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Cependant Ourlez avançait, toujours, encouragé par le concert de plaintes qu'il entendait de toutes parts s'élever eontre Montezuma. Moitié force, moitié persuasion, il avait soumis les Tlascalans et s'était fait de ces fiers républicains des amis dévoués. Dès lors il ne rencontra plus d'obstacles sérieux, ri il arriva presque sans opposition à quelques lieues de Mexico. Là encore il reçut une nouvelle dépulotion de Montezuma : c'était celle fois un de ses neveux qui venait tenter un dernier effort et tâcher d'ébranler la résolution de Corlez. Ses efforts n'eurent pas un meilleur succès. Le général espagnol , après avoir donné quelque repos à ses troupes , les lit avancer en ordre de bataille, enseignes déployées. Son armée se composait alors de quatre cent Claquante Espagnols et de six mille Tlascalans que la haine, et la jalousie eontre les Mexicains avaient entrailles à sa suite.
Enfin on arriva en vue de Mexico, qu'on reconnaissait facilement pour la capitale de l'empire à la hauteur et à la magnificence de ses édifices. Un corps de plus de quatre mille hommes, composé de la noblesse cl des principaux oiliciers delà ville, vint au devant du général , et quoique leurs compliments ne lussent qu'une simple révérence que chacun faisait en passant à la file devant la tête de l'année, celte cérémonie ne laissa pas que de l'arrêter long-temps, Aussitôt qu'on l'ut arrivé à la porte la ville, la noblesse mexicaine se rangea
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des deux côtés pour laisser rentrée libre, et les Espagnols découvrirent alors une fort grande rue, dont les maisons étaient uniformes , avec des terrasses et des balcons , sur lesquels si! pressait une foule immense. Mais la nie ellemême était tout à (ail déserte. On dit à Cortez , qui paraissait s'en étonner, que c'était l'ordre exprès do l'empereur, qui voulait l'honorer par une distinction sans exemple en venant lui-même le recevoir à la tête de toute sa cour.
En efTet , on vit bientôt paraître la première partie du cortège de ce monarque : elle était composée de deux cents officiers de la maison impériale , tous e1 costumes semblables, avec de grands panaches de même forme et même couleur. Ils marchaient deux à deux, les pieds nus et les jeux baissés. En arlâvant ;'i la lètc de l'armée, ils se rangèrent le long des murs, et laissèrent voir dans l'éloignement une autre troupe plus nombreuse et plus richement Vêtue , au milieu de laquelle brillait par dessus tous Montezuma. 11 était porté sur les épaules de ses favoris , dans une litière d'or bruni dont l'éclat perçait à travers les ornements de plumes brillantes dont elle était revêtue. Quatre des Principaux dignitaires de l'empire marchaient à ses côtés , et soutenaient au dessus de sa tête un magnifique dais de plumes vertes tissues avec un art infini el entremêlées de quelques figures en argent. 11 était précédé de trois magistrats armés d'une verge d'or qu'ils levaient par intervalle pour avertir que ''empereur approchait. A ce signal tout le peuple se prosternait : lever les yeux e"l été un sacrilège.
Cortez descendit de cheval à quelque distance de Montezuma; ce prince n'it en même temps pied à terre, et des officiers étendirent aussitôt des tapis "tons l'intervalle qui les séparait. L'empereur s'avança lentement et avec granité , appuyé sur les bras des princes d'Istacpalapa et de Tczcuco , ses neveux. " paraissait avoir quarante ans; sa taille, d'une hauteur moyenne, semblait Plus dégagée que robuste; il avait le nezaquilin, les yeux pleins de vivacité, e' le teint moins basané que ne l'ont ordinairement les Américains; ses chevcux descendaient jusqu'au dessous des oreilles. Toute sa personne avait un !l"' de majesté , qui ne paraissait pourlan! pas sans quelque apprêt. Un manteau de coton d'une extrême finesse lui couvrait presque tout le corps; attaehé s"aplemeut sur ses épaules, il était bordé d'une frange d'or qui traînait jusqu'à terre. Les joyaux d'or, les perles et les pierres précieuses dont il était couvert semblaient plutôt un fardeau qu'un ornement. Sa couronne était une espéce de mitre d'or qui se terminait en pointe par devant, et dont l'autre Ptotie, moins pointue, se recourbait vers le derrière de la tête. Ses souliers Paient d'or massif, et retenus par des courroies passées dans des boucles de IlK-'inc métal , et qui moulaient en se croisant jusqu'au milieu de la jambe.
Curiez s ;nanra de son côté d'un air noble , cl fit une profonde révérence ,
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! main jusqu'à (erre, suivant l'usage
que l'empereur lui rendit en Baissant la i
•le son peuple, et la portant ensuite à ses lèvres. Cette civilité, qu'on n'avait jamais tu pratiquer aux empereurs mexicains, parut encore plus étonnante chez Monlezuma , dont on connaissait l'orgueil, et qui saluait à peine ses dieux d'un signe de tête. Une pareille déférence , et la démarche qu'il faisait en se portant au dorant du général étranger, firent sur l'esprit du peuple une impression d'autant plus favorable à Corlez , que , révérant tous les décrets do leur empereur avec une soumission aveugle , ils se persuadèrent que Montezuma, ce pnnec si hautain , n'avait pu s'abaisser à ce point sans de puissantes raisons, dont ,1s devaient respecter la justice et la force. Cortcz portait sur ses armes une chaîne d'émail ornée de pierres fausses, mais d'un très grand celai , et dont il avait toujours eu le dessein de faire le présent de sa première audience. Comme il était auprès de l'empereur, il la lui passa au cou , maigri les remontrances des deux princes, qui trouvaient trop de familiarité dans cette politesse. Monlezuma sembla ne point partager leur scrupule et il se
1,1 '■' si Sl,lislail [I" Posent, mi'il le contempla long-temps avec admiration.
Il ne voulut pas rosier en arrière de générosité : pendant que les officiers lui faisaient leur cour, il se lit apporter un collier qui passait pour le plus riche joyau .le la couronne, et le passa de ses propres mains au cou de Corlez. Il était composé de coquilles fines d'un très beau cramoisi, fort estimées dans cette contrée, à chacune desquelles pendaient quatre écrevisses d'or. Celle nouvelle faveur porta au dernier degré l'étonnemcut des Mexicains. Après une courte entrevue, Montezuma donna ordre à un de ses neveux d'accompagner Cortez jusqu'au logement qui lui était destiné , et , toujours appuyé sur le bras de l'attire , il remonta dans sa litière et se retira avec la mémo pompe
Tous les historiens rapportent l'entrée des Espagnols dans la capitale du Mexique au 8 novembre 1519. lis font une brillante description du logement qu'on avait préparé pour Cortcz. C'était un des édifices qu'avait fait bâtir le père de l'empereur ; il égalait en grandeur le premier des palais impériaux. Il était entouré de murailles fort épaisses, flanquées de tours de dislance en dislance, et ressemblait plus à une forteresse qu'à un palais. Toute l'armée trouva facilement à s'y loger. Le premier soin du général fut d'en reconnaître toutes les parties , alin de prendre les mesures qu'exigeait la prudence. Les salles destinées aux officiers étaient tendues de tapisseries de coton , la principale étoile du pays , mais dont le prix était rehaussé par la richesse des couleurs el la délicatesse du travail. Les chaises étaient de bois , d'une seule pièce, el habilement sculptées. Les lits n'étaient composés que de deux nattes , l'une étendue el l'autre roulée comme un chevet; ils étaient entourés do courtines en forme de pavillon. Les princes eux-mêmes n'avaient point un coucher plus délirai.
Le soir du môme jour, Monlezuma, suivi du même cortège, se rendit au quartier des Espagnols. Cortez alla le recevoir dans la première cour et le
conduisit à son appartement. L'empereur s'y assît d'un air la'mifier et fil. asseoir Cortez auprès de lui; après un assez long entretien , il pria legénéral d'accepter de riclies présents qu'il avait l'ail apporter, et il en distribua quelques uns aux officiers espagnols qui assistaient à l'audience.
Le jour suivant , Cortez sollicita l'honneur de l'aire sa cour à Monlezuma , et cette laveur lui fut accordée de si bonne grâce , que les officiers qui devaient l'accompagner arrivèrent avec la réponse. C'étaient les maîtres des eérémolies de l'empire. Feruand se fil suivre de quatre capitaines et de six de ses plus braves soldais. Les rues étaient remplies d'une multitude immense qui se pressait autour du cortège en poussant des acclamations. Les Espagnole découvrirent de fort loin le palais de Monlezuma, et firent frappée de sa magnifieence. On y entrait par trente portes auxquelles répondaient autant de rues ; '* façade principale, qui donnait sur une vaste place, dont elle occupait tout Un côté, était bâtie de jaspe noir, rouge et blanc. Sur la porte du milieu brillait un large écusson aux armes de Monlezuma : c'était une espèce de griffon , dont la moitié du corps représentait un aigle, et l'autre moitié un lion : il avait les ailes déployées comme pour prendre son vol, et sons ses griffes se débattait un tigre en fureur. En approchant de l'entrée, les officiers mexicains qui accompagnaient le général firent quelques pas en arrière avec une sorte de mystère, comme s'ils eussent craint de fouler un lieu sacré; puisilsse rangèrent sur une double ligne, de manière à n'entre? que deux à deux. Après avoir traversé trois vestibules incrustés de jaspe , ils parvinrent aux apparie- ■Beats de l'empereur, e! les Espagnols furent vivement frappés de leur grandeur et de leur magnificence. Des nattes admirables par la délicatesse et la va- «été du travail couvraient les planchers; les murs étaient revêtus de tapisseries de coton couvertes de dessins éclatants des plus riches couleurs. Les landais étaient de cyprès, de cèdres, et d'autres bois odoriférants, et ce qu'il 3 avait d'admirable surtout, c'est l'arl avec lequel toutes les pièces en étaient 'Imposées pour se soutenir mutuellement, les Mexicains ne connaissant point l'usage des clous ni des chevilles. Les salles étaient remplies d'officiers de tous 'es rangs. Les ministres attendaient les Espagnols à la porte de l'antichambre, Do ils les reçurent avec les marques d'un profond respect. Avant de les iulro- °Oire , ils déposèrent les riclies costumes qu'ils avaient, revêtus pour les reeev°ir, la bienséance ne permettant point de se présenter devant l'empereur avec une brillante parure.
Monlezuma était debout et revêtu de tous les insignes de la dignité suprême. 11 Ri quelques pas pour aller au Seyant du général, et lui posa les mains sur
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les épaules lorsqu'il se baissa pour le saluer; puis, promenant sur les Espagnols un regard plein de douceur, il s'assit cl fit. donner des sièges à Corlez et à tous ses yens. Pendant celte audience, qui se prolongea longuement, Monlezuma fit preuve d'une rare intelligence et de connaissances variées. Il se montra assez disposé à reconnaître pour souverain le roi d'Espagne , en qui , grâce à l'habileté de Cortez, il voyait le descendant du fondateur de son empire, le réformateur que les prophéties annonçaient au Mexique. Mais il ne se montra pas si facile sur le chapitre de la religion; il avait un principe don! il ne voulait point se départir : ses dieux, disait- il, étaient bons au Mexique, comme celui des chrétiens aux pays qui l'adoraient. Pourtant on parvint à lui faire bannir de sa table l'usage de la chaire humaine , sans pouvoir toutefois le dissuader des sacrifices.
Enlèvement île Moniczuiim ,
i captivité. Il est chargé de chaînes, 1! l'ail liuimiiagc Je son empire au roi d'Espagne.
Les premiers jours se passèrent en fêles et eu réjouissances. Monlezuma rendait aux Espagnols de fréquentes visites et les comblait chaque jour de nouveaux présenl s. Lesnoblcs,à sou exemple, s'efforçaient, par toutes sortes de soins et de services, de se concilier l'estime et l'amitié de leurs hôtes , et le peuple pliait les genoux devant le moindre soldat espagnol. Enfin le quartier des étrangers élail. respecté comme un temple, et l'armée s'y était reposée de ses fatigues dans l'abondance cl la tranquillité, lorsque des nouvelles arrivées de Vcra-Cruz vinrent troubler celte heureuse existence.
Escalanle , commandant de la nouvelle colonie , s'était activement occupé à fortifier la place et à se gagner des amis, el il n'avait eu que de bons rapports avec les habitants du pays. Pourtant il avait dû prendre les armes pour repousser une injure que lui avait adressée un générai mexicain nommé Qualpopoca. Les Espagnols avaient remporté une victoire éclatante, mais elle leur avait coulé leur commandant el sept de leurs plus braves soldais. Le conseil de Vera-Cruz, en lui exposant les suites fâcheuses que la victoire même laissait à redouter, lui demandait ses ordres et un successeur pour Esealante.
Ces fâcheuses nouvelles jetèrent Cortez dans le plus grand embarras; il craignait que Monlezuma n'eût ordonné ou tout au moins approuvé la conduite de son général , et quelques indices vinrent le confirmer dans celte pensée : il apprit que la lèle d'un Espagnol nommé d'Arguello avait été apportée à l'empereur. Il assembla donc ses officiers pour les consulter sur les moyens de sortir honorablement de ces difficultés. Les avis furent 1res partagés et ne parent satisfaire Cortez ; tous offraient d'imminents dangers sans promettro d'a-
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«ffitages bien grands. Il lil. sentit alors la gécessité de Ërappcr un grand coup, qui fut capable de faire une profonde impression sur l'esprit des Mexicains et de leur inspirer à la Cois du respect et de la crainte : il leur proposa de s'emparer do la personne de Montezuma et de le retenir prisonnier dans leur quartier. C'était là une audace sans exemple ; mais il sut si bien en pallier les difficultés, faire ressortir les avantages qui résulteraient du succès, qu'il entraîna tous les avis.
Pour ne point causer d'alarme, il choisit l'heure où il avait coutume de rendre sa visite à l'empereur. H ordonna que toutes les troupes se tinssent sous 'es armes dans le quartier, que les chevaux fussent sellés, et que tous les mouvements se tissent dans le plus grand silence. Ensuite, ayant fait occuper Par quelques brigades l'entrée des principales rues qui conduisaient au palais, il s'y rendit escorté de trente soldats d'élite , avec cinq de ses capitaines. On ne fut point surpris de les voir entrer avec leurs armes , parce qu'ils avaient pris l'habitude de les porter comme un ornement militaire. Montezuma les reçut sans défiance , et les officiers se retirèrent dans un autre appartement, suivant l'usage qu'il avait lui-même établi.
Cortez prit un air chagrin et commença son discours par des récriminations. Il se plaignit vivement de l'insolence de Qualpopoca, qui, au mépris de la paix, avait attaqué les Espagnols de Vera-Cruz , qui de sang-froid avait mas- Sacré un de ses soldats , qui avait été jusqu'à publier que l'empereur avait ordonné cet attentat. Montezuma parut interdit et se hâta de protester de son innocence. Cortez répondit qu'il en était convaincu; mais qu'il ne serait pas aussi facile de persuader ses soldais , et que ceux de l'empereur continueraient d'ajouter foi au récit de son général , si cette calomnie n'était effacée par un désaveu publie ; que , dans celle vue, il venait proposer à Sa Majesté de se rendre sans bruit , et comme de son propre mouvement, au quartier' des Espagnols , pour y passer quelque temps avec ses amis ; qu'une si noble confiance n'apaiserait pas seulement le courroux de son roi ei les soupçons de ses soldats, mais qu'elle tournerait à l'honneur de l'empereur en effaçant une tal|iequi le ternissait; qu'il lui jurait, au nom du plus grand prince de la terre, •in'il serait traité parmi les Espagnols avec ton! le respect qui lui était dû.
Montezuma, atterré par une si étrange proposition, demeura quelque temps immobile de colère et de surprise. Cortez, qui ne voulait employer la
fora
i la dernière extrémité , chercha de nouveaux moyens de persuasion;
'' hii dit (me le quartier des Espagnols était un de ses palais, où il leur avait feit souvent l'honneur de les visiter, et que ses sujets ne s'étonneraient pas Je l'y voir passer quelques jours, surtout pour se laver d'une imputation qui disait tort à sa gloire. Enfin le lier monarque perdit patience , et , ne dissimu-
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lanl pas qu'il avait pénétré le niolif de cette demande, il répondit brusquement qu'un empereur du Mexique n'était pas fait pour la prison, et que, quand ii serait assez lâche pour s'abaisser à ce point, ses sujets ne le pourraient jamais souffrir. Cortez prit alors un ton plus ferme, et lui déclara que, s'il cédait de bonne grfice, il lui renouvelait l'assurance qu'il trouverait chez les Espagnols tous les égards, toute la vénération due à son rang, mais que, s'il s'obstinait à résister, il ne répondait pas de sa vie. Ces débats se prolongèrent long-temps. Enfin l'empereur céda, et, se levant brusquement , il déclara à Cortez qu'il se fiait à lui et qu'il était prêt ;ï le suivre , puisque telle était sans doute la volonté des Dieux. Il donna doue aussitôt des ordres , annonçant que , pour des raisons qui intéressaient le bien de l'empire et qu'il avait concertées avec la Divinité, il avait résolu d'aller passer quelques jours dans le palais de son père; et en même temps il chargea un capitaine de ses gardes d'aller arrêter Qualpopoca et tous ses officiers.
H sortit de son palais avec un cortège nombreux ; les Espagnols entouraient sa litière, le gardant sous prétexte de l'escorter. Le bruit s'élant répandu dans toute la ville que les étrangers enlevaient l'empereur, les rues se remplirent aussitôt d'une grande multitude qui poussait des cris de vengeance; les uns se jetaient à terre , d'autres témoignaient leur affliction par des larmes. L'empereur, pour les rassurer , prit un air gai, et leur fit entendre qu'il n'était point prisonnier , que c'était volontairement qu'il allaittpasser quelques jours chez les étrangers pour se divertir avec eux; il leur ordonnait sous peine de mort de s'abstenir de toute assemblée tumultueuse.
Les soldats espagnols vinrent le recevoir avec les plus grandes marques de respect. Il choisit l'appartement qu'il voulait occuper , et l'accès en resta libre à tous ses officiers et à tous les seigneurs mexicains qui voulaient lui faire leur cour. Toutefois, sous prétexte d'éviter la confusion, en n'en admettait qu'un certain nombre à la fois, et, sans affectation , l'on prenait toutes les précautions pour s'assurer du noble prisonnier. Dès le premier jour, Cortez lui rendit une visite , avec les mêmes cérémonies qu'il avait toujours observées. 11 le remercia d'avoir honoré cette maison de sa présence , comme si son séjour y eût été libre. Le prince, feignant d'avoir oublié la violence qu'on lui avait faite, affecta un air gai et content , et distribua de ses propres mains un grand nombre de présents, s' efforçant par tous les moyens de dissiper les soupçons qu'auraient pu concevoir ses ministres , afin de conserver au moins dans l'esprit de ses sujets la dignité de son rang. On apportait du palais impérial tout ce qui devait être servi sur sa table, et les plats auxquels il n'avait pas touché étaient distribués aux soldats espagnols. Il connaissait le nom et même le caractère de (nus les officiers, et la familiarité dans laquelle il vivait avec eux leur
fit croire qu'il avait oublia ses ressentiments, ou que les témoignages continuels qu'il recevait de leur respect et de leur affection l'avaient persuadé qu'ils "'avaient eu en vue que sa gloire cl la justice. II passait les soirées à jouer avec Cortez au totoloque, espèce de jeu de quilles, avec de petites boules et de petites quilles d'or. Monlezuma distribuait son gain aux soldats espagnols , et Cortez distribuait le sien aux petits officiers mexicains. C'était ordinairement un (les capitaines de Fcrnand, Alvarado, qui marquait le .jeu, et plus d'une fois '1 lui arrivait de favoriser son général. L'empereur, qui s'en apercevait fort kien, loin de s'en fâcher, le raillait agréablement de compter mal, et ne l'engageait pas moins le jour suivant à prendre la même peine. Enfin , soit qu'il frit naturellement doux et libéral , et que la disgrâce l'eût ramené à son caractère naturel , soit qu'il se fit violence pour plaire aux Espagnols , il parvint à s'en faire aimer comme un frère. On lui permettait quelquefois d'aller se promener sur le lac et dans ses maisons de plaisance-, mais i! était toujours accompagné d'une nombreuse escorte qui le ramenait le soir dans sa prison.
Cependant le capitaine des gardes qui avait été envoyé pour se saisir de Qualpopoca et de ses officiers arriva avec ses prisonniers chargés de chaînes, Leur procès fut immédiatement instruit, et ils furent condamnés à être brûlés vifs devant le palais impérial. Cortez crut qu'il était important de presser ''exécution de la sentence , et, dans la crainte que Monlcmma ne tentât de sauver des malheureux dont tout le crime était d'avoir exécuté ses ordres, il prit une résolution qui surpasse encore tout ce que jusqu'ici nous avons vu de plus audacieux dans ses entreprises. 11 se fit apporter des fers dont on charge ordinairement les criminels, et, suivi d'un soldat qui les portail à découvert, et de quelques officiers, il se rendit à l'appartement de l'empereur. 11 aborda le monarque avec toutes les marques de respect qu'il avait coutume de lui prodiguer ; mais bientôt , prenant un air sévère, il lui déclara que Qualpopoca et ses complices étaient condamnés à mourir ; qu'en avouant leur crime , ils avaient Protesté que c'était par son ordre qu'ils l'avaient commis ; qu'une pareille accusation demandait un châtiment, quelque haut que fût placé le coupable. Et d'un ton ferme et absolu il ordonna qu'on mît les fers à l'empereur du Mexilue, et Use relira sans lui laisser le temps de répondre , défendant qu'on lui Permît aucune communication avec ses ministres.
Un traitement si inattendu, si humiliant, frappa l'infortuné monarque d'une telle stupeur, qu'il n'eut pas la force de résister, ni même de se piain- ™W; il demeura quelque temps comme anéanti et hors de lui. Quelques uns ('e ses domestiques , qui étaient présents , fondaient en larmes, sans avoir la hardiesse de parler ; ils se jetaient à ses pieds pour soutenir le poids de ses chaînes; ils faisaient passer quelques morceaux d'étoffe entre le fer et sii peau
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pour ]a garantir dos meurtrissures. Quand Monlezuwa revint de cette espèce d'égarement, il donna d'abord quelques marques de douleur et d'impatienrc; mais il se calma bientôt , et parut se résigner à son malheur comme à un châtiment qui lui venait du Ciel.
Cependant les Espagnols hâtaient l'exécution des coupables. Ayant appris que dans une des maisons de l'empereur se trouvaient entassées une multitude d'armes de toute espèce, ils allèrent s'en emparer et en composèrent le bûcher sur lequel furent brûlés Qualpopoca et ses complices. Cette exécution se fit en présence de presque toute la ville, sans qu'il se manifestât le moindre mouvement : il semblait que les Mexicains fussent frappés d'une sorte de faseination.
Aussitôt que le bûcher fut éteint , Corlez retourna auprès de Montezuma , qu'il aborda d'un air gai et caressant. Il lui dit que le feu avait fait justice des traîtres qui avaient eu l'insolence d'attenter à la réputation de leur souverain . et, le félicilant du courage qu'il avait eu de satisfaire à la justice du Ciel par lé sacrifice de quelques heures de liberté , il lui fit oter ses fers.
Cet acte de sévérité imprima aux Mexicains une crainte mêlée de respect et permit pendant quelque temps aux Espagnols de respirer en paix Corlez 'sut mettre habilement à profit ces instants de repos. Tandis qu'il envoyait explorer les mines, ,1 s'occupait lui-même activement ù asseoir sur des bases solides la piussance espagnole dans Mexico. Nous avons dit que des prophéties annoncent aux Mexicains qu'il viendrait de l'Orient un descendant de, leur fondaleur pour reformer leur empire et eu étendre la puissance. Cortez avait eu l'adresse de persuader à Montezuma que le roi d'Espagne était le conquérant promis , et il l'amena à consentir à lui rendre entre ses mains un homme™ solennel comme sou premier sujet. L'orgueil du lier monarque eut sans doute bien a souffrir de toutes ces humiliations ; mais en promettant tout , il espérait probablement se débarrasser de ses tyrans , dont le joug lui devenait do plus en plus intolérable. Il assembla donc toute sa noblesse, et lui déclara ses intentions. Le roi des Espagnols , leur dit-il , était le monarque tant do fois promis par les oracles cl si ardemment désiré : ils devaient donc reconnaître les droits héréditaires de ce prince. Il ajouta que, si ce grand empereur était venu en personne, il aurait déposé sa couronne à ses pieds; mais qu'on son absence il lui en devait faire hommage dans la personne de son ambassadeurque, pour lui marquer son respect cl sa soumission, il avait résolu de lui envoyer ses plus riches trésors ; qu'il souhaitait que tous les caciques de l'empire inulasseul son exemple, et l'aidassent, par leurs olfrandes, à composer un présent qui ne fut point indigne de leur premier maître. De quelque courage que se fût armé Monlezuma , plusieurs fois son émo-
ttoit le força d'interrompre son discours, ta l'on dit qu'en prononçant ce terme d'hommages, il s'arrêta quelques instants, et ne put retenir ses larmes, j-ortez, voyant que la douleur du souverain faisait une vivo impression sur les caciques , se hâta de les rassurer en protestant des intentions toutes paternelles du roi son maître.
Quelques jours après, Monlczuma fit porter à Cortez les riches présents <I»'d destinait au roi d'Espagne : c'étaient une grande quantité d'ouvrages d'or curieusement travaillés, des pierres précieuses , de fines étoffes do colon , dos tableaux, des tapisseries tissues des plus belles plumes du inonde , enlin tout
or qui se trouvait en masse dans la fonderie impériale. Les caciques apportèrent aussi leur contribution, et cet amas de richesses monta bientôt, en or seulement , à près de deux mille cent marcs. Cortez préleva le quint pour le foi , un autre quint pour lui , et le reste fut partagé entre les officiers et les soldats.
Quand l'empereur eut ainsi rempli tous ses engagements, il lit appeler
■ortoz , et prônant un air sévère et menaçant auquel il ne l'avait point habi- ">'.•, il lui dit que, n'ayant plus de motifs ou do prétextes pour rester à Mexi- «, il devait s'apprêter à partir; que, s'il demeurait plus long-temps il ne répondait point de la sûreté des Espagnols. Cortez n'était point sans inquiétude; il savait que les seigneurs avaient réuni une nombreuse armée et se "«posaient à venir arracher leur souverain de sa prison , soulevant le peu- Pie et l'excitant à exterminer ses tyrans. Cependant il chercha à gagner du temps, espérant toujours le retour d'un vaisseau qu'il avait envoyé en Es- Pagne. 11 répondit à Monlezuma que son intention était bien do retourner "ans sa patrie , mais qu'ayant perdu ses vaisseaux , il lui fallait le temps d'en «construire d'autres. Montezuma, qui était décidé, en cas de résistance, à employer la force, fut si satisfait de voir Cortez se rendre à ses désirs, qu'il l'embrassa vivement, et lui promit de l'aider de tout son pouvoir dans ses Préparatifs.
Soulèvement des Mevicam.. Vlorl île VI<.|ile/tim,v. La triste nuit.
Cependant, comme on ne voyait point arriver le jour du départ, la révolte, JKi depuis long-temps grondait sourdement, finit par éclater avec violence. t* quartier des Espagnols était tous les jours en butte à de nouvelles altatoes, qui devenaient de plus en plus acharnées, et où les Mexicains déployaient un courage digne d'un meilleur sort. Ce n'était plus partout et sans «"sse que des seines de carnage. Après une journée plus terrible encore que les autres, où le combat, commencé avant l'aurore, n'avait fini ou'à la nuit, I - 10
Cortez s'était retiré dans son appartement, sous prétexte de fnife panser une blessure qu'il avait reçue à ta main. Mais, comme il le dit lui-même, il ï portait une blessure bien plus profonde et plus cuisante. Il ne pouvait se dissimuler l'impassibilité do soutenir plus long-temps la guerre sans perdre sa réputation, sans perdre son armée tout entière : cor il finirait par succomber sous les attaques d'une multitude qui se renouvelait sans cesse, toujours plus exaspérée, plus avide de vengeance. Leur forteresse était bàfic sur une chaussée qui s'avançait dans le lac, et qu'on pouvait facilement couper ; alors toute retraite leur serait fermée, il leur faudrait périr jusqu'au dernier. Et pourtant comment se décider à quitter cette capitale du Mexique sur la-
quelle il avait fondé de si brillâmes
espérances. Il n'y pouvait songer sans une
poignante douleur.
Il avait passé la nuit dans cette cruelle agitation, et il ne savait encore à quel parti s'arrêter, quand un nouveau sujet de chagrin vint ajouter a ses perplexités. Montezuma, désespérant de ramener ses sujets à la soumission tant que les Espagnols seraient si prés d'eux , le fit mander et lui ordonna d'un ton absolu de se disposer à partir. Cortez , pensant qu'une retraite honorable était le meilleur parti qu'il eut à prendre, répondit qu'il était prêt à obéir; mais il demanda que tous les Mexicains posassent les armes avant qu'un seul Espagnol quittât le quartier ; puis , pour sauver sa dignité , il ajouta que dans celle circonstance il cédait moins à l'obstination de ses ennemis qu'à son respect pour l'empereur. Monlezuma parut satisfait de cette réponse, et donna immédiatement dos ordres pour Taire exécuter une condition qu'il trouvait juste.
Tandis qu'il se livrait à ce soin , on entendit sonner l'alarme dans toutes les parties du quartier. C'était un nouvel assaut des Mexicains. Ils s'étaient avances avec tant de Turie que déjà leur avant-garde se trouvait au pied du rempart. En vain l'artillerie et les arquebuses répandaient dans leurs rangs un affreux carnage ; ils se serraient , et , foulant aux pieds , sans distinction, les blesses et les morts, ils s'avançaient plus acharnés, poussant des cris épouvantables. Déjà quelques uns avaient sauté sur le rempart; d'autres, protèges par une nuée de flèches, battaient à grands coups de haches les portes et les murs. C'en était peut-être fait des Espagnols.
Montezuma, fidèle à la
convention qu'il venait de faire avec Cortez , le lit
informer qn ,1 avait résolu do se montrer à ses sujets pour leur donner ordre de se retirer, et inviter les nobles à lui venir exposer paisiblement leurs prétentions. On pense avec quelle joie cette proposition Tut accueillie. L'empereur n était pas sans crainte sur le succès de la démarche qu'il était sur le point d'entreprendre; aussi est-ce en nroio à la plus vive agitation qu'il s'y
disposa, il revêtit le manteau impérial et lous les ornemente qu'il ne portait que dans les grandes occasions, afin d'imposer plus de respect et de calmer Plus facilement l'effervescence de la foule. 11 se rendit sur le rempart avec les "obles Mexicains qui étaient restés à son service, et protégé par une double "aie de soldats espagnols. Un de ses officiers avertit à haute voix les habitants de prêter une respectueuse attention au grand Monlezuma, qui venait Écouter leurs demandes et les honorer de ses faveurs. A ce nom, le tumulte tomba tout à coup, el la plupart des mutins se prosternèrent. L'empereur fit approcher les officiers qu'il reconnut dans la foule, et leur prodiguant les Presses, il les remercia du zèle qu'ils témoignaient pour sa liberté. Mais il tes assura que c'était volontairement qu'il demeurait avec les Espagnols; qu'il avait pris néanmoins le parti de les congédier, et qu'ils consentaient eux-mêmes à s'éloigner dés que 1rs Mexicains seraient rentrés dans leurs maisons. H ordonnait donc à tous ceux qui le reconnaissaient pour maître de quitter immédiatement les armes.
Ce discours fut écouté sans que personne eût l'audace de l'interrompre; niais personne non plus ne parut disposé à se retirer. Un profond silence tint quelques instants en suspens cette multitude naguère encore si tumultueuse; mais le bruit recommença par degrés, la sédition reprit toute sa force, des cris s'élevèrent contre Montezuma, qu'on accusait de traîtrise et de lâcheté , et bientôt les injures furent suivies d'une grêle de traits qui semblaient dirigés contre lui. Quelque empressement qu'eussent mis les Espagnols à le couvrir de leurs boucliers , il fut atteint de plusieurs coups de flèches, el une pierre vint le frapper à la tète et le renversa sans mouvement. C'était le plus fâcheux contre-temps qui pût arriver à Cortez ; aussi ce fut avec un emportement terrible qu'il se précipita à la défense des remparts. Bais déjà les ennemis avaient disparu. À peine avaient-ils vu tomber leur Maître que, saisis d'une mortelle épouvante , ils s'étaient enfuis précipitamment, comme s'ils eussent été poursuivis par la colère du Ciel.
Quand l'empereur revint à lui, il s'abandonna à un si violent désespoir 'I'1 il fallut le retenir pour l'empêcher d'attenter à sa vie. Il repoussait tous les SlJîus, et sa douleur s'exhalait en effroyables menaces, qui bientôt se terminaient par des gémissemens et des pleurs. Le coup qu'il avait reçu à la tête '■'ail dangereux; cet état d'exaspération continuelle le rendit mortel. Il expira ie troisième jour, en chargeant , dit-on , les Espagnols du soin de le venger. ftl;,is peut-on croire que ce monarque infortuné se soit ainsi mépris jusqu'à St'S derniers moments sur ses véritables ennemis ? N'est-on pas tenté de mettre °n doute la véracité des auteurs espagnols, quand on les voit pousser l'esprit •** parti jusqu'à traiter de témérité brutale , de férocité , la bravoure héroïque
de ces hommes qui combattaient nus pour leur Lttieité contre des tyrans armé» de fer el d'armes meurtrières. Car, si l'on se seul tout d'abord saisi d'admiration pour l'intrépidité de celle poignée d'Espagnols affrontant les forces d'un puissant empire , on ne peut reruser non plus un légitime hommage à la conduite des Mexicains. Après avoir prodigué l'accueil le plus hospitalier à des gens qui parlent en maîtres , ils ne se déclarent contre eus que lorsqu'ils ne peuvent plus douter que leur empereur est retenu dans une honteuse captivité. A la valeur qui brave la multitude ils opposent celte valeur, plus difficile peut-être , qui affronte la mort se présentant sous une forme nouvelle et terrible ; ils s'instruisent au milieu du carnage ; ils se disciplinent dans la dostruct,on. Ils comprennent ce que peut ce mépris de la mort ; et dussent-ils échanger la vie de mille Mexicains contre celle d'un Espagnol, ils anéantiront la tyrannie dans un fleure de sang. C'est là , si l'on veut , le calcul du désespoir', mais ce desespoir est magnanime , et , sans la mort de Montezuma, il est probable qu'il aurait écrasé les Espagnols. Mais ce funeste événement leur fit tomber les armes des mains au milieu de la plus vive exaspération , et cette sensibilité , qui leur fait honneur, sauva leurs ennemis. C'est ainsi que les vertus des Mexicains tournèrent plus d'une fois contre eux.
Corlez lit porter le corps de Monlezuma dans la ville par six des officiers qui étaient demeurés près do lui, et du haut de leurs remparts les Espagnols purent admirer la pompe de ses funérailles. Pondant la maladie de l'empereur, les Mexicains n'avaient fait aucun mouvement, et le général augurait bien de cette tranquillité. Mais il apprit qu'ils avaient employé ces trois jours à se choisir un nouveau maître, et à faire d'immenses préparatifs de guerre. Eu effet , le jour même des funérailles de Monteztima , on vit déboucher de loutes paris des troupes nombreuses qui s'emparèrent des avenues du quartier, et pendant quelques jours ce furent de continuelles attaques, toujours plus acharnées , toujours plus meurtrières. Enlîn les Mexicains étaient parvenus à rompre tous les ponts ; ils avaient creusé des tranchées , élevé des remparts : il ne pouvait plus rester d'espoir aux Espagnols. Corlez assembla tous ses 0» wers et leur exposa le danger de leur situation. 11 n'y eut qu'une voix sur la nécessité d'un prompt départ ; mais comment l'effectuer» Serait-ce do jour, ou si l'on choisirait la nuit. Après une longue discussion , on se décida pour ce dernier parti , et l'exécution en fut fixée à la nuit suivante.
Après avoir pris toutes les mesures que nécessitaient les circonstances, le général se ht apporter le trésor de Montezuma; il en lira le quint de la couronne , dont on chargea quelques chevaux blessés ; et pour ne pas s'embarrasser d'un fardeau mutile, il résolut d'abandonner leresle, qui se montait* plus de sept cent mille écus. Cependant . connue quelques soldats paraissaient
P*5" saiislails de ce parti , il permit à chacun d'en prendre ce qu'il se croirait Capable tli; porter dans sa marche . el la plupart se chargèrent avec une im- PTOOente avidité, rjuî devin I funeste à plusieurs.
"était près de minuit quand les Espagnols sortirent de leur quartier, dans * plus profond silence. Ils marchèrent quelque temps sans rencontrer aucun TOStacle ; déjà lavant-garde avait franchi le premier canal à l'aide d'un pont ""tout , el le corps d'armée la suivait , quand tout à coup d'épouvantables cris 5 "•■levèrent de toutes parts et furent immédiatement suivis d'une nuée de «ches qui jela le désordre et L'effroi parmi les Espagnols. Ils se trouvaient ors divisés eu trois corps, cl avant qu'ils eussent eu le temps de se reconnaître, avant qu'ils eussent pu se rejoindre, ils s'étaient vus enveloppés de «Us côtés par une innombrable multitude altérée de sang et de vengeance. Aussi pendant quelques heures le carnage fut horrible. Quand , au point du J01"1, les débris de l'année purent enfin se réunir, il manquait dans les rangs "eux cents Espagnols et plus de nulle Tlasealans. Le souvenir de celle nuit ,!1tale s'est conservé dans la Nouvelle -Espagne; on l'appelle encore noclie frme, la triste nuit.
La douleur de Corfez lut si vivo , qu'on le vit répandre des larmes. Cepen- ^nt, rassemblant tout son courage, il se bâta de profiter des instants que les "exicajns donnèrent aux funérailles de leurs morts. H réorganisa sa petite arlllt;ei et se mil en roule pour Tlascala , sous la conduite des troupes de celle rePublique. II fut constamment suivi dans sa marche par une armée de Mexita'ns qui grossissait tous les jours , et il lui fallut soutenir encore de nombreux ^inhats. Mais à force de prudence et de courage il en sortit victorieux, el. il «teignit enfin le territoire de ses fidèles alliés , qu'il reconnut à la muraille (Iue ces peuples avaient élevée pour la défense de leur frontière , el dont on °'t encore aujourd'hui les ruines. Il y reçut les marques du plus vif attachement; son entrée dans Tlascala se fit avec la plus grande pompe, el les Espa- Bnols purent enfin se reposer des fatigues de tant de combats.
""Uïtllc eipéililion ronlrij Mi-lico. Wleiw- licroïiinc îles Mcsusiins. Cuiilimuiin. Uriliiiliun Je Meiico.
Gortez avait lui-même beaucoup souffert dans celle pénible retraite ; il avait e,.;|i plusieurs blessures qui tirent craindre un Instant pour sa vie. Mais grâce Ult lions soins que lui prodiguèrent les Tlasealans, il fut bientôt l'établi. En
"UlUant Mexico, il n'avait cédé qu'à la nécessité , se promeltant bien d'y re- ''"'r dans des temps meilleurs. Tout ce qu'il avait vu n'avait fait que l'af- Pr"iir de plus en plus dans le projet de soumettre à l'Espagne ces conlrées
^fentes. Aussi, dés que ses forces le lui pennirent , il s'occupa activement
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a reorganiser son armée, et au tout de quelques mois, il se trouva à la ta» (le forces assez considérables pour tenter la conquête du Mexique. Ses troupes se composaient de neuf cents fantassins espagnols bien armés, de quatrevingt-six cavaliers , et de plus de cent mille alliés. Il avait en outre dix-lm'1 pièces d'artillerie, avec une abondante provision déballes et de poudre.
Les Mexicains avaient appris les projets de Cortez, et ils n'étaient point restés dans l'inaction. Le nouvel empereur, Guatimozin , avait fait d'immenses préparatifs do défense. Aussi la marelle des Espagnols ne fut qu'un comW continuel; il leur fallait emporter d'assaut le moindre village, le moindre monticule. Les Mexicains dérendirent leur territoire pied à pied avec un Héroïsme digne d'admiration. Mais ils luttent en vain, en vain ils se font massacrer entassant les cadavres pour arrêter leurs ennemis : leur multitude indisciplinée doit reculer devant la tactique habile de Cortez , devant ces armes meurtrières qu, font de si larges trouées dans leurs rangs; chaque jour ils perdent du terrain , et l'armée espagnole arrive enfin sur les bords du lac qui baigne Mexico.
Bientôt ce lac immense se couvrit d'une quantité prodigieuse de canots cliarges de guerriers aux armes et aux plumes éclatantes, et présenta aux Espagnols un spectacle à la fois magnifique et terrible. Mais que pouvaient ces frêles embarcations contre de lourds liriganlins , qui , se précipitant à force de rames et de voiles, on coulèrent bas ou en brisèrent par un seul choc autan' qu ds en rencontraient, tandis que l'artillerie étendait au loin ses terribles ravages. Aussi cette vaste surface fut-elle bientôt balayée, et les EspagM* vinrent mettre pied à terre à l'entrée de Mexico. Là ce fut pendant quelques jours un horrible massacre; chaque maison était une forteresse qu'il fallait emporter d'assaut; les rues étaient creusées de nombreuses tranchées qu'on ne pouvait franchir qu'en les comblant de cadavres. L'élite des Espagnols péri dans ces meurlrteres journées, et peut-être l'armée entière ciit été ensevelie sous les rumes de Mexico, si on ne fut parvenu à s'emparer de Guatimozin, qui, voyant son palais attaqué, s'était embarqué avec toute sa famille pour lu, chercher quelque part „„ asyle plus sur. Dès qu'il se vit au pouvoir
l,5î,?':,"!' ''"rdle * «iots de déposer les armes, et la redddron de la vdle ne rencontra plus dès lors aucun obstacle. Mexico, naguère s, riante et s, belle, n'offrait plus qu'un spectacle hideux; les morts entasses pc o-mcle avec les décombres étaient si nombreux, que Cortez se bâta de sorte de la vdle jusqu'à ce qu'on l'eût purgée de ces germes d'infection.
L'avidité des vainqueurs dévorait en idéeles IrcsorsdoGuatimozin. clquanil on v,l quu Cortez il en parlait point, de violents murmures éclatèrent contre
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11 1 on l'accusait de s'entendre avec l'empereur, eL pour se laver de ces soupns i '1 fut obligé de consentir qu'on mît à la torture cet infortuné monarei pour le contraindre à découvrir le lieu où il avait caché ses richesses. Guafiu i*Zin f,U élenclu sur des charDons ardents , et un de ses principaux officiers les UT^ Pr^S de 'Ll' a" niêrae suPPlice- C'est à ce seigneur, dont il entendait .'* I' •'iules, que Guatimozin, qui souffrit ce cruel supplice avec une constance ^ arable, adressa ce sublime reproche : Et moi, suis-je donc sur un Ut de f Sps ■' Cortez fit enfin cesser cette odieuse cruauté , et il fallut en croire litlil","?|,°ur> 'lui déclara avoir jeté tous ses trésors dans le lac. Mais on fit d'înuentr recherches P°ur les découvrir, et le dépit qu'cm-essentircntles Espagnols (K3 Sans doute pour beauC0UP daQS l'antt tic mort qu'ils prononcèrent ™*X ans plus tard contre le successeur de Hontezuma : on l'accusa de conspi-
t0ni et il expira sur le gibet.
imj ",SI flU 0pérée par unc Poî8née d'aventuriers sans mission la conquête du
h^Ut empire du Mexique , que l'on peut regarder comme l'un des plus
redd^-eXPl0ilS deS â§GS anciens et moderne&- La prise de la capitale amena la
1 JJon de tout le royaume, et Cortez déploya une si intelligente activité,
Mexico eut bientôt relevé ses ruines , et devint plus florissante que jamais.
il i,^"*1'-1"1' mai&& "'éclat des services que Cortez avait rendus à l'Espagne ,
(le ]'.' Ut ' comme tous les conquérants de l'Amérique , essuyer les attaques
■ a haine et de l'envie. Rappelé pour se justifier des accusations de ses enne-
. > 'I n'en put triompher qu'à moitié, et, ainsi que Colomb, il mourut dans
Hrâce et le chagrin.