VOYAGE AUX MONTAGNES DE QUITO
LA COMiAMIM-, CLLOA.
Objet du voyage. Difficulté des chemins. Adresse des mules.
nir !,1"sloiro tm Wrou se rattache, avec le nom de La Gondamiae, lesouve- « "ne des plus belles expéditions dont la science se glorifie. Bien que le
* ï^e de cet illustre mathématicien semble , par son objet , s'écarter du cerlue nous nous sommes tracé , il a eu trop de retentissement pour que nous Puissions passer sous silence. Et d'ailleurs la relation qu'il nous en a lais- > ainsi que celle d'Ulloa , l'un de ses compagnons , est parsemée d'une foule détails curieux qui, dégagés de leur entourage scientifique, ne peuvent "Squer d'exciter l'intérêt.
Le frais
voyage de La Condamne à l'équaleur, entrepris par les ordres et a
ls du roi Louis XV, et sous les auspices de notre académie des sciences , "l "n des plus célèbres du dix-huitième siècle, non seulement par l'imporl,,:*' de son objet, qui était la solution d'un problème agité depuis long-temps ' ™u les philosophes anciens et modernes , mais encore par le caractère sin- (.|l l<'1' de l'académicien voyageur, qui porta dans cette entreprise une activité j/*tante> une curiosité avide et insatiable, une intrépidité à l'épreuve de "t* 'es périls , enfin cette espèce d'héroïsme qui n'est pas celui de l'imaginan! que le préjugé peut exalter un moment, mais qui tient à cette force d'ame, L' ailles les qualités humaines la plus rare et la plus difficile,
s agissait de déterminer la l'orme de la terre, qui , malgré de longues et élites disputes , était restée indécise. Louis XV, ayant compris toute l'im- ^"'lance de cette question cl la gloire qui en couronnerait la solution , avait Jsolu de ne rien épargner pour la faire décider. On pensa que le moyeu le * lis sûr, et c'était en effet le seul qui pût lever tous les doutes , était d'en- >'er (l(;,|X compngnie3 d'académiciens, l'une au nord , l'autre en Amérique ,
«fe de
mesurer un degré du méridien près du pôle , et un autre prés de
Le roi nomma, pour exécuter au nord une entreprise si digne de lui) Mai1" perluis, Clairaut, Camus et Le Monnier, académiciens , et l'abbé Outhier, c°r' respondant de l'académie; de Somincrcux pour secrétaire , et Herbelot p°lU dessinateur. Le roi de Suède y joignit Celsius, son astronome. Leur voyag0 et leurs observations, qui ont. été publiés par Maupertuis , seront rapp6^ avec honneur dans nos relations du Nord. Vers l'équateur, Sa Majesté charge de ses ordres Godin , Bougucr et La Condamine , académiciens , auxquels Joseph de Jussieu , docteur en médecine, fut associé pour les observations botaniques. On leur donna pour aides, dans les opérations géométriques , Veï' guin , ingénieur de la marine ; Godin des Odonais , et Couplet; deMorainviî'0 pour dessinateur ; Scniergues pour chirurgien, et Hugo pour horloger. ^ pays de Quito , dans l'Amérique méridionale, parut le plus propre à des Ob' servations dont la plupart devaient se faire sous l'équateur. L'agrément ''" roi d'Espagne fut demandé pour un travail dont les terres de son domain allaient recevoir un nouveau lustre ; et non seulement ce monarque entra volontiers dans des vues si glorieuses pour lui , mais il souhaita d'en partté* immédiatement l'honneur, en nommant deux mathématiciens espagnols , i'"" George Juan, et don Antoine d'UHoa, pour accompagner les académie^"1* français, et pour assister à leurs travaux.
Us se trouvèrent tous ensemble à Panama, d'où cette illustre eonip'^11^ mit à la voile le 22 février 1736, et passa pour la première Ibis la ligne, iW' au 8 mars. Elle aborda le 10 à la cote de la province de Quito , dans la e**û de Mania : ici se lit la première séparation des savante associés. Les deux *>"'' tiens espagnols et Godin rentrèrent à bord, et firent voile pour Guavaqu'1, Eouguer et La Condamine restèrent seuls à Mania. Nous les y retrouvera"' quand nous aurons suivi dans ses aetads les plus intéressants la route ** deux Espagnols jusqu'à Quito, où était le rendez-vous général. Ils s'ei»6»* quèrcnl sur le fleuve de Guayaquil , le 3 mai 173G , et arrivèrent le 11 à O racol, après bien des retards causés par les courants, qu'ils avaient pei"" à surmonter. Pour continuer leur chemin par terre, on leur tenait à* mules prèles , sur lesquelles ils se mirent en route le 1 i. Quatre lieues ($»'* firent d'abord par des savanes, des bois de bananiers et de cacaotiers , •* rendirent sur les plages de la rivière d'Ojibar. Us la traversèrent neuf foi» ;' gué dans ses divers détours , cl toujours avec quelque péril , au travers #* rochers dont elle est semée, qui n'empêchent point qu'elle ne soit tout à ''' fois large , profonde et rapide. Le soir , ils s'arrêtèrent au port des MosquiW* dans une maison située sur la rive. Tout le chemin , depuis Caraeol jusqu'** plages d'Ojibar, est si marécageux ;, qu'ih avaient marché continueUei»^ par des ravines cl des bourbiers où leurs mules s'eiifoiiraienl jusqu'au I"JI*
i mais ij devient plus ferme lorsqu'on a passé les plages. On juge , par le
dm , ueu 0u 'es mathématiciens passèrent la nuit, à quoi ils étaient con-
,, . Pendant leur sommeil. Ils y furent si cruellement piqués des mos-
teo' S' ^Ue (Iue'(Iues uns prirent le parti de se jeter dans la rivière el de s'y
jusqu'au jour; mais leurs visages, seule partie du corps qu'ils ne pou-
' Plonger dans l'eau, furent bientôt si maltraités, qu'il fallut abandon-
1„ Cctle ressource , et laisser du moins partager le tourment à toutes les au-
* ^«ies du corps.
tadl ■ "S arr'verenl: '•* Ulie montagne couverte d'arbres épais, après la-
e ils trouvèrent de nouvelles plages de la rivière d'Ojibar, qu'ils passè-
tlsf encore quatre fois à gué, avec autant de danger que le jour précédent.
H 'rent haIte ;| cmq Deures uu soir dans im lie" «ommé Calunia. On n'y
va aucun endroit pour se loger, et pendant toute la journée il ne s'était
. aucune maison ; mais les voiturlers américains entrèrent dans la mon-
^ e> coupèrent des pieux et des branches, et formèrent en peu de temps des
^ ' "ra qui mirent tout le monde à couvert. Le chemin de ce jour avait été
incommode entre des arbres si voisins les uns des autres, qu'avec la
t[ i. ^tllK'c attention un voyageur se meurtrit les jambes contre les troncs
i;ls'. l"le C0lltrc les branches. Quelquefois les mules et les cavaliers s'cmbar-
-, » nt dails tes béjuques , espèce de liane ou d'osier qui traverse d'un arbre
tre. ns tombent et ne peuvent se débarrasser sans secours. 1(] (;,ti, à six heures du malin, le thermomètre marquait 1010. Aussi com- ^"-';|-t-oii à respirer un air plus frais. On se remit en chemin à huit heures, l,lL passa vers midi dans un lieu nommé Marna Rumi. C'est la plus belle <Hi-~ <:,ue '" imagination puisse se représenter. L'eau y tombe d'environ cintouff ^ '°iSeS ('e haut d'un rocher lai1^ a I)îc > et uordé d'arbres extrêmement ! 8- La nappe de sa chute forme, par sa blancheur el sa clarté, un specsltfl*' ,-l!"|uo1 UIIoa n'avait rien >u d'égal. Elle se rassemble sur un fond de rota ' ? 0l1 elle sort pour co^nuer son cours dans un lit un peu incliné , sur Ain ■ 1>aSSG 'C grancl cliemin- Celte ,)elle cascade est nommée Paccha par les il1l(|'lcains» etClwrrera par les Espagnols. Les mathématiciens, continuant l"s ,rl'!'(:nor' Passèrent deux fois la rivière sur des ponts aussi dangereux que gra i ' 0t Vers deux neares aP''ès mim' , ils arrivèrent à Tarrigagua. Une (]•, e maison de bois , construite exprès pour les loger, servit à les délasser (j, e journée très fatigante. Le chemin ne leur avait offert d'un côté que iH0Jribles Précipices ; et de l'autre , il était si étroit , que les cavaliers et les foc UreS' "'ayant cessé de heurter tantôt contre les arbres et tantôt contre le » étaient fort meurtris à leur arrivée. " il0Us explique en quoi consiste le danger des ponts. Comme ils sont de
bois et fort longs, ils branlent d'une manière enrayante sous le poids de cC' qui les passent. D'ailleurs ils ont à peine trois pieds de large , sans au"11 sorte de parapets ou de garde-fous sur les bords. Une mule qui vient à brt"1 cher tombe infailliblement dans la rivière, et ne manque pas d'y périr avec charge. Le passage étant guéable en été , on fabrique ces ponts chaque li'VL ' mais avec si peu de solidité, qu'ils demandent d'être renouvelés tous les*1""' Lorsqu'une personne de marque fait cette route, le corrégidor de Gitfr;,|lt' est obligé de faire construire par les Américains les maisons de bois qi" s'' , vent au repos de chaque journée. Elles demeurent sur pied pour servir8 autres voyageurs jusqu'à ce qu'elles tombent, faute de réparation ; alo's voyageur ordinaire est réduit, pour tout logement, aux cabanes que ses w hu'iers ou ses guides lui bâtissent à la hâte.
Le 17, à six heures du matin, le thermomètre marquait 1014 et demi Ie1 degré parut un peu frais aux mathématiciens, qui étaient accoutumés à <■* climats plus chauds. Mais la même heure fait éprouver à Tarrigagua dent tt'1" pératures fort opposées. S'il y a deux voyageurs , dont l'un vient des nH>ll,il' gnes, et l'autre deGuayaquil, le premier trouve le climat si chaud, q"'1^ peut souffrir qu'un habit léger; et l'autre, au contraire, trouve le fr°llj . sensible, qu'il se couvre de ses plus gros habits. L'un trouve la riviL'1*,,. chaude, qu'il est impatient de s'y baigner, et l'autre la trouve si froid1' & évite d'y tremper la main. Une différence si remarquable ne vient, des o-^ côtés, que de celle de l'air d'où l'on sort.
En sortant de Tarrigagua, le 8, à neuf heures du malin, les mathénia"1
ci'*9
commencèrent à monter la fameuse montagne de Saint-Antoine, et vers" heure après midi ils arrivèrent dans un lieu que les Américains non"116, Guamar, et les Espagnols Cruz de Canna , c'est-à-dire croix de roseaux, l£ ^ ,, gue du chemin les força de s'y arrêter. Cruz de Canna est un petit espal j plaine un peu en pente, qui fait le milieu de la montagne. On nous repi^6", le chemin, depuis Tarrigagua, comme un des plus dangereux de l'Amer™ « Qu'on se ligure, ditUlloa, des montées presqu'à plomb, et des descend ^ rudes que les mules ont beaucoup de peine à s'y soutenir. En quelque* S droits , le passage a si peu de largeur, qu'il contient difficilement uncH"^ ture. En d'autres , il est bordé d'affreux précipices , qui font craindre à ûï^ffl pas de s'y abymer. Ces chemins, qui ne méritent pas le nom de sentiers, | remplis dans toute leur longueur, et d'un pas à l'autre, de trous de près <• ° pied de profondeur, et quelquefois plus, où les mules ne peuvent évit* mettre les pieds de devant et de derrière. Souvent leur ventre touche la ^| qui atteint presque toujours les pieds du cavalier. Les trous forment
espèce d'escalier, sans quoi la difficulté du chemin serait insurmontable
" toalheu
"ôusement la monture met le pied entre deux trous, ou ne le place
elle s'abat, et le cavalier court plus ou moins de risque, sui-
Pourquoi ne pas marcher à pied dans un
"'"'«i dedans,
j"1» «'lé par lequel il tombe.
■tiji' '■'" de CC'!U étl'an8B nature? On répond qu'il n'est pas aisé de se tenir
*''', iii""- Il,S ™illc"ces 'lui SM" ™lre Ies '"MS , et que, si l'on rient à glis-
lioù,, '" s ™lo'«e'! nécessairement dans le trou même, c'est-à-dire dans la
'"l»|ilis'S''"'ai'X gmmx' cal' ccs lro,ls ™ sonl Presque toujours entièrement
Pour 1 " n0mmB '"»"•''<»"' <lans le pajs ; ils sont comme autant de trébuchera WiS(W mules. Cependant les passages qui n'ont point de trous sont encore M de ,'"a'Te"x- " l>s l"'"k,s eta,lt l°«'1 escarpées, et la nature du terrain , qui 5liw]''<''e continuellement détrempée par la pluie, les rendant extrêmement. ''"'s ii r ' '" S"a" iml,ossibleau,[ Ules «1° charge «l'y marcher, si les voitu- '"Jaus " aIlaic"1 ll™"t Pour proparer le chemin. Ils portent de petits
d'u» lia' r™ 'KIlucls ils »u,ro|11 '«ne espèce de petites rigoles à la distance
Mils r """ dB ' aU're' pour tl0""cr aus "j"lcs Ie ""V"" '''««Ile"'"'' leurs
]h'V lraïai1 sc renouvelle chaque fois qu'il passe d'aulres mules, parce
(,]f' ^'"'s I espace d'une nuil , la pluie ruine l'ouvrage du jour précédent En- 'Jl"l» !:iJUS*'ilil-">' «'" recevoir île fréquentes meurtrissures, et d'être crotte «il., f"" .' " lo" "'avail s0"s '«'S veux des précipices et lies abymes dont la I,.,,! "l '«'"'«lir. ■ Enfin Ulloa assure que, sans exagération , le plus brave n'y lil>. "lilrche'' qu'avec un frisson de crainte, surtout s'il conserve assez do ™ " d'esprit pour songer à la linblesse do l'animal qui le porte. a "lanière dont on descend de ces lieux ten-
ue cause pas moins d'é-
dans les endroits où la pente est si
t détruisent les camellons. D'un côté ,
^ sous les jeux des rochers escarpés, et de l'autre des abymes dont la
rDi|,Vaille- H ne faut point oublier que, dati 0n ei 'es pluies font ébouler la terre et déi
11 Sun
seule glace les veines. Comme le chemin
suit la direction des montagnes,
«''U J.,''*;'a'ssa're'ui'"l qu'il se conforme à leurs irrégularités; de sorte qu'au ir droit , on ne parcourt pas cent toises sans être obligé de faire deux
°" 1,ois détoi
arable
urs. Dans ces sinuosités, les eamellons sont bientôt détruits. Un
'"'elles"3 "K""ct serallle di"BGr les m"'cs da"s ees passages dilliciles. Dés lcurs ^ S,"U aux Iieux ou commence la descente, elles s'arrêtent et joignent «S* de «levant l'un contre l'autre, en les avançant un peu sur une ligne
Hère ' f0"™0 P0'"' ™ cl'amPt"Mer S c"es joignent de mémo les pieds de derl'ans' avanc™1 "" P°u a"ssi i cO'"n'e si leur dessein était de s'accroupir. "KtOli""? POS"lro clles cora'ucncent à faire quelques pas pour éprouver le 'iless !'■ lillsuito • sans changer de situation , elles se laissent glisser avec une « étonnante. L'attention du cavalier doit être de se tenir Baffle sur sa
llll| llll|l lll|l ll|ll ll|ll l|lll l|llll |llll |llll
selle, parce que le moindre mouvement qui ferait perdre l'équilibre a monture M manquerait point de les précipiter Lotis deux. D'ailleurs. I>(lli' peu qu'elle s'écartât du sentier, elle tomberait infailliblement dans quf',lllH' abyine. Ulloa ne se lasse point d'admirer l'adresse de ces animaux. On s'i»ia' ginerait , dil-il , qu'ils ont reconnu et mesuré les passages. Sans un instinct B puissant, il serait impossible aux hommes de passer par des routes où '* brutes leur servent de guides.
« Mais quoique l'habitude les ail Tonnées ;'t ce dangereux manège. , elle8 |M' laissent point de marquer une espèce de crainte ou de saisissement. En ill'r1' vaut à l'entrée des descentes, elles s'arrêtent, sans qu'on ait besoin de Û& la bride : rien n'est capable de les faire avancer avant qu'elles n'aient pris 1&& précautions. D'abord on les voit trembler; elles examinentle chemin aussi lo"1 que leur vue peut s'étendre ; elles s'ébrouent , comme pour avertir le eavati^ du péril , et s'il n'a pas déjà passé par ce même lieu , ces pressentiments ne |l" cassent pas peu d'e&ûi. Alors les Américains prennent le devant , se porW* le long du passage , grimpent aux racines d'arbres qu'ils voient découvert* ; ils animent les mules par leurs cris , et ces animaux , que le bruit semble encourager, rendent le service qu'on attend d'eux. « Dans d'autres endroits de la descente , il n'y a point de précipices à craindre ; mais le chemin est si (*" serré, si profond, ses côtés si hauts et si perpendiculaires, que le péril n'y est pas moins grand , quoique d'une autre nature. La mule, n'y ln>av;'r! point de place pour arranger ses pieds, a beaucoup de peine à se soutenir- N elle tombe néanmoins , ce ne peut être sans fouler le cavalier ; cl dans un sc0* lier si étroil qu'on n'a pas la moindre liberté de s'y mouvoir, il est assez OÎ' dinaire de se casser le bras ou la jambe , ou de perdre même la vie.
A feutrée de l'hiver, et an commencement de l'été , ces voyages sont l'1'1* incommodes et plus dangereux que dans toule autre saison. La phiic l'e1'"" alors d'épouvantables torrents, qui font disparaître les chemins, ou qu' '" ruinent jusqu'à rendre le passage absolument impossible, à moins qu'on |U se fasse précéder d'un grand nombre d'Américains pour les réparer, et. ces n" paralions même, faites a la hâte, ou sutïîsantes pour les naturels du Paî's' laissent encore de grands sujets d'effroi pour un Européen. En général , le P''" de soin qu'on donne à l'entretien des chemins ûu Pérou en augmente l'L';U',' coup l'incommodité naturelle, car ce n'est pas seulement celui de GuajWP ;i Quito dont les voyageurs se plaignent , il n'y en a pas un seul de bon (Ï;I)|S .nies les parties des montagnes. Lorsqu'un arbre tombe de vieillesse , ou ' "
racine par un orage, il ne faut pas croire que, s'il barre le chemin, on se W
i peine de l'écarter. II y en a de si gros, que leur (roue n'a pas roofl»
cinq pieds de diamètre. Ceux de cette gro&seur ne pouvant être déplaces
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lllll llll| llll|l lll|l
<:n„„"!\ (l,i lravaili les Américains se contentent d'en Uiiiiiiinci' nne partie w hache; ensuite, déchargeant les mules, ils les forcent de sauter
^dessus ' -, — ^"«'s'huu .l-b iimu?, hb ioa tuiuaut ne saluer
""lies à """'' L'nl'1'ro reste ainsi dans la situation où ils le trament ; et mcncains qui arrivent après les premiers continuent do taire sau-
'"'' les ,
U lT'^S,' ''L's''"'a a[ I"''1 soil P0""'1 f le 'onips. ""'inaiir' ° C""' * ('a""a ' '" **ré ''" 'hermomèlre était de 1010 ; les mal«Va'',i,"°"S SC remi"ent en marelle par un chemin semblable à celui du jour
loin J"S'I";' Pucara , mi l'on cesse de suivre la rivière. 4l iv|| "■'m'en découvre au delà de Pucara , lorsqu'on a passé les hauteurs ,„M;; «•.hh.-re, esl un lorrain sans montagnes etsnns arJifes, d'envi-
Oe, „, , Bs d'e'endue , mêlé de plaines rases cl de pelites collines. Les
S'' , „'"""T s<"" ''""w,",s dc th,mcnt, >r<"ï": *' m* et d'antres
lui viL 'l'Hercule verdure l'orme un spectacle l'on agréable pourceuv.
''•>:►,.„, "'" ''" """''""-''' lrs montagne». Cet objet parai très nouveau à des 'lC,i,lS,"™"""'"'s' ll'''""s "'*>"""" an, ara verdures des pays chauds ,.., "S . qui sonl bien différeilles de celles-ci ; ils trouvèrent à «s belles
\|„..". """ I'al'fa"" ressembla nce avec celles dc l'Knrope. '*• tari™ ""''' ''opo!és '"s1u'a" 2I (,ans la '»»ison du eorregidor de Guaranda Ju„r ""l leur roule vers Quito , el le jour dc leur départ , cumme les deux
'*,;.„, .""''''"s. le lliermomèlrc marqua 1001 et demi. Le 22, ils co on-
"ïiiicl " , vcrsEr '" "ruyère, ou le désert de Chiinlmrnzo, laissant toujours ,'' h montagne de ce nom, cl passant par des col s saotanneoses
,1 ' "-PUIS I.' r'.'iii ,],i NrWn nurii,.„i.l ...... I. ,11 i-i
'lui (, ; «'""8"" * ee mm, , cl passant par des collines sablonneuses
»uislecapdeNége, parassent conliimellement s'élargir. Les terres
"i,,,, . r o-' r ~— ™-™to«i »cargir. lcs terres
i,„(i '|l-'|m vont, par un long espace, en penchant des deux cotés vers la '«iii'es"]*"''""10"' la I"0"l:>Sno , et semblent en former les liiees. Ters cinq "*iî,Vp", 5"'r' '''S "«'""''Uialiciens arrivèrent dans un lieu maméOmmat,,.,,,;,- sl*"'irc cave de pierre : ee nom vient d'un fort gros rocher qui
„. -'"s sa concavité une rclraitc assez commode, où les voyageurs nas-
"•» la
ut |. . - - — .-..t.,., a™. lAiiinnuiie, on les voyageurs pas-
■■■|.i. ,.', '".'' c™'' journée avait élé faliganto. On ne trouve sur la rote ni pfé-
'•>■ I.,,,.' "',''i'sii's'' ,lmlS "v i raais 'e froid el le vent s'y foui vivement srn-
""'«I e„!" °" * PaSS':' 'e Rr"mI krèml '■' «niuuulé '« Plus annules flfflcoités ..„,,,. "J,'"wk-swl- on découvre les restesd'iinancien1B,laisdesineas si-
U .,.,.'■'"' lli,8l,«V-'ldonllelempsn'arcspecléqu'„neparlicdesmurs.
'"' ,,„' | c""l llrurcs ot "" qnarl du malin , le ihcrmomèu-e marquait 1000,
,,, '" ''""Si-loli. ans cet inslrinncnt. Aussi la campagne parul-elle
«',, A' '",| ' iw'uas, el le rocher de llumimaebai était loin eouverl de
i,,,^ ^ neuf Heures du malin, les mathématiciens recommencèrciil à co-
Nii | '" "»•"•" » l'est, ei vers deux heures ils arrivèrent S Moeba.
'"" Pauvre, on ils passèrent |„ „„it.
^nr
il HH| HH|I ni|i ii|ii iïp m lïïll ;iiii iiiiii uni
Le lorrain qui est entre Caraco] et Guaranua est de deux sortes : le premier, jusqu'à Tarrigagaa , est uni ; et depuis Tarrigagua jusqu'à Guaranda , 00 no fi.it que monter et descendre. Los montagnes, jusqu'à doux lieues au delà du Pucara , sont couvertes de grands arbres de différentes espèces, dont le branchage, les feuilles et la grosseur du tronc causent de l'élonncmrnt «M voyageurs. Toute celte Cordillère est aussi garnie de Lois dans sa partie occidentale, qu'elle en esl dépourvue dans la partie opposée. C'est du sein de ces montagnes que sort la rivière qui, grossie par uno infinité do ruisseaux, occupe un si vaste lit depuis Caracol jusqu'à Guajaquil.
toute retendue de ces montagnes, qui ne laissent pas d'avoir beaucoup de terrain un, dans leur partie supérieure, abonde en diverses espèces d'ammanx cl d'oiseaux, dont la plupart sont d'une admirable beauté. On y remarque des paons sauvages, des faisans, une espèce particulière de poules, et quelques outres dont l'abondance esl si grande que, s'ils se perchaient moins haut, el s'ils no se cachaient pas sous le feuillage des arbres, les voyageurs n'auraient besoin que d'un fusil el do munitions pour faire continuellement la meilleure obère. II s'y trouve aussi beaucoup de serpents, cl des singes d'une singulière grandeur, qu'on distingue dans le pays par le nom do,,,,,,™,,,,,,-/,,,. Uloa ne craint pas d'assurer que, lorsqu'ils se dressent sur leurs pieds, ils ont prés de deux mètres do hauteur; leur poil est noir; ils sont eileénicmont laids, mais ils s'apprivoisent facilement.
Les roseaux ne sont nulle part aussi beaux que dans la routede Guayaquil a Quito. Leur longueur ordinaire est entre six et huit toises, et, quoique leur grosseur varie, les plus épais n'ont qu'environ six pouces. La partie ferme et massive de chaque tuyau a six lignes d'épaisseur. On comprend quêtant ouvertes, elles forment une planche d'un pied et demi de large; et Ion „o s étonnera point qu'elles servent à la conslruelion des édifices »» pays. Pour cet usage et quantité d'autres, ou no les coupe que dans leur par- Bute grandeur La plupart des tuyaux sont remplis d'eau, avec celle du*ronce que, pendant la pleine lune , ils sont tout à Ut pleins, et qu'à mesure que la lune decroll, cette eau diminue jusqu'à disparailro entièrement dans la conjonction. L expérience n'en laissa aucun doute à tjïloa. II observa aussi quen diminuant l'eau se trouble, o, qu'au contraire, dans sa plus grande abondance elle est aussi claire que le cristal. Les Péruviens ajoutent d'autres particularités : tous ,es ,uya„x, disent*, no se remplissent pas â M fois ; entre deux pleins, il y en a toujours un qui reste vide. Ce qu'il y a de certain, sur le témoignage du mathématicien , c'est que, si l'on ouvre un tuyau vide, on en trouve de suite deux autres pleins. On a.lribue à leur eau I» rertu de dissiper les abcès qui , vent .'Ire la suite d' hule. \u--i
KMis les voyageurs «|ui descendent des montagnes ne manques! pus d'en foire, pour se fortifier contre les coups et les meurtrissures qu'on ne peut guère éviter dans celte route. On laisse sécher les roseaux après les avoir coupés. Us sont alors assez forts pour servir de chevrons et desolives: on L'n fait aussi des planches et des mâts pour les balzes ; on en double les soutes tfes vaisseaux qui chargent du cacao, pour empêcher que la grande chaleur 'le ce fruit ne consume le bois; enfui ces cannes servent à mille sorlf* 'I ouvrages.
Cependant La Condaminc et Bouguer, que nous avons laissés à Mania , s'étaienl occupés à explorer les cotes, et avaient préparé les bases du travail qui faisait l'objet de leur voyage. La santé de Bouguer , qui commençait à se déranger, Payant obligé, le 23 avril, de prendre sa route vers le sud. pour aller rejoindre Godin et les oflieiers espagnols à G uayaquil , La Condamine se vit seul . et t'est dans son propre récit qu'on va représenter la route qu'il prit pour Quito. ' Les instruments , dit-il , furent partagés entre M. Bouguer et moi. Je lui remis mon petit quart de cercle d'un pied de rayon, et je nie chargeai du grand. Nous avions commencé ensemble la carte du pays : je la continuai seul, et, n'ayant pu trouver de guide pour pénétrer à Quito en droite ligne, au travers des bois où l'ancien chemin était effacé , je côtoyai les terres en pirogue, l'espace de plus de cinquante lieues vers le nord. Je remontai ensuite une fivière très rapide, à laquelle une mine d'cineraudes, aujourd'hui perdue , a donné le nom qu'elle conserve. Je levai le plan de son cours ci la carte de aies roules depuis le lieu de mon débarquement jusqu'à Quito.
» Tout ce terrain est couvert de bois épais, où il faut se faire jour avec la hacae. Je marchais, la boussole et le thermomélre à la main, plus souvent à Pied qu'à cheval. 11 pleuvait régulièrement tous les jours après midi. Je traitais après moi divers instruments, et le grand quart.de cercle, que deux An:ér'eains avaient bien de la peine à porter. Je recueillis et dessinai dans ces vastes forêts un grand nombre de plantes et de graines singulières , que je remis ensuite à M. de Jussieu. Je passai huit jours entiers dans ces déserts, abandonné de mes guides. La poudre et mes autres provisions me manquèrent. '■*s bananes et quelques fruits sauvages faisaient ma ressource. La lièvre *fi prit : je m'en guéris par une diète qui m'était conseillée par la raison et pMonnée par la nécessité.
Je sortis enfin de colle solitude en suivant une crête de montagnes, où le c,1emin ouvert trois ans après par don Pedro Maldonado . gouverneur de ** province, n'était pas encore tracé. Le sentier où je marchais était bordé ^ précipices creusés par des torrents 'le neige fondue qui tombent à grand WH\\ du haut de cette fameuse montagne connue sous le nom de Cordilière
des Anïti-Sj que je comiiïeflçaîs h monter. .(,. trouvai il mi-onlo, après quntrf jours de marche, au raHiea clos huis, nu village américain aommé Niguas, «U
je m'arrêtai. J'y cuirai par un ravin étroit que les eaux ont cave lie dix-luûl pieds de profondeur. Ses bonis, coupés à pie, semblaient se joindre par le haut, et laissaient à peine le passage d'une, mule. On m'assura que c'était là le grand Chemin, el il est vrai qu'alors il n'y en avait pas d'autre. Je passai plusieurs torrents sur ces ponts formés d'un réseau de lianes, semblable à nos filets de pêcheurs, tendu d'nn bord à l'autre, et courbé par son propre poids. Je le? vis alors pour la première fois, et je no m'y étais pas encore familiarisé. Je rencontrai sur une roule deux autres hameaux , dans l'un desquels , l'argent m'ayanl manqué, je laissai mon quart do cercle et ma malle en gage chez. (* curé , pour avoir des mulets et des Américains jusqu'à Nono , autre village où je trouvai un religieux franciscain qui nie fit donner à crédit tout ce (pie je lui demandai.
» Plus je montais, plus les bois s'éclaircissaient ; bientôt je ne vis plus que des sables , et plus haut des rochers nus et calcinés qui bordaient la croupe septentrionale du volcan de Picbincha. Parvenu au haut delà côte, je fus saisi d'un étonnement mêlé d'admiration à l'aspect d'un long vallon de cinq à si* lieues de large, entrecoupe de ruisseaux qui se réunissaient pour former ime rivière. Tant que ma vue pouvait s'étendre , je voyais des campagnes cultivées, diversifiées de plaines et de prairies , des coteaux de verdure, des villages , des hameaux entourés de haies vives et de jardinages. La ville de Quito terminait cette riante perspective. Je me crus transporte dans nos plus belles provinces de Franco. \ mesure (pie je descendais , je changeais insensiblement de climat, en passant, par degrés, d'un froid extrême à la température de nû8 beaux jours du mois de mai. Bientôt j'aperçus tous ces objets de plus prés et plus distinctement. Chaque instant ajoutait à ma surprise. Je vis pour la première fois des ficurs , des boutons et des fruits , en pleine campagne sur tous les arbres. Je vis semer , labourer et recueillir dans un même jour et dans utt même lieu. »
La Coiidamhio entra dans Quito le 1 de juin ;
guer était le seul à qui
Isa
mauvaise saute n'avail pas encore permis de s'y rendre; mais le JO t\\\ niérn6 mois , treize mois après leur départ do France , ils s'y trouvèrent tons rassemblés. I
ii Pfctrfndiê. Eruptions du GelopftiL
Un voyage remarquable que La Condamine fil au commencement de jnïn , avec Bouguer, fut celui du volcan de l'icbinclia , le Vésuve de Quito.au pi»
Auquel celte villo est située, lift ni étaient voisins depuis sept ans , saus l'avoir vu d'aussi près qu'il était naturel de ïe désirer , et le beau temps lés y invitait. Mais nn conçoit qu'un sujet de celte nature demande la narration du voyageur iienie.
La partie supérieure du Picliinclia se divise en trois sommets , éloignés l'un de l'autre de douze ou quinze cents toises, et presque également hauts. Le l'ins oriental est un rocher escarpé , sur lequel les deux académiciens avaient t&mpé cii 1737. Le sommet occidental , par où les flammes se firent jour en "38, J.'i77 et 1660, est celui qu'ils n'avaient encore vu que de loin et que La Condaininosc proposait de reeonnailre plus particulièrement.
« -le lis chercher, dit-il, à Quito et aux environs tons les gens qui préton- «aient avoir vu de près cette bouche du volcan , surtout ceux qui se vantaient l' ,V être (leseendus. J'engageai celui qui me parut le mieux instruit à nous accompagner. Deux jours avant notre départ, nous envoyâmes monter une fente à l'endroit le plus commode, et le plus à portée de l'objet de notre curiosité. Des mules devaient porter notre bagage, un quart de cercle et nos Provisions. Le 12 juin , jour marqué, les muletiers ne parurent point; il en plut aller chercher d'autres. L'impatience fit prendre les devants à M. Bou- Sucr, qui arriva, sur les trois heures après midi, à la tente. A force d'argent ^d'ordres des alcades, je trouvai deux muletiers, dont l'un s' enfuit le moment "'après. Je ne laissai point de partir avec l'autre, que je gardais à vue. Il n'y :'V;iil qu'environ Irois lieues à faire. Je connaissais le chemin jusqu'à l'endroit '' eu l'on devait voir la tente déjà posée , et j'étais accompagné d'un jeune 8'hvon qui avait aidé à la dresser. Je sorlis de Quilo sur ies deux heures après ""di , avec le jeune homme et un valet du pays, tous deux montés , le mulell,-r américain , et deux mules chargées de mes instrument , de mon lit et de nos vivres. Pour plus de sûreté, je ne refusai point un métis qui , de son pro- *e mouvement, s'offrit à me guider. Il nie fit faire halle dans une ferme, où Ie congédiai mon Américain venu de force , après en avoir engagé un autre à ""-'suivre de bon gré. On verra si j'avais poussé trop loin les précautions.
* A mi-côte, nous rencontrâmes un cheval à la pâture; mon Américain lui ^'';| un lacs, et sauta dessus. Quoique les chevaux, à Quito, ne soient pas au '"''■'nier qui s'en saisit , comme dans les plaines de Buénos-Alres, je ne m'op- '"ls'd point à l'heureux hasard qui niellait mon muletier en état d'avancer Ni» vite. Il paraissait plein de bonne volonté, lui et. ses camarades.
* Nous arrivâmes un peu avant le coucher du soleil au plus haut de la parque la montagne où l'on peut atteindre â cheval. 11 était tombé les nuits présentes une si grande quantité de neige, qu'on ne voyait plus aucune trace
' ■ chemin. Mes guides nie parurent incertains, Cependant il ne nous restait
qn un ravin à passer, mais protond de quatre - vingts toises el plus. Nous voyions la lente au delà. Je mis pied à terre avec celui qui avait aidé à la poser, pour m'assurer si les mules pouvaient descendre avec leur charge. Quai"* j'eus reconnu que la descente était praticable, j'appelai d'eu bas : on no IBP répondit point. Je remontai, et je trouvai mon valet seul, avec les mulets- L'Américain et le métis, qui s'étaient offerts de bonne grâce, avaient disparu. Je ne crus pas devoir passer outre sans guides, surtout avec dis mules foi'l mal équipées. Celui qui avait monté la tente ne connaissait pas le gué de la ravine, ni le chemin pour regagner l'autre bord. Nous étions loin de toute habitation. Une cabane que M. Codin avait commandée depuis un an , pour y faire quelques expériences, n'était qu'il un quart de lieue de nous: mais j'avais reconnu , en passant , qu'elle n'était pas encore couverte , et qu'elle ne pouvait me servir d'abri. Je n'eus d'autre parti à prendre que de revenir sur mes pas pour regagner la ferme où j'avais pris le Péruvien qui m'avait quitté- A chaque instant il me fallait descendre de cheval pour raccommoder lese.li:»'ges, qui tournaient sans cesse. L'une n'était pas plus tôt rajustée que l'autre se dérangeait. Mon valet et le jeune métis n'étaient guère plus habiles muletiers que moi. Il était déjà huit heures, et, depuis la fuite de mes guides, nous n'avions pas fait l'espace d'une lieue; il nous en restait au moins autant à faire- Je pris les devants pour aller chercher du secours.
> Il faisait un fort beau clair de lune, et je reconnaissais le terrain ; mais à peine étais-jeà moitié chemin de la ferme, que je me vis toul d'un coup enveloppé d'un brouillard si ûpaïs , (pie je me perdis absolument, ,1e nie trouva' engagé dans un bois taillis, bordé d'un fossé profond, et j'errais dans ce labyrinthe, sans en retrouver l'issue. J'étais descendu de ma mule, pour ta' cher de voir où je posais le pied. Mes souliers et mes bottines furent hieiiiot pénétrés d'eau, aussi bien qu'une longe cape espagnole, d'un drap du pays ■ dont le poids était accablant. Je glissais et je tombais à chaque pas. Mon impatience était égale à ma lassitude. Je jugeais que le jour ne pouvait être éloigné , lorsque ma montre m'apprit qu'il n'était que minuit , el qu'il n'y avait
que trois heures que ma situation durait ; il en restait si
s. jusqu'au joui*'
Une
clarté, qui ne dura qu'un moment, me rendit l'espérance. Je me lirai dubO's> el j'entrevis le sommet d'une croupe avancée de la montagne, sur laquelle esj une croix , qui se voit de toutes les parties de Quito. Je jugeai que de là il ^ serait facile de m'orienter, et j'y dirigeai ma roule. Malgré le brouillard e,"1 redoublait, j'étais guidé par la pente du terrain. Le sol était couverl de h'"' les herbes; elles m'atteignaient presqu'à la ceinture, et mouillaient la seuls partie de mes habits qui eût échappé à la pluie. Je me trouvais à peu près * dette hauteur où il cesse de neiger et où il commence à pleuvoir; ce qui io0'
— 18a — '•ait , sans ôlre ni pluie ni neige , était aussi pénétrant quo l'une . et aussi froid lue l'autre. Enfin j'arrivai à la croix , dont je connaissais les environs. Je werchaî inutilement une grotte voisine, où j'aurais pu trouver un asyle; k: brouillard et les ténèbres avaient augmenlé depuis le coucher de la lune, iu baignais de me perdre encore, et je m'arrêtai au milieu d'un las d'herbes '°ulées qui semblaient avoir servi de gite à quelque bêle féroce. Je m'accrou- Pis enveloppé dans mon manteau , le bras passé dans la bride île nia mule ; Pour la laisser paître plus librement, je lui otaï son mors, et je fis de ses rênes "ne i?spéee de licou , que j'allongeai avec mon mouchoir. C'est ainsi que je P-issai la nuit, tout le corps mouillé, et les pieds dans la neige fondue; en Va'n je les agitai pour leur procurer quelque chaleur par le mouvement ; vers ■fis quatre heures du malin , je ne les sentis absolumenl plus ; je crus les avoir gelés , et je suis encore persuadé que je n'aurais pas échappé à ce danger, difficile à prévoir sur un volcan , si je ne m'élais avisé d'un expédient qui me ^ussit : je les rcchaullai par un bain nalurel , que je laisse à deviner.
» Le froid augmenta vers la pointe du jour ; à la première lueur du crépuscule , je crus ma mule pétrifiée ; elle était immobile. Un caparaçon de neige, •rangé de verglas , couvrait la selle et le harnais. Mon chapeau et mon manl[,!iu étaient enduits du même vernis , et roides de glace. Je me mis en mouvement, niais je ne pouvais qu'aller et revenir sur mes pas, en attendant le R'and jour, que le brouillard retardait. Enfin sur les sept heures je descendis a la ferme, hérissé de frimas. L'économe était absent. Sa femme, enrayée à •fia vue, prit la mite: je ne pus atteindre que deux vieilles Américaines, qui 11 avaient pas eu la force de courir pour nV échapper. Je leur faisais allumer du
eu , lorsque je vis entrer un de mes gens , aussi sec que j'étais mouillé. Son Parade et lui, voyant croître le brouillard, lorsque je les eus quittés, avaient fait halte et s'étaient misa couvert, avee mes provisions, sous des cuirs Passes à l'huile (pii servaient de couvertures à mes mules. Ils avaient soupe à ' teerétion de mes vivres sous ce pavillon , et dormi tranquillement sur mon '"aiel.is. Au point du jour, un grand nombre d'Américains de Quito, qui vont
<His h-s ]natu,s ramasser de la neige pour la porter à la ville , avaient passé
"' l prés d'eux , sans qu'aucun eût voulu les aider à recharger. Le maître valet y la ferme se trouva de meilleure volonté; une petite gratification le fit par-
lravee. le mien , et, quelques heures après, je les vis revenir avec les mules n l(' bagage.
" Je descendis aussitôt à Quito, où je passai une meilleure nuit, et le len-
w«ain matin, à sept heures, je me remis en marche avec de nouveaux 06, qui no connaissaient pas mieux la route que les premiers : ils me firent
Buidi
•air.
* le tour de la montagne. Après de nouvelles aventures, j'arrivai enfin à
- 18fi —
!:i tenta oft H, RnugHPr ftati depuis dent jours. Faute des provisions que je portais, il avait (.'ii! obligé de vivre frugalement; du reste, il n'était pas plus avancé ([ne moi, si ee n'est qu'il avait passé do meilleures nuits. J'appris de lui qu'il s'était lassé. la veille, et ce jour même, à ehercher, avec son guide, tm chemin qui pût le conduire à la bouche du volcan , du coté où elle paraît accessible. Nous employâmes le jour suivant à la même recherche, avec presque aussi peu de succès. Autant les pluies avaient été excessives celle année fl Quito , autant la neige était tombée abondamment sur les montagnes. Le haut du Pichincha, qui, dans la belle saison , est souvent presque sans neige, efi était entièrement couvert, plus de cent toises au dessous de sa cime, i'1 l'exception des pointes de rochers qui débordaient en quelques endroits- Tous les jours nous faisions à pied des marches de six à sept heures, tournant autour de cette niasse, sans pouvoir atteindre au sommet. Le terraia, du cùlé de l'orient, était coupé de ravins formés dans les sables par la chute des eaux : nous ne pouvions les franchir que difficilement, en nous aidant des pieds et des mains. A l'entrée de la nuit, nous regagnions notre tente» bien fatigués et fort mal instruits.
>.'Le l(j, j'escaladai, avec beaucoup do peine, un des rochers saillants* dont le talus me parut très roide. Au delà , le terrain était couvert d'une neige où j'enfonçai jusqu'au genou. Je ne laissai pas d'y monter environ dW toises. Ensuite je trouvai le rocher nu ; puis alternativement d'autre neige et d'autres pointes saillantes, (in épais hrouillnrd, qui s'exhalait de la bouc|ie du volcan , et qui se répandait au\ environs , m'empêcha de rien distingue!' Je revins à la voix de M. Bougœr, qui était resté en bas, et dont je ne vou* lais pas trop m'écarLer. Nous abrégeâmes beaucoup le chemin au retour, & marchant à mi-côte, sur le bord inférieur de la neige, cl un peu au des»» de l'origine de ces cavées profondes, qu'il nous avait fallu monter et d*" cendre l'une après l'autre, en allant d'abord ù la découverte.
» Nous remarquâmes, sur cette neige, la piste de certains animaux qu'0" nomme lions à Quito, quoiqu'ils ressemblent fort peu aux vrais lions et qu'i'5 soient beaucoup plus petits. En revenant, je reconnus un endroit où la penlc était beaucoup plus douce et facilitait l'accès du sommeL de la montagne. •''' tentai de m'en approcher. Los pierres ponces que .je rencontrais sous nieS pas, et dont le nombre eroissait à mesure que j'avançais du même côté» semblaient m'assurcr que j'approchais de la bouche du volcan; mai* '•' brame , qui s'épaississait , mo Ht reprendre le chemin de la lente. En desceadanl, j'essayai de glisser sur la neige, vers son bord inférieur, dans les 6B" droits où elle était unie et la pente peu rapide, L'expérience me réussit : d'11" ('■lan , j'avançais quelquefois dix à douze toises, sans perdre l'équilibre; nT»ls
187 — faïsque, après col exereieOj je me retrouvai sur le sable, je m'aperçus nu Pfeniier pas que mes souliers étaient sans semelles.
* Le lendemain 17 au malin, M. Bouguer proposa de prendre du eôlé de l'ouest, où était la grande brèche du volcan : c'était par là qu'il avait fait sa première tentative, la veille de mon arrivée. Mais la neige qui était tombée fe nuit précédente rendait les approches plus difficiles que janinis, et s'élen- «ait fort loin an dessous de noire tente. Enhardi par mes expériences de la v'c ille , je dis à M. Bouguer que je savais un chemin encore plus court : e'étoil de monter droit par dessus la neige, à l'enceinte de la bouche du volcan , °t j'offris de lui servir de guide. Je me mis en marche un long bâton à la toain , avec lequel je sondais la profondeur de la neige : je la trouvai en quelques endroits plus haute que mon bâton , mais assez dure, néanmoins, pour "'e porter. J'enfonçais tantôt plus, tantôt moins, presque jamais au dessus ou genou. C'est ainsi que j'ébauchai, dans la partie de la montagne que la "Pige couvrait , les marches fort inégales d'un escalier d'environ cent toises do liant. En approchant de la cime, j'aperçus entre deux rochers l'ouverture ^c la grande bouche, dont les bords intérieurs me parurent coupés à pic, et je reconnus que la neige qui les couvrait du côlé où je m'étais avancé la "eille était minée en dessous. Je m'approchai avec précaution d'un rocher °u, qui dominait tous ceux de l'enceinte. Je tournai par dehors, où il se terminait en plan incliné d'un accès assez difficile : pour peu que j'eusse 8'issé , je roulais sur la neige, cinq à six cents loises , jusqu'à des rochers où 3'atirais été fort mal reçu. M. Bouguer me suivait de près, et m'avertit du danger qu'il partageait avec moi. Mous étions seuls : ceux qui nous avaient d'alioid suivis étaient retournés sur leurs pas et sur les nôtres. Enfin , nous "Peignîmes le haut du rocher, d'où nous vîmes à noire aise la bouche du volcan.
C'csl une ouverture qui s'arrondit en demi-cercle du côté de l'orient : 1 estimai son diamètre de huit à neuf cents toises. Elle est bordée de roches «scarpées , dont la partie extérieure est couverte de neige ; l'intérieur est noi- ■ke ot calciné. Ce vaste gouffre esl séparé en deux comme par une muraille j* même matière qui s'étend de l'est à l'ouest. Je ne jugeai pas la profondeur '-' l;i cavité, du côté oà nous étions, do pins rie cent toises ; mais je ne pouvais Ws en apercevoir le centre, qui vraisemblablement était beaucoup plus pro- ',r,d. Tout ce que je voyais ne me parut être que les débris éboulés delà cime ' e fa montagne. Un amas confus de rochers énormes , brisés et entassés irré- Ptiièrement les uns sur les autres , présentait à mes yeux une vive image du ' !:,!,:^ des poêles. La neige n'était pas fondue partout , elle subsistait en quell"''s endroits; mais les matières calcinées qui s'v mêlaient, et pcul-èlre Iese\-
lunaisons du voirais, lui i!i.ïiiiiiiii.'i!i uni: couleur jaunâtre; du reste nous n** vîmes aucune fumée. Un pan de l'enceinte, entièrement éboule du côté de l'ouest, empêche qu'elle ne soit tout à fait circulaire, et c'est le seul cùté par lequel il semble possible de pénétrer au dedans. J'avais apporté une boussole , à dessein de prendre quelques relèvements, et je m'y préparais malgré un vent glacial qui nous gelait les pieds et les mains et nous coupait le visago , lorsque M. liouguer me proposa de nous eu retourner. Le conseil fut donné si à propos , que je ne pus résister ;'i la force de la persuasion. Nous reprîmes le chemin de la tente, et nous descendîmes en un quart d'heure ce que nous avions mis plus d'une heure à monter. L'après-midi et les jours suivants , nous mesurâmes une base de cent trente toises , et nous relevâmes divers points avec la boussole, pour faire un plan du volcan et des environs.
)■ Il fit le lendemain un brouillard qui dura tout le jour. L'horizon étant fort net le 19 au malin , j'aperçus cl je fis remarquer à M. liouguer un tourbillon de fumée qui s'élevait de la montagne de Cotopaxi , sur laquelle nous avions campé plusieurs luis en 1738. Notre guide et nos gens prétendirent que ce notait qu'un nuage, et parvinrent même à me le persuader; cependant nous apprîmes à Quito que eetle montagne , qui avait jeté des flammes plus de dc»s siècles auparavant, s'était nouvellement enflammée le la au soir, et que 1" fonte d'une partie de ses neiges avait causé de grands ravages.
a Nous passâmes encore deux jours à Pichincha , et nous y fîmes une def* nière tentative, avec un nouveau guide, pour tourner la montagne par l'ouest) et pour entrer dans son intérieur; mais le brouillard et un ravin impraticable ne nous permirent pas d'aborder même la petite bouche, qui fume encore» dit-on , et qui répand du moins une odeur de soufre. »
Les deux académiciens, étant revenus à Quito le 22 , n'y entendirent parler que de l'éruption du Cotopaxi , et des suites funestes de l'inondation causée pa1' la fonte subite des neiges. La Gondaminc fait observer ici que depuis son rctour en France le même volcan s'est embrasé plusieurs autres fois avec <!<■* effets encore plus terribles ; et quoique Juan et Ulloa aient traité cette matière il raconte , sur la foi d'un témoin oculaire, divers faits d'une singularité surprenante, qui ne se trouvent pas dans leur relation historique.
En 17-12 , dit-il , on avait entendu, très distinctement à Quito le bruit du vt''" can do Cotopaxi sans y faire une extrême attention. On ne peut se refusa à croire La Condaminc sur son témoignage, auquel sa surdité donne un nouveau poids; cependant on n'y entendit point la grande explosion le soir d° 30 novembre 1744. Ce qu'il y a de plus singulier, c'est que ce même brin' . qui ne fut pas sensible à Quito, c'est-à-dire à douze lieues au nord du vfl*caa , fut entendu très distinctement , à la même heure et du même cbtèi
m :ill|l lll|l ll|ll ll|ll l|lll llll
"suis des lieux beaucoup plus éloignés, tels que la ville d'Ibarra, Pasto, Popayan , et même à la Plata, à plus de cent lieues mesurées en Pair. On ^sure aussi qu'il fut entendu vers le sud jusqu'à Guayaquil , et au delà de Wura , c'est-à-dire à plus de cent vingt lieues , de vingt-cinq au degré. \ la vér'té , le vent , qui soufflait alors du nord-est , y aidait un peu.
Les eaux , en se précipitant du sommet de la montagne , firent plusieurs ''onds dans la plaine avant de s'y répandre uniformément ; ce qui sauva la vie "plusieurs personnes, par dessus lesquelles le torrent passa sans les toucher. Le terrain , cave en quelques endroits par la chute des eaux, s'est exhaussé e|l d'autres par le limon qu'elles ont déposé en se retirant. On peut juger quels (Rangements la surface delà terre a dû éprouver par des événements de celle "•iture , dans un pays où presque toutes les montagnes sont ou ont été des volcans. 11 n'est pas rare d'y voir des ravines se former à vue d'œil, et d'autres qui se s'ont creusé, en peu d'années , un lit profond dans un lorrain qu'on Se souvient, d'avoir vu parfaitement uni. Il esl possible , il est même vraisemblable que toule la superficie de la province de Quito , .jusqu'à une assez gran- "e profondeur, soil formée de nouvelles terres éboulées et de débris de volons : c'est peut-être par cette raison que dans les plus profondes quebradas ou ne trouve aucune coquille fossile.
En 1738 , le sommet du Cotopaxï , par mesure géométrique , était de 500 ^Ses au moins plus haut que le pied de la neige permanente. La (lamine du volcan s'élevait autant au dessus de la cime de la montagne , que son sommet 'Védail la hauteur du pied de la neige. Cette mesure comparative a été confirmée par M. de Maénza, qui , étant alors à quatre lieues de distance, et spccla- *Qr tranquille du phénomène, put en juger avec plus de sang-froid que ceux •font la vie était exposée au danger de l'inondation. Quand on rabattrait un t,l;i's, il resterait encore plus de trois cents toises ou dix-huit cents pieds pour ';i hauteur de la flamme. Cependant la surface supérieure du cône tronqué , ^ni la pointe a été emportée par les anciennes explosions, avait, en 17:18, St>pt à huit cents toises de diamètre. Celle vaste bouche du volcan s'est visik'ement étendue par les éruptions postérieures de 1743 et 17-li , sans parler ^ nouvelles bouches qui se sont ouvertes en forme de soupiraux dans les "ancs de la montagne. H parait donc très probable à La Condamine qu'avant 'l'ie cet immense foyer se soit si fort accru et multiplié , dans le temps , par CJi('iupIe, de la première mine qui iîi sauter un quart de la hauteur du Colo- Pa*i , la flamme , réunie en un seul jet , dut être dardée avec plus d'impéiuos'l,;, el par conséquent put s'élever encore plus haut que dans le dernier embrasement. Quelle doit avoir été la foire qui lui alors capable de lancer à plus •fe trois lieues de gros qitill'U'H'AjcU: rucher, té itis irrécusable* d'un l'ail
qui semble passer les bornes de la vrajsembteflce, parce que nous connaissons peu la nature? L'académicien vil mi de ces éclals de ro.eb.er plus gros qu'une chaumière d'Américain , au milieu de la plaine, sur le bord du grand chemin , proche de Malahalo, et le jugea de douze ou quinze toises cubes, sans pouvoir douter qu'il ne fut sorti de ce gouffre , comme les autres , parce que les traînées de roches de même espèce forment en tout sens des rayons qui parlent de ce centre commun.
Dans l'incendie de 1744 , les cendres furent portées jusqu'à la mer , à plus de quatre-vingts lieues. Ce fait n'est plus étonnant, s'il est vrai, comme ou l'a publié, que les cendres du mont Etna volent quelquefois jusqu'à Constant» nople. Mais un lad plus nouveau , c'est que celles du Cotopaxi , dans la mêB* occasion, couvrirent les terres au point de ne plus laisser voir la moindre trace de verdure dans les campagnes à douze et quinze lieues de dislance du côté de Riobamba, ce qui dura un mois et plus en quelques endroits j et lit périr un nombre prodigieux de bestiaux. Quatre lieues à l'ouest de la bouche <1" volcan , la cendre avait trois ou quatre pouces d'épaisseur. Cette pluie de COU' di'e avait été immédiatement précédée d'une pluie de terre line d'odeur désagréable, et de couleur blanche, rouge et verte, qui elle-même avait été devancée par une autre de même gravier. Celle-ci fut accompagnée, en divers endroits, d'une nuée in un en se de gros hannetons blancs, de l'espèce qu'on nomme ravets dans nos îles : la terre en fut couverte en un instant, et ils disparurent tous avant le jour.
Souvello Miii'ililiou sur 11* l'idiiuclm.
Au mois d'août #337, Bouguer, La Condaminc et UHoa liront une nouvelle expédition sur le Piehincha. Ils avaient eu la précaution de se munir d'une tente de campagne; mais ils n'en piuvnl foire usage, parce qu'elle était d'un trop grand volume. Il fallut construire une cabane proportionnée au terrain , c'est-à-dire si petite qu'à peine était-elle capable de les eon tenir. On n'en sera point surpris en apprenant qu'ils étaient au sommet d'un rocher pointu qi,i s' ('■lève d'environ deux cents toises au dessus du terrain de la montagne où il ne croit plus que des bruyères. Ce sounnel est partagé en diverses pointes, dont ils avaient choisi la plus haute. Toutes ses faces étaient couvertes de neige et de glace , et leur cabane s'en trouva bientôt elle-même toute chargéei, Les inities, dit. Llloa, peuvent à peine mouler jusqu'au pied de relie formidable roche; mats de là jusqu'au sommet, les hommes sont forcés d'aller à [lied, eu montant, m plutôt grnvissaiil pendant quatre liciu -es cnliéïi'Slue agitation si violente, jointe à la trop grande sublitilé de l'air, nousôU'd
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te forces et la respiration . J'avais déjà franchi la moitié du chemin , quand ,
■Bcabïé de fatigue et perdant la respiration,. je tombai sans connaissance. Cet fuient m'obligea, lorsque je me trouvai un peu mieux, de descendre au Wûd de la roche, où nous avions laisse nos instruments et nos domestiques, el de remonter le jour suivant, ce à quoi je n'aurais pas mieux réussi, sans le ^eours de quelques Américains qui me soutenaient dans les endroits les plus toiles. »
La \i(j étrange à laquelle nos savants lurent réduits , pendant le temps qu'ils «ployèrent à mesurer la méridienne, mérite d'être racontée suecessive- ""-'U dans les termes de Ulloa et de La Condamine. On peut observer la difle- **ce des caractères dans celle des relations, et Ton verra dans celle de La D|Hlainine un fonds de gailé qui ne s'altère jamais, et qui n'était pas le "^ le moins précieux qu'il eut reçu do la nature.
" Je n'offre, dit Ulloa, qu'un récit abrégé de ce que nous eûmes à souffrir ,llr le Piebineba, car, toutes les autres montagnes et roches étant presque élément sujettes aux injures du froid et des vents , il sera aisé de juger dit ^tirage et de la constance dont il a fallu nous armer pour soutenir un Iraa'l qui nous exposait à des incommodités insupportables, et souvent au a"ger de périr. Toute la différence consistent dans le plus ou le moins d'é- '"o'iemeut des vivres, et dans le degré d'intempérie, qui devenait plus ou "^ins sensible, suivant la hauteur des lieux et la nature du temps. Nous nous liions ordinairement dans la cabane, non seulement à cause de la rigueur " froid et de la violence des vents , mais encore parce que nous étions le plus "vent enveloppés d'un nuage si épais , qu'il ne nous permettait pas de voir ^inctement à la distance de sept ou huit pas. Quelquefois ces ténèbres cesle«l, et le ciel devenait plus clair, lorsque les nuages, affaissés par leur roPt'e poids, descendaient au col de la montagne, et l'environnaient souvent c ^t près, quelquefois d'assez loin. Alors ils paraissaient comme une vaste r» au milieu de laquelle notre rocher s'élevait comme une île. Nous enten-
hruil des orages qui crevaient sur la ville de Quito, ou sur les lieux.
•fier
IS|os: nous voyions partir la foudre et les éclairs au dessous de nous; et . '"'liint que les torrents de pluie inondaient tout le pays d'alentour, nous s Ulssions d'une paisible sérénité. Alors le vent ne se faisait presque point B^i le ciel était clair, et le soleil, dont les rayons n'étaient plus inte«cep- I s< tempérait la froideur de l'air. Mais aussi nous éprouvions le contraire •i'ir^110 IeS nua8es ^îent élevés : leur épaisseur nous rendait la respiration p, ICl'e; la neige el la greie tombaient il flocons; la violence des venls nous I '!"llt appréhender à chaque mymcnl de nous voir enlevés avec nette hahi- ''" 61 jetés dans quelque abunc, on de lions Uomer bientôt cnse»eliss"iis
les glaces et les neiges qui, s'aceumulant sur le toit, pouvaient crouler a?** loi sur nos tètes. La force (les vents était telle que la vitesse avec laquelle Hs faisaient courir les nuées éblouissait les yeux. Le craquement des rochers qui se détachaient, et qui ébranlaient en tombant la pointe où nous étions' augmentait encore nos craintes. 11 était d'autant plus effrayant, que jai»a,s on n'entendait d'autre bruit dans ce désert; aussi n'y avait-il point de so"1" meil qui pût y résister pendant les nuits.
v Lorsque le temps était plus tranquille, et que les nuages, s'étant portés si"1 d'autres montagnes où nous avions des signaux posés , nous en dérobaient la vue , nous sortions de notre cabane pour nous échauffer un peu par l'exercice. Tantôt nous descendions un petit espace et nous le remontions aussitôt; tantôt notre amusement était de faire rouler de gros quartiers de roche <!fl haut en bas, et nous éprouvions avec élonnement que nos forces réunie égalaient à peine celle du vent pour les remuer. Au reste, nous n'osions i'°"5 écarter beaucoup de la pointe de notre rocher, dans la crainte de n'y pouvo'1" revenir assez promplenient lorsque les nuages commençaient à s'en empara comme il arrivait souvent et toujours fort vite.
v La porte de notre cabane était fermée de cuirs de bœuf, et nous avion* faraud soin de boucher les moindres trous , pour empêcher le vent d'y l'é"1;' trer • quoiqu'elle fût bien couverte de paille , il ne laissait pas de s'y introd"1' re par le toit. Obligés de nous renfermer dans cette chaumière , où la Iuiuiére ne pénétrait pas bien, car les jours étaient si obscurs qu'ils se distinguai à peine des nuits , nous tenions toujours quelques ehandelles allumées , lal1 pour nous reconnaître les uns les autres, que pour pouvoir lire ou travaille'' dans un si petit espace. La chaleur des lumières et celle de nos haleines i>c nous dispensait pas d'avoir chacun notre brasier pour tempérer la rigueur d" froid. Cette précaution nous aurait suffi , si , lorsqu'il avait neigé le plus aboi'' danmient, nous n'eussions été obligés de sortir, inunis de pelles, pom- <ic* charger notre toit de la neige qui s'y entassait. Ce n'est pas (pie nous n'e"*' sions des valets et des Américains qui auraient pu nous rendre ce servie* j mais, n'étant pas aisé de les faire sortir de leur canonnière, espèce de pe,ite tente , où le froid les retenait blottis pour se chauffer continuellement au fc° qu'ils ne manquaient pas d'y entretenir, il fallait partager avec eux une corv# qui les contrariait.
* On peut juger quel devait être l'état de nos corps dans cette situatfoj* Nos pieds étaient enflés et si sensibles , qu'ils ne pouvaient ni suppôt' '* ni presque agir sans une vive douleur. Nos mains étaïc"
du seul
chaleur du feu
chargées d'engelures, et nos lèvres si gercées, qu'elles saignaient
mouvement que nous leur faisions, faire pour parler ou pour manger.
Si le»'
"■ de rire nous prenait un peu , nous in- pouvions leur uontier l'extension "*cessaire à cet effet, sans qu'elles se fendissent effleore plus, et qu'elles 0,|s causassent un surcroît de douleur, qui durait un .jour ou deux. Notre wtrriture la plus ordinaire était un peu de riz , avee lequel mous faisions ""'e un morceau de viande, ou de la volaille qui nous venait de Quito. Au l0|i d'eau , nous nous servions de neige , ou d'un morceau de glace que nous £&oiîs dans la marmite , car nous n'avions aucune sorle d'eau qui ne lut ge- ^ Pour boire, nous faisions fondre de la neige. Pendant que nous étions à ,tla'iger, il fallait tenir l'assiette sur le charbon, sans quoi les aliments étaient iWée aussitôt. D'abord nous avions bu des liqueurs fortes, dans l'idée qu'elles Pourraient un peu nous réchauffer; mais elles devenaient si faibles, qu'en les ""vaut nous ne leur trouvions pas plus de forée qu'à l'eau commune; et, Cra'gnant d'ailleurs que leur fréquent usage ni' nuisît à notre santé , nous pri- "^s le parti d'en boire fort peu : elles furent employées ;'i régaler nos Améri- '^ii's . pour les encourager au travail. Ils étaient cinq. Outre leur salaire jour- ■uer, qui était quatre Ibis plus tort que celui qu'ils gagnaient ordinairement , 0l|s leur abandonnions la plupart des \i\res qui nous venaient de Quito, •"fois celle augmentation de paye et de nourriture n'était pas capable de les réunir long-temps près de nous : lorsqu'ils avaient commencé â sentir la rigueur "" climat, ils ne pensaient plus qu'à déserter.
* 11 nous arriva, dès les premiers jours, une aventure de cette espèce, qui a"i"iil eu des suites fâcheuses , si nous n'eussions été avertis de leur évasion. ^ninie ils ne pouvaient être baraqués dans un lieu d'aussi peu d'étendue que 11 pointe de notre rocher, et qu'il n'y avait d'autre abri , pendant le jour, «une canonnière , ils descendaient , le soir, à quelque distance au dessous , a"s une sorle de caverne où le froid était beaucoup moins vif, sans compter Wils avaient la liberté d'y faire grand feu. Avant de se retirer, ils fermaient l'n dehors la porte de noire cabane, qui était si basse, qu'on ne pouvait y pastr '[n'en se courbant. La neige qui tombait pendant la nuit ne manquant j*fot de la boucher presque entièrement, ils venaient tous les matins nous «livrer de celle espèce de prison : car nos nègres ordinaires, qui passaient la '"" dans la canonnière , étaient alors si transis de froid , qu'ils se seraient Pui(H laissé tuer que d'en sortir. Les cinq Américains venaient donc régulice,aeiit débouclier noire porte à neuf ou dix heures du matin ; mais le qua- "'"ic ou le cinquième jour de noire arrivée , il était midi , qu'ils n'avaient lut encore paru. Notre inquiétude commençait à devenir fort vive, lors- ' l "il des cinq , plus fidèle que les autres , vint nous informer de la fuite de ^ compagnons , el nous enlr'ouvrir assez la porte pour nous donner le pouoil' de. lu rendre entièrement libre. Nous le dépêchâmes -m eorrégidor d-s
- JOÏ - Quito, qui nous envoya sur-le-champ d'autres Américains , après leur avoir ordonné, sous de rigoureuses peines, de nous servir plus fidèlement. W& cette menace ne fut pas capable de les retenir, ils désertèrent bientôt connu" les premiers. Le corrégidor ne vit pas d'autre moyeu , pour arrêter ceux <î11' leur succédèrent , que d'envoyer avec eux un alcade , et de les faire relever M quatre en quatre jours.
« Nous passâmes vingt-trois jours entiers sur notre roche, e'cst-à-ilire jusqu'au (i de septembre, sans avoir pu finir les observations des angles , parce qu'au moment où nous commencions à jouir d'un peu de clarté sur la hauteur où nous étions , les autres , sur le sommet desquelles étaient les signaux <!«' Jbrniaient les triangles pour la mesure géométrique de notre méridien , étaient enveloppées de nuages et de neiges; et lorsqu'il devenait possible de les distinguer , le sommet où nous étions campés se trouvait plongé dans les broiiil' lards. Enfin nous nous vîmes obligés de placer à l'avenir les signaux daus un lieu plus bas , où la température devait être aussi moins rigoureuse. Nous commençâmes pas transporter celui du Picbincba sur une croupe inférieurs de la même montagne, et nous terminâmes au commencement de décembre 1737 l'observation qui le regardait particulièrement.
» Dans toutes les autres stations, notre compagnie logea sous une tente * campagne , qui , malgré sa petitesse , était un peu plus commode que la pi* inière cabane, excepté qu'il fallait encore plus de précautions pour en Où r I* neige, dont le poids l'aurait bientôt déchirée. Nous la faisions d'abord dresser à l'abri quand c'était possible ; mais ensuite il fut décidé que nos tentes mèin''s serviraient de signaux pour éviter les inconvénients auxquels ceux de b«is étaient sujets. Les vents souillaient avec tant de violence, que souvent 'il nôtre était abattue. Nous nous applaudîmes, dans le désert d'Assouay, d'°11 avoir (ait apporter de réserve. Trois des nôtres furent successivement rfl* versées, et les chevrons ayant été brisés, comme les piquets, nous o'eûflK* pas d'autre ressource que de quitter ce poste, et de nous retirer à l'abri d'O** raffine, Les deux compagnies, se trouvant alors dans le même désert, eurent également à souffrir ; elles furent abandonnées toutes deux par leurs Aniéi'î" cains, qui ne purent résister au froid ni au travail, et par conséquent oblige de foire elles-mêmes les corvées jusqu'à l'arrivée d'un autre secours.
v Notre vie sur les sommets glacés de Pambamarea et de Pichincha ful comme le noviciat de celle que nous menâmes depuis le commencement d'aoê* 1737 jusqu'à la tin de juillet 1739. Pendant ces deux ans, nous habitâmes saC trente- cinq sommets différents, sans autre soulagement que celui que n°"s apportait peu à peu l'habitude, car nos corps s'endurcirent, enfin , ou se |;l* lïiiliaris'ieni avec cm climats comme avec fa grossièreté des aliments. N0lrt
|lll lllll lllll llll| llll|l lll|l ll|i; Il iïÏÏM fïïTr
"fia finies aussi à celle profonde solitude, aussi bien qu'à la diversité de
'empêral ure que nous éprouvions eu passant d'une montagne à l'autre, ■filant le froid était vif sur les hauteurs, autant la chaleur nous semblait excessive dans les vallons qu'il fallait traverser. Enfin l'habitude nous rendit '"sensibles au péril où nous nous exposions en grimpant dans des lieux fort '■scarpés. Cependant il y eut des occasions où nous aurions perdu toute pa- "erice et renoncé à l'entreprise si l'honneur n'avait soutenu notre courage. 5
Voici maintenant la relation de La Condaniino.
* Nous partîmes de Quito le li août 1737, pour travailler sérieusement à 'a mesure des triangles de la méridienne. Noos montâmes d'abord sur le ^'chineha, M. Bouguer et moi, et nous allâmes nous établir prés du signal que j'y avais placé depuis prés d'un an, 971 toises au dessus de Quito. Le sol % celte ville est déjà élevé sur le niveau de la mer de 1,460 toises, c'est-à-dire fus que le Ganigou et le pic du Midi , les plus hautes montagnes des Pj ré- ■pes. La hauteur absolue de noire poste était donc de 2,430 toises, ou d'une '"Une lieue, c'est-à-dire, pour donner une idée sensible de celte prodigieuse '-yvation, que, si la pente du terrain était distribuée en marches d'un demi- &N chacune, il y aurait 29,160 marches à mouler depuis la mer jusqu'au %unet div Pichinciia. Don Antoine d'Ulloa , eu montant avec nous , 1* miba en '"lilesse, cl fut obligé de se faire porter dans une grotte voisine, où il passa la "Hit.
1 Notre habitation était une hutte, dont le l'aile, soutenu par deux fourgons, avait un peu plus de six pieds de hauteur. Quelques perches inclinées "| droite et à gauche, et dont une des extrémités portait à terre, tandis que autre était appuyée sur le comble , composaient la charpente du toit , et scrutent en même temps de murailles. Le tout était couvert d'une espèce de jonc
'e, qui croît sur la plupart des montagnes du pays. Tel fut notre premier "**ervatoire et notre première habitation sur le Pichinciia. Comme je prélats les difficultés de la construction , toute simple qu'elle devait être, je 'y étais pris de longue main; mais je ne m'attendais pas que, cinq mois après °lrpayé les matériaux et la main-d'œuvre, je ne trouverais encore rien de "uncncé , et que je me verrais obligé de contraindre judiciairement les fjetis avec qui j'avais fait le marché. Noire baraque occupait toute la largeur
de |qui qu'à
espace qu'on avait pu lui ménager en aplanissant une crête sablonneuse se terminait à mon signal. Le terrain était si escarpé de part et d'autre ,
Peine avait-on pu conserver un étroit sentier d'un seul côté pour passer H ''r'f '''*■ notre case. Sans entrer dans le détail des incommodités que nous ("'oinàmes dans ce poste, je nie contenterai de faire les remarques suivantes, ' "'h' toit , presque toutes les nuits » iM\i, «Mseveli muù les neiges. Nuits \
ressentîmes mi froid extrême; nous le jugions même plus grand par ses effets, qu'il ne nous était indiqué par uti thermomètre de M. do RéauinW» que j'avais apporté, et que je ne manquais pas de consulter tous les jours, matin et soir. , Te ne le vis jamais, au lever du soleil, descendre tout à Fait jus* qu'à cinq degrés an dessous du terme de la glace : il est vrai qu'il était à l'abri de la neige et du vent, et adossé à notre cabane: que celle-ci était, continuellement écliauiïée par la présence de quatre, quelquefois cinq ou six personnes, , et que nous avions des brasiers allumés. Rarement cette partie du sommet du Picbincba, plus orientale que la bouche du volcan, est tout à fait dépouillée de neige. Aussi sa hauteur est-elle à peu près celle où la neige ne fond jamais dans les autres montagnes plus élevées, ce qui rend leurs sommets inaccessibles. Personne, que je sache, n'avait vu avant nous le mercure, dans l£ baromètre , au dessous de seize pouces, c'est-à-dire douze pouces plus baS qu'au niveau de la mer; en sorte que l'air que nous respirions était dilaté pH» de moitié plus que n'est celui de France quand le baromètre y monte à vingt' neuf pouces. Cependant je ne ressentis, en mon particulier, aucune difficile de respiration. Quant aux affections scorbutiques dont M. Bouguer fait m''11" lion, et qui désignent apparemment la disposition prochaine à saigner des gencives, dont je fus alors incommodé, je ne crois pas devoir l'attribuer au froid du l'ichinclia, n'ayant rien éprouvé de pareil en d'autres postes aussi élevés, et le même accident in'ayaut repris cinq ans après au Colchesqui, don1 le climat est tempéré.
i J'avais porté une pendule , et fait faire les piliers qui soutenaient la case, surtout celui du fond, assez solides pour y suspendre celte horloge. Nous pi»1" vînmes à la régler, et par ce moyen à taire l'expérience du pendule simple à 1* plus grande hauteur où jamais elle eût été faite. Nous passâmes en ce lieu trois semaines, sans pouvoir achever d'y prendre nos angles, parce qu'un sign»* qu'on avait voulu porter trop loin du côté du sud ne put être aperçu , et q"''1 arriva quelques aeeidenls à d'autres.
s La montagne de l'ichinclia , comme la plupart de celles dont l'accès est fort difficile, passe dans le pays pour être riche en mines d'or; et de plus» suivant une tradition fort accréditée, les Américains sujets d'Alahualpa, #â de Quito, au temps de la conquête, y enfouirent une grande partie des trésors qu'ils apportaient de toutes parts pour la rançon de leur maître, lorsqu'ils apprirent sa fin tragique. Pendant que nous étions campés dans ce lieu, deux habitants de Quito, de la connaissance de don Antoine AVtioa, qui partageait notre travail , curent la curiosité, peut-être au nom de toute la ville, de savoir ce que nous faisions si long-temps dans la moyenne régie" de l'air- Leurs mules (es conduisirent au pied du rocher Olï nous avion» &1'
|lll lllll lllll llll| llll|l lll|l ||ll|llll Il [ïïïïl iïïïr 34 567 8 9 10 11
notre domicile} mais il leur restail à franchir deux eenls toises de hauteur Perpendiculaire, que l'on ne pouvait monter qu'en s'aidant des pieds et des mains, et même, en quelques endroits, qu'avec danger. Une partie du chemin &a il un sable mouvant qui s'éboulait sous les pieds, et où l'on reculait souvent au lieu d'avancer. Heureusement pour eux, il ne faisait ni pluie ni taûuillard. Cependant nous les vîmes plusieurs fois abandonner la partie. Eu- '''i , à l'envi l'un de l'autre , aillés par nos Péruviens , ils firent de nouveaux efforts et parvinrent à noire poste , après avoir mis plus de deux heures à l'escalader. Nous les reçûmes agréablement; nous leur finies part de toutes nos richesses. Ils nous trouvèrent mieux pourvus de neige que d'eau. On fit grand feu pour les faire boire à la glace. Ils passèrent avec nous une partie de la journée, et reprirent an soir le chemin de Quito, où nous avons depuis conservé la réputation d'hommes fort extraordinaires.
» Tandis que nous observions à Picluncha, M. Godin et don Juan étaient à huit lieues de nous sur une montagne moins haute nommée Pambamarcct. Nous pouvions nous voir distinctement avec de longues lunettes et môme avec celles de nos quarts de cercle; mais il fallait deux jours au moins à un exprès pour porter une lettre d'un poste à l'autre. M. Godin essaya vainement de faire, au Pambainarca, l'expérience du son; il ne put entendre le bruit d'un canon de neuflivres de balles qu'il avait fait placer sur une petite montagne voisine de Quito, dont il était éloigné de dix-neuf mille toises.
» La santé de M. Bouguer était altérée; il avait besoin de repos. Nous descendîmes le 6 septembre à Quito, où M. Godin se rendit aussi. Nous y observâmes tous ensemble l'éclipsé du 8 du même mois. Avant de retourner à notre Première lâche du Piehineha, j'allai faire une course à quelques lieues au sud-esl de Quito, pour chercher un endroit propre à placer un signal qui devait être aperçu de fort loin. Je réussis à le rendre visible en le faisant blancliir de chaux. Le lieu se nomme Changaitti, et ce signal est le seul, hors ceiix qui ont terminé nos bases, qui ait été placé en rase campagne.
" Le 12 septembre, comme je venais de reconnaître le terrain sur le volcan nommé Siiicliotitufjoa , je fus surpris, en pleine campagne, d'un épouvantable orage, mêlé de tonnerre et. d'éclairs, et accompagné d'une grêle la plus gi'osse que j'aie vue de ma vie. On juge bien que je n'eus pas la commodité d'en mesurer le diamètre-, je n'étais occupe qu'à trouver le moyen de Sttantir ma tète; un grand chapeau à l'espagnol n'eût pas suffi, sans un Mouchoir que je mis dissous pour amortir l'impression des coups que je refais. Les grains, dont plusieurs approchaient de la grosseur d'une noi\, me causaient de la douleur à travers des gants forl épais. J'avais le vent en fw<\ et la vitesse de ma mule augmentai! la forée du cime, .le Fus oblige plu-
— 10» sieurs fois de tourner (Mffc. L'instinct do cet anima) le portait à présenter le des a« veut et :'i suivre sa direction , comme on vaisseau fuit vent arrière en eédanl àForage,
> Nous remontâmes quek|ucs jours après sur le Picllincha , M. Bonguer et moi , non à notre premier poste , mais a un autre beaucoup moins élevé , (i'oil l'on voyait Quito, que nous liâmes à nos triangles. Le mauvais temps y rendit inutile notre troisième tentative pour observer l'équinoxe par la méthode de M. Bouguer. Rebutés des incommodités de notreancien signal du Pichtachà, nous en plaçâmes un autre dans un endroit plus commode, 210 toises plus bas que le premier. Ce fut là que nous reçûmes, le 13 septembre, la première nouvelle dos ordres du roi par lesquels nous étions dispensés do la mesure de l'équaleur, qui jusque alors avait fait partie de notre projet, ainsi que celle *j méridien.
. Le changement du signal du Pichincha nous obligeait à reprendre do nouveaux angles. Les difficultés que nous rencontrâmes â placer sur la montagne do Cotacatché, vers le nord, un signal qui devint inutile, durèrent presque tout le mois d'oelobro. Il en naquit d'autres que le cours du temps multiplia- Ou ne peut les concevoir sans connaître la nature du pays do Quito. Le terrain peuplé et cultivé dans son étendue est un vallon situé entre deux chaînes parallèles (le hantes montagnes qui fonl parlic de la Cordiliére. Leurs cimes se perdent dans les nues, et presque toutes sont couvertes do masses énormes d'une neige aussi ancienne que le monde. De plusieurs de ces sommets, en partie écroulés , on voit sortir encore des tourbillons de fumée et de HimnW du sein même de la neige. Tels sont les sommets tronqués du Colopaxi, du Tongouragua, et du Sangaï. La plupart des autres ont été des volcans autre- Ibis, ou vraisemblablement le deviendront. L'histoire no nous a conservé l'époque de leurs éruptions que depuis la découverte de l'Amérique- mais les pierres ponces, les matières calcinées qui les parsèment, elles traces visibles (le la flamme, soutdes témoignages authentiques de leur embrasement. Ouant a leur prodigieuse élévation, ce n'est pas sous raison qu'un auleur espagnol avance que les monlagnes d'Amérique sont, à l'égard de celles de l'Kurnpe, ce que sont les clochers de nos villes comparés aux maisons ordinaires.
. La hauteur moyenne du vallon où seul situées les villes de Quito Cneiiea , Riobamba , Lalacunga , la ville d'Ibarra , et quantité de bourgades et de villages , est de 1,300 à 1,000 toises au dessus do la mer, c'est-à-dire qu'elle excède celle des plus hautes montagnes des Pyrénées , et ce sol sert de base > des monlagnes une fois aussi élevées. Le Cavamburo, situé sous l'équaleur même, l'Anlisana, qui n'en est éloigné ,p,o de cinq lieues vers le sud , ont plus do 3,000 toises à eompler du niveau ,1e la mer , cl le Chimboraso , hnnl
llll lllll lllll llll| llll|l lll|l ll|ll lïïïïl [ïïl
— ion -
fe 3,220 taises , surpasse de plus d'un tiers le pied* Ténérilfe, la plus tante *ontagne de l'ancien hémisphère. La seule partie du Chimborazo toujours
Couverte de neige a SOI) toises de hauteur perpendiculaire. Le Pichincha et ■eCoraeon, sur le sommet desquels nous avons porté des baromètres, n'ont que 2,-130 et 2,-470 de hauteur absolue , et c'est la plus grande où l'on ait jamais monté. La neige permanente a rendu jusqu'ici les plus hauts sommets «accessibles, Depuis ce terme , qui est celui où la neige ne fond pins , même ',;nis la zone torride , on ne voit guère , en descendant jusqu'à J00 ou 150 toi- S(1$, que des rochers nus ou des sables arides. Plus lias, on commence à voir quelque mousse qui tapisse les rochers, diverses espèces de bruyères, qui, ''•en que vertes et mouillées , font un feu clair, et nous ont été souvent d'un ffand secours ; des mottes arrondies de terre spongieuse , où sont plaquées de Petites plantes radiées et éloilées , dont les pétales sont semblables aux feuilles f[e l'if, et quelques autres plantes. Dans tout cet espace, la neige n'est que pas- S;igèro , mais elle s'y conserve quelquefois des semaines et des mois entiers, ''bis bas encore, et dans une autre zone, d'environ 300 toises de hauteur, le ,f']'rain est communément couvert d'une sorte de gramen délié, qui s'élève Jusqu'à un pied et demi ou den\ pieds , et qui se nomme outchouc (uehuc) en ^ngue péruvienne. Celte espèce de foin ou do paille, comme on la nomme dans le pays , est le caractère propre qui distingue les montagnes que les Espagnols nomment paramos. Enfin descendant encore plus bas , jusqu'à la ''auteur d'environ 2,000 toises au dessus du niveau de la mer, j'ai vu neiger Quelquefois , et d'autres fois pleuvoir. On sent bien que la diverse nature du s"l, sa diueronle exposition , les vents, la saison, et plusieurs circonstances Physiques, doivent faire varier plus ou moins les limites qu'on vient d'assigner à ces différents étages.
» Si l'on continue de descendre après le terme qu'on vient d'indiquer, ii se ^"uve des arbustes , et plus lias on ne rencontre plus que des bois dans les trains non défrichés , tels que les deux, eûtes extérieurs de la double chaîne '"' montagnes entre lesquelles serpente le vallon qui fait la partie habitée et f'Ultivée de la province de Quito. Au dehors, départ cl d'autre de la Corel i- **e , tout es! couvert de vastes forêts, qui s'étendent vers l'ouest jusqu'à la 7epa'» Sud, à quarante lieues de distance, et vers l'est , dans tout l'intérieur , un continent de sept à huit cents lieues, le long de la rivière des Amazones, J"S(|u'à la Guiane et au Brésil.
" U hauteur du sol de Quito est celle où la température de l'air est la plus 'Veable. Le thermomètre y marque communément 11 à 13 degrés au dessus 11 terme de la glace, comme à Paris dans les beaux jours du printemps, et "' varie que fort peu. En montant ondescendatf . on eej sft? de fiiire des-
cendre ©u monter le Ihermomèli e , et d'observer successivement la tempe* rature de tous les divers climats , depuis 5 degrés au dessous de la congélation , ou plus, jusqu'à 28 ou 29 au dessus. Quant au baromètre, sa hauteur moyenne a Quito est de vingt pouces une ligne , et ses plus grandes variations ne vont point à une ligne et demie : elles sont ordinairement d'une ligne i"1 quart par jour, et se font assez régulièrement à des heures réglées.
Les deux chaînes de montagnes qui bordent le vallon de Quito s'étendent ;' peu prés du nord au sud : celle situation était favorable pour la mesure Ù& ';l méridienne; elle offrait alternativement, sur Tune et l'autre chaîne, des points d'appui pour terminer les triangles, La plus grande difficulté consistai* à choisir les lieux commodes pour y placer des signaux. Des pointes les pH"S élevées , les unes étaient ensevelies sous la neige , les autres souvent plonge* dans des nuages qui en dérobaient la vue. Plus bas , les signaux , vus de loin» se projetaient sur le terrain, et devenaient très difficiles à reconnaît* D'ailleurs, non seulement il n'y avait point de chemin tracé qui conduise d'un signal à l'autre , mais il fallait souvent traverser , par de longs détona . des ravines formées par les torrents de pluie et de neige fondue, creusé*-'8 quelquefois de 00 ou 80 toises de profondeur. On conçoit les difficultés et '" lenteur de la marche, quand il fallait, transporter d'une station à l'autre des quarts de cercle de deux ou trois pieds de rayon , avec tout ce qui était néce** saire pour s'établir dans des lieux d'un accès difficile , et quelquefois y séjour* ner des mois entiers. Souvent les guides américains prenaient la fuite en cl)1" min, nu sur le sommet de la montagne où l'on était campé, el plusieurs jW* se passaient avant qu'ils pusseni être remplacés. L'autorité des gouvernent* espagnols, celle des curés et des caciques, enfin un salaire double, trff*" quadrupla, ne suftisaicnl pas pour faire trouver" des guides, des muletiers " des porte-faix , ni même pour retenir ceux qui s'étaient offerts volontairement' t l h des obstacles les plus rebutants était la chute fréquente et l'enlè*6' nient des signaux qui terminaient les triangles. En franco, les clochers , W"
daos
tours, les châteaux, les arbres isolés et placés dans un lieu remarquable IVeni aux observateurs une infinité de points dont ils ont le chois ; niais un pays si différent de l'Europe, et sans aucun point précis, on élait ot»v de créer en quelque sorte des objets distincts pour former les triangles. D bord on posa des pyramides île trois ou quatre longues liges d'une espèce a ■' loès, dont le bois était fort léger, et cependant d'une assez grande résista"*-1' On faisait garnir de paille un de nattes la partie supérieure de ces pyramide' quelquefois d'une loile de colon fort cteke, qui se fabrique dans le paya' l d'autres fois d'une couche de chaux ; au dessous de cette espèce de pavillo* ^ laissai! assez d'espace pour placer el manier un quarl de cercla; une :'!|H
Plusieurs jours, et quelquefois plusieurs semaines de pluie et débrouillard, '"rsqne l'horizon s'éclaircissait, cl que les sommels des montagnes, se mont,;i'H à découvert, semblaient inviter à prendre les angles, souvent à l'iiis,;»nt même où l'on était près de recueillir le fruit d'une longue attente, on ava't le déplaisir de voir disparaître les signaux, tantôt enlevés par les oura- B^is , et plus souvent volés : des pâtres indiens s'emparaient furtivement de arches , des cordes , des piquets , dont le transport avait coûté beaucoup de '•"ips et de peine. Il se passait quelquefois huit, ou quinze jours avant que le d(>mmagc pût être réparé; ensuite il fallait attendre des semaines entières, ^ns la neige et dans les frimas , un autre moment favorable pour les opéral|ons. Le seul signal de Pambamarca fut réparé jusqu'à sept fois.
"Vers le commencement de celle année 1738 , M. Godin imagina le premier l"i expédient simple et commode pour rendre tout à la fois les signaux faciles à construire , et très aisés à distinguer dans l'éloignemenl : ce fut de prendre Pour signaux les tentes mêmes , ou d'autres pareilles à celles sous lesquelles •tous campions. Chaque académicien avait une grande lente , et les mathéma- '■ciens espagnols avaient aussi les leurs ; on avait d'ailleurs trois canonnières. MM. Verguin et des Odonnais précédaient , et faisaient placer celles-ci alternafwenient sur les deux chaînes de la Cordillère, aux points désignés, conformément au projet des triangles; ils laissaient un Américain pour les garder. * On était dans la saison des pluies ; ce temps avait été employé, l'année Précédente , à reconnaître le terrain de la méridienne , et , suivant le conseil ^s gens mêmes du pays, on ne pouvait penser alors à monter sur les monta- ^flr'S; mais on avait appris par l'expérience que, dans la province de Quito, ^ beaux jours étaient seulement plus rares pendant la saison qu'on y nomme "'ver, depuis novembre jusqu'en mai, et que, dans le reste de l'année , ll'on appelle l'été , il ne laissait pas de pleuvoir quelquefois plusieurs jouis (le suite. Lorsqu'on s'en l'ut aperçu , toutes les saisons furent égales, et la diersilé des temps n'interrompit plus le cours des opérations. » t*n avait été retenu tout le mois de janvier et la moitié de février aux prelll-'rs signaux des environs de la base , et à ceux de Pambamarca , de Taulasoa et de Changailli. Le Cotopaxi et le Coroçon devinrent ensuite le champ des PwaUons : mêmes embarras et mêmes souffrances. Le 9 août, Iîouguer et a Condamiue, toujours accompagnés d'L'Hoa , achevèrent de prendre leurs 'llgles au Coraçon , après avoir passé vingt-huit jours sur eetle montagne. •Os le rcyie du mois , ils linirenl ceux de Papaourcon , du Pouca-Ûuirieoii et '' Milin. Le lu, les deux académiciens français, étant partis seuls de la ferme "fltiou , après avoir fait prendre le devant à tout leur bagage, jugèrent que l' l-oni-ur de la tente sous laquelle ils devaient camper ne pouvait arriver
iivantla nuit an signal; ils cherchèrent vainement une grolte. La nuit lessuf* prit en plein champ , au pieo* de la montagne, et dans uni1 lande très froidCi (m la nécessité les contraignit d'attendre le jour ; leurs selles leur servirent de chevet, le manteau de Bouguer de matelas et de couverture; une cape de taffetas usé , dont La Comlamine s'était heureusement pourvu , devint un P3" villon soutenu sur leurs couteaux de chasse, et leur fournit un abri contre le verglas qui tomba toute la nuit. Au jour, ils se trouvèrent enveloppés d'un Uroutllard si épais, qu'ils se perdirent en cherchant leurs mules; Bouguer 'l<! put même rejoindre la sienne. A peine, à dix heures et demie, le temps étaitil assez clair pour voir à se conduire. Dans la station du Conlour-Palli , s"1' le Chimhorazo , ils eurent à redouter les éboulemcnls des grosses masses de neige , incorporées et durcies avec le sable , qu'ils avaient prises d'abord po1"' des bancs de rochers; elles se détachaient du sommet de la montagne, cl s" précipitaient dans ces profondes crevasses, entre lesquelles leur tente él»|l placée ; ils étaient souvent réveillés par ce bruit , que les échos redoublaient . et qui semblait encore s'accroître dans le silence de la nuit. Au Chômai , <*'' ils passèrent quarante jours, La Condamine, logé dans la tente même q"' servait de signal, avait, pendant la nuit, le terrible spectacle du volcan de Sangaï : tout un côté de la montagne paraissait en feu , comme la bouche flû' me du volcan; il en découlait un torrent de soufre et de bitume enlhmi)"-'' qui s'est creusé un lit au milieu de la neige dont le foyer ardent du soumet est sans cesse couronné ; le torrent porte ses flots dans la rivière d'Upaiio , °" il fait mourir le poisson à une grande distance. Le bruit du volcan se lait <-'"' tendre fréquemment à Guayaquil , qui en est éloigné de plus de quarante lic"w en droite ligne.
Sur une des pointes de l'Assouay, qu'on nomme Sinaçahoutm , et qui n'**1 inférieure au Pichincha que de quatre-vingt-dix toises, le temps se trouva clui'' et serein le 27 avril , à l'arrivée de La Condamine ; il y découvrait un très h?' horizon , précisément entre deux chaînes do la Cordillère qui fuyaient à pcflt; de vue au nord et au sud. Le Cotopaxi s'y faisait distinguer à cinquante li',|U's de dislance; les montagnes intermédiaires, et surtout les vallons voisin5' s'offraient à vol d'oiseau comme sur une carte topographique. Insensible^01' '■> plaine se couvrit d'une vapeur légère; ou n'aperçut plus les ohjcis q" :I ravers un voile transparent qui ne laissait paraître distinctement que les p|l,B jauts sommets des montagnes. Bientôt La Condamine, seul alors, (ut eflVC- Joppé de nuages , et ses instruments lui devinrent inutiles ; il passa tout lc jour et la nuit suivante sous une lente sans murs. Le 28, Bouguer Paya"1 '*" joint avec Utloa, la lente fat placée quelques toises plus bas, pour la tOfW? un peu à l'abri d'un venl très frp'.d qui souffle toujours sur ce pic. Préca"*
,l0» inutile: la nuil du 29 au 30, vers les doux heures du matin, U s'éleva un "fâge nièlé di; neige, de grêle et de tonnerre; les trois associés furent ro- Vr,|Hés par un bruit affreux; la plupart des piquets étaient arrachés; lesquar- *Ws de roches qui avaient servi à les assurer roulaient les uns sur les autres ; ''s murailles de la Lente, déchirées el roides de verglas, ainsi que les attaches animes et agitées d'un vent furieux, battaient contre les mâts et la traverse, H menaçaient les trois mathématiciens de les couvrir de leurs débris. Ils se Gèrent avec précipitation. Nui secours de la part de leur cortège d'Indiens , Jlu' était demeuré dans une grotte assez éloignée. Enfin, à la lueur des éclairs, l]s réussirent à prévenir le mal le plus pressant, qui était la chute delà lente, 011 le vent et la neige pénétraient de toutes paris. Le lendemain, ils en firent WBSser une autre plus lias et plus à l'abri ; mais les nuits suivantes n'en fu- Wt pas plus tranquilles: trois tentes, montées successivement, avec la peine ll'on peut s'imaginer, sur un terrain de sable et déroche, eurent toutes le mé- * sort. Leslndiens, las de racler etde secouer la neige dont elles se couvraient Wituiuellement , prirent tous la fuite les uns après les autres. Les chevaux et 68 mules, qu'on laissait aller, suivant l'usage du pays, [jour chercher leur pâ- Ure, se retirèrent par instinct dans le fond des ravines. Un cheval fut trouvé "tyé dans un torrent où le vent l'avait sans doute précipité. Godin et Juan , wU observaient d'un autre côté, sur la même montagne, ne souffriront guère "°iiis, quoique campés dans un lieu plus bas. Cependant on acheva, le 7 "toi , de prendre tous les angles dans celte pénible station , et l'on se rendit le p'nejourà Gagnai', gros bourg peuplé d'Espagnols, à cinq lieues au sud de jWtouay. En voyant de loin les nuages , les tonnerres et les éclairs qui *»ent duré plusieurs jours, et la neige qui était tombée sans relâche sur la j**ie de la montagne , les habitants du canton avaient jugé que tous les mathé- ■iciens y avaient péri : ce n'était pas la première fois qu'on en avait li
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"rir le bruit, et, dans cette occasion, on fit pour eux des prières publiques
Fleuve des Amazonre. '(ïjpuinmboiix. Amazones.
-*s académiciens, ayant ainsi glorieusement terminé leurs immorlels tra- , "s , firent élever dans une plaine voisine de Quito deux pyramides destinées
"ter les deux termes de la base fondamentale des opérations qu'ils avaient 1 es an Pérou, et se séparèrent ensuite pour revenir en Europe chacun par
n voie différente , afin de multiplier les observations. La Gondamîne prit sa %tc par I; juillet,
vièro des Amazones , et la relation qu'il a laissée de ce voyage s a jeté un grand jour sur le cours de celte rivière el les pays qu'elle
Les bornes de cet ouvrage ne nous permettant pas tic suivre le philosophe
voyageur dans celte longue course de près d'une année , nous nous bornerons à donner quelques détails sur celte célèbre rivière des Amazones. Ce lleuwî i que les habitants de l'Amérique méridionale appellent le Maragnon , est le plus grand de tous les fleuves du monde : il a plus de mille lieues de cours; on lui donne cinquante lieues de largeur à son embouchure; sa profo"' deur est de plus de cent brasses , et la marée s'y fait sentir à une distance de 250 lieues de la mer. 11 avait été reconnu , dès l'an 1500 , par Vincent P'11' son; et dans le second voyage de Pizarmau Pérou, quarante ans après, Orellana, un de ses officiers, qui montait un briganlin chargé de chercher des vivres sur la cote , osa s'abandonner, l'espace de cinq cents lieues , au cottf3 de l'Amazone , et lui donna même son nom , puisque plusieurs auteurs l'on' appelé depuis YOreltana : il en sortit par le cap Nord. Depuis Orellana , <ll" périt dans un second voyage , on fit plusieurs tentatives pour rentrer dan» l'Amazone par une des rivières qui s'y jettent , et. en connaître la navigalio'1 j que la quantité d'iles , la rapidité des courants , les fréquents détours du l'cU' ve, et les rochers qui le resserrent, en plusieurs endroits , rendent difficile et dangereuse. Les Portugais , rivaux des Espagnols dans les entreprises de ce genre, et dont les possessions dans le Brésil sont limitrophes de l'embouclnu'8 de l'Amazone dans l'Océan Atlantique , la remontèrent, en 1637, sous la coi' duile de Texeira et dans une flottille de canots , depuis Para , forteresse p01* lugaise, jusqu'au lieu où "elle commence à être navigable. La relation de voyage nous a été transmise par le P. d'Acugna , jésuite espagnol , qui accoi»' pagna les Portugais à leur retour, qu'ils effectuèrent par la même route, e'es à-dire en descendant la partie de l'Amazone qu'ils avaient remontée. Ce» relation fut traduite, dans le siècle dernier, par le romancier GomberviU6; auteur de Polesandre, car alors nos littérateurs français cultivaient la langu espagnole, comme on étudie aujourd'hui l'italien cl l'anglais. Nous croy*»8 devoir rapporter quelques endroits de cette relation qui paraîtront un peu r°* inanesques , mais dont le fond n'est pas moins vrai. * L'Amazone, dit-il , lr' verse plus de royaumes que le Gange , l'Euphrale et le Nil. Elle nourrit inl"1 nient plus de peuples, et porte ses eaux douces bien plus loin dans la m*> elle reçoit beaucoup plus de rivières. Si les bords du Gange sont couverts a i sable doré , ceux de l'Amazone sont chargés d'un sable d'or pur ; et ses eau i creusant ses rives de jour en jour, découvrent par degrés les mines dor d'argent que la terre qu'elles baignent cache dans son sein. Enfin les PaJ' qu'elle traverse sont un paradis terrestre, et si leurs habitants aidaient
Sent pour plus d'une année toutes les terres qu'elle arrose : elles n'ont pas «Soin d'autre amélioration. D'ailleurs toutes les richesses de la nature se trouant dans les régions voisines : une prodigieuse abondance de poissons dans te rivières , mille animaux différents sur les montagnes, un nombre infini de toutes sortes d'oiseaux , les arbres toujours chargés de fruits, les champs eouv,:-rU du moissons , et lus entrailles de la terre pleines de mines et de métaux F&ieux. »
Le P. d'Acugna nous donne te nom de plus de cent cinquante nations qui «abitent sur les bords du l'Amazone, dans une étendue du mille huit cents "eues en longueur, et dans une circonférence de quatre mille , en y eompre- "!'nt les rivières qui su perdent dans ee fleuve. Tous ces peuples-là sont ido- 'ilh'cs ut ont à peu près tes infimes mœurs , c'est-à-dire celles des sauvages. La 'lation des Topinainboux mérite qu'on en fasse une mention particulière , par les efforts qu'elle a faits pour défendre son indépendance contre la tyrannie "es Européens.
Vingt lieues au dessous de la rivière de Cayary, qui vient du sud se joindre a l'Amazone , est une île de soixante lieues de large , qui doit en avoir plus de ^ux cents de circuit : on la nomme iledes Topinamhoux. Après la conquête du ^ésil, ces peuples, habitant la province deFernamboue, aimant mieux renon- Cor à toutes leurs possessions que de se soumettre aux Portugais , s'exilèrent ^ontairement de leur patrie. Ifs abandonnèrent environ quatre-vingt-quatre Sfos bourgs où ils étaient établis , sans y laisser une créature vivante. Le preni,,:r chemin qu'ils prirent fut à la gauche des Cordilières : ils traversèrent °utes les eaux qui en descendent. Ensuite, la nécessité les forçant de sedivi- 8er, une partie pénétra jusqu'au Pérou, et s'arrêta dans un établissement espagnol voisin des sources de Cayary. Mais après quelque séjour, il arriva v|«n Espagnol lit fouetter un Topinambou pour avoir tué une vache. Celte "Jure causa tant d'indignation à tous les autres, que, s'étaut jetés clans leurs a'iots, ils descendirent la rivière jusqu'à l'île qu'ils occupent aujourd'hui.
Ds parlent la langue générale du Brésil, qui s'étend dans toules les pro- '"ces de cette contrée, jusqu'à celle de Para, lis racontèrent au P. d'Acu- <P>a que leurs ancêtres, n'ayant pu trouver en sortant du Brésil de quoi su "iUrrip dans les déserts qu'ils eurent à traverser, furent contraints, pendant "* marche de plus de neuf cents lieues, de se séparer plusieurs fois, et que ^s différents corps peuplèrent diverses parties des montagnes du Pérou. ,l!"* qui étaient descendus jusqu'à la rivière des Amazones eurent à eom- ''Ml1''' lus insulaires dont ils prirent la place, et ils les vainquirent tant ti<; luis , Iu après en avoir détruit une partie, ils forcèrent lus autres d'aller chercher Q,ie retraite dans des terres élaguées.
Les 'fopinamboux de l'Amazone sont une nation si distinguée, que le !'■ d'Acngna ne fail pas difficulté de la comparer aux premiers peuples de l'Europe , eL quoiqu'on s'aperçoive qu'ils commencent, a dégénérer de leurs pères, par les alliances qu'ils coniracLcnt avec les Américains du pays, ils s'en ressentent encore par la noblesse du cœur et par leur adresse à se servir de l'are cl des [lèches; ils sont d'ailleurs fort spirituels. Comme les Portugais, dont la plupart savaient la langue du Brésil, n'avaient pas besoin d'interprètes pour converser avec eux, ils en tirèrent des informations (or! curieuses; entre autres choses, les Topinainboux coulirmèrenl aux Portugais qu'il existait de vraies Amazones , dont le lleuve a tiré son ancien nom.
« Je ne m'arrête point, dit d'Acugna, au* perquisitions sérieuses que la cour souveraine de Quito en a lattes. Plusieurs natifs des lieux mêmes ont attesté qu'une des provinces voisines du fleuve était peuplée de femmes belliqueuses, qui vivent et se gouvernent seules , sans hommes ; qu'un certain temps de l'année elles en reçoivent pour devenir enceintes, et (pie le reste du temps elles vivent dans leurs bourgs, où elles ne songent qu'à cultiver la terre, et à se procurer, par le travail de leurs bras, tout, ce qui es! nécessaire à l'entretien de la vie. Je ne m'arrêterai pas non plus à d'autres informations qui ont élé prises dans le nouveau royaume de Grenade, au siège rojal de Pasto , où Ton reçut le témoignage de quelques Américains, particulièrement celui d'une Américaine, qui avait été dans le pays de ces vaillantes femmes, et qui ne dit rien que de conforme à tout ce qu'on savait déjà par les relations précédentes. Mais je ne puis taire ce que j'ai entendu de mes oreilles , et que je voulus vérifier aussitôt que je me lus embarqué sur le fleuve. On nie dit , dans toutes les habitations où je passai , qu'il y avait dans le pays des femmes telles que je les dépeignais, et chacun en particulier m'en donnait des marques si constantes et si uniformes, que, si la chose n'est point, il faut que le plus grand des mensonges passe dans tout le nouveau monde pour la plus constante de toutes les vérités historiques. Cependant nous eûmes , dans le dernier village , qui est la frontière entre elles et les TopJnamboux, de plus grandes lumières sur la province que ces femmes habite"1 i sur les chemins qui y conduisent, sur les Américains qui communiquent avec elles et sur ceux qui leur servent à peupler.
" Trente-six lieues au dessous de ce dernier village , eu descendant le fleuve, on rencontre, du coté du nord, une rivière qui vient de la province même des Amazones , et qui est connue par les Américains du pays sous le nom <<e Cunuris. Elle prend ce nom de celui d'un peuple voisin de son embouchure- Au dessus, c'est-à-dire en remontai)! cette rivière, ou trouve d'autres An'i"
i'ie:iins. nommés \potos, qu
'in la langue générale du Brésil. Plus
tout les Tagaris; ceux qui les suivent sont les Guacares, Fbwnux peuple
'l'" jouit de la faveur des Amazones. Ces guerrières ont leurs habitations sur 1 * montagnes d'une hauteur prodigieuse , entre lesquelles on en distingue "nc, nommée Yacamhiba, qui s'élève extraordinairement au dessus de toutes 08 autres, et si battue des vents qu'elle en est stérile. Elles s'y maintiennent Ktas le secours des hommes. Lorsque leurs voisins viennent les visiter an temps Celles ont réglé, elles les reçoivent l'ave et la flèche en main, dans la crainte e quelque surprise; mais elles ne les ont pas plus tôt reconnus , qu'elles se Codent en foule à leurs canots, où chacune saisit le premier hamac qu'elle J "'mm-, et le va suspendre dans sa maison, pour y recevoir celui à qui le 1;i"iac appartient. Après quelques jours de familiarité, ces nouveaux hôtes etournent étiez eux. Tous les ans ils ne manquent point de faire ce voyage . r,s la même saison. Les lilles qui en naissent sont nourries par leurs mères , "sii'iuios au travail et au maniement des armes. On ignore ce qu'elles font °s mâles; mais j'ai su d'un Américain, qui s'était trouvé à cette entrevue, 'lie, l'année suivante, elles donnaient aux pères les enfants mâles qu'elles 0nt mis au monde. Cependant la plupart croient qu'elfes tuent tes mâles au "l,Jnieut de leur naissance, et c'est ce que je ne puis décider sur le témoi- J^ge d'un seul Américain. Quoi qu'il en soit, elles ont dans leur pays des *j»Ors capables d'enrichir le monde entier, et l'embouchure de la rivière qui ^eend de leur province est à deux degrés et demi de hauteur méridionale. »