‹ Histoire pittoresque des voyages dans les cinq parties du mondeChapitre 6 sur 22 · DÉCOUVERTE ET CONQUÊTE BU PËROT · texte numérisé non relu

DÉCOUVERTE ET CONQUÊTE BU PËROT

PIZARIÏE ET ALMAGRO.

e Piïarro el d: Almagro. Affreuse détresse. La Gorgone. Tumbei. Les Mamaroois. Relonr à Panama.

si les premiers pas de Vasco Nugnez de Balhoa sur les côles du Grand-Océan *ént honneur à son courage, ils n'avaient pas encore donné de grandes espérances. Les (erres où il avait abordé, et par lesquelles on s'ouvrit dans la JJlHe le chemin du Pérou , n'avaient offert que des bois stériles et des marais. ^ Tut m 1514 que François Pizarre, Diègue Almagro , et Fernand de Lu- JteB, prêtre fort riche, tous Iroisétahlis à Panama, déjà possesseurs d'une '°rtnne assez considérable qu'ils brillaient d'augmenter , et dévorés de cette Soif d'aventures et de découvertes qui se fait sentir lorsqu'une fois on a passé <Ie l'ancien monde dans le nouveau , se présentèrent à Pedro Arias Davila, P'"s communément nommé Pédrarias, vice-roi de Panama , et lui firent agréer ^""s prières. Le nom de Pizarre est devenu assez célèbre pour qu'on soit eurent de connaître son origine. 11 éfait fils naturel de Gonzale Pizarre, an- ' -l,'n capitaine d'infanterie , habitant de Trtrxlllo dans l'Estramadoure. Il avait 11,1 frère bâtard comme lui, nommé Gonzale Pizarre, comme leur pore, rpii joua aussi un grand rôle dans l'histoire du Pérou, et deux frères légîtij*1®. Nous les verrons bientôt le suivre tous dans son expédition ; mais alors il ft e*it pas d'autre compagnon que Fernand de Luqucs et Abnagro. Ils firent atre eux une association dont les principaux articles portaient : « Que Piarre, connu pour homme de main , et long-temps exercé dans les guerres fcntreles Américains, serait, chargé de l'expédition ; qu' Almagro fournirait outes les provisions et prendrait soin des préparatifs, et que Fernand de "ques ferait les autres dépenses. » Pour cimenter leur association, Fernand e Luques dit. la messe , sépara l'hostie en trois , en prit une partie , et donna tt Qêttx autres à ses associés.

'a flotte consistait en ua seul 'laisses1! qu'ils avaient acheté, et deux canots.

Pizarre fit voile vers l'ile de Taboga, qui n'est qu'à cinq lieues de Panama, et passa, douze lieues plus loin , aux lies des Perles , ainsi nommées par Balboa, qui les avait découvertes. Il y lit de l'eau et du bois ; il y prit du fourrage pour les chevaux , et , douze autres lieues au delà , il trouva un port qu'il nomma de (os Piaas, parce qu'il trouva quantité d'ananas dans le voisinage. Tous te8 soldats descendirent, et l'équipage resta seul à bord. Ils remontèrent pendant trois jours la rivière de Bine ; leur fatigue fut extrême, dans des terres pierreuses et stériles , sans aucun chemin , souvent entre des précipices où ils ne trouvaient pas le moindre rafraîchissement. Moralez, un des soldats, mourut de ses peines. Ils cherchaient le cacique de la province ; le peuple avait abandonné les cabanes et les champs. Dans le désespoir de ne rien trouver , ils retournèrent à leur vaisseau , accablés de faim et de lassitude.

Mais loin de se rebuter, ils continuèrent leur navigation vers le sud. A dis lieues, ils entrèrent dans un autre port, où ils chargèrent du bois et de l'eaUj ensuite n'ayant pas cessé d'avancer pendant dix jours , les vivres leur manquèrent , jusqu'à les obliger de réduire les portions à quatre onces de maïs par jour. La viande était consommée, et comme ils avaient peu de futailles, l'eau vint à manquer aussi. Ils tombèrent dans une si affreuse misère, qu'ils se virent forcés de brouter des bourgeons de palmier, qui étaient d'une extrême amertume. Ils prirent néanmoins un peu de poisson ; mais une continuelle fa* ligue , jointe à de si mauvais aliments , ne tarda point à les épuiser. Ils avaient envoyé le vaisseau à l'île des Perles, pour y prendre quelques provisions. En attendant son retour, Pizarre s'efforça de soulager les plus faibles, prit sur h" les plus grands travaux, et secourut particulièrement les malades. Lin jour î» aperçurent de loin une clarté qui les surprit. Pizarre prit aven lui quelque braves, et marcha vers l'endroit d'où la lumière semblait partir : il y trouva quantité de cocos. Le vaisseau revint d'ailleurs avec des vivres , et sa vue seul" ranima les malades. Mais il était déjà mort vingt-cinq hommes à son arrivée- Ce désastre fit donner au port le nom de Puerto de In hambre , c'est-à-dire port de la famine. Us continuèrent d'avancer , et le jour de la Chandeleur Hs se rendirent dans une terre qu'ils en prirent occasion de nommer la Candefa n'a, terre si dangereuse par son humidité, que leurs habits y pourrirent en peu de jours , et si coupée de montagnes et de bois, qu'il leur fut impossible d'y pénétrer. Ils remirent en mer pour débarquer plus loin. Un chemin qui s'offrit aux plus empressés les conduisit , après deux lieues de marche, dan» un petit village sans habitants, mais dans lequel ils trouvèrent beaucoup $ maïs, de la chair de porc, des pieds et des mains d'hommes; ce qui leur''1 connaître qu'ils étaient chez une nation d'anthropophages. Ils retournèrent sers la nier, et bientôt ils arrivèrent dans un lieu qu'ils nommèrent Puel'l0'

Meniwlo, c'est-à-dire peuple brûlé. Les habitants du pays leur firent une ««erre opiniâtre, et leur nièrent tant de monde, qu'ils furent contraints de se «Ter dans le pays de Chincana.

Pendant que Pizarre luttait ainsi contre la fortune, Almagro était parti de ^ *>"ania sur un vaisseau qui portait avec lui soixante-dix Espagnols. Il suivit H côtes jusqu'à la rivière Saint-Jean, et, ne trouvant point Pizarre, il retourna ',,rses traces en continuant de le chercher jusqu'à Pneblo-Queniado, où disses marques lui liront connaître qu'il y était venu dos Espagnols. Les ha- ~™lls du pays, animés par le succès qu'ils y avaient obtenu contre Pizarre, » reçurent pas ses associes avec inoins de bravoure. Ils renouvelèrent si soue»t leurs attaques, qu'Almagro se vit forcé d'abandonner la côte après avoir f*du un œil dans la dernière action. II apprit dans l'Ile des Perles que Pizarre 111 à Chincana , qui fait face à cette île ; il n'eut d'empressement une nour le '«Joindre.

^ La joie de se revoir leur fit oublier toutes leurs peines; mais tant de fâcheu- ** aventures leur ayant appris qu'ils n'avaient pas trop de toutes leurs forces ^semble pour pénétrer dans des pays si bien défendus, ils recommencèrent ^ s'uvrc la côte avec leur petite flotte, composée de deux vaisseaux , trois canots «eux cents Espagnols. La fortune leur préparait encore bien des peines. Ils "avèrent quantité de rivières peuplées, à leur embouchure, de caïmans, rte de crocodiles toujours prêts à dévorer les hommes. Après avoir eon- ""uné leurs provisions, ils n'eurent pour ressource que le fruit des mandont ce pays est couvert , et dont les racines , abreuvées d'eau de mer,

''ont,,

«un,

ient au fruit un goût fort amer. Leurs canots , qui nepouvaient aller qu'à la ', avaient à lutter sans cesse contre les courants , par lesquels ils étaient "'Portés vers le nord. Les habitants no perdaient pas une occasion de les atta- Wer, et leur reprochaient d'être des paresseux qui aimaient mieux ravager * terres d'autrui que de cultiver le pays de leur naissance. La perte de plu-

c"rs Espagnols , qui périssaient de misère, ou par les armes de ces barbares, tj r"gler entre les deux capitaines qu'Almagro retournerait à Panama pour en J"r des vivres et des recrues. Il revint avec quatre-vingts hommes, et ce ren- J" leur donna la hardiesse de pénétrer dans le pays de Calamez, terre mé-

"Wement peuplée, dans laquelle ils trouvèrent abondamment des vivres, ^ailleurs, ils étaient soutenus par la vue de l'or, qui était Tort commun dans

Plupart des nations qu'ils avaient visitées, et dont ils se procuraient quel-

efois une quantité considérable par des échanges paisibles ou par la force. * A"îérica'"s eux-mêmes qui les attaquaient avaient le visage parsemé de

"s d'or, enchâssés dans des trous qu'ils se faisaient exprès pour y mettre cet ■uement.

Après la découverte du Calamez , les deux capitaines jugèrent encore qu'ÛS avaient besoin de plus de monde , et Almagro fil une seconde course à Pa«a* ma pour en ramener un nouveau renfort, tandis que Pizarre alla l'attendre dans une petite lie qu'ils nommèrent Gallo. Mais il était arrivé beaucoup de (Rangements dans la Caslille-d'Or. Pedrarias avait cessé d'y commander, elPe* dro de los Rios était venu d'Espagne pour succéder au gouvernement. Aima* gro craignit de le trouver moins disposée à favoriser les découvertes. En effet. après lui avoir accordé d'abord quelques secours , qui ne suffisaient pas à la grandeur de l'entreprise , ni même pour soulager la misère où Pizarre se trouvait dans Ule de! Gallo , il refusa ouvertement de consentir à de nouvelles levées. Quelques uns des gens de Pizarre , rebutés de ce qu'ils avaient souffert , et tremblant pour l'avenir, avaient écrit à leurs amis de Panama, qui supplièrent le gouverneur de ne pas permettre qu'un plus grand nombre d'E» pagnols allât périr dans une si dangereuse expédition , et lui demandèrent ses ordres pour faire revenir ceux qui s'y étaient malheureusement engagés. Los Rios envoya un lieutenant nommé Tafur , natif de Cordoue , chargé de ramener ceux qui n'étaient pas contents de leur sort. Tafur, malgré l'intention qu'il avait de les ramener tous, fut touché d'admiration pour Pizarre, qui le pris de lui en laisser quelques uns. Il se mit à l'un des bouts du navire; puis aya"1 tracé une ligne , il mit à l'autre bout le capitaine Pizarre avec ses soldats , et ordonna que ceux qui voudraient aller à Panama passassent de son coté. H ^ resta près de Pizarre que treize Espagnols et un mulâtre, qui s'offrirent # mourir pour lui , et de le suivre en quelque lie» qu'il voulût aller. Ils se fla[" lèrent du moins de retenir un des vaisseaux que Tafur avait amenés- m3's toutes leurs prières et celles de Pizarre ne purent fléchir cet officier, qui ci'3'* gnaitde déplaire au gouverneur. Il leur promit seulement , pour les consolerqu'Almagro, dont il connaissait les dispositions, leur en enverrait un de Pa* nama. Celte espérance délermina Pizarre à l'aller attendre dans une île qu'i' avait nommée la Gorgone , où il était sur de trouver de l'eau , et de pouvoii' subsister avec le peu de maïs qui lui restait. Le mauvais état de son bâtimeflj ne l'empêcha point d'embarquer quelques Américains des deux sexes q"'' avait pris sur la cote de Tumbez. En quittant Tafur , il lui confia deux tel treÇi l'une pour le gouverneur, auquel il reprochait de lui avoir enlevé ses gens, el de rendre un fort mauvais office à l'Espagne par les obstacles qu'il mettait à son entreprise ; l'autre pour Almagro et Fernand de Luques , qu'il pressait i"' stamment de le secourir.

L'île de Gorgone , que ceux qui l'ont vue comparent à l'enfer, est effrayait par la noire obscurité de ses bois, la hauteur de ses montagnes , ses pluie* continuelles . la mauvaise temoérature de son air, dont le soleil ne pénèire J>

3ls l'épaisseur, cl surtout par la prodigieuse quantité de moustiques et de ' Ptiles dont elle est remplie. Son circuit est d'environ trois lieues. Ce fut l'a- ■. e que Pizarre choisit dans son chagrin, autant pour se dérober aux attaques es Américains dans un séjour si désert , que pour se procurer de l'eau , qui "' "'ait manqué dans l'Ile ciel Gallo.

afur, retourné à Panama, fit au gouverneur une peinture si vive du cou- ,'8° et de la misère de Pizarre, qu'il parvint à l'attendrir, mais sans lui 'sl»rer la résolution de l'assister. Il crut avoir assez fait en lui offrant l'on, sion de revenir; et pour réponse, il dit que c'était sa faute s'il périssait. |*jtt que Tafur avait ramenés faisaient un récit si touchant de tout ce qu'ils . aient souffert , qu'on ne pouvait les entendre sans une extrême eompas- ». Almngro et de Lucques furent attendris jusqu'aux larmes. Us sollicité. ent le

ils lc

gouverneur; ils lui représentèrent le tort qu'il faisait à la couronne;

'» menacèrent mémo d'en porter leurs plaintes à l'empereur; enfin, soit

• Je, soit crainte de la cour, soit passion pour l'or, dont les déserteurs étaient

«us chargés, Los Bios consentit à donner un navire; mais, soutenant

apparences de son refus, il déclara que c'était pour offrir encore une fois

«zarre le moyen do revenir; ensuite, feignant de regretter s na ordre à Castaneda de visiter ce vaisseau avec un charpentier, et do dire

r sa facilité , il

/"' '1 n'était pas propre à la navigation. Mais ces deux hommes eurent la fer-

™elé do répondre que le Mliment était bon. Il lui devint comme impossible

ûrs do se rétracter, et sa dernière ressource fut de faire ordonner à Pizarre ,

^»s de grandes peines , de lui venir rendre compte do son expédition dans six

°is. On reconnaît dans celle conduite du gouverneur l'embarras d'un chef

' 'souhaite une entreprise , et qui ne veut point se charger de l'événement.

«pendant Pizarre et ses compagnons, vojant passer plusieurs mois sans ap-

rence de secours, commençaient à se croire abandonnés. Dans leur (lésas-

'', Us pensèrent à se faire un radeau des débris de leur navire, qui n'avait

^ résister aussi long-temps qu'eux au climat de la Gorgone, pour s'appro-

<kZ * '" C"e et dcsccnlireà Panama. Celle résolution était arrêtée lorsqu'ils

"ouvrirent le vaisseau qu'on leur envoyait. Ils le prirent d'abord ponr qucl-

j; monstre marin. A la vue même dos voiles, ils n'osaient se persuader ce

k "'désiraieiitsi ardemment. Enfin, quand ledoule ne fut plus possible, ils

givrèrent aux plus vifs transports de joie. Pizarre forma aussitôt un nou-

ile p t}m' " pril le par" dc laissor lcurs prisonniers dans l'île, sous la garde

Port Z "' dC Truxm° ' d0Ilt la santé s'éa[l affaiblie jusqu'à ne pouvoir sepfc » la mer, ct d.a]ler ,|roit j Tuml)ez Mus |a direclion d6 iam homm(,5

relie contrée qu'il s'était attachés par ses caresses , et qui commençaient à v°ir un pen d'espagnol.

li prn sa roule au sud-est , eu remontant la eûio , el vingt jours d'une navigation pénible le firent arriver sons une île située devant Tombez, proche de Puna; il la nomma Sainte-Claire. Elle n'élait pas peuplée, mais regardée des habitants du pays voisin comme an sanctuaire, parce qu'en certain temps ils y faisaient de grands sacrifices à quelques idoles de pierre, que les Espagnols ne virent pas sans étonneincnt. La principale avait une tête d'homme de forme monstrueuse. Mais ils remarquèrent avec plus de joie que leurs guides ne les avaient pas trompés dans l'opinion qu'ils leur avaient donnée de cette côte. En plusieurs endroits de file, ils trouvèrent quantité de petits ouvrages d'argent et d'or, tels que des mains, des têtes, et même un vas' d'argent d'une grandeur assez considérable. Ils trouvèrent aussi des couvertures de laine fort propres et bien travaillées. Leur admiration fut extrême, et Pizarro ne pouvait se consoler du départ de ses premiers compagnons, avec lesquels il comprit qu'il aurait pu former quelque entreprise importante. Les habitants l'assuraient que tout ce qui s'offrait à ses yeux n'était rien en comparaison des richesses du pays. Le lendemain, ayant remis à la voile, il découvrit vers neuf heures du malin un radeau si grand, qu'il 1° prit pour un navire; bientôt il en aperçut quatre autres : chacun étail monté do quinze Américains, qui ne firent pas diilîcnllé de s'arrêter, lorsqu'ils eurent aperçu deux hommes de leur nation sur le vaisseau caslillanlls allaient à Puna pour faire la guerre aux peuples de ce canton ; mais leur curiosité pour la fabrique du vaisseau et pour l'habillement des Espagnols les fit retourner aisément vers la cote. Le pilote Barthélémy Ruiz observa 1» terre à son approche, et, ne voyant aucune apparence de danger, il mouilla dans la rade de Tumbez. Alors Pizarre lit dire aux Américains des radeau» que son dessein était de rechercher leur amitié et qu'il les priait d'en avertir leur cacique.

On ne tarda pas à voir paraître sur le rivage une foulo d'Américains qui venaient admirer les barbes et les habits des étrangers. Le cacique voisin , 1« croyant envoyés du ciel , ne tarda point à leur faire porter sur dix ou douze radeaux toutes sortes de viandes et de fruits, et divers breuvages dans des vases d'or et d'argent. Entre ces offrandes , Pizarre fut étonné de voir un animal qu'il prit pour un mouton : c'était un présent des vierges du temple. V officier du cacique assura les Espagnols qu'ils pouvaient descendre sans défiance, et prendre ce qu'ils jugeraient nécessaire à leurs besoins. Pizarre envoya dans la chaloupe un matelot nommé Bocca-Negra , que les Américains aidèrent de bonne grâce à charger vingt pipes d'eau. L'officier américain, qui se nommait Orgo , continua de s'expliquer par les interprètes; il fit diverses questions, auxquelles Pizarre répondit qu'il venait do Castille; qu'il élai'

s"jet d'un roi fort puissant, et que, par ses ordres, il avait fait le tour dune grande partie du monde pour venir apprendre aux Américains que 'es divinités qu'ils adoraient étaient fausses , et pour leur faire connailre Un Dieu créateur du ciel et de la terre , qui promettait une éternité de boutlenr à ceux qui observaient ses lois. Il parla d'un lieu obscur et plein de ei' i destiné à la punition de ceux qui ne le reconnaissaient pas. Orgo parut pouvante de ce qu'on lui faisait entendre , et n'en prit pas moins de plaisir a boire du vin de Castille , qu'il trouvait fort an dessus du sien. Ou lui fit lèsent d'une hache de fer, dont il parut faire beaucoup de cas, et de quelles bijoux de l'Europe pour son cacique. En se retirant , il pria le capitaine "e laisser descendre à terre quelques uns de ses gens. Alfonse de Molina ^isentit à le suivre , avec un nègre qui servait Pizarre.

Lorsqu'ils furent au rivage, tous les Américains qui s'y étaient assemblés "'arquèrent une égale admiration pour la blancheur de l'un et pour la noircir de l'autre; ils lavaient le nègre pour essayer s'ils feraient disparaître Sa couleur. Molina ne fil pas difficulté de se laisser conduire dans une habi- ^fion voisine, qu'Herrera nomme le fort de Tumbez , parce qu'on y entrait ^ trois portes et qu'elle était entourée de cinq ou six murs. Il y vit de fort beaux édifices de pierre, des canaux, des fruits extraordinaires, des lamas 1u'il nommait des moutons, qui ressemblai en I à do petits chameaux, et des «"Dînes dont il admira la parure et la beauté. Les vases d'or et d'argent y ulaient fort communs, et tout y présentait l'apparence d'une grande riches- Se- Le récit que l'Espagnol en lit à son retour excita des transports de joie **ns le vaisseau et lit encore gémir Pizarre d'avoir été si malheureusement auandonné de ses gens : l'état de ses forces ne lui donnant aucune espérance "emporter le moindre fruit d'une si belle découverte, il se réduisit à faire descendre Pedro de Candie, ingénieur estimé, pour étendre plus loin ses observations, et reconnaître surtout par où l'on pourrait tenter l'attaque de 'a place lorsqu'on y reviendrait avec une Hotte plus nombreuse. Voilà sans "ouïe l'hospitalité de ces bonnes gens bien noblement récompensée !

Candie, accompagné du même nègre, fut agréablement reçu des Améri- ^ins : ils le menèrent aussitôt à l'habitation. Le cacique auquel il fut présidé, le voyant armé d'un fusil , voulut en savoir l'usage. Candie en tira un ^up vers une planche voisine, que la balle n'eut pas de peine a percer. Le Druit et l'effet saisirent les Américains d'une telle frayeur, que les uns se 'aissèrent tomber, et les autres poussèrent un grand cri. Le cacique, plus resolu, mais gardant un silence d'étonnement, fit amener un jaguar et un ^"ugouar qu'il avait entre plusieurs bêles féroces, et pria l'Espagnol de tirer Une seconde Ibis. Le coup lit non seulement tomber encore une grande partie

— un —

des Américains, mais effraya les deux animaux jusqu'à les Taire approcher

de Candie avec un air de douceur. Le cacique ordonna qu'ils fussent ramenés;

et, se tournant vers l'étranger, auquel il lit présenter une liqueur du pays.

• Bois donc, lui dit-il d'un air d'admiration , puisque tu fais un bruit si terrible : tu ressembles, en vérité, au tonnerre du Ciel. . Candie visita la place, et fut conduit dans un monastère de vierges nommées Mamacmm qui étaient consacrées au service des idoles, et qui avaient fait demander au cacique la permission de le voir; elles s'occupaient à faire des ouvrages de laine et la plupart étaient d'une rare beauté. Enfm Candie, retournant au vaisseau, y porta des informations beaucoup plus merveilleuses que les premières. U avait vu non seulement des vases d'argent et d'or, mais plusieurs orfèvres et d autres ouvriers. Les mêmes métaux éclataient dans le temple, en plaques diversement enchâssées. La beauté des mamaconas, dont le nom signifiait ™,,-„ * «M, frappa surtout l'imagination des Castillans : ils demandèrent au Uel, par do ferventes prières, de les faire revenir mieux accompagnes dans une s, délicieuse contrée , et de les en rendre maîtres. Mais, ayant appris que le cacique de Tombez avait envoyé à Quito p0„r rendre compte ,1e leur arrivée au roi Huayna-Capac, ils jugèrent qu'en si petit nombre , la prudence ne leur permettait pas de s'exposer aux caprices d'un prince dont toutes les apparences leur faisaient redouter le pouvoir.

Us gardèrent un des habitants de Turnbez , et , remettant à la voile ils s'avancèrent jusqu'au port de Payta , si célèbre depuis dans toutes les relations de celle cote. Plus loin, ils trouvèrent celui de Jangcrata, vers lequel ils mouillèrent, sous une polite lie, composée de grandes roches, où ils entendirent d'épouvantables hurlements. Mais , étant accoutumés a ne s'étonner de ™.i, ils y envoyèrent quelques braves , dont ils apprirent bientôt que le bruit ve„a,t d'une prodigieuse quantité de phoques. Ils doublèrent le cap, qu Us nommèrent El Aguza , et , continuant de ranger la cote , ils entrèrent dans un port qui reçut d'eux le nom de Sainte-Croix. Déjà la renommée d'un peut nombre d'étrangers qui paraissaient pour la première fois dans cette mer s était répandue dans tous les pays voisins; on y publiait qu'ils étaient blancs et barbus ; qu'ils „e faisaient de mal à personne ; qu'ils ne dérobaient et no tuaient point; qu'ils donnaient libéralement ce qu'ils avaient qu'ils étaient pieux et humains. Cette réputation , qu'ils „e devaient pas conserver long-temps , fui , un extrême avantage pour leur entreprise. Ils n'abordaient point de cote ou les peuples n'accourussent en foule, et ne les reeussent mec autant dp confiance, que de joie.

Plus loin, au sud , un veut comrairc jeta pendant quinze jours les Castillans dans le dernier embarras : ils ne firent que lourno, er, sans pouvoir abor-

'■< cote, qu'ils ne perdaient pas de vue. Le Lois et les vivres commcn-

nt a |o„r manquer. Enfin , s'étant approchés du rivage , à peine eurent-ils

ancre, qu'ils lurent entourés de radeaux chargés de toutes sortes do

raichissemens. Mais comme il fallait aussi du bois, Pizarre lit descendre

c les Américains Alfonsc Molina, pour leur en faire apporter. Dans lïntcr-

,te ''. 1k vasuos devinrent si fortes, que, dans la crainte de perdre ses câbles et

e i briser sur les rochers de la cote, il ne put se dispenser de faire lever l'an-

^ • Molma eut ainsi le malheur d'être abandonné parmi les Américains; niais

Ve C cr'" ™ sùre,lS chez ,"10 "alion si «ouce. Le vaisseau fut porté par le

" «Jusqu'à Coluquc, entre Tangara et Chimo , lieux où les villes tic ïruxillo

aui-Miguel ont été fondées depuis. Les habitants de cette terre marquèrent

tl humanité par leur empressement à fournir du bois cl dos vivres, que

«latclot nommé Boca-Negra, charmé de leur naturel et de l'abondance du

{ys, quitta volontairement le bord , et fit dire au capitaine de ne pas l'attcii-

^ . parce qu'il était résolu de demeurer avec de si bonnes gens. Pizarre en-

îa aussitôt à terre, pour s'informer si ce n'était pas quelque artifice des

"«'icains , qui le retenaient peut-être malgré lui ; mais La Torre , qu'il avait

"■Bo de cet ordre , lui rapporta que le matelot s'applaudissait de sa résolu-

» , qu'il était gai et dispos , et que les habitants , charmés de l'affection qu'il

( ■"■qiiiiit pour eux , l'avaient mis sur un brancard, et le portaient sur leurs

utiles pour le faire voir dans le pays.

''«aire n'osa pousser plus loin ses découvertes avec si peu de monde, dont

"* Partie commençait à se mutiner. II avança un peu dans la rivière de la Cbica,

, Wl quelques Américains pour les instruire et s'en faire des interprètes, et ,

filant sa course à Santa , il céda aux instances de ses gens , qui demandaient

JJ> retour, en lui promettant de le suivre lorsqu'il serait en état de se faire

^ecler dans une région qu'ils reconnaissaient pour la meilleure et la plus

£W du nouveau monde. Us s'étaient accoutumés à la nommer BiroH, du nom

•»» rivière qui l'arrose ; et de là vient , avec quelque changement , celui de

'»«, sous lequel on a compris depuis plusieurs élats qui portaient alors

"* noms différents.

"WempMtta. Dépntition d'Huascar. Marpitaco d'ilatioalpa. Entrevue de Faraud Pizarre e> d'AIaliual[>a. Massacre des Péruviens. Prodigieuses richesses. Mert de Pirarre.

Oncique Pizarre n'efit pas fait une route si longue et si pénible sans en rap-

*> i f, !'" Pa' d'0r' " SC '"""" plus p!ravrc m "'entrant à Panama , vers la lin » «6 , qu'il ,,e fêlait en partant d'Espagne pour aller chercher la fortune ' ls le nouveau monde. Ses associés , qui avaient été les plus riches habitants

— lâs —

de la Castilie-d'Or, avaient employé comme lui tout leur bien à leur entrepf! commune , et s'étaient même endettés fort au delà de leurs fonds. Le goiivCIt nemcnt paraissant moins disposé que jamais à favoriser une nouvelle eXp" \ tion, il ne vit point d'autre ressource, pour le soutien de ses propres esïr* rances , que de faire un voyage à la cour. Étant passé en Espagne , il expo6 ce qu'il avait entrepris et ce qu'il avait souffert, quel en avait été le sue#*j et les avantages qu'il se promettait d'en recueillir pour la couronne. En oflïan de recommencer son expédition , il demanda le gouvernement du pays <I$ avait découvert, et qu'il espérait de conquérir. Cette faveur lui fut accord^; aux conditions qui étaient alors en usage , c'est-à-dire qu'il prendrait sur 1 tous les frais , comme les peines et les dangers de la conquête.

Pizarre , muni des lettres qui rétablissaient gouverneur du Pérou , reprit la route de Panama, fortifié par la compagnie de ses trois frères , qu'il avait 8f gagés dans ses grandes vues.

Dés son arrivée il se hâta de faire les préparatifs de son expédition ; il s'a ' lâcha un assez grand nombre de volontaires, et sa petite Hotte, abonda' ment pourvue, mit à la voile au commencement de l'année 1531. Le desse"1 de François Pizarre était de se rendre droit à Turobez , où les observation de Molina et de Candie lui faisaient espérer de grandes richesses ; mais , a)3" trouvé des vents contraires, il se vit forcé de prendre terre cent lieues au d* sous, et de débarquer ses gens et ses chevaux pour suivre la cote par tt-'1'1"^' De larges rivières qu'il fallait traverser à leur embouchure , souvent lioin'|,tv et chevaux à la nage , rendirent cette marche fort pénible. Pizarre trouva <* ressources dans son adresse et son courage pour inspirer de la résolution à ^ soldats : il aidait lui-même à nager ceux qui se déliaient de leur habileté les soutenait, il les conduisait jusqu'à l'autre bord ; enfin ils arrivèrent s»1* perte dans un lieu nommé Coaque, situé au bord de la mer, et presque sO^8 l'équateur. Outre les vivres qu'ils y trouvèrent en abondance , ils y tirent $ tel butin, que, pour donner une haute opinion de leur entreprise, et fjir* naître l'envie de les suivre , ils renvoyèrent deux de leurs vaisseaux , tm Panama , l'autre à Nicaragua , dont la charge montait à plus de 30,000 cadj lans d'or. Il s'y trouva aussi quelques émeraudes ; mais les aventuriers en P^ dirent plusieurs en voulant les essayer. Ils étaient si mal instruits , que, p°"f faire cas de ces pierres , ils croyaient qu'elles devaient avoir la dureté du $ mant , et résister au marteau ; ainsi , craignant que les Américains ne peB8^ sent à les tromper, ils en brisèrent un grand nombre , qu'ils jugeaient feu** et leur ignorance les priva de trésors inestimables. ..

Pizarre s'avança jusqu'à la rivière de Chica, à trente lieues de Turabeï' P parait que son dessein avait été de pénétrer jusqu'à Payta , et qu'il alla eftf

"«ment jusqu'à ce port; mais quelques envoyés qu'il recul de Cusco, de la ™ I)rmce nommé Huascar, qui lui faisait demander du secours contre tell-'" S°" frérC' chanBerenl ">ut d'un coup ses résolutions. La mésin-

gence de ces deux princes servit encore mieux les Espagnols au Pérou que "'Visions des TIascalans et de Monlezuma n'avaient lait au Mexique, «dé UTie"S aV"'M" d'aille"ra des Préjugés favorables aux Espagnols. Dans e que la maison royale de Cusco était descendue d'un fils du Soleil, ils Mail r r " ""!m" q""1"* ""X CasliUans> cl la >'»ison qu'ils en apportaient ils Tdcesur une tradition fort respectée. Dans les anciens temps, disaient- . laine des fils d'un inca, nommé Yahuarhacar avait vu un fantôme d'une JMonomie fort différente de celle des habitants du pays. Ceux-ci en effet »' point de barbe , et leurs habits ne passent pas le genou ; ce fantôme , au mure, qui s appelait Viracocha , portait une barbe fort longue , et sa robe Descendait jusqu'aux pieds ; il menait d'ailleurs en lesse un animal inconnu jeune prince. Cette fable était si généralement répandue, qu'à l'arri- "es Espagnols , qui avaient de grandes barbes , les jambes couvertes , et <Wi * P°Ur rao"lurc> °" crul voir en e"s ''inca Viracocha, (ils du Soleil « 1 ,, fS° cnl™tlre 1ue ces impressions remplirent Alalu.alpa de frayeur, «i ôlerent le courage de se défendre, en lui persuadant que les guerriers

Vak • ela'ent em°yés Par lc Soleil P°ur te ™nger de mille ofTenses qui l'a- ■ent irrité contre la nation.

^ députation d'Huascar étant arrivée au port de Payta , le gouverneur, qui

«nnut aussitôt de quelle importance elle était pour ses desseins , se hâta do

PPeler les troupes qu'il avait laissées à Timbra , et s'occupa jusqu'à leur

s»in?r * ieter S"r '" r'V'ère d" Pa>la lcs fo,Klements d'une ville qu'il nomma

«le » , 'Chel' " V0,llail que les vaisscaux q«" lui viendraient de Panama, com-

)ff 'lui en était déjà venu quelques uns , trouvassent une retraite sôre à leur

'<•*?' E"S"'lC ' aï™1 ui5tribuli ™lre SBi ««"S l'or et l'argent qui étaient lo

C f S°" MPéa'tion • U "e laissa «""S 'a nouvelle ville que ceux qu'il des-

" à l'habiter.

eW dêpméS <1'Huascar >ui avaient appris qu'Atahualpa était alors dans la ■née de Caxamalca. Ses troupes ne furent pas plus tôt arrivées de Tuinbez se mit en marche pour aller trouver ce prince. Un désert de vingt lieues

eut a traverser dans des sables brillants , sans eau et sans secoure contre

l'etl ■"-' """" "- '-•""• miiiaïus, sans eau et sans secours contre

'renie ardeur du soleil , lit beaucoup souffrir l'armée ; mais à l'entrée d'une «nce nommée Motupe, il commença heureusement à trouver des vallons

««va ' °'' '8S rafraii;1"ssements étaient en abondance. De là les Espagnols

(,it ocerent vers une montagne, sur laquelle ils rencontrèrent un envoyé Jualpa , qui présenta au gouverneur des brodequins très riches et des

Tr^iïïM^mlWinlB

In^InWnfWnitWf

bracelets d'or, en l'avertissant de s'en parer lorsqu'il se présenterait devant Tinca, auquel cette marque le ferait connaître. L'envoyé était lui-même inca> c'est-à-dire prince de la race royale , et se nommait Tltu Autaclii. Son compliment roula sur la parente des Espagnols et de son maître , en qualité d'enfant de Viracocha et du Soleil. Les présents consistaient en diverses sortes tlû fruits , de grains , d'étoffes précieuses, d'oiseaux et d'autres animaux du pa>s> des vases , des coupes , des plats et des bassins d'or et d'argent , quantité de turquoises et d'émeraudes. L'abondance et l'éclat des ces richesses firent jr ger aux Espagnols que le prince qui les envoyait devait posséder d'immenses trésors. Mais ds ignoraient encore que les peuples, les regardant comme ^ du Soleil et comme exécuteurs de ses vengeances , y mêlaient un motif de religion , et que leur but était , non d'acheter l'amitié d'une poignée d'homnrS qu'ils pouvaient envelopper aisément, mais d'apaiser la colère du Soleil , qu'Us adoraient et qu'ils croyaient irrité contre eux.

Pizarrc n'avait pour interprète qu'un jeune Américain , qui ne savait g* re ni la langue de Cusco , qui était celle do la cour , ni celle des Espagnols- Quoique baptisé sous le nom de Philippe, d'où lui vint celui do Philippin».' il était fort mal instruit des mystères de la religion. Mo sachant que le jarg* de son de , où probablement mémo il était né dans la lie du peuple , il ne P"1 rendre exactement le discours de I'inca ; aussi les Espagnols ne furent-ils p» fort éclairais après son départ. Ils délibérèrent sur le jugement qu'ils devaio1' porter de celte démarche : les uns pensèrent que plus les présents élaiei'1 riches , plus ils devaient inspirer de défiance, et que c'était peut-être "nl' amorce pour les faire tomber dans quelque piège ; les autres , qu'il ne ti'llait pas juger si mal des intentions d'un si grand prince; que, sans néglige'' de justes précautions, on devait employer toutes les voies paciiiques avant à'» venir à la guerre , et que l'obscurité que l'on trouvait dans les tenues de fi»' ea n'était peut-être que dans l'explication de l'interprète. On résolut néanmoins de continuer la marche vers Caxamalea , ou l'on espérait toujours trouver le prince. Dans tous les lieux du passage, l'accueil des habitants fut 0»' gmlique. Ils apportaient diverses sortes de viandes et de liqueurs, et l'on remarquait de toutes parts qu'ils n'avaient rien épargné pour les préparatifs- Ayant observé que les chevaux mâchaient leur frein, ils s'imaginèrent 0* ces animaux extraordinaires se nourrissaient de métaux , ils allaient le'"' chercher de l'or et do l'argent en abondance, et les leur présentaient. Les Espagnols , comme ou se l'imagine, se gardèrent bien de les détromper.

Tour répondre à la dépulatiou du prince , le gouverneur lui envoya Fcf nand, un de ses frères, et Solo. Ils no le trouvèrent point dans Ja ville de Caxamalea. L'espérance d'allcrmil sa domination le retenait successivement"1

autres lieux , occupé à faire égorger tout ce qu'il pouvait rencontrer de lu

aimlle royale et des partisans de son frère. On ne saurait disconvenir que

e* emportement sanguinaire n'ait rendu sa mémoire odieuse. Le curnca , ou

^eig»eur particulier de la ville, avait ordre de recevoir les fils du Soleil avec

"te la distinction qu'on devait à ce tiLre. II envoya au devant d'eux quelques

'eiers, et arrivant bientôt lui-même, il les conduisit à quelque dislance ,

ers un palais où le prince était revenu , sur la nouvelle de leur approche. En

Suçant dans la plaine , ils virent des gens de guerre envoyés pour leur Taire

°ineur. Soto , qui no pouvait deviner quet était leur dessein , poussa son cim-

al à toute bride vers l'officier qui les commandait. Les Américains s'écarlè-

"^t, autant parce qu'ils avaient ordre de les respecter, que par la ccal*ie

jWHs devaient ressentir à la première vue d'un cheval en course. L'oûicicr

^'•uvien leur lit un salut, qui était une espèce d'adoration , et les accompa-

fil-i jusqu'au palais avec toutes les marques de la plus profonde vénération.

Ils furent éblouis des richesses qui s'offraient do toutes parts. L'incu était

Sls sur un siège d'or. II se leva pour les embrasser, et leur dit : « Ca-

« Viracocha, soyez les bienvenus dans mes états. » On leur présenta des

•^ges d'or; et l'inca se tournant vers quelques seigneurs américains qui étaient

P'ès de lui : « Vous voyez , leur dit-il , la figure et l'habit de notre dieu Viraco-

da) tels que notre prédécesseur l'inca Yahuarhuacar a voulu qu'ils fussent

^Présentés dans une statue de pierre. » Deux princesses d'une grande beauté

«tentèrent des liqueurs, et ces rafraîchissements furent suivis d'un festin.

«■Band Pizarre lit ensuite son compliment. 11 parla des deux puissances , lo

y'fe ci l'empereur , qui concouraient à tirer les Américains de l'esclavage du

' . ' - l'ouvait-il s© flatter, remarque l'historien, de faire entendre, par un

'«cours de quelques lignes, des matières si nouvelles à celte nation? Philip- « » , qui n'y entendait pas beaucoup plus que l'inca même , lui eu donna une «Plication à laquelle le prince ne comprit rien. Il y répondit néanmoins par 1 discours très raisonnable, dans lequel il recommandait ses sujets à la généosué des fils du Soleil. Rien de plus pathétique que ce que Garcilasso lui fait f,e en faveur de ses peuples ; ses officiers en furent touchés , et ne purent rcj "t leurs larmes. II promit aux deux Espagnols d'aller voir le lendemain Urchef. Ils se retirèrent plus charmés des richesses qu'ils avaient vues que bibles à l'opinion qu'on avait d'eux.

Le gouverneur , apprenant que le prince devait venir le jour suivant , partav& soixante chevaux, qui composaient toute sa cavalerie, en trois compares de vingt chacune. Il leur donna pour commandants Fernaiid Pizarre , ,^°lo et Belalcazar, qui se rangèrent derrière un vieux mur pour n'être pas us d'abord des Américains , et leur causer nlus de surprise en se montrant

132 — «* d'un cou,, H So mi. ««*». » '» tél. de «on infanterie , ™>^™> » «rt hommes , don. il « » ^tank»; cl dans cet ordre .1 ne craign pd'attendre un prince «ni venait avec des troupes nombreuses. La mare d'Atahualpa fut si lente , qu'il employa qualre heures pour faire un heue^» avait autour de lui les principaux seigneurs de sa cour. Ses gens de guer, étaient rangés en quatre corps de huit mille hommes , dont le premier comp» Ïntant-garde, et deux autres marchaient à ses ce*. Le quatrième, q»' faisait l'arrière-garde , eut ordre de s'arrêter à quoique distance.

Atahualpa , s'étant avancé avec les trois premiers , et voyant les Espagnol en bataille, dit à ses officiers : . Ces gens sont les messagers des toux; g« dons -nous bien de les offenser; il faut au contraire que nos cmhtes 1» apaisent. . En même temps Vincent de Valverde marcha vers In,, une crois » bois dans une main, et son bréviaire dans l'autre. Ses cheveux coupes en cou ronne étonnèrent lïnca , qui , pour ne pas manquer à ce qui lui était du vou lut savoir de quelques Américains familiers avec les Espagnols quelle était s. condition. Ils lui dirent que c'était un messager de Pachacamae. \alverde, ayant demandé et obtenu la permission de parler, commença un assez loi* discours, divisé en deux parties, que Garcilasso nous a conservé. Son exoro roule sur la nécessité de la foi catholique ; il passe ensuite à la Trinité , au châtiments et aux récompenses d'une autre vie, à la création , a la chu d'Adam, dans laquelle toute sa race est comprise , à 1 exception de les» Christ. Il parle de la naissance de l'Homme-Dieu, de sa mort pour la redeniF lion des hommes, de sa résurrection , des apôtres, enfin de la P™iaute saint Pierre. Dans la seconde partie, il dit que le pape, successeur de sa. Pierre informé de l'idolâtrie des Américains, et voulant les attirer à la cO' naissance du vrai Dieu, a chargé l'empereur Charles, monarque de toute terre, d'envoyer son lieutenant pour les soumettre, et les faire entrer voK) tairemenl ou de force dans la seule bonne voie , qui esl celle qu'on leur vie annoncer. 11 apporte l'exemple du Mexique et d'autres pays. Enfin il MM*2 l'inca que, s'il s'endurcit contre l'Evangile, il périra comme Pharaon. Cc^ foule de mystères, présentés rapidement et sans préparation, ne devait P jeter beaucoup de lumière dans l'esprit du prince , et l'ignorance de l'W Jjj prête n'y pouvait guère mettre plus de clarté. Atahualpa , qui n'y avait "^ trouvé d'intelligible pour lui que la menace de ravager son pays, fit un f fond soupir. Il comprit bien que l'interprète savait mal la langue de Cu»g dont il s'élait servi pour lui parler ; et , dans la crainte qu'il n'altérât de rat sa réponse , il la lit, ou du moins il l'expliqua dans une langue plusconim"^ Cette réponse, telle que Garcilasso et d'autres la rapportent, marque as que Philippillo avait fait une étrange explication de nos mystères.

Cependant les Espagnols, ennuyés d'une si longue conférence, n'attendirent Point les ordres du général pour quitter leurs rangs, et quelques uns monté- "'ni sur une petite tour, où ils avaient découvert une idole enrichie de plaques 'I «i- et do pierres précieuses , qu'ils se mirent à piller. Leur audace irrita les «Tnviens, et la plupart se disposaient à punir ce sacrilège; mais lïncadéfen- ■II que les Espagnols fussent maltraités. Valverde, auquel on avait donné un s"'go , alarmé du bruit , se leva brusquement pour parler, et dans ce mouve- "lent, il laissa tomber la crois et son bréviaire. II se baissa pour les relever ; ensuite, courant vers les Espagnols, il leur cria de ne faire aucun mal aux Américains. Sa course et ses cris furent mal expliqués , et passèrent au confire pour une exhortation à la vengeance. On fondit de tous côtés sur les Américains; et ce qui est bien remarquable, c'est que , malgré une attaque Ji fnricuse , l'ordre qu'avait donné Atahualpa de ne pas frapper les Espagnols w généralement observé. Cent soixante Espagnols enveloppés par une armée " eurent ni mort ni blessé , à la réserve du gouverneur, qu'un de ses propres *»ldats blessa légèrement à la main. Ils ne trouvèrent aucune sorte de résis- ■"tcc. Les Péruviens se contentèrent d'entourer la litière du prince, pour cmjtëclicr qu'elle ne fût renversée; mais le gouverneur, s'élant faitjour jusqu'à la "1ère, prit Atahualpa par la manche de sa robe, tomba et l'entraîna sur lui. Les sujets de ce malheureux prince, le voyant au pouvoir des Espagnols , ne Pensèrent plus qu'à chercher leur salut dans la fuite; mais ils ne le purent faire assez promplcment pour se dérober à la fureur de leurs ennemis. Il y en eut Pms de trois mille cinq cents passés au 111 de l'épée. Des enfants, des vieillards, « femmes , que la curiosité avait attirés à ce spectacle, furent étouffés , au n°nibre de plus de quinze cents, par la foule des fuyards. Près de trois mille ""■ent écrasés sous les ruines d'une vieille muraille qui se renversa sur eux. j-e'te boucherie dura jusqu'à la lin du jour. Le commandant de l'arrière-garde , °mmé Ruminaguy , entendant le bruit et voyant un Espagnol précipiter d'un IG" élevé un Péruvien qu'on y avait placé pour avertir lorsqu'il serait temps avancer, conclut que -son maître était défait ; et , loin de marcher à son se- °Urs, il prit , avec le corps qu'il commandait , la roule de Quito , qui était à P as de deux cent cinquante lieues du champ de bataille.

Tl'l est le récit de Garcilasso. On peut le soupçonner do favoriser les Pértl- 'ens, ses compatriotes. 11 conlreditévideinment le récit de Zarate , historien es- J^gnol , qUi assure qu'Atahualpa avait pris ses mesures pour faire envelopper (. espagnols à un certain signal et les exterminer tous. Entre ces deux verc,°ns si différentes, rapportons-en une qui n'est suspecte d'aucune partialité : ^es1 celle de Jérôme Benzomi, Milanais, qui, voyageant au Pérou peu d'anees après cet événement, avait connu la plupart des acteurs espagnols et pé-

raviens. Son récit porte un air de vérité qu'on ne peut miens lui conserver qu'on le donnant dans les termes de Chauvelon , son vieux traducteur. L'importance de l'événement permet ces détails. « Cependant il venait nouvelles sur nouvelles au roi Atabaliba comme les chrétiens s'avançaient. On bu donnait à entendre qu'ils étaient en petit nombre, las, et qu'ils ne pouvaient cheminer s'ils n'étaient montés sur de grands daees (ils appellent ainsi 1« chevaux en ce pays-là). Quand il ouït cela , il se mit à rire de ces barbus , et cependant il renvoya d'autres ambassadeurs vers les Espagnols , leur dire que, s'ils aimaient la vie, ils se donnassent bien garde de passer plus avant. Pizarre leur répondit qu'il n'y avait remède, et qu'il fallait qu'il vît la grandeur et magnificence de sa majesté, avec honneur cl révérence, toutefois, qu'à si grand seigneur appartenait; et quant et quant Tait doubler le pas à ses gens, et pique lui-même. Comme il approchait de Cassiamalea , il envoie quelques capitaines et, chevau-légcrs devant pour reconnaître un peu l'état et la contenance du roi, lequel s'était restré à demi-lieue de là pour la venue des étrangers. Ces capitaines espagnols, comme ils furent à la vue des gens du roi, commencèrent à manier leurs chevaux, les faire passader et voltiger devant eux, dont les pourcs Américains étaient aussi ébahis que s'ils eussent vu quelques monstres tout nouveaux; mais le roi n'en fit point d'autre semblant, ni ne changea sa contenance pour cela, ains se courrouç3 seulement du peu de respect et révérence que ces barbus avaient porté à $ majesté. Fernand Piaarrc, qui était là, lui lit entendre par truchement qu'il était le frère du colonel de l'armée des Espagnols , lequel était venu de la Castillc par commandement du pape et de l'empereur, qui désiraient avoir so» alliance. Et pourtant qu'il plût à sa majesté s'en venir jusqu'en la ville d0 Cassiamalea, pour entendre là de grandes choses que le colonel avait charge de lui dire, et que, puis après, il s'en retournerait en son pays. Atabalit^ répondit en deux mots qu'il ferait tout cela, moyennant que l'autre se rotin'1 et sortit de son pays.

» Fernand Pizarre s'en retourna vers ses gens avec si courte réponse; bien ébahi au reste de la richesse et magnificence superbe de la cour et du irai" de ce roi Alabaliha, et en lit aussi émerveiller beaucoup d'autres Espagnols quand il le leur conta. Quant à la réponse et volonté du roi , il leur dit , '*" somme, qu'il en était là résolu de ne souffrir point de gens barbus en son pays. Cette résolution entendue, les capitaines employèrent toute celle nui1' là à préparer armes , mettre leurs gens en ordre et les encourager, h''1'' montrant qu'il ne fallait point douter que la victoire ne fût à eux , que c'étaient poures bêles à qui ils avaient à combattre, et qu'au premier ronfle1, des chevaux ils les verraient fuir comme un ivoupeau de moulons. Quai"'

to'»s les rangs diront drossés , et quelques pièces d'artillerie braquées droit "oritre les portes du palais où devait entrer Atabaliba, François Pizarre défendit à ses gens que nul ne se bougeât, ni ne tirât avant que le signal fût «Mme.

* Le jour venu , voici arriver le roi Atabaliba , avec plus de vingt-cinq mille Américains, que l'on portait en triomphe sur les épaules, accoutré de belles plu- "tës de toutes couleurs, avec force pendants etjoyauxd'or, vêtu d'une camisole ™^B manches , les parties naturelles couvertes d'une bande de coton , avec un 'loquet rouge de fine laine qui lui pendait sur la joue gauche et lui ombrait les sourcils, et une belle paire d'escarpins aut pieds, presque faits à apostolique. En tel esquipage Atabaliba fit son entrée triomphante dedans la v'"e de Cassiamalca , ne plus ne moins qu'en pleine paix, jusqu'à ce qu'il toriva au palais , là où il devait donner audience a l'ambassade de ses barbus.

» Pendant toute cette magnificence il y eut un jacobin , nommé frère Vin- Cent de Vauverde, lequel , fendant la presse , fit tant , qu'il s'approcha du roi av«' une croix et un bréviaire à la main , enidant peut-être que ce roi fût "kvemi, en un instant, quelque grand théologien; et lui fit entendre par Un truchement comme il était venu vers son excellence par le commande- ""■■nt de la sacrée majesté de l'empereur, son souverain seigneur, avec l'autor'té du pape de Rome, vicaire du Sauveur Jésus - Christ , lequel lui avait ^iné ce pays-là jadis inconnu , à la charge d'y envoyer personnes dignes et "6 Savoir, pour y prêcher et publier son saint nom, et en chasser leurs fausses ''[ Ûaoïnables erreurs. Et quant et quant en disant cela lui va montrer son bréïia'u'c, lui disant que c'était là la loi de Dieu , et que c'était ce Dieu-là qui avait ■*& toutes choses de rien, et sur cela lui va faire un grand sermon, en commen- ^t depuis Adam et Eve , de la création de l'homme et de sa chute , et comme %>uis Jésus-Christ était descendu du ciel et avait pris chair au ventre d'une v'erge; puis, qu'il était mort en la croix et ressuscité des morts pour la ré-

-niniion du genre humain , et finalement monté au ciel. De là il vint à par- Cr de ht résurrection et de la vie éternelle , et comme Jésus-Christ avait laissé Sù" église en garde à saint Pierre , son premier vicaire , et conséquemment à s°s successeurs , sur quoi il n'oublia pas à prouver l'autorité du pape ; finalcl^nt lui faisant la puissance du roi d'Espagne la plus grande qu'il pouvait , appelant grand empereur et monarque du monde , il conclut qu'il se devait lllire son ami et son tributaire , se soumettant à la religion chrétienne et re- ^nçant à ses faux dieu* ; et dit que , s'il ne le faisait pas de bon gré , on lui '-'fait bien faire par force.

" Le roi , ayant entendu tout cela depuis un bout jusqu'à l'autre, fit relise ; « rine quanl à lui il serait, volontiers ami de ce monarque du momie ,

^fff

mais qu'il no lui semblait pas advis qu'un roi libre comme lui dût payer tri" but à celui qu'il ne vit jamais , et au reste que le pape (levait bien être quelque grand fat , de donner ainsi libéralement ce qui n'était pas à lui. Quant à ce frit de la religion , il dit tout net qu'il ne lairrait jamais la sienne , et que, si les chrétiens croyaient en un Jésus-Christ qui était mort en croix , lui croya'1 au Soleil, qui ne mourait jamais. » De là il vint à demander au moine comment il savait que le dieu des chrétiens eût fait le monde de rien, et qu'il fût niolj en croix. Le moine lui répondit que ce livre-là le disait : et quant et quant 1"' présente son bréviaire. Atabaliba prend ce livre , et le regarde de cûté et d'à* tre ; puis se prenant à rire : « Ce livre ne me dit rien de tout cela », dit-il, et en disant cela vous jette le bréviaire par terre. Le moine ramasse son livre , e' s'en va criant vers tant de gens qu'il put : < Vengeance, mes amis ! vengeance, chrétiens ! Voyez-vous comme il a méprisé et jeté les évangiles par terre* Tirez-moi ces chiens de mécréants qui foulent ainsi aux pieds la loi de Dieu ! '

» Adonc François Pizarre lit arborer les enseignes et hausser le signal * combat comme il avait proposé. Quant et quant toute l'artillerie joua p»" commencer par étonner les Américains , et comme ils étaient déjà fort ép* vantés de ce tonnerre , voici arriver les chevaux avec force sonnettes au cou <* aux jambes , et un bruit mêlé de trompettes et de tambours qui les mirent * tout hors de sens. Et tout à l'heure même, les Espagnols, mettant la main a»* armes, donnent dedans, frappent dessus et font une horrible boucherie * ces poures Américains , qui furent si étourdis tout en un coup de la foudre de* canons , de la furie des chevaux et des grands coups de ces lames tranchant68' qu'ils n'eurent onc le cœur ni le sens de se défendre, ains ne pensèrent qu'àsP sauver, et s'enfuirent en si grand désordre, s'einbarrassant et se renversa»1 les uns sur les autres , qu'ils donnèrent beau loisir aux Espagnols de chaîna* 1er sur eux tout à leur aise : ainsi la victoire ne leur coûta guère.

. Quand les gens de cheval eurent ainsi écarté les uns et renversé les autre* à grands coups de lances et de coutelas , voici François Pizarre avec toute l'infanterie , qui vint après et tire tout droit vers la part oit était le roi, lequel ava» beaucoup d'Américains autour de soi , mais si étonnés , qu'il n'y en avait P»< un qui se mît en défense. Les Espagnols n'avaient autre chose à faire qu'à uieri et à mesure que ces Américains tombaient, le chemin se faisait jusqu'à « qu'ils approchèrent tout auprès de la personne d'Alabaliba. Ce fut à qui v prendrait le premier, et mes Espagnols de charger sur ces poures Pérussin! qui le portaient, pour lo faire tomber en bas ; si branlait déjà fort la portai'* là où il était élevé , quand voici François Pizarre lui-même qui s'approcH6 > et vous attire Atabaliba si rudement par sa camisole, qu'il l'amène quan' ri quant. En cetle façon se laissa prendre le poure roi Atabaliba , et se ren*'

««s qu'il j mourût ni fût blessé aucun Espagnol, axcepté Pizarre, parce lue, quand il voulut prendre ie roi , il y eut un soudard qui le blessa en la la"l , pensant frapper un Américain.

> Fernand Pizarre ne cessa de courir tout ce jour avec la cavalerie après '".vanls ; et partout on il trouvait des Américains , il les taillait en pièces

's eu épargner un seul. Quant au moine qui avait commencé le jeu , il no

4m ' '''"' <|U0 '" CarnaS<i d"ra ' * ra"'e du oaPit,lmc . cl d'animer les «ou-

' «s , leur conseillant de ne jouer que de l'estoc , et ne s'amuser à tirer des

"bues et coups fendants , do peur qu'ils ne rompissent leurs épées. Les Es-

'Snols, ayant gagné une si sanglante victoire sur cette ponre et misérable

« '" , à si bon marché , ne firent autre chose toute la nuit que danser, ivro-

snei', paillarder et mener une fêle désespérée. *

les Espagnols allèrent piller le lendemain le camp d'Atahualpa , où ils trou-

,fent „ne quantité surprenante de vases d'or et d'argent , des tentes fort ri-

« , dos étoffes , des habits et des meubles d'un prix inestimable. La seule

«selle d'or du roi valait soixante mille pistoles. Plus de cinq mille femmes

remirent volontairement entre leurs mains. Atahuaipa supplia ic gouver-

^'Tde le traiter généreusement, et promit, pour sa rançon, de remplir

* une salle où ils étaient alors , jusqu'à la hauteur où son bras pouvait at-

«idre ; et l'on fit autour de la salle une marque à la même hauteur. Il pre-

'" d'y ajouter tant d'argent , qu'il serait impossible aux vainqueurs de tout

"Porter. Celte offre fut acceptée ; et bientôt on ne vit plus , dans les campa-

J'™« , que des Péruviens courbés sous le poids de l'or qu'ils apportaient de

""es parts. Mais , comme il fallait le rassembler des extrémités de l'empire ,

J» Espagnols trouvèrent qu'on ne répondait point à leur impatience , et corn'

«icèrent mémo à soupçonner de l'artilice dans celte lenteur. Atahuaipa

I"! crut s'apercevoir du mécontentement, dit à Pizarre que, la ville de Cusco

■"M à deux cents lieues et les chemins fort difficiles , il n'était pas surpre-

»M que ceux qu'il avait chargés de ses ordres tardassent à revenir ; mais que,

>l voulait y envoyer lui-même deux do ses gens , ils verraient de leurs pro'

« jeux qu'il était en étal de remplir sa promesse ; et, comme les Espagnols

^■'iiçaionl sur le danger d'une si longue route, il leur dit en riant : . One

Jj'Snez-vous? Vous me tenez ici dans les fers ; moi, mes femmes, mes en-

de ta , mes frères , ne sommes-nous pas des otages suffisants ? . Solo et Pierre

Varco s'offrirent enfin pour celle course , et l'inca voulut qu'ils fissent le

Jage dans une de ses litières, afin qu'ils fussent plus respectés.

h* quelques journées de Caxamalca , ils rencontrèrent un corps de ses tron-

qui conduisaient prisonnier son frère Huascar. Ce malheureux prince,

Wnant quittaient ceux qu'il voyait dans les litières , souhaita do leur par-

138 — 1er ; et les doux Espagnols l'ayant, assuré que l'intention de l'empereur l«,r maître , et celle du général Pizarre . était de faire observer la justice à l'égard des Américains , il se mit à les instruira de ses droits , avec des plaintes for' vives de l'injustice de son frère , et les pria de retourner vers le général , poi,r le faire entrer dans ses intérêts. 11 ajouta que , si Pizarre voulait se déclarer en sa faveur, il s'engageait à remplir d'or la salle de Caxamalca , non seulement jusqu'à la ligne qu'on avait inarquée , qui était à la hauteur d'un lion1" me, mais jusqu'à la voûte, ce qui était le triple de plus. « Atahualpa, dit-il > sera obligé , pour exécuter son engagement , de dépouiller le temple de CusC» en faisant enlever les plaques d'or et d'argent dont il est revêtu ; et moi , j'a' dans ma puissance tous les trésors et toutes les pierreries de mon père. * Ma's les capitaines avaient reçu des ordres formels, et ils n'osèrent y manquer c» retournant sur leurs pas.

Pizarre fit partir Fernand, son frère, pour l'Espagne, aûn de rendra compte à la cour des progrès de la conquête , et de faire à l'empereur une ri' cbe part du butin. 11 embarqua cent mille pesos d'or, et cent mille autres ^ argent , à déduire sur la rançon d'Atahualpa. On choisit pour cela les pièc* les plus massives , et qui avaient le plus d'apparence : c'étaient des cuvettes* des réchauds , des caisses de tambour, des vases , des figures d'hommes cl $ femmes. Chaque cavalier eut pour sa part douze mille pesos en or, c'esl-à-dire deux cent quarante marcs d'or, sans compter l'argent, et l'infanterie à pr°" portion ; et toutes ces sommes ne faisaient pas la cinquième partie de la ï',n' eon. Soixante hommes demandèrent la liberté de retourner en Espagne po|,r y jouir paisiblement de leurs richesses ; et Pizarre , prévoyant que l'evemp"1 d'une si prompte fortune ne manquerait pas de lui attirer un grand nomW0 de soldats , ne lit pas dillicullé de l'accorder.

Hzarre, à force do courage, de prudence et d'habileté, s'était peu à l"1" rendu maître de toutes les provinces du Pérou; il y régnait en souverain; s0" frère Fernand lui ayant apporté d'Espagne de nouveaux pouvoirs , de nouvel" les dignités, il pouvait croire son empire solidement assis, et espérer j°"'1' enlin du fruit de ses longs et pénibles travaux. Mais il lui restait des cuiu'"1'* moins faciles à vaincre que les timides et crédules Péruviens : c'étaient l'aine tion et la jalousie de ses compatriotes. Almagro surtout, malgré les con^' sions que le gouverneur lui avait laites, ne pouvait lui pardonner son élé*f tion. Il dissimula long-temps, et quand il crut s'être attaché assez de p^1' sans pour pouvoir lutter contre l'autorité du vice-roi , il leva ouvertement 1* lendard de la révolte. Vaincu, il fut étranglé dans sa prison. Mais sa mort '"' mit pas fin aux dissensions; son (ils jura de le venger, et il tint parole : ,e 24 juin 1541, il assassina Pizarre en plein jour dans son palais à Cusco. h'r

^chie dès lors n'eut plus de bornes , et ce n'est qu'après plusieurs années et e longues guerres qu'un gouverneur habile parvint à rétablir la paix dans

^helles provinces, où les Espagnols dominèrent jusqu'au commencement 11 d.ix-neuvième siècle.

Détails sur le Pérou.

Institutions et mœurs des anciens Péruviens.

Origine des iacos. Forme du gouvcrncmeiil.

Tous les historiens conviennent que l'origine des incas est fabuleuse; mais s le s'accordent point sur la fable inventée par le premier inca pour s'assume respect de ses peuples, et les gouverner avec plus d'empire. Leur barar'e différait peu de celle des bêtes féroces. La plupart n'avaient aucun sentoeni de la loi naturelle , et vivaient sans société , sans religion , ou livrés à j1 Mus ridicule idolâtrie. Suivant Garcilasso, le premier inca passait pour fils "Soleil. Son père, touché du triste état de cette contrée, l'envoya, lui et sa

^ur, pour en civiliser les habitants, leur donner des lois , leur apprendre à Wtiver h terre et à se nourrir des fruits de leur travail , enfin, pour établir a"s le pays la religion et le culte du Soleil , leur père, et pour lui offrî

^rifiC( -

t pour lui offrir des

crifices. Dans cette vue ( ie frere et Ia steHr fl|re|]l déposés Slir [es bords du

J de Tiiicaca, éloigné de Cusco d'environ quatre-vingts lieues. Le Soleil leur

^a't donné un lingot d'or d'une demi-aune de long et de deux doigts cï'épais-

^ avec ordre de diriger leur route à leur gré , de jeter dans les lieux où ils

prêteraient le lingot à terre, et d'établir leur demeure où ils le verraient

"foncer. II y avait joint les lois qui leur devaient servir à gouverner les

^"l'ies dont ils pourraient s'attirer la confiance et la soumission. Le frère et

Bœiir, qui étaient liés aussi par le mariage, prirent leur chemin vers le

jj «jusqu'au pied d'une montagne au sud de Cusco, nommée Huanacauri ■

J jetèrent à terre le lingot d'or, qui, s'étant enfoncé, disparut tout d'un

i P a leurs yeux; ce qui leur fit comprendre que c'était le lieu où le Soleil,

î"-r*S avait fixé leur demeure. Ensuite, s'étant séparés pour inviter tout le

>uc a venir jouir sous leurs lois d'un bonheur qui lui était inconnu , l'un

continua sa roule vers le septentrion , et l'autre prît la sienne vers le midi. l& premiers hommes auxquels ils s'adressèrent , touchés de la douceur de leurs discours et de leurs offres avantageuses, les suivirent en foule à la montage d'Huanacauri , où l'inca bâtit la ville de Gusco. Ses nouveaux sujets , charmés de la vie douce et paisible qu'il leur fit mener, se répandirent de toutes parts pour informer d'autres peuples de leur bonheur. Il se forma plusieurs penplades, dont les plus considérables n'excédaient, pas alors le nombre de ceol maisons. L'empire de ce monarque s'étendait vers l'orient depuis Cusco ji"5" qu'au fleuve de Paucartanibo ; vers l'occident, jusqu'à la rivière d'Apurim»0» c'est-à-dire environ huit lieues; et vers le sud, neuf lieues jusqu'à QueqU^ sama.

On ignore combien il s'était écoulé de temps depuis la fondalino du nouvel empire jusqu'à l'arrivée des Espagnols. Il n'était resté aux Péruviens qu'une mémoire confuse de celte première époque, et leurs quipos, ou les noîuds qu'ils faisaient à des fils pour conserver le souvenir des actions mémorable n'ont donné là dessus aucune lumière. Garcilasso juge qu'il s'était passé q113' ire cents ans entre ces deux événements.

Quelque jugement qu'on veuille porter d'une si fabuleuse tradition , on doi* admirer l'adresse du premier inca et de sa femme à tirer tant d'hommes d* leur abrutissement. Cette entreprise demandait un génie supérieur au caractère des Américains. On a déjà dit que ce premier fondateur se nomma'1 Manco Inca, et sa sœur ou sa femme, Mania Octto. Le mot inca a deuxsign'* cations différentes : proprement il signifie seigneur, roi ou empereur, et, P3' extension , il signifie aussi descendant du sang royal. Dans la suite, les sujet* s'étant multipliés , et le goût de la société n'ayant fait qu'augmenter sous n" gouvernement policé , on ajouta le surnom de capac à celui d'inca. Capac si* gnilie riche en vertu, en talents, en pouvoir.

A mesure qu'il attirait de nouveaux sujets et qu'il les accoutumait à vivre en société, Manco Capac leur enseignait ce qui pouvait les rendre capables & contribuer au bien commun , surtout l'agriculture et l'art de conduire '<* eaux dans les terres pour les rendre fertiles en les arrosant. 11 établit dan* chaque bourgade un grenier public pour y mettre en réserve les denrées du canton, qu'il faisait distribuer aux habitants, suivant leurs besoins, en attendant que l'empire fût assez bien organisé pour établir une juste répartition des terres. 11 obligea tous ses sujets à se vêtir, et inventa un habillement décent. Marna Oello enseigna aux femmes l'art de filer la laine et d'en faire A& tissus. Chaque habitation eut son seigneur pour la gouverner, sous le litre de euraca,et ces charges étaient la récompense du zèle et de la fidélité. Les lois ([ne Manco Capac fit recevoir au nom du Soleil étaient confoW1**

* : simples inspirations do la nature. La principale ordonnait à ions les sujets

*tt I7r,t S,,liT 'CS '"'S 1CS"U'm • °l POr,aitdCS p0i"K P™POrtio„„ées • adits. L homicide, le vol cl l'adultère élaient pnnis de mort. La „|™.

CT 'lete"dl"?i ct lc saBe législateur voulut que chacun se mariât dans sa

»'llc pour éviter le mélange des lignées. 11 ordonna aussi que les hommes

se maneraiont point avant l'âge de vingt ans pour être en état do gouver-

Icur fannlle ct de pourvoir à sa subsistance. Tout fut réglé, jusqu'à la

nie des mariages. L'inca faisait assembler dans sou palais , chaque année ,

«le deux en deux ans , tout ee qu'il y avait de Mies et de garçons nubiles de

« sang; ,1 les appelait par leurs noms, ct, prenant la main de l'époux et

'épouse, ,1 leur faisait se donner mutuellement leur foi aux jeux de tonte

»ur. Lc lendemain , des ministres nommés à cel effet allaient marier avec

même cérémonie, tous les jeunes gens nubiles de Cusco, et cet exemple

d|l suivi dans toute les bourgades par les Caracas.

feneo établit le culte du Soleil, comme la source apparente de tons les «is naturels. Il fit ériger à cet astre un temple, auquel il joignit une este de monastère pour les vierges consacrées à son service , qui devaient lro toutes du sang royal.

Vés avoir vu croître heureusement son empire, se sentant affaibli par

Se et près de sa fin , il lit assembler la nombreuse postérité qu'il avait eue

son épouse et de ses mamaconas, les grands de sa cour et tous les curacas

j» provinces. Dans un long discours , il leur déclara que le Soleil, son père ,

"Ppelait à une meilleure vie; il les exhorta de sa part à l'observation des lois'

" les assurant que le Soleil ne voulait point qu'on y fit le moindre change!

«ot; enfin ,1 mourut, pleuré de tous ses peuples, qui le regardaient non

■"'ornent comme leur père, mais comme un être divin. Dans celte idée ils

glanèrent des sacrifices en son honneur, et son culte lit bientôt partie' de

"religion. On comptait treize incas depuis Manco jusqu'à Iluascar: mais la

uree de leur règne est incertaine.

^t-es détails que nous a laissés Garcilasso donnent l'idée d'une nation dont Police était très avancée, quoique la nation elte-mêmo ne fut pas Ibrt annne. La forme du gouvernement, comme on l'a vu, était monarchique Le «Pie elait divise en décuries, dont chacune avait son chef. De cinq en cinq varies, il y avait un autre officier supérieur, un autre de cent on cent ouiq cents en cinq cents et de mille en mille ; jamais les départemenls né «tuent ce noml,ro. L'office des décrions était de veiller à la conduite et > besoins de ceux qui étaient sous leurs ordres, d'en rendre compte à l'ofor supérieur, de l'informer des désordres ou des plaintes, et de tenir un du nombre des naissances et des décès. Les officiers de chaque bourgade

jugeaient tous les différends sans appel ; mais s'il naissait quelques difficulté entre les provinces , la connaissance en était réservée aux ineas. Les anciennes lois étaient généralement respectées. On ne souffrait point de vagabonds ni "e gens oisifs. La vénération pour l'empereur allait jusqu'à l'adoration. Outre les renseignements qu'il recevait chaque mois sur le nombre , le sexe et l'âgc de ses sujets , il envoyait souvent des visiteurs qui observaient la conduite des chefs, avec le pouvoir de punir les coupables ; et le châtiment des officiers était toujours plus rigoureux que celui du peuple.

L'autorité des empereurs était absolue sur les personnes ct'sur les biens- Non seulement ils avaient le choix des terres et des autres possessions , m"* ils pouvaient prendre les jeunes filles qui leur plaisaient pour concubines 00 pour servantes. A l'exemple du fondateur de la monarchie , l'héritier présomptif du tronc prenait en mariage sa sœur aînée, et s'il n'en avait point d'enfants , ou s'il la perdait par la mort, il prenait la seconde, et successive]!"'»' toutes les autres. S'il était sans sœurs, il épousait sa plus proche parente. Ws autres ineas prenaient aussi des femmes de leur sang ; mais leurs sœurs élai""' exceptées , alin que ce droit fut propre à l'empereur 'et à I'ainé de ses fils; <* c'était toujours I'ainé qui lui succédait.

Dans les nouvelles provinces que les ineas ajoutaient à l'empire, ils app°'" taient leurs soins à faire cultiver soigneusement les terres, et semer beaucoup de grains. Comme l'eau y manque souvent, ils y avaient lait construire ''" mille endroits ces fameux aqueducs qui, malgré les injures du temps et la "l" gligeneo des Espagnols, rendent encore témoignage dans leurs ruines à la m*gnilicenee de l'ouvrage. Dans l'ordre de la culture, les champs du Soleil avait'"' le premier rang , ensuite ceux des veuves et des orphelins , puis ceux des cultivateurs; ceux de l'empereur, ou du caraca ou seigneur, venaient les derniers- Chaque jour, au soir, un officier montait sur une petite tour, qui n'avait !» 4'autce usage, pour annoncer à quelle partie du travail on devait s'emplo?" le jour suivant. La mesure de terre assignée aux besoins de chaque person»' était ce qu'il en faut pour y semer un demi-boisseau de maïs. On engrais*1'1 les terres de l'intérieur avec la Trente des animaux, et les terres voisines de I» mer avec celle dos oiseaux marins. Le prince n'exigeait de ses peuples au»"' autre tribut que la partie do leurs moissons qu'ils étaient obligésde transi»»" 1er dans les greniers publics, avec des habits et des armes pour ses troupes- Toute la famille des ineas , les officiers et les domestiques du palais , les en»' cas , les juges et les autres ministres do l'autorité impériale, les soldais, les «'"' vos et les orphelins étaient exempts de toute espèce de tribut. L'or et l'arge"' qu'on apportait au souverain et aux curacas éUiil roouà litre rie présent, 1»"*' qu'il n'était employé qu'à l'ornement des temples et des palais, cl que d»"b

»»1 l'empire on ne lui connaissait pas d'autre usage. Chaque canton avait son ]( agasm pour les habits et les armes, comme pour les grains; de sorte que «mec la plus nombreuse pouvait être fournie en chemin de vivres et d'équi- J'SK, sans aucun embarras pour le peuple. Tous les tributs qui se levaient "tour de Cusco, dans un rayon de cinquante lieues, servaient à l'entretien 11 Palais impérial et des prêtres du Soleil.

Vierges du Soleil. Monastères, Amantes, sépultures. Bâfres.

l<5 incas avaient en horreur les victimes humaines. Le Soleil avait plu- Ws prêtres, tous du sang royal , et pour chef du sacerdoce un grand pon- P, distingué par le litre de ri«o«,ta , qui signifie devin ou prophète ; leur Wlement ne différait point de celui des grands de l'empire. On consacrait Soleil, dès l'âge do huit ans, des vierges, qui étaient renfermées dans dos «vents où les hommes ne pouvaient entrer sans crime, comme c'en était un ' » les femmes d'entrer dans les temples du Soleil. C'est une erreur do quelfs Espagnols d'avoir écrit que les vierges étaient employées au service do «tel. Leur ministère n'était qu'extérieur, et consistait à recevoir les offran- <■ Le nombre de ces jeunes Allés montait à plus de mille dans la seule ville Uisco. Elles élaient gouvernées par les plus âgées, qui portaient le nom de •««... Tous les vases qui servaientà leur usage étaient d'or ou d'argent, j Orne ceux du temple. Dans l'intervalle des exercices do religion , elles s'oc- "Paicnt à filer pour le service du roi et do la reine. L'habillement des mo- *qncs du Pérou était une sorte de tunique qui leur descendait jusqu'au* gc- . »ï , avec un manteau de la même longueur, et une bourse carrée qui tomt de l'épaule gauche vers le côté droit , dans laquelle ils portaient leur cocu, g ne qui se mâche dans cette contrée comme le bétel aux Indes orientales , «lu était alors réservée aux seuls incas. Enfin ils avaient la tête ceinte d'un oeme nomme liant,,, qui n'était qu'une bandelette d'un doigt de largeur Cliee des deux cotés sur les tempes avec nn ruban rouge. C'est ce que là Part des voyageurs et les historiens ont nommé la frange imptriale outes les autres parties de l'empire avaient aussi des monastères, où les « de Caracas et toutes celles qui passaient pour les plus belles étaient fermées, non pour servir le Soleil ot pour garder la chasteté, mais n„„r a,,,. içs co„eubi„es du souverain. Elles sortaient lorsqu'il les faisait apf ; Cl leurs mamaeonas les occupaient, dans leur elèture, à filer ou à faire uoifes que le roi distribuait aux courtisans et aux soldats, comme une œpenso pour les belles actions. Celles qu'il avait une fois employées à ses is ne retournaient jamais au monastère ; elles passaient au service de

la reine, et quelques unes étaient l'envoyées à leurs parents ; mais après avoir eu les bonnes grâces du roi, elles ne pouvaient être ni les Femmes, ni 1^ concubines de personne. Le respect allait si loin pour tout ce qui lui ava!t appartenu, que celles qui se laissaient corrompre étaient enterrées vives, el que la même loi condamnait au feu non seulement le corrupteur, mais t°us ses parents et tous ses biens.

Les Péruviens de tous les rangs élevaient leurs enfants avec une exlrên" attention. Au moment de leur naissance, et ebaque jour, avant de change leurs langes, ils les plongeaient dans l'eau. Ils ne leur laissaient les W;l< libres qu'à l'âge de trois mois , dans l'opinion que rien ne servait tant à les f"f tificr. Leurs berceaux étaient de petits hamacs, dont on ne les lirait que p»»r les soins nécessaires à la propreté. Jamais les mères ne prenaient leurs e» Sinls entre leurs bras , ni sur leurs genoux ; elles se baissaient sur le ban»' pour leur donner le sein , et jamais plus do doux ou trois fois par jour.

L'Iionnêleté publique était observée avec une extrême rigueur. On Ie souffrait point do courtisanes dans les villes el dans les bourgades : cil» avaient la liberté de se construire dos cabanes au milieu des champs; * quoique leur commerce fut permis aux hommes, les femmes se déslio»»' raient en leur parlant. Dans chaque maison , la femme légitime jouissait * la distinction d'une reine, au milieu des concubines de son mari , dont16 nombre n'élait pas borné. Elles ne laissaient pas de travailler ensemble »»' ouvrages de leur sexe. Elles faisaient des toiles et des étoffes pour les habit8' comme les hommes préparaient les cuirs pour la chaussure. L'on ne ce"' naissait pas, dans l'ancien Pérou, d'ouvriers pour ce genre de travail : el|S' que famille se suffisait à elle-même. Les femmes étaient si laborieuses, tltie> dans leurs amusements même et leurs visites, elles avaient toujours '* instruments du travail entre les mains. Quant aux hommes, quelque Pa' resse qu'on leur reproche aujourd'hui, il est difficile do ne pas se for""'1' une autre idée de leurs ancêtres a la vue des divers monuments qui sonl 1"»' ouvrage. Zarale compte leurs grands chemins entre les merveilles du mon*' Celte grande entreprise fut commencée sous le règne de Hajna Capac, * l'occasion de ses conquêtes, et pour faciliter son retour : cinq cents li«lfS de montagnes, coupées par des rochers, dos vallées, des précipices, offrirent en peu d'années une roule commode depuis Quilo jusqu'à l'autre es"*' mile de l'empire. Quelque temps après, et sous le même régne, on en vit * toutes parts dans les plaines et les vallées. C'étaient de hautes levées de UC"' d'environ quarante pieds de largeur, qui, mettant les vallées au niveau ** plaines, épargnaient la peine do descendre et de monter. Dans les déser" sablonneux , le chemin était marque par deux rangs de pieux on de ralii'

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