BÉTAILS SUR L'ANCIEN MEXIQUE
e Meïico. Description de Mexico. Palais et maisons de l'empereur. Ménageries. Arsenaui. Places publiques. Commerce.
H dT <le passer à la dcscr'Pli»n * Mexico , il n'est pas sans intérêt de paru lac qui baignait coite ville célèbre.
"'Heur* ** M<iXiC0 P"8™1" ™ singularité qui ne se rencontre nulle part "le pi"' " œ' d'™?, ™ dcilx tarlies 1ui ne S"M séparées que par une (ligue 'lévcrJrr°' Lï I"-™1'™'3» un P™ plus élevée que l'autre, dans laquelle elle se «Jnde "' °!t d'a"1 douct! ' dle ost louiom's calme et abonde en poisson. La se- "'ï Ir Par'"! Kl d a'U Sallîei Cn° œl Sl"elte à lle violentes agitations , cl l'on °"w aucune espèce de poisson. Elles ont l'une et l'autre environ sept
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lieues de long et autant de large; leur cireoniérenee commune est d'à peu pr& Irai le lieues. Les villes nombreuses qui s'élevaient sur les bords de ce lac étaient sujettes à de fréquentes inondations qui en rendaient le séjour parfois tWS dangereux. Les digues qu'avaient fait construire à grands frais les anciens rois ne suffisaient pas toujours pour arrêter la violence des torrents qui se pré** pilaient des montagnes voisines. Depuis, les Espagnols imaginèrent de creuser un canal pour recevoir et détourner les eaux qui se jettent dans le lac et Ie font déborder ; mais ce travail , qui a coûté à l'Espagne des sommes imin^1" ses, et aux Mexicains d'incroyables fatigues, n'a encore produit que des résultats peu satisfaisants.
La ville de Mexico s'élève sur le bord septentrional du lae salé; mais elle est sillonnée de tant de canaux qu'on la dirait bâtie dans le lac, comme Veni* l'est dans la mer. Elle était autrefois composée d'environ vingt mille maisons, et les rues en étaient toutes tort larges et fort belles ; quelques unes , dans toute leur largeur , étaient des canaux traversés par un grand nombre de pouls. La plupart des maisons avaient deux portes, l'une donnait! sur la chaussée , l'autre sur le canal. Elles étaient petites , basses et sans fenêtres , a' cela par un singulier ordre de police, qui voulait que les simples uabitan» fussent plus humblement logés que les seigneurs ; mais elles étaient propres , commodes , et capables, malgré leur exiguïté , de contenir plusieurs ménage*- Si l'on en croit les premiers voyageurs, Mexico aurait été trois fois grand6 comme Marseille, et remportait de beaucoup sur Venise par sa belle appa' renée ; ce qui venait sans doute de la multitude des palais de l'empereur et d° la noblesse, et surtout delà hauteur de ses temples. On s'imaginera facile' meut combien devaient être nombreuses les maisons des nobles, quand 0» saura que l'empire n'avait pas moins de trois mille caciques ou seigneurs ** ville, qui étaient obligés de venir passer une partie de l'année dans la capitale. sans complet- la noblesse inférieure et les officiers du palais. Une des grande incommodités de la vitlc, c'était le manque d'eau douce, celle du lac ne pouvant servira aucun des besoins de la vie ; ils en faisaient venir par des ^l1"" ducs de terre cuite de Chapullépèque , petite montagne à trois milles de la ville. C'est encore du même lieu qu'on en tire aujourd'hui.
Le premier des palais impériaux, nommé Tépac , était d'une grandeur d d'une magnificence surprenantes. On y entrait par trente belles portes q"' donnaient sur autant de rues , et dont la principale, comme nous l'avons déjà dit , était surmontée des armes de l'empereur. La partie des édifices qui s.'i" vail rie logement au souverain renfermait trois grandes cours, ornées d* euiie d'une belle fontaine; cent chambres de vingt-cinq à trente pieds * teng , et cent bains. Quoiqu'il n'entrât nas un clou dans la construction de $
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- SI — V;isie bâtiment, tout y était d'une solidité que les Espagnols ne pouvaient 80 lasser d'admirer. Les murs étaient 1111 mélange de marbre, de jaspe, de Pwphyrc, et de différentes pierres, les unes noires et rayées de rouge, les aBfres blanches, jetant le plus vif éclat. Les toits étaient formés de planches m'»ces , mais fortes et jointes avec beaucoup d'art. Toutes les chambres paient curieusement parquetées de cèdre et de cyprès, et nattées à hauteur aPpui. Les unes étaient enrichies de tableaux et de sculptures représentant "Oférentes sortes d'animaux; les autres revêtues de riches tapisseries de co- "*" , de poil do lapin et. de diverses plumes. Les lils répondaient peu à cette Wndeur. C'étaient simplement des nattes cl une couverture. Mais peu d'honin|PS couchaient dans ce palais ; il n'y restait le soir (pie les femmes de l'emj^ur, dont on fait monter le nombre jusqu'à trois mille, en y comprenant Ies suivant et les esclaves. Il n'était pas rare d'en voir cent cinquante enraies à la fois; mais la couronne ne pouvant être dévolue qu'aux enfants ^ trois impératrices, les autres faisaient ordinairement périr leur fruit par ■fes drogues meurtrières. La plupart étaient les filles des principaux seigneurs , ^'re lesquelles Montezuma s'était attribué le droit de choisir celles qui lui faisaient. Elles étaient entretenues avec le plus grand luxe ; mais leurs moin- "res fautes étaient sévèrement punies.
°utre le Tépae, l'empereur avait dans la ville plusieurs autres maisons, "°nt chaeune offrait quelques singularités remarquables. L'une, percée de v3sies galeries (pie soutenaient des colonnes de jaspe, renfermait toutes les esl'èces d'oiseaux qui naissent au Mexique, et dont le plumage ou le chaut elll't plus particulièrement estimé. Les oiseaux de mer étaient nourris dans Un étang d'eau salée, et ceux de rivière dans de grandes pièces d'eau douce; c°u* des bois et des champs peuplaient toutes les galeries. On les plumait dans Certaines saisons pour vendre leurs plumes, dont on faisait des étoffes, des fléaux et d'autres ornements. Cette précieuse marchandise formait une branclie importante de commerce , et donnait un revenu considérable.
Ùansune autre maison, l'empereur avait son équipage de chasse, composé ^liculièromcnt d'un grand nombre d'oiseaux de proie, dressés à tous les ""■^cices de la fauconnerie ; les uns renfermés dans des cages nattées et commodes, d'autres perchés sur des bâtons. Une cour de la même maison était rPmpiie de bons, de tigres, d'ours et d'autres bêtes féroces inconnues en Europe , rangées par ordre dans de grandes cages de bois. Quelques relations V{l|Hent dans ce nombre un animal très rare qu'elles nomment le taureau '''' Mexique , et qui n'est autre que le bison , espèce de taureau vigoureux: et
r°ce, qui a la bosse du chameau et la crinière du lion. Les mêmes écri- "aîns racontent que , dans une troisième cour, on voyait renfermés dans des
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vases, dans dos Irons, dans dos caves, un horrible assemblage do vipères, do scorpions et d'autres animaux venimeux, cl jusqu'à desserpenlsà sonnettes et dos crocodiles , qu'on nourrissait du sang des victimes humaines immolées dans les temples.
Dans les chambres hautes de cette maison l'empereur faisait nourrir des bouffons, des bateleurs, et aussi des nains, des bossus, dos aveugles, et tous ceux qui avaient apporté en naissant quelque singularité monstrueuse. U» avaient des maîtres qui leur faisaient apprendre divers tours de souplesse accommodés à leurs défauts naturels , et on eu prenait un si grand soin , leur cou-' dilion était si douce, que plus d'un père estropiait ses enfants pour leur procurer une vie paisible et l'honneur de servir à l'amusement de leur maître.
Mais ce qui , sans doute, paraîtra plus étrange encore, c'est que l'empereur avait choisi cette maison pour y exercer plus particulièrement ses pratique* de religion. Il j avait lait construire une chapelle dont la voùtc était reïêtua de lames d'or et d'argent étineelantes de pierres précieuses, et il s'y rendait chaque nuit pour consulter ses dieux, au milieu des cris et des hurlements des hôtes sauvages de ce palais.
Deux autres maisons se faisaient encore remarquer, l'une servant d'arsenal pour fabriquer les armes , l'autre de magasin pour les conserver. Les plu* habiles ouvriers étaient entretenus dans la première, et ils y (iraient traités avec une distinction égale à leur talent. L'art le plus commun était celui i» faire des flèches et d'aiguiser des cailloux pour les armer. On en faisait de prodigieux amas, qui se distribuaient successivement aux armées et aux places frontières; mais il en restait toujours une grande quantité dans le magasin. Les autres armes étaient dos arcs, des carquois, des massues, des épées garnies de pierres qui en faisaient le tranchant; des dards, des zagaies des frondes , et jusqu'aux pierres qu'elles servaient à lancer; des cuirasses ] des casques, des casaques do coton piqué à l'épreuve des flèches ; de petits boucliers, cl de grandes rondaehes do peau qui couvraient tout le corps, et qui se perlaient roulées sur l'épaule jusqu'au moment de combattre. Un appartement particulier renfermait les armes de l'empereur. Toutes ces armes, suspendues dans l'ordre le plus parfait, étaient ornées de feudles d'or et d'argent , de plumes rares et de pierres précieuses , et offraient un coup d'oui éblouissant. Cet immense dépôt était vraiment digne du plus grand monarque et de la plus brave nation.
Mais, de tous les palais de Montezuma , celui qui causa le plus d'étonnement aux Espagnols fut un grand édifice que les Mexicains nommaient J» liaison ,lc tristesse. La seule architecture de celle maison inspirait la tristesse. Les murs, le toit et tous les meubles en étaient noirs et lugubres; les le-
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BÉlres, fort étroites, étaient fermées d'une espèce de jalousies si serrées Qu'elles laissaient à peine quelque passage à la lumière. C'est là que l'empereur se relirait dans les grandes calamités publiques , et lorsqu'il avait perdu Quelque femme ou quelque parent qu'il aimait.
Toutes les maisons de l'empereur étaient entourées de jardins admirablement cultivés, dans lesquels jaillissaient de nombreuses fontaines d'eau douce. Le& fruits et les légumes en étaient bannis , par la seule raison qu'il s'en ven- 7&1 au marché, et que, suivant les principes de la nation, un prince ne devait pas chercher du plaisir dans ce qui faisait un objet de lucre pour ses sujets. Mais on y voyait les plus belles fleurs de ce riche climat, disposées en 00,11 par liments jusque dans les cabinets, et toutes les variétés d'herbes médicales que le Mexique produit en abondance, et Monlezuma se faisait lion- Heur d'y laisser prendre gratuitement les simples dont les médecins avaient es°iri pour leurs malades.
Entre plusieurs grandes places qui faisaient un des principaux ornements ue Mexico et qui servaient de marchés , il en était une, nommée Tlateluco, 1lle Ton vantait plus que toutes les autres. C'était, dit Herrera, l'une des plus vastes du inonde ; aux jours de foire, il s'y réunissait plus de cent mille
•mines , et les tentes étaient si pressées qu'on avait grande peine à circuler.
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'entes les boutiques étaient couvertes de toiles de colon à l'épreuve du soeu el de la pluie- Les relations espagnoles s'étendent longuement sur le "oiiibre el. la variété des marchandises qui y abondaient. Nous croyons de- V|Jii' emprunter à Gage un aperçu qui pourra donner une idée du commerce eL des arts chez les anciens Mexicains , et qu'on ne lira peut-être pas sans intérêt.
Les marchandises les plus communes , dit cet auteur, étaient diverses es- (Soes de nattes, fines el grosses, toutes sortes de vaisseaux de terre peints ou Vemis; des peaux de divers animaux, surtout de cerfs, apprêtées avec ou ^ûs poil , et diversement coloriées ; des monceaux de plumes, des oiseaux en l'uiines, de toutes les espèces et de loutes les couleurs; des toiles eldes draps "e coton ; des toiles composées de feuilles et d'écorce d'arbres , de poil de la- "* et de plumes ; du fil de poil de lapin , et d'autres fils de toutes les coueurs. U y avait des lieux particuliers pour les objets qui demandaient beauc°up de place, comme la pierre , la chaux, la brique, et les autres matériaux construction.
Mais la plus riche partie du marché était celle où l'on vendait les ouvrages " or et de plumes. On y trouvait toutes sortes de tableaux en plumes des couei|rs les plus variées. Les Mexicains excellaient dans cet art ; ils représentaient ivce tant de vérité les animaux , les arbres, les fleurs, les herbes, etc., que ces
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ouvrages excitaient au plus haut point l'admiration dos Espagnols. Mais ce n'était qu'à force do patience et do travail qu'ils atteignaient colle perfection ■ souvent un ouvrier passait uu jour entier sans manger pour mettre une plume a sa vraie place , la tournant el la retournant mille fois , au jour et à l'ombre, pour mieux juger de son effet.
Leur orfèvrerie élait aussi fort belle, lis faisaient d'excellents ouvrages ail moule, et les gravaient ensuite avec des poinçons de caillou. Il en était pari»' ces ouvrages qui épuisèrent toute l'habileté des artistes européens de l'époque, entre autres dos plais à huit faces, chacune d'un métal différent, c'est-à-dire alternativement d'or et d'argent, coulés sans aucune soudure, et des chaudrons , aussi coulés , avec des anses mobiles'. Ils jetaient en moule des poissons dont les ocadles étaient alternativement d'or ol d'argent; des perroquets qui remuaient la tète, la langue elles ailes: des singesqni faisaient divers exercices, tels que de filer au fuseau , de manger des pommes, etc.— Ils excellaient aussi dans l'art d'émailler , et do mettre en œuvre lotîtes sortes de pierres précieuses. On vendait dans la même partie du marché de l'or, de l'argent, du cuivre, etc., ainsi que des pierres précieuses, dos couleurs , des coquillages , et des amandes de cacao , qui servaient de monnaie courante dans le pays , comme cela existe encore aujourd'hui : cent vingt des plus grosses et deux cents des plus petites valent environ cinq sous de notre monnaie. Il y avait des quartiers distincts pour les fruits , pour les herbes el les graines , pour les viandes et pour les animaux. Lne vente considérable était celle d'une sorte de terre ou limon poudreux, qui s'amassait, dans une certaine saison de l'année , sur l'eau du lac. Cette substance en se formant ressemblait beaucoup à l'écume de la mer; on l'enlevait avec une sorte de réseau , on la niellait en tas pour la faire condenser, puis on en pétrissait des gâteaux plats semblables à des briques. Celle marchandise n'élail pas recherchée seulement des Mexicains ; elle s'envoiail au loin dans les provinces, où elle était aussi estimée que le meilleur fromage l'est en Europe. On croit que c'est l'excellence do celle écume qui attirait sur le lac la prodigieuse quantité d'oiseaux dont il élait couvert en tout temps et plus particulièrement on hiver.
Tous les marchands du Tlateluco payaient à l'empereur un droit pour leur boutique , moyennant lequel ils devaient être garantis des voleurs par des officiers qui veillaient incessamment à la sûreté du commerce.
Il y avait au milieu do ce vaste marché un édiiiee d'où l'on en pouvait apercevoir toutes les parties , et dans lequel siégeaient douze vieillards pour juger les contestations qui s'élevaient entre les négociants.
Le principal commerce se faisait par échange; on donnait une poule pour une gerbe tic maïs, de la toile pour du sel, etc. , et les cacaos servaient de
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monnaie courante pour les appoints. Ils avalent diffère nies mesures en Dois et en terre pour les liquides et les solides, etc.
Si l'on ajoute à tous les traits de cette description la brillante actmté de deux «M mille canots . des formes les plus variées , qui voltigeaient sans cesse d'un Wd à l'autre du lac , et do plus de cinquante mille qui sillonnaient en tous sens les canaux de la ville, on concevra sans peine l'impression que Mexico dut Produire sur l'esprit des Espagnols, et l'exaltation de leurs récits paraîtra "loins surprenante.
Origine.
impériale. Audiences de l'empereur. Ses repas. Couronnement des empereurs. Revenus de lu cnuronne.
Comme presque tous les peuples de la terre , les Mexicains , parmi les taules lui enveloppent leur origine, ont place la tradition d'un déluge universel. Leurs idées sur l'origine des choses avaient des rapports singuliers avec les livres de Moise, et bientôt nous verrons dans leurs cérémonies une analogie frappante avec celles des chrétiens. Ils racontaient que Dieu avait crée de terre «n homme et une femme ; que ces deux modèles de la race humaine, s'etant «s baigner, avaient perdu leur forme dans Peau, mais que leur auteur la leur avait rendue , avec un mélange de certains métaux , et que le genre humain tirait d'eux leur origine; que, les hommes étant tombés dans 1 oubli de leurs devoirs , Us avaient été punis par un déluge universel , a I exception d un Wtre américain , nommé lV=»i , qui s'était mis avec sa femme et ses enfants dans „„ grand coffre de bois, où il avait rassemblé aussi quantité d animaux et d'excellentes semences; qu'après rabaissement des eaux il avait lâche un oiseau nommé aura , qui n'était pas revenu , cl successivement plusieurs attires , q„i „e s'étaient pas fait revoir ; mais que le plus petit , et celui que les Mexicains eslimeul le plus pour la variété de ses couleurs , avait reparu bientôt avec une branche d'arbre dans le bec.
Cet heureux couple arriva au pied ,1,' la n.onlagne de Culnacliau , une de «lies qui environnent la vallée du lac. 11 y mit au monde un grand nombre d'enfants qui naquirent tous muets. Un jour une colombe vint se percher sur mi arbre fort élevé et leur apporla la parole ; mais l'un n'entendant point e langage de l'autre, ils prirent le parti de se séparer, (juuue chefs de famille qui eurent le bonheur de parler la même langue s'unirent pour aller chercher "Oc autre habitation. Après avoir erré pendant cent quatre ans . ,1s srnsèrenl au bord du lac , où ils fondèrent une ville qui devint Mexico.
Les premiers habitants du Mexique paraissent avoir été des sauvages sans Migion et presque sans gouvernement, se nourrissant de leur chasse el de
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— 8G — faeincs, et dormant dans dos grottes ou des buissons. Peu à peu ils se réunirent en corps et se donnèrent un roi. Mais ce ne fut que sous Montezuma 1er j le cinquième de leurs rois , que l'empire du Mexique commença à jeter queP que éclat. Montezuma TI le porta au plus haut degré de splendeur et de puis" sance. Ce prince fastueux s'ingéniait à inventer de nouvelles cérémonies. SOP seulement il avait doublé le nombre des officiers de sa maison, mais il en at# exclu toutes les personnes d'une naissance commune, ne voulant être entoim'' que des plus nobles seigneurs. 11 avait deux sortes de garde : l'une de solda'8 qui occupaient toutes les cours de son palais ; l'autre , intérieure , composée de deux cents nobles qui entraient chaque jour au matin dans les appartements. Toute la noblesse de l'empire , celle même des provinces les plus éloignées, était appeléeà ce service, qui était organisé par bourgades et se faisait à tour de rôle. Les antichambres étaient leur principal poste , et ce n'est q»c rarement que le maître les recevait.
Les audiences publiques de l'empereur étaient rares; mais elles duraient une grande partie du jour, et les préparatifs en étaient imposants. Tous les nobles qui avaient l'entrée du palais recevaient Tordre d'y assister et leâ conseillers d'état devaient être rangés autour du trône pour être prêts à donner leur avis sur les points importants ou difficiles. Un grand nombre de secrétaires, placés suivant leurs fonctions, notaient les demandes des suppliants et les réponses ou les arrêts du prince. Ceux qui voulaient se présenter avaient donné leurs noms à des officiers chargés de ce soin. Ils étaient appelés l'ui' après l'autre. Chacun entrait nu-pieds et les yeux baissés, en faisant successivement trois révérences; à la première il disait Seigneur, à la seconde Monseigneur, à la troisième Grand sei/pieiir. Le suppliant , après avoir exposé sa demande, et reçu la réponse, à laquelle il ne lui était pas permis de répliquer, se retirait , en répétant les trois révérences , sans tourner le dos , et surtout sans lever les yeux. La moindre faute dans l'observation de ce cérémonial était punie sur-le-champ avec une extrême rigueur, et les exécuteurs du châtiment attendaient le coupable à la porte.
I L'empereur mangeait seul, et quelquefois en public, mais toujours entouré du même laste. Ordinairement on lui servait environ deux cents plats- Ils étaient la plupart si bien assaisonnés qu'ils plurent tout d'abord an* | Espagnols, et se répandirent même dans la suite jusqu'en Espagne. On ran-, geait d'abord tous ces mets autour d'une salle sur de vastes buffets. Monte-' zuma, avant de se mettre à table, en faisait la revue , et marquait ceux qui lui plaisaient davantage. Le reste était distribué entre les nobles de sa garde; et cette profusion , qui se renouvelait tous les jours , était la moindre partie de la dépense ordinaire de sa table , puisque toutes les personnes que leur de-
Vo« appelait au palais étaient nourries à ses frais. Après ses repas , il prenait ■^oinairement d'une espèce de chocolat, qui consistait dans la simple substance du cacao, battue en écume. Ensuite il fumait du tabac mêlé d'ambre w™) Pour s'exciter au sommeil. Lorsqu'il avait donné quelques instants au V(;Pf»s , on faisait entrer les musiciens , qui chantaient, au son des instruments, Perses poésies , dont les vers avaient leur nombre et leur cadence. Le sujet '"''liiiaire de ces chants était quelque trait de l'histoire du pays , ou des haute '"ls du monarque et de ses prédécesseurs.
Hcrrera nous a laissé des détails fort curieux, sur la manière dont MonteîJiina était servi. La table, dit-il, était une espèce de coussin, ou une paire ^ peaux rouges. Le siège de l'empereur était un petit banc d'une seule pièce, creiisé au milieu, remarquable par la beauté du travail et la richesse des Peintures. Les nappes et les serviettes étaient du coton le plus fin et plus hanches que la neige; elles ne servaient qu'une seule fois au souverain, et l'usaient ensuite aux tables des officiers. Quatre cents pages, tous gentilshommes , portaient les viandes et les déposaient dans une grande salle ; l'em- I)ereur les examinait, et d'une baguette qu'il portait à la main ii désignait ce'les qu'il voulait qu'on lui servît. Alors les maîtres d'hôlel les mettaient à Sauner sur des brasiers. Avant qu'il se mît à table, vingt femmes des Nus belles se présentaient avec des bassins pour lui donner à laver. Lorsqu'il *Wt assis, un maître d'hôtel tirait une balustrade de bois qui divisait la Sa,k pour empêcher qu'il ne fût incommodé par ceux qui étaient admis à ''honneur de le voir dîner. Pendant tout le repas il régnait un profond siler|ce qui n'était interrompu que par les saillies de quelques bouffons qu'il Se Plaisait à provoquer, Les écuyers le servaient à genoux, sans lever les ïe,|x, et les pieds nus : car on ne pouvait entrer dans la salle que nu-pieds, S0l|s peine de la vie. Les nobles de service étaient toujours obligés d'assister ilses repas, et se tenaient à quelque distance de sa table. Parfois il leur entait quelque plal , qu'Us mangeaient respectueusement. Outre les bouffons, '' S avait des nains, des bossus et d'autres gens contrefaits, qui s'évertuaient à ^ter la gaîté du maître. Les plats et le service n'étaient que de terre, ctquoil'id fort bien travaillés, ils ne paraissaient qu'une fois devant l'empereur. Mais leg vases et les coupes étaient d'orj avec leur soucoupe du même métal ; quelluefois c'étaient des coquilles richement garnies. On tenait prêles plusieurs fortes de boissons, dont quelques unes étaient parfumées, et l'empereur ''"''signait celles qu'il voulait boire. 11 mangeait rarement de la chair humaine, f'1" lallaU qu'elle eût été sacrifiée. Lorsque le couvert était levé, les daines '!"' lui avaient donné à laver, et qui étaient restées debout pendant tout le 1 l'as, sortaient, comme tous ceux auxquels il avait «'-té permis d'y assister,
II ne restait dans la salle que les officiers de garde, el si l'empereur avait envie de dormir, il s'appuyait contre le mur, assis sur le siège qui lui avait servi au dîner.
Les empereurs mexicains ne recevaient h couronne que sous des conditions fort onéreuses. Après l'élection , le nouveau monarque était obligé de se mettre à la tète de ses troupes , et de remporter quelque victoire sur les ennemis de l'état, ou de conquérir quelque nouvelle province. Aussitôt que le succès des armes avait ratifié le choix des électeurs , l'empereur rentrait triompha»' dans la capitale. Tous les nobles, les ministres et les sacrificateurs l'accompagnaient au temple du dieu de la guerre, et l'on y sacrifiait sous ses veut une parue des prisonniers. On le revêtait du manteau impérial; on lui mettait dans la main droite une épée d'or, symbole de la justice , et dans la main gauche un arc et des llèclies, symbole du commandement ; puis le cacique de Tezeuco lui posait sur la tète une riche couronne. Alors un des principal seigneurs, connu pour son éloquence, lui adressait un long discours où non seulement il le complimentait au nom de ses peuples, mais où il lui retraçait les devons attachés à la dignité suprême. Le chef des sacrificateurs s'approcha,! Mille pour recevoir son serment, serment dont on no trouve d'eranple dans aucune nation. Outre la promesse do garder la religion et les lois de I empire, et de rendre bonne justice à ses sujets , on lui faisait jurer que , pendant tout le cours de son règne, les pluies tomberaient a propos, les rivières ne causeraient point deravages par leurs débordements, les campagnes ne seraient point affligées par la stérilité, ni les hommes par les malignes influences de 1 air et du soleil.
Voici, sur la cérémonie du couronnement, quelques particularités singulières que nous a transuuses Gomara. Ou portait, dit-ii, 1„ nouveau princeau grand temple , tout „„, et dans le plus profond silence. Il s'y prosté "a . à erre , et ba,sa,t le pavé devant l'idole de Vi.zilipuzl,i. Le granlpX -
bits pontdleauv, et suivi de plusieurs autres prêtres vêtus de longes réte, 1 i venait omdre tout le corps d'une peinture for. noire. Ensuite, tom w . lu ques bénédictions, i, ,'arrosait d'une eau mêlée de feuilles de cèdr qui éta.t gardée précieusement dans le temple. Il lui mettait sur la tète un Manteau blanc, parsemé de ligures de têtes de mort, sur lequel il „ mëttaU un
si.nes de la rova,,,,'. „, MS a"Xqu* eta,em a"achës les in-
1 ee r , ? !' P°SilU S"r l8séPaules ""e Peli'« coqnih» remplie
due cérame poudre qui devait le préserver de tout mal e, de Lt sortilège. Enfin on ta, attachai, au bras gauche un sachet plein d'encens, el on lui metta,t a la ma,,, drorte „„ encensoir plein de charbons ardents. L'empereur se
eyaït alors, encensait l'idole, puis s'asseyait pour entendre le discours qui 111 était adressé, comme nous l'avons dit, par un des principaux seigneurs.
"lait conduit ensuite dans une grande salle du temple, et, chacun «'étant élire, il se phiçaît sur un lit, et restait quatre jours sans sortir , passant oul ce tempsen oraisons, en pénitences et en sacrifices. Il ne mangeait qu'une ws le jour; la nuit il se baignait en grande eau, et dans le bain il se tirait du sang dos oreilles. Les offrandes de pain , de (leurs et de fruits , qu'il faisait aux moles, devaient être teintes du sang de sa langue, de son nez , de ses mains
ld autres parties. Au bout des quatre jours, on le venait prendre pour le conjurée son palais au milieu des fêtes les plus brillantes. Ces cérémonies lui "^primaient un caractère si sacré , qu'on n'osait plus le regarder au visage.
Les revenus de la couronne devaient être immenses, puisque avec tant de ■"■us pour l'entretien de la cour, ils suffisaient à tenir sans cesse en campagne
em ou trois grosses armées et des garnisons dans les principales villes ; ce Hii n'empêchait pas de former un fonds considérable qui croissait chaque année de ce qu'on mettait en réserve. Outre les mines d'or et les salines , dont e revenu était considérable, il y avait des impôts excessifs dont les pauvres
énie n'étaient pas exempts. Le tribut des nobles ne consistait pas seulement
garder la personne de l'empereur et à servir dans ses armées avec un certain "°mbre de leurs vassaux , ils lui devaient faire encore de nombreux présents , 1" d recevait comme volontaires, tout en en faisant sentir la nécessité.
Organisation judiciaire. Ordres de chevalerie, li preuves cl iiuliiiliun ik'S chevaliers.
Le gouvernement de l'empire était admirablement organisé. 11 y avait un P emier conseil des finances, un conseil suprême de justice, un conseil de feUcrre, un conseil de commerce, et par dessus tous un conseil d'état, où l'on P°riait directement les grandes affaires, et par appel les sentences des tribu-
a,)* inférieurs. Chaque ville avait en outre son tribunal particulier pour la I fornpte expédition des affaires sommaires , et des officiers , assez semblables
u\ prévôts de l'Europe , qui faisaient des rondes régulières armés d'un bâton,
'■"'que de leur dignité , et suivis de quelques sergents. L empire n'avait point de lois écrites; l'usage tenait lieu de droit et ne pou-
'llt être altéré que par la volonté du prince. Au reste , tous les conseils étaient -'""poses non seulement de citoyens riches qu'on devait supposer à l'épreuve
de la «'lite
corruption , mais encore de ceux qui s'étaient distingués par leur condans les temps de paix ou de guerre. Ce qui est bien digne de remarque,
'st que leur mission n'était pas seulement de punir le crime; par une plus J «* attribution , digne du peuple le plus civilisé, ils étaient chargés de té-
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compenser Je mérite, qu'ils devaient chercher partout où il se cachait. Il n'î avait point défaille légère pour ceux qui exerçaient des fonctions publiques;
le moindre défaut d'intégrité était puni de mort.
Le conseil d'état n'était composé que des électeurs de l'empire et des princes du sang ; ils étaient logés et nourris dans le palais , pour être toujours prêts à paraître devant l'empereur, qui n'ordonnait rien sans les avoir consultés. Us étaient distingués par des titres étranges, composés de plusieurs idées qui «e formaient qu'un mot dans la langue du pays : l'un se nommait Prince des traits à lancer; un autre, Coupeur d'hommes ; le troisième, Épancheur de sang ; 1° quatrième, Seigneur de ta maison noire. Il ne se passait rien dans l'empire dont ou ne leur rendît compte ; aucune sentence do mort ne s'exécutait que sur ufl ordre formel de leur main.
Il n'y avait point de plus grand bonheur pour les Mexicains que de plaire à l'empereur , et surtout d'obtenir son estime par la voie des armes. C'était l'unique chemin qui fût ouvert au peuple pour parvenir à la noblesse, et au\ nobles pour s'élever aux plus hautes dignités. Montezuma, afin d'entretenir parmi ses sujets une idée aussi importante au soutien de sa grandeur, avait institué une sorte de chevalerie ou d'ordres militaires auxquels étaient attachées de grandes prérogatives. Les historiens nomment trois de ces ordres, les chevaliers de l'Aigle , du Tigre et du Lion, qui portaient la ligure de ces animaux suspendue au cou , et peinte sur leurs habits. Il y avait encore un ordre supérieur pour les princes et les nobles , et l'empereur s'y était enrôlé lui-même pour lui donner plus d'éclat. On remarque parmi les distinctions de ce premier ordre le droit d'avoir tout le corps armé en temps de guerre , tandis que les autres chevaliers ne devaient être armés que juqu'à la ceinture. Les chevaliers de tous les ordres pouvaient porter de l'or et de l'argent , se vêtir de riche coton, se servir de vases peints et dorés , et mettre des souliers , toutes choses défendues au peuple. Ils portaient une partie de leurs cheveux liés d'un ruban rouge, et de gros cordons de même couleur, qui, sortant d'entre les plumes dont leur tète était ornée, pendaient plus ou moins sur leurs épaules, suivant le mérite de leurs exploits , qu'on distinguait par le nombre des cordons. On augmentait ce nombre avec beaucoup d'appareil à mesure que le chevalier se distinguait par de nouveaux exploits.
Les chevaliers du grand ordre se nommaient Tecuitles. Cette dignité, S première de l'empire, no s'accordait qu'aux fils des principaux seigneurs $ l'on n'y parvenait qu'après les épreuves les plus longues et les plus cruelles.
Trois ans avant ['initiation , celui qui était destiné à la chevalerie invitait à la fête ses parents, ses amis , les seigneurs de la province et tous les anciens tecuitles. Ce long intervalle était établi pour donner le temps au public d'étu-
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''IW' h conduite du novice, et de s'enquérir de son courage et de ses mœurs. ^ jour de l'assemblée , tous ceux qui la composaient, parés de leurs plus ric''es ornements, conduisaient le novice à l'autel. I! se mettait à genoux avec Une égale affectation de grandeur d'ànie et de piété. Un prêtre qui se présen- Ul|t aussitôt lui perçait le nez d'un os pointu de jaguar ou d'un ongle d'aigle , Gt mettait de petites pièces d'ambre noir dans les trous. Après celte douloueuse opération, qu'il devait souffrir sans aucune marque d'impatience, le Piètre lui adressait un discours aussi ennuyeux par sa longueur que piquant Nr les injures dont il était rempli, et, passant des paroles aux actions, il lui a'sait toutes sortes d'outrages , et finissait par le dépouiller de tous ses habits. " se retirait tout nu dans une salle du temple , où il s'asseyait à terre pour y Passer le reste du jour en prières. Pendant ce temps-là , toute l'assemblée s'abandonnait aux plaisirs du festin en sa présence , et quoique la gaité fût pous- 8ee très loin , on ne lui adressait pas un seul mot. A l'entrée de la nuit , tout e nionde se relirait sans le regarder , sans lui dire adieu. Alors les prêtres apportaient un manteau fort grossier pour le vêtir , de la paille sur laquelle il de- Va't se coucher , et un morceau de bois pour lui servir de chevet, ils lui donnent de la teinture pour se frotter le corps , des poinçons pour se percer les 0rei!les, les bras et les jambes, un encensoir et de la poix grossière pour en- ^nser les idoles. On ne lui laissait pour compagnie que trois vieux soldats des Ph'S endurcis aux fatigues de la guerre, qui étaient chargés non seulement de ''instruire , mais encore de troubler continuellement son sommeil : car , pendant l'espace de quatre jours , il ne devait dormir que quelques heures , et assis- S'il paraissait s'assoupir , ils le piquaient avec des poinçons pour le réveiller* A minuit il devait encenser les idoles , et leur offrir quelques gouttes de 80,1 sang. Il faisait une fois , pendant la nuit, le tour de l'enclos du temple , et fusant la terre en quatre endroits, il y enterrait des cannes et des cartes ointes du sang de ses oreilles , de ses pieds , de ses mains et de sa langue. Enfile il prenait son repas , qui consistait en quatre épis de maïs et un verre ^'ean. Ceux qui voulaient se distinguer par leur force et leur courage ne Prenaient rien pendant quatre jours. Après ces premières épreuves , leche- Va'ier demandait congé aux prêtres pour aller continuer son noviciat dans les autres temples. Ses exercices y étaient moins rigoureux; mais ils duraient tout le reste de l'année , et pendant ce long temps d'épreuve il ne pouvait al- 'er a sa maison ni s'approcher de sa femme. Vers la fin de l'année, il commeu- G&U à chercher un jour honreux pour sortir, et lorsqu'il croyait avoir trouvé ^es augures favorables, il en faisait avertir ses amis, qui venaient le prendre '"la pointe du jour. Après l'avoir lavé et nettoyé soigneusement, on le ramenaitj au milieu delà musique et des cris de joie, au premier temple, qui était
celui do l'idole Camalté. Lu ses amis le dépouillaient dp l'habit grossier (»'8 avait porté si long-temps , et l'en revêtaient d'un très riche. Ils lui liaient les cheveux d'un ruban rouge, le couronnaient des plus belles plumes, et W mettaient un arc dans la main gauche et des flèches dans la droite. Le grandprêtre lui adressait une longue harangue remplie de l'éloge de son courage et d'exhortations à la vertu: il lui donnait un nouveau nom et le congédiait en le bénissant. Alors commençaient dans la famille du nouveau tecuitle de brillantes fêtes , qui se prolongeaient pendant plusieurs jours.
ndi,»n, Divinités, Toupie., Frîlve., Sacrilees et Fetesde. Beileet,,,.
Solis prétend que, malgré la multitude des dieux du Mexique , que les premières relations font monter jusqu'à deux miUe, on ne laissait pas de reconnaître dans toutes les parties de l'empire une divinité supérieure à laquelle on attribuait la création du ciel et de la terre; mais que cette première cause* tout ce qui existe était pour les Mexicains un dieu sans nom , parce qu'ils n'avaient point dans leur langue de terme pour l'exprimer. Ils faisaient seulement comprendrequ'ils le connaissaient, en regardant le ciel avec vénératid» Cette idée servit peu à les désabuser do l'idolâtrie. 11 fut toujours très dill'a* de leur persuader que le même pouvoir qui avait créé le monde fut capable de le gouverner sans secours. Ils le croyaient oisif dans le ciel. Ce qui parait de plus clair dans leurs opinions sur l'origine des divinités qu'ils adoraient, c'est que les hommes commencèrent ù les connaître ù mesure qu'ils devinrent misérables, et que leurs besoins se multiplièrent. Ils les regardaient comme des génies bienfaisants dont ils ignoraient la nature, et qui se produisaient lorsque les mortels avaient besoin de leur assistance.
lis ne laissaient pas de reconnaître l'immortalité des âmes , et de les croire destinées à des punitions ou à des récompenses. Toute leur religion était fondée sur ce principe, lis distinguaient divers lieux où l'âme pouvait passer en sortant du corps. Ils eu niellaient un près du soleil, qu'ils nommaient la Moi»»» du soleil m/me, et qui était le partage des gens de Lien , de ceux qui étaien' morts aux combats , et de ceux qui avaientété sacrifiés par leurs ennemis. U» méchants étaient relégués dans des lieux souterrains. Leurs enfants, et ceu> qui naissaient sans vie, avaient leur demeure marquée. Ceux qui mouraient de vieillesse ou de maladie en avaient une, autre. Ceux qui s'étaient noyés, ceux qui étaient punis de mort pour le vol ou l'adultère, ceux qui avaient »'' leur père, leur femme ou leurs enfants, leur seigneur ou un prêtre; enlin ton* avaient leur demeure dans des lieux séparés qui convenaient à leur âge , à * conduite de leur vie et au genre de leur mori.
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La principale idole des Mexicains , qu'ils traitaient (le tofifï-puissant seigneur "monde, était adorée sons !e nom de Yiteilopochtli. C'était une statue de l0ls, taillée en forme humaine, assise sur une boule couleur d'azur, posée Ur un brancard , de chaque coin duquel sériait un serpent de bois. Elle avait p front azuré, et par dessus ie nez une bande de la même couleur, qui s'élenait d'une oreille à l'autre; sa tète était couronnée de grandes plumes dont les Punies étaient dorées; elle portait dans la main gauche une rondache blanche, ec cinq figures de pomme de pin disposées en croix, et au sommet, une rie de cimier d'or accompagné de quatre flèches que les Mexicains croyaient elvoyées du ciel; dans la main droite, elle avait un serpent azuré. Yitzilo- P°clitli était le dieu de la guerre. Tïacatilporlitla , qui paraît avoir lenu le sc- ^"id rang , était le dieu de la pénitence: les Mexicains s'adressaient à lui pour "tenir le pardon de leurs fautes. Celte idole était de pierre noire, aussi hii- ^"lc qu'un marbre poli . velue et parée de rubans. Elle avait à la lèvre d'en 38 des anneaux d'or et d'argent, avec un petit tuyau de cristal, d'où sortait "e plume verte qu'on changeait quelquefois pour une bleue ; la tresse de ses 'l'eveux , qui lui servait de bande, élail d'or bruni ; et au bout de celle Iresse aidait une oreille d'or, un peu souillée d'une espèce de fumée qui représena'L les prières des pécheurs et des allligés. Knlre celle oreille el l'autre un v°V;iil sortir des aigrettes ; et la statue avait au cou un lingot d'or qui descendu assez pour lui couvrir tout le sein ; ses bras étaient ornés déchaînes d'or ; ""e pierre verte, fort précieuse, loi tenait lieu de nombril. Elle portait dans la "'aiii gauche un chasse-mouche do plumes vertes , bleues el jaunes, qui sorlail **te plaque d'or si bien brunie, qu'elle faisait l'effet d'un miroir; ce qui situait que d'un seul coupd'œil l'idole voyait tout ce qui se passait dans l'uni- Grs. Elle tenait dans la main droite quatre dards , qui marquaient le châli- ^nt dont les pécheurs étaient menacés. Tescalilpocblla était le dieu le plus •"dôme des Mexicains , parce qu'ils appréhendaient qu'il ne révélât leurs cri- ^°s ; et sa fête, qu'on célébrait do quatre en quatre ans, était une esjtècc de ju- "'<■ qui apportait un pardon général. Il passait aussi pour le dieu de la stérilité 01 du deuil. Dans les temples où il était honoré à ce titre, il était assis dans un "uteuil avec beaucoup de majesté, entouré d'un rideau rouge sur lequel étaient ^'"ts des cadavres et des os de morts. On le représentait aussi tenant de la ai" gauche un bouclier avec cinq pommes de pi n , et de la droite un dard prêt * frapper. QuaLrc autres dards sortaient du bouclier. Sous toutes ces formes, ^vait l'air menaçant , le corps noir, et le front ceinl de plumes de cailles. " paraît d'ailleurs que le peuple adorait tout ee qu'il croyait utile ou musicaux hommes, le feu , l'eau , la tare , les météores , les animaux. A. l'égard ^temples, leur architecture élail d'une magnificence bizarre dont i! sérail
difficile de donner une idée autrement que par le dessin. Ils avaient tous des loupa où l'on montait par des degrés. On y voyait non seulement quantité d'autels qui offraient les images et les statues des dieux , mais plusieurs rang* de chapelles , qui servaient de sépultures pour les seigneurs , comme les cours et les espaces voisins du temple étaient le cimetière du peuple.
Chacune des quatre portes du grand temple conduisait dans une vaste salte, et ù des chambres hautes et basses, qui servaient de magasins d'armes : car les temples étaient tout à la fois des lieux de prière et des forteresses où l'on portait pendant la guerre toutes sortes de munitions pour la défense de la ville- Quantité d'autres édifices aboutissaient de toutes parts aux murs d'enclos , et servaient de logement aux prêtres des idoles. On y voyait de grandes cours, des jardins, des étangs, et toutes les commodités nécessaires à plus de cinq mille personnes qu'on y entretenait pour le service de la religion. Ces ministres des dieux jouissaient du revenu de plusieurs villages, qui les mettait dans une abondance réservée, dans toutes les nations, pour les chefs du clergé.
Quoique Vitzilopochtli fut le principal dieu des Mexicains, on conservait, dans un des étages qui étaient au dessus des deux autels du grand temple, une idole plus chère encore à la nation, mais dont le culte était moins régulier, et envers laquelle la dévotion du peuple n'éclatait avec beaucoup d'ardeur qu'à certains jours solennels. Elle était composée de toutes les semences des choses qui servent à la nourriture des hommes, moulues et pétries ensemble avec du sang de jeunes enfants, do veuves et de vierges sacrifiées. Les prêtres la taisaient secliei" soigneusement, et, ton le grandi; qu'elle était, elle pesait peu. Le jour de la consécration , non seulement tous les habitants de Mexico , mais ceux de toutes les villes voisines , assistaient à cette l'été avec des réjouissances extraordinaires; les plus dévots approchaient de l'idole, la touchaient avec la main , appliquaient à ses principales parties divers bijoux qu'Us croyaient sanctifiés par sa vertu , et les regardaient comme un préservatif contre toutes sortes de maux. Après cette cérémonie, l'idole était renfermée dans un sanctuaire, dont l'entrée était interdite aux laïcs, et même au commun des prêtres. On bénissait en même temps, avec de grandes cérémonies, un vase plein d'eau qu'on gardait dans le même lieu. Celte eau sacrée n'était employée qu'à deux usages, l'un pour le couronnement de l'empereur, et l'autre pour l'élection du général des armées : on en arrosait les soldats et l'on en faisait boire au général. L'idole étant d'une matière que le temps ne manquait point d'altérer, on la renouvelait quelquefois avec les mêmes formalités. Alors la vieille était mise en pièces, qu'on distribuait comme de précieuses reliques entre les premiers seigneurs de l'empire, surtout aux oiheiers militaires. On laisail aussi dans le grand temple , à certains jotas de l'année , une
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i(Me dont ia matière pouvait se manger, et que les prêtres duperaient, pour '',1 donner les fragments a ceux qui venaient les rerevoir : c'était une espèce ll<! communion à laquelle on se préparait par des prières et des purifications. L'empereur même assislail à celle cérémonie avec sa cour.
Quoiqu'une partie des victimes humaines fût sacrifiée dans le grand temple, 01 <|ue les Mexicains eussent l'horrible usage d'en manger la chair, ils réscr- Va<enl les têtes , soit comme un trophée qui faisait honneur à leurs victoires , S°U pour se familiariser avec l'idée de la mort. Le lieu qui contenait cet affreux "tëpôt était devant la principale porte du temple, à la distance d'un jet de Pierre. C'était nnc espèce de théâtre de forme longue, bàli de pierre, à chaux el à ciment ; les degrés par lesquels on y montait étaient aussi de pierre, mais entremêlés de tètes d'hommes dont les dents s'offraient en dehors. Aux côtés d»> théâtre , il y avait quelques tours qui n'étaient fabriquées que de têtes et de chaux. Les murailles étaient revêtues d'ailleurs de cordons de têtes en plusi'-urs compartiments, et rie quelque côté qu'on y Jetât les yeux, on n'y voyait 'l"e ilrs images de mort. Sur le théâtre même , plus de soixante poutres, éloitftées de quatre à cinq palmes les unes ries autres, et liées entre elles par de Petites solives qui les traversaient, offraient une infinité d'autres têtes enfilées Sl|ccessivemcnl par les tempes. Le nombre en était si grand, que les Espa- 8»ols en comptèrent plus de cent trente mille , sans y comprendre celles dont ** leurs étaient composées. La ville entretenait plusieurs personnes qui n'aient point d'autre fonction que de replacer les tètes qui tombaient, d'en remettre ((e nouvelles , et rie conserver l'ordre établi dans cet abominable lieu.
La cruauté que déployaient les Mexicains dans leurs sacrifices surpasse ** que l'on a vu de plus révoltant chez les plus barbares nations de l'Afrique ('1 des deux Indes. C'était dans la vue d'immoler paisiblement des hommes lx leurs dieux que les Mexicains épargnaient le sang de leurs ennemis pensai la guerre, et qu'ils s'efforçaient de faire un grand nombre de prisonniers vivants. Montezuma ne fit pas difficulté d'avouer à Cortez que, mal- 8*é le pouvoir qu'il avait de conquérir la province de Tlascala , il se refusait ^Ue gloire, pour ne pas manquer d'ennemis et pour assurer ries victimes ;i ses temples. Et l'on a vu que le premier devoir des empereurs, après leur action , était d'enlever des captifs et de les présenter au couteau des prêtres. Herrera décrit les cérémonies du sacrifice. On faisait une longue file des V|ctimeSj environnées d'une multitude de gardes. Un prêtre descendait du lemple, vêtu d'une robe blanche bordée par le bas de gros flocons de fil, et Partant dans ses bras une idole composée de farine de maïs et de miel; (; avait les yeux verts et les dents jaunes. Le prêtre desecndail les degrés
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temple avec beaucoup rie précipitation; il montait sur une grande pierre
qui était comme fixée sur une plate-forme fort haute, au milieu de la cour, et qui se nommait, qtuihiixicali ; il passait sur la pierre par un petit escalier, tenant toujours l'idole entre ses bras; cl, se tournant vers les captifs, il la montrait à chacun l'un après l'autre, en leur disant : C'est ici votre Dieu- Ensuite, descendant de la pierre par un second escalier opposé à l'autre, il se mettait à leur tète pour se rendre , par une marche solennelle , au lieu de l'exécution, où ils étaient attendus par les ministres du sacrifice. Le grand temple en avait si* qui étaient revêtus de cette dignité : quatre pour tenir les pieds et les mains de la victime, le cinquième pour la gorge, et le sixième pour ouvrir le corps. Ces offices étaient héréditaires et passaient aux fils aînés de ceux qui les possédaient. Celui qui ouvrait le sein des victimes tenait le premier rang , et portait le titre suprême de topihin ; sa robe était une sorte de tunique rouge et bordée de flocons ; il avait sur la tête une couronne de plumes vertes et Jaunes, des anneaux d'or aux oreilles, enrichis de pierres vertes , et sur la lèvre inférieure un petit tuyau de pierre de couleur bleu céleste; son visage était peint d'un noir fort épais. Les cinq autres avaient la tète couverte d'une chevelure artificielle fort crépue et renversée par des bandes de cuir qui leur ceignaient le milieu du front : ces bandes soutenaient de petits boucliers de papier, peints de différentes couleurs, qui ne passaient pas les yeux ; leurs robes étaient des tuniques blanches entremêlées de noir. Le topilzin avait la main droite armée d'un couteau d« caillou, fort large al fort aigu; un autre prêtre portail un collier de bois de la forme d'un serpent replié en cercle.
Aussilùt que les captifs étaient arrivés à l'amphithéâtre des sacrifices , on les faisait monter l'un après l'autre , par un petit escalier, nus et les mains libres. On étendait successivement chaque victime sur une pierre; le prêtre de la gorge lui mettait le collier , et les quatre autres la tenaient par les pieds et les mains : alors le topilzin appuyait le bras gauche sur son estomac , et , lui ouvrant le sein de la main droite, il en arrachait le cœur, qu'il présentait au soleil, pour lui offrir la première vapeur qui s'en exhalait; après quoi, se tournant vers l'idole, qu'il avait quittée pendant l'opération , il lui en frottait la face, avec quelques invocations mystérieuses. Les autres prêtres jetaient le corps du haut en bas de l'escalier, sans y toucher autrement qu'avec les pieds , et les degrés étaient si roides qu'il était précipité dans un instant. Tous les captifs destinés au sacrifice recevaient le même traitement jusqu'au dernier. Ensuite ceux qui les avaient livrés aux prêtres enlevaient les corps pour les distribuer entre leurs amis , qui les mangeaient solennellement. Dans toutes les provinces de l'empire, ce cruel usage était exercé avec la même ardeur. On voyait des Ictcs où le nombre des victimes était de ciiuf mille, rassenl-
bhies soigneusement pour un si grand joui'. 11 se faisait dos sacrifices a Me\icu lui coulaient la vie à plus de vingt mille captifs. Si l'on mettait trop d'intervalk> entre les guerres, le topilzin portait les plaintes des dieux à l'empereur et lui représentait qu'ils mouraient de faim. Aussitôt on donnait des avis à tous les caciques que les dieux demandaient à manger. Toute la nation prenait les armes , et sous quelque vain prétexte les peuples de chaque province commençaient à faire des incursions sur leurs voisins. Cependant quelques historiens prétendent que la plupart des Mexicains étaient las de cette barbare, et que, s'ils n'osaient témoigner leur dégoût dans la crainte d'offenser 'es prêtres , rien ne leur donna plus de disposition à recevoir les principes du c"risiian is me.
ïl y avait d'autres sacrifices , qui ne se faisaient qu'à certaines fêtes , et qui s*> nommaient racaxîpe vclitzly , c'est-à-dire écorchement d'hommes. On prenait plusieurs captifs , que les prêtres écorchaient réellement, et do leur peau 'ls revêtaient autant de ministres subalternes , qui se distribuaient dans tous fes quartiers de la ville, en chantant et dansant à la porte des maisons. Chacun, devait leur faire quelque libéralité , et ceux qui ne leur offraient rien Paient frappés au visage d'un coin de la peau , qui leur laissait quelques tia- °«s de sang. Celle cérémonie , qui ne finissait que lorsque le cuir commençait a se corrompre , donnait le temps aux prêtres d'amasser de grandes richesses. ï>ans quelques fêles , il y avait une sorte de duel entre le sacrificateur et la victime. Le captif était attaché par un pied à une grande roue de pierre. On l'aidait d'une épée et d'une rondache ; celui qui s'offrait pour le sacrifier paraissait avec les mêmes armes , et le combat s'engageait à la vue du peuple. Si le captif demeurait vainqueur , non seulement il échappait au sacrifice, mais il ■devait le litre et les honneurs que les lois du pays accordaient aux plus fetaeux guerriers , et le vaincu servait de victime.
La principale fête à l'honneur du dieu Vitzilopochtli était célébrée régulièrement au mois de mai. Quelques jours auparavant, deux jeunes filles, consacres au service du temple. , pétrissaient avec du miel de la farine de maïs , <W on faisait une grande idole. Tous les seigneurs assistaient à cette cérémonie. On pétrissait ensuite des morceaux de la même pâte en forme d'os , et "on nommait cette composition la choir de Yïtsàlopochïli. Les prêtres la coupaient en morceaux qu'ils distribuaient au peuple, sans distinction d'âge ni de Se*e ; chacun recevait le sien avec des apparences de piété , qui allaient jusqu'aux larmes , le mangeait avec la même dévotion , et croyait avoir mangé la chair de son dieu. On en portail môme aux malades. La cérémonie avait lien ai1 point du jour ; c'était un péché capital de prendre la moindre nourriture, '"èine liquide , avant midi. Les prêtres avertissaient le- fidèles des'en abstenir
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rigoureusement, et chacun avait soin de cacher jusqu'à l'eau, pour que le3 enfants môme n'en pussent demander. La solennité finissait par un sermon du grand-prêtre, qui recommandait l'observation des lois et des cérémonies.
On aurait eu peine à rapporter cette espèce d'imitation du plus saint des sacrements du christianisme sur tout autre témoignage que celui du P. Acosta; Biais il insiste sur ces récits avec d'autant plus de force , qu'il croit trouver une preuve de la sainteté même de nos institutions dans la malice du diable , q"1 les contrefait, a Par cela seul , dit-il , on voit clairement vérifié que Satan s'rf" » force , autant qu'il peut, d'usurper l'honneur et le service qui est dû à Die» » seul , quoiqu'il y mêle toujours ses cruautés et ses ordures. « Il pousse cette idée beaucoup plus loin lorsqu'il prétend reconnaître dans diverses pratiques de l'idolâtrie mexicaine les sacrements de la pénitence et del'extrême-onctiou, la confession auriculaire, le mystère de la Sainte-Trinité, et la plupart des objets de la foi chrétienne.
De quatre en quatre ans, les Mexicains célébraient une fète qu'Acosta nomme Jubile. Elle commençait le 10 mai , et durait neuf jours. Un prêtre sortait du temple, jouant d'une flûte, et se tournait successivement vers les quatre parties du monde; ensuite, s'inclinant vers l'idole, il prenait de la terre et la mangeait; le peuple faisait ensuite la même chose , en demandant pardon de ses péchés , et priant qu'ils ne fussent pas découverts. Les soldais demandaient la victoire dans leurs guerres , et des forces pour enlever un grand nombre de prisonniers qu'ils pussent offrir aux dieux. Ces prières se continuaient pendant huit jours avec des gémissements et des larmes. Le neuvième , qui était propromeut celui de la fète , on s'assemblait dans la cour du grand temple ; et Ie principal objet de la dévotion publique était de demander de l'eau ; ce qui faisait donner à celle fête le nom de Toxcoatl, qui signifie sécheresse. Celle fél'! finissait par des sacrifices humains, comme celle des marchands, en l'hoir neur de Quatzalcoail , dieu des marchandises. Quarante jours avant la célébration, ils achetaient un captif de belle taille ; ils le paraient des habits de l'idole, et, dans cet intervalle, ils s'attachaient soigneusement à le purifier, en 1e Javant deux fois chaque jour dans l'étang du temple. ïl était traité avec toutes sortes d'honneurs et bien nourri. La nuit, on le tenait enfermé dans une cagCi et, pendant le jour, on le conduisait par la ville, au milieu des chants et des danses. Neuf jours avant le sacrifice , deux prêtres venaient lui annoncer son sort. II devait répondre qu'il l'acceptait avec soumission : s'il s'en affligeait) son chagrin passait pour un mauvais augure , et les prêtres faisaient diverses cérémonies par lesquelles on supposait qu'ils avaient changé ses dispositions- Le sacrifice se faisait à minuit, et son cœur était offert à la lune. On portait'1' corps chez le principal marchand ; il \ élaïl rôti , el préparé avec divers assai"
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— «9 — soiinements. Les convives dansaient en attendant le festin; et après avoir «ange leur part de cet horrible mets, ils allaient saluer l'idole au lever du soleil.
Outre les six sacrificateurs du grand temple, dont la dignité était hérédi- Wre, chaque quartier et chaque temple avaient leurs prêtres, qui étaient appelés à cet emploi par élection, ou qui s'y consacraient dans leur jeunesse Pw un vœu particulier. Leur fonction ordinaire était d'encenser les idoles. "B renouvelaient cet exercice quatre fois le jour, c'est-à-dire au lever du so-
<■■■'> à midi, au soleil couchant et à minuit. Chaque fois, le son des trompettes, des tambours et d'autres instruments, formant un bruit lugubre, se taisait entendre dans les temples : à ce signal , le prêtre de semaine se mettoit en marche, vêtu d'une robe blanche, avec son encensoir à la main. Il Prenait du feu dans un grand brasier qui brûlait continuellement devant
■tatel ; et de l'autre main il tenait un vaisseau dans lequel était l'encens. Il encensait seul , quoiqu'il fût accompagné de tous ses collègues ; ensuite on lui Présentait un linge dont il frottait l'autel et les rideaux. Après cette cérémon,c , ils allaient tous ensemble dans un lieu secret, où ils exerçaient sur eux- «wties quelque rude pénitence, telle que de se meurtrir la chair et de se tirer "u sang. L'oflïcc de la nuit s'observait scrupuleusement. Chaque temple avait s'"> revenus, et les prêtres étaient bien payés pour les rigueurs qu'ils exer- Wîerit sur eux-mêmes; d'ailleurs, on a déjà remarqué qu'une partie de la piété **& Mexicains consistait à se tirer du sang.
L'usage des prêtres était de s'oindre, depuis les pieds jusqu'à la tête , et les cheveux même, d'une graisse claire et liquide, qui leur faisait croître le poil "mis toutes les parties du corps, et qui le faisait dresser comme le crin des <;'"'vau\. ils en étaient d'autant plus incommodés, qu'il ne leur était jamais Permis de le couper, du moins jusqu'à leur extrême vieillesse, temps auquel Ce"ix qui voulaient quitter leur profession étaient exempts de toute sorte de lravail, et jouissaient d'une distinction proportionnée à l'opinion qu'on avait "e leur vertu. Ils tressaient leurs cheveux avec des bandes de coton larges de S,X doigts. L'encens qu'ils employaient ordinairement n'étant que de la résine,
e,,r teint, naturellement basané, en devenait presque noir. Lorsqu'ils allaient re«dre hommage aux idoles, qu'ils tenaient dans des caves, dans des bois
°ufius ou sur des montagnes , ils s'y disposaient par une autre onction, composée de la cendre de plusieurs bêles venimeuses , de tabac et de suie , pétris ^semble. Le peuple était persuadé que cette préparation les élevait au dessus commun des hommes, et les mettait en commerce avec les dieux. Leur
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n'afiinalion se pénétrait de la même idée, car ils perdaient alors tonte sorte; y crainte, et, se croyant respectés delà nature entière, ils se hasardaient la
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nuilau milieu des luis les plus sauvages , dans la confiance que les jaguars, les ours et les cougouars ne pouvaient leur nuire. One d'extravagances , et que l'histoire de l'esprit humain est souvent humiliante!
L'enceinte du grand temple de Mexico renfermait deux monastères, l'un de jeunes filles entre douze et treize ans, et l'autre de jeunes garçons. Ces deux établissements, qui tenaient au service du temple , étaient situés vis-à-vis l'un de l'autre , mais sans aucune commun iea lion : ils avaient chacun leur supérieur du même sexe. L'emploi des filles était d'apprêter à manger pour les idoles, c'est-à-dire pour les piètres, auxquels il n'était permis de rien avaler qui n'eût été présenté devant l'autel. La plupart de ces aliments étaient une espèce de pâtisserie de maïs et de miel. Ces jeunes filles se faisaient couper It-s cheveux en entrant au service des idoles; ensuite on leur permettait de les laisser croître. Elles se levaient la nuit pour prier, et pour se tirer du sangi dont elles étaient obligées de se frotter les joues ; mais elles se lavaient aussitôt avec de l'eau consacrée par les prêtres. Leur habillement était une robe blanche. On les occupait à fabriquer de la toile pour le temple; elles étaient élevées d ailleurs dans une si grande retenue, que leurs moindres fautes étaient punies avec la dernière rigueur, et la mort attendait celles qui manquaient à l'honneur. S'il se trouvait dans le temple quelque chose de rongé par un rat ou une souris , c'était un signe de la colère du Ciel , qui annonçait quelque désordre arrivé parmi les jeunes religieuses. On recherchait les coupables ; et malheur, dans ces circonstances , à celles qui étaient soupçonnées du moindre dérèglement ! On ne recevait dans ce monastère que des filles de Mexico; leur clôture durait un an ; ce temps expiré , elles sortaient pour se marier.
Les jeunes garçons devaient être âgés de dix-huit à vingt ans. Us avaient les cheveux coupés en rond sur les côtés de la lôte, où ils ne les laissaient croître que jusqu'à la moitié de l'oreille; mais sur la nuque du cou, ils pouvaient les mettre en tresse. Leur nombre était de cinquante, et leur clôture ne durait qu'un an, comme celle des filles ; mais dans cet intervalle, ils devaient se conformer aux règles de la chasteté, de l'obéissance et de la pauvreté. Leur emploi était de servir les prêtres dans tout ce qui concernait le culte. Us balayaient les lieux saints, ils garnissaient do bois le brasier qui brûlait sans cesse devant la grande idole. La modestie leur était recommandée si soigneusement, que c'était un crime pour eux de lever les jeux devant une femme. Ils allaient demander dans la ville, marchant quatre ou six ensemble d'un air humble; cependant s'ils n'obtenaient rien, ils avaient droit de prendre ce qui leur était nécessaire pour se nourrir, parce qu'ayant fait vœu de pauvreté, on supposait leurs besoins toujours pressants. On savait d'ailleurs que leur pénitence était continuelle : ils étaient obligés de se lc\er la nuit pour sonner des trompettes ,
pi Taire entendre les mises instruments. Us veillaient siiccessîveuieaf autour d« l'idole , pour entretenir le brasier ; ils assistaient a l'encensement îles prêtres, et ensuite ils entraient clans un lieu qui leur était destine, pour s'y tirer du sang avec des pointes aiguës, et s'en frotter les tempes jusqu'au bas des oreilles. Leur habit était un ciliée blanc, mais fort rude.
A certaines fêtes de l'année, les prêtres du grand temple et tons les jeunes religieux du monastère s'assemblaient dans un lieu environné de sièges; ils étaient armés de petites lames avec lesquelles ils se tiraient, depuis la cheville jusqu'au mollet, quantité de sang, dont ils devaient non seulement se frotter les tempes, mais aussi teindre les lamés, qu'ils fichaient ensuite dans des boules de paille, entre les créneaux de la cour, afin que le peuple jugeât de leur ardeur pour la pénitence. Le lieu où ils se baignaient après cette opération portait le nom d'Empan,, qui signifie eau de sang. Une même lame ne servait jamais deux fois ; ils en avaient un grand nombre en réserve. Avant les fêtes, ils jeûnaient rigoureusement cinq ou six jours, se réduisant a l'eau ; ils dormaient peu, et se mortifiaient le corps par de fréquentes disciplines. Le peuple observait aussi ces pratiques aux fêles solennelles, surtout pendant celle du toxcoatl ou du jubilé. Leurs disciplines, faites de fil de niaguey, étaient longues d'une brasse, et terminées par des nœuds; ils s'en donnaient de grands coups sur les épaules. Quoique les prêtres ne fussent obligés par aucune loi de se priver du commerce des femmes , ils y renonçaient dans ces grandes occasions , et quelques uns y formaient des obstacles invincibles par des blessures volontaires, qui leur étaient pour quelque temps l'usage et le goût du plaisir.
Le soin des funérailles appartenait aussi aux prêtres ; elles n'avaient rien d'uniforme , et dépendaient presque toujours de ta dernière volonté des mourants. Les uns voulaient être enterrés dans leurs terres , on dans les cours de leurs maisons-, d'autres se faisaient porter dans les montagnes, à l'imitation des empereurs, qui avaient leurs tombeaux dans celle de Chapultépèque ; d'autres ordonnaient que leurs corps fussent brûlés , et que les cendres fussent enterrées dans les temples, avec leurs habits et ce qu'ils avaient de plus précieux. Aussitôt qu'un Mexicain avait rendu l'âme, on appelait les prêtres de son quartier, qui le mettaient à terre, assis à la manière du pays, et revêtu de ses meilleurs habits. Dans celte posture, ses parents et ses amis venaient le saluer et lui offrir des présents; si c'était un cacique, ou quelque personne considérable , on lui oifrait des esclaves , qui étaient sacrifiés sur-le-champ , pour l'accompagner dans l'autre monde. Chaque seigneur ayant une espèce de chapelain pour le diriger dans les cérémonies religieuses, on tuait aussi ce prêtre domestique et les principaux officiers qui avaient servi dans la maison ■
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les uns pour aller préparer un nouveau domicile à leur maître, les autres pour lui servir de cortège; et c'était dans la môme vue que toutes les richesses du mort étaient enterrées arec lui. Si c'était un capilaine, on faisait autour de lui des amas d'armes ou d'enseignes. Les obsèques duraient dix jours, et se célébraient par des pleurs et des chants : les prêtres récitaient une sorte d'office des morts, tantôt alternativement, tantôt en chœur, et levaient plusieurs fois le corps avec un grand nombre de cérémonies. Ils faisaient de longs encensements, et jouaient des airs lugubres sur le tambour et la flûte. Celui qui tenait le premier rang était revêtu des habits de l'idole que le défunt avait le plus particulièrement honorée , et dont il avait été comme l'image vivante, car chaque noble représentait une idole ; et de là venait l'extrême vénération que le peuple avait pour la noblesse. Lorsqu'on brûlait le corps, un prêtre en recueillait soigneusement los cendres, et, se couvrant d'un habit terrible, il les remuait long-temps avec le bout d'un bâte A, et d'un air qui répandait la frayeur dans toute l'assemblée.
Lorsque l'empereur paraissait atteint d'une maladie mortelle , on mettait des masques sur le visage des principales idoles; ils y restaient jusqu'à sa mort ou sa guérison. S'il mourait , on en donnait avis aussitôt à toutes les provinces de l'empire, non seulement pour rendre le deuil public, mais pour convoquer tous les seigneurs à la cérémonie des funérailles. Ceux qui n'étaient éloignés que de quatre journées du lieu de sa mort devaient s'y rendre les premiers : c'était en leur présence qu'après avoir lavé le corps et l'avoir parfumé pour le garantir de toute corruption, on le plaçait assis sur une natte où il était veillé pendant quatre nuits avec beaucoup de pleurs et de gémissements. On coupait une poignée de ses cheveux , qui se conservaient soigneusement ; on lui mettait dans la bouche mie grosse émeraude, et on lui couvrait les genoux de dix-sept couvertures fort riches , dont chacune avait sa signification ; par dessus on attachait la devise de l'idole qui était l'objet particulier de son culte , ou dont il avait été l'image. On lui couvrait le visage d'un masque enrichi de perles et de pierres précieuses. Ensuite on tuait , pour première victime, l'officier qui avait eu l'emploi d'entretenir les lampes et les parfums du palais , afin que le voyage du monarque dans un autre monde ne se fit point dans les ténèbres, ni sur une route où son odorat fût blessé. Alors on portait le corps au grand'temple, et tous ceux qui composaient le cortège étaient obligés de donner des marques extérieures d'affliction par des cris ou des chants lugubres. Les seigneurs et les chevaliers étaient armés , et tous les domestiques du palais portaient, des masses d'armes, des enseignes et des panaches. Dans la cour du temple s'élevait un vaste bûcher auquel les prêtres mettaient le feu, et pendant qu'il brûlait, le grand sacrincafeur récitait d'une voix plaintive des prières et des
invocations. Enfin , lorsque le bûcher était bien enflammé, on y plaçait le "wps avec tous les ornements dont il était couvert; et au môme instant , on 9 lançait les amies , les enseignes , et tout ce que chacun avait apporté dans le f-onvoi. On y jetait aussi un chien qui pût annoncer, par ses aboiements , l'arrivée de l'empereur dans les lieux par lesquels il devait passer. C'était alors 'lue les prêtres commençaient le grand sacrifice : il fallait que le nombre des ^'limes fût au moins de deux cents: on leur ouvrait la poitrine, pour en arracher le cœur, qui était jeté aussitôt dans le feu, et les corps étaient déposés A&as des charniers, sans qu'il fût permis d'en manger la chair. Ce n'était Point seulement à des esclaves qu'on réservait l'honneur d'être sacrifiés ; on 'annotait aussi des officiers du palais, et môme des femmes. Le lendemain, "n se rassemblait après avoir fait garder le bûcher pendant toute la nuit; "'i ramassait la cendre du corps, surtout les dents , qui ne se consument point Par le feu, et l'émeraude qu'on avait enfoncée dans la bouche. Les prêtres Niellaient ces respectables dépouilles dans un vase , qu'ils portaient solennelle- '"oui à la montagne de Chapultépéque; elles étaient , avec la poignée de cheveux qu'on avait coupée à l'empereur le jour de son couronnement, et qu'on gardait pour celte dernière cérémonie, renfermées sous une petite voilte dont l'intérieur était revêtu de peintures bizarres. On en bouchait soigneusement l'entrée; et par dessus on plaçait une statue de bois qui représentait l'empereur défunt. Les solennités continuaient l'espace de quatre jours , pen- 'l'int lesquels ses femmes , ses filles et ses plus iidèles sujets venaient faire de grandes offrandes , qu'ils mettaient devant la voûte , sous les yeux de la statue. Le cinquième jour, les prêtres faisaient un sacrifice de quinze esclaves. Le v'ngtième, ils en sacrifiaient cinq, trois le soixantième, et neuf vingt jours aPrès , pour terminer la cérémonie.
Figure, hai)i!triii<>;>i .
i , usages , mœurs , ans el tangues des Mexicains.
Quoique le temps qui s'est écoulé depuis la conquête n'ait pu apporter beauc°up de changements dans la manière d'être des Mexicains, cependant la domination et le commerce de l'Espagne ayant presque entièrement changé leurs "s;*ges, il n'est pas surprenant qu'une si grande révolution dans leurs habitudes ^orales ait eu de l'influence sur le fond de leur caractère et même sur leur G*lérieur. Aussi les peintures des historiens et des voyageurs diffèrent-elles "Paucoup suivant les temps. On lit, dans les premières relations, que les Mexicains étaien t d'une taille médiocre , et plus gras que maigres ; que la couleur de leur teint lirait sur le jaune-fauve ; qu'ils avaient les yeux grands , p front large, les narines fort ouvertes, les cheveux rudes et plats; qu'ils
MiïTTy
étaient sans barbe, ou qu'ils n'en avaient que fort peu , parce qu'ils se l'arrachaient , ou qu'ils s'oignaient la peau d'un onguent qui l'empêchait de pousser. 11 s'en trouvait peu qui fussent aussi blancs que les Européens. Ils se peignaient le corps , et se couvraient la tête , les bras et les jambes , de plumes d'oiseau* ou d'écaillés de poissons , ou de pods de jaguar et d'autres animaux. Ils se perçaient les oreilles , le nez et le menton , pour mettre dans les trous , ou des pierreries, ou de l'or, ou des dépouilles d'animaux , par exemple des dents ou des ossements , les serres et le bec d'un aigle, ou des arêtes de poissons. Les seigneurs y plaçaient des pierres fines , et de petits ouvrages d'or d'un travail fort recherché.
Les femmes différaient peu des hommes pour la taille et le teint ; mais elles conservaient leurs cheveux dans toute leur longueur, ayant un soin extrême de les noircir par diverses sortes de poudres et de pommades. Les femmes mariées les relevaient autour de la tête , et s'en faisaient un nœud sur le front; les filles les laissaient flotter sur le sein et les épaules. Dès qu'elles étaient devenues mères , leurs mamelles croissaient au point de pouvoir donner à teter à leur enfant quand elles le portaient sur le dos. Elles faisaient principalement consister la beauté dans la petitesse du front; et, par l'effet de frictions réitérées, leurs cheveux croissaient jusque sur les tempes. Elles se baignaient souvent; et, en sortant du bain chaud, elles entraient dans un bain froid, ce qui, par suite de l'habitude, n'avait aucun danger pour elles; ensuite elles se frottaient le corps avec une décoction de graines, qui servait moins à les embellir qu'à les garantir, par son amertume, de la piqûre des mouches.
Les Mexicains étaient entièrement nus, à l'exception des soldats, quii pour se rendre plus terribles, se révélaient de la peau entière d'un animait dont ils ajustaient même la tête sur la leur. Cette parure, avec une ban' doulière composée de cœurs, de nez, d'oreilles d'hommes, et terminée en bas par une tète, leur donnait un air de férocité. Les empereurs même et les grands ne se couvraient le corps que d'une sorte de manteau, fait d'une pièce de colon carrée, et noué sur l'épaule droite. Ils avaient pour chaussure des espèces de sandales. Sur la tètCj ils ne portaient que des plumes soutenues par de légers cordons. Les femmes du peuple étaient presque nues ; une sorte de chemise à manches courtes leur tombait sur les genoux ; elle était ouverte su'' la poitrine , et si mince , qu'ajustée sur la peau , on avait de la peine à l'e» distinguer; leurs cheveux composaient seuls leur coiffure : sur quoi les Esp'1' gnols observèrent qu'elles avaient la tête plus forte et le crâne plus endui1"1 que les hommes.
Suivant des relations plus modernes, les Mexicains sont d'une couleur bru* ne; la plupart d'assez haute taille, surtout dans les provinces septentrionales
l'Ill j1
cm 123456789
cm 1234567
* se garantissent les joues du froid et de la piqûre des mouches en se rrol- '»nt avec le sue d'herbes pilées. Ils se barbouillent aussi d'une terre liquide , Pour se rafraîchir la tête, s'adoucir et se noircir les cheveux. Leur habillement insiste en un pourpoint court et des culottes fort larges. Un tilma ou man- <eau île diverses couleurs leur couvre les épaules, et, passant sous le bras ,lroit, se lie , par les extrémités, sur l'épaule gauche. Ils se servent de bottines au lieu de souliers. Jamais ils ne coupent leurs cheveux , quand même la pailleté les obligerait d'aller nus ou de se couvrir de haillons. Les femmes portai un guaipil, qui est une espèce de tunique fort large , et par dessus un co- Jira, camisole de coton très fine. Lorsqu'elles sortent, elles y ajoutent une sorte de grand mantelet qu'elle relèvent pour s'en couvrir la tète quand elles sont a église. Leurs jupes sont étroites, ornées défigures de cougouars, d'oiseaux °u de fleurs, et comme tapissées, en plusieurs endroits, de belles plumes de «nard. Los femmes des métis, des nègres et des mulâtres, qui sont en fort Brand nombre, ne pouvant prendre l'habit espagnol , et dédaignant celui des 'Miennes, ont inventé le ridicule usage de porter une espèce de jupe en traders sur les épaules et sur la tête. Mais leurs maris et leurs enfants mâles se "m. par degrés arrogé le droit do suivre les modes d'Espagne , et, sans posséder aucun emploi , ils s'honorent entre eux du titre de capitaine.
Un des premiers historiens attribue aux Mexicaines deux pernicieuses pratiques dont la figure et la santé de leurs enfants no pouvaient manquer de se ressentir Pendant leur grossesse, elles se médicamentaient avec différentes herbes qui produisaient d'aussi mauvais effets sur les mères que sur le fruit qu'elles portaient dans leur sein; et, lorsque les enfants venaient au monde, non seulement elles s'efforçaient de leur raccourcir le cou, en le «imprimant contre les épaules, mais elles les arrangeaient dans le berceau «'une manière qui empêchait le cou de s'allonger. On n'en rapporte pas «'autre raison qu'un préjugé naturel , qui leur faisait attacher de la grâce a celle difformité. A la naissance des garçons, on appelait un prêtre, qui leur faisait aux oreilles et aux parties viriles une petite incision, pour en tirer 'l'iolques gouttes de sang. Après avoir lavé lui-même l'enfant, le prêtre mettait à ceux des nobles et des guerriers une petite épée dans la main droite, et un petit bouclier dans la gauche ; aux enfants du commun , il plaçait dans les mains les outils do la profession de leur pore, et dans celles des filles, les instruments pour filer et coudre. La mère nourrissait elle-même ses enfants; ferequ'un accident la forçait d'employer une nourrice , elle recevait sur son «ngle quelques gouttes du lait étranger, et si son épaisseur l'empêchait de «uler de dessus l'ongle, la nourrice était admise. Une femme qui allaitait nu enfant devait manger des mêmes mets pendant tout le temps, qui était de
quatre ans. Herrera admire l'amour maternel de ces femmes, qui, dans ce long période , leur faisait éviter tout commerce avec leurs maris , de craint6 d'une nouvelle grossesse. Il ajoute que celles qui devenaient veuves daw cel intervalle n'avaient pas la liberté de se remarier. Les enfants étaient soigneusement recommandés à la protection des dieux. On faisait des offrandes, des vœux et des sacrifices pour leur bonheur et leur santé. On le8* mettait au cou des billets et d'autres amulettes, qui contenaient des figo^f d'idoles et des caractères mystérieux.
Chaque temple avait une école où les jeunes garçons du quartier allaient recevoir les instructions des prêtres. On leur enseignait non seulement t*1 religion et les lois, mais aussi divers exercices, tels que danser, chanter» tirer des flèches , lancer le dard et la zagaie , se servir de fépée et du hoii' clier, etc. On les habituait à coucher souvent sur la dure , à manger peu "' prendre beaucoup d'exercice. Les enfants nobles étaient élevés dans un8 école particulière, où leurs parents leur envoyaient leur nourriture. I's avaient pour instituteurs d'anciens guerriers, qui les formaient aux plus rudes travaux, cl qui joignaient a leurs leçons des exemples de toutes les vertus. On les envoyait , dès leur première jeunesse , aux armées , pour y portC des vivres aux soldats : cet emploi, qui leur donnait occasion de prendre quelque idée des exercices et des périls de la guerre, servait aussi à ft»r<! connaître leur vigueur, leur courage et leurs inclinations. Ils trouvaient «S*P vent dans ces essais le moyen de se distinguer par des actions d'éclat , e celui qui était parti chargé d'un vil fardeau revenait quelquefois avec le ti&Ê de capitaine. Après le cours des instructions , ceux qui marquaient du pen" chant pour le service des temples entraient dans le couvent de leur sexe; flt s'ils se destinaient au sacerdoce , ils avaient des maîtres particuliers qui Ie6 instruisaient dans les mystères et les cérémonies de la religion ; une fois consacrés à cette profession, c'était jusqu'à l'extrême vieillesse.
Les fdles étaient élevées de même dans des principes d'honneur et de retenue. Dès l'âge de quatre ans on les formait , dans la solitude , aux travaux $ leur sexe, à la pratique de la vertu, et la plupart ne sortaient point delà mal* son paternelle avant leur mariage. On les menait rarement aux temples; cS n'était que pour accomplir les vœux de leurs mères, ou pour implorer le se" cours des dieux dans leurs maladies. Elles y étaient accompagnées de plusicuT5 vieilles femmes , qui ne leur permettaient point de lever les yeux ni d'ouvrir la bouche. Jamais les jeunes filles et les garçons ne mangeaient ensemble avan l'époque du mariage. Les grands observaient cette loi jusqu'au scrupule. Le*"* maisons étant fort grandes , ils y avaient des jardins et des vergers où l'app»1", tement des femmes était séparé des autres bâtiments. Celles qui faisaient 'in '
Pas hors de l'eilCÈ.Me prescrite étaient châtiées sévèrement ; dans leurs promenades même elles ne devaient jamais lever les yeux ni tourner la tête en «"Hère; elles étaient punies lorsqu'elles quittaient le travail sans permission. » leur faisait regarder le mensonge comme un si grand vice, que, pour ,,Ui faute de cette nature, on leur fendait un peu la lèvre. , L'âge de se marier, pour les hommes , était vingt ans , et quinze pour les Jeunes filles. Celte cérémonie se faisait par le ministère d'un prêtre , qui , prédit par la mai» les futurs conjoints, leur demandait ce qu'ils souhaitaient. <W la réponse du jeune homme, il attachait lo bord de la robe dont il était ev<Hu pour la cérémonie au bout du voile que la jeune fdlc portait dans cette Jfceasion , et conduisait les mariés à la maison qu'ils devaient habiter. Alors il 05 faisait tourner sept fois autour d'un fourneau, et leur union était consacrée. ""àïs ils étaient tenus d'obtenir préalablement la permission de leurs parents 1 celle du capitaine de leur quartier. Si leurs pères étaient pauvres, les ennls s'engagaîent, en les quittant, à leur faire part du bien qu'ils pourraient ' guérir, comme les pères qui étaient riches joignaient au bien qu'ils donnaient Ux jeunes mariés la promesse de ne les jamais laisser dans le besoin. Un hom- 'e avait la liberté de prendre plusieurs femmes, et quoique la plupart n'en eus- °at qu'une, il n'était pas surprenant d'en voir qui en avaient cent cinquante. Mis degrés de mère et de sœur étaient les seuls défendus. Peu de nations ont P°Ussé au même degré la délicatesse sur la virginité. Une femme suspecte était envoyée à ses parents le lendemain du mariage; celle dont le mari était sal|sfait recevait à ce litre des présents et des honneurs extraordinaires. Aussi la Crainte d'être trompés faisait-elle tenir aux hommes un compte exact de tout ^qu'ils donnaient , pour se faire restituer jusqu'aux moindres bijoux , si leurs ^Pérances sur la sagesse de leurs femmes étaient trompées. Les époux divor- 668 ne pouvaient se remarier ensemble, sous peine de mort; mais les femmes paient la liberté de contracter de nouveaux liens lorsqu'elles en trouvaient Occasion; et ceux dont la délicatesse allait si loin pour les filles prenaient Sa,)s peine une veuve , ou la femme qu'un autre avait répudiée. Une mère, en ^îant sa fille, lui recommandait particulièrement la propreté, le culte des "'ux et les soins du ménage. Un père exhortait son fils à bien vivre avec sa ,-ftime! à se faire aimer de ses voisins, et surtout à respecter ses supérieurs. ï avait des formules d'exhortations pour les pères et les mères, commodes 8'csde conduite pour les enfants; elles se conservaient dans les familles, et es jeunes gens ne quittaient point la maison paternelle pour s'établir ou pour Ranger d'état sans en prendre une copie dans les caractère? qui servaient friture à la nation.
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ins, n'ayant point de lettres, employaient des figures hJéroglyphi-
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uues pour exprimer les choses corporelles, et se servaient de divers caractères pour l'expression des idées. Leur manière d'écrire était de bas en haut. Ils avaient une sorte de roues peintes, qui eontenaienll'espace d'un siècle; les années y étaient distinguées par des marques particulières , et l'on y représentait avec des caractères convenus la date de chaque événement. Ce siècle était composé de cinquante-deux années solaires, chacune de trois cent soixante-cinq jours. La roue était divisée en quatre parties , dont chacune contenait treize ans ou une indiction, et répondait à une des quatre parties du monde. CetU roue ou ce cercle était entouré d'un serpent, et c'était le corps du serpent qul contenait les quatre divisions : la première , qui marquait le midi , avait pour hiéroglyphe un lapin sur un fond bleu, et s'appelait tochtti; la seconde, qu1 signifiait l'orient, était indiquée par une canne sur un fond rouge , et se nommait acatt; l'hiéroglyphe du nord étaituneépéeà pointe de pierre sur un fond jaune , et s'appelait lecpatl ; celui de l'occident était une maison sur du vert» et portait le nom de cagti.
Ces quatre divisions étaient le commencement des quatre indictions qU' composaient un siècle. II y avait entre l'une et l'autre douze autres petites divisions , dans lesquelles les quatre premiers noms étaient successivement distribués, chacun avec sa valeur numérale, jusqu'à 13, qui était le nombre doid se composait une indiclion. Cette manière de compter par 13 s'observait , non seulement dans les années, mais même dans les mois ; et , quoique le mois des Mexicains ne Inique de 20 jours , ils recommençaient lorsqu'ils arrivaient à 13. Si l'on demande d'où leur venait cet usage, on répond qu'ils suivaient apparemment le calcul de la lune. Ils divisaient le mouvement de celte planète en deux temps: le premier, du réveil, depuis le lever solaire jusqu'à l'opposition, qui était de 13 jours; et l'autre, du sommeil, d'aulant de jours jusqu'à son coucher du matin. Peut-cire aussi n'avaient-ils pas d'autre bu1 que de donner à chacun de leurs dieux du premier ordre, qui étaient an nombre de treize , le gouvernement des années et des jours ; mais ils ignoraient eux-mêmes l'origine et le fondement de leur méthode.
il naît d'aulres difficultés : la première , pourquoi ils commençaient à compter leurs années du midi ; la seconde , pourquoi ils se servaient des quatre fi* sures, d'un lapin, d'une canne, d'une pierre, d'une maison. Ils répondaient ;i la première par des traditions fabuleuses qui leur faisaient conclure que 'a lumière du soleil avait commencé dans son midi; d'ailleurs ils croyaient qi$ l'enfer était du côté du nord, et cette idée suffisait seule pour leur persuadé* que le soleil n'avait pu naître que du côté opposé , qu'ils regardaient comm1' la demeure des dieux. Ils ajoutaient que le soleil se renouvelait à la fin de chaque siècle, sans quoi le temps aurait fini avec un vieux soleil. C'était un
a'>eien usage dans la nation de se mettre à genoux le dernier jour du siècle , Sur le toit des maisons , le visage tourné du coté de l'orient , pour observer si « soleil recommencerait son cours , ou si la fin du monde était arrivée. Le so- 'eild'un nouveau siècle était un nouveau soleil, qui , suivant l'ordre de la nalui"e , devait reproduire tous les ans , après le mois de janvier, la verdure sur Jcs arbres ; et poussant encore plus loin celte analogie entre le siècle et l'année, "s voulurent, que , comme il y a quatre saisons dans l'année , il y en eût aussi luatre dans le siècle : tochtli fut établi pour le printemps, ou la jeunesse de ' âge du so]eii ( comme son commencement dans la partie méridionale ; aeatl , Pour son été ; tecpall , pour son automne ; et cagli , pour son hiver ou sa vieil- ,fisse. Ces quatre figures , dans le même ordre , étaient encore les symboles ^ quatre éléments, c'est-à-dire que tochtli était consacré à Tevacayohua, d'eu de la terre; acatl à Tlalocatetullii, dieu de l'eau; tecpatl à Chetzalcoatl, «ieu d<. ['air f et cagli à Xintlescutlil , dieu du feu.
A l'égard de leurs mois, qu'ils ne composaient que de vingt jours, il est c'airque ce calcul était fort régulier, puisqu'ils en comptaient dix-huit, qui reviennent aux douze mois égyptiens de trente jours : ces mois ne se divisent pas en semaines. On a vu plus haut que, quoiqu'il n'y eût que vingt J°urs dans ceux des Mexicains , leur division était aussi par treize, apparemment pour éviter la confusion : car, avec cette méthode , il suffisait de donner 'e nom de quelque jour que ce fût, avec son nombre correspondant, selon CeUe distribution de treize en treize jours, pour savoir à quel mois il appartenait, sans aucun risque d'erreur. Mais, outre la division des jours par treize, '' J en avait une autre de cinq en cinq, qui servait à régler les tianguez, c'esta"dire les marchés : c'était le 3 , le 8 , le 13 et le 18 de chaque mois , jours dédiés aux quatre ligures, tochtli, acatl, tecpatl et cagli. Celte règle était invar'able , quand même les années n'auraient pas commencé par tochtli.
Aux dix-huit mois, qui faisaient trois cent soixante jours, les Mexicains ajoutent , à la fin de chaque année , cinq autres jours , qu'ils appelaient nenoiilemi ; non seulement ces cinq autres jours avaient leur nom propre , mais ils e»traient aussi dans le compte des treize. Ceux qui savent dans quelles er- '"eurs la plupart des nations orientales sont tombées sur cette matière ne verr°nt point sans admiration le cercle artificiel des Mexicains. Leur année bissextile avait aussi ses règles : la première année du siècle commençait le 10 avril , la seconde cl la troisième de même ; mais la quatrième, qui est fa bissextile , commençait au 9 , la huitième au 8 , la douzième au 7, la sixième au **j et de même jusqu'à la fin du siècle, qui se terminait le 28 mars, jour auquel on commençait la célébration des lëtes qui duraient les treize jours de bissextile, jusqu'au 10 avril.
Avant de commencer le nouveau siècle, on rompait tous les vases et l'on éteignait le feu , dans ridée que le monde devait finir avec le siècle ; mais aussitôt c|uc le premier jour commençait à luire , on entendait retentir les tambours et les autres instruments , pour remercier les dieux d'avoir accordé au monde un autre siècle. On achetait de nouveaux vaisseaux , et l'on allait recevoir du feu des prêtres , dans des processions solennelles.
Il y avait au Mexique une sorte de livres par lesquels on perpétuait non seulement la mémoire des anciens temps, mais encore les usages , les lois et W cérérasnies. La ville d'Amalitlan , dans la province de Gualimala , était célèbre par L'habileté de ses habitants à composer le papier et les pinceaux. On trouvait dans plusieurs autres villes des bibliothèques, ou des recueils d'histoires , de calendriers , et de remarques sur les plantes et sur les animaux. C'étaient des feuilles d'arbres équarries , pliées et rassemblées.
Quelques Espagnols, qu'Acosta traite de pédants, prirent les figura qu'elles contenaient pour des caractères magiques, et livrèrent au feu tout ce qu'ils en purent découvrir. Les plus sensés , après avoir reconnu l'erreut d'un faux zèle, en déplorèrent beaucoup les effets. Un jésuite, dont on nfl rapporte point le nom , assembla , dans la province de Mexique , les anciens des principales villes , et se fil expliquer ce qu'il y avait de plus curieux dans un petit nombre de livres qui leur restaient. Il y vit plusieurs de ces roues qui figuraient leurs cycles , et dont Gemelli nous a laissé un dessin dans s» relation. Il y admira d'ingénieux hiéroglyphes , qui représentaient tout ce qui peut être conçu. Les choses qui ont une forme paraissaient sous leurs propres images , et celles qui n'en ont point étaient représentées par des caractère emblématiques. C'est ainsi qu'ils avaient marqué l'année où les Espagnols étaient entrés dans leur pays, en peignant un homme avec un chapeau et u» habit rouge au signe de la roue qui correspondait à l'époque de l'événement. Mais ces caractères ne suifisant point pour exprimer tous les mots , ils ne rendaient que la substance des idées. Cependant, comme les Mexicains aimaient les récits et se plaisaient à conserver la mémoire des faits , leurs orateurs et leurs poètes avaient composé des discours , des poèmes et des dialogues , qu" les enfants apprenaient par cœur. C'était une partie de l'éducation qu'ils recelaient dans les collèges , et toutes les traditions se transmettaient par cette voie.
Pour donner une idée de ces curieuses légendes, nous citons une pag" d'une histoire mexicaine publiée avec la traduction espagnole dans un recueil du temps :
.< Lorsqu'une fille se marie, l'entremetteur de mariage, I , doit la porter sur son dos, Vf, cher le jeune homme qui veut l'épouser. Il est éclairé pa*
IWIre femmes,
, qui portent à la main une espèce de torche de bois de
**> 1, 2, 3, 4. La iille et le jeune homme s'asseyent, dans une salle, sur des
^g«8 placés sur une natte, 0, et toute la cérémonie du mariage consiste à
ouer un coin du bas de la robe de l'homme, L , avec un coin du voile de la
, **> M. Ils offrent aux dieux du parfum de copal, Q , sur un réeliaud. Deux
r"''ilar*, 1, H, et deux vieilles femmes, N, V, servent de témoins. K, P,
^"'■«■nicnt les viandes qu'on sert aux mariés. Ils mangent ces viandes , et
™lt, dans des tasses, T, du poulpe, représenté par le pot S. .
était défendu au commun des Mexicains d'élever leurs maisons au dessus
rez-de-chaussée, et d'j avoir des fenêtres et des portes. La plupart n'étant
"« qu'en terre, et couvertes de planches qui formaient une espèce de plate-
"»e, à laquelle tous les historiens donnent le nom de terrasse, on conçoit
™> la commodité n'y était pas plus connue que l'élégance ; dans les plus pau-
J*. néanmoins, l'intérieur était revêt» de nattes de feuilles. Quoique la cire
'««lie abondassent au Mexique, on n'y employait, pour s'éclairer, que
■ torches de bois de sapin. Les lits étaient de nattes ou simplement de paille,
couvertures de coton. Hue grosse pierre ou un billot de bois tenait
p? '!e ':1|cïoL L|s sièges ordinaires étaient de petits sacs pleins de feuilles de (|, ^'c- h y en avait aussi de bois, mais fort bas, avec un dossier formé
"n tissu des plus grosses feuilles ; ce qui n'empêchait point que l'usage ne ^ ce s'asseoir à terre, et même d'y manger. On reproche aux Mexicains d'a-
lp été fort sales dans leurs repas. Ils mangeaient peu de chair, mais ils ne
Jetaient aucune espèce d'animaux vivants. Leur principale nourriture était le r~en pâte, ou préparé avec divers assaisonnements. Us y joignaient toutes
'cs d'herbes, sauf celles qui sont très dures ou de mauvaise odeur. Le plus ^ lc;n île leurs breuvages était mie composition d'eau et de farine de cacao , à quelle ils ajoutaient du miel. Ils en avaient plusieurs autres, mais incapables ^'"vrcr. Les liqueurs fortes étaient si rigoureusement défendues, que pour ta i"""1' '' fallait 0Dleni1, la permission des grands ou des juges. Elle ne s'ac- *™ qu'aux vieillards et aux malades, à l'exception néanmoins des jours ! ;. ,'1'' et de travail public , où chacun avait sa mesure proportionnée à l'âge. ^ **ognerie passait pour le plus odieux de tous les vices. La peine de ceux qui
^aiem dans l'ivresse consistait à être rasés publiquement ; pendant l'exé- °n , la maison du coupable était abattue, pour faire connaître qu'un boni- Sa*" avait perdu le jugement ne méritait plus do vivre dans la société hu- "«• S'il possédait quelque charge publique, il en élait dépouillé, et finies' JCU°° t'"'ait Jllsq"''' s:l """''■ Catte loi selant ahaiblie depuis la complète, . 'Oyageurs ont observé que les Mexicains sont devenus les plus grands
"eues de l'Amérique.
Leur ancienne sobriété n'empêchait pas qu'ils ne fussent passionnés pou la danse , pour divers sortes de jeux cl pour les tours d'adresse cl d'agill!l5 ' que l'empereur honorait souvent de sa présence, et pour lesquels on <"*' tribuait des prix.
Chaque province du Mexique ayant été réunie successivement au corps o l'empire, il n'est pas. surprenant qu'il y restât des différences considéra^ dans les lois et les usages, la religion étant l'unique point, sur lequel il parïU que la politique des empereurs , plutôt que le penchant des peuples ou la P^ suasion , était parvenue à faire régner l'uniformité. Quant aux successions, P8* exemple , dans la capitale et tout son ressort , elles suivaient les degrés de p*' rente. Le fils aîné entrait dans tous les droits de son père, lorsqu'il était capaW de les maintenir. Autrement le second fils prenait sa place , et s'il n'y a*" point d'autre maie, les neveux étaient appelés à l'héritage. Au défaut de. »* veux, les frères du père y arrivaient. S'iln'en restait point, surtout parmi R* grands qui Jouissaient d'un gouvernement par le droit de leur naissance, '** vassaux avaient recours à la vois de l'élection , pour faire tomber leur cl'0' sur le plus digne, dans l'opinion que l'intérêt public devait remporter sur I* droits d'une parenté fort éloignée. Dans les pays de Tlasc-ala, de GuacoxinS" et de Ciiolula, on suivait la même règle, avec cette différence , que celui qu'0" substituait au véritable parent était soumis à de rigoureuses épreuves.
Le Mexique avait une espèce de seigneurs qu'Herrera compare aux cofl^ mandeurs de Caslille, c'est-à-dire qui recevaient de la faveur du souvera1"^ ou pour récompense de leurs services , des terres dont ils n'avaient la propre que pendant leur vie. 11 y avait un autre ordre qui se nommait, eu laitue du pays, les (/rancis parents , et qui était composé des puînés du premier oi't"" Il était subdivisé en quatre autres classes, qui répondaient aux quatre pî£ iniers degrés de parenté, et qui se distinguaient par le plus ou moins d'é'*' gnement de la souche. Tous ceux dont la descendance était plus éloignée C' traient dans la quatrième classe. Outre le droit de pouvoir succéder aux ^c de leur race lorsqu'ils y étaient appelés , leur noblesse les exemptait de trit»0* La plupart servaient dans les armées , et c'était parmi eux qu'on choisi**" les ambassadeurs, les officiers des tribunaux de justice, et tous les minis11"1" publics. Les chefs de races étaient obligés de leur fournir le logement & ' subsistance.
Tous les caciques jouissaient du droit de la souveraineté dans l'étendu^ leur domaine. Ils tiraient un tribut de tous leurs vassaux, sans en excef* cette espèce de seigneurs dont les biens ne se transmettaient pas par suc<^ sion , et qui ne les possédaient que par la donation de l'empereur. Les offlc|C^ même payaient le tribut pour leurs emplois comme les marchands cel"'
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"«r couiuieice; mais ils n'étaient pas obligés à d'autres services, tels que les ouvrages puhlics, le labourage pour les seigneurs, et diverses corvées qui «lent le partage du peuple. Ils avaient même entre eux une espèce de syndic choisi dans leur corps, pour traiter de leurs affaires avec les seigneurs, et P^r régler annuellement leurs comptes. Les plus malheureux hommes sou- >s à l'impôt étaient les laboureurs qui tenaient les terres d'autrui ; ils se nomment mayèques. Tous les autres vassaux pouvaient avoir des terres en profs ou en commun ; mais il n'était permis aux mayèques que de les tenir en u°ïei'' ,ls Iie pouvaient quitter une terre pour en prendre une autre, ni abandonner celle qu'ils exploitaient, et dont ils payaient le loyer en nature, par anciennes conventions dont l'origine était inconnue. Leurs seigneurs exercent sur eux la juridiction civile et criminelle. Ils servaient à la guerre , paree que personne n'en était exempt ; mais on apportait beaucoup d'attention à "e pas trop diminuer leur nombre, et il fallait que le besoin de troupes fut <*& pressant pour faire oublier que les mayèques étaient nécessaires à la cul- Itlre des terres.
L'exemption du tribut n'était accordée qu'aux enfants en puissance de leurs Pères , aux orphelins , aux vieillards décrépits , aux veuves et aux blessés. II *j levait avec beaucoup d'ordre dans les villages comme dans les villes. Le v us ordinaire était en maïs , en haricots et en coton. Les marchands et les ou- Vriers le payaient de la matière de leur commerce ou do leur travail. Il n'était pa» assis par tête, chaque communauté était imposée en masse, et cette taxe Se divisait entre ses membres ; tous les particuliers regardaient comme leur dernier devoir de payer leur quote-part. Le tribut en grains se levait au temps I e la récolle ; celui des marchands et des ouvriers s'acquittait de vingt en vingt °irs, c'est-à-dire de mois en mois : ainsi les impôts se percevaient, pendant 0ute l'année. La même règle s'observait pour les fruits, les poissons , les oi- ^ux, les plumes, la vaisselle de terre; et les maisons des seigneurs se trouvent fournies sans embarras et sans interruption. Dans les années stériles et , ahs les temps de maladies contagieuses, non seulement on ne levait aucun ^Pôt, mais si les vassaux d'un cacique avaient besoin de secours, il fourrait de ses magasins des subsistances aux plus pauvres , et des grains pour hier. Le service personnel des mayèques consistait à bâtir pour leurs seio^eurs , et surtout a leur porter chaque jour de l'eau et du bois. Cette dernière ^fvée était répartie entre les villages , de sorte que le tour de chacun ne refait pas souvent. S'il était question d'une construction , tous les vassaux s'y ^Ployaient avec autant de contentement que de zèle. Hommes, femmes et liants, tous mangeaient à des heures réglées. On a souvent observé qu'ils °ni peu laborieux lorsqu'on les applique seuls au travail, ol que six Me\i-
cains, occupés séparément, avancent beaucoup moins qu'un Espagnol. Comme ils mangent peu , leurs forces semblent proportionnées à leur nourrttiU*- Cependant, lorsqu'on trouve le moyen de les faire travailler ensemble , et par quelque motif autre que la crainte, ils ne perdent pas un instant. Comme il* respectaient presque également leurs caciques et leurs dieux , ils n'épargnai^'1 pas leurs peines dans la construction des temples et des palais. Ils sortaient & leurs villages au lover du soleil. La fraiebeur du matin passée , ils mangeai^»1 sobrement des provisions qu'ils portaient avec eux. Ensuite chacun mettait la main à l'ouvrage , sans attendre qu'il fui pressé par l'ordre ou les menace des chefs , el le travail continuait jusqu'à la première fraîcheur du soir. A & moindre pluie, ils cherchaient à se mettre à couvert, parce qu'étant nus, $ connaissant le dangereux efTet de la pluie , Us craignaient d'y rester long-temps exposés ; niais ils revenaient gaîment aussitôt qu'ils voyaient le temps s eclaircir, et, le soir, retournaut sans impatience à leurs maisons, où leurs femDtë8 leur faisaient du feu et leur apprêtaient à souper , ils s'y amusaient innocent ment au milieu de leur famille.
Les peuples de la province de Misléque avaient treize langages différents- On attribue celte étrange variété à la disposition du pays , qui , étant rcmpl' de montagnes très hautes, rendait le commerce fort diflicile d'un canton3 l'autre. Les Espagnols y ont trouvé des cavernes et des labyrinthes de pli"* d'une lieue de longueur, avec de grandes places et des fontaines d'excellente eau. Dans la partie des montagnes qui se nomment aujourd'hui Saint-Antoine les Américains n'habitaient que des antres de dix ou vingt pieds de eircoiité' renec, qu'ils paraissaient avoir creusés, par un long travail, dans les ph,s durs rochers. On remarque deux montagnes d'une hauteur extraordinaire t qui sont fort éloignées l'une de l'autre par le pied, mais dont les soiwUfi* s'approchent tellement, que les Indiens sautent d'un côté à l'autre.
Les T lascalans , dont on a vanté le courage et la fidélité, avaient pris d** Mexicains l'horrible usage de sacrifier leurs ennemis , et d'en manger la chai* H parait même qu'ils ne s'y étaient accoutumés que par représailles, pouf rendre à ces cruels ennemis le traitement qu'ils ne cessaient d'en recevoir. On a vu que l'amour de la liberté avait donné naissance à leur république, cl que la valeur et la justice en étaient comme le soutien. Les relations espagnoles s'éteudent beaucoup sur leur caractère ; ils mangeaient peu, et se nourrissaient d'ali' ments très légers. Ils étaient actifs , el susceptibles d'apprendre et d'imiter loi*1 ce qu'on leur montrait. Ils punissaient de mort le mensonge dans un sujet à& la république, mais ils le pardonnaient aux étrangers, comme s'ils ne les eussent pas crus capables de la même perfection qu'un ïlascalan. Aussi tQ«S leurs traités publics s'exêcutaient-ils de bonne foi. La franchise ne régnait p*
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i*ta dans leur commerce : c'était un sujet d'opprobre cire leurs marchands I"; u emprunter île l'argent ou des marchandises , parce mie l'emprunt expose
Jours a l'impuissance de rendre. Ils respectaient les vieillards; ils clri- (|; M'I rigoureusement l'adultère et le larcin. Les jeunes gensd'une naissance Mrs '*"-''"l"""a"tluaienl derespeclct de soumission pour leurs pères étaient pou- PaI' "" °rdre 8eCrC1 d" s6ml' comme des monstres naissants qu,
Mionl devenir pernicieux ù l'état lorsqu'ils seraient appelés à le gouverner.
«lie, T "L"Sa'e"' aU P"Mc pal' to *<■*• qui ne méritaient pas la mort
m relègues aux frontières, avec défense de rentrer dans l'intérieur du
» c était le plus honteux de Ions les châtiments, parce qu'il supposait des
«„;,"" C,'a'8"ait '" c™lagion. Les traîtres subissaient la peine de mort
c tous leurs parents jusqu'au septième degré, dans l'idée qu'un crime si
« pouvait vemr a l'esprit de personne, s'il n'y était porté par l'iuelina-
«u sang. Les débauches qui blessent la nature étaient punies de mort,
C™ ;'CS °b;tadeS a la Propagation des citoyens, dans le nombre desquels
1» IHiquc faisait consister tontes ses forces. Entre mille sujets dehaine, les
■ l aluns reprochaient aux Mexicains d'avoir infecté leur nation de ce déteste loi 1C°; L,!Vr"gnene clail si rigoureusement dérenduc, qu'il n'était permis «ans i , 'qUC"rS f0rt<ÎS "",auI vMkrdB °ui avaient épuisé leurs forces
■ 'a protession des armes. Le territoire de la république ne produisant - de sel, m de coton, ni de cacao, ni d'argent, il „',- avait point d'excès
«c luxe a craindre dans la bonne chère et dans les habits. Cependant les
> avarent pourvu en défendant de porter des étoffes de coton , de boire
cacao délave, de se servir d'argent et de sel , si ces richesses n'avaient été
M ces par les armes. Les Tlascalans n'étaient pas mis; ils portaient une ca-
ltesT ,f0,'t.<-'lro,le > sa"s collet et sans manches , avec une ouverture pour y
«la lete; elle descendait jusqu'aux genoux, et par dessus ils avaientuno
K de soutane d'un tissu de fil.
» C„?f T",™8"3" * Ttok' e' 'eS """'^ "'"" b°" Bonvernement, '» >ï un 1 T Par'S "UaMiUi d,,!trangerS "'" <*«««<»»< a se garantir dé ConZ" '"" raC"""iS ' Us 5 étai™' ^"S a 1» seule condition do s'y
«Cs „" ™î °° y C°mptai1' Parmi la n°blesslJ> c'»™n soixante sei-
<tali„ T " "' T ™1»"'ai''emenl sous la protection de la république en *tio„, ,aBSa"X' â° aVa" deS C"B,alierS q,,i a,ai0M miSrt« ec litre par des '« ton, nl T °" C°"SOilS Sa'"lairCS ' <•' '"" e» avaie"' * revêtus dans '«ssi „ c*" P de *"-™°":«- Les riches marchands obtenaient
lue . d,suncl">ns , qui les élevaient par degrés à la noblesse ; mais , quel- „; lauvre que lut le noble, il ne pouvait exercer aucune profession mécu- '' e- Les seuls degrés défendus nour le mariage étaient coin de mère de
sœur, de tante et do belle-merc. L'héritage ne passait point aux enfants, n'ais aux frères du père , et plusieurs frères pouvaient épouser successivement le>>r belle-sœur. Non seulement les lois permettaient la pluralité des femmes, nia» elles y exhortaient ceux qui pouvaient en nourrir plus d'une. Un de leurs chefs eu avait cinq cents. Cependant il n'y en avait que deux qui portassent le titre d'épouse ; elles étaient respectées de toutes les autres , et leur mari ne devait pas coucher avec une concubine sans les avoir averties. Un enfant était plonge dans l'eau froide au moment de sa naissance, et les femmes s'y lavaient aussi dès qu'elles étaient délivrées. Rien n'est égal à l'attention qu'on apportait a leur inspirer l'habitude de la modestie et de la propreté.
Entre les (lèches qu'ils portaient dans leur carquois , ils en avaient deux q"1 représentaient les deux fondateurs de la ville. Ils en tiraient d'abord une , c| s'ils tuaient ou blessaient un ennemi , c'était un heureux présage. L'inutile du premier coup passait pour un mauvais augure ; mais chacun se faisait u" point d'honneur de reprendre sa première flèche , et ce préjugé contribuait souvent à la victoire.
Les extravagances de leur polythéisme ne les empêchaient pas de reconnaître un dieu supérieur, mais sans le désigner par aucun nom. Ils admettaient des récompenses et des peines dans une autre vie, des esprits qui parcouraient l'air, neuf cieux pour leur demeure et pour celle des hommes vertueux après leur mort. Ils croyaient la terre plate , et, n'ayant aucune idée de la révolution des corps célestes, ils étaient persuadés que le soleil et la lunc dormaient tous les jours à la fin de leur course : c'étaient pour eux le roi e la reine des étoiles. Ils regardaient le feu comme le dieu de la vieillesse, par^ qu'il n'y a point de corps qu'il ne consume. Suivant leurs idées , le mond^ était éternel ; mais ils croyaient , sur d'anciennes traditions , qu'il avait chang6 deux fois de forme, d'abord par un déluge, ensuite par la force du vent et de* tempêtes. Quelques hommes qui s'étaient mis à couvert dans les montagnes ï avaient été convertis en singes ; mais , par degrés , ils avaient repris la figu1* humaine, la parole et la raison. La terre devait finir par le feu, et demeurer réduite en cendres jusqu'à de nouvelles révolutions , dont ils ignoraient 1'»* poqne.
LesOtomiea, que leur haine pour les Mexicains, le séjour de leurs monta' gnes et leur ancienne simplicité semblaient devoir préserver du barbare usag d'immoler des victimes humaines, sont ceux qui l'ont conservé les derniers > après l'avoir reçu de leurs ennemis. Ils ne sacrifiaient, a la vérité, que 1'* captifs qu'ils faisaient dans leurs guerres : mais ils les hachaient en morceau qui se vendaient tout cuits dans les boucheries publiques. Quelques missU"1' naireb espagnole rpû s'étaient hasardés à vivre parmi eux pour les insin'1'1
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^nmençaieni :'i s'applaudir du succès de leur zèle, lorsque, dans une iiiiilatl'e contagieuse, qui faisait beaucoup de ravage, ils furent surpris de voir
0l'ltî la nation rassemblée sur une haute montagne : c'était pour y sacrifier ""e jeune fille à leurs anciennes divinités. Les missionnaires s'efforcèrent en Va"i de les arrêter : on leur répondit qu'en embrassant un nouveau culte, l'an- ^eu ne devait pas être oublié ; et la jeune fille eut le sein ouvert à leurs yeux. Près le sacrifice, tous les Otomies revinrent tranquillement à l'instruction.
* Plus singulière de leurs coutume» buiiï celle qu'ils observaient pour le ma-
iage : i|s vivaient librement avec toutes les femmes jusqu'au jour qu'ils choisissaient pour se marier ; mais lorsqu'ils étaient décidés à contracter L'engagement conjugal, ils passaient une nuit avec la femme dont ils voulaient faire
eur épouse , et s'ils lui trouvaient quelque défaut , ils étaient libres de la renier; au contraire, s'ils déclaraient le lendemain qu'ils en étaient contents, ne leur était plus permis d'en prendre une autre. Alors ils commençaient à
**e pénitence de tous les péchés de leur vie, surtout des libertés qu'ils avaient Pr'sesavec d'autres femmes; celle pénitence consistait à se priver pendant vingt l°Urs de tous les plaisirs des sens , à se purifier par des bains , et à se tirer du Wtlg des oreilles et des bras. La femme exerçait aussi ces rigueurs sur elle-
«me; ensuite les deux époux se rejoignaient pour vivre ensemble jusqu'à la ^n. Il paraît néanmoins que celte loi ne regardait que le peuple , car les
^fs de la nation avaient plusieurs femmes.
^anipier et Oëxmelin assurent que les Mosquitos n'avaient aucun principe fle religion. Cependant on a découvert que leurs ancêtres avaient des dieux et
es sacrifices. Us donnaient tous les ans à leurs prêtres un esclave qui repré- **tait leur principale divinité. Après l'avoir lavé avec beaucoup de soin , on e revêtait des habits et des ornements de l'idole; on lui imposait le même j10™ ; il recevait pendant toute l'année le même culte et les mêmes honneurs.
Ha.
garde de douze hommes veillait sans c
0 „„ ..■ „„ ™..„„ „ai,a cesse autour de lui, autant pour
"•«pécher de fuir que pour fournir à ses besoins , et lui rendre un hommage
^itmuel. Il occupait le plus honorable appartement du temple. Les princi-
j^to Mosquitos l'y servaient régulièrement. S'il lui prenait envie d'en sortir,
^tait accompagné d'un grand nombre de courtisans ou d'adorateurs. On lui
0Imait une petite flûte, dont il tirait quelques sons par intervalles, pour
Sertir le peuple de son passage. Les femmes alors sortaient avec leurs en-
atlts dans les bras , et les lui présentaient pour les bénir ; tous les habitants
u bourg marchaient sur ses traces. Mais on lui faisait passer la nuit dans une.
roile prison , à laquelle on donnait le nom de sanctuaire. Ces soins et cas
^rations duraient jusqu'au jour de la fête : on le sacrifiait alors dans une
emblée générale des deux parties de la nation. Un de leurs usages, qui
n*e&! pas moins singulier, est celui qui regarde les femmes veuves. Après avoir enterré leurs maris , et avoir porté sur Jour fosse à boire et à manger pendant quinze lunes , elles sont obligées , a la fin de ce terme , d'exhumer leurs os , de les laver soigneusement et de les lier ensemble , pour les porter sur leur dos aussi long-temps qu'ils ont été en terre ; ensuite elles les plaeent au sommet de leur cabane , si elles en ont une , ou sur celle de leur plus proche parent. Eiles n'ont la liberté de prendre un autre mari qu'après s'être acquittées do ce devoir.
Oëxmelin nous a laissé de curieux détails sur les singes de ce pays. « Lorsqu'ils voyaient approcher des chasseurs, dit-il, ils se joignaient en grand nombre , en poussant des cris épouvantables , et nous lançaient des morceaux de branches sèches , qu'ils rompaient avec beaucoup de force. Quelques uns faisaient leur fiente dans leurs pattes, et nous la jetaient à la tôle. Je remarquai qu'ils ne se séparent jamais , et qu'ils sautent de branche en branche avec une légèreté qui éblouit la vue. On n'en voit pas tomber un seul; s'ils glissent quelquefois en s'élançant d'un arbre à l'autre, ils s'accrochent avec les pattes ou la queue : aussi ne gagne-t-on rien à les blesser. Un coup de fusil qui ne les tue pas sur-le-champ n'empêche pas qu'ils ne demeurent accrochés à leur branche ; ils y meurent , et n'en tombent que par pièces. Mais je vis avec plus d'étonnement qu'aussitôt qu'on en blessait un , ses voisins s'assemblaient autour de lui 3 mettaient leurs doigts dans sa plaïe, comme s'ils eussent voulu la sonder, et que, s'il en coulait beaucoup de sang , ils la tenaient fermée pendant que d'autres apportaient des feuilles qu'ils mâchaient un moment, et qu'ils poussaient fort adroitement dans l'ouverture. C'est un spectacle que j'ai vu plusieurs fois , et qui m'a toujours causé de l'admiration, a
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III H|H l|IH l|llll |llll |lllll lllll lllll lllll