CHRISTOPHE COLOMB
Premier voyage. — Prologue du journal de Colomb. Pénible navigation. Ilft-mi verte de San- Salvador. Prise ili; piissi'ssiuii. Guidais des iialurcls.
Nous laisserons aux biographes 1g soin do discuter la naissance et les commencements de Christophe Colomb. L'envie, qui le poursuivît jusqu'à sa mort j s'empara de son berceau , et chercha par des fables absurdes à dénigrer son origine, sans songer que l'obscurité de son extraction n'eût pu que rehausser son mérite aux yeux de la postérité. L'opinion la plus accréditée le (ai t naître dans le Monlferrat, en 1441 , d'une illustre famille. Jeune encore, il abandonna ses études pour se livrer entièrement à la navigation, vers laquelle l'entraînait un penchant irrésistible. Le bruit des conquêtes des Portugais avait exalté sa vive imagination ; il étudia avec ardeur les ouvrages des anciens , compara leurs connaissances géographiques avec les relations de Marco Polo; et ses méditations, et quelques faits nouvellement remarqués , le convainquirent de l'existence de pays inconnus au delà de l'Océan. Enflammé
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d'uni1 noble ambition , poussv par son esprîl aventureux p| intrépide, il ne songea plus dés lors qu'aux moyens de s'immortaliser en marchant à la dé-
couverte de ce nouveau monde. Sa fortune ne lui permettant pas de tenter à ses Irais une aussi vaste entreprise , il s'adressa au gouvernement de Gènes ; mais ses propositions furent rejetées comme des fables. Ses tentatives auprès des cours de Portugal, de France cl d'Angleterre, n'eurent pas plus de succès; partout on le traitait de visionnaire. Ce ne fut qu'après cinq ans des démarches les plus persévérantes qu'il parvint enfin à se faire écouler d'Isabelle, reine de Castifle , qui consentit, à lui fournir les moyens de poursuivre l'exécution de ses projets , et le revêtit de pouvoirs très étendus.
Nous ne pouvons mieux faire connaître les vues qui dirigeaient Christophe Colomb qu'en citant le prologue pompeux de son journal.
« In nomme Domin't noslri Jcsit-Cliristi. Gloire à vous, très chrétiens, très hauts, très excellents et très puissants princes, roi et reine des Espagnes et dos îles delà mer, nos souverains, qui, dans la présente année 1492 , avez si glorieusement terminé la guerre contre les Maures , dont la domination pesait encore sur l'Europe , et les avez chassés par la force des armes de la superbe Grenade , où , le 2 janvier de celle présente année , je vis flotter les bannières royales de Vos Altesses sur les tours de l'Allianibra , la citadelle orgueilleuse, et le roi maure sortir humblement de la cité , et baiser les mains de Vos Majestés et do Monseigneur le Prince ! Dans ce même mois , vous souvenant des renseignements que j'avais donnés à Vos Altesses sur les terres de l'Inde, et sur un prince qui est appelé le Grand-Khan , ce qui veut dire roi des rois , dont les prédécesseurs , ainsi que lui-même , avaient envoyé plusieurs fois à Rome pour demander des docteurs de notre sainte foi qui pussent les instruire des vérités de l'Evangile , sans que le saint-père leur en eût jamais envoyés ; déplorant l'aveuglement de tant de peuples plongés dans l'idolâtrie et livrés à des doctrines de perdition, Vos Altesses, comme princes catholiques , amis et propagateurs de notre sainte foi , et ennemis de la secte de Mahomet, ont résolu de m'envoyer, moi Christophe Colomb, dans les susdites contrées de l'Inde , à l'effet de voir les susdits princes , et le pays et les habitants , et d'examiner le caractère et la nature de tous , et les moyens à prendre pour leur conversion à notre sainte religion , et ont voulu que j'allasse en 0rient,nonpar terre, comme c'est l'usage, mais par mer, en gouvernant droit à l'ouest, roule que, jusqu'à présent, on ne sache pas que personneail suivie. Vos Altesses, ayant chassé tons les Juifs de leurs royaumes , m'ont ordonné , dans ce même mois de janvier , de me rendre , avec un armement, convenable, dans les susdites parties de l'Inde, et m'ont, à cet effet, conféré de grandes faveurs, in'anoblîssant, de sorte qu'à l'avenir je pourrai m'appeler
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Dos ; nid nommant grand-amiral de l'Océan , et vice-roi et gouverneur de toutes lus lies et continents que je découvrirais, et qui, par la suite, pourraient être découverts dans l'Océan , voulant que mon 01s aîné me succédât , et ainsi de suite , de génération en génération , à perpétuité. Je partis en conséquence de la ville, de Grenade , le samedi 12 mai de la même année 1492 , pour me rendre â Palos , où j'armai trois vaisseaux , et , le vendredi 3 août de la même année , une demi-heure avant le lever du soleil , je levai l'ancre , ayant à bord d'abondantes provisions et un bon nombre de matelots , et je ils voile vers les îles de Vos Altesses nommées les Canaries , pour de là naviguer ;i l'ouest jusqu'à ce que j'arrive aux Indes , et que je puisse remettre votre message aux princes de ces riclies contrées , et accomplir les ordres de Vos Altesses. A cet effet, je me propose de relater très exactement, pendant le voyage , tout ce que je pourrai faire , voir et éprouver , écrivant chaque 'nul ce qui se sera passé dans le jour , et, chaque jour, la navigation de la nuit ; et, en outre, je me propose de dresser une carte sur laquelle je tracerai les eaux et les terres du Grand-Océan , ayant soin de déterminer exactement leur position avec la latitude équinoxiale et la longitude occidentale, et je joindrai à celte carte une description détaillée par écrit. Mais surtout je devrai renoncer au sommeil, afin de donner toute mon attention à la navigation; et pour mener à fin celle immense entreprise, il me faudra un grand courage et de grands efforts. »
Ce fut donc le vendredi 3 août 1492 que Christophe Colomb, avec trois caravelles , ta Suinte-Marie , ta l'htm et ta Nina , el 90 hommes seulement , partit, pour aller faire ces immortelles découvertes qui devaient changer la l'ace du globe.
Son équipage était presque tout composé de volontaires que l'espoir d'un riche butin avait attachés à sa fortune. Mais , quand ces hommes se virent au milieu de mers inconnues, leurs beaux, rêves firent bientôt place à la frayeur. Les jours, les semaines, les mois s'écoulaient; on avait fait plus de mille lieues , et l'on ne découvrait rien , rien que la mer , avec son horizon sans bornes. De temps à autre pourtant quelques pronostics , toujours trompeurs , venaient pour un instant ranimer leur courage ; vingt fois ils s'étaient crus à la veille de loucher la terre , vingt fois leur espérance avait été déçue. Aussi le découragement s'était emparé des plus intrépides: la révolte finit par éclater ouvertement sur la petite Hotte , et Colomb eut à essuyer les plus violents outrages de la part de gens exaspérés par l'idée d'une mort certaine ; sa vie même courait à chaque instant d'imminents dangers.
Cependant, dans les premiers jours d'oclobre, des signes, qui semblaient de plus en plus certains , vinrent encore une lois relever leur courage , prêt à
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succomber. On trouvait fond avec la sonde , les vents Étaient plus inégaux ;
l'air, dit Colomb, était aussi doux, aussi embaumé qu'une matinée d'avril à Sévillc ; des troupes nombreuses de petits oiseaux voltigeaient au dessus des caravelles ; enfin ils virent flotter près d'eux une branche d'épine encore fleurie , iis tirèrent de l'eau un morceau de bois travaillé. Plus de doute cette fois, la terre était proche. Du plus profond découragement on passa à la joie la plus vive, et, pendant tout le jour, chacun fut aux aguets dans l'espoir de découvrir le premier cette terre tant désirée. Colomb fit faire des prières, et ordon- \ na aux pilotes de se tenir constamment sur leurs gardes.
Vers les dix heures du soir , il était sur la dunette do son vaisseau , lorsqu'il crut voir briller une lumière dans l'éloignement. N'osant s'abandonner à ses espérances, tant de fois trompées, craignant que ce ne soit une illusion des sens, il appelle Pierre Gutierrez , qui croit la voir comme lui. Il doute encore, il craint d'être abusé par ses désirs : il fait venir Rodrigo Souciiez. Celui-ci n'aperçoit rien d'abord , la lumière s'était éclipsée. Mais bientôt elle reparaît : ils la voient tous trois passant rapidement sur l'horizon et variant sans cesse d'intensité, comme si elle était portée par quelque pécheur dont la barque s'élevait et s'enfonçait avec les vagues. Malgré les doutes de ses compagnons , Colomb regarda cette lueur comme un signe certain de la proximité d'une terre habitée.
A deux heures du malin , un coup de canon tiré de la Pinte lit bondir le cœur des Espagnols : c'était le signal si impatiemment attendu , c'était la terre, c'était la vie. Les matelots de la Pinta avaient en effet découvert la côte , dont ils n'étaient qu'à deux lieues. Le premier qui l'aperçut, nommé Rodrigo de Triana , crut sa fortune assurée ; mais , sur le témoignage de Gutierrez et de Sanchez , la pension de dix mille maravédis qui avait été promise par le gouvernement espagnol à celui qui découvrirait le premier la terre fut adjugée à Colomb , qui la toucha toute sa vie.
Ce fut le 12 octobre 1492, un vendredi, que Colomb contempla pour la première fois le nouveau monde. Les premiers rayons du jour lui firent reconnaître une île plate, longue d'environ vingt lieues, couverte d'arbres et d'herbes épaisses qui lui donnaient le plus riant aspect. I! lit mettre aussitôt les chaloupes à la nier, et il entra dans la sienne revêtu d'un riche costume écarlalc, l'épéc à la main et l'étendard au vent. Les commandants des deux caravelles montèrent en mémo temps dans leur barque , portant chacun une bannière où étaient représentées une croix verte et les initiales couronnées du roi et de lareinedeCastille.
A peine débarqués, Colomb et tous ses matelots se prosternèrent, en versant des larmes de joie , pour rendre grâces à Dieu de l'heureux succès de k*ur
voyage. Se relevant bientôt , Colomb déploya l'étendard royal , et , au nom du roi et de la reine de Castille, il prit solennellement possession de l'île, à laquelle il donna le nom de San-Salvador. Les équipages lui préfèrent serment d'obéissance en la double qualité d'amiral et de. vice-roi. Cet étranger, que naguère encore ils traitaient avec tant de mépris , était devenu le plus grand de (o»s les hommes ; les plus mutins se montrèrent ses plus dévoués , ses plus enthousiastes admirateurs. La joie était à son comble et se manifestait par les transports les plus extravagants.
Les habitants de l'île, apercevant les vaisseaux qui s'avançaient voiles déployées, et les prenant pour des monstres ailés sortis du sein de la mer, s'étaient rassemblés en foule sur le rivage , épiant avec anxiété leurs moindres mouvements. Quand ils virent approcher les chaloupes, et des êtres d'une nature inconnue descendre sur le rivage, ils s'enfuirent effrayés dans les bois. Mais bientôt ils se remirent de leur première terreur, et on les aperçut revenir à pas timides en donnant, des marques de respect et d'adoration. D'abord ils contemplèrent avec un muet étonnement le teint , la barbe , l'armure éclatante, les riches vêlements des Espagnols ; puis , prenant peu à peu de l'assurance , ils s'en approchèrent, touchèrent leur barbe, examinèrent leurs mains et leur figure, dont ils admiraient la blancheur. Ils les regardaient comme des habitants des deux, et croyaient que leurs vaisseaux étaient sortis du firmament de cristal qui bornait leur horizon.
Les naturels n'attiraient pas moins la curiosité des espagnols. Us étaient entièrement nus , et peints de la manière la plus bizarre, les uns au visage, au nez ou autour des yeux seulement, les autres par tout le corps; leurs cheveux étaient noirs et épais , liés autour de la tète en forme de tresse , ou flottant sur leurs épaules ; ils avaient la taille dégagée, le teint cuivré, les traits agréables, le front large et les yeux d'une beauté admirable. Les femmes étaient nues comme les hommes, et généralement très bien faites. Ils étaient d'un caractère doux et affable, et d'une extrême simplicité. Ils ne connaissaient pas le foret n'en soupçonnaient pas même les propriétés , car, voyant des armes de ce métal , il leur arriva pluaieup fois de les prendre par le tranchant et de se faire des blessures dont ils paraissaient fort surpris. Ils n'avaient pour toutes armes que des javelines d'un bois durci au feu , dont la pointe était armée d'un caillou ou d'un os de poisson. Leurs pirogues étaient des troncs d'arbres creuses ; les unes ne pouvaient contenir qu'un homme, d'autres en contenaient jusqu'à quarante ou cinquante. Ils les dirigeaient avec une adresse merveilleuse à l'aide de pagayes, rames en forme de pelle, et si elles venaient à se renverser, ils se jetaient à l'eau, les relevaient sans la moindre peine , les vidaient avec des calebasses , et s'y replaçaient on ne peut plus agilement.
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llti se iiiontraitau avides des uioiiKtres eoIUiehtîts qu'ils pouvaient olitoair, et auxquels ils attachaient une valeur surnaturelle , dans l'idée qu'ils venaient du ciel. Ce qui paraissait surtout les charmer, celaient de petites sonnettes, qu'on leur attachait aux jambes et au cou. Ils donnaient en échange îles perroquets, qui vivent apprivoisés au milieu d'eux, ctdu coton, dont ils livraient jusqu'à vingt-cinq livres pour quelques morceaux de verre ou de faïence. Us apportèrent aussi une espèce de pain appelé cassava, qui formait la principale partie de leur nourriture. Us employaient pour le faire une grande racine nommée yiica; ils la coupaient, par petits morceaux, qu'ils râpaient et mettaient en presse ; puis ils en faisaient un gâteau large et mince , qui , séché , pouvait se garder long-temps , et qu'on trempait dans l'eau quand on voulait le manger. C'était un aliment insipide , mais assez nourrissant. Ils cultivaient encore une autre espèce d'yuca, dont la racine se mangeait ou bouillie ou rôtie.
L'attention des matelots se porta particulièrement sur une espèce de feuilles jaunes que les habitants portaient comme collées au bout du nez , et qu'on reconnut bientôt pour de l'or. Colomb leur demanda d'où venaitcet ornement; ils lui répondirent par signes en lui montrant le midi, et l'amiral crut comprendre que de ce côté se trouvaient des régions où abondaient l'or et les pierres précieuses. Quelque bâte qu'il eût d'aller à la recherche de ces pays fortunés , il voulut cependant reconnaître sa première conquête. L'He lui parut partout couverte de beaux, arbres cl sillonnée par plusieurs ruisseaux; au milieu on apercevait un lac assez étendu. Il passa devant deux ou trois villages , dont, ii son approche, tous les habitants accoururent sur la côte, se prosternant comme pour adorer les Espagnols, qui leur semblaient des êtres surnaturels, et les invitant par signes à descendre à terre. Mais Colomb pressa sa reconnaissance, et partit dès qu'il eut renouvelé ses provisions, impatient de poursuivre ses découvertes, si heureusement commencées, et surtout d'arriver aux montagnes d'or objet de tous ses rêves.
IsabeHn. Cuba, nispflniolo. Généreuse h
lilalilé du cacique Guacanngar Brillante réception.
lleluur Je Colomb en Espagne.
En quittant San-Salvador , Colomb ne savait de quel côté diriger sa course Il apercevait tout autour de lui une foule d'îles , qui , toutes plus riantes l'une que l'autre , semblaient l'inviter à les venir visiter. Il s'arrêta quelques jours dans une des principales , qu'il trouva plus délicieuse encore que les autres et rpi'il nomma Isabelle. « Kn approchant de cette île, dit-il dans son Journal, on sentait venir de terre les parfums les plus doux , les plus suaves. Ici tout es*
vert ; l'herbe est fraîche comme au mois d'avril en Andalousie ; il y a do grands lacs entourés de merveilleux bocages ; le soleil est obscurci par des nuées d'oiseaux d'une infinie variété , dont le chant est si doux qu'on voudrait ne jamais quitter ces lieux ; des arbres de mille espèces portent chacun un fruit particulier , et tous d'une saveur admirable. Je ne sais où porter nus pas , et mes yeux ne se lassent point d'admirer tant de richesses. »
Quelques jours après il découvrit Cuba , et là encore il recommence ces descriptions enthousiastes dont est semée sa narration, et que justifie bien d'ailleurs le spectacle si nouveau qui se déroulait à chaque instant sous ses yeux. Il y a tant d'éclat, tant de luxe , une si prodigieuse variété dans la végétation de ces ardente climats ; la verdure des bois est si belle, le coloris des heurs si brillant , l'air si pur, le ciel si azuré ! Los forêts sont peuplées d'oiseaux au plumage éclatant , et chaque plante est chargée d'insectes qui clinccllcnf aux yeux comme des pierres précieuses. C'était d'ailleurs avec l'oeil passionné d'un amant que. Colomb contemplait toutes ces merveilles; à son admiration se joignait encore la joie du triomphe : ses désirs étaient accomplis, il savourait avec avidité le fruit de ses longs et pénibles travaux.
Ce que Colomb voulait surtout, c'était découvrir un pays opulent cl civilisé dont il pat faire le centre de ses opérations. Cuba , malgré sa beauté, n'était point encore ce qu'il cherchait ; il en partit donc dès qu'il l'eut explorée.
Le 5 décembre il arriva on vue d'Haïti , qu'il nomma Hisparriola , à cause de la ressemblance que ses arbres et son terrain lui présentèrent avec ceux d'Espagne. En visitant les cotes, quelques matelots aperçurent un grand nombre de naturels , qui prirent aussitôt la fuite , et s'clanl mis à leur poursuite, ils parvinrent avec beaucoup de peine à s'emparer d'une jeune sauvage. Elle était entièrement nue et fort jolie. L'amiral la lit habiller, et la renvoya après lui avoir donné quelques babioles , dont elle parut enchantée. Les nabitards, rassurés parle récit delà jeune femme, se hasardèrent à revenir auprès des Espagnols et les conduisirent bientôt dans leurs maisons , où ils leur servirent du cassava , des poissons et des fruits; en un mot ils se montrèrent tels que les ont dépeints fous ceux qui les premiers ont pénétré dans cette île célèbre, et bientôt la meilleure intelligence régna parmi les Européens cl leurs nouveaux amis.
' Ces naturels, dit Colomb, sont si doux, si paisibles, si affectueux, que je puis assurer qu'il n'existe pas dans l'univers une meilleure nation , ni un meilleur pays. Ils aiment leurs voisins comme eux-mêmes ; leur parole est douce et gracieuse, et le sourire est toujours sur leurs lèvres. Ils sont nus,
mais leurs manières sont pleines de décence cl de candeur lis disposaient
si généreusement de tout ce qu'ils possédaient qu'il faut en avoir été témoin
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pour 1g croire. Si on leur demandait quelque chose , ils le donnaient aussitôt
sans jamais reraser, et se montraient pleins de joie de le pouvoir donner
Ils ne connaissent point les distinctions de la propriété, chez eux tout paraît être commun.... »
Un jour on vit approcher un canot rempli d'insulaires : c'était une députalion envoyée par un puissant cacique, nommé Guacanagari , qui régnait sur une grande partie de 111e. 11 envoyait à l'amiral un de ses principaux officiers, pour le prier de se rendre à sa cour , et lui offrir en son nom des présents qui consistaient en un masque dont les oreilles , la langue et le nez , étaient d'or battu , et une ceinture bordée d'os de poissons Tort menus , travaillés en forme de perles. Colomb, en attendant qu'il pût s'y rendre lui-même, y envoya quelques uns de ses gens qui furent reçus avec les plus grands honneurs par le cacique et les habitants.
Dans ces entrefaites , l'amiral eut la douleur de voir périr sous ses yeux sa caravelle, que l'imprudence d'un pilote fil échouer sur un banc de sable. Guacanagari ne fut pas plus tôt informé du malheur de ses alliés qu'il s'empressa d'accourir à leur secours, et avec un zèle admirable il leur prêta toute l'aide qui dépendit de lui. Ses sujets, à son exemple, cherchèrent par tous les moyens à faire oublier aux Espagnols la perte qu'ils avaient faite. Ayant remarqué leur ardeur pour l'or, ils leur apportaient tout ce qu'ils possédaient de ce précieux métal , sans rien exiger en échange , mais acceptant avec la plus grande joie les bagatelles qu'on leur donnait , et surtout les grelots, donl le retentissement leur causait la joie la plus folle quand ils se les attachaient autour du corps , et se mettaient à faire mille gambades extravagantes.
Le cacique surtout se plaisait à ménager à Colomb des surprises qui pussent lui être agréables. Un jour, en descendant de sa chaloupe, l'amiral rencontra un des frères de ce prince, qui le conduisit dans une habitation richement ornée , où le roi vint le trouver aussitôt et l'aborda en lui mettant une lame d'or au cou. Un autre jour , cinq caciques, sujets du roi, étant venus le voir avec des couronnes d'or sur la tête, le prince en ceignit lui-même une des plus brillantes , et allant trouver l'amiral , accompagné de ses vassaux , il la lui déposa sur le front. Colomb , pour répondre à de si généreux procédés , passa au cou de Guacanagari le collier qu'il portait ; il se dépouilla de son habit , et l'en couvrit de ses propres mains ; puis il lui lit chausser des bottines rouges et lui passa au doigt un anneau d'argent. Deux des caciques reconduisirent l'amiral jusqu'à sa chaloupe, et lui présentèrent, en le quittant, chacun une lame d'or.
Cependant la. Phita avait disparu depuis plusieurs jours et toutes les recherches qu'on avait laites pour la découvrir avaient été inutiles. Colomb craignit
une son capitaine n'en l lait voile pour l'Espagne afin d'y porter la première nouvelle des découvertes et. de lui en dérober la gloire. Ce soupçon le détermina à presser son départ, et lui lit remettre à d'antres temps la recherche des mines qu'il pensait trouver dans ic centre de l'île. 11 prit donc congé de ses alliés , et après avoir pourvu à la défense du fort qu'il avait fait élever sur la oôte, il leva l'ancre le 4 janvier 1193 , emmenant avec lui quelques Américains. Le 15 mars à midi il entrait, dans le port de Palos, d'où il était parti le 3 août de l'année précédente , avant accompli en moins de huit mois la plus grande des entreprises maritimes.
Le retour de Colomb fut célébré par les transports de la joie la plus vive. Sans attendre les ordres de la cour , les boutiques furent fermées à Palos , ! ouïes les cloches sonnèrent, et l'amiral , en sortant de sa caravelle, reçu', des honneurs qu'on n'avait, jamais rendus qu'à des tètes couronnées. Après avoir écrit il leurs Majestés Catholiques , il partit, pour Séville, avec toutes les richesses qu'il avait apportées du nouveau monde et quatre Américains. Il y reriit une lettre de la Cour avec cette suseription : * A don Christophe Colomb , notre amiral sur l'Océan , vice-roi et gouverneur des îles qui ont été découvertes dans les Indes occidentales. « Ferdinand et Isabelle l'assuraient , dans les termes les plus llatteurs, de leur allection, de leur estime et de leur reconnaissance, et le pressaient de se rendre auprès d'eux.
Son voyage de Séville à Barcelonne , où se trouvait la cour , fut un véritable triomphe. De toutes parts on accourait sur son passage et l'air retentissait des plus bruyantes acclamations. On lui fit à Rareelonne une réception digne des services qu'il avait rendus à l'Espagne. Tous lescourLisans , suivis d'un peuple innombrable , se portèrent à sa rencontre pour le féliciter , et son entrée dans la ville peut se comparer à ce qu'on avait vu de plus brillant en ce genre. Les Indiens ouvraient la marche; ils étaient peints de diverses couleurs et parés d'ornements d'or , suivant la mode de leur nation. Après eux on portail différentes sortes de perroquets vivants, et quelques oiseaux et animaux empaillés d'espèces inconnues , des plantes rares , des couronnes, des bracelets indiens et d'autres ornements d'or , qu'on étalait avec grand soin. Puis venait Colomb, à cheval, cl entouré d'une brillante cavalcade de jeunes Espagnols. La foule était si grande qu'il était presque impossible d'avancer dans les rues ; les balcons et les croisées étaient remplis de dames , les toîls même étaient couverts , de spectateurs. Le roi et la reine, revêtus des habits royaux, le prince d' Espagne à leurs côtés , et entourés de la cour la plus brillante qu'ils avaient pu réunir , l'attendaient dans un vaste et magnifique salon , sous un riche dais de hnvvu-i d'or. En entrai» , Colomb se proslermi devant Leurs Majestés pour leur baiser la main -, mais Ferdinand le reici , et lui ordonna de s1 asseoir. Il lui de-
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ma,,*, ensuite de lui raconter son voyage, a après en avoir entendu Iemcrvod eux ree,t et avo,r examiné avee la pins grande attention toutes les richesses
el "Z raPP ' , r°' 01 'a reiM S° ielêre"1 à *»°«. * """= 'a cour entonna des cantiques d'actions do grâces.
Colomb fut reconduit à sa demeure par tous les courtisans, au milieu des
.royautés acclamations du peuple, et pendant tout son séjour à Barcelonne il
se vit comlilo des plus grands honneurs.
r„,™ w -y,** ,„„„, L, a„Mmw Anll„w|„grl rmmm d.liaM|j
La Vega Real. Mon [ogiies aurifères.
Cependant le vice-roi des Indes no s'endormait pointa,, milieu de ses triomphes ; ,1 roulait dans sa tête les plus vastes projets , et déjà il avait 1,31e de partir, ï erdmand , de son côté , nedésirait pas moins vivement la poursuite de ces découvertes dont il se promettait à la fois tant de gloire cl tant do richesses En peu de temps on eutarmé dix-sept vaisseaux, on y embarqua des chevaux des instruments de toute sorte, des marchandises pour le commerce et pour les présents, enlm tout ce qui peut être nécessaire à un nouvel établissement Quitte cents volontaires s'étaient enrôlés sous les ordres de l'amiral oui TOr' ta, revêtu des pouvoirs les plus illimités , et le 25 septembre 1193 l'exq «Union sortit de la haie de Cadix. c.piumoii
La traversée n'offrit rien de remarquable; la (lotte n'éprouva d'autre aeciclcntqu une tempête qui la surprit au milieu de la nuit, vers la lin d'octobre
bile élan accompagnée d'éclairs et do coups de tonnerre é, vanlables Filé
dura quatre heures , et .es équipages se crurent en grand danger jusqu'au mo
rr,' ;,x fT," so j""ci' ™ ku,t des mais ei ie io"s dœ c-iaUmsi z
le ces feux follets qu, so montrent quelquefois sur les vaisseaux battus de la tempête , lorsque l'atmosphère est fortement chargée d'électricité, et qui ont toujours vivement frappé l'imagination superstitieuse des matelots. Voi i comment en parle Fernando Colomb :
• Dans la nuit du samedi, au milieu d'une forte pluie et de coups de ton-
êwl'inr"" E'T aPP""" 5'"' 'e '"'" * 1,Cr™I"oi ™c «I* *rSra allumés , , " C quo ' ou v" c« fcx que les matelots assurent être le corps do sain!
FJmo; sur quoi ,1s se mirent à chanter force litanies etoraisons, persuadés que des qu ,1 se montre dans la tempête, il n'y a plus aucun da,„or .
Dans les premiers jours de novembre la doue croisait dans les Antilles et après avoir ,„„l,leme„l cherché un port dans plusieurs de ces lies, dont ils prirent possessmn sans y avoir découvert la moindre trace de créatures humaines , les Espagnols descend!,™, Jil,b„r eelie qui leur parut la plus considé-
râble, et que Colomb nomma la Guadeloupe. Us trouvèrent sur la côte un village dont les habitants s'étaient enfuis à leur approche. Il se composait de vingt à trente maisons construites en cercle autour d'une grande place. Les huttes étaient laites de troncs d'arbres entremêlés de branchages et de roseaux, et couvertes de feuilles de palmier. L'ameublement consistait en des hamacs de coton et quelques ustensiles de calebasses et de terre. H s'y trouvait une grande quantité de coton, brut ou filé, et mémo quelques tissus assez bien travaillés, ainsi que beaucoup d'arcs et de flèches armées d'os aigus. 11 y avait aussi dos oies domestiques comme celles d'Europe , et des perroquets de la plus grande taille et du plumage le plus éclatant. C'est là enfin que les Espagnols virent pour la première fois des ananas , dont la saveur et le parfum leur parurent délicieux. Mais ce qui attira surtout l'attention des Castillans , et les remplit d'horreur , ce fut la vue d'ossements humains épars çà et là comme les restes des repas de ces sauvages. Ils avaient aussi trouvé dans les buttes des crânes qui semblaient destinés à servir de vases. Ces hideux objets les convainqu iront qu'ils étaient dans le pays de ces féroces Cannibales ou Caraïbes qui répandaient la terreur sur toutes les mers voisines.
Quelques hommes s'avancèrent dans les terres pour tacher de lier des communications avec les naturels: mais toutes leurs courses furent inutiles ; ils ne purent s'emparer que do quelques femmes , qui les confirmèrent dans l'idée qu'ils étaient sur une île des Caraïbes. Elles leur apprirent que la plupart des hommes étaient partis avec leur roi pour une expédition lointaine , et leur donnèrent des détails sur ces barbares , dont elles étaient les prisonnières. Leurs armes étaient des arcs et des flèches empoisonnées. Ils faisaient de continuelles descentes dans les îles, dévastaient les villages, s'emparaient des femmes les plus jeunes et les plus belles pour en faire leurs esclaves, et emmenaient les hommes pour les tuer et les manger, Par un raffinement de cruauté révoltant , ils attendaient que les jeunes prisonniers fussent devenus des hommes ; ils les engraissaient alors pour leurs festins, poussant la barbarie jusqu'à les priver de leur virilité pour que leur chair fût plus tendre et plus délicate.
Qu'on juge de l'inquiétude qui dut saisir les Espagnols, après avoir entendu de semblables récits , quand ils s'aperçurent un soir qu'un capitaine cl huit hommes manquaient à l'appel. Le lendemain ils n'avaient point encore paru. On fit des décharges d'artillerie; des détachements furent dirigés de tous les côtés, mais leurs recherches furent inutiles, et, le soir, ils revinrent épuisés de ratigue et encore plus alarmés par les nouvelles preuves d'anthropophagie qu'ils avaient découvertes dans plusieurs villages. Ils avaient vu des membres humains suspendus aux poutres d'une maison , cumme pour sécher; ils avaient (rouvé la tète d'un jeune homme récemment tué qui saignait encore, et piu-
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sieurs partifts do son corps qui bouillaient avec de la chair d'oie et de perroquet , tandis que d'autres rôtissaient devant le feu.
Colomb, désespérant de revoir ses malheureux matelots, impatient d'arriver à Hispaniola et d'avoir des nouvelles des compagnons qu'il y avait laissés, allait mettre à la voile, quand, à sa grande joie, on les vit qui faisaient des signes du rivage. Ils s'étaient égarés dans une forêt sans issue et tellement épaisse que le feuillage les empêchait de voir les astres , qui auraient pu les dii'iger ; le hasard seul les avait ramenés en vue de la flotte.
Après avoir croisé quelque temps au milieu des des Caraïbes , et les avoir presque toutes reconnues et nommées, Colomb arriva sur les côtes d'Hispaniola. Mais quelle fut sa douleur quand il n'aperçut pins que des ruines à la place du fort qu'il avait élevé, qu'il ne retrouva plus un seul de ses malheureux compatriotes, qu'il s'attendait à voir si heureux de son retour! II lui fut impossible de connaître les causes ni les auteurs de cet affreux désastre. Les soupçons planèrent sur Guacanagari, mais sans qu'on pût acquérir la preuve de sa trahison. La douleur qu'en ressentit Colomb vint encore s'accroître des dissensions qui éclatèrent parmi les Espagnols.
La première- pensée du vice-roi avait été d'élever un nouveau fort sur les ruines de l'ancien; mais, craignant que le climat ne fut insalubre, il longea les côtes pour trouver un endroit plus favorable, et, ayant abordé dans un lieu qu'il jugea propice à ses desseins, il fit débarquer tout son monde. Un camp fut établi autour d'un beau bassin ; on dressa le plan d'une ville, qu'il nomma Isabelle , et bientôt les travaux furent en pleine activité.
Après avoir assis sa petite eolonie , Colomb songea à explorer l'intérieur de l'île, qu'il ne connaissait point encore; il espérait y trouver les montagnes de Cibao, d'où les Indiens liraient leur or. Il envoya à la découverte une petite caravane sous les ordres d'un de ses plus intrépides capitaines, cl elle. revint bientôt apportant une assez grande quantité d'or, et faisant de merveilleux récits sur la beauté du pays et la douceur de ses habitants.
Quelque temps après, Colomb partit lui-môme pour l'intérieur avec quatre cents hommes bien armés, afin d'imposer au terrible cacique qui régnait sur les montagnes de Cibao et dont le nom seul jetait l'effroi parmi les Indiens. II emmena avec lui les ouvriers et les munitions nécessaires pour la construction d'un fort qu'il voulait élever dans ces montagnes. Sa petite armée sortit de la ville en ordre de bataille, enseignes déployées , au son des tambours et tles trompettes. Le second jour, parvenus au sommet d'un rocher escarpé, qu'ils n'avaient pu gravir qu'en s'y frayant une route, ils crurent voir devant eux la terre promise , tant était magnifique la perspective qui se déroulait a leurs yeux. Au dessous d'eux se déployait une plaine immense , sillonnée par
mille petites sources qui se avisaient en tout sens et y enteetenatent une verdure et une fraîcheur perpétuelles; çà cl h'i , à travers îles palmiers d'uflfi hauteur prodigieuse et d'énormes acajous , on apercevait des villages et des hameaux nombreux encadrés dans des bosquets bigare«B des couleurs si variées de la végétation tropicale. Les Espagnols ne pouvaient se lasser de contempler celle délicieuse contrée , qui semblait réaliser l'idée qu'ils s'étaient E'iilc du paradis terrestre, el qu'ils nommèrent la \ ega Real.
L'armée entra dans la plaine au son d'une bruyante musique. On peut s'imaginer la surprise des Indiens quand ils entendirent pour la première fois résonner les tambours et les trompettes, quand ils virent sortir de leurs montagnes, enseignes déployées , cette troupe de guerriers dont les armes lançaient des éclairs. Les chevaux surtout leur inspiraient une admiration mêlée île frayeur. Las Casas rapporte qu'ils s'imaginèrent d'abord que le cavalier et sa monture ne faisaient qu'un seul être, et ils étaient saisis d'éloimemi'iit quand ils voyaient un homme descendre de cheval. A l'approche des Espagnols , il s'enfuyaient dans leurs maisons , et leur simplicité était telle qu'ils se croyaient parfaitement en sûreté lorsqu'ils avaient barricadé leurs portes avec quelques roseaux.
Après deux jours de marche à travers cette plaine délicieuse , où chaque sile présentait le luxe sauvage et sublime d'une nature encore vierge, ils arrivèrent au pied d'une chaîne de montagnes fort élevées. C'étaient les montagnes d'or de Cibao, le but de leur excursion, l'objet de tous leurs rêves. Le lendemain ils entrèrent sur le territoire de ce pays fortuné. Ici pourtant ce n'était plus la riante nature delà Véga; de toutes parts on n'apercevait que des rochers stériles. Mais on se consola bientôt de cette aridité en voyant briller dans tous les ruisseaux de nombreuses paillettes d'or. Colomb ne douta plus que ce pays ne renfermât plusieurs mines : il résolut donc d'y établir une forteresse, et pour cela il choisit une riante situation sur une en linenee presque entièrement entourée par une petite rivière dont les eaux étaient d'une éclatante pureté et dans le lit de laquelle il trouva des morceaux de jaspe et d'au- I res [lierres curieuses , et des blocs du plus beau marbre.
Mœurs des habitants d'Haïti. Croyances el superstitions. Danses, Ballades.
Laissons Colomb poursuivre ses plans d'établissements, pour nous occuper quelques instants des naturels , de ces peuples si simples et si bons , (lotit la confiante hospitalité devait être si cruellement payée.
Les habitants d'Haïti avaient quelques croyances, mais vagues el simples comme leurs mœurs. Ils croyaient à un cire suprême , iinmorlel , tout-puis-
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saut et invisible , qui habitait le ciel ; ils lui donnaient une mère , mais point de père. Dans leurs prières , ils no s'adressaient jamais directement à lui, mais à dos divinités inférieures nommées Zemés , placées comme des médiatrices entre le ciel el la terre. Chaque cacique avait son Zcmé, dont il conservait
l'imago dans un temple particulier et qu'il consultait dans toutes ses entreprises. Celte image était le plus souvent quelque monstre hideux grossièrement sculpté en bois ou en pierre. Chaque famille, chaque individu avait aussi son . Zemé particulier, ou génie protecteur. Ils les plaçaient dans toutes les parties de leurs maisons ou les gravaient sur leurs meubles; ils leur attribuaient le gouvernement de toutes choses, et pensaient que leur influence s'étendait sur les saisons et les éléments.
Les Indiens avaient leurs Imïws, ou prêtres, qui prétendaient avoir des rapports intimes avec les Zemés. Ils pratiquaient des ablutions et des jeûnes rigoureux -, ils respiraient la poudre d'une certaine herbe qui leur causait une ivresse momentanée , et pendant celte sorte de délire ils assuraient avoir des visions et s'entretenir avec les Zemés , qui leur dévoilaient l'avenir ou leur enseignaient l'art de guérir les malades. Leur corps était entièrement peint ou tatoué de différentes espèces de Zemés , que les Espagnols regardaient comme autant de figures du diable.
On n'a conservé les détails que d'une seule de leurs cérémonies religieuses. Quand le cacique voulait célébrer une fête en l'honneur de son Zemé , il en faisait partout annoncer le jour. Ses sujets accouraient de toutes parts , et se formaient en une longue procession , les hommes et les femmes mariées parés de leurs plus beaux ornements , et les jeunes filles entièrement nues. Le cacique marchait en tète, frappantsans relâche sur une espèce de tambour. Lorsqu'ils étaient arrivés à la porte du temple, le cacique s'asseyait sur le seuil, ne cessant de faire résonner son tambour jusqu'à ce que toute la procession Tût entrée. Les femmes portaient en chantant des corbeilles remplies de fleurs et de gâteaux , et les bulios recevaient les oiFrandcs en poussant des hurlements. Ils rompaient les gâteaux après les avoir présentés au Zemé , et en distribuaient les morceaux aux chefs de famille , qui les gardaient toute l'année avec le plus grand soin , comme des préservatifs contre tous les accidents, Puis les femmes chantaient des airs nationaux en l'honneur du Zemé ou de leurs anciens caciques , et la cérémonie se terminait par une invocation an dieu , pour le prier de protéger la nation.
Chaque cacique avait encore trois idoles , qui étaient en grande vénération parmi leurs sujets-, ce n'étaient que de simples pierres. Elles avaient chacune leur vertu particulière : l'une fécondait les grains, l'autre faisait accoucher les femmes sans douleur, la troisième gonvernait le soleil el la pluie.
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Cps peuples n'avaient sur la création que des idées eenftia.es; ils croyaient leur île lii pins ancienne de toutes. Ils pensaient que le soleil et la lune étaient sortis d'une e&VQrae que l'on voit encore aujourd'hui à quelques lieues du Cap-Français. Cette caverne est très profonde et très élevée , mais fort étroite ; elle n'est éclairée que par l'entrée et par une ouverture pratiquée dans la voûte, et c'est par là que sont sortis le soleil et la lune. Cette grotte renfermait deux idoles , et elle était en grande vénération parmi les habitants , qui y faisaient de fréquents pèlerinages, et s'y rendaient en chantant et en dansant pour porter des offrandes aux Zemés qu'ils voulaient implorer.
Les hommes, suivant eux, étaient sortis d'une autre caverne, les grands par une large ouverture, les petits par une étroite crevasse. Ils avaient été long-temps sans femmes; mais, un jour qu'ils se promenaient sur les hords d'une source, ils aperçurent au milieu d'un bocage de jolis animaux : c'étaient des femmes. Lorsqu'ils voulurent s'en emparer, elles leur glissèrent des mains comme des anguilles, sans qu'il leur fût possible de les saisir. Enfin certains hommes , dont les mains étaient plus rudes et calleuses , parvinrent à prendre quatre de ces femmes, et ce furent elles qui peuplèrent le monde.
Tant que les hommes habitèrent cette caverne, ils n'osaient en sortir que la nuit, car le soleil les changeait en pierres ou en arbres. Il y eut un cacique nommé Vaganiona qui envoya un de ses gens à la pèche; celui-ci oublia l'heure, et, s'étant laissé surprendre par le soleil , il fut métamorphosé en un oiseau dont la voix est si mélodieuse que les Castillans l'avaient pris pour le rossignol. Chaque année, à la même époque, on l'entend la nuit déplorer son triste sort en sons lamentables ; et c'est pour cela qu'il ne chante que dans les ténèbres.
Les Haïtiens ont aussi une tradition sur le déluge universel , et elle n'est pas moins bizarre que les précédentes.
II y eut jadis dans l'île un cacique redoutable qui tua son fils unique pour avoir conspiré contre lui. 11 rassembla ensuite ses os et les renferma dans une gourde, pour les conserver, suivant l'usage de ces peuples. Quelque temps après, le cacique et sa femme, voulant contempler les restes do leur fils , ouvrirent la gourde; mais, à leur grand étonnemcnl, ils en virent sortir plusieurs poissons de différentes grosseurs. Le cacique se hâta de refermer la gourde et la plaça sur sa hutte, se vantant d'y tenir kuner en prison et d'avoir du poisson tant qu'il en voudrait. Mais quatre frères jumeaux qui avaient entendu parler de cette gourde, poussés par un sentiment irrésistible de curiosité, voulurent, pendant l'absence du cacique , essayer de voir ce qu'elle renfermait. Dans leur empressement, ils la laissèrent tomber par terre. Elle
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-se brisa , et il en sorlii un torrent impétueux , entraînant dans son tours des dauphins, d'énorme requins, de monstrueuses baleines. Ce towent ne eeasa de couler que lorsqu'à se fut répandu par toute la terre cl qu'il eut formé l'Océan, ne laissant à découvert que le somme! des montagnes, qui sont les îles actuelles.
Les habdanls d'Ilaïli avaient une singulière manière de traiter les malades el les morts. Dès qu'on désespérait de la vie d'un cacique, on l'étranglait par respect, pour lui épargner la honte de mourir comme tout le mnr.de. Quand un homme du peuple était à la dernière extrémité, on retendait dans son Itainac , on mettait à sa tête du pain et de l'eau , et on le laissait ainsi mourir ; ou bien on le portait devant le cacique, et si celui-ci voulait y consentir, on faisait an malade l'honneur de l'étrangler. Lorsqu'un cacique était mort, on ouvrait son corps et on le faisait sécher au feu pour le conserver. De tout autre on ne gardait que la tête ou quelque membre.
Ils avaient une idée vague de l'existence de l'âme après sa sortie du corps. Les morts apparaissaient pendant la nuit, ou même pendant le jour à des voyageurs isolés; ils s'avançaient comme pour les attaquer, mais dès qu'on faisait signe de les frapper, ils s'évanouissaient, et l'on ne Happait que les arbres et les rochers. Souvent ils se mêlaient parmi les vivants, et on les reconnaissait à leur manque de nombril. Aussi les Indiens, dans la crainle de ces apparitions , redoutaient de se trouver seuls dans l'obscurité.
Ils croyaient à un lieu de délices où les esprits des bons, après leur mort, allaient se réunir ù leurs ancêtres cl à tous ceux qu'ils avaient aimés. Là ils jouissaient éternellement de tous les plaisirs qui avaient fait leur bonheur sur la terre, vivantsous de frais ombrages, au milieu des plus belles femmes, et se nourrissant de fruits délicieux. Chaque peuplade assignait à ce séjour de délices le lieu plus pari i cul ièrement chéri de sa province; la plupart, aependanl, s'accordaient à le placer sur les bords d'un lac, dans une délicieuse région de la partie occidentale de l'ilc, où se trouvaient les plus belles vallées, produisant en abondance un fruit délicat appelé mamey, de la grosseur d'un abricot. Les naturels pensaient que les âmes demeuraient cachées pendant le jour sur le sommet inaccessible des montagnes, et que, la nuit, elles en descendaient pour manger le mamey : aussi se gardaient-ils bien d'y toucher, de peur de priver de leur aliment favori les âmes de leurs ancêtres et de Ieiu's amis.
La danse , à laquelle les Indiens se livraient avec tant de passion , n'était pas seulement pour eux un amusement ; c'était souvent des cérémonies d'un caractère mystérieux. Comme celles de tous les peuples du nouveau monde , leurs danses, par des signes que les iniiiés seuls pouvaient comprendra, espèces
d'hiéroglyphes oh notion , représentaient Ira principaux événements de leur histoire , les entreprises qu'ils méditaient , leurs chasses , leurs combats. En les exécutant , dit un historien , ils chantent des ballades nommées arcylos, qui se. transmettent de génération en génération et qui célèbrent les exploits do leurs ancêtres. Comme nos ménestrels ont coutume de. chanter en raccompagnant sur la harpe ou sur la guitare, ainsi les Indiens chantent et dansent en frappant sur une sorte de tambour de basque fait d'une écaille de certains poissons. Ils ont aussi des ballades d'amour, des lamentations de deuil, et toujours l'air est en harmonie avec ce qu'ils veulent exprimer.
Quand un cacique mourait , ils célébraient dans un chant lunèbro les principaux événements de sa vie, et ce sont ees ballades qui forment leur histoire. Quelques unes, d'un genre grave et sacré, contenaient leurs, traditions , les fables et les superstitions dont ils composaient leur croyance religieuse. Les butins les apprenaient aux fds des caciques , qui seuls avaient le droit de les chanter devant le peuple dans les fêtes solennelles.
Telles étaient les mœurs de ces premiers habitants d'Haïti, si simples et si heureux dans leur simplicité. C'est ainsi qu'ils passaient leur vie dans une oisiveté complète , couchés sous leurs ombrages odorants , ou se livrant à la danse ou à quelques autres jeux. Et qu'avaient-ils besoin de travailler ? Chez eux régnait un printemps continuel ; leurs rivières abondaient en poissons, leurs bocages en oiseaux de toute espèce, et leurs arbres étaient toujours Chargés de fleurs et de fruits délicieux. El puis parmi eux tout était commun , on n'y connaissait pas le mien et le tien.
A ce tableau tracé par tous les voyageurs, qui ne plaindrait ces pauvres sauvages, comme on les appelait, en songeant à la destinée que leur prépare la civilisation européenne, à eux qui l'accueillent avec tant de confiance et une si généreuse hospitalité.
La Jamaïque. Curieuse manîire de pécher k lorttus. Visite d'un cacique et de sa famille, Hostilités de Oaonaho. Stratagème d'Ojcd»; il enlève Cannai». Ligue des caciques. Grande bataille.
Colomb laissa
une petite garnison dans le fort de Saint-Thomas , et se hâta
de retourner à lsabella, afin de s'y préparer à partir pour de nouvelles découvertes , selon les ordres de sa cour. Son but était de poursuivre la reconnaissance des cèles de Cuba , qu'il croyait être le continent asiatique. El puis toutes les fois qu'il montrait de l'or aux habitants de ces côtes, tous indiquaient le midi , et semblaient vouloir faire entendre pae leurs signes qu'il y avait de ce Coté quelque grande lie où ce métal abondait. 11 avait pensé que ce pouvait Être Babèque, île imaginaire décrite par quelques crédules géo-
— 2S — graphes comme la source de l'or, ci dont la pensée le poussait sans cosse à de nouvelles courses.
D'abord il découvrit la Jamaïque, qui le frappa par la beauté de ses montagnes et de ses forêts , et par le grand nombre de villages dont elle était couverte. A rapproche de la flotte, une multitude de canots remplis de sauvages peints de diverses couleurs et ornés de plumes s'avancèrent à sa rencontre. L'attitude de ces hommes était menaçante; ils brandissaient leurs lances en poussant de grands cris, et ce ne. fut pas sans peine que Colomb put aborder pour réparer un de ses vaisseaux. Il prit donc le parti do retourner à Cuba , et bientôt après il se trouva engagé dans un groupe d'îles qu'il nomma le Jardin de la Heine. La richesse de leur végétation , les parfums qui; la brise en apportait, l'éclatant plumage des oiseaux que l'on voyait se jouer dans les bocages , semblaient répondre aux descriptions qu'on avait faites de l'Orient, et contribuèrent à entretenir Colomb dans son erreur.
Un jour la petite Hotte rencontra des pêcheurs qui employaient pour prendre des tortues un singulier expédient : ils avaient un poisson à peu près de la grosseur d'un hareng , et dont la tète était garnie de nombreux suçoirs , à l'aide desquels il s'attachait si fortement à sa proie qu'il était impossible (le lui faire lâcher prise. Ils lui nouaient à la queue une corde déliée, d'environ cent brasses de long , et le laissaient nager librement. 11 se tenait ordinairement à la surface de l'eau jusqu'à ce qu'il aperçût sa proie; alors, plongeant avec rapidité , il enfonçait ses suçoirs dans la partie inférieure de l'écaillc de la tortue , et ne lâchait sa victime , quelque grosse qu'elle fût , que lorsque les pêcheurs les avaient amenés tous les deux hors de l'eau. On dit qu'ils pèchent ainsi jusqu'à des tortues de cent livres.
L'amiral , voyant toujours fuir sans pouvoir jamais l'atteindre l'objet de sechimériques espérances, reconnaissant d'ailleurs que l'état de ses vaisseaux ne lui permettait pas de pousser plus loin ses recherches , se décida , à son grand regret , à revenir à Hispaniola. 11 se dirigea donc vers la Jamaïque , et passa une nuit dans une de ses baies. Le lendemain matin il allait mettre à la voile, lorsqu'il vit s'avancer du milieu des iles trois canots , dont l'un , très grand, était orné de peintures et sculptures. Il portait un cacique et sa famille , composée de sa femme , de deux Mlles , de deux (ils et de cinq frères. L'aînée des filles paraissait avoir dix-huit ans ; elle était très bien faite et avait des traits agréables. Toutes deux étaient nues, mais leur maintien était plein de pudeur. Sur la proue du canot un porte-étendard, la tète surmontée d'une touffe de belles plumes , revêtu d'une espèce de manteau aussi de plumes de diverses couleurs, portail une b;mnière blanche. Deux Indiens ayant des bonnets de plumes de formes et de couleurs pareilles, et le visage peint de la mê-i
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me manière, frappaient sur des tambourins ; deux autres , coiffés de bonnets de plumes vertes artistement tressés , tenaient des trompettes d'un beau bois noir, d'un travail remarquable. Il y en avait encore six autres , aussi chamarrés de plumes , qui semblaient attachés au cacique.
Ils s'approchèrent du vaisseau amiral, et le cacique monta à bord avec toute sa suite. Il était orné de tous les insignes de la royauté. Sa tète était ceinte d'un diadème de petites pierres de diverses couleurs , mais principalement vertes , disposées avec beaucoup de symétrie , séparées de distance en distance par de grandes pierres blanches , et réunies sur le front par une large attache d'or. H portait deux plaques d'or aux oreilles , et une autre suspendue à un collier de grains blancs ; une ceinture de pierres semblables à celles de sa couronne complétait sa parure. Sa femme avait à peu près les mêmes ornements , et , en outre , un petit tablier de coton , et deux bandes de coton autour des bras et des jambes. La plus jeune des Tilles était sans ornement ; l'aînée portait une ceinture de petites pierres, à laquelle était suspendu un tissu de coton très étroit, brodé de pierreries.
Le cacique distribua des présents à tous les matelots, cl dit à Colomb que les merveilleux récits qu'on lui avait faits l'avaient décidé à quitter son pays pour le suivre avec toute sa famille , afin d'aller rendre hommage à son roi puissant, et voir les royaumes dont on racontait tant de prodiges. Colomb , songeant aux dangers que. courraient au milieu de ses matelots des gens si simples et si ignorants , ne put se résoudre aies emmener. Il répondit donc au cacique qu'ayant encore beaucoup d'îles à visiter, il reviendrait le prendre sur ses vaisseaux avant de retourner dans son pays. Et le cacique, après lui avoir fait des adieux pathétiques, reprit tristement le chemin de ses étals.
A son retour à Isabella, Colomb y retrouva tout dans le plus grand désordre. De cruelles maladies s'étaient déclarées parmi les Espagnols et avaient encore augmenté leurs mauvaises dispositions. Pendant l'absence de Colomb , ils s'étaient portés envers les naturels à toutes sortes d'excès, et toutes les peuplades s'étaient armées contre eux. Colomb eut facilement raison de ces faibles guerriers. Un seul restait à soumettre, le plus redoutable ennemi des Espagnols, Caonabo, le terrible cacique de Cibao. C'était un homme d'un courage et d'une audace à toute épreuve. Doué de talenls naturels pour la guerre, et d'une intelligence supérieure à colle des autres sauvages, il n'avait pu voir tranquillement l'Ile envahie par des étrangers. Mais depuis que le fort Saint- Thomas s'était élevé au milieu de ses états, sa fureur ne connaissait plus de bornes : il jura de le détruire de fond en comble.
11 rassembla donc dix mille guerriers , armés de massues , d'arcs et de lances durcies au fou, et, s'avaneant en silence au milieu d'épaisses lurèbqui déro-
baient ses mouvements à tous les jeux, il arriva à l'improvislc a., pied .le J forteresse, qu'il avait espéré surprendre. Mais il avait affaire à plus fin que lui. Cinquante hommes seulement défendaient te forteresse; mais ils avaient à
teurttte un jeune gentilhomme nommé Ojeda, sur la valeur et les m is
duquel les historiens des premières découvertes racontent des merveilles. Craeo à sa vigilance, Caonabo trouva l'ennemi prêt à le recevoir
Trompé dans son attente, le rusé cacique résolut de réduire les Kspwwis par la famine, et il les tint pendant trente jours étroitement bloqués. Mais il se rebuta plus vite que ta garnison. Ojeda , avec une prodigieuse activité, déjouait tous ses artifices, inventait mille stratagèmes peur le fatiguer: il le harcelait par des sorties continuelles, où il lui tuait beaucoup de monde. Chaque jour ses forces diminuaient, et par les attaques meurtrières des assiégés, et nar la déserta des Indiens , peu habitués au* longues expéditions. Il fut donc force de renoncer à son entreprise, et il leva le siège, plein d'admiration pour la valeur et les prouesses d'Ojeda.
Ce premier échec ne décourage point l'infatigable Caraïbe; il conçoit même des projets plus vastes et plus hardis. C'est à Isabclla qu'il veut s'attaquer II a remarque la faiblesse de la colonie; il sait que la division règne parmi ses ennenus; il j a beaucoup de malades, et la plupart des hommes valides sont disséminés dans file. C'est le moment d'agir : il va former une ligue entre tous les caciques pour attaquer les blancs partout où ils se trouveront et les massacrer jusqu'au dernier.
Colomb , qui connaissait l'habileté de ce formidable cacique, n'était pas sans inquiétude sur ses projets. Il sentait le danger d'une guerre avec un ennemi ruse et féroce, dans un pays sauvage, au milieu d'épaisses forêts et de montagnes «.accessibles; et pourtant il ne pouvait laisser ses établissements sans cesse «poses aux attaques do ce chef audacieux. Ojeda vint le tirer de cet embarras , en lui offrant de s'emparer par surprise de Caonabo, et de le lui amener vivant.
Il choisit parmi les hommes les plus vigoureux et les plus intrépides dix cavaliers bien montés, cl il se dirigea vers les états de Caonabo. Le cacique ava)t remontré plus d'une fois Ojeda sur le champ de bataille; sa force prodigieuse, son adresse et son agilité surprenantes lui avaient inspiré pour ce guerrier la plus grande estime. Aussi lui lit-il le meilleur aeeueil. Ojeda lui dll nu il venait de la part du chef des Espagnols lui apporter des paroles de paix et de magnifiques présents. 11 ht tous ses efforts pour le déterminer à se rendre avec lu, à Isabella afin d'y conclure un traité avec Colomb ; il lui p,„. mil même pour le Berner la cloche de la chapelle , cette cloche qui causail tant d'élonnement aux Indiens. Quand il» l'entendaient et qu'ils vojidcnl les lipi-
pttïs ko diriger aussitôt vers la chapelle, ils s'imaginaient que la cloche parlait, et queles blancs s' cm pressaient d'obéir à ses ordres. | Persuadé par des offres si séduisantes , Caonabo consentit à se rendre à Isa- ''t'Ua; maïs, sous prétexte de sa dignité, il se fit accompagner d'une nombreuse escorte de cavaliers. Ojeda connaissait l'astuce profonde du chef caraïbe, et redoutait de sa part quelque sinistre projet. 11 cul donc recours à un Stratagème bien digne de son caractère aventureux: et entreprenant , et que l'on S('i;iH tenté de prendre pour une fable, s'il n'était raconté, presque dans les niêmcs termes, par tous les historiens contemporains.
Pendant une halte , il montra à Caonabo des menottes d'un acier si poli qu'elles paraissaient être d'argent. Il lui dit que c'était un des ornements dont se paraient les rois de Castille dans les grandes solennités , et qu'il était chargé de les lui offrir en présent. Il lui proposa de se retirer à l'écart pour revêtir «ls ornements, de monter sur son cheval , et de venir ainsi richement paré s'offrir à l'admiration de ses sujets. Le cacique, passionné comme tous les Indiens pour les colifichets brillants , flatté surtout de l'idée de monter sur un de ces animaux si redoutés de ses compatriotes , donna dans le piège, cl suivit Ojeda accompagné de quelques uns des siens. Alors on l'aida à monter en croupe derrière Ojeda , et on lui attacha solidement les menottes aux pieds et :in\ mains; puis ils vinrent caracoler au milieu des sauvages, qui ne pou- \;tic]iL revenir de leur étonnement en voyant leur cacique monté sur un animal qui leur inspirait tant de frayeur. Ojeda manœuvra de manière à gagner du terrain, et se jeta brusquement dans une forêt dont les arbres le dérobèrent aux yeux de l'armée. Ses compagnons se précipitèrent à sa suile , et tirèrent fours épées, menaçant Caonabo de l'en percer s'il faisait la moindre résistance. Us l'attachèrent au corps d'Ojeda, puis s'enfuirent à toute bride dans la direction d'isabella , où ils arrivèrent après une course de plus de cinquiink' lieues à travers d'épaisses forêts et des montagnes escarpées.
La joie de Colomb fut extrême en se voyant maître du seul ennemi dont il redoutât l'audace. 11 le tint enfermé dans sa propre maison , en lui laissant BéâBmoins ses fers. La lierté de Caonabo ne l'abandonna point dans sa captivité. H regardait l'amiral avec une sorte de dédain, tandis qu'il témoignait 'esphls grands égards à Ojeda. Loin qu'il parût lui garder rancune pour le Stratagème qui lui avait ravi sa liberté , son admiration semblait au contraire s'en être accrue. Un jour Colomb lui demandant la raison d'une conduite si étrange : « C'est , lui répondit le cacique , que tu n'as pas osé venir toi-même "l'enlever au milieu de mes sujets, et que ton officier a eu plus de cœur que toi. » Un ennemi si lier parut dangereux jusque dans les fers , et l'amiral résolut de l'envoyer en Espagne. On l'embarqua sur un navire prêt à l'aire voile, qui
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péril, avec plusieurs autres dans la traversée. Ainsi finit ce malheureux cacique , que son courage rendait digne d'un meilleur sort.
Cependant l'enlèvement de Caonabo avait soulevé l'ile entière, et les trois jrères de ce prince avaient réuni une nombreuse armée dans la Vcga Real. Dans l'état de faiblesse où se trouvait la colonie, l'amiral ne put mettre sur pied que deux cents hommes environ et vingt cavaliers. II emmena en outre vingt limiers, qui, par leurs aboîments et leurs cruelles morsures, inspiraient aux Indiens autant de frayeur que les chevaux, et a plus juste litre. Quand les éclaireurs eurent appris aux Indiens l'approche de leurs ennemis, ils envoyèrent des espions pour en connaître le nombre. Ces peuples, qui n'étaient pas forts sur le calcul , employaient une manière de compter simple comme tous leurs usages , mais qui n'eût pas été toujours praticable : c'était de mettre à part autant de grains de maïs qu'ils apercevaient d'hommes ou d'objets qu'ils voulaient compter. Lors donc que les espions revinrent avec une seule poignée de maïs , les caciques sourirent de pitié, pensant qu'ils n'auraient qu'à paraître pour disperser une si laible armée ou l'écraser sous leurs masses innombrables. On porte en effet leur nombre à cent mille. Les deux armées se rencontrèrent près du lieu où fut bâti depuis San-Iago. Le combat ne fut pas long. L'infanterie espagnole, divisée en plusieurs pelotons , s'avança au bruit éclatant des tambours et des trompettes , et , cachée en partie par les arbres, lit une décharge générale qui jeta tout d'abord la confusion dans les rangs des Indiens. Ces malheureux, qui la plupart n'avaient que leurs bras pour défense, furent frappés d'une terreur panique en voyant tomber des iiles entières de leurs compagnons qu'ils croyaient frappes par le tonnerre. Ojeda, fondant sur eux avec sa cavalerie , s'ouvrit un large chemin à travers ces faibles bataillons. Foulés aux pieds des chevaux, assaillis d'une grêle de balles et de coups de sabres, les Indiens furent frappés d'horreur en se voyant attaqués par des limiers féroces qui , leur sautant à la gorge avec d'horribles hurlements , les étranglaient ou les renversaient et déchiraient en pièces leurs corps nus et sans défense. Un grand nombre restèrent sur le champ de bataille , les autres s'enfuirent sur les rochers les plus escarpés en poussant des cris lamentables, j Colomb pendant huit ou dix mois continua ses courses militaires dans les 1 différentes parties de l'ile où quelques ennemis s'agitaient encore , et imposa à toutes ces peuplades un tribut, soit en or, soit en coton.
Ainsi l'esclavage étreignit do ses lourdes chaînes ces peuples jusque là si libres , si heureux ; ainsi s'évanouit leur bonheur : plus de paisible sommeil , pendant les brûlantes heures du jour, sur les bords du lac, à l'ombre des palmiers touffus ; plus de jeux sous les bosquets odorants , plus de chansons,
plus de danses au son joyeux il» tambourin ; maintenant l'esclavage , la dou- ■eur et le pénible travail.
I'i'.stîut de Colomb. Découverte des mines d'or de Va Unir
i. aventures rc
cacique.
Pendant que Colomb travaillait à affermir la domination de son souverain dans ces nouvelles contrées , de puissants ennemis le desservaient auprès du r°i , cherchant à inspirer sur sa conduite et ses projets les plus injustes soupçons. Ce fut au point qu'on envoya pour prendre connaissance des affaires un certain Aguado , qui se conduisit avec la plus révoltante arrogance. Mais l'amiral sut conserver une admirable modération.
Après des informations faites dans les formes les plus rigoureuses, le commissaire se disposait à repartir pour l'Espagne quand une violente tempête brisa dans le port les navires qui l'avaient amené. M ne restait plus dans le nouveau monde que deux caravelles que Colomb avait lait construire depuis peu. Il offrit noblement le choix d'une des deux à sou adversaire; mais il déclara qu'il monterait l'autre pour aller plaider lui-même sa cause au tribunal incorruptible de ses maîtres et leur rendre compte de ses nouvelles découvertes.
Comme il attendait le moment favorable de mettre à la voile, on vint lui apporter la plus heureuse nouvelle qu'il pût recevoir. On avait découvert dans l'île une mine qui donnait les plus belles espérances. Celle découverte est attribuée à une aventure fort romanesque. Un jeune Aragonais , nommé Miguel Diaz , avant blessé en duel un de ses camarades , s'était enfui de la colonie, et, après avoir erré quelque temps à l'aventure, il était arrivé dans "ne bourgade de la côte méridionale , où s'élève aujourd'hui Saint-Domingue, pt y avait été très bien accueilli par les naturels. Le pays était gouverné par "ne Indienne , qui s'éprit bientôt du plus vif amour pour le jeune Espagnol. Diaz, de son côté, ne fut point insensible à sa tendresse; ils s'unirent, et vécurent quelque temps très heureux ensemble.
Cependant le souvenir de sa patrie et de ses amis venait souvent attrister Miguel, et quelquefois son ennui était tel que la crainte seule du châtiment pouvait le retenu-. Sa jeune épouse n'avait point tardé à remarquer sa tristesse, et son amour clairvoyant en eut bientôt deviné la cause. Elle chercha donc tous les moyens de le retenir auprès d'elle, et elle ne crut pouvoir mieux faire que d'attirer les Espagnols dans son pays. Connaissant leur passion Pour l'or, elle apprit à Diaz qu'il s'en trouvait des mines fort riches dans les ejiviicjii-, , et lui conseilla d'engager ses compatriotes à quitter le climat insa-
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lubrc d'Isabella pour venir Iiabitcr les riches contrées qu'elle gouvernait.
Diaz , s'étant assuré par lui-même de l'existence et de la richesse de ces mines , ayant en outre remarqué que le pays était sous Lous les rapports bien préférable aux environs d'Isabella, résolut d'en aller donner avisa la colonie, espérant que d'aussi bonnes nouvelles lui obtiendraient son pardon. Il ne s'était point trompé. Le gouverneur partit toi-même pour explorer ces pays avec Diaz et une troupe de cavaliers bien armés; après quelques jours de marche ils arrivèrent à une grande rivière nommée llayna , et sur ses bords ils trouvèrent de l'or en plus grande quantité qu'ils n'en avaient encore rencontré.
Diaz, noblement récompensé, demeura fidèle à la jeune cacique, et en eut, iliHHij deux enfants.
L'amiral fut transporté de joie en apprenant ces nouvelles. Son imagination , si prompte à s'enflammer, s'abandonna de nouveau à ses brillantes chimères : Hispaniola devait être l'ancien Ophir, et les mines de la Hayna les mines d'où Salonion avait tiré tout l'or du temple de Jérusalem. Il ordonna donc de construire une forteresse sur les bords du fleuve et de commencer aussitôt l'exploitation.
Troisième voyage— Déoouwte du conliuaot, Ki'iirels. Hm (1m J.inKns. Amcric V
En dépit de l'envie et de la malignité , Colomb reçut en Espagne l'accueil le plus flatteur, et dès qu'il eut rendu compte de ses derniers travaux, il ne s'occupa plus que des préparatifs d'un troisième voyage. Il rencontra alors une foule d'obstacles que lui suscitaient ses ennemis, mais il sut. les vaincre par sa force de caractère et sa patience à toute épreuve , et , le 30 mai 1498 , il partit avec une escadre de six navires, emmenant avec lui une petite armée, des artisans et une trentaine de femmes.
Dans les derniers jours de juillet , en longeant les côtes de la Trinité, qu'il découvrit dans ce voyage, Colomb aperçut au sud une terre à laquelle il donna le nom dTsIa-Sanla, ne se doutant guère que ce put être la terre linne, ce continent qu'il poursuivait de ses plus ardents désirs. C'étaient les plaines de l'Orénoque. Il alla jeter l'ancre vers la pointe sud-ouest de la Trinité qui se rapprochait le plus de la terre qu'il venait de découvrir. A leur arrivée, un canot monté par une vingtaine d'Indiens s'approcha des vaisseaux jusqu'à la portée de l'arc, les hélant dans une langue que personne ne put comprendre. Colomb aurait bien désiré les interroger; maison eut beau faire briller à leurs yeux les plus jolis colifichets, rien ne put les déterminer à s'approcher davantage; ils réitèrent deux heures immobiles à contempler les vaisseaux, ton-
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jours prèls à s'enfuir si l'on faisait le moindre mouvement. Cependant ils étaient assez proches pour qu'on put tes examiner à l'aise. D'une taille dégagée, d'un teint plus blanc que les sauvages qu'on avait vus jusque alors, ils avaient autour de la tète des bandes de coton , et un tissu semblable , orné de figures coloriées, les couvrait depuis la ceinture jusqu'aux genoux. Ils étaient armés d'arcs et de (lèches , et portaient même des boucliers.
Colomb, se rappelant la passion des Indiens pour la danse, pensa que la musique aurait peut-être, pour les allirer, [.lus de puissance que les présents. D'après ses ordres , tandis qu'un Espagnol chantait au son du tambourin et d'autres instruments , les mousses se mirent à danser a la manière des sauvages. Mais les Indiens n'eurent pas plus tôt entendu cette harmonie que , la Prenant pour le signal des hostilités , ils se mirent en défense et firent pleuvoir une grêle de flèches autour des vaisseaux. Les Espagnols y répondirent Par quelques coups d'arbalètes, qui terminèrent bientôt celle scène bizarre. L'amiral se dirigea alors sur la cote qu'il avait aperçue au sud , et vint jeter l'ancre près d'une rivière dont les bords fertiles portaient des traces de culture. Le rivage se couvrit bientôt d'une foule de naturels , et ceux qui avaient des canots , enhardis par les signes d'amitié que leur faisait la flotte , vinrent avec confiance ïl bord des vaisseaux. Ces Indiens étaient d'une taille élevée et bien prise ; leur démarche était pleine d'aisance. Ils avaient les reins et la tête ceints de bandes de coton peintes des plus vives couleurs. Les femmes étaient entièrement nues. L'odorat paraissait être chez eux le sens le pins actif, celui par lequel ils jugeaient plus sûrement : ils Haïraient tout , jusqu'au*, barques, et même les matelots: mais l'odeur du cuivre surtout paraissait avoir pour eux quelque chose d'cvliémenienl agréable ; aussi après les grelots c'était ce métal qu'ils préféraient.
Colomb apprit d'eux que leur pays s'appelait Paria , et que plus loin ! I élail très peuplé. Il prit quelques guides et se dirigea dn côté qu'ils lui avaient indiqué. Arrivé à une pointe qu'il nomma l'Aiguille, il s'arrêta dans un pays d'un aspect enchanteur. Les habitations étaient disséminées dans des bosquets chargés de fleurs et de fruits. Au tronc des arbres s'entrelaçaient des ceps de vignes pliant sous le poids d'énormes grappes , el sur les branches voltigeaient des milliers d'oiseau* du plus éclatant plumage. L'air y était douv el parfumé , et des sources limpides , serpentant dans les bocages , y entretenaient une verdure el une fraîcheur perpétuelles. Colomb donna à cotte délicieuse région le nom de Jardins.
Les habitants accoururent au devant de l'amiral , ayant à leur tète le cacique , qui emmena les Espagnols dans sa maison el leur y servil un repas composé de fruits exquis cl de différents breuvages , les uns blancs , faits avec du
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mais cl ressemblant assez à ia bière; d'autres, verts eL vineux, qu'ils exprîmaienl des fruits. Ils traitèrent lests hôtes avec une extrême affabilité. Ils avaient presque lous autour du cou des plaques et des colliers d'or. Mais ce qui éveilla surtout la cupidité des Espagnols , ce fui la vue des perles que les hommes portaient en bracelets, et dont beaucoup de femmes avaient des colliers. Avec quelques grelots et des morceaux de cuivre , ils les obtinrent facilement de ces bons sauvages, qui se faisaient un grand plaisir de donner à leurs hôtes tout ce qu'ils paraissaient désirer, et ils en emportèrent pour une valeur considérable.
La vue de ces richesses enflamma l'imagination de Colomb , et, toujours persuadé qu'il était sur une île, il se hàla de se remettre en route pour en faire le tour et arriver à l'endroit où, selon les indications des naturels, il croyait que les perles abondaient. 11 trouva sur la cote d'excellents ports et plusieurs caps auxquels il donna successivement des noms. Mais plus il avançait, plus les terres semblaient se développer et s'étendre , et bientôt il ne lui fut plus possible de douter qu'il ne touchât le continent, H en lit la déclaralion formelle le mercredi 1" août 1498. Quelque envie qu'il eût de poursuivre une reconnaissance dont il espérait les plus vastes résultats, il fut obligé d'y renoncer pour le présent, car bientôt il se trouva engagé dans des détroits dillieiles; et, contraint par l'épuisement de ses provisions et le mauvais état de ses vaisseaux , tourmenté lui-même par de cruelles maladies, il revint sur ses i>as, et lit voile pour Hispaniola, où il arriva le 30 août, après avoir découvert dans la traversée les iles de la Conception et de l'Assomption, et celles do Margarita et de Cubagun , célèbres depuis pour la poche des perles. Pendant qu'à travers tant de dangers Colomb tentait la reconnaissance du continent américain , précisément à la même époque on travaillait à lui ravir une gloire qu'il achetait si cher. Le bruit de ses nouvelles découvertes s'élait répandu en Espagne. Un adroit aventurier, Alonzo de Ojcda, le même que nous avons vu se distinguer dans les premières expéditions , surfout par l'enlèvement de Caonabo , crut pouvoir profiter de circonstances qu'il jugea favora- ■ Lies à son ambition. Il était le favori de l'évêque de Badajoz , surintendant des : affaires de l'Inde. 11 obtint sans peine la communication des documenls que l'amiral avait envoyés sur ses derniers travaux", et la permission d'armer une petite flotte pour marcher à de nouvelles conquêtes par la roule qu'avait tracée Colomb. Il prit pour pilote Juan de la Cosa, homme d'expérience et de résolulion , et eleve de l'amiral , qu'il avait accompagné dans son premier voyage. Améric Vespuce, riche négociant florentin , qui avait d'assez grandes connaissances en géographie et en marine , lit les Trais de l'armement. La flotte partit loa» mai 1499, et vingt-sept jours après, -uidéeoar les carte, île Colomb, elle
découvrit le continent , dont file visita tes côtes bot une grande étendue, Améric Vospucc écrivit une relation de ce voyage , où il eut soin de ne jamais parler que de lui, comme s'il côtelé le seul intéressé , le cher derenttepwse.OftCûninionra dés lors à donner son nom aux. contrées méridionales du nouveau continent , et on retendit ensuite à la totalité. Ainsi l'intrigue et la jalousie ravirent à la couronne de gloire de Colomb l'un de ses plus beaux fleurons , et ce n'est que long-temps après (pie , par une tardive et bien faible réparation , l'on donna son nom à une province de ce vasle pays.
L'adelantado. Behechio. La belle Aimcoïm. Brillante réception faite à l'adelaiitado. Jcuj. Festins.
Colomb, en quittant Hispaniola, y avait laissé pour gouverneur son frère don Barthélémy avec le titre d'adelantado. Celui-ci prit immédiatement des mesures pour exécuter les ordres du vice-roi relativement aux mines découvertes par Diaz, et se rendit sur les lieux avec une nombreuse suite. Il s'occupa sans relâche de l'érection d'une forteresse à laquelle il donna le nom de Saint- Christophe, que les ouvriers changèrent en celui de Tour-tlVr, à cause de la grande quantité de grains d'or qu'ils avaient trouvés en creusant les fondations. Il s'occupa ensuite de chercher un endroit propice pour un port de mer, et jeta, près de l'embouchure do l'O/ema , les fondements d'une ville qui devint Saint- Domingue. De là l'actif cl. infatigable adelantado partit pour visiter les domaines de Behechio, l'un des principaux chefs de l'Ile , le cacique de Xaragua , celle délicieuse province où les Indiens plaçaient leurs Champs-Elysées. Il savait que Behechio avait près de lui sa sœur Anacoana, la veuve du terrible Caonabo , qui , malgré la ruine de son mari , n'avait conçu pour les Espagnols que des sentiments d'admiration , les regardant connue des êtres surnaturels. Ce fut la connaissance des dispositions bienveillantes de cette princesse cl de son ascendant sur l'esprit de son frère qui décida Barthélémy à entreprendre celle expédition.
11 rencontra Behechio sur les contins de ses états , à la tète d'une troupe nombreuse, armée d'arcs, de flèches et de lances. Etait-il venu pour s'opposer à l'entrée des Espagnols sur son territoire , et leur aspect formidable l'aurait-il dissuadé d'opposer une folle résistance, c'est ce que l'on ignore. Quoi qu'il en &»il , il s'avança au devant de l'adelanlado avec des démonstrations amicales , et sur l'assurance que celui-ci était dans des intentions pacifiques , il congédia son armée, et dépêcha des messagers pour ordonner les préparatifs d'une réception {'ignc de l'hôte qui lui faisait l'honneur de le visiter. Après avoir traversé de vastes et fertiles contrées tributaires de Behechio , ils aperçurent une grande ville s'lnée près de la côte, dans une région délicieuse; c'était la résidence du roi.
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A leur approche , trente femmes de la maison du cacique vinrent au devant d'eux , chantant des ballades cl dansant eu agitant des branches de palmier. Les femmes mariées portaient des tabliers de coton brodé qui leur descendaient sur le genou. Les jeunes tilles étaient entièrement nues ; une bandelette ceignait leur front, et leurs cheveux (louaient sur leurs épaules ; elles étaient belles et bien faites; elles avaient la peau douce ettine, etleteintd'nn brun clair fort agréable. Elles se prosternèrent aux genoux de Barthélemv etlui présentèrent avec grace leurs branches de palmier. Après elles venait Anacoana , étendue sur une petite litière portée par six Indiens. Comme les autres femmes elle avait un labber de coton bigarré de différentes couleurs. Sa tête , son cou et ses bras étaient ornés de guirlandes de fleurs.
Anacoana était une des plus belles femmes de file, comme semblait l'indiquer son nom , qui signifiait llour d'or. Elleétail douée d'une intelligence bien supérieure à celle de ses compatriotes , et elle s'était rail une grande réputation par la composition de ballades pleines de charme et de sentiment. Elle accueillit l'adelanlado avec une grâce et une, aflàbiliié toutes particulières.
Barthélemv et ses officiers furent conduits à la maison du cacique où on leur avait préparé un grand festin. Pendant deux jours qu'ils restèrent dans celle ville, Behechio leur donna tous les jeux cl les fêles qu'il put imaginer pour les amuser. Le plus remarquable de ces divertissements fut ce que nous appelons une petite guerre. Deux pelotons d'Indiens, armés d'arcs et de flèches , et entièrement nus , entrèrent dans une grande place et commencèrent une escarmouche. Mais, s'animant par degrés, ils comballirenl bientôt avec tant de chaleur qu'il y en eut quelques uns de tués et beaucoup de blessés , ce qui parut accroître encore le plaisir que les Indiens prenaient à ce spectacle. L'adciantado fut obligé d'intervenir pour faire cesser le combat.
Quand les fêtes furent terminées, Barthélémy expliqua au cacique le but de son voyage. Behechio promit de bonne grâce de payer le tribul qu'on lui demandait, et envoya l'ordre à ses vassaux do semer à cet ollél une grande quantité de coton.
Quelques mois après son retour dans la colonie , l'adciantado reçut avis du cacique de Xaragua qu'il était prêt à lui livrer le tribut dont ils étaient convenus. Il chargea don Diègue, son frère, de faire passer une caravelle à la cé-le de Xaragua, et il s'y rendit lui-même par terre afin de recevoir le premier hommage que les caciques rendaient à l'Espagne. Il fut accueilli, comme la première fois, avec une espèce d'enthousiasme ; do toutes parts les Indiens accouraient au devant de lui et lui offraient des présents. Il trouva réunis dans la maison de Behechio trente caciques , qui avaient apporté une grande quan-
iiiii iiiii iiiii mil ini|i ni|i ii|ii ii|ii p i|iin pin iiiiii uni mil mil
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,itl- dfi peton fil dos provisions de loule esi éec , tVauIanl plus précieuses que les vivres commençaient à manquer dans la colonie. Les jeux et les l'eslins se Succédèrent sans interruption en l'honneur de l'adelandato jusqu'à l'arrivés 'I'' l;» caravelle. C'était le premier bâtiment d'Europe qui paraissait dans ces par rilgcs. Anacoana , dont la demeure n'était située qu'à deux, lieues du la mer, v°ulut aller voir le grand canoL de ses amis. Elle avait fait préparer sur le rivage un logement tort bien meublé , où liarlhélemy ne l'ut pas peu surpris de trouver, entre autres oriiemcnls, des siégea de bois arlislemenl Iravailles. Hien ne peut égaler rétonnemenl et l'admiration que manifesta la veuve tffl EaonaLo à la vue de la caravelle , et la joie avec laquelle elle accueillit la proposition qu'on lui fit d'aller à bord. Un canot nullement omé l'attendait au rivage; mais elle préféra monter dans la chaloupe de radelaulado. A leur approche la caravelle lit une décharge d'artillerie. Ce tonnerre au milieu des éclairs et de la fumée jeta l'épouvante parmi les Indiens; mais Anacoana , remarquant le calme de l'adelanlado, fut la première ù rassurer ses femmes ,
qui, dans leur frayeur, voulaient se précipiter à la mer, et monta gai ut SU*
la caravelle , dont elle ne pouvait se lasser d'admirer tous les détails.
L'adelanlado, ayant ainsi, par des mesures adroites et conciliatrices, amené l'une des plus riches provinces de l'île à se soumeltri; volontairement , prit congé du lion cacique et de sa sœur, qui ne se consola de son départ qu'en lui faisant promettre qu'il reviendrait bientôt. Malheureuse et trop bonne Anacoana!,..,. Mais comment aurait -elle pu prévoir le sort cruel que lui prépareraient un jour ces blancs auxquels elle offrait une si franche , une si cordiale hospitalité.
Retour i llispaniola, Déplorable État de la colonie. Conduite odieuse de Bobadilla. Colomb est diarge île chaînes.
11 était temps que Colomb arrivât à llispaniola. L'adelantado avait été vaincu par la révolte, et il était obligé de se tenir enfermé dans Isabella. L'Ile était parcourue en tout sens par des bandes de séditieux qui semaient partout l'effroi sur leur passage, llispaniola , cette île si riche et si belle, sur laquelle Colomb avait fondé tant d'espérances et qui ne devait être pour lui qu'un sujet continuel de tourments et d'inquiétude, llispaniola était en proie à la plus déplorable anarchie. Les guerres et les séditions avaient interrompu le travail des mines et la culture de la terre , et tari ainsi toutes les sources de richesse. '■'ouïes ces bourgades naguère encore si animées , où les Espagnols avaient l'l<'' reçus avec une si louchante hospitalité , où ils s'étaient vus presque adorés '' nie des divinités bienfaisantes, étaient maintenant désertes et sileneieu-
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ses. Cm* de leurs hs.bifc.Bte «Mu épargnés la faim et Vépèe errai™, disperses dans le montagnes. Cas vallée. a«e quatre aus auparavant les Espagnols avaient troavees s, riantes, si parfumées de fleurs et de fruits n'offraient plus que des scènes de deuil et de dévastation. Partout on no vovait plus que misère et souffrance. '
sediheux au dcvo.r; ,1 alla même, pour s'épargner les horreurs d'une guerre d Espagnols contre Espagnols , jusqu'à accepter les conditions les plus hun i hante, pour sa fierté. Partout „ crut devoir pour l'exemple pun.r de Zt
arnva en vue de Saint-Domingue. Lo lendemain dp «„„ '
doBohadilla. L'amiral supporta cette humilh.i-,,? ! f S POUVO,rs
et se hâta de se rendre à Sa in 1-^1 ' " """* ,,aWlU"lte.
gouverneur. "ominguo pour s'entendre avec le nouveau
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chevaux et tout ee qu'il p„ss™ n , T'8' C°"'iS<!"é Sœ me"W°S' s« ™son , qu'il fut arrêté ? I ' PaS CU le ,omps d'e" demander
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Cependant les prisonniers nY.i,ia,i IMW avee laquelle on L", PaS SanS ""•"*"""> s"r "» ««i la
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41 — Lorsque Villejo, chargé do 1rs conduire on Espagne, alla prendre l'amiral pour le faire embarquer : « Villejo, lui dit-il tristement, où me conduisezvous? — Au vaisseau sur lequel nous allons nous embarquer, Monseigneur. — Nous embarquer! Serait-il vrai? Villejo, ne me trompez-vous pas? — Par votre vie, Monseigneur, j'ai ordre de vous conduire en Espagne. » L'infortuné avait cru marcher à réchalaud : ces paroles lui rendirent tout son courage.
En sortant du port , Villejo, dont le noble caractère s'était révolté à la vue de tant d'affronts , voulut lui ôter ses fers : « Non , dit-il avec une noble fierté : c'est au nom de Leurs Majestés qu'on m'en a chargé , on ne me les ûtera que Par leur ordre, et je les conserverai ensuite comme un monument de la reconnaissance dont on a payé mes services. * Et il le fit ainsi ; il les garda suspendus dans son cabinet, et il voulut qu'après sa mort ils fussent enfermés avec lui dans son cercueil.
L'arrivée de Colomb chargé de chaînes produisit en Espagne la plus pénible sensation ; des murmures d'indignation éclatèrent de toutes parts. Ce Tut aussi avec une surprise et un mécontentement extrêmes que le roi et la reine apprirent l'étrange abus que l'on avait fait de leur autorité en se portant à des violences qui les déshonoraient. Ils envoyèrent aussitôt l'ordre de mettre Sur-le-champ les trois frères en liberté et de les traiter avec les plus grands égards. En môme temps ils écrivirent à Colomb dans les termes les plus affectueux pour lui exprimer leurs regrets des mauvais traitements qu'il avait soufferts, et ils lui firent compter deux mille ducats pour qu'il pût se rendre à Grenade, où était alors la cour. Il y fut reçu avec la plus grande considération, et on lui promit de le réintégrer dans tous ses biens, dans tous ses honneurs et privilèges.
Cruautés des Espagnols envers les Indiens. OvanJo. Odieuse Trahison, Mort d'Anacoana.
On avait promis à Colomb la destitution de Bobadilla. Bientôt on reçut d'Hispaniola des plaintes nouvelles qui hâtèrent la réalisation de cette professe. Le roi et la reine furent saisis d'indignation en apprenant la manière Cruelle dont les naturels étaient traités sous son gouvernement. Eux si libres Jusque la, si heureux dans leur île, dont la fécondité ne réclamait aucun travail, il leur fallait à présent se courber du matin jusqu'au soir sous les plus Pénibles travaux, et au moindre prétexte, des châtiments barbares leur étaient ln|hgés. Il n'y avait pas de cruautés que ces infortunés n'eussent à souffrir de la part de leurs maîtres inhumains. Ces misérables, qui pour la plupart chuem sortis des caehofs do la Castille, se donnaient dans la colonie des airs '• a
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Je nobles seigneurs. Ils ne pouvaient sortir qu'accompagnés d'un train nombreux de domestiques. S'ils voyageaient , le trot des mules ou des chevaux eût ete trop fatigant pour des gens si délicats ; il fallaitquc les naturels les portassent sur leurs épaules dans des espèces de hamacs, tandis que d'autres tenaient ■ au dessus de leur tête des parasols de feuilles de palmier pour les garantir du soleil , et agitaient des éventails de plumes pour les rafraîchir. Et ils faisaient ainsi de longues routes , sans s'inquiéter de la fatigue do leurs porteurs , sans prendre garde que le sang ruisselait do leurs épaules déchirées. Et quand ces insolents parvenus arrivaient dans un village, tout ce qui dallait leur caprice ils s'en emparaient , gaspillant ce qu'ils ne pouvaient emporter, forran L les caciques à danser devant eux pour amuser leurs seigneuries , enlevant leurs filles et leurs parentes pour on faire leurs servantes ou leurs concubines. Et à la moindre résistance, au plus léger mouvement d'humour, c'était le fouet c'était la bastonnade , c'était la mort!
Mais ce ne sont là que des jeux. Ecoutez le vénérable Las Casas , qui raconle ce qu'il a vu , et dont on no peut révoquer en doute la véracité. C'est au conseil des Indes qu'il s'adresse :
• Les Espagnols , montés sur do beaux chevaux , armés de lances et d'épées n'avaient que du mépris pour des ennemis si mal équipés ; ils en faisaient impunément une horrible boucherie, Ils ouvraient le venlre des femmes enceintes pour faire périr leur fruit avec elles ; ils faisaient entre eux des gageures a qui fendrait un homme avec plus d'adresso d'un seul coupd'épée, on à qui lut enlèverait la tête de meilleure gràeo de dessus les épaules; ils arrachaient les enfants des bras de leur mère , et leur brisaient la tête en les lançant contre des rochers.... Pour faire mourir les principaux de ces nations ds élevaient un éehafaud de perches. Après les , avoir étendus , ils allumaient, sous l'ecbafaud un petit feu pour faire mourir lentement ces malheureux qui rendaient l'aine on poussant d'horribles hurlements , pleins do ra»o et do'dos espoir. Jo vis un jour quatre ou cinq des plus illustres de ces insulaires qu'on bridait do la sorte. Comme les cris olfrojables qu'ils jetaient dans les tourments incommodaient un capitaine espagnol et l'empêchaient de dormir, il commanda qu'on les étranglât promptemenl. Mais l'officier chargé de cet ordre, ne voulant point se priver du plaisir de les faire griller tout à son aise so contenta do leur mettre un bâillon afin do les empêcher de crier... ,
On no peut arrêter ses regards sans horreur sur de pareils tableaux • la nature se révolte aux détails do ces cruautés. Elles furent telles que douze ans à peine après la découverte de l'Ile, plus d'un million de ses Habitants avaient pér, victimes de leur barbarie , et que ce peuple si inoffensif disparut bientôt complètement de la surface de la terre.
Ferdinand et Isabelle comprirent qu'il était île leur dignité do ne pas laisser ■'•ulisisier plus long-temps un pareil ordre tic choses, lis s'occupèrent donc de trouver un homme quipûly apporter un prompt et sur remède. Leur choix se 'ixa sur Nicolas de Ovando , qui partit te 13 février 1302, avec la flotte la plus nombreuse qu'on eût encore envoyée dans le nouveau monde. A peine était-il e» mer qu'il fut assailli par une horrible tempête , et l'un de ses plus grands aisseaux périt avec 120 passagers.
Ovando parvint d'abord par la douceur et de sages mesures à rétablir un Peu l'ordre dans la colonie ; mais bientôt, cédant à de perfides conseils , il se laissa entraîner dans la voie de la rigueur et surpassa en barbarie tout ce que l'on avait encore vu.
Quelque artisan de malheurs parvint à lui persuader que les Indiens de Xaragua tramaient un complot contre les Espagnols. Sans se donner la peine d'approfondir ces insinuations dénuées d'ailleurs de tout fondement , il résolut de prévenir cette conspiration par un affreux stratagème. Il partit donc pour celle province à la tète de Irois cents fantassins et soixante-dix cavaliers, sous prétexte de faire une simple visite d'amitié à Anacoana.
A celte nouvelle , la sœur de Hehechio appela près d'elle tous ses caciques tributaires afin qu'ils l'aidassent à recevoir dignement le gouverneur, et se porta au devant de lui accompagnée d'un nombreux cortège. Les Espagnols furent reçus avec la même pompe qui avait accueilli l'adelantado lors de sa première visite. Pendant plusieurs jours, les jeux, les fêtes, se succédèrent ; Anacoana se multipliait pour procurer à ses hôtes de nobles divertissements. Tous ces soins , tout ce dévoùment , ne purent détourner Ovando de ses funestes projets. 11 proposa à la reine de Xaragua une fêle à la manière espagnole , et il lui fit entendre qu'elle l'honorerait en y paraissant entourée de toute sa noblesse. Anacoana , sans défiance , retint ses trois cents vassaux , et leur donna, le jour fixé pour la fêle, un grand repas, à la vue d'une multitude immense qu'avait attirée la nouveauté du spectacle. Toute sa cour se trouvait réunie dans une vaste salle dont le toit était soutenu par de nombreux piliers, et située près de la place qui devait servir de théâtre à la fêle. Les Espagnols s'étaient avancés en ordre de bataille connue pour commencer la joule qui avait été annoncée. L'infanterie avait occupé, comme sans préméditation , toules les avenues de la place; la cavalerie arriva ensuite ayant en tète le gouverneur général. A un signal convenu la salle du festin est envahie , et la cavalerie se précipite sur les Indiens sans défense , les foulant aux pieds des chevaux, les abattant à grands coups d'épée, sans pitié pour l'âge ni pour le sexe, et en fait une effroyable boucherie. Pendant ce temps les fan- , qui s'élaient précipités dans la salle , s'emparèrent des caciques avant
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qu'ils n'eussent eu le temps do se reconnaître , les attachèrent aux poteaux gui soutenaient le toit, et mirent le feuà la maison. Ana^oana, destinée à (les traitements plus honteux , fut chargée de chaînes et conduite à Saint- Domingue , où , après les plus cruelles tortures , elle fut ignomineusement pendue. Les massacres n'en restèrent pas là ; pendant six mois les Espagnols , sous prétexte d'étouffer les insurrections, mirent tout à feu et à sang, jusqu'à ce que enfin ils furent assouvis et jugèrent le bon ordre suffisamment établi, et en commémoration de ce triomphe, ils fondèrent une ville qu'ils nommèrent Sainte-Marie de la Vraie-Paix !
Quatrième voyage, — Horrible lempète. Enorme lingot d'or. Exploration des rotes du eoulurent, Singulière ronuuilo des hululants de Cariari.
Cependant Colomb supportait avec peine l'inaction dans laquelle il languissait depuis près d'un an. Le bruit des découvertes des Portugais et des conquêtes de Vasco do Gama s'était répandu dans toute l'Europe , et les merveilles qu'on en racontait avaient enflammé Colomb d'une noble émulation. 11 brûlait dedécouvrir un détroit qui pût unir le nouveau monde avec les riches contrées qu'avaient conquises les Portugais. Après bien des démarches, il finit par obtenir l'autorisation d'armer une petite Hotte, et, le 9 mai 1302, il partit pour son quatrième et dernier voyage, emmenant avec lui son frère Barthélémy , et Fernando , son plus jeune lils.
Colomb avait soixante-six ans quand il partit pour cette périlleuse expédition. Les fatigues et les souffrances morales avaient ruiné sa santé et courbé son corps , et pourtant il avait conservé dans son maintien colle noblesse et cette majesté qui le faisaient remarquer dans les beaux temps do sa gloire. Mais ses facultés intellectuelles avaient conservé toute leur énergie, comme le prouve assez l'ardeur avec laquelle il entreprit dans un âge aussi avancé l'expédition la plus aventureuse.
Constamment favorisée par les vents, la petite escadre toucha le 15 juin aux lies Caraïbes. De là Colomb fit voile vers Saint-Domingue flans l'intenliou d'y échanger un do ses vaisseaux , eu mauvais état. En arrivant à l'entrée du port, il trouva la llolle qui avait amené Bobadilla prèle à mettre à la voile. L'ex-gou- verneur se disposait lui-même à partir sur l'un des plus grands vaisseaux, qu'il avait chargé d'une immense quantité d'or, produit des revenus de la couronne ! sous son administration. On remarquait parmi ces richesses un énorme lingot d'or vierge dont les chroniques espagnoles font les plus merveilleux récils. Il avait été découvert par un esclave sur les bords d'un ruisseau , et ses maîtres, dans leur ivresse , avaienl fait tuer un pore qu'ils servirenl à leurs amis sur ce
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Srain , cl il se trouva assez grand pour le tenir tout entier. Bobadilla l'avait acheié pour Leurs Majestés. On assure qu'il pesait 3,00(1 cens d'or.
Colomb envoya demander à Ovando la permission d'entrer dans le port pour s'y mettre à l'abri contre un orage dont, de sûrs pronostics lui faisaient crain- ™* rapproche. Celle permission lui fut refusée. Vivement peiné d'un refus aussi dur, l'amiral n'en voulut pas moins sauver du danger la flotte qui était Prête à partir. Il lit donc prier Ovando d'en retarder de quelques jours le délw>'l, l'assurant de nouveau que des signes de plus en plus certains pronostiquaient l'approche d'une violente tempête. On se rit de ses prédictions et lîobadillalcva l'ancre.
A peine avait-il atteint la pointe orientale d'Hispaniola qu'un effroyable ouragan éclata sur la Hotte , brisant , engloutissant tout. Le vaisseau que montaient Bobadilla et les plus violents ennemis de Colomb péril avec tout son équipage , son beau lingot d'or et tous ces trésors acquis par tant d'injustices et de cruautés. Jamais la mer n'avait englouti tant de richesses. La plupart ''es bâtiments furent submergés , les autres regagnèrent Saint-Domingue dans un délabrement complet ; un seul put continuer sa route ; c'était le plus petit 'le la Botte , c'était celui qui portait les débris de la fortune de Colomb , ramassés par ordre d'Isabelle pour lui être restitués.
La nouvelle de ce terrible événement répandit la consternation dans les deux mondes; on le regarda comme un juste châtiment du Ciel pour les indignes traitements que l'on avait fait subir à Colomb , et les regrets furent universels, surtout quand on apprit les généreux avis qu'il avait donnés au gouverneur. Ainsi périt en un instant , dit un auteur , le fruit de tant de tyrannie et de violence : l'or fut englouti , et il ne resta plus que le souvenir des crimes qu'il avait coûté.
Pendant la tempête Colomb avait tenu sa petite escadre prés de la côte et elle avait peu souffert. Dès qu'il fut en état de se remettre en mer, il dirigea sa course du côté de la terre ferme , et au bout de quelques jours, il découvrit l'Ile de Guanaga , tout près de la côte des Honduras. En approchant il aperçut un canot plus grand que tous ceux qu'il avait encore vus. Au milieu s'élevait une espèce de tente en feuilles de palmier , sous laquelle était assis un cacique avec sa famille. Vingt-cinq Indiens manœuvraient le canot, rempli d'une foule d'objets qui dénotaient un assez haut degré de civilisation. "
Les Indiens ne manifestèrent aucune frayeur ; ils s'approchèrent même sans hésiter de la caravelle de l'amiral. Colomb descendit danslocanot et examina avec le plus grand intérêt tout ce qu'il contenait. Il remarqua entre autres l;noses de petites haches en cuivre , des cloches et d'autres duels i\u même Q^*ai ; des vases arlisleinciit travaillés cri terre , en marbre et en bois dur ; des
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pièces et te manies de coton teintes en diverses couleurs , cl une grande quantité de cacao, que les Espagnols ne connaissaient pas encore , et qui servait tout à la Ibis aux naturels de nourriture et de monnaie. Les nommes avaient des ceintures de coton ; les femmes s'enveloppaient dans do larges niantes. Tous ces indices ne pouvaient laisser aucun doute sur la proximité de pays civilisés Les Indiens apprirent à Colomb qu'ils venaient d'une riche contrée située a l'ouest, et rengagèrent à se diriger de ce côté, on s'ellbrcant de lui faire comprendre la magnificence du peuple qui l'habitait. Si Colomb eùtsuivi cet avis en un jour ou deux il arrivait à Yucatan , et la découverte du Mexique jetait un nouveau lustre sur ses dernières années. Mais toutes ses pensées ne tendaient alors qu'a découvrir t,n détroit pour arriver aux opulentes contrées do l'Inde Il gouverna donc vers la terre ferme, et après quelques lieues ildécouvril lo cap des Honduras. L'adelantado débarqua près d'une rivière qu'il nomma de la Possession , parce que ce fut sur ses bords qu'il prit possession du pays au nom des rois catholiques. Les naturels accoururent à l'approche des Esna gnols, leur apportant des provisions de toute espèce, du pain de maïs dés poissons , des volailles , des légumes et des fruits de différentes sortes La'plus grande variole se faisait remarquer dans leur accoutrement, linéiques uns nor taicnl de petites jaquettes de coton, quelques uns une ceinlnre seulementd'autres étaient entièrement nus, ayant toutes les parties du corps couvertes do ligures d'ammaux empreintes au moyen du feu; m, assez grand nombre avaient les cheveux tressés par devant. Les chefs étaient coiffés de bonnels de colon blanc ou de couleur. Les jours de fête ils se peignaient le visage en noir, ou so faisaient de grandes raies de diverses couleurs autour des yeux Dans un endroit les habitante avaient les oreilles percées cl en même lenins" si larges et si écartées qu'elles étaient hideuses, ce qui valut à celte cote le nom do cote de lOralIe.
En quittant la rivière de la Possession, il longea la coleappelée aujourd'hui des Honduras , et pendant quarante jours il eut à luller contre le temps le plus affreux, J ai bien vu des tempêtes , dit-il dans une lettre, mais jamais je n'en a. vu do si longues ni de si violentes. Celait uno tempête continuelle dans les ceux, de grosses pluies , des éclairs et des coups do tonnerre si épouvantables, qu on se fut cru à la lin du mondo. Les voiles se déchiraient, les cordages se rompaient, les vaisseaux se fendaient. Les provisions étaient toutes avariées, et les marins, brisés de fatigue , anéantis par la terreur, ne songeaient plus qu a se disposer à la mort. Colomb lui-même souffrail horriblement de la goulle, et ses lourmonls s'accroissaient encore de l'inquiétude qui le dévorait Plusieurs fois il se trouva si mal qu'il pensa que sa lin approchait. Enfin on parvint ù un cap où la cote, faisant angle, tournait tout à coup au sud, et dés
wila l'eiiroiit doublé, un vent favorable enfla les voiles et ils purent fogtwï
'wement. En reconnaissance , l'amiral donna à ce cap le nom de Gracias a **• (grâces à Dieu).
Colomb continua de longer les cotes, s'arrétant le moins possible, brôlant '"'' désir d'atteindre bientôt le but de son voyage, car ses vaisseaux étaient Presque ]iors de SCTvice f et ses matelots n'avaient plus la Ibrcc de manœuvrer.
'n triste événement vint encore n, jouter au découragement de son équipage: "ne de ses chaloupes, qui était allée chercher des provisions , périt dans une "Vl|,ie uu il nomma det Desastro, la rivière du Désastre. Force lui fut donc *e s'arrêter, et, le 15 septembre , il jeta l'ancre entre une petite île et le conll"ent, dans une situation ravissante. L'île était couverte de bosquets de palmiers, de cocotiers, de bananiers et d'autres arbres chargés des plus beaux
''ll|ts, et de doux parfums s'exbalaient des arbrisseaux odorants et des "«us dont elle était émaillée. Colomb la nomma la Bwfta, le Jardin ; les naillr<-'ls l'appelaient Quiribiri. On voyait s'élever à la distance d'une petite lieue, B'"' les bords d'une rivière, au milieu d'un riant paysage, un joli village nommé Canari.
A la vue des vaisseaux, les habitants se rassemblèrent sur le rivage armés «le (lèches, de massues et de lances, et paraissaient se disposer :'i dérendre vailtemmentteHï pays; mais pendant deux jours les Espagnols reslèrent tranquillement à bord, uniquement occupés de réparer leurs vaisseaux, sans lairr, mine de vouloir aborder. Quand les sauvages virent que ces êtres extraornaires dont l'approche leur avait causé tant de frayeur ne songeaient point à «ui faire de mal , la crainte fit place ;t la curiosité. Ils agitèrent leurs manteaux comme pour lain- des signes de paix et engager les Espagnols à venir à l(liTe; bientôt même s'enhardissant, ils se jetèrent à la nage et s'approchèrent des vaisseaux, apportant des manteaux et des tuniques de coton , qu'ils omirent aux Espagnols , ainsi que des ornements d'or qu'ils portaient au cou. Mais l'amiral défendit tout trafic , et il leur fit des présents sans vouloir rien accepter en échange, désirant leur donner une idée favorable de la généros»lé des blancs. La fierté de ces sauvages fut blessée de ce refus , et voulant
Gndxe dédain pour dédain , ils jetèrent sur le rivage tous les cadeaux qu'ils Paient reçus, et les Espagnols les y retrouvèrent le lendemain. Voyant {|lie les £lin,ngers persisij,jent ;\ ne pomt (|esccriure à terre, les In-
"sbs employèrent tous les moyens qu'ils purent imaginer pour leur inspirer « confiance. Une barque s'étant un jour approchée de la côte pour tâcher
y faire de l'eau, un vieil Indien d'un aspect vénérable sortit d'un bosquet, filant en signede paix une bannière Manche, et conduisant deux toutes jeu-
"" "Iles dont le cou était orné de dilicrenls bijoux d'or. Le vieillard b'appro-
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cha de la barque avec elles , ot les «mil aux mains îles Espagnols , en cherchant à leur faire entendre que c'étaient des olagcsqui répondraient de leur snrete. Les Espagnols débarquèrent alors avec conlianec, et firent tranquillement leur provision d'eau : car tout le temps qu'ils furent à terre, les Indiens se tinrent à distance , évitant tout mouvement qui aurait pu leur inspirer lie la dcïiance. Quand le vieil Indien vit que la barque s'apprêtait à partir, il (il signe, d'emmener les jeunes Indiennes et se retira sans vouloir entendre aucune observation. En montant à bord, les jeunes lilles ne témoignèrent ni chagrin ni alarmes de se voir entourées de gens qui devaient leur paraître s, extraordinaires. Colomb, pour répondre à la confiance que lui avaient témoignée des sauvages, fil toutes sortes de bons traitements aux jeunes Indiennes, et après les avoir fait habiller, il les para de divers ornements, et les renvoja a torre. Mais la nuit était venue et lo rivage était désert ■ il fallut donc les ramener aux vaisseaux, et elles y passèrent la nuit sous la protection de l'amiral. Le lendemain en les voyant revenir, en apprenant surtout le bon traitement qu'on leur avait fait, le vieillard témoigna la plus vive reconna,ssance. Mais l'orgueil des sauvages avait été tellement blessé du relus quon avait fait de leurs présents qu'ils renvoyèrent les jeunes lilles pour qu'elles rendissent aux Espagnols ceux qu'elles avaient reçus, et quelques instances qu'on leur put faire, elles n'en voulurent garder aucun ■ et pourtant elles en avaient paru bien enchantées.
Le jour suivant, l'adelanlado s'était approché du rivage, deux Indiens s avancèrent dans l'eau à sa rencontre, et, le saisissant dans leurs bras ils 1 enlevèrent de sa chaloupe et le poêlèrent jusqu'au rivage, où ils le firent asseoir avec beaucoup de cérémonies sur un banc do gazon.Barthélem, leur demanda des renseignements sur le pays qu'ils habitaient, et le notaire se disposa à dresser un procès-verbal de leurs réponses, apprêtant une plume, de 1 encre et du papier. Mais à peine avait-il commencé à écrire que les Indiens s'étaient cnuiis épouvantés , s'imaginant , à la vue de ces apprêts mvstérieux, qu'où voulait jeter sur eux quelque charme magique. Après peu d instants on les vil revenir avec précaution , lançant en l'air une poudre odorante dont ,1s brûlaient quelques grains en se plaçant de manière que le vent eu poussât la fumée sur les Espagnols , dans l'intention sans doute de paralyser ains, leurs sortilèges. Et ce fut aux intrépides Caslillans à trembler à leur tour dans 1 appréhension de quelque sorcellerie : car telle était encore la superstition de ce siècle que Colomb lui-même fut persuadé que les habitants de Canari étaient de grands enchanteurs
En parcourant les villages voisins, don ,!;,rll,éle„„ trouva dans une maison plusieurs sépulcres. 5ms l'un se trotnai. un corps embaumé; un aulre en
— 4H reuEmuaitileux, enveloppés clansdu colon, et si bien conservés qu'ils u'eahakionl aucune odeur. Ils étaient parés tics ornemente qu'ils avaient préférés Pendant leur vie. Les tombeaux étaient ornés de peintures et de sculptures grossières représentant divers animaux; sur quelques uns monte on remarquait des Bgures inlbnurs par lesquelles on avait voulu représenter sans 'foute les héros qu'ils renfermaient.
i '.ruelle siluulioii J(> l,<|>n;.-inj]- daiis l'Ilr <lHii Jamaïrp'. MrcuUv et I ii'-clii. Koli|W île limC: Slniln génie île J'unirai. Retour cl iniirl de Colomb.
En quittant Canari , Colomb visita la côte de Veragua , et il la trouva si Oche qu'il résolut d'y établir une colonie. Mais les attaques continuelles '1rs habitants le forcèrent de renoncer à ce projet II lui fallut donc reprendre ses courseSj qui devenaient de jour en jour plus pénibles , et il fui si maltraitépar de continuelles tempêtes qu'il fut obligé de l'aire échouer ses navires à la Ju- "tiaïque , Me encore sauvage , et ijui offrait à peine des ressources siillisanlcs four un équipage délabré et depuis long-temps assiégé par les besoins et la maladie; ses vaisseaux faisaient eau de ions côtés, et il manquait d'ouvriers pour les rétablir; tout ce qu'il avait pu faire, c'était, de les amarrer au port avec de lions câbles, cl de faire construire deu\ barraques aux deux bouts pour lu logement des équipages. La traversée jusqu'à Jlispaniola n'était que de trente lieues ; mais , ne pouvant faire ce voyage qu'avec des canote achetés à la Jamaïque , il fallait suivre les côtes , et alors il y avait deux cents lieues de route. Cependant, deux Castillans, Monde/ et Fiescbi, risquèrent ce périlleux voyage. Il n'y avait pas d'autre moyen , pour se tirer d'embarras , que d'obtenir des vaisseaux et des secours de Saint-Domingue. Les deux aveilturiers castillans y arrivèrent après des fatigues inexprimables. Ovaudo retint. WBg-lemps Monde/ sans prendre aucune résolution ; et ce ne fut que fatigué l'ai' ses insinuées qu'il lui accorda la permission de se rendre à !a capitale. Vendez y acheta un navire, et, suivant les ordres qu'ils avaient reçus en coml'Hiu , Fiosehi se chargea de le conduire à la Jamaïque ; mais on lui suscita des difficultés qui relardèrent encore son départ , et dans l'intervalle , Ovando fit partir secrètement Diego d'Lscobar avec une barque , pour aller prendre des "i formai ions certaines sur l'état de l'amiral et de son escadre.
Ou peut s'imaginer ;'i quelle extrémité Colomb et ses gens étaient réduits par le retard du secours qu'ils attendaient depuis plus de six mois. La mauvaise, qualité de nourriture et les (alignes d'une si rude navigation avaient réduit équipage à un état déplorable. .S'ils avaient reçu quelque soulagement des Mbitaoïs de la Jamaïque , il ne leur u\aii; pas été la crainte de se voir abau-
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doBMSs .mus .mu Ile sauvage , et condamnés à no jamais revoir leur pairie. Colle idée , mai n'avait agi que faiblement sur les Castillans tant qu'ils avaient espéré quelque cliose du voyage do Mendoz et do Ficselii , produisit des moiivemeiils séditieux lorsqu'ils eurent commencé à perdre cette espérance. Ils soupçonnèrent l'amiral de n'oser retourner à llispaniola , dont on lui avait refusé rentrés ; de n'avoir envoyé Mentiez et Fiesclii que pour faire sa paix à la cour, où l'on no voulait plus entendre parler do lui , et do s'embarrasser si peu du sort de tous ses gens qu'il n'avait peut-être fait échouer ses navires que pour faire servir cet accident au rétablissement de sa fortune. Ils en conclumu qu'une juste prudence obligeait chacun do penser à soi , et de ne pas attendre que le mal fut sans remède. Les plus violents ajoutèrent qu'Ovando, qui n'était pas bien avec les Colomb, ne rcrail un crime à personne de les avoir quilles ; que le ministre îles Indes occidentales , leur ennemi , n'en recevrait pas plu, ma! ceux qu'il verrait arriver sans eux; et que la cour, persuadée enlin que personne no pouvait vivre avec ces étrangers, prendrait une fois le parti d'en délivrer l'Espagne.
Ces discours, qui avaient d'abord été secrets , se eonuuu uèrentavec tant
* dci1'"" ' k'8 nicconlcnls, ne gardant s de mesure, s'assemblèrent le
a janvier «M, et prirent les armes sous la conduite des Port-as, deux frères tient l'un avait commandé un des qualro vaisseaux de l'escadre, cl l'autre était trésorier militaire. L'amiral était retenu au lit par la goutte. L'aîné dos Porras vint le trouver, et lui dil insolemment qu'on voyait bien que son dessein n'était pas de retourner silo! en Castille , et que sans doute il avait résolu de l'aire périr tous les équipages. L'amiral repondit qu'il ne comprenait pas d'où pouvatf lui venu- eetle idée; que tout le monde savait connue lui que si l'on avait . cliché dans celte ile , et si l'en y était encore , c'était parce qu'en n'avait pas pu la,,,, autrement; qu'il avait envoyé demander des navires au gouverneur U nspamola , cl qu'il ne pouvait rien Taire «le plus ; qu'il n'était pas moins interesse que tous les autres à retourner on Castille ; que d'ailleurs il n'avait rien fan sans avou demandé l'avis du conseil , et que, si l'on avait quelque parli laiorahloa proposer, il l'embrasserait avec joie. Ce discoure aurait, salislaildes gens moins emportés : mais l'esprit de révolte ne connaissant point la raison Porras reprit encore plus brusquement qu'il n'était pins question dediscourir, mais ,1., s embarquer à l'heure même ; qu'il était décidé à retourner on Cas- 1.11c, et que ceux qui no voulaient pas le suivre pouvaient rester à la garde du CM. 11 » éleva aussdôt un bruit confus des gens de guerre qui criaient. les uns, A„„« „u *»,,«», , d'autres, Caille, Castille; a d'autres, CapUame, mu
Aiees-™»,? Quelques uns même liront cnlcndre, en parlant sans don es
Colomb , ce mol : Q,ÙIS mmm„. L'amiral voulut se lever , niais il ne put se
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soutenir, et l'on fut obligé de le remettre sur son lit. L'adelanlado parut, mie hallebarde à la main, et se posta courageusement proche d'une poutre qui traversait le vaisseau , prêt à disputer le passage aux mutins. Ses meilleurs aniis le forcèrent de rentrer dans sa chambre, et, prenant le ton de la douceur avec Porras, ils lui représentèrent qu'il devait lui suffire qu'on ne s'opposât point à sa résolution. Il se retira, mais ce fut pour se saisir des dix pirogues que l'amiral avait achetées des Américains , et pour s'y embarquer aussitôt , lui et tous les mutins, avec autant d'empressement et de joie que s'ils eussent été près de débarquer à Sévillo. Il ne resta guère avec les Colomb que leurs amis particuliers et les malades. L'amiral, les ayant fait assembler autour de lui , les excita , par un discours fort touchant , à prendre confiance au Ciel , et leur promit de se jeter aux pieds delà reine pour faire récompenser leur fidélité. Dès le même jour , les séditieux prirent le cliemin de la pointe orientale do l'île. Ils s'y arrêtèrent pour commetfre les dernières violences contre les Américains, auxquels ils enlevèrent tout ce qui se irouvait dans leurs habitations , en leur disant qu'ils pouvaient se faire payer par l'amiral , ou le luer, s'il refusait de les satisfaire. Ils ajoutèrent qu*rl était résolu de les exterminer, qu'il en avait usé de même avec les peuples de Yéragua , et que !e seul moyen de se défendre contre un homme si cruel était de le prévenir. Lorsqu'ils se virent à l'extrémité de l'île, ils entreprirent d'abord detraverser le golfe, sans faire ré- Hexion que la mer était fort agitée. A. peine eurent-ils fait quelques lieues nue, leurs pirogues s'élant remplies d'eau , ils crurent les soulager eu jetant leur bagage dans les Ilots. L'inutilité de celle ressource leur lit prendre le parti de se défaire des Américains qu'ils avaient embarqués pour ramer. Ces malheureux, voyant des épées nues et quelques uns de leurs compagnons déjà étendus morts , sautèrent dans l'eau ; mais après avoir nage quelque temps , ils demandèrent en grâce qu'on leur permit de se délasser par intervalles , en tenant le bord des pirogues. On ne leur répondit qu'en leur abattant les mains à coups de satire , et plusieurs se noyèrent. La vent augmentai! , et la mer devint si grosse , que celte troupe de furieux se vit contrainte de retourner au ri vage. Après y avoir délibéré sur leur situation , et proposé plusieurs partis qui ne pouvaient venir que d'un excès d'aveuglement et de désespoir , ils lenlèrent encore une fois le passage; niais la mer ne devenant pas plus calme, ils se ré pandirent dans les bourgades voisines , où ils commirent toutes sortes d'excès. Six semaines après , ils tentèrent de passer pour la troisième Ibis , et leurs efforts ne furent pas plus heureux. Alors, abandonnant un dessein dont l'exécution leur parut impossible , el ue doutant plus que Mcndez et Fiescbi n'eussent péri dans les Ilots, ils se mirent à faire des courses dans toutes les parties de l'île, et causèrent mille maux aux insulaires pour en tirer des vïwèSj
L amiral était réduil à vivre aussi par le .secours des AluérieainB ; mais sa conduite était fort différente ; il faisail régner parmi ses gens nue exacte discipline , qu'il adoucissait par des attentions continuelles sur leurs besoins , cl par des exhortations paternelles. D'ailleurs il ne prenait jamais rien qu'en payant, et jusque alors il n'avait rien reçu des Américains qu'ils n'eussent volonlaircment apporté. Cependant , comme ils n'étaient pas habitués à faire de grandes provisions , ils se lassèrent enfin de nourrir des étrangers affamés , qui les exposaient eux-mêmes à manquer du nécessaire. Les discours des mutins pouvaient avoir fait aussi quelque impression sur eux. Ils commencèrent à s'éloigner , et les Castillans se virent menacés de mourir de faim. Dans celle extrémité , l'amiral s'avisa d'un stratagème qui lui réussit. Ses lumières astronomiques lui avaient fait prévoir qu'on ..aurait bientôt une éclipse de lune. Il lil dire à tous les caciques voisins qu'il avait à leur communiquer des clioses fort importantes pour la conserva lion de leur vie. Vn intérêt si pressant les cul bientôt assemblés. Après leur avoir fait de grands reproches de leur refroidissement et de leur dureté , il leur déclara d'un ton ferme qu'ils en seraient bientôt punis , et qu'il était sous la protection d'un Dieu qui se préparait à le venger. Vavc/.-Yous pas vu , leur dit-il , ce qu'il en a coûté à ceux de mes soldats qui ont refusé de m' obéir ? Quels dangers ii'onl-ils pas courus en voulant passer à l'ile d'Haïti , pendant que ceux que j'y ai envoyés ont traversé sans peine! Bientôt vous serez un exemple beaucoup plus terrible de la vengeance du Dieu des Espagnols, et, pour vous faire connaître les maux qui vous menacent, vous verrez dès ce soir la lune rougir, s'obscurcir, et vous refuser sa lumière; mais ce n'est que le prélude de vos malheurs , si vous vous obstinez à me refuser des vivres.
Un effet , l'éclipsé commença quelques heures après, et les barbares épouvantés poussèrent d'eflroyables cris. Ils allèrent aussitôt se jeter aux pieds de l'amiral , et le conjurer de demander grâce pour eux et pour leur île. Il se fil milieu presser pour donner plus de force à son artifice : et, feignant de se rendre, il leur dit qu'il allait se renfermer et prier son Dieu, dont il espérait apaiser la colère. Il s'enferma pendant toute la durée de l'éclipsé , et les Américains recommencèrent à jeter de grands cris. Enfin, lorsqu'il vit reparaître la lune , il sortit d'un air joyeux pour les assurer que ses prières étaient exaucées , et que Dieu leur pardonnait cette fois , parce qu'ayant répondu pour eux, il l'avait assuré qu'ils seraient désormais bons et dociles, et qu'ils fourniraient des vivres aux chrétiens. Depuis ce jour, non seulement ils ne refusèrent rien aux Espagnols, mais ils évitèrent avec soin de leur causerie moindre mécontentement.
Ce secours était d'autant plus nécessaire â l'amiral . qu'il se formait sous ses
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jen\ un nouveau parti, qui l'aurait joie dans de mortels embarras. Un apothicaire , nommé Bernardi , et deux de ses compagnons , Yillatora et Zamora , avaient entrepris de soulever tous les malades par d'anciens ressentiments , qu'ils crurent avoir trouvé l'occasion de faire éclater, et qui ne menaçaient pas moins que la vie des Colomb. L'citét n'aurait pu manquer d'en être funeste , si l'arrivée de la barque d'observation qu'Ovando avait fait partir d'IIispaniola n'eût an-été ceux que le seul chagrin de leur misère avait engagés dans cette conspiration. Le capitaine , nommé Diego d'Escobar, était un de ceux qui s'étaient révoltés avec Roldan Ximonès, et que l'amiral avait destinés au supplice. Ovando l'avait choisi pour celle commission, parce qu'avec la naine qu'il lui connaissait pour les Colomb, il l'avait jugé propre plus que personne à remplir exactement ses vues. Les ordres qu'il lui avait donnés portaient de ne point approcher dos vaisseaux de l'amiral; de ne pas descendre au rivage; de n'avoir aucun entretien avec les Colomb ni avec ceux qui les accompagnaient; de ne donner aucune antre lettre que la sienne, et de n'en pas recevoir d'autre, que la réponse de l'amiral , afin de faire concevoir qu'il n'était envoyé que pour reconnaître l'état de l'escadre.
Escobar exécuta tous ces points avec une brutale exactitude. Après avoir mouillé à quelque distance des vaisseaux échoués, il alla seul à terre dans un canot; il lit débarquer un baril de vin et un porc; il lit appeler l'amiral pour lui remettre la lettre d'Ovando; et, s'étant un peu éloigné, il lui dit, en élevant la voix, que le gouverneur général était bien fâché de ses malheurs , mais qu'il ne pouvait encore le tirer de la situation où il se trouvait, quoiqu'il fut dans le dessein d'y apporter toute la diligence possible ; cl qu'en altendant, il le priait d'agréer cette légère marque de son amitié. En achevant ces mots, il se retira pour aller attendre (pie l'amiral eût écrit sa réponse, el il la prit ensuite avec les mêmes précautions.
On regarda comme une insulte pour Christophe Colomb le choix d'un envoyé de ce caractère , el le misérable présent qu'il lui apportait. L'amiral s'aperçut aussitôt du mauvais effet que la eonduile d'Ovando avait produil sur ses gens; il les assembla pour les assurer qu'ils recevraient de prompts secours; mais il ne persuada pas les plus clairvoyants, qui, jugeant mal de l'affcclalion d'Escobar à ne converser avec personne , commencèrent à craindre que le dessein du gouverneur ne fût de laisser périr les Colomb cl lous ceux qui leur marquaient de rattachement. Cependant les promesses de l'amiral calmèrent la multitude ; il se dalla même de pouvoir engager, par la même voie, les déserteurs à renlrer dans le devoir: il leur communiqua l'agréable nouvelle qu'il venait de recevoir, et leur lit porter un quartier de la bêle doni on lui avait l'ail présent; mais ses bontés furenl mal reçues. Porrns jura que de
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sa vie il ne se fierait aux Colomb, et tjur , jusqu'à l'arrivée du secours, il cniv (muerait de vivre dans l'indépendance; il ajouta que, si Ton envoyait deux vaisseaux, il en prendrait un pour lui elpow sa troupe, et que, s'il n'en arrivait qu'un , il se contenterait de la moitié; et qu'au reste, ses gens ayant été forcés de jeter à la mer toutes leurs bardes et leurs marchandises, il convenait que l'amiral partageât avec eux ce qui lui en restait. Xes envoyés ayant représenté qu'ils ne pouvaient faire des propositions de cette nature à leur chef commun , la fureur des rebelles augmenta jusqu'à protester que ce qu'on ne voulait pas leur accorder de bonne grâce, ils l'enlèveraient par force ; et Porras, se tournant vers eux, leur dit que l'amiral était un cruel dont ils avaient tout à craindre pour leur vie; qu'il joignait le sortilège à la cruauté ; que cette barque qui n'avait paru qu'un instant était l'effet de quelque prestige ; qu'il excellait dans ces inventions , et que , si la barque eût été réelle , il n'aurait pas manqué, dans l' extrémité à laquelle il était réduit, de s'y embarquer avec son fils et son frère ; que le plus sur était de le visiter l'épée à la main , de se saisir de sa personne et d'enlever tout ce qu'il y avait sur ses vaisseaux. 11 faut convenir que, s'il n'est pas très extraordinaire que l'on prît Colomb pour un sorcier, il n'était guère conséquent d'attaquer un homme que l'on croyait doué d'un pouvoir surnature] ; mais cette contradiction se retrouve à tout moment dans l'histoire de l'esprit humain.
Porras s'avança bientôt jusqu'à la vue des navires; et s'étant arrêté dans un village nommé Mayma, où quelques années après on vil naître une bourgade castillane sous le nom de Séville , il parut se disposer à forcer les Colom 1 1 dans leur retraite. L'amiral était encore retenu au lit par les douleurs de la goutte. 11 frémit d'indignation en apprenant que les rebelles étaient prêts à l'attaquer; cependant, la prudence l'emportant sur sa colère, il chargea don Barthélémy, qu'il envoya contre eux avec cinquante hommes, de les exhorter encore à la soumission, et d'offrir un pardon général à ceux qui voudraient l'accepter. Mais ils ne lui donnèrent pas le temps de faire cette proposition : à peine eurent-ils aperçu sa troupe, qu'ils s'avancèrent les armes à la main , en criant : Tue, tue ! L'adelantado excita ses gens par les motifs de l'honneur, et leur donna l'exemple du courage. Le combat fut engagé; une décharge qui se lit à propos renversa d'abord six des conjurés. L'aîné des Porras , furieux de les voir tomber, s'élança sur l'adelantado , et fendit son bouclier d'un coup de sabre , qui le blessa môme à la main ; mais don Barthélémy , qui était d'une vigueur extraordinaire , le saisit par le milieu du corps , et le lit son prisonnier. Ensuite, pressant ceux qui continuaient de résister, il en tua plusieurs, et le reste se sauva par la fuite. Ainsi, l'amiral fut redevable de son salut à la valeur de so;i frère, car les rebelles avaient juré de ne
pasménager sa te, si la ticloire s'étail M laiùe pour eux. Elle 11c coula qn ni, seul homme à Fadelanlado; mais quelques uns furent dangereusement blesse». Lédesma , pilote connu par son courage et par sa force , l'ut si maltraité 'l'un coup de sabre à la tête , que la cervelle était à découvert; un autre coup faillit de lui abattre le bras , et d'un troisième il eut la jambe rendue jusqu'à l'os , depuis le jarret jusqu'à la cheville. Comme on l'avait cru mort , et qu'il était demeuré sur le champ (le bataille , les Américains du village do Mayma, surpris de voir étendus par terre et sans mouvement des hommes qu'ils avaient crus immortels , s'approchèrent de lui , et voulurent toucher ses blessures, pour observer quelles plaies faisaient les épées. Ce mouvement ayant rappelé ses esprits, Si je me lève...1, s'écria-t-il d'une vois terrible ; et de ce seul mot il causa tant d'épouvante aux Américains qu'ils se mirent à fuir sans oser tourner les yeux.
Le lendemain du combat , tous les rebelles qui s'élaient échappés par la fuite prirent le parti d'aller se jeter aux pieds de l'amiral et de s'engager par de nouveaux serments. Il les accueillit avec bonté, mais à condition que Porras, leur chef, demeurerait dans les chaînes, et qu'ils recevraient eux-mêmes, jusqu'au départ pour Hispauiola, un capitaine de sa main , sous la conduite duquel ils auraient la liliortè de s'établir dans le lieu qu'ils voudraient choisir pour y subsister du commerce de quelques marchandises qu'il leur ferait délivrer.
Il se passa une année entière avant l'arrivée du navire tpic Mondez et Fiesclii avaient acheté à San-Domingo. Diègue de Salcédo, que l'amiral y avait envoyé dans l'intervalle pour presser le gouverneur, parut en même temps avec deux caravelles qu'il avait équipées , comme le navire, aux leais des Colomb. On peut juger de la joie avec laquelle ces sauveurs furent reçus. Enfin, tous les Castillans s'élant rassemblés le 28 juin 1301 , on mit à la voile pour Hispaniola.
Colomb ne lit que loucher à celte île, où ses ennemis lui avaient préparé de nouvelles humiliations, et il se hâta de quitter un lieu devenu pour lui le sujet de tant de chagrins après avoir été le théâtre de sa gloire. Il lit voilo pour l'Espagne le 18 septembre 1504 , et, après une traversée qui ne fut qu'une tempête continuelle , il débarqua le 7 novembre à San-Lucar. Colomb s'était tlatté de trouver en Espagne quelques consolations pour ses dernières années , quelques dédommagements aux maux qu'il avait soufferts pour sa patrie. Mais là comme partout il n'y avait plus pour lui que disgrâce. Le chagrin qu'il en ressentit hâta la lin d'une existence ébranlée par tant de secousses. H mourut à Valladolid le ■>() mai 1906 , dans sa soixante-cinquième année.
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CONQUÊTE Tir MEXIQUE.
rr.i!\-AMj comtiz,
Wf.rl ,1e la Havane. »,„,„„ je IMm. d'jkgnil.i- d«, 1» mi|,,„,„p|„s„. ,„nï, ilos Mexicains Grande balnille.
On vil bientôt nue loulo de conquérants et d'aventuriers avides les uns de gloire, les autres de rirbessos , se précipiter dans la roule qu'avait ou verte le génie de Colomb ; chaque jour amenait sa conquête. Tandis Bm n» nouveau! maîtres ,1'Hispaniola fouillaient en tous sens les entailles de celle Ile leeonde et en tiraient par an jusqu'à 400,000 marcs d'or Oieda et Ves ptce parcouraient les cotes de l'Amérique jusqu'au golfe de Darien- l'intré pale Vasco Nngnez de Balboa, franchissant lislluuo de Panama découvrait la mer du Sud el ouvrait ainsi la voie aux conquérants du Pérou ■ le golfe du Mexique était exploré dans tous les sens, et Grijalva pénétrait dans l'Vuea lan, qu'il nomma la Nouvelle-Espagne.
Jusque là cependant on s'était borné à explorer les côles el à eu prendre possession; puis l'on repartait après avoir obtenu des peuples ,1„ rivage moife de gre, moitié de force, tout ce que l'on avait pu d'or e, de bijoux' , Vclasquez , qui commandait à Cuba, pensa qu'il y avait mieux à làire que d,'. vaines parades. Enflammé à la vue des riebesscs que Grijalva avai, rapporta* de 1 V ncalan , il songea à former dans ces pays un établissement solide Il se liala donc d'équiper une flotte puissante, cl il en donna le commandenienl au célèbre i'emand Cortez.
La flotte partit du port de la Havane le 10 février 1519, e. quelques joue, après mou, lia,, CozumeJ, où Cortez passa une revue générale de se tro, pes qu, se monta,™, „ 608 .soldais e, 100 matelots , outre un grand nombre ,1e nobles Casldlans que l'ardeur des cnqnèles enlrainai, à sa suite. Pendant quon s occupait à radouber un vaisseau , on aperçu, au loin un' canot qui para.ssail venir ,1e la terre ferme et se dirige,, à tentes rames vers la Sotte lé
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gêitéral lit metwe quelques soldais en embuscade dans l'endroit du rivaffo nù If? canot devait aborder, afin de tâcher de surprendre ceux qui le montaient et d'en obtenir des renseignements. En effet, ils ne Curent pas plus lût à terre que les Espagnols se ruèrent sur eux. Mais quelle ne fut pas leur surprise en entendant le cri de Castitle ! Castille ! poussé par un de ces hommes qui courait à eux les bras ouverts. Les Castillans l'accueillirent avec une joie mêlée d'une vive curiosité, et le conduisirent au général.
Ce malheureux ne différait en rien des Américains ; il était nu comme eux; il avait le teint basalte el les cheveux tressés autour de la tête. Il portait une rame sur une épaule, sur l'autre una espèce de filet en forme de sac, dans lequel étaient ses provisions el un livre d'heures qu'il avait toujours conservé el auquel il attribuait dans ce moment le bonheur de se retrouver au milieu des chrétiens: il était armé d'un arc, de llèches et d'un bouclier. Cortez, après l'avoir embrassé et couvert de son propre manteau, lui demanda le récit de ses aventures. Et ce ne fut pas sans peine qu'on put le comprendre, car il entremêlait continuellement des mots américains avec des mots castillans. Enfin on apprit de lui qu'il se nommait Jérôme d'Aguilar, qu'il était né en Andalousie, de nobles parents. Jeune encore il était passé en Amérique, et dans un voyage du Darien à Saint-Domingue, la caravelle qu'il montait avait échoué sur des banes de sable en vue de la Jamaïque. Il s'était jeté dans un esquif avec vingt de ses compagnons, et la mer les avait poussés sur les eûtes de l'Yucalan, où ils n'avaient pas tardé à être arrêtés parles naturels. De vingt qu'ils étaient, sepl étaient morts de fatigue: les autres furent conduits à un cruel cacique, qui commença par sacrifier à ses idoles cinq de ces infortunés , dont il mangea ensuite la chair. Aguilar et les autres, réservés pour la fête prochaine, avaient été renfermés dans une cage où on les engraissait avec le [fins grand soin. Mais ils étaient parvenus à S'en échapper, et après avoir erré pendant plusieurs jours à travers d'épaisses forêts, ils étaient lombes entre les mains d'un cacique moins féroce, sous le pouvoir duquel il avaient mené une vie assez douce, quoique contraints ;'i de pénibles travaux. Tous ses compagnons étaient morts successivement, à l'exception d'un qui avait épousé une riche Américaine dont il avait plusieurs enfants.
Les Espagnols regardèrent comme une faveur du Ciel la rencontre d'un compatriote dans un pays où il leur était si difficile de marcher sans guide. Aguilar était resté huit ans dans ces contrées; il en connaissait les usages et les dilférentes langues : il pouvait donc leur êlre d'un grand secours, et il devint en effet l'un des principaux instruments de la conquête du .Mexique. De Cozumel les Castillans allèrent mouiller à la rivière de Grijalva, et à
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]>eiue y furent-Ils entrés qu'ils se \îivut assailUs u#r une muJUlmle umnmlirable qui lit pleuvoir sur eux une grêle de flèches et de pierres. Les Espagnols furent obliges de leur disputer le terrain pied à pied. Enfui, l'artillerie Taisant de larges trouées dans leurs rangs, culbutés par le elioc irrésistible! des Castillans, ils disparurent entre les bosquets, dans l'intenlinn sans doute d'aller défendre leur ville, vers laquelle ils avaient vu se diriger un détachement. Mais Cortez les poursuivit si vivement qu'il y arriva aussitôt qu'eue et s'en empara avant qu'ils eussent eu le temps de se reconnaître. Ainsi T;shasco fut sa première conquête. C'était une ville grande et bien peuplée; elle était fortifiée d'une espèce de palissade formée de gros troncs d'arbres, entre lesquels étaient ménagées des ouvertures pour le passage des (lèches.
Le lendemain Cortez fit reconnaître le pays par des détachements, et bientôt il fut informé qu'on découvrait une armée innombrable de Mexicains.
La manière de combattre de tous ces peuples étant à peu près la même, il n'est pas sans intérêt de connaître leur ordre de bataille. Voici comment ftiaz le décrit.
Leurs armes sont l'arc et la flèche : la corde de leur arc est faite du nerf de quelque animal ou de poil de chèvre lilé : leurs flèches sont armées d'un os pointu ou d'une arête de poisson. Ils ont encore une ospèee de dard ou zagaie qui leur sert de demi-pique, et qu'ils lancent au besoin, Quelques uns portent de larges sabres d'un bois fort dut' incrusté de pierres tranchâmes; les plus robustes y joignent des massues fort pesantes, dont la tète est armée d'un caillou. D'autres enfin n'ont que des frondes, dont ils se servent pour lancer de grosses pierres avec autant de force que d'adresse. Les caciques et les officiers ont seuls des armes défensives : ce sont des cuirasses de coton et des rondaches de bois ou d'écaillés de tortues garnies de métal et même d'or quelquefois. Tous les autres combattent nus. Ils se peignent le visage cl le corps de diverses couleurs pour se donner un air plus terrible. La plupart ont sur la tète une espèce de couronne de très grandes plumes, qui semble les grandir. Ils ont quelques instruments militaires pour se rallier ou s'animer au combat : ce sont des 11 û tes de roseau , des écailles de nier et une espèce de tambour fait d'un tronc d'arbre creusé dont ils tirent quelque son avec de grosses baguettes. Leurs bataillons n'ont aucun ordre de rangs et de files; mais il y a des divisions, dont chacune a ses chefs, et le corps d'armée est ordinairement suivi d'un corps de réserve pour soutenir ceux qui se rompent. Leur première attaque est toujours furieuse; quand ils ont épuisé leurs flèches sans que l'ennemi paraisse ébranlé,, ils se précipitent en poussant des cris horribles, sans autre méthode (pie de se tenir serrés dans lem s bataillons. Hais comme ils attaquent tous ensemble, ils fuient aussi loiw en-
— us semble, et lorsque la crainte te»r a lait tourner le dos , il n'est plue possible de les arrêter.
Ce n'est pas sans effroi que les Espagnols se virent en présence d'une armée si nombreuse. Cortez lui-même comprit le danger; mais il n'était point *B dessus de son courage. Il plaça sa petite armée au pied d'une émmence 'fui ne laissait point à craindre d'être enveloppés par derrière et d'où l'artillerie pouvait jouer librement; et, ayant ranimé leur courage par des paroles d'espérance, il monta à cheval avec tout ce qu'il avait de cavaliers et se jeta dans un taillis voisin, pour prendre l'ennemi en flâne quand une diversion deviendrait nécessaire.
Les Américains , arrivés à la portée des flèches, firent leur première décharge , puis ils se ruèrent avec impéluosilé sur les Espagnols , sans que les arquebuses ni les arbalètes les pussent arrêter. Cependant l'artillerie faisait dans leurs rangs pressés d'horribles ravages ; mais ils se rejoignaient pour remplir les vides , et , poussant d'épouvantables cris , ils jetaient en l'air des Poignées de sable dans l'espoir de cacher leur perte. Ils s'étaient avancés au point d'engager le combat corps à corps, et déjà les Espagnols commeneaienl à craindre , lorsque Cortez et ses cavaliers vinrent tomber à bride abattue dans la mêlée la plus épaisse. Ils n'eurent pas de peine à s'ouvrir un passage La seule vue des chevaux , que les Mexicains prirent pour «les monstres dévorants à (êtes d'homme et de bête, répandit l'épouvante parmi les plus braves. Bientôt la déroute fut générale , mais en se retirant ils continuaient de faire tète , moins pour combattre que pour se défendre de ces monstres terribles sur lesquels ils osaient à peine lever les yeux et dont ils craignaient d'être dévorés •*ti fuyant. Ils laissèrent sur le champ de bataille plus de huit cents morts. Les Castillans ne perdirent que deux hommes ; mais ils curent soixante-dix blessés. En commémoration d'une si éclatante victoire , ils élevèrent un temple à Notre-Dame de la Victoire , cl la première ville qu'ils fondèrent dans celle province reçut le même nom.
Les Mexicains épouvanlés demandèrent la paix , et elle fut faite de si bonne foi que les jours suivants se passèrent en visites réciproques où régnait la plus grande confiance. Parmi les présents que fit à Cortez le cacique de Tabasco on remarquait vingt femmes américaines qu'il lui donna pour faire dn pain de maïs à ses troupes. Mais quoi que put faire Cortez pour inspirer à ce cacique llne haute idée de la puissance du roi d'Espagne, il ne put le déterminer à se ranger au nombre de ses sujets. Quelques seigneurs du pays qui étaient venus visiter Fernand , ayant entendu hennir les chevaux dans sa cour , demandèrent avec une sorte de frayeur de quoi se plaignaient les yegmtnez , mol qui si- S"ifie dans leur langue puissance terrible. Cortez leur dit qu'ils étaient fâché
(te (* qu'il n'avait paschâlié plus sévèrement tecaeiqueet sa nation pour avoir eu l'audace de résister auv. chrétiens. Aussitôt ils firent apporter des couvertures pour coucher tes chevaux et (te la volaille pour tes nourrir , on leur demandant pardon , et leur promettant , pour les apaiser , d'être toujours amis îles chrétiens.
Corlez se remit bientôt en route afin d'atteindre le but de son voyage; le Jeudi Saint il aborda ;'i Saint-Jean-d'tilua, et te jour suivant il fil débarquer sur le continent toutes ses troupes , ses chevaux et son artillerie. Le jour de Pâques , il vit arriver , suivis d'un brillant cortège , deux des principaux officiers de Montezuma , l'empereur du Mexique, qui les dépêchait pour connaître les intentions (tes nouveaux venus. Corlez , qui avait cru devoir, pour leur en imposer, prendre un air de grandeur , leur répondit fièrement qu'il était venu de îa part de Charles d'Autriche, monarque do l'Orient, pour confier à l'empereur Montezuma des secrets d'une haute importance ; qu'il demandait par conséquent l'honneur de le voir.
Cette réponse parut vivement contrarier tes ambassadeurs , car ils avaient ordre de lâcher par tous les moyens possibles de dissuader Corlez de ce projet Mais avant de s'expliquer, ils demandèrent la liberté d'olfrir les présents de leur mailre. C'étaient des mantes de coton si fines et si bien travaillées qu'on les aurait prises pour de la soie ; des plumes des couleurs les plus éclatantes et tes plus variées , des tapisseries représentant différents sujets en plumes dont tes teintes étaient nuancées avec un art infini ; c'étaient des armes de toutes sortes , des arcs , des flèches , des rondaches , toutes en bois précieux ; puis venait une grande quantité de bijou* en or , quelques uns enrichis de pierreries , tous d'un travail admirable. On remarqua surtout deux disques d'une grande dimension, l'un d'or, représentant le soleil en bosse , l'autre d'argent, représentant la lune. En offrant ces présents à Cort.cz , ils lui dirent qu'ils avaient ordre de le traiter avec tes plus grands égards , maïs qu'ils devaient te prier de s'arrêter le moins possible sur tes terres de l'empereur , et de renoncer au dessein de le voir. Corlez leur répondit, d'un air lier, qu'il regarderait comme une insulte te refus d'une audience , et que, pour l'honneur du grand roi qu'il représentait , il ne rentrerait point dans ses vaisseaux sans avoir obtenu ce qu'il demandait ; ils devaient avertir Montezuma de sa résolution , et il attendrait sa réponse, ajoutant qu'il serait fâché qu'elle lardât trop à venir , parce que alors il se verrait forcé d'aller la solliciter de plus près. Les deux Mexicains,
déconcertés par la fermeté de celle déclara Lion , ne répondirent que pour prier Cortez de ne rien entreprendre avant la réponse de la cour , lui promettant Jusque là toute l'assistance dont il aurait besoin.
'-■es ambassadeurs avaient dans leur cortège des peintres de leur nation , fl"i,dês leur arrivée, s'étaient attachés à représenter, avec une diligence "diuirable, les vaisseaux, les soldais, les chevaux, l'artillerie, tout ce qui S'était offerl à leurs yeux dans le oamp. Leur toile était une étoile de colon préparée, sur laquelle ils traçaient, avec assez de vérité, loules sortes d'objets et de ligures, doriez , averti du travail de ces peintres, sortit pour se prn- 'iiiri ec spectacle , et ne vit pas sans élonneinent la facilité avec laquelle ils ksçaient leurs dessins- On l'assura qu'Us exprimaient sur ces toiles non seu- "■inenl. les ligures, mais les discours même et les actions, et que Monlezuma apprendrait de cette manière toutes les circonstances de l'entretien qu'il avait ei' avec ses envoyés. Fernand, pour soutenir les apparences de grandeur qu'il ;*va'u affectées, craignant qu'une image sans force et sans mouvement ne don- "Alde lui une idée peu avantageuse, conçut le dessein d'animer ce tableau , «lui donner de la vie en taisant manœuvrer ses troupes.
Il annonça aux Mexicains qu'il voulait leur rendre les honneurs qui n'étaient accordes dans son pays qu'aux personnes iVuuc haute distinction. f/infantorie Tonna un bataillon , et tout le canon de la flotte fui mis en batterie. Cor» lvi, montant à cheval avec, ses officiers, commença par des courses de baltes; ensuite il parlagen sa troupe en deux escadrons, qui exécutèrent, une espèce de combat avec Ions les mouvements de la cavalerie. Les Américains , dans leur première surprise, regardèrent d'abord avec frayeur ces animaux 'lui leur paraissaient si terribles, et, frappés de leur obéissance, ils en connurent que des hommes capables de rendre si dociles des monstres si redoutaoies devaient être des hommes surnaturels. Mais quand l'infanterie fit deux °i>lrois décharges, qLiaiidsurtoiit tonna l'artillerie, ils furent frappés d'une telle pouvante que les uns se jetèrent à terre , et les antres prirent la fuite. Les arnbassadeurs eux-mêmes ne purent cacher leur effroi , et Gortez ne les rassura *ïue difficilement, en leur assurant que c'était par ces fêles militaires que. les Espagnols honoraient leurs amis. 11 fallut que les peintres inventassent de nouilles ligures pour exprimer ce qu'ils venaient de voir et d' entendre. Les uns 'k'ssinaienl des soldats armés, les an Ires peignaient des chevaux dans l'ardeur du combat. Ils essayaient même de représenter un coup de «mon autant 'Il,c cela était possible, par du feu et de la fumée.
l'es deux officiers se bâtèrent d'envoyer à Montezttraa leurs observations ,lv,'<; les tableaux des peintres et les présents dont Sortes les avait chargés, ■es dônccheg furent portées par des courriers que les empereurs du Mexique
entretenaient en grand sombre pour cet mage. On choisissait pour cela les cillants les plus dispos , et on les exerçait à la course dès leur bas âge. la principale croie où l'on dressait ces courriers était le grand temple de la ville de Mexico; II s'y trouvait , au sommet d'un escalier décent vingt degrés, une idole monstrueuse, et des prix tirés du trésor public étaient donnés à celui qui arrivait le premier aux pieds du Dieu. Ils étaient disposés de distance en distance, et, se relavant toujours avant d'être fatigués , ils parcouraient les plus longues routes avec une étonnante rapidité.
La réponse vint en sept jours quoiqu'on fût à soixante lieues de la capitale, et qu'elle fût précédée d'un présent porté sur les épaules de cent Américains : Montezuma envoyait ces richesses à Corlez pour lui témoigner l'estime qu'il luisait de lui , et la haute opinion qu'il avait de son roi; mais les circonstances ne lui permettaient pas d'accorder à des inconnus la permission de se rendre à sa cour. Ce refus était pallié par divers prétextes plus ou moins plausihlcs. Cortcz insista: nouveau message, nouveau relus, avec l'ordre aux étrangers de partir sans réplique. Tous ces obstacles n'étaient point capables {l'arrêter un homme de la trempe dcCortez ; sa résolution était inébranlahle : cette audience qu'on lui refusait , il l'obtiendrait les armes à la main. Tel fut son dernier mot aux ambassadeurs , qui le quittèrent aussi irrités que surpris d'une pareille obstination.
On ne saurait voir sans admiration la marche audacieuse de Cortex s'avançait avec cinq cents hommes à la conquête d'un des plus puissants empires du nouveau monde , surtout quand on songe aux obstacles qu'il lui falba surmonter. Car ce n'étaient pas seulement les naturels qu'il avait à redouter, mais il devait toujours être en garde contre les attaques de la révolte ou les embûches de la jalousie. D'un cùlé, c'était Velasquez qui, envieux de ses succès, envoyait une Hotte contre lui avec ordre de se saisir de sa personne; d'un autre côté , ses soldats , persuadés de plus en plus par tout ce qu'ils voyaient qu'ils allaient avoir affaire à une puissance formidable, et. effrayés de leur petit nombre, reculaient devant les dilïieultés, et parlaient de se rembarquer. Cortez sortit victorieux de ces épreuves : il vainquit ou gagna les émissaires de Velasquez , et pour oter à ses soldats toute envie de l'abandonner, il lit échouer ses vaisseaux , et les força ainsi à partager sa fortune.
I l'empire du Mexique était alors au plus haut point de grandeur. Sa longueur, de l'est à l'ouest, était de plus de cinq cents lieues, et sa largeur, du midi au nord , d'environ deux cents. C'était par la forée des armes qu'il avait fondé sa puissance ; son premier' chef avait été un simple capitaine. Ensuite les Mexicains s'étaient donné nu roi, choisi parmi les plus braves, parce que chez eux la vertu suprême c'était In mlcur. Monlezitiua, selon les peintures
qtii formaient leurs annales , élait le onzième de ces mis. Quoique son père eut occupé le trône , il n'avait dû son élévation qu'à ses grandes qualités na- «ttrelles. Mais dés qu'il fut couronne , toutes ses vertus , qui n'étaient que le ™t d'une hypocrisie adroitement calculée , disparurent pour ne laisser plus voir (pie des vices. Il avait porté l'orgueil jusqu'à bannir de sa cour les olli- U!'i's d'une naissance commune , ne donnant qu'à la noblesse les emplois inéme les plus vils. Il paraissait rarement à la vue desessujets; il ne se connnmiiquait même qu'avec beaucoup de réserve à ses ministres et à ses domestiques.
avait inventé mie foule de cérémonies gênantes pour ceux qui l'approc«aient , et le respect même lui paraissait une offense s'il n'était poussé jus- 'I"a l;i servilité. Quelquefois, dans la seule vue de faire sentir son pouvoir, Sl'is autre raison que son caprice, il exerçait d'horribles cruautés; il créait W'K cesse de nouveaux impôts , et il n'était pas jusqu'aux mendiants qui ne "seul obligés d'apporter quelque chose au pied du troue, tes violences jnàienl jolé la terreur dans tout l'empire, et la terreur avait bientôt amené ' ''aine. Quelques provinces s'étaient révoltées, mais il les avait bientôt ocras"es, et s'il différait le châtiment de quelques unes, c'était aiiu de ménager (ll's victimes pour ses cruels sacrifices.
Ici est le portrait que tous les historiens tracent de ce fameux Monlezuma 1"< 3. runi: : nnmorlalir.e I arrivée dos Espagnols , les merveilles qu'on lui ""'email de ces hommes extraordinaires, l'avaient plongé dans une sorte de j'b'l'eur. et d'épouvantables prodiges étaient venus encore ajouter à ses erain- * I ue effroyable comète avait paru pondant plusieurs nuits, semblable à « K ramide de feu ; elle avait été suivie d'une aulre qui avait la forme d'un ,'"'r'"'J" ;' "'"is "''tos. ''' 'l"i - S'' levant à l'ouest pendant le jour, sillonnait toute eui|„c <|„ oiel KC<; Ullc i„,iM1)le japyn,^ |allçaill MnitombraMes ai|1. (| >»■ I n grand lac, dans les environs de la eapilale, avait rompu ses digues;
tanple s'était embrasé. On avait entendu dans l'air des voix plaintives qui
l'TOnost?0"' 'a ''" ll° ta "1°"'"'cl,ic' et loulcs lcs idolei ^Pétaient ce funeste
«i» deux prodiges, entre tous les autres, vinrent surtout frapper l'ima»!-
oon de Monlezuma. Quelques pêcheurs prirent sur les bords du lac °dc
• •» un oiseau d'une grandeur et d'une figure monstrueuses, et l'apportè-
^ » 1 empereur. II avait sur la tèle une lame luisante comme un miroir, et
Sotnh ''" 'V I"'°'l"ls'lil la réverbération du soleil avaient quelque chose de
vil i, M "'cl,raJ'anl- Quand Montezuma iixa les jeux sur celte lame, il y
mut avec son obscurité et ses étoiles brillantes, et l'illusion était telle
■ ■ retourna mis le soleil, c me s'il ,.,„ douté qu'il fit jour en ce mo-
' "MainH y reporta ses regards, la avait làil place i une vision
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bien plus olTi ny.-iiiLc! : c'étaient tics hommes inconnus qui menaient en armes du côté de l'orient, et qui faisaient un horrible carnage de ses sujets. Les prêtres et les devins, qu'il fil appeler, virent le même prodige; puis l'oiseau s'échappa tout, à coup de leurs mains.
Peu de jours après, un laboureur se présenta au palais et insista pour rire introduit, près di' Montezuma. II raconta qu'il avait vu en songe l'empereur endormi dans un Heu écarté, et tenant à la main une pastille àHuméej qu'une voix lui avait ordonné de prendre la pastille et de la lui appliquer sur la cuisse, ce qu'il avait fait sans (pie l'empereur se fût éveillé. Alors la vois lui avait dit : « C'est ainsi que ton souverain s'endort pendant que le tonnerre gronde sur sa tète, et que des ennemis s'avancent pour anéantir son empire et sa religion. » Là dessus le laboureur se mit à Taire à Montezurna une exhortation fort vive; puis il sortit brusquement sans qu'aucun des officiers eiït la hardiesse de l'arrêter. Montezuma songeait à le faire punir de son insolence , quand tout à coup il sentit à la cuisse une douleur extraordinaire : on y regarda aussitôt, et l'on aperçut la marque d'une brûlure récente, dont la vue effraya singulièrement l'empereur,
nuitée dans Neiiro. U^'iiifique cortège de