ceux qui suivirent ce conseil s'en ti<>'n';'''"'
Lion,
"■ pliant ai» matelots qui voulurent se rassasier dés ie premier jour, je que , de vi ngi échappés à la famine , plus de la moitié crevèrent et D
%iié
subitement. De nous autres quinze qui nous étions embarqués comme ~ï passagers, il n'en mourut pas un seul, ni sur terre, ni sur mer. A la q i tf ayant sauvé que la peau et les os, non seulement on nous aurait pris krl d°S cadavres ^terrés; mais aussitôt que nous eûmes commencé à respi- «te a"'.tl<i ,aterre' nousseatîmes un tel dégoût pour toutes sortesde viandes, Hç î"01 Partieulièpement» lorsque je fus au logis, et que j'eus approché le du vin qu'on me présenta , je tombai à la renverse dans un état qui me fit
sj (1 prêt à rendre l'esprit. Cependant , ayant été couché sur un lit, je dormis len cette première fois , que je ne me réveillai point avant le jour
AppfiSDii/iii. nuis niialMiniiiii il/innnm- ,\ TH„.,,I
S»ll<
^Presavoir pris quatrejonrs de repos :'i Blavet, nous nous rendîmes à Hen-
pelilo ville qui n'en esl qu'à deux lieues, où les médecins nous c__.
Un"." '" l,e "°"s 6irc lrailer- Mais "" bu" régime n'empêcha poinl que la
,>« ne devinssent enllés depuis la plante des pied» jusqu'à» sommet de la
(ju • > rois ou quatre seulement, entre lesquels je me compte, no le furent
'lu'"]' ** Ia CL""Ulrc en l,as- IVolls ^ômes tous un cours de ventre si opiniâtre,
, nous aurait été l'espérance de pouvoir jamais rien retenir, sans le secours
lit Kmi!d<> ' dont Ie croiB dewJr la recette au public. C'est du lierre terres-
SKo ''" riz biwl cuil ■ 'lui' faut é">ufler ensuite dans le même pot avec quan-
(J ,! vieux draps à l'enlour; on y jello ensuite des jaunes d'œufs, et le tout
lj( 0|re mêlé ensemble dans un plat sur un réchaud. Ce mets , qu'on nous
anger avec des cuillers comme de la bouillie, nous délivra tout d'un
* d'un mal qui n'aurait pu durer quelques jours de plus sans nous faire
r hnts. »
Nilé r"'' *'"'' "" f"'ÏS 'r0P r'Che P°1"' "" point Mcite' ' ambilion et ,a ou- «I |„s | Européens. Aussi pendant trois siècles les Portugais , les Espagnols
Su' ais "e écssèronl-ils de se le disputer comme une proie opime,
cn 1822, où celte immense contrée se constitua en empire indépendant.
PEUPLES SAUVAGES BU BlUiSlt.
V-sii .Pense l10'"1 ici a llo,""'r '=s noms de tous les peuples qui bordent le ** 4ln œ VaS'° b°SSi" ''"' s'*111' d" Rio d<l la Plata jusqu'au lleuve "''gtaii'1™"08' °Ulrc q"e '" I>l"Part "'0"1 iailla's élé bien connus, les irnus- 'llleesi°"S C0Mi""elles d'un grand nombre de nations barbares oui mis ™io confusion dans les témoignages des voyageurs et des totoriens.
Un Anglais, aussi curieux, dans ses voyages, tîe connaître les hommes 1" la situation des lieux, s'est fait, pendant plusieurs années de séjour en d'"** renies parties du Brésil, une étude d'observer les différentes races des An)6*" cains : c'est Knivet , dont Laèt nous a donné un extrait, et nous ne poato^ suivre île meilleur guide. Nous y joindrons les observations de Léry, I1" portent le caractère de la franchise et de la vérité.
Les Tapuyas, qui habitaient le territoire de la capitainerie de Saint - P3ul ' étaient divisés en plusieurs peuplades distinguées par différents noms- Ce"e qui se nomme les Guaymuras , disent les anciens voyageurs, est voisine ^& Tupinaques , à sept ou huit lieues de la mer, et s'est fort étendue dans l'iB*" rieur des terres. Les Indiens de cette nation sont de haute taille, infatigal>|L* au travail , et d'une agilité surprenante. Ils ont les cheveux noirs et longs. °" ne leur connaît point de villages, ou d'autres habitations régulières. Ils i"1" nentune vie errante, et portent le ravage dans tous les lieux dont ils peuve"1 approcher. Leurs aliments sont des racines et des fruits crus , ou la chair i& hommes qui tombent entre leurs mains, lis ont des ares d'une grandeur* d'une force singulières, et des massues, armées de pierres, dont ils écrasa1 la tète à leurs ennemis. Leur cruauté les a rendus redoutables à tous les au' très habitants du Brésil , sans en excepter les Portugais.
L'on ne compte pas moins de soixante - seize sociétés de Tapuyas , do»1 , plupart ne parlent plus la même langue : peuples féroces, indomptés j 1' sont en guerre continuelle avec tous les autres , à l'exception néanmoins d " petit nombre , qui habitent les bords du fleuve Saint-François, ou qi'i s° les plus voisins des colonies portugaises.
Knivet nomme quelques autres nations. Les Pelivarés , auxquels il fait l'11^ ter un très grand pays , dans la partie septentrionale du Brésil , sont , diH ' beaucoup moins barbares que les autres sauvages de ces provinces; i|sl'e' çoivent assez civilement les étrangers, et. sont fort braves à la gi|erl^ Leur stature est médiocre. On leur perce les lèvres , dans l'enfance , avec '""'
pointe de corne de chèvre; et lorsqu'ils sont sortis de cet âge , ils y p<"'
'tcIlt petites pierres vertes, dont ils tirent tant de vanité, qu'ils méprisent W1^ les nations qui n'ont pas cet ornement. On ne leur connaît aucune rclig'û'' " ils prennent autant de femmes qu'ils en peuvent nourrir, mais ils ne per,IjC ( lent aux femmes que le commerce d'un seul homme. En guerre , elles pot^ dans des paniers, sur leur dos , les provisions de vivres, qui sont des raci» ^ du gibier et de la volaille. Pendant leur grossesse, le mari ne tue aucun «" mal femelle , dans l'opinion que leur fruit s'en ressentirait. Lorsqu'elle s° . délivrées, il se inetau lit, pour recevoir les félicitations de ses voisins, tours courses par des pays déserts, où ils craignent de voir manqua" lu
D;ii's
lèiïlr""15' ils porle.nl uue grande quantité de labac, dont ils incitent les ta cnlre leurs gencives et leurs joues , en laissant distiller leur salive
"' Irou qu'ils ont aux lèvres. Leur humanité pour les étrangers n'empêche Ils?' '"." 'Is n''mmole"1 cruellement leurs ennemis, pour en dévorer la chair. (. Wilcnt de grandes bourgades , cl chacun a son champ dislingue qu'il cul-
e soigneusement.
b J môme voyageur place sur la côte de l'océan Atlantique , enlro Fornam- '««r 6t ''' ba'e de Toiis-|cs-Saints , les Moriquitès , race de Tapu vas, dont les Pass"105' ?"°'que d'""c ,iSlll'c agréable, sont fort belliqueuses. Celle nation «eu " M ™ <lans lcs ro''êls ' comme lcs Mlcs sauvages , et s'étend jusqu'au f«irJCSai"l"Fra"cois' "arement elle attaque ses ennemis à force ouverte; elle ( W°ie les embuscades et la ruse, avec d'autant plus de succès, qu'elle esl j"0 vitesse extrême à la course ; elle dévore aussi ses captifs.
a«s la capitainerie d'Espiritu-Saiilo, Knivet place une nalion très féroce, nomme les Tomomymis, cl contre laquelle il lit souvent la guerre au
Me des Portugais. Il attaqua une de leurs villes nommée Morogegès, car il »0lllhI'°"TOir d°""Cr '° "°m J° V'"CS à lcm'S ,,abilations . 1"i sonl en grand «tint S"r '" ne"VC d° Paraïba' E1,es sont retira» en dehors d'une on- ( e de grosses pierres disposées on forme de palissades, el par derrière ^ "lui- de cailloux. Les toils des maisons sont d'ceorce d'arbres, et les mu- 1^ es d'un mélange de solives et de terre dans lequel ils laissent des Irous Ce J nm' leul's 'lèches. « Noire armée, raconte Knivet, élait composée pour ï 'L'se ac cinq cents Portugais et trois mille Indiens alliés ; cependant les
'"■Ojniis (iicnt il
''ai
«clic,. ,-
s sorties si violentes, qu'ils nous obligèrent de nous re-
baM*'^'1' nuus-"oènies, et de l'aire demander du secours ■ "tares
Espiritu-Sanlo. Ces
leHi.rCS S° ",0"lrai™1 audacieusement sur leurs murs, ornés de plumes et "mil'1'5 .lCilU dc ''ou6e; ils so Posaient sur la tôle une sorte de pelite roue %î !e '' la1ue"° ils mettaient le feu ; et , la faisant tourner dans celle l;V.' '",'■' "S n""S "'''a'""1 l'o 'outes leurs forces : Lomé ctjimé ponwiéwm , ils nom V°"S S°reZ bH>lés de mêmo' Mais * |,arrivée <lo "os auxiliaires , '""s J'""'""'1'1'"1'1 se relu'or furtivement, cl les Portugais ne s'en furent pas ''s se aperçus, que, se couvrant de claies de cannes à l'épreuve des flèches, ''''ehlT'''11™'1 ""S '° m"r' q" iU "e ronversèrcnl Pas sans peine , et péné^ •iassG s Ia V'"C' "s y P'!rdireilt plusieurs soldais; mais, faisant main
''«Se V," !''" barbares' ils en luérenl ou prirenl environ seize mille; ensuite ^ hab!" "" m'lri'i de q"Rl<]ura autres villes de moindre grandeur, dont
'« o ■ "prou,irenl '" même sort . et lou' le pays fut ravagé. - '=io, ""agiuises habitent les environs du cap Frio, qui porte le nom do *a les Indiens. Le pay
i pays est humide et bourbeux. Ces Indiens , de
ai
beaucoup plus haute taille que Ire Guaymuras , laissent croître leurs cheveu** Leurs lits ne sont point des hamacs, comme chez les autres nations; '•* couchent à terre sur un peu de mousse, devant leur foyer. Ils ont accouWïgj leurs femmes à faire la guerre. Ils ne sont en paix avec personne, et 1<3B» plus cruels ennemis sont leurs voisins.
L'ilc-Grande, située à dix-huit lieues de l'embouchure de Uio-JaneirO, #' habitée par les Ouaiyanassés, qui ont la taille fort courte, le ventre fortgÂS et qui ne se piquent point de force ni de courage. Leurs femmes ont le visag" assez beau, et le reste du corps très difforme, quelque soin qu'elles app<"v lent à le peindre d'une couleur rouge. Les deux sexes sont également jalou* de leur chevelure , qu'ils portent fort longue , avec une tonsure sur la tète , en forme de couronne. Leur principale habitation se nomme jaouaripipo.
Les Poriès, qui demeurent assez loin de la mer, ressemblent beaucoup ^ Ouaiyanassés par la taille et les usages ; mais ils vivent de fruits. Les homn'eS se couvrent le corps , tandis que leurs femmes vont nues, et se peignent àB diverses couleurs. Celte nation cultive la paix avec les Portugais, et n'a P38 moins d'éloigneinent pour la guerre avec ses voisins. Elle ne mange point ^ chair humaine , lorsqu'elle trouve d'autres aliments. Ses lits sont une esj$? de hamacs d'écoree d'arbres , qu'ils suspendent aux arbres mêmes, et à3& lesquels ils se garantissent des injures de l'air par de petits toits de branche - cl de feuilles entrelacées. Ils n'ont point d'autre habitation. On croit que cfl usage vient de la multitude de couguars et de jaguars qu'ils ont dans 1^ pays, et dont ils ne peuvent se défendre autrement. Leur seule riche^ ■ est un baume qui découle de leurs arbres , et qu'ils donnent en échange a11* Portugais pour des couteaux et des peignes.
Les Molopagués occupent une vaste contrée au delà du fleuve Paraîba : (J" les compare aux Allemands pour la taille. Celle nation est du petit nombre # celles qui laissent croître leur barbe , et qui se couvrent assez décemment 1e corps. Leurs mœurs n'ont rien qui blesse l'honnêteté naturelle. Us ont Î0 villes environnées d'un mur de solives, dont les intervalles sont remplis # terre. Chaque famille habite une cabane séparée. Ils reconnaissent l'autof^ d'un chef qu'ils nomment morockova, et qui n'est distingué d'ailleurs que Par le privilège de pouvoir se donner plus d'une femme. Leurs terres contienne des mines qu'ils ne prennent pas la peine d'ouvrir ; mais ils recueillent ap$ les pluies l'or qu'ils trouvent dans les torrents et les ruisseaux , surtout ?* pied des montagnes, entre lesquelles on vante les richesses de celle q"'"8 nomment fitrpérmiyi: II ne manque, suivant l'auteur, à cet heureux pe«J»8 que les lumières de la religion. Leurs femmes sont belles, sages, spirituell^j et He souffrent jamais de badinage indécent ; elles portent leurs cheveus •*<*'
'o's. et ne les oui pas moins beaux que les femmes de l'Europe. Toute la 11 lnn.i des heures réglées pour les repas; elle aime la prdpHïé. Enfin , les
^,a,|l!'s e[ les usages n'y ressentent point la barbarie, :'i l'eïcejffllofi du goûf
,rl""' 'a chaïr humaine, que les Motopa^uès ont conservé dans leurs gaerres. f^-s Molajcs , qui sont leurs voisins, ont lo Caille courte , et vont mis : ils ne ^eitl pendre leurs cheveux que jusqu'aux oreilles, et ne souffrent pas un
''0|' clans toutes les autres parties du corps , sans excepter les sourcils. Le voi-
'lllri^' des Molopagués n'empêche point qu'ils n'aient toute la barbarie des au-
■"* sauvages, j^sloin, on trouve des Lopis , que les Portugais nomment Bîfoûros, cl
'"' vivent dans les montagnes , où ils se nourrissent de fruits. Leur pays est ™ riche en métaux et en pierres précieuses ; mais l'accès en est si difficile ,
' "'ilion si nombreuse et si féroce, qu'on n'a point encore tenté d'y pénétrer, jto passe de là chez les Ouayanaouaoussès , gens simples et grossiers , bien 'si d'une ligure agréable, mais si paresseux, qu'ils passent tout le jour à r"1ii' dans leurs cabanes , pendant que leurs femmes s'emploient à leur pro-
***■ des vivres.
^ «tivet nomme encore un grand nombre de peuples , mais nous ne le sui- ^ pas dans celle nomenclature
"<His
ire; en en citant quelques uns des principaux,
; "vous voulu faire apercevoir combien il restait encore à faire à la ch i-
atioii dans l'intérieur du nouveau inonde.
.. Devins, l'arure. Manière de vi
"Brésiliens ; ils ne connaissent aucune sorte de divinité, ils n'adorent rien, P"" 'angue n'a pas même de mot qui exprime le nom de Dieu. Dans leuH
*lellt.
^les,
on ne trouve rien qui ait le moindre rapport à leur origine ou à la
<W|, °" *'" ""'"de. Ils ont seulement quelques notions confuses d'un grand (j, 8e d'eau, qui lit périr tout le genre humain , à la réserve d'un frèrfe ai ■jesicur qui recommencèrent à peupler le monde. Cependant ils attachent ' 'M'ie idée-dc puissance au tonnerre, qu'ils nomment tupan , puisque non tahrt 6nt ',S le era'8ncill> mais Qu'ils croient tenir de lui la science de l'agri- (]>,)rllrt!i " ne leur tombe point dans l'esprit que cette vie puisse être suivie 'lier'i^"'1"0' Gt' rar co,1S(k|UOnt ' iIs n,°nt iws non plus de nom pour expri- % ° Ciel ol lenfërî mais ils ne dissent pas de croire qu'il reste quelque o^j. *eux après leur mort , puisqu'on leur entend dire que plusieurs d'entre i[ys *■ vh' changés en démon , et s'amusent à danser continuellement dans e*mpaghes agréables et plantées de toutes sortes d'arbres.
Us ont des devins, auxquels ils ne s'adressent guère que pour obtenir fo ,sanlé dans leurs maladies. Cependant ees imposteurs trouvent le moyen w> leur en imposer par des prestiges, ou plutôt par des mouvements et des g^stijoulations extraordinaires, lis y joignent des promesses et des prédictions '1'" produisent quelquefois (.les révolutions violentes dans une nation , par !e shW pie efiét de l'cspérauee ou de la crainte ; mais dans ees occasions le devin rlsqU* beaucoup , car , lorsqu'on s'aperçoit de l'imposture, il est massacré par ce"* qu'il a voulu tromper.
En général, les Brésiliens ont plusieurs iémmcs et les quittent aussi facitë" ment qu'ils les prennent. Cependant les hommes ne peuvent se marier s:t"s avoir pris ou tué quelque ennemi de leur nation , et les jeunes filles doive'^ attendre les premières marques de l'état nubile. Jusqu'à ce temps , l'usage (W liqueurs fortes leur est interdit.
Les Ouetacas sont sans cesse en guerre avec leurs voisins , et ne reçoive»' pas même d'étrangers chez eux pour le commerce. Lorsqu'ils ne se croient PilS les plus forts, ils fuient d'une vitesse qu'on compare à celle des cerfs. Leur »'r sale et dégoûtant , leur regard farouche , et leur physionomie bestiale , les rendent une des plus odieuses nations de l'univers -, d'ailleurs ils sont disting"*8 de la plupart des autres Brésiliens par leur chevelure , qu'ils laissent pe»(]r(! jusqu'au milieu du dos , et dont ils ne coupent qu'un petit cercle sur le fro»'- Leur langage ne ressemble pas non plus à celui de leurs plus proches voisin8. C'est l'extrême barbarie de ces Indiens qui n'a point encore permis de les engager dans un commerce réglé. On ne traite avec eux que de loin, et loujol,rh avec des armes à l'eu , pour réprimer par la crainte un appétit désordonné <|ul se réveille en eux à la vue de la chair blanche des Européens. Les écli:"ige* se font à la distance de cent pas , c'est-à-dire que de part et d'autre on por[e dans un endroit également éloigné les marchandises qui font l'objet du <*Dir1' merce. On se les montre de loin, sans prononcer un seul mot, et chac"" laisse ou prend ce qui lui convient. Cette méthode s'observe d'assez boni" foi; mais il paraît (pie la défiance est mutuelle, et que, si les Portugais crai' gnent d'être .dévorés, les Ouetacas ne redoutent pas moins l'esclavage.
A la réserve de quelques nations peu nombreuses , que leur petitesse fi"1 uommer Pygmces , sans qu'on puisse trouver la raison de cette singularité , ** taille commune des Brésiliens ressemble à la notre ; niais ils sont, plus rob'1* les , et moins sujets que les Européens aux maladies. On ne voit guère enf* eux de paralytiques , de boiteux , ii'a\eugk>s , ni d'estropiés d'aucun iiicinbr*--' il n'est pas rare de les voir vivri- jusqu'à cent vingt ans. Leurs cheveux De*** viennent presque jamais gris; leur humeur est toujours gaie, comme le" ' campagnes sont toujours couvertes de verdure. Dans une continuelle uiidi^'
llll| llll|l II
■*"»■ teint n'est pas unir, ni même plus brun quf rolui des Espagnols. Cepen- (i:"H, à l'exception do leurs jours do fête ou de réjouissance, hommes, fem- **S , enfants , sont toujours exposés aux plus grandes ardeurs du soleil. Ce "est que depuis l'établissement, îles Portugais qu'ils ont commencé à se cein- ('ro uniquement lo milieu du corps, et, dans leurs fêles , à porter, delaceinl|ire en lias , une toile bleue ou rayée , à laquelle ils suspendent de petits os , 0|i des sonnettes, lorsqu'ils peuvent s'en procurer par des échanges. Les chefs adossent même alors une espèce de manteau; maison s'aperçoit que celte pa- '"re les gêne , et que leur plus grande satisfaction est d'être nus.
Ces peuples ne peuvent souffrir aucun poil sur leur corps. Les ciseaux Pt les pincettes qui leur servent à s'en défaire sont un des plus grands ob- Jn|s du commerce. Ce qu'on a dit de l'usage qu'ils ont de se percer dès l'cn- ^"ice la lèvre inférieure est vrai; mais, dans eet âge tendre, ils se contenant d'y porter un petit os blanc comme l'ivoire. A l'Age viril, ils y passent "ne pierre , qui est souvent de la longueur du doigt , et qu'ils ont l'art de faire tenir sans aucune sorte de lien. Quelques uns s'en enchâssent jusque dans les joues. Ils regardent comme une autre beauté d'avoir le nez plat, et le premier ^''i des pères , à la naissance des enfants , est de leur rendre cet important 'Wvice, La couleur noire dont ils se peignent tout le corps, à l'exception du v'sage , n'empêche point qu'ils n'y joignent en quelques endroits d'autres couches tfe diverses couleurs; mais leurs jambes et leurs cuisses conservent km- Mus la même noirceur, ce qui leur donne, à quelque distance, l'air de cu-
ltes
s abattues sur leurs talons. Ils portent au cou des colliers d'os d'une
blancheur éclatante et de la forme d'un croissant , enfilés par le haut dans uu ■'ultan de coton : mais , pour la variété , ils les remplacent quelquefois par de Prîtes boules d'un bois noir fort luisant, dont ils font une autre espèce de col- J'er- Comme ils ont quantité de poulets, dont la race leur est venue d'Europe, l's choisissent les plus blancs et leur oient le duvet, qu'ils teignent en rouge l'our Scn parsemer le corps avec une gomme fort visqueuse. Dans leurs guer- 'es et dans leurs fêtes solennelles , ils s'appliquent , avec de la cire , sur le
™*tt et sur les joues , de petites plumes d'un oiseau noir qu'ils nomment tou- °*i. I>0ur ira festins de chair humaine, qui sont leurs plus grandes réjouis- Ba"ces, ils se font des manches de plumes vertes, rouges et jaunes, entrelacées °u t'ssues avec tant d'art, qu'on les prendrait pour un velours de toutes ces ^uleurs. Leurs massues, qui sont de ce bois dur et rouge que nous nommons
°'s du Brésil , sont revêtues aussi de ces plumes. Sur leurs épaules , ils met- *Bt des plumes d'autruche, » dont ils accommodent, dit Léry, tous les tuyaux
eTés d'un côté, et le reste qui s'éparpille en rond , comme un petit pavillon °u "ne rose ; ce qui (orme un grand panache qu'ils appelles vraivi/tt , o\ qu'ils
lient sur leurs reins avec unecorufl daepton, rùlroU vers la ciiuiv ri lolai$ on dehors ; de sorte qu'on dirait qu'ils portent une mue à tenir les poulets. S'ils, veulent danser, ils prennent des fruits qu'ils nomment ahouni, de la grosse*! des châtaignes; ils les creusent, les remplissent de petites pierres et selesaltachen't aux jambes. Dans les mains, ils ont des calebasses creuses et remplie aussi de pierres, ou un bâton d'un pied de longueur, auquel ces calebasses sont attachées. »
A l'égard des femmes, leur parure n'est pas moins bizarre. Elle consiste dans le soin de s'arracher tout le poil du corps, excepté les cheveux, de se peindre de diverses couleurs , et de se fendre étrangement les oreilles pour y porter divers ornements. Mais , d'ailleurs , elles vont nues, et ne manquent point l'occasion de se baigner chaque fois qu'elles rencontrent une rivière ou un ruisseau. Cette commodité étant une des raisons qu'elles alléguaient atf5 Européens qui voulaient les forcer de porter des habits , rien n'était si difficile que de les y déterminer.
Les Brésiliens se nourrissent ordinairement de deux sortes de racines , Vaipy et le manioc. Ces plantes se cultivent, et n'ont pas besoin d'être plus de trois mois en terre pour devenir hautes d'un demi - pied et de la grosseur dl1 bras. On les fait sécher au feu sur des claies , et , les ratissant avec des pierres aiguisées, on en fait une farine dont l'odeur tire sur celle de l'amidon. On cuit celle lârine dans de grands pots, en ayanl soin de la remuer jusqu'à ce qu'elle s'épaississe. Refroidie à une certaine consistance, son goût diffère peu il'1 celui du pain blanc. Celle dont on fait provision dans les courses et les gu«& res est assez cuite pour se durcir. Elles sont toutes deux fort nourrissantes , i:1 de l'une et de l'autre, apprêtées avec du jus de viande, on lait un ntf" qui approche du riz bouilli. Les mêmes racines, pilées dans leur fraîcheur» donnent un jus de la blancheur du lait , qui ne demande que d'être exposé au soleil pour s'y coaguler comme le fromage , et qui lait ensuite un bon aliment, pour peu qu'il soit cuit au feu. Léry le compare à nos omelettes , parce qu'*# ne fait que le renverser dans une poêle de terre pour le cuire.
Ces racines servent aussi à la composition du breuvage,, et l'on ne sera point surpris de leur abondance dans un pays où îl se trouve des cantal si fertiles , qu'en moins de vingt-quatre heures un jeune homme peut cultiva assez de terre pour lui rapporter de quoi vivre une année enlièro. D'ailH'"fS les Indiens du Brésil ne manquent point de maïs, auquel ils donnent le "m" tVaritri.
Lorsqu'ils s'assemblent pour uu festin, dont l'occasion la plus oi-diii"'1"1' est te massacre de Quelque captif ,!,„,] j|s ,imvi.iii. manger la chair] les i;''"' ^ "II" i" ll" r''" l,,V's ** vateMHi uni conlien H les lique-irs. E*"*
011 ouvrent un , dont elles tirent à plein bord dans une courge que les honijjKs prennent l'un après l'autre, en dansant, et qu'ils vident d'un seul trait. !s y retournent tour à tour, avec les mêmes cérémonies , jusqu'à ce que le Va'sseau soit épuisé. Plusieurs jours se passent souvent dans ces transports, ^u . si le plaisir est interrompu , c'est par le discours de quelque brave , qui B exhorte à ne pas manquer de courage contre les ennemis de la nation. C'est un usage particulier des peuples du Brésil de boire et de manger à des. 'eures différentes, c'est-à-dire qu'ils s'abstiennent de manger lorsqu'ils boî- Ve"t, et de boire lorsqu'ils mangent. Ils rejettent aussi , pendant leur repas , 0llle sorte de soins et d'affaires, sans excepter celles de leurs haines et de leurs engeances, qu'ils remettent toujours après la satisfaction de leurs besoins. A'°rs ils parlent avec chaleur d'attaquer leurs ennemis, de les prendre, de les engraisser, de les assommer solennellement et de les manger.
Guerres. Soi! des prisonniers. .\nllnïi[niph;ii:»\ Cfrt'monic 9 des sacrifices.
Ce n'est jamais par des motifs d'intérêt ou d'ambition que les Brésiliens se ■M la guerre. Ils ne pensent qu'à venger la mort de leurs parents ou de leurs lïl's mangés par d'autres sauvages. Léry assure qu'on remonterait à l'infini Sa,is trouver d'autre origine à leurs plus sanglantes invasions. La vengeance rsi une passion si vive chez tous ces peuples , que jamais ils ne se font aucun '! "ariicr. Ceux qui ont formé quelque liaison avec les Européens reviennent ji:'r degrés de cotte férocité ; ils baissent la vue avec une sorte de confusion '"'«qu'on leur en fait un reproche.
entre peu de formalités dans leurs guerres. Ils n'ont ni rois ni princes; le connaissent aucune distinction do rangs: mais ils honorent leurs anlC!us et les consultent, parce que l'âge , disent-ils, leur donne de l'expérience, ^e, n'étant plus en état d'agir eux-mêmes, ils sont capables de fortifier Jeunes guerriers par leurs conseils. Chaque aidée, nom qu'ils donnent à HUatr-e oU cinq cabanes situées dans un même canton , a pour directeurs plu- (I"e pour chefs un certain nombre de ces anciens , qui sont en même
ils
. "I)s les orateurs de la société, surtout lorsqu'il est question d'animer les - "les gens à prendre les armes. Ils donnent le signal du départ , el m; eflp-
* ll Point, dans leur marche, de faire retentir des termes de haine et de v«o-
* ,|"('1'- A ce cri , les sauvages frappent des mains, et se donnent de grands
'l's sur les épaules et sur les fesses , et promettent de ne pas ménager leur
Quelquefois ils s'arrêtent pour écouter des harangues animées , qui dti-
des heures entières. Ensuite chacun s'arme de sa tucape, qui est une
"'' <*e massue de bois dfl Rr^sU -■ -l'une espèce d'ébène noire, fort p**-
'saule, ronde à l'extrémité, ei tranchante par les bords. Sa longueur es' & six pieds sur un de largo, et son épaisseur d'un ponce. Ils ont des arcs d" même bois, dont ils se servent avec une adresse extrême. Leurs boucliel's sont de peau , larges , plats et ronds. Dans cet équipage , et parés de plumes* ils marchent au nombre de cinq ou six mille, formés de plusieurs aidées, avec quelques femmes chargées de provisions. Les généraux sont choisis p31" i mi ceux qui ont pris ou tué le plus d'ennemis. Ils ont pour les signaux m''1' tatres une espèce de cornet, qu'ils nomment inubia , et des flûtes d'os, 1l" sont ordinairement ceux des Ïambes de leurs victimes. Quelquefois leurs ef$" dirions se font par mer; mais leurs canots, qui sont d'écorce d'arbres,151' pouvant résister à la force des vagues, ils ne s'éloignent guère du rivage. £" arrivant dans le pays qu'ils veulent ravager , les moins vigoureux s'arréie'1' avec les femmes, pendant que les guerriers pénètrent au travers des l>o|S' Leur première attaque n'est jamais ouverte. Ils se cachent à quelque disW,c* des habitations ennemies , pour chercher l'occasion de les surprendre ; et) at' tendant les ténèbres , ils y mettent le feu, et profitent de la confusion ; '[s * exercent toutes sortes de cruautés; mais leur principal objet est toujo[irS d'enlever des prisonniers. Ceux qu'ils prennent et qu'ils peuvent eminciicr dans ces occasions sont gardés soigneusement, pour être rôlis et nianjT après la guerre.
S'ils ne peuvent éviter de se battre en pleine campagne , leur emportenic'1'; redoublé par la force du péril , devient une vraie fureur. « De quoi ayant m"1' mémo été spectateur , dit Léry , je puis parler avec vérité. Un autre Fra**5* et moi, quoiqu'on danger, si nous eussions été pris ou tués, d'être Ba&UfF des Margajas , eûmes une fois la curiosité d'accompagner nos sauvages, l«rS a" nombre d'environ quatre mille, (feins une escarmouche qui se fit sur le bord # la mer, et nous vîmes ces barbares combattre de telle furie, que tfemMcenéS cl hors de sens ne sauraient pis faire. Premièrement, quand les nôtres eur<"lt aperçu l'ennemi d'environ demi-quart de lieue , ils se prirent à hurler de W1 façon , que , quand il eût tonné du ciel , nous ne l'eussions pas entendu i 3 mesure qu'ils approchaient, redoublant leurs cris, sonnant de leurs corne*8» étendant les bras , se menaçant, et montrant les uns aux mitron les os 0e"
leurs
prisonniers qu'ils avaient mangés, et jusqu'aux dents enfilées , dont pto»' ■ .iraient plus de deux brasses pendues à leur cou. C'était une horreur <lt voir leur contenance: mais ce fut bien pis lorsqu'ils vinrent à s'approe1"'1 ' cap, étant à deux ou trois cents pas les uns des autres , ils se saluèrent d'à*»0*" à grands coups de flèches , et dès la première décharge, vous en eussiez * l'air tout chargé. Ceux qui en étaient atteints les arrachaient de leur corp avec un merveilleux courage, les rompaient, les mordaienl à belles *•*'
lllll llll| llll|l II
ll|ll ll|ll l|lll l|llll î 9 10 11 12
el le laissaient pas de Tain-1 lèto malgré leurs blessures ; sur quoi il faut obser- Ver que ces Américains sont si acharnés dans leurs guerres , qu'aussi longetnps qu'ils peuvent remuer bras et jambes , ils ne cessent point de combatrei sans reculer ni tourner le dos. Quand ils furent mêlés, ce fut à foire Wuep des deux mains les massues de bois , et à se ebarger si furieusemenl , 1l'e celui qui rencontrait la tête de son ennemi , non seulement le renversait Mr terre, mais l'assommait comme nos boucliers font les bœufs. On me demandera ce que mon compagnon et moi nous faisions dans cette rude escar- '"itche. Je réponds, pour ne rien déguiser, que, nous contentant d'avoir a,t la première folie , qui était de nous être hasardés avec ces barbares , et nous tenant à l'arrière-garde , nous étions seulement occupés a juger des c°ups. Mais quoique j'eusse vu la gendarmerie en France, tant à pied qu'à c!|eval , je dois dire que les morions dorés et les armes luisantes de nos Fran- «•* ne m'ont jamais donné tant de plaisir que j'en eus à voir combattre les Rivages. Outre leurs sauts , leurs sifflements et leurs adroites passades , c'é- Slt un merveilleux spectacle que celui de voir voler en l'air tant de flèches vec leurs grands empennons de plumes rouges , bleues et vertes, incarnates d'autres couleurs , parmi les rayons du soleil , qui les faisaient comme étin- ^'ei\ et de voir aussi tant de bonnets, de bracelets et autres équipages faits fle ces plumes naturelles dont les combattants étaient revêtus. ' Après que le combat eut duré environ trois heures, et que de part et aWrc il y eut un bon nombre de tués et de blessés, nos Topinamboux , ayant n'"i remporté la victoire, liront prisonniers plus de trente Margajas , hom- J^es et femmes, qu'ils emmenèrent dans leur pays; et quoique nous deux Suçais, nous n'eussions fait autre chose que tenir nos épées nues à la a'n, et tirer quelques coups de pistolet en l'air , pour encourager nos gens , l|s reconnûmes qu'on no pouvait leur faire plus grand plaisir que d'aller à guerre avec eux : car ils nous estimèrent tellement depuis , que , dans les ages où nous fréq ucn Lions, les vieillards nous marquèrent toujours plus auiilié.
* Les prisonniers ayant été mis au milieu de la troupe victorieuse , liés et
r<Htés pour s'en assurer mieux , nous retournâmes à notre rivière de Ja-
110 » aux environs de laquelle ces sauvages habitaient. Comme nous étions
esà douze ou quinze lieues loin, ne demandez pas si, en passant les vîl-
B68 de nos alliés , ils venaient au devant de nous , dansant , sautant et el.t-
* lant des mains , pour nous caresser cl nous applaudir. 11 fallait que les pau-
°" Prisonniers , suivant leur coutume entre eux , étant près des maisons ,
Citassent , et dissent aux femmes : « \oici la viande que vous aimez tant
1 aPprocho de vous, « Pour conclusion , lorsque nous fumes arrivés devant
chi
noire îlt1, mon compagnon ol moi nous nous fîmes passer dans nno barque, et les sauvages s'en allèrent chacun ;ï leur quartier. Peu de jours aprèsquelques uns de ceux qui avaient des prisonniers nous vinrent voir à not* brt, et, sollicités par nos interprètes d'en vendre nnQ partie à Yillegagnon , 3s y consentirent pour nous obliger. J'achetai une femme et son petit garçon , ])ui n'avait pas deux ans , lesquels me coûtèrent environ trois livres de Fran^ en marchandises , mais ce Put assez malgré les maîtres , car, disait celui <lul me fit cette vente , « nous ne savons ce qui arrivera : depuis que Paycofai i ainsi nommaient-ils Villegagnon , est venu dans ee pays, nous ne mangée'15 pas la moitié de nos ennemis. » Je pensais bien garder le petit garçon pfltf moi ; mais Villegagnon , me faisant rendre mes marchandises , voulut l'a** pour lui. Encore, quand je disais à la mère que je l'emmènerais en France elle repondait (tant cette nation a la vengeance enracinée au cœur ) <Illl?' sans l'espérance qu'elle avait qu'étant devenu grand il pourrait s'échapPer et se retirer avec les Margajas pour les venger, elle eût mieux aimé qu'il oû' été mangé par les Topinamhoux que. de le laisser après elle. »
On assure que la plupart des Brésiliens engraissent leurs prisonniers po"r rendre leur chair de meilleur goût, et que pendant le temps qu'ils les laisse»1 vivre, ils donnent des femmes aux hommes, mais qu'ils ne donnent p»'"' d'hommes aux femmes. Le maître d'un prisonnier no fait pas difficulté , "''' on , do lui abandonner sa mère ou sa sœur. Celle femme lui rend d'aille"rs toute sorte de services, jusqu'au jour qu'il doit cire massacré et mangé. Bal» l'intervalle , il passe le temps à la chasse ol à la pèche. Le jour do la mort n'1*' jamais déterminé; il dépend de l'embonpoint du captif. Lorsqu'il csl va*1' tous les Indiens de l'aidée sont invites à la fèlo. Ils passent d'abord quaW* heures à boire et à danser, et non seulement le prisonnier est au nombre *'S convives , mais quoiqu'il n'ignore point que sa mort approche , il affecte de *' distinguer par sa galté. Après la danse, deux hommes robustes se saisisse"1 de lui sans qu'il fasse de résistance , ou qu'il laisse voir la moindre frayeur. » le lient d'une grosso corde au milieu du corps ; mais ils lui laissent les O»*1 libres, et dans cet état , ils le mènent comme en triomphe dans les aidées >'»'' suies. Loin d'en paraître abattu, il regarde d'un air fier ceux qui se présentent sur son passage ; il leur raconte hardiment ses exploils surtout la '»"' nière dont il a souvent lié les ennemis de sa nation , et dont ils les a relis «j mangés , et leur prédit que sa mort no demeurera pas sans vengeance, "'
qu'ils seront un jour mangés comme lui. Lorsqu'il a sert elque temps '
spectacle, et reçu les injures qu'on lui rend, ses deux gardes ree ni. ''""
à droite et l'autre à gauche, à la dislauce de huil ou dix pieds, tirant i "'" sure égale la corde dont ils le licnnent lié, de sorte qu'il ne peul faire "" •*
i île
1,11 milieu d'eux. On apporte à ses pieds un las do pierres , e[ les gardes, se '"vi'aiu do leurs boucliers , lui déclarent qu'avant sa mort on lui laisse le P°u\'oir <]L1 |a venger. Alors , entrant en fureur, il prend des pierres et les jette 0|Ure ceux qui l'environnent. Avec quelque soin qu'ils se retirent , il y en a 0lljours un grand nombre de blessés.
Aussitôt qu'il a jeté toutes ses pierres , celui dont il doit recevoir la mort , (l"i ne s'est pas montré pendant toute cette scène , s'avance la taeape à la ":i''i , paré de ses plus belles plumes. II tient quelques discours au captif, et Ce court entretien renferme l'accusation et la sentence. Il lui demande s'il n'est Pas vrai qu'il a tué et mangé plusieurs de ses compagnons. L'autre se fait Wifa d'un prompt aveu , et défie même son bourreau par une formule éner- K'que dans les langues du pays. « Rends-moi la liberté, lui dit-il, et je te man- ^r[ii, loi et les liens.— Eh bien, réplique le bourreau , nous te préviendrons. e vais t'assomnier, et lu seras mangé ce jour même. « Le coup suit aussitôt ,l "tenace. La femme qui a vécu avec le mort se hâle d'accourir, et se jette U|' son corps pour y pleurer un moment. C'est une grimace qui ne l'empe- ^ ° Point île manger sa part du malheureux qu'elle a pris soin d'engraisser, ■^suiie des femmes apportent de l'eau chaude, dont elles lavent le corps; Sutres viennent , le coupent en pièces , avec une extrême promptitude , et boitent les enfants de son sang pour les accoutumer de bonne heure :'i la ^aiité. Avant l'arrivée des Européens, les corps étaient découpés avec dos terres tranchantes. Aujourd'hui les Brésiliens ont des couteaux en grand "°r'ibic. Il ne resle qu'à rôlir les pièces du corps et les entrailles, qui sont 0rt soigneusement nettoyées ; c'est l'emploi des vieilles femmes , comme ce- Ul des vieillards, en mangeant ce détestable mels , est d'exhorter les jeunes &wis ;, ^evenjr jj0na guerriers pour L'honneur de leur naiiou , et pour se pro- Cllr«' souvent le même festin.
L'usage commun des Brésiliens est de conserver dans leurs villages des °Mceaux de tètes de morts ; et lorsqu'ils reçoivent la visite de quelque étpan- °'r) ils ne manquent point de lui donner ce spectacle comme un trophée de
''nu.
valeur et des avantages qu'ils ont remportés sur leurs ennemis. Us garaussi fort soigneusement les plus gros os des cuisses et des bras , pour ''lire diverses sortes de flûtes , et toutes les dents , qu'ils attachent en forme c'iapelets pour se les suspendre au cou. Ceux qui ont fait plusieurs prison- T8 > croyant leur gloire bien établie , se Ibnl inciser, dès le même jour, la °itrine, les bras, les cuisses, le gras des jambes, et d'autres parties du '. Ps ! pour éterniser la mémoire de leurs exploits. Léry prit soin de faire des- °1' le portrait d'un Brésilien avec toutes ces marques d'honneur. Enfin , s'il llv«queles captifs aient eu quelque enfant îles femmes qui onl pris soin de
les engraisser, ces malheureux fruits sont dévorés, soil en naissant , soitaprô» avoir acquis un peu plus de force.
* Ils nous présentaient souvent, dit Léry, de la chair humaine pour en manger, et le refus que nous en faisions les chagrinait, comme si nous leur eussions donne sujet de se méfier de notre alliance; sur quoi je dois rapporter, à mon grand regret, que quelques interprèles normands, qui avaient passé huitou neuf ans dans le pays, y menant une vie d'athées, non seuleme"1' se souillaient de toutes sortes de désordres avec les femmes , mais se vantaie»! d'avoir tué et mangé des prisonniers. Un jour que j'étais avec quatre ou cWI Français dans un village de la grande Ile, où l'on retenait, dans les fers un jeiin8 homme que nos sauvages avaient enlevé sur quelques Européens, nous lronv;1' mes occasion de nous approcher de lui. II nous dit, en fort bon portugais, q11'1 était chrétien , et qu'ayant été conduit en Portugal , il avait été baptisé sous Ie nom <X Antonio. Quoique Margaja et déterminé à souffrir courageusemen* B mort, il nous fit entendre qu'il ne serait pas Taché de nous devoir la vie. Ne'lS fûmes touchés de compassion : un des nôtres , serrurier de profession , qui sa' vait assez l'espagnol pour comprendre quelque chose au portugais, lui prom'1 une lime pour couper ses fers, et convint avec lui que, se dérobant à ses $P des, tandis que nous nous efforcerions de les amuser, il irait nous attende dans un petit bois voisin, où nous aurions pu le prendreen retournant à nût*8 île. Cette espérance l'avait jeté dans un transport de joie. Mais, sans avoir l'»' tendu ee qu'on lui avait offert, les sauvages conçurent quelque soupçon M notre entretien. A peine fûmes-nous sortis du village, qu'ayant appelé lt>lirS voisins pour assister à la mort du prisonnier, ils le massacrèrent élisent' I.e lendemain, nous retournâmes chez box avec une lime et d'autres secoure sous prétexte de leur redemander des vivres; mais, sans nous répondre , i1* nous menèrent dans un lieu où nous vîmes les pièces du corps d'Antonio sUl" le boucan , et , s'applaudissant de nous avoir trompés , ils finirent par i'0"* montrer la tète, avec des éclats de rire. Un autre jour, deux Portugais se fa*8" sèrent surprendre par nos sauvages dans uni; petite maison de terre i
voisine d'un de leurs forts,
qui se nommait Moripiom. Quoiqu'ils se fi*8*
lefrt
défendus avec beaucoup de courage, du malin m soir, et qu'après avoir èp& se toute leur provision de poudre , ils fussent sortis , chacun avec une épé* :l deux mains, dont ils avaient fait un grand carnage , ils n'avaient pu supp0^ ter une foule d'ennemis qui s'étaient obstinés à les prendre. Ils eurent Ie malheur de tomber entre leurs mains. .l'achetai la dépouille de l'un, qui c°r sistait en quelques habits de buffle. Un de nos interprètes eut, pour i«& couteaux, un grand plat il argent qui s'était trouvé dans leur maison- N^ apprîmes des sauvages mêmes qu'après les avoir conduits dans leur ha**"
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l0n. il avaient commencé par leur arracher la barbe ; qu'ensuite Us les avaient
"es et mangés cruellement, et que, loin d'être attendris de leurs plaintes , ils Gravaient reproché de ne pas savoir mourir avec honneur. »
Enfin, comme tout est précieux dans un voyageur de bonne foi, lorsqu'il 'e raconte que ce qui s'est passé sous ses yeuv, Léry ajoute : t Qu'un jour, s l'opiuamboux , alliés des Français , las d'une irop grande tranquillité , qui ^r faisait perdre le goût de la chair humaine, se souvinrenl qu'ils avaient. a"s leur voisinage une habitation de Margajas qui s'étaient rendus à leur na- '°n depuis vingt ans , et qu'ils avaient laissés vivre en paix. Mais, sous prée*te qu'ils étaient issus de leurs plus mortels ennemis, ils prirent la résolution 00 'es détruire. La nuit fui choisie pour cette expédition. Ils firent un si grand r*°age , que les cris des mourants s'entendirent de fort loin. Plusieurs 'aurais, qui en furent informés vers minuit, partirent bien armés dans une Grande barque, pour se rendre à ce village, qui n'était pas éloigné du fort.
y|s avant qu'ils y pussent arriver, les rurieux Topinamboux avaient mis le
11 aux maisons, et fait main basse sur les habitants qui en étaient sortis. » yry n'était pas du détachement français; mais il apprit des autres qu'ils a,eni vu quantité d'hommes cl de lemmes en pièces sur les boucans , et es enfants rôtis tout entiers. Quelques uns néanmoins s'étaient sauvés par ert à la faveur des ténèbres, et vinrent demander un asyle dans le fort franv^is. u y Turent reçus fort humainement; mais les Topinamboux, qui ne fuïe°l pas long-temps sans en être avertis , en firent des plaintes fort vives , et ,e consentirent à les laisser sous la protection des Français qu'après avoir été Prisés par des présents.
*vec un goût si vif pour la chair humaine , non seulement les Brésiliens 15 "ornent à manger leurs ennemis , mais dans leurs guerres même ils ne angent que ceux qui tombent viTs entre leurs mains , et ils les tuent avec
nés formalités. On ne remarque point qu'après un combat dont ils ont Porté l'avantage , et qui les a laissés maîtres du champ de bataille , ils se dit arrêtés à dévorer les corps des vaincus , et tous leurs efforts semblent "rc à faire des prisonniers, qu'ils vont égorger dans leurs villages. L(î,*y prétend que, quoiqu'ils aient peu d'idées religieuses, ils croient à des l'i'its malfaisants et au pouvoir des devins. Il fut témoin de leurs danses , /\ ' s°ni de véritables convulsions poussées jusqu'à l'évanouissement, et sfflî- 's des harangues de leurs sorciers.
' Pour conclusion , dit-il, ils frappèrent du pied droit, plus fort qu'anpara-
'' ''s crachèrent chacun devant soi, et tous chantèrent deux ou trois fois
,( . c'1(Kur, mais sur la môme note, c'est-à-dire sans aucune variété de ton ,
' '''-'> hua; hé, hua, hua, hua. Comme je n'entendais [tas encore parfaite-
ment leur langage, l'interprète ine dit que dans la grande ballade ilsavfùe111 regretté, en premier lieu, leurs vaillants ancêtres ; qu'ensuite ils s'en étais* Konsolés par l'assurance de les aller rejoindre après la mort et de se réi°11" avec eux derrière les hautes montagnes; qu'ils avaient menacé leurs en""' mis de les prendre et de les manger; enlin, qu'ils avaient célébré un anew* débordement d'eau qui avait noyé tous les bommes, à l'exception des aille'»'3 de leur race. «
On a cru devoir entrer dans ces détails sur des peuples qui passent av^ raison pour les plus barbares de l'Amérique, et donner, par leur exeBtifà quelque idée de toutes les autres nations qu'on a nommées, sans avoir P" 'cS, faire connaître autrement. Cependant il ne faut pas s'imaginer, sur des pt''"1 turcs si révoltantes, que les Brésiliens manquent de raison et de bonté. Ie même voyageur, qu'on cite volontiers lorsqu'il parle de ce qu'il a vu , fait c ces termes un autre récit qui mérite encore d'être rapporté : « Une autre folS' dil-il, me trouvant avec quelques Français dans un village nommé Okaran"" à deux lieues de Cotiva, et soupanl au milieu d'une place où les babiia"15 s'étaient assemblés pour nous admirer (car, lorsqu'ils veulent faire honne"1 à quelqu'un , ils ne mangent jamais avec lui), nousles avions autour de nollS' comme autant de gardes, chacun armé d'un os de poisson long de deu* °l trois pieds, et dentelé en forme de scie, moins pour attaquer ou pour *c ( fendre , que pour éloigner les enfants , auxquels ils disaientdans leur languir*' a Petite canaille, retirez-vous; vous n'clcs pas dignes de paraître aux yeux de tlétrangers. « Après nous avoir laissés souper tranquillement, sans nous i'l[C ' rompre d'un seul mot, un vieillard, ayant observé que nous avions fait n°" prière au commencement et à la fin du repas, nous dît d'un ton fort mot'08 ' «Que signifie cet usage que je vous ai vu, d'ôlor vos chapeaux sans ouvrir bouche , tandis qu'un de vous a parlé seul? A qui s'adressait-il ? Était-ce à VOtf mêmes qui êtes présents, ou à quelqu'un dont vous regrettez l'absence- Je pris cette occasion pour leur donner quelque idée du christianisme- C''[,u à Dieu que nous avions adressé nos prières; et quoique ce grand Dieu ne ^ pas visible, non seulement il nous avait entendus, mais il savait ce qu? n? ^ pensions au fond du cœur. Là-dessus je commençai , avec le secours de 1 ' terprète, à lui expliquer une partie de notre religion , et j'y employai pl"s
Eul'11'
leux heures. Ils m'écoutèrenl avec de grandes marques d'admiration. un autre vieillard me dit : <t Vous nous apprenez plusieurs bonnes choses QP nous n'avions jamais entendues ; cependant vos discours me rappellent ce 1 nos pères nous ont souvent raconté. Long-temps avant eux , et si long-te" ^ qu'ils n'avaient pu tenir le -compte des lunes, mi étranger, vieux et barbu cou
vous, vint dans ce pays, tint le même langage que vous, ci ne per
iuada l*1"
lllll llll| llll|l II
^m>e. Ensuite il en vint un autre, qui nous donna sa malédiction avec une ~®*Pe , dont nous n'avons pas cesse de nous servir pour nous massacrer l'un ^auiro ■ à présent c'est un usage établi parmi nous : si nous venions à l'abanr*mer> nous deviendrions la risée de tous nos voisins. « Je répliquai avec •"e la force possible que les lumières de la vérité devaient leur faire méprier '«jugement d'une multitude d'aveugles , et que le vrai Dieu que je leur au- *°ueais leur ferait vaincre tous leurs ennemis, lis furent émus jusqu'à propre de suivre la doctrine qu'ils venaient d'entendre, et de ne plus manger ^ chair humaine; ils se mirent à genoux pour faire la prière à notre exemple! et se la firent expliquer après l'avoir écoulée avec beaucoup d'attention; "^is le soir, lorsque étant couchés dans nos hamacs, nous nous applaudis- 10us de leur changement, nous les entendîmes chanter plus furieusement (|Ue jamais qu'il fallait se venger de leurs ennemis, en prendre un grand ll0r>ibre et les manger. » Telle est l'inconstance naturelle aux sauvages, plus «icore qu'aux autres hommes.
Mariages. Occupations des femmes. Hospitalité. Funérailles.
Quoique les Brésiliens n'aient pas d'autres lois que leurs usages , dont quel- Ï'JGS uns blessent ou ver te ment les principes de justice et d'humanité , ou ne a'sse pas de remarquer dans cette étrange corruption quelques traces d'un pilleur ordre, qu'ils ne conservent pas moins fidèlement que leurs plus ,lrl'ares pratiques. L'adultère est en horreur dans toutes ces nations; c'esl-à-
fflft
que , malgré la liberté bien établie de prendre plusieurs femmes et de les
Pudier, un homme n'en doit pas connaître d'autres que celles qu'il prend Cc 'lire , et les femmes doivent être fidèles a leurs maris. Avant le mariage, °" seulement les filles se livrent sans honte aux hommes libres ; mais leurs '"«nts môme les offrent au premier venu, et caressent beaucoup leurs ll;iïHs, « de sorte qu'il n'y en a pas une, suivant la décision de Léry, qui re vierge dans l'état du mariage. » Mais lorsqu'elles sont attachées par des °messcsf seule formalité qui les lie, on cesse de les solliciter; elles cessent unièmes de prêter l'oreille aux sollicitations , et celles qui manquent à leur Sagement sans l'aveu de leur mari sont assommées sans pitié. Une femme ceinte n'est pas dispensée du travail commun , parce qu'on le croit néecs- "e pour l'heureux succès (le sa délivrance : car il n'est pas vrai, dit Léry,
'lue, leg
Brésiliennes accouchent sans douleur. Il raconte les circonstance
Ullaccouehemeiitdonliifiit
témoin.
* première nourriture des enfants est non seulement le lait de la mère,
Ulïl un peu de latine mâchée. On a déjà remarqué que C'est le mari qui 60
couche tranquillement, pour recevoir les félicitations des voisins sur l'a0* croissement de sa famille. La femme ne demeure au lit qu'un oudeuxjoursi , portant son fruit pendu au cou, dans une ccharpe de colon faite pour e#
;age, elle reprend ses occupations domestiques. L'unique éducati
IHII r|IK'
l'on
donne aux enfants regarde la chasse, la pèche et la guerre. Mais Léry s'emporte contre ceux qui ont écrit que les Brésiliens ne connaissent point la p* deur, et qu'ils ne font pas difficulté d'user des droits du mariage en publie* " les représente, au contraire, fort jaloux de l'honnêteté naturelle, sans qlie leur nudité devienne jamais une occasion d'y manquer. Il assure aussi tp* quoique les Brésiliennes aillent toujours nues, on ne leur voit jamais & marques de leurs infirmités périodiques; d'où il faut conclure seulentf8* qu'elles prennent grand soin de les cacher.
Toute la férocité des Brésiliens contre leurs ennemis n'empêche poi"1 qu'ils ne vivent fort paisiblement entre eux.. Dans l'espace d'un au, L&Ï ne vit que deux querelles particulières. Cependant, loin de séparer ceux 0 veulent se battre, on leur laisse la liberté de se satisfaire; mais si l'un à& combattants est blessé, ses parents font la même blessure à l'autre, ou " tuent s'il a tué son adversaire. La loi du talion est toujours observée avec I» dernière rigueur.
L'occupation des femmes, après les soins qu'on a rapportés, est de ®& du coton pour en l'aire des hamacs et des cordes. Léry nous apprend 'ei1^ manière de Hier et de faire les tissus. Elles font aussi les vaisseaux de terre q"1 servent pour les liqueurs et les aliments : quoique ces vases soient grossiers e» dehors, l'intérieur est non seulement poli , mais plombé d'une liqueur bla»e^ qui durcit en séchant. Elles ont d'ailleurs des couleurs grisâtres dont eU# font, avec des pinceaux, diverses figures sur ce fond blanc, surtout d;»lS la vaisselle on l'on sert les viandes, ce qui donne un air fort agréable à U* service de table. Mais Léry observe que, n'ayant aucune règle de peinture e* ne suivant que leur imagination , elles ne font jamais deux fois les mêmes fig* res , et que celte variété a de l'agrément.
Si l'on excepte quelques peuplades , dont la férocité- n'est pas différente & celle des bêtes , la plupart des Brésiliens reçoivent humainement les étrange*
On est même surpris de trouver dans leur traitement une ressemblance d'un
>il-
logea l'autre, qui sembleparlir d'un fond de société. Léry commence par **? observer que , si l'on doit aller plus d'une fois au même village , il faut cl"»** le moussacat, c'est-à-dire le père de famille chez lequel on veut loger constafl» ment , parce que celui auquel on s'est d'abord adressé B'offeoBerait beauÇC"* qu'on le quittât pour en prendre un autre. A l'arrivée du voyageur qui se l»rL" «mie a sa puite , il le presse do s'asseoir dans un Ht de coton suspr»dl1 *
"') où il le laisse quelque temps sans lui dire un mot. : u'osi pour sa doBijor
^ps d'assembler ses femmes, qui viennent s'accroupir ;'i terre, autour du
. ' ^5 deux mains sur leurs yeux. Bientôt elles laissent tomber des larmes de
,1(>te. ,
et, sans cesser de pleurer, elles adressent mille choses Batteuses à
One lu es bon ! que tu as pris de peine à venir! que tu es beau! que
s. es vaillant! que nous l'avons d'obligation ! que tu nous fais de plai-
■ etc- ■> Si l'étranger veut donner bonne opinion de lui , il doil répondre
.' ««s marques d'attendrissement. Lén assure qu'il a vu des Français, récl-
T^nt attendris du spectacle , pleurer aussi ; mais il conseille à ceux qui n'ont
le cœur si tendre de jeter du moins quelques soupirs. Après celle, pre-
''l'e salutation , le moussacat ,
«fecta
, qui s'est retiré dans un coin de la cabane,
un de faire une flèche ou quelque autre ouvrage , comme s'il ignorait
'h'1 se jiassc , revient vers le lit , demande à l'étranger comment il se porte,
, j»U sa réponse , el lui demande encore quel sujet l'amène. On doit salisfeire
^ates les questions. Alors, si l'on est venu à pied, il fait apporter de Veau,
. l ses femmes lavent les pieds et les jambes au maïr -. c'est le nom qu'ils
neni aux Européens. Ensuite il s'informe si l'on a besoin de boire ou de
"ger. Si l'on répond qu'on désire l'un et l'autre, il fait servir sur-le-uhainp
%\.T quil il <le &ihm'' de volai,Ie> de poisson et d'antres mets, aveo es sortes de breuvages du pays.
eU[-fm passer la nuit dans le même lieu , non seulement le moussacat lait ^ un bel inis blanc, mais, quoiqu'il fasse si peu de froid au Brésil, il « prétexte de l'humidité de la nuit pour faire allumer autour du lit trois Un ^Uatr'e petits feux , qui sont entretenus pendant le sommeil du malr, avec , j S0l'te de petit éventail nommé talapécoun , fort semblable à nos écrans. "Ui, ]N°" ' îlJ°ut<; Léry> (lui Par,e e»core de lui-même, pour ne rien souffrir do Hoir' anotre repos, il fit éloigner lotis les enfants. Enlin, se présentant à hW . e"j n nous dit : « Aiour aasaps, c'esl-à-dire parfaits alliés, avez-vous r(lpo iU1'n,i * » N™s répondîmes d'un air satisfait. . N'importe, répliqua-l-il ; 1W|) S°M'°tis encore, mes enfants , car je vis bien hier soir que vous étiez cx- ^sse m<iUi l'al'DU(''s- » Comme c'est l'usage, dans ces occasions, qu'on leur "ot, '""
4'ielques présents , et que nous ne marchions jamais sans avoir chacun
Sis i°r °1' dar8ent) nous fûmes libéraux à notre départ, c'est-à-dire que foj- °nnàmes au vieillard des couteaux, des ciseaux el des pincettes; des ,u"enf' <k'S miroir9j des bracelets, et des boutons de verre aux femmes , ot
j . ' ;illls. des hameçons pour la pêche." *> bJ * -,:iiL ici uemander si > malgré toute-s ces apparences de droiture et 1 é»U se crojait tans danger parmi des sauvages dont i! connaissait la
Lr.
Illl llll|
cruauté fiae d'autres prsttves. Il répond :« (Jue, loin de trembler pour sa v**! il dormait parmi eux d'un profond sommeil; que, s'ils délestent leurs ennemis, qu'ils assomment et qu'ils mangent , ils portent une extrême affection^ leurs amis et à leurs alliés ; que, pour leur épargner le moindre déplaisir , >,s se feraient hacher en pièces; enfin qu'il se croyait moins exposé clic* les a* thropophages du Brésil , qu'on no l'était alors en Franco, où les différend» * religion semblaient autoriser la perfidie et le meurtre. »
Dans leurs maladies, les Brésiliens se traitent mutuellement avec des égard8 si tendres, que, s'il est question d'une plaie, un voisin se présente aussi!'''1 pour sucer celle d'un autre , et tous les services de l'amitié sont rendus avec le même zèle. Outre diverses sortes de fièvres et d'infirmités communes aux attires peuples de l'Amérique méridionale , dont on a remarqué néanmoins <l"e leur régime ou leur climat les défend mieux, ils ont une maladie qui f'^ pour incurable, et que Léry n'attribue qu'au commerce îles femmes. II assure qu'ils la non. ment pi™, sans expliquer d'où lui vientec nom, qui eslcel'» du même mal dans d'autres parties de l'Amérique et dans les lies. La description qu'il en fait , et ses funestes communications , jettent un nouveau jour s"r l'origine des maux vénériens en Europe. Avec les simples de leurs forêts * de leurs montagnes , les Brésiliens n'ont guère d'autre remède que l'abstinence; ils ne doiinentaucune sorte de nourriture aux malades.
Leurs funérailles consistent moins en cérémonies qu'en pleurs et en clia»,s lugubres , qui contiennent l'éloge des morts. Ils les enterrent debout , *]jj une fosse ronde, que Léry compare à un tonneau , les bras et les jambes Plil,s dans leurs jointures naturelles, et liés avec le corps. Si c'est un chef de 1,r mille, on enterre avec lui ses plumes, ses colliers, son inis et ses armes- Lorsque les habitations changent do lieu , ce qui arrive quelquefois sans a»,r0 raison que de changer d'air, chaque famille met sur les fosses de ses m»1'15 les plus respectés quelques pierres couvertes d'une grande herbe q"'L sC nomme pii*, et qui so conserve long-temps sèche. Les sauvages n'apP'»' client jamais de ces monuments sans pousser des cris.
Illl| llll|l lll|l ll|ll ll|ll l|lll llll
«COUVERTE III CHILI Bff U!j Rio DELA PEATA.
VALDIVM , SOUS , SÊBASTIKS c.tUUT.
W !"'" '" "°"' dC C1'iU ,,ien' <|C """ "" *ffl • "0m d'™ «""' <l"i "S- (n * s la grive, et qui est très commun dans les Irais de ce pays. Il y était B «go avant l'arrivée des Espagnols. Il est pftttable que les diverses peu- '«%.,'" "Ial"la'enl appartenaient toutes à la même souche, car elles se tt, "!™ent par leur apparence extérieure et par l'uniformité de langage O™ épiâmes étaient de taille ordinaire, ceux qui habitaient la l'ttin ° eU"el11 d'unc staUlre °,us hante- lls cultivaient le maïs et diverses fivlis,.''s ''-'Stiminciises , la pomme de terre , des courges, le piment , la grosse *!%„', 1°' d'i""rcs l)la"LCS indigènes chez eux. Eeurs animaux domestiques <i |os c lama ' k laP'n . el , s'il faut s'en rapporter aux traditions , le cochon Ht»*' Ils onlttvaient la terre avec des instruments en bois , cl connais.
'«'ils , Pra"q"° ''CS e"gl'ais ; îls Uraient d" sd" des montagnes des métaux S e, | '"" faço,,m'r' "s ignoraient l'usage du fer, et garnissaient leurs ar- V,c ,"'S,mU,ls de ui<,,TCS nolies ">' do enivre trempé. Le lama traînait la ,lVn, , Ct a"'"""1' lei"te de diverses couleurs, composait leurs
"'". et „ ' Va'SSt'"'! *"' Principalement en argile, quelquefois en bois
'«lista,, ; 6" """l'K- "S hissaient leurs vaisseaux de terre avec une *»*« 7, ""nel'ale 'IU'iIs aPPe!aient colo. Quelques uns de leurs vaisseaux de 1U'ils er!t d'1'" POli i,dmirable- lls construisaient leurs maisons en bois "*^rl d'arsilei ils on bâtissaient aussi en briques; ils les cott-
NtaT, rT'^'. I'S.dom™raien' da"s <los villages. Chacun était gou- '" 'U h'., un ohef héréditaire nommé oa/ten, homme riche, dont l'autorité *<W , C°mmc leS P™icns, ils élevaient des aqueducs et creusaient lN',..' . 0ue,°."es uns de ces ouvrages , parfaitement conservés , subsistent ' on en voit entre autres un , près de San-Iago , qui a plusieurs milles
lllll llll|
— ->92 — da longueur, et qui est petoarquabla pat sa solitiltù. Les Chilieus ignorai*!" l'art de l'écriture. Leurs peintures étaient grossières et mal proportionnées } mais, d'un autre côté, ils pouvaient exprimer toute espèce de quantité, et, pour des peuples séparés du monde civilisé , ils avaient lait des progrés remarquables dans l'astronomie et la chirurgie.
Lesincas avaient soumis la partie septentrionale de ce, pays jusqu'à la rivière de Rapel, par 31° sud. Les peuples qui habitaient plus au midi délirent, en 1450, l'armée de l'inca Yupanqui , en firent un grand carnage, et le forcére"1 à la retraite. Les peuplades vaincues payaient un tribut aux incas , et se go»" veinaient d'après leurs propres lois.
Lorsque les Espagnols eurent pénétré dans le Pérou et conquis ses pri«c>" pales provinces , Almagro le père, en 1535, et Pedro de Valdivia, en 18*** étendirent la domination de l'Espagne dans le Chili, surtout Valdivia, quM fonda plusieurs villes, et qui obtint du président delaGasca, en l;ïlH.|;1 eoniirmation du Litre de gouverneur qu'il avait reçu d'abord de François I'"' zarre. En 1551, tous les Américains du pays s'étunt soulevés comme de concert , Valdivia marcha contre eux avec quelques troupes. La partie était ti'Op inégale ; il fut lue en combattant , et plusieurs de ses soldats eurent le niéin" sort. Une des principales villes qu'il avait fondées conserva sou nom. L'h"' meur belliqueuse des peuples du Chili n'a pas cessé d'empêcher l'accroissementdes colonies espagnoles, qui n'a jamais été en proportion de l'étendue , de la beauté et des richesses du pays.
11 est môme des peuples qui bravèrent tous les efforts des conquérants et surent se soustraire à leur domination. Parmi les plus intraitables on cite 1e8 habitants d'Arauco cl de Tncapel. Voici comment en parlent les voyageurs. ** pays est si vaste que, lorsqu'ils se voient trop pressés, ils abandonnent 'efirS possessions, et s'enfoncent dans des déserts inaccessibles. Là , se fortifia"1 l)!ir leur jonction avec d'autres Indiens, ils reviennent au pays qu'ils habite»1' C'est ce mélange de fuite et de résistance qui les rend comme invincibles' et qui ne cesse pas d'exposer le Chili à leurs insultes. Qu'un seul <»** parmi les autres qu'il faut prendre les armes, les hostilités commencent aussitôt. Leur manière de déclarer la guerre, c'est d'égorger jusqu'au dernier Espagnol qui se trouve chez eux sur la foi des conventions, ou de ravager W villages dont ils sont voisins. Quelquefois ils fout avertir d'autres natio»8 y qui les Espagnols ne sont pas moins odieux. C'est ce qu'ils appellent fa"'1; courir la flèche, parce qu'ils font passer l'avis d'une habitation à l'autre ave( autant de vitesse que de secret. La nuit de l'invasion est marquée, saiis^1 eu transpire jamais rien. Celte fidélité, et le peu de préparatifs dont H»** besoin pour leurs armements, vendent leurs desseins impénétrables jusqu*11
Illll llll| llll|l lll|l ll|ll ll|ll l|lll I
°ment de l'exécution. La convocation faite, ils élisent entre eut un chef de
KWWe 3,lque| ils donnent le nom de toqui, et, dans les premières heures de la
'Uixee, lorsque les Espagnols ne s'attendent à rien moins qu'à être attaqués
^ Indiens qui vivent parmi eux les surprennent et les tuent. Ensuite ils se
hersent de divers côtés ; ils entrent dans les petits villnges , dans les mêtaï- ™s et les chaumières , où ils égorgent tout ce qu'ils rencontrent , sans distinc-
Ibr" dage "' <ie SeXe" ApriiS CettC esécution. se réunissant en corps, ils
ment une armée plus redoutable néanmoins par le nombre que par la dis-
,l»[me et l'habileté. Ces furieuses invasions leur ont souvent réussi, malgré
"* plus sages précautions des gouverneurs espagnols , parce que les secours
r' Jls reçoivent continuellement les empêchent de sentir leurs perles. S'ils en
^d'assez sanglantes pour se rebuter du combat, ils se retirent à quelques
,e'ies du champ de bataille ; mais cinq ou six jours après ils vont fondre d'un
au'recùié.
Ces peuples ne déclarent jamais de guerre qu'elle ne dure plusieurs années.
'■""s la paix, leurs plus grandes occupations consistent à cultiver leurs
3"ips et à fabriquer des ponchos ou manteaux pour leur habillement ; c'est
me plutôt à leurs femmes qu'ils laissent ordinairement ce travail, tandis que,
al,andonnanl à l'oisiveté, ils passent le temps à boire d'une espèce de cidre,
mposé de pommes qu'ils ont en abondance dans leurs terres. Leurs cafta-
es sont si légères, qu'un jour ou deuxsufiïsent pour les bâtir. Leurs metsde-
ar>dent peu de préparation ; ce sont des racines, et de la farine de maïs ou
0 quelque autre grain. Ainsi, faisant la guerre avec aussi peu de frais quede
ils la regardent comme un amusement. Si la pais succède, c'est too-
Jotirs
ht
moins à leur sollicitation qu'à celle d
Espagnols. On convient d'une
I '«rence, qui areçu le nom de parlamento > à laquelle assistent le président,
gouverneur du Chili, avec les principaux officiers de l'armée, l'évoque de
conception , et quelques autres personnes du premier rang. Du côté des In-
J^s, c'est le toqui avec les principaux capitaines, qui sont en même temps
^Pwtes de chaque canton , et chargés de leurs suffrages. Dans un parlamento
' U en 1724, on leur accorda la possession libre de tout le pays qui s'étend
,.p (-'e K'°bio , et tous les capitaines de paix furent supprimés. On donnait
ltre à des Espagnols qui résidaient dans les villages habités par des Indiens
V('rtis , et qui avaient fait naître le soulèvement par leurs extorsions.
(. utre ces assemblées , qui se tiennent à l'occasion de quelque traité , il s'en
i,' l d'autres lorsqu'il arrive do nouveaux présidents. La différence en est si
, ^*e, qu'il suffit d'en décrire une pour donner une idée de toutes les autres.
^qu'on juge un parlamento nécessaire , on en fait donner avis aux Indiens
a *0ntièfe, et le jour est indiqué. Des deux côtés on convient d'une es-
lllll lllll llll|
corlc pour les chefs. Les Espagnols campent sous des lentes, et le quarii* général des Indiens est vis-à-vis, à peu de distance. D'abord les anciens il" chaque canton viennent saluer le président. H boit à leur santé : tons lui «** pondent; mais c'est le président qui h-ur verse à boire de sa propre main ;$ pour joindre quelque chose de plus réel à cette politesse, il leur distribue d# couteaux , des ciseaux, et d'autres bagatelles fort précieuses à leurs yeu\. °" commence ensuite à parler de la paix, et de la manière d'en observer les empilions ; après quoi les Indiens se retirent à leur quartier, où le président l«* rend une visite, et leur fait porter une cerlaine quantité de vin. Ensuit**1 reçoit à son tour un présent de veaux, de lueurs , de chevaux et d'oiseaux.
La paix étant conclue par ces civilités mutuelles , le président ne dédaigH* poînt, pendant la suite des conférences, d'admettre à sa table les principal"* chefs , ou ceux du moins auxquels il reconnaît, de la douceur et de la raison- Il se tient une espèce de foire, où les Guaves accourent avec leurs mercerie* • et les Indiens avec des ponchos et des bestiaux. Ces marchandises se troquent' et la bonne foi règne dans ces traités.
Ces mêmes peuples , qui ont toujours refusé de se soumettre aux Espagnols» accordent l'entrée de leur pays aux missionnaires, quelque différence <$& y ait entre leurs maximes et celles qu'on leur proche. Plusieurs se font ba|)li' ser; mais ils ne renoncent pas aisément à la vie libre dans laquelle ils son1 élevés, et la plupart de ces nouveaux convertis n'ont aucune sorte de roligio"' Vers le commencement du dix-huitième siècle les missionnaires en avàfirf rassemblé un assez grand nombre, dont ils avaient formé des villages. l,illliî Unis les Torts de la frontière , il y avait aussi des aumôniers payés par le r°' pour les instruire ; mais à la première nouvelle d'un soulèvement qui cul l'1"1 en 1720 , tous les néophytes disparurent et se joignirent aux guerriers # leur nation.
Uuoiquc dans leurs guerres ces peuples ne fassent de quartier à perso»^6' surtout aux Espagnols, ils ne laissent pas d'épargner les femmes blanche' ils les enlèvent et les conduisent dans leurs terres , où ils vivent avec elleS' De là vient cette multitude d'Indiens blancs et blonds , qu'on prendrait pol'r des Européens nés au Chili. Pendant la paix il en vient un grand non'1*1'" dans les villes et les bourgs espagnols , qui s'engagent à travailler pou? ■*' certain prix l'espace d'un an ou de six mois. Ils s'en retournent à la lin du fc** me, après avoir employé leur salaire en merceries. Tous ces peuples , sa"* distinction de sexe, portent des ponchos et des manteaux d'étoile de laminais cet habillement est fort court et ne leur descend pas jusqu'au ge«°": Les nations plus éloignées des établissements d'Espagne qui habitent au <$* de Vaidivia , et celles de la cote voisine de Chiloé, ne portent aucune esp^
d'habit. Celles ci'Arauco , de Tuéapel et des bords du Bïobto, nourrissent quanl'''' 'le chevaux, et sont fort exercées à les monter. Aussi leurs armées sontellf« composées de cavalerie et d'infanterie. Leurs armes sont des lances fort
s, qu'ils manient avec beaucoup d'adresse, le javelot, et d'autres in-
struiïienis de celte nature.
Ulloa fai t observer que c'est du royaume de Chili que sont venues des races te chevaux et de mules dont il vante beaucoup la vitesse. Il ajoute que ces ""'«'aux doivent sans doute leur origine aux premiers qui furent transportés ^'Espagne en Amérique; mais aujourd'hui ceux du Chili ne sont pas moins Supérieurs à ceux d'Espagne qu'à ceux de toute l'Amérique. On y conserve fus fidèlement les races. Les chevaux coureurs du Chili ont l'ambition de ne binais être devancés, et galopent si légèrement , que le cavalier ne sent pas la "•oindre agitation. Quant à l'encolure , ils ne cèdent rien aux plus beaux an- ''aïoiis. Leur taille est belle; ils sont pleins de feu et de fierté. Aussi tant d'exfcÛenteB qualités les font-ils beaucoup rechercher. Les plus beaux sont env°Jés à Lima. ÏI en passe jusqu'à Quito. L'estime qu'on en fait a porté plusieurs particuliers à former des haras dans les provinces du Pérou pour en *tentlre la race ; mais c'est toujours à ceux du Chili , surtout des environs de ^-Iago , qu'on donne la préférence.
Wrouïorlo dii Rio do la Plata. Fondation de Bueno^Ayres. Htddnnala et la «ragouare.
Le beau fleuve du Rio de la Plata , ou rivière d'Argent , qui donna son nom à «ne vaste contrée de l'Amérique , Fut découvert, en 1515, par Diaz de Solis, tond-pilote de Castille , dont il porta d'abord le nom , et qui périt sur ses li0rds par les flèches des sauvages, avec une partie de ses gens. Le sort de tiques Portugais qui entrèrent , peu d'années après , dans le fleuve du Paraguay, par le Brésil , ne fut guère plus heureux.
Sébastien Cabot, qui avait Tait, en 1190, avec son père et ses frères, la dé- °°ûverte de Terre-Neuve et d'une partie du continent voisin , pour Henri VII, r°'1 d'Angleterre , se voyant négligé par les Anglais , alors trop occupés dans ll'1"' Ue pour songer à Taire des établissements dans le nouveau monde, se rfindit en Espagne , où sa réputation lui fit obtenir l'emploi de grand-pilote de li( Castille.
(;;'bot mit à la voile le iet avril 1626 ; il arriva à l'embouchure du fleuve l"'*»! nommait alors Rio de Solis ; et , quoique cette embouchure soit une des l>Ius difficiles comme une des plus grandes qu'on connaisse , ce qui lui a lait 'lc""ier par les gens de mer le nom d'Enfer des Navigateurs , il franchit hmi- ^«tement tous les écueils jusqu'aux lies Saint-Gabriel ,. auxquelles il donna
ce nom, et qui commence]*! un ppu au dessus de Buenns-Ayres. Lapreni^' qui n'a pas moins d'une lieue de circuit , lui offrit un bon mouillage, li y ^ ses vaisseaux pour entrer, avec les chaloupes , dans le canal que ees îles (°r ment avec le continent, qu'il avait à sa droite , et de là dans l'Uruguay, <P prit pour le véritable fleuve. Cette méprise eut deux causes : l'une, que |l* lies de Saint-Gabriel, qu'il laissait à sa gauche, lui cachaient la vue du fleuye; l'autre , que l'Uruguay est très large lorsqu'il se joint au Parana. Il le rcwO^ dans la même erreur, et, trouvant à droite une petite rivière, qu'il nom"13 UiodeSan-Salvador, il y construisit un fort, où il laissa Alvarez P. a mon «' quelques soldats , avec ordre de pousser les observations sur le fleuve; «ials trois jours après , cet officier, ayant échoué sur un banc de sable, y fut tue p^ les Indiens avec une partie de ses gens. Les autres se sauvèrent à la nage, ei rejoignirent Cabot , qu'une si triste aventure lit retourner aux lies de Sait* Gabriel.
H reconnut l'erreur qui lui avait fait prendre un canal pour l'autre , et , I* montant l'espace d'environ trente lieues dans le véritable fleuve , il bâtit u"" forteresse à l'entrée d'une rivière qui sort des montagnes du Tucuinan* " donna au fort le nom de Saint-Esprit, mais il est plus connu dans les r** lions sous celui de Tour de Cabot. II y laissa une garnison , et continua de f monter jusqu'au confluent du Paraguay et du Parana. Alors, se trouvant &' tre deux grandes rivières, il entra dans celle qui lui parut la pluslargc: c'était le Parana ; mais voyant qu'il tournait, trop à l'est, il revint au c0°' fluent et remonta le Paraguay, dans la crainte de s'engager trop loin
le Brésil; il y fut attaqué par des Américains i
i tuèrent vingt-cinq
lion'*
mes et tirent trois prisonniers. II s'en vengea par un grand carnage de peuples; il fit alliance avec d'autres, qui non seulement lui fournirent abo»' dammcnl des vivres, mais lui donnèrent des lingots pour des marchandise % d'Espagne de peu de valeur. Alors, ne doutant plus que le pays n'eût des »*' ■i nos d'argent , il donna au Paraguay le nom de Rio de la Plala', rivière de l'"1" | gent. Quelque temps après il retourna en Espagne.
Cependant les Espagnols qui étaient restés sous la conduite d'un ofBoif nommé Moschera avaient fait quelques réparations à la Tour de Cabot ; S**1" ils désespérèrent bientôt de pouvoir s'y soutenir contre les Indiens , touj°ur irréconciliables avec leur nation. Moschera prit le parti de s'embarquer av^ sa troupe sur un petit bâtiment qui était demeuré à l'ancre. Il descend'1 ]c fleuve jusqu'à la mer, et, rangeant la cflte , il s'avança vers les 32 degrés* ln' tilude, où il trouva un port commode qui lui fit naître l'idée d'y bâtir J» petit Tort. Les naturels du pays étaient très humains. Il ensemença un terr»" <m'il jugea fertile, et sa petite colonie s'établissait forl heureusement; mfl|S'
m mu mil ini|i ni|i ii|ii ip p i|im |im piiii mil mil mil mu
cm 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18
piftilchasst'! par les Portugais, qui avaient déjà des établissements dans lelïrë- M|- I! alla chercher, avec tout son monde, une retraite plus paisible dans t'île ^Sainte-Catherine.
Les récits et les sollicitations de Cabot avaient disposé la cour à suivre l'enlr«Prisedu Paraguay; mais lorsqu'on eut appris qu'il n'y restait pas un Esl'a8HoI, et qu'il fallait recommencer sur de nouveaux frais, les résolutions ^vinrent si lentes , que la cour de Lisbonne eut le temps d'armer une nom- ''euse flotte qui paraissait destinée à la même expédition. On sut néanmoins ■telle avait pris une autre route , et les Espagnols , que la nouvelle de cet armement avait paru réveiller, retombèrent dans leur première léthargie. Sébastien Cabot, dont le nom ne paraît plus entre les voyageurs du même le'"ps, était mort, ou rebuté d'une si longue indolence. Sept ou huit ans l"' s'étaient passés depuis son retour semblaient avoir fait oublier toutes ses Impositions, lorsque de nouveaux motifs , ignorés des historiens , firent pens<;p plus sérieusement que jamais à former un établissement sur le Rio de la ''laïc.
Jamais entreprise pour le nouveau monde ne s'était faite avec plus d'éclat. °1 Pedro de Mendozo , grand-éebanson de l'empereur, en fut déclaré le chef, s°l|s le titre d'adelantade et gouverneur général de tous les pays qui seraient ^ouverts jusqu'à la mer du Sud. A. la vérité, il devait y transporter à ses ra's , en deux voyages , mille hommes et cent chevaux , des armes , des mu- "'Uons et des vivres pour un an; mais, outre une pension viagère de deux ^'"e ducats qui lui était accordée par la cour, on lui donnait à prendre de Susses sommes sur les fruits de sa conquête. Il était nommé grand-alcade et '"fiuazil major de trois forteresses qu'il avait ordre de faire construire, et ces e"x charges devaient être héréditaires dans sa famille. Les ordres étaient donnés pour armer à Cadix une flotte de quatorze voilée. , e si grands préparatifs, et le bruit des richesses du Rio de la Plata , bien ' llDli par la renommée , attirèrent tant d'aventuriers , que le premier armeftllLi qui ne devait être que de cinq cents hommes , fut de douze cents, par- 1 'csquels on comptait plus de trente seigneurs, la plupart aînés de leurs disons , plusieurs officiers et quantité de Flamands. On assure que nulle con'e espagnole du nouveau monde n'eut autant de noms illustres parmi ses
Sti;
dateurs, et que la postérité de quelques uns subsiste encore au Paraguay,
'"^paiement dans la capitale. La (lotie mit à la voile dans le cours du mois '°ûl tfJ35( saison la plus propre pour le vojage, parce que, si on n'arrive 88 avam la li» de mars à l'entrée du Rio de la Plata , on court risque de man- ™* les brises du nord et du nord-est , et d'être surpris par les vents du sud tJ,t Rud-ouest, qui obligeraient d'hiverner au Brésil.
Memloze etit celte précaution, et n'en fut pas plus heureux. La flotte, ap**8 avoir passé la ligne, fut prise d'une violente tempête. Plusieurs vaisseau* ' ne se rejoignirent qu'au terme. Celui rie don Dîègue de Mendoze , frère de d<>" Pèdre , eL un petit nombre .d'autres, arrivèrent heureusement aux îles de Sair»t-| Gabriel; mais l'atiôlantade , avec tous les autres, fut obligé de relâcher dafls, le port de Rio-Janeiro. Il remit à la voile, et, la flotte se trouvant réunie**! Ire les îles de Saint-Gabriel et la rive occidentale d\i fleuve, don Pèdre dioW ce lieu pour son établissement, et chargea don Sanche del Campode chercli61'1 un emplacement sûr et commode. Cet officier se détermina pour un endr"1' où la rive n'a point encore tourné à l'ouest, sur une pointe qui avance dans*8 fleuve vers le nord. L'adelantade y fît aussitôt tracer le plan d'une ville , <I'" fut nommée i\'iirs-s<i Ser/nora île Buenos- Ayr es , parce que l'air y est très sai"' Tout le monde s'employa au travail, et bientôt les édifices furent assez, 1K"11' breux pour servir de camp.
Mais les peuples du canton ne virent pas de bon œil un établissement étrtf1' ger si près d'eux; ils refusèrent des vivres. La nécessité d'employer les affl1^ pour en obtenir donna occasion à plusieurs combats où les Espagnols fur1-1"1 maltraités. De trois cents hommes qui furent détachés sous Diégue de Me°" doze, à peine en revint-il quatre-vingts. Il périt lui-même avec plusieurs officiers de distinction, entre lesquels un capitaine nommé Luzan fut tut! a" passage d'un ruisseau qui conserve encore son nom. La disette devint e** trame à Buenos-Âyres , et l'adelantade n'y pouvait remédier sans risque'' *' perdre tout ce qui lui restait d'Espagnols. Comme il était dangereux d'acco"* tumer les Indiens à verser le sang des chrétiens, il défendit, sous peine* mort, de passer l'enceinte de la nouvelle ville, et, craignant que la fiiim ,11' fit violer ses ordres , il mit des gardes de toutes parts, avec ordre de tirer si"' ceux qui chercheraient à sortir.
Cette précaution contint, les plus affamés, à l'exception d'une seule fenu»^ nommée Maldonata , qui trompa la vigilance des gardes. L'historien du P»1'1' guay, se fiant ici au témoignage des Espagnols , raconte , sans aucune tu.'"'(l"1' de doute, l'aventure de celle fugitive, et la regarde comme un trait de " Providence, vérifié par la notoriété publique. Elle mérite d'être rapport' „ Après avoir erré dans des champs déserts , Maldonata découvrit une cave''"e qui lui parut une retraite sûre contre tous les dangers ; maïs elle y tto&* une cougouore remolle dont la vue la saisit de frayeur. Cependant les cart'^'" de cet animal la rassurèrent un peu ; elle reconnut même que ces m^\ étaient intéressées : la cougonare était pleine el ne pouvait, metirc bas; (,|!r semblait demander un service que Maldonata ne craignit point de lui re»** Lorsqu'elle fat heureusement délivrée, sa reconnaissance ne se boni:' I1'11"'
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" ^es témoignages passagers; elle sortit pour chercher sa nourriture, el de- '""* ce jour elle ne manqua point d'apporter aux pieds de sa libératrice une Provision qu'elle partageait avec elle. Ce soin dura aussi long-temps que ses jPtita la retinrent dans la caverne. Lorsqu'elle les on eut tirés, Maldonata cessa '' 'a voir et'fut réduite à chercher sa subsistance elle-même; niais elle ne P"t sortir souvent sans rencontrer des Indiens, qui la firent esclave. Le Ciel Permit qu'elle fut reprise par des Espagnols, qui la ramenèrent à Buenos- J|,f!s. L'adelantadfi en était sorti. Don François Uni/, de Calao, qui coni- 8ndait en son absence, homme dur jusqu'à la eniaulé, savait que celle er»me avait violé une loi capitale, et ne la crut pas assez punie par ses intor- "n<s. Il donna ordre qu'elle fût fiée au tronc d'un arlwe en pleine campagne, ^fJ1lr y mourir de faim , c'est-à-dire du mal dont elle avait voulu se garantir g* «a fuite, ou pour y être dévorée par quelque bote féroce. Deux jours après , voulut savoir ce qu'elle était devenue. Quelques soldats qu'il chargea de r61 ordre furent surpris de la trouver pleine de vie, quoique environnée de "fiuars et de cougouars qui n'osaient approcher d'elle, parce qu'une coujj^Uare qui était à ses pieds avec ses petits semblait la défendre. A la vue des 'Oats , la cougouare se retira un peu , comme pour leur laisser la liberté de 6her sa bienfaitrice. Maldonata leur raconta l'aventure de ce! animal , qu'elle . a" reconnu au premier moment, et lorsque après lui avoir oté ses liens, s se disposaient à la reconduire à Rueiios-Avrcs , elle la caressa beaucoup, " Paraissant regretter de la voir partir. Le rapport qu'ils en firent au commandant lui fit comprendre qu'il no pouvait, sans paraître plus féroce que * cougouars mêmes , se dispenser de faire gnice à une femmeque le Ciel avait KG si sensiblement sous sa protection. »
Missions du Paraguay.
-es progrés de la colonie furent lents et difficiles; il n'entre pas dans notre " d'en suivre toutes les phases , qui n'offrent du reste qu'un mince intérêt. , r'.lls "u ne ]jra peut-être pas sans plaisir quelques détails sur les célèbres ■
Sein, h de
°ns du Paraguay , dont le nom seul éveille la curiosité, sur ces établis-' e"ts lointains, où des hommes dont la politique a été partout ailleurs Pob-
; tant de reproches acquirent par la persuasion une sorte d'empire, la
|'"s n'*pcclable de toutes, et qui a obtenu autant d'éloges que leurs autres
bsseuients ont essuyé de censures. Nous nous bornerons à rapporter les
PPes termes d'Ulloa Juge oculaire et impartial.
611 S niissi,llis (1" Paraguay ne se bornent pas à la province de ce nom :
68 «'étendent en partie sur les territoires de Santa-Crux de la Sierra , de
'fucuman et de Buenos-Ayres. Depuis près d'uu siècle el demi qu'elles ont commencé, on y a converti quantité de nations répandues dans les terres de ces quatre évêchés. Les Jésuites, avec leur zélé ordinaire, commencèrent cette conquête spirituelle par les Guaranis , dont les uns habitaient les bords ' de l'Uruguay etdul'arana, et les autres cent lieues plus haut. Les Portugais» ne songeant qu'à l'avantage de leurs propres colonies , faisaient des course continuelles sur ces peuples , enlevaient pour l'esclavage ceux qui tombai""1 entre leurs mains, et les employaient aux plantations. Mais , pour mettre les nouveaux convertis à l'abri de celte disgrâce, on prit le parti de les Ira"5" planter, ou nombre de plus de douze mille, dans les terres du Paraguay, * l'on y joignit à peu prés le même nombre de ceux de Tapé, dans la seule v»e de leur assurer à tous um vie plus certaine et plus tranquille. Ces peuplades , grossies avec le temps par de nouvelles conversions , augmentèrent jusq»'a" point qu'en 1731 , suivant une relation que je reçus de bonne main pendant won séjour à Quito , on comptait trente-deux bourgs guaranis, renferma"1 plus de trente mille familles, et, leur nombre croissant de jour en jour, on pensait alors à fonder trois nouveaux bourgs. Une partie de ces trente-def* peuplades est du diocèse de Buenos-Ayres , et l'autre du diocèse du Paraguay' Cette même année, il y avait sept peuplades de la nation des Chiquilos da"s le diocèse de Sanla-Crux de la Sierra et l'accroissement continuel de le»* habitants faisait penser aussi à multiplier le nombre des villages.
» Les missions du Paraguay sont environnées d'idolâtres , dont les uns v'' vent en bonne intelligence avec les nouveaux convertis , et les autres les i"e* nacent continuellement de leurs incursions. L'ardeur des missionnaires Ie* conduit souvent chez ces barbares, et leurs peines n'y sont pas toujours in* tiles. Ils inspirent quelquefois le goût Lhi chistianisme aux plus raisonnable*' qui quittent alors leur pays , et passent dans les villages chrétiens , où ils "" çoivent le baptême après les instructions convenables. A cent lieues des M» sions , il se trouve une nation d'idolâtres, nommés Guénoas, qu'il est Tort décile d'amener à la lumière de l'Evangile, non seulement parce qu'ils sont d»nS l'habitude d'une vie licencieuse, mais parce qu'ayant parmi eux plusicu" métis, et même quelques Espagnols noircis de crimes , à qui la crainte d< châtiment a fait chercher cet asyle , le mauvais exemple qu'ils en reçoivent l<* éloigne des vérités qu'on leur prêche. D'ailleurs la vie oisive i laquelle ils s»"' accoutumés , ne subsistant que de leur chasse , sans cultiver même leurs V res , leur fait craindre le travail , qui serait une suite de leur conversion. &" pendant la curiosité ou la tendresse pour leurs parents en amène plusie'"'*; dont quelques uns se soumettent au joug de la religion. Il en est de mène' <•* Charuas , peuple qui habile entre le Pavana el l'Uruguay ; mais ceux qui «''"'
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mil mil
Jnt les bords du Parana sont beaucoup plus dociles, parce qu'ils sont
Us laborieux, qu'ils cultivent leurs terres, et qu'ils n'ont aucune eôm-
Ut"cation avec les fugitifs. Vers la ville de Gordoue, d'autres idolâtres,
j^més Pampas, sont extrêmement difficiles ;"i convertir, quoiqu'ils viennent
lclre |eurs denrées dans la ville. Mais ees quatre dernières nations vivent
ns une paix constante avec les Chrétiens. Aux environs de Sauta-Fê, ville de
Province de Buenos-Ayres , on trouve divers peuples guerriers , dont toute la
se passe en excursions, qu'ils poussent souvent jusqu'aux murs de San-
B°etdeSaIta, dans la province de Tucuman , qu'ils ravagent. Lesautresna
Qns qui habitent depuis les confins de celles-ci jusqu'aux ChiquiLos et jus-
" au lac de Xarayés sont peu connues. Dans ces derniers temps, quelques
u"es ont pénétré chez ces peuples par la rivière de Pîlcomayo qui coule de-
' 's le Potosi jusqu'à l' Assomption, sans avoir pu découvrir leurs habila-
,JI|s; ce qu'on attribue à la vaste étendue de leur pays ou à leur humeur er-
' !,,i qui ne leur permet pas de faire un long séjour dans les mêmes lieux.
eps [e [iord de l'Assomption, on rencontre un petit nombre d'idolâtres, dont
™lques uns, s'étant laissé approcher par des missionnaires qui cherchaient
68 découvrir, les ont suivis sans répugnance aux villages chrétiens, et se
111 rendus à leurs instructions. Les Chlruguans habitent aussi du même côté,
"aiment point qu'on leur propose de mener une vie moins libre que celle
0111 ils jouissent dans leurs montagnes.
, * On doit comprendre que les missions du Paraguay occupent un pays c»<-
Sl(lt' "
^able. En général, l'air y est fort humide et tempéré, mais froid néan-
'"s dans quelques parties. Le terroir est fertile en toutes sortes de grains , fruits et de légumes. On y cultive en particulier beaucoup de coton , et
^onda
fus à
garnit,
lance en est si grande , qu'il n'y a point de village qui n'en recueille de deux mille arobes, dont les Indiens fabriquent des toiles et des étof- O'1 y plante beaucoup de tabac, des cannes a sucre et une prodigieuse •Ué de l'herbe qu'on nomme herbe du Paraguay, cl qui fait seule un ob- . ae commerce d'aulant plus grand qu'elle ne croît que dans ce pays , d'où tr', '):>ssc dans toutes les provinces du Pérou et du Chili , où il s'en l'ait une h Grande consommation. Ces marchandises sont envoyées à Santa-Fé et à W"0s-Ayrcs, où les jésuites ont un facteur particulier, qui est chargé de les
•^di
: car le peu d'intelligence des Américains , surtout des Guaranis , les
. '^capables de ce soin. Le commis emploie le produit de sa vente eu mai1
'''Uisesde l'Europe, tant pour l'entretien des habitants de chaque peu-
|, B que pour l'ornement des églises et Ira besoins des curés. Mais avant
l|(' 'lll(Ji de cet argent , on lève le tribut que chaque village ou plutôt chaque
e" doit au roi. Ces sommes sont envoyées aux caisses royales ; après
— 30-2 — quoi , sans autre retranchement , on Tait le décompte de ce qui revient W* curés pour leurs appointements el pour les pensions des caciques. Les aoi**i denrées que le terroir produit, et le bétail qu'on y élève, servent à la iimin'i' ture des habitants. Enfin cette distribution se fait avec tant d'ordre et <l''-:1' gesse, qu'on ne peut refuser sans injustice des louanges à la police que l# missionnaires ont établie,
« \ l'exemple des villes espagnoles, chaque peuplade a son gouverne^-' ses régidors et ses alcades. Les gouverneurs sont élus par les habitants niôw^i <■[ confirmés par les curés , qui se réservenl ainsi le pouvoir do rejeter ce"* dont les qualités ne conviennent point à leurs fonctions. Les alcades sM nommés tous les ans par les corrégidors , qui veillent avec eux au mainte1 de la paix et du bon ordre. Mais comme ces magistrats, dont les lumières s0"1 fort bornées , pourraient abuser de leur autorité , il leur est défendu d'inflig^ la moindre peine sans la participation du curé , qui éclaireit l'affaire , et 'I1" livre l'accusé au châtiment , lorsqu'il le juge coupable. C'est ordinairemeo' I;l prison ou le jeûne. Si la faute est grave , la peine sera quelques coups de foU^ et c'est la plus sévère parmi des gens qui ne commettent jamais d'ass*? grands crimes pour mériter une plus forte punition. L'horreur pour le v"1, pour le meurtre et les autres excès de cette nature , est établie dans tout# £ peuplades par les exhortations continuelles des missionnaires. Les chaih|lC"lS même sont toujours précédés d'une remontrance qui dispose le coupable à l* recevoir comme une correction fraternelle, et ces ménagements de ào»ce, et d'affection incitent le curé à couvert de la haine et de la vengeance dû ^[ qu'il fait punir. Aussi , loin d'être haïs de leurs Indiens , ces pères en son1 bl chéris et si respectés , que , quand ils les feraient châtier sans raison , ces À"1? simples, qui croient leurs directeurs incapables d'erreur et d'injustice, V01**0' raient l'avoir mérité.
» Chaque peuplade a son arsenal particulier, où l'on renferme toutes 1* armes qui servent, dans les cas où la guerre est indispensable, soit oon"* les Portugais , soit contre les nations du voisinage. Les armes sont des tw|*j des êpées et des baïonnettes. Tous les soirs des jours de lële, on api'i,,'"'i ,J les manier par des exercices publics. Les hommes de chaque village sort* K visés en plusieurs compagnies qui ont leurs ofliciers , en uniforme f,,;il,""''> d'or ou d'argent, avec la devise de leur canton; les gouverneurs, les régi*10 et les alcades ont aussi des habils de cérémonie différents de ceux q»'115 V" tent hors de leurs fonctions.
f Tous les villages ont des écoles poiy apprendre à lire et à écrire; il J" f pour la danse et pour la musique, où l'on (ait d'excellents élèves , parce llu n'y admet personne sans avoir consulté son inclination et ses talents. ((l
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mil mil
,' (ll'i l'on remarque du génie apprennent la langue latine, et quelques uns Ï 'eiKlent fort habiles. Dans la cour tle la maison du curé, il y a divers ale-
1 ls '!'' peintres, de sculpteurs , de doreurs, d'orfèvres, de serruriers , de ehar-
fcniii
mil,.
*Ps, de tisserands , d'horlogers, et des autres prolèssions nécessaires ou s; les jeunes gens ont la liberté de choisir celle qui leur plaît, et s'y Rm> li:|" par l'exemple et les leçons des maîtres. Chaque village a son église, K ,l||(le ei fort ornée-, les maisons des Indiens sont si bien disposées, si com- ""(.'s, et meublées si proprement, que celles des Espagnols ne les valent point '"ls plusieurs bourgs du Pérou. Quelques unes sont bâties de pierre, d'autres 1 wiques crues, et la plupart simplement de bois ; niais les unes et les ?tres sont couvertes detuiles. Rien n'est négligé dans ces villages; il s'y trouve %'à des fabriques de poudre à canon , dont une partie est réservée pour les . "Ps de guerre, et l'autre employée aux feux d'artifice par lesquels on so- "ise toutes les fêles ecclésiastiques et civiles. A la proclamation des rois ,, ^Pagne , tous les officiers sont vêtus de neuf, et rien ne manque à la magnï- ^ice. de leurs habits. Chaque église a sa chapelle de musique, composée de . 'v °t d'instruments; le service divin s'y célèbre avec la même pompe que s 'es églises cathédrales , et l'on vante surtout celle des processions publi- , es- Tous les officiers civils et militaires y paraissent en babils de cérémonie; ' "''ilicu y est en corps-, le reste du peuple porteries llambeaux, et lousmar- , le"t dans le plus grand ordre. Ces processions sont accompagnées de fort
les danses : il y a des habits particuliers et très riches pour les danseurs.
Bntri
s édifices publics de village , on voit une maison de force où les
! 'Ps de mauvaise vie sont renfermées; elle sert en même temps de ce que j espagnols nomment une bcaterie, c'est-à-dire une retraite dans l'absence lj. '"'U'is, pour les femmes qui n'ont point de famille. On a pourvu singu- <!rnei,t) non seulement à l'entretien de cette maison, mais encore à la sublo ' "ce des vieillards , des orphelins et de ceu\ qui sont, hors d'état de gagner h Vle* r°IIH ,es hantants sont obligés de travailler iltiux jours de la semaine Ni e"'1-'vcr et semer en commun un espace de terre convenable; ce qui s'ap- Slij. ^ï' rfc '» communauté. Si !c produit passe les besoins , on applique le OU USil 'ornement des églises, à l'habillement des vieillards, des orphelins i, 's"npoienls: ainsi nul des habitants ne manque du nécessaire. Les tributs ,1(; ' "x sont; payés ponctuellement. Enlin cette portion du monde est le séjour I Paix et du bonheur, et ces avantages sont dus à l'exactitude avec laquelle n0 lsïsont observées. Les jésuites, les curés de ton tes les paroisses de celle liir .n 'e ^publique ont besoin d'exciter au travail les Guaranis, qui sont naf;ijVb i:"ll'nt paresseux; et c'est par celle raison qu'ils prennent soin aussi de Veudrc les marchandises des fabriques, et les denrées qui proviennent de
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—mamam
la culture des champs. Au contraire, les Chiquilos suul laborieux et ménage ils pourvoient d'eux-mêmes à la subsistance de leurs curés , en cultivant W semble une plantation remplie de toutes sortes de grains et de fruits , qui s»"" pour l'entretien de l'église et de son ministre. De leur côté, les curés dece'1" nation font des provisions de ferrements, d'étoiles et d'autres marchandise' qu'ils donnent en échange à leurs paroissiens, pour de la cire et d'autres f1^ ductions du pays; ils remettent ce qui leur vient par cette espèce de <=01"' merce au supérieur de leur mission , qui n'est pas le môme que celui desGu"' rauis; et du produit de la vente on achète {le nouvelles marchandises pour'115 besoins de chaque communauté. Il arrive de là que les Indiens ne sontp3* obligés de sortir du canton pour se procurer le nécessaire, et que, nTaj'al1 point de communication avec d'autres peuples , ils ne sont point exposés a L"'1' trader les vices dont on s'eilbrce de les préserver.
» L'administration spirituelle des peuplades n'est pas moins c\li aorilin'll|L que le gouvernement politique. Chaque village n'a qu'un curé ; mais il est &" sislé d'un autre prêtre, ou même de deux, suivant le nombre des habit"11'*' Ces deux ou trois prêtres, servis par six jeunes garçons qui font l'office df clercs à l'église, forment dans chaque village une espèce de petit collège, û" toutes les heures d'exercice sont réglées comme dans les collèges des grai»** villes. La plus pénible fonction des curés est de visiter en personne les pla"13! lions des Indiens, pour les encourager au travail, surtout les Guaranis, l"1 abandonneraient la culture des terres et se laisseraient manquer de tout, sl1' n'étaient excités par une continuelle attention. Le curé se rend e»#*! régulièrement à la boucherie publique, pour la distribution des viandes, 4"' se fait par rations, à proportion du nombre de personnes dont chaque initie est. composée; il visite aussi les malades, pour leur donner les sec»"1* spirituels, et les faire servir avec charité. Ces soins, qui l'occupent près** tout. le jour, lui laissent peu de temps pour d'autres fonctions dont son vicW" est chargé. C'est le vicaire, par exemple, qui, chaque jour, à l'cxcepli"" *"' jeudi et du samedi , fait le catéchisme dans l'église aux jeunes gens de l'u» e de l'autre sexe, dont le nombre est si grand qu'il passe deux mille dans <** que ville; le dimanche, tous les habitants, sans distinction d'âge, vont f* cevoir les mêmes instructions.
, » A la rigueur, continue lilloa, ces curés devraient être nommés ["" .''! gouverneur, comme vice-patron des églises , et devraient être admis par l**" que aux fonctions de leur ministère ; mais comme il pourrait arriver qu'**J les trois sujets qui seraient présentés pour chaque nomination , legouverB^ et l'évêque ne distinguassent pas tuul d'un coup le plus habile, cL qu'il ^ présumer que les provinciaux de l'ordre connaissent toujours mieux len*"
lllll llll|
J's sujets, les gouverneurs el les évoques oui pris le parti île leur conlier
r| "n droits. Ainsi, c'est le provincial qui nomme tous les cures. Il fait sa rési-
^ n« dans le bourg de la Candclaria, qui est au centre do toutes les missions,
ou «I fait ses visites dans les autres peuplades, avec le soin d'envoyer des
^«lunaires chez les idolâtres ; il est soulagé dans ses fondions par doux
Supérieurs, qui résident, l'un près du Parana, l'autre près de l'Uruguay.
''<" paie les appointements aux curés dans les missions des Guaranis. Ils
( *tont par an ;, lro;s centa piastres , en y comprenant ceux du vicaire. Celle
»»nc esl remise à la disposition du supérieur, qui fournit tous les mois a
{l"e curé ce qui lui esl nécessaire pour sa nourriture et son habillement.
* missions oos uuquiros, qui ont un supérieur à part, ne sont pas roni- «s dans cet arrangement, et, leur nation étant plus laborieuse, les curés eiU leur subsistance de son travail. «
Moeurs et coitlmies nEs habitants de Cuaco.
En
t]| ,JI sortant du Paraguay à l'ouest, on entre dans le Chaeo, vaste territoire scleiid au nord jusqu'au pied des montagnes, el qui esl encore
'Renient occupé par des tribus indigènes plus ou moins sauvages. ^ " s'accorde à représenter le Chaco comme un des plus beaux pays du y, "ue; niais cet éloge n'appartient réellement qu'à la partie que les Pérud s occupèrent d'abord. Une chaîne de montagnes qui commence à la vuo t„ ord°ue, et qui s'étend au nord-ouest jusqu'à Saula-Cruz do la Sierra, la r e ' (1° ce C,">|1-' ' '""-' Darrière si °ten gardée , surtout dans ce qu'on nomme n, "Wdicre des Chiriguanes , qu'elle la rend inaccessible. Plusieurs de ces 'enr laf?nes sont si 'mules, que les vapeurs de la terre ne parviennent point à 'Vil8""1"101 ' 0l <|UC ' ' a'r y "'ant louJ°l"'s screi" > rien n'y borne la vue. Mais ^ Wtuosité des vents y est telle que souvent ils enlèvent les cavaliers de la Ne;' ° qUe' p0"r J resP'rerà ''«"M . il faut chercher un abri. La seule vue des ,^'Piccs ferait tourner la lèle aux plus intrépides , si d'épaisses nuées qu'on «il f?"s 'Gs I>ictls "'cn cachaient la profondeur. C'est une tradition constante
fine,
Ses
et dont plusieurs se sont réfugiés, les uns dans le Chaeo
et
1 1le ? ',ans ,mc "e '!"' csl a" milieu ™i lac des Xarayès , portaient de l'or
t ' argent à Cusco , avant l'arrivée des Espagnols. i|„ ' Loçano, jésuite, dont l'historien du Paraguay emprunte ce qu'il dit "'Uni,300' parlc (,c lk'M I"-'"I>Ios si singuliers , qu'à peine peut-on en croini U „.."0l8™gc. No"s :llIons rapi'OVltT lus laits , laissant au lecteur à en juger. de ces peuples se nomme Citllutw, en langue péruvienne
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Suripchaquius , qui signifie pied d'autruche. On les iiomnio ainsi parce tjn '■* n'ont point de mollet, et Qu'aux talons près, leurs pieds ressemblent à ^fu1 des autruches. Ils sont d'une taille presque gigantesque. Un cheval ne '** égale point à la course. Leur valeur est redoutable, et, sans autres arni# que la lance, ils ont détruit les Palamos, nation fort nombreuse. Le seflW n'a de monstrueux que la [aille, qui est encore au dessus de celle des CuU"' gas. H n'est pas nommé; mais un missionnaire , honoré depuis de la palme • 1 martyre, assurait qu'ayant reneoiilré une troupe de ces Américains, il *** été surpris de les trouver si grands , qu'en levant le bras il ne pouvait att** dre à leur tète.
En général , les Américains du Ghaeo sont d'une taille avantageuse ; ils o" les traits du visage Tort différents de ceux du commun des hommes, et les co"' leurs dont ils se peignent achèvent do leur donner un air effrayant. Un col"' tainc espagnol, qui avait servi avec honneur en Europe, ayant été commai"" pour marcher contre une nation du Chaco , qui n'était pas éloignée de San13' Fé , fut si troublé de la seule vue de ces sauvages , qu'il tomba évanoui- 1' plupart vont nus , et n'ont absolument sur le corps qu'une ceinture d'écoF**' d'où pendent des plumes d'oiseaux de différentes couleurs ; mais , dans M* fêtes, ils portent sur la tête un bonnet des mêmes plumes. En hiver, i's " couvrent d'une cape de peau assez bien préparée, et ornée de diverses figuï*' Dans quelques nations, les femmes sont tout à fait nues comme les horufl*8* Leurs défauts communs sont la férocité, l'inconstance, la perfidie et fM* guérie; ils ont tous de la vivacité, maïs sans la moindre intelligence p1"1 tout ce qui ne frappe point les sens. On ne leur connaît aucune forme < gouvernement ; chaque bourgade ne laisse pas d'avoir ses caciques; niais t,L' chers n'ont pas d'autre autorité que celles qu'ils peuvent obtenir par lcUp qualités personnelles. Plusieurs de ces peuples sont errants, cl portent ^ eux tous leurs meubles, qui sont une natte, un hamac et une calebasse- & édifices de ceux qui vivent dans des bourgades méritent à peine le nom de #j bancs. Ce sont de misérables huttes de brandies d'arbres, couvertes de pâ* ou d'herbe.
Presque tous ces Américains sont anthropophages, et n'ont d'autre occuP3' lion que la guerre et le pillage : ils se sont rendus formidables aux Espagn° S par leur acharnement dans le combat, et plus encore par les stratagèmes <IU '.. emploient pour les surprendre. S'ils ont entrepris de piller une habitation' n'y a rien qu'ils ne tentent pour endormir dans la confiance ou pour éctfj* ceux qui peuvent la défendre. Ils cherchent pendant une année entière I" ^ ' ment de fondre sur eux sans s'exposer. Us ont sans cesse des espions en ca"' pagne qui ne marchent que la nuit , se traînant, s'il le faut , sur les co«oPS '
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. '""■<■ de poisson. Ensuite ils lui arrachent ta peau de la téta, qu'il '"nie un monument do leur victoire , et dont ils l'ont
jfo'ils ont toujours couverts de calus. C'est ee qui a lait croire à plusieurs Es- Wgnolsque, par des secrets magiques, ils prenaient la forme de quelquo a"imal pour observer ce qui se passe chez leurs ennemis. Lorsqu'ils sont sur- PHs eux-mêmes , le désespoir les rend si furieux, qu'il n'y a point d'Espagnol 9tî Voulût les combattre avec égalité d'armes. On a vu des femmes vendre leur v"! bien cher aux soldats les mieux armés.
Leurs armes ne sont pas différentes de celles des autres Américains du con- |">ent : c'est l'arc, la flèche, le macana, avec une espèce de lance d'un bois rt-s dur et bien travaillé , qu'ils manient avec beaucoup d'adresse et de force. Inique très pesante, car sa longueur est de quinze palmes, et sa grosseur ■Bportionnée ; sa pointe est de corne de cerf, avec une languette crochue, W l'empêche de sortir de la plaie sans l'agrandir beaucoup. Une corde à b~ Wtte il est attaché sert à le retirer après le coup. Ainsi, lorsqu'on est blessé, •Seul parti est de se laisser prendre , ou de se déchirer à l'instant pour se dê- ^ô'er. Si ces sauvages font un prisonnier, ils lui scient le cou avec une inù-
gardent le dans leurs fêtes.
*«ont bous cavaliers, et les Espagnols se sont repentis d'avoir peuplé de l(!v'iu\ toutes ces parties du continent. On raconte qu'ils les arrêtent à la ***e, et qu'ils s'élancent dessus indifféremment par les côtés ou par la '""pe , sans s'aider autrement qu'eu s'appuyant sur leurs javelots. Ils n'ont ** l'usage des étriers; ils manient leurs chevaux avec un simple licou , et les ^Wenl si vigoureusement, que l'Espagnol le mieux monté ne sain ait les '"M'e. Comme ils sont presque toujours nus, ils ont la peau extrêmement . 'e : le P. Loçano vil la tète d'un Mocovi dont la peau avait sur le crâne un '!"ii-duigl d'épaisseur.
, Les femmes du Cliaco se piquent le visage, la poitrine et les bras, comme
"Moresques d'Afrique. Les mères piquent leurs filles dès qu'elles soûl nées, . * «ans quelques nations, elles arrachent le poil à Ions leurs enfants, dans |. '">ur de six doigts , depuis le front jusqu'au sommet de la tôle. Toutes les JT l,ll>s du Chaco sont robustes; elles enfantent aisément; aussitôt qu'elles délivrées , elles se baignent et lavent leurs enfants dans le ruisseau le plus ,, f Leurs maris les traitent durement, peut-être, soupçonne l'historien, HT t*u'e"os Sûllt Ja'0lls,'fi- Il ajoute que, de leur côté, elles n'ont aucune I fesse pour leurs enfants. L'usage du Cliaco est d'enterrer les morts dans
''ei],,,.'. ... :i .„...•• r.- ■ :—i-. . . .
sh»t ^"^où ils ont expiré. On place un javelot sur la fosse, et l'on y allait " e cr-ine d'un ennemi, préferablement d'un Espagnol ; ensuite on aban- >cla ■
^fait
a place , et l'on ûviLo moine d'y passer, jusqu'à ec que le mort suii
oublié.
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