‹ Histoire poétique de Charlemagne (volume 2)Chapitre 11 sur 77 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

LA LÉGENDE DE CHARLEBCAGinE DANS L'ÉGLISE.

Les services rendus par Gharlemagne à TÉglise de Rome, la piété naïve qu'il mêlait à des actions souvent répréhensibles, et qui le portait même à des exercices de dévotion qui nous semblent parfois singuliers *, le zèle qu'il mit, par politique autant que par religion , à propager le christianisme chez les Germains encore idolfttres, sa guerre contre les Sarrasins, tout le désignait au souvenir affectueiH du clergé qu'il avait réorganisé. Aussi son nom fut-il de bonne heure en.vénération parmi les moines et les prêtres. Le moine de Saint-Gall consacre déjà tout son premier livre à rassembler sur son compte des historiettes pieuses, et nous raconte deux ou trois prodiges que Dieu ût en sa faveur. Les couirents se transmirent longtemps sur lui des anecdotes édifiantes, qui, dès la fin du neuvième siècle, sortent souvent de la réalité pour entrer dans le domaine de la légende *. 11 est quelquefois difficile de distinguer, parmi les contes que nous trouvons généralement admis par la suite, ceux qui émanent de la tradition populaire et ceux qui sont sortis de TÉglise ; on peut cependant arriver à le discerner nettement pour le plus grand nombre. Les moines qui écrivaient les chroniques ou les vies des saints fermaient en général ForeiUe à tous les récits extérieurs qui manquaient dans les originaux latins qu'ils copiaient ou abrégeaient; une légende chantée par les jongleurs était le plus souvent pour eux un objet de mépris ou du moins de méfiance, et ils ne lui ouvraient pas Taccès de leurs compilations. Celles des fables relatives à Gharlemagne qu'ont unanimement adoptées les chroniques latines, peu- Tent donc être regardées comme étrangères à la grande tradition poétique profane, et nous remarquons en effet qu'elles ne se trou-

* Vo^f par exemple^ dans le moi- Totnce miivant nne bonne méthode. M de Saini-Gall la peine qa'il le don* * Noos en rapportons plusieurs dans ■ait pour ehanter et (aire chanter à notre second livre.

vent pas dans les monuments qui nous en restent, ou qu'elles n'y apparaissent qu'à une époque relativement récente. Le départ ne sera donc pas aussi difficile à faire qu'on pourrait le croire au premier abord, en exceptant quelques ouvrages hybrides dont nous aurons lieu de parler séparément.

Nous ne nous occuperons pas ici de divers événements mer^ veilleux rapportés dans des chroniques où les faits historiques seuls étaient censés avoir accès; nous retrouverons ces récits quand nous raconterons la légende de Gharlemagne ^ Ils servent seulement à montrer le travail qui s'opérait dans l'Église autour de ce nom vénéré : il devenait de plus en plus le symbole de la puissance mise au service de la religion, et récompensée par la protection constante et manifeste de Dieu *• C'est ainsi que le moine Jocundus, qui écrivait peu après 1088 son histoire de la Transla-tion de saint Servais, disait en parlant de lui : « Le pieux Charles ne craignait pas de mourir pour la patrie, de mourir pour l'Église; aussi parcourut-il la terre entière; ceux qu'il voyait rebelles à Dieu, il les combattait, et ceux qu'il ne put soumettre au Christ par la parole, il les lui soumit par le fer '. » On arrivait ainsi peu à peu à changer en auréole sa couronne impériale; mais cette tendance, visible avant le douzième siècle, prit à cette époque une vigueur toute nouvelle par suite de circonstances diverses.

L'idée d'un voyage de Gharlemagne en Terre Sainte se répandit de bonne heure, d'un côté dans la foule, de l'autre dans l'Église ; elle se produisit dans chacune de ces directions, comme nous le verrons plus tard, sous une forme bien différente. Née d'une croyance assez explicable et parfaitement désintéressée, cette idée fut exploitée par les moines dans un intérêt tout spécial, et donna lieu à des fraudes qu'on est bien obligé de signaler comme coupables. Sur cette donnée, admise par les populations, ils édifièrent de misérables légendes sans aucune valeur, qui n'avaient d autre but que de garantir l'authenticité de certaines reliques fort suspectes : tel est le caractère que cette histoire a revêtu dans les monastères et qui s'accuse dans plusieurs fictions sorties de là.

* Noos dterons l'apparition des croix à ' Nous avons déjà tu cette idée for*

Borne; les miracles du torrent desséché^ mellement exprimée dans un vers dn

des boacliers célestes, etc.^ dans la g^rre fraient de La Haye^ que nous avons

de Saxe; la légende de l'ourse; celles qui cité plus haut,

ont trait à V^itikind^ etc. * Pertz^ SS. XII, p. 96.

La plus ancienne est contenue dans la chronique de Benoit, moine de Saintp-André sur le mont Soracte, qui écrivait vers 968 ^ Cette chronique est assurément un des plus pitoyables monu* ments de l'esprit humain* L'ineptie des idées n'y est surpassée que par la barbarie du langage. Elle est précieuse en ce qu'elle nous présente le plus ancien témoignage de la tradition poétique dont il s'agit; bien qu'elle contienne certains traits populaires, nous la rangeons parmi les légendes monastiques à cause de l'application que Benoît fait de son récit à l'intérêt de son couvent, en racontant que Gharlemagne y avait rapporté d'Orient les reliques de saint André.

Environ un siècle après Benoît, un autre moine eut la même idée que lui, et l'appliqua sur une grande échelle dans son ^ii9- Unrt du voyage de Charlemagne à Jérusalem. Ce n'est plus une relique ordinaire qu'il fait rapporter à son couvent par Gharlemagne; c'est la couronne d'épines, un des saints clous, un mor^ ceau de la vraie croix, le bras de saint Siméon et bien d'autres choses. Suivant lui, tous ces pieux trésors avaient été rapportés à Aix-4a-GhapèUe par Charlemagne, puis donnés par Charles le Chauve à l'abbaye de SaintrDenis. L'abbé Lebeuf, dans une excellente dissertation sur cette légende ', a cru pouvoir en conclure que l'auteur était un moine de Saint-Denis. Il est au moins certain qu*au douzième siècle l'abbaye de Saint-Denis possédait ces prétendues reliques et leur assignait cette origine; il paraît même probable que la foire du Lendit {indictum) fut instituée pour les montrer aux fidèles ; leur exhibition avait lieu pendant huit jours, et attirait un grand concours de peuple '. Mais il ne nous parait pas prouvé que la'partie du récit oh. il est parlé de la translation des reliques à Saint-Denis soit de la même main que le corps de l'ouvrage; elle le termine sans que rien s'y rapporte dans le courant de l'ouyrage, fait tout entier à la gloire d'Aix-la-Chapelle, et commence après un paragraphe qui semble une conclusion, et dont le dernier mot est amen. Cependant on peut alléguer deux motils assez puissants en faveur de l'opinion de Lebeuf : 1"^ le nom i'Aginlœ capella donné à la ville d'Âix paraît être né de la forme

* Perts, S8. HI, p. 710. les mêmes reliques en Orient^ Tabbaye

^ BUUiirtde^Aoad,âeslnicr,yX,Xllf de Saint- Denis contesta naturellement

etsniT. leur anthentidté. Voy. P. Paris^ dans le

Qoand pfais tard saint Loois acheta JahHmch fUr rtm, Uteraiur, l, 196.

française {Aigues^a-Chapelie pour Aix), et n'avoir pu être inventé à Aix, qui en latin s'est toujours appelé Aquœ Grani ou Aquisgranum, et en allemand Aachen ^; 2'' les évèques cités comme témoins des miracles opérés à Aix sont presque sans exception Français. Quant à l'époque de la rédaction de cet opuscule, l'abbé Lebeuf semble la fixer au onzième siècle avec toute raison : il ne peut être plus ancien, puisque l'abbaye de Saint- Quentin en l'Isle, fondée à la fin du dixième siècle, y est mentionnée; il ne peut non plus être plus moderne; en effet, « l'auteur s'exprime comme nn homme qui voyait encore célébrer

les quatre temps du quatrième mois dans la seconde semaine de juin, usage qui ne fut universellement changé dans l'Occident que sous le pontificat de Grégoire YII *, » mort en 1085. On peut ajouter à cette preuve que l'auteur ne semble pas connaître les croisades ; son livre paraît avoir été écrit dans le temps oîi fermentaient les idées qui les décidèrent, mais antérieurement à ces grands événements. Enfin il y est fait allusion dans un passage du faux Turpin, qui est du commencement du douzième siècle. La lecture de cette légende suffit pour en attester l'origine. L'esprit monacal, dans le plus mauvais sens du mot, s'y fait jour de la première à la dernière page. Les miracles absurdes qui y sont racontés, le caractère niaisement dévot qu'elle prôte & Charlemagne, contrastent singulièrement avec le ton et les récits des chansons de gestes. Elle a été écrite par un moine ignorant, qui a cependant eu l'art de la rattacher à un passage d'Eginhard ', et qui affecte de montrer de l'érudition théologique, et cite même quelques mots grecs, mais contredit de la façon la plus grossière, dans les noms qu'il prête à ses personnages, les données positives de l'histoire. Il a puisé plusieurs traits dans les récits des pèlerins qui revenaient de Jérusalem, et qui croyaient, comme tout le moiide, que Gharlemagne les y avait précédés ; mais en somme il a purement et simplement inventé toute son histoire.

Malgré le peu de valeur de cet ouvrage, il lui suffit d'être écrit en latin pour avoir accès dans les compilations postérieures, qui le

* Ce qui fortifie cet argament^ c'est ailleurs Àquisgranum. Du reste, elle n'a que la Vie de Gharlemagne, composée pas inséré les chapitres de la fin qui parvers il65 à Aix-la-Chapelle, dont nous lent du transport des reliques à Saintparlerons plus bas, a conservé dans notre Denis, légende, qu'elie reproduit, le mot d'^- * Lebeuf, /. /., p. 139. quilœ capella, tandis qu'elle dit partout * Eginh., Annales, », a. 800.

rq)rodiiisent toutes, depuis Gui de Bazoches, mort en 1203, jusqu'aux Grandes Chroniques de Fraîice et à Robert Gaguin. Noiis croyons inutile d'énumérer tous les historiens gui Tout admis ; ' leur crédulité ne lui donne aucune autorité de plus.

Cette légende, intitulée Descriptio qualiter Carolus Magnufi elavtan et caronam Domini a Constantinopoli Aquisgrani attu* leritj qualiterque Carolus Calvus hœc ad sanctum Dionysium re- (uleritj n'a jamais été imprimée en latin, au moins i^lément; elle l'est, ainsi que sa traduction en français, dans plusieurs des auteurs qui l'ont copiée. Le plus ancien manuscrit parait être celui de Saint^Germain des Prés, actuellement à la Bibliothèque Impériale \

L'église de Saint-Denis ne fut pas la seule à exploiter pour le compte de reliques plus ou moins authentiques la croyance au voyage de Cbarlemagne à Jérusalem. Le prieuré de Gharroux, par exemple, n'avait pas d'autre titre à invoquer pour l'origine d'une relique assez singulière, qui a été retrouvée de nos jours, et que Qx autres églises se vantaient d'ailleurs de posséder *. Ce titre, qui donnait alors une si grande certitude à la piété des fidèles, suffirait aujourd'hui pour éveiller nos soupçons les plus légitimes; aussi l'a-t-on généralement abandonné. II se trouve pour la première fois dans Pierre Gomestor, ouïe Mangeur, mort vers 1180. D'après lui, un ange aurait apporté à Gharlemagne, pendant qu'il priait dans le saint temple, ce précieux fragment du corps de l'enfant Jésus ; il l'aurait déposé à Aix, et plus tard Gharles le Chauve l'aurait transporté à Saint-Sauveur de Gharroux. On voit que ce récit est tout simplement une appropriation h l'usage spécial de l'abbaye de Gharroux de l'histoire qui avait été inventée ou perfectionnée au profit de celle de Saint-Denis '.

Malgré toutes les raisons qui auraient dû la rendre suspecte, cette légende, dans une époque aussi dénuée de critique, fut admise sans contestation par tous ceux qui la lurent et ne contribua

' Us. Saînt-Gennain latin, f 085. Tra- Aux dnq églises mentionnées dans la

Radions, nu. fr. 834, 8189; Arsenal, B. 1. note de cette page d'après Thiera, il faat

fr. 283. La légende en platrallemand qne «jouter la cathédrale de Metz; voy. le Ce-

ftredow a publiée {Karider Grosse, Al- remaniai de cette église (Metz, 1697,

HMia, 1814, p. 100), est sans doute une 10-4"), p. 197.

tndoctioQ de notre légende latine; nous * Cette relique n'existait pas à Char-

n'avons pu le Térifler. roux avant le onzième siècle. Voy. Fonce-

* Voy. Fooeemagne, dans l'Histoire de magne, /. /., p. 153. On a attribué la même

FAoÊd. des Inser., t. XXI, p. 151 et suiv. provenance & bien d'autres reliques.

pas peu à répandre dans TÉglise l'idée de la sainteté de Gharlemagne. Cette opinion ne tarda pas à recevoir un puissant secours d'une autre œuvre apocryphe, plus célèbre que la première, et qui exerça sur tout le moyen flge une grande et l&cheuse influence. Nous voulons parler du Pseudo*Turpin, sorti aussi de mains monastiques et fabriqué dans des vues parfaitement analogues à celles qui avaient guidé l'auteur du Voyage à Jérusalem.

Nous renvoyons, pour les questions de critique, si nombreuses et si délicates, que soulève cet ouvrage singulier, à la dissertation spéciale que nous lui avons consacrée ^ ; nous nous bornons à résumer ici les faits qui nous semblent acquis. La chronique faussement attribuée à Turpin est l'œuvre de plusieurs auteurs qui écrivaient dans des lieux et des temps divers, mais tous entre le commencement du onzième siècle et le milieu du douzième. Si le décret de Galixte II qui la déclare authentique (1122) a été supposé, si la lettre où ce pape la recommande aux fidèles, en tète du livre des Miracles de saint Jacques^ est également apocryphe, la plus ancienne mention qui en soit faite remonte à 116S; elle est plus d'une fois citée avant la fin du douzième siècle. Le treizième siècle en produit dès ses premières années trois traductions difTérentes, et dès 120S les grandes compilations historiques l'admettent sans scrupule; ce n'est qu'à la Renaissance que PapireMasson,le premier, la déclare apocryphe et fabuleuse. Elle s'appuie en partie sur des traditions historiques, en partie sur des poèmes français; elle est en partie de pure invention. Consacrée originairement à prouver l'authenticité des reliques de Saint-Jacques et à encourager le pèlerinage de ComposteUe, elle se prête ensuite à divers intérêts qui accusent autant de continuateurs ou d'interpolateurs. Elle contribua plus qu'aucun autre ouvrage à donner à Charlemagne ce caractère d'apôtre armé que lui attribuait Jocundus dès 1088 ; facilement accepté par les laïques, que les chansons de gestes avaient habitués à admirer la piété de Gharlemagne et à croire aux miracles que Dieu faisait pour lui , ce caractère devint de plus en plus prédominant dans l'image qu'on se fit de lui, et bien de3 gens s'étonnèrent sans doute que l'Église ne l'eût pas admis au nombre de ses saints.

Ce ne fut donc pour personne un scandale ou une surprise, ce

* De PseudthTurpino.

LES SOURCES. bO

liit au contraire une satisfaction donnée aux idées générales et au sentiment des fidèles que la cérémonie qui eut lieu à Aix-la-Chapelle le 28 décembre 1164.

Frédéric Barberousse, alors empereur d'Allemagne, était le plus passionné des admirateurs de Gharlemagne. Non content de le prendre pour modèle comme empereur ^ il le vénérait comme saint et souhaitait ardemment de voir l'autorité ecclésiastique reconnaître officiellement ses droits à ce titre. Ce désir doublement pieux était, à ce qu'il nous apprend lui-même *, vivement encouragé par le roi d'Angleterre Henri II, grand enthousiaste, comme on sait, de poésie chevaleresque, et qui ne lisait sans doute pas les chansons de gestes moins assidûment que les romans de la Table- Ronde. Malheureusement ni l'un ni l'autre de ces princes n'était en faveur auprès de la cour de Rome; en 1164, Thomas Becket demandait en France au pape Alexandre III justice de Henri II, et Frédéric, qui avait chassé le pontife de Rome, venait de perdre son pape particulier, l'antipape Victor IV. Mais cette perte n'était pas irréparable, et la même année le cardinal Gui de Crème, se laissant séduire par l'empereur, se fit proclamer par lui pape sous le nom de Pascal III.

C'est à lui que Frédéric s'adressa pour arriver à son but et faire passer Charlemagne du rang des héros dans celui des saints. On sent que Pascal III n'avait rien à refuser à celui qui l'avait mis et le soutenait sur le trône pontifical ; il partageait probablement d^ailleurs les opinions de son temps et regardait Charlemagne comme très-digne des honneurs qu'on demandait pour lui. Au reste, nous l'avons dit au début de ce chapitre, Gharlemagne méritait par plusieurs côtés d'être recommandé au souvenir reconnaissant de l'Église ; cependant le moine Wettin le plaçait en purgatoire, et le vice que lui reprochaient ses contemporains est aussi celui qu'on a toujours opposé depuis à la vraisemblance de sa sainteté. Baronius prétend, il est vrai, que dans la fin de sa vie il expia ses péchés passés par de dures pénitences ' ; il n'en est pas moins vrai que sur certains chapitres le très-glorieux empereur avait conservé la facilité des mœurs barbares, et il ne se faisait

* IHpIAme de Frédéric de 1165, dans * La Tision de Wettin dit positiTement I» ÀÀ, SS. Jatmani,t. II, p. 8S8 et bdIt. le coatraire : otYom voluit finire suetis

60 UVRË PREMIER.

sans doute pas un grand scrupule de céder au penchant de son naturel h la fois impétueux et tendre^ .

Quoi qu'il en soit, Pascal III, cédant aux désirs de Frédéric, canonisa Gharlemagne, et à partir du 28 janvier 166S les saints inscrits au calendrier pour ce jour-là durent faire place au nouveau venu. Le premier soin de l'empereur fut de rechercher les ossements, devenus des reliques par la canonisation ; sans doute à sa dévotion se joignait le désir de contempler les restes de ce grand homme et de s'assurer de la véracité des récits qu'on faisait sur les proportions colossales de sa personne physique. Dans le diplôme qu'il octroya à l'église d'Aix-la-Chapelle quelque temps après et dont nous aurons à reparler, Frédéric nous apprend que ces recherches n'avaient aucun point de départ assuré. «Le corps, dit-il, avait été soigneusement caché, de peur des sacrilèges ou des ennemis, et nous n'aurions pu le trouver sans une illumination spéciale de Dieu '. » Quand on se rappelle ce qu'Eginhard nous dit de la sépulture de Gharlemagne, de l'arc triomphal qui la décorait , de l'assemblée immense qui assista aux funérailles, on a peine à comprendre l'ignorance où on se trouvait au douzième siècle sur l'emplacement de cette sépulture; on arrive toutefois à se l'expliquer, et voici comment '.

Soixante-quatorze ans après la mort de Gharlemagne, les Normands envahissaient sa capitale, sous le commandement d'un certain Ordvig. Ils détruisirent son palais et firent l'écurie de leurs chevaux de la basilique où il reposait *. L'arc doré qui , d'après Eginhard, marquait le lieu de la sépulture, disparut dans cette dévastation , et quand plus tard, dans le courant du dixième siècle, on restaura la cathédrale, on ne releva pas cet insigne funéraire. Aussi le lieu précis où reposaient les glorieux restes n'était-il pas bien connu en l'an 1000, où l'empereur Othon III eut envie de les contempler. On ouvrît le pavé de la cathédrale un peu au hasard, où l'on crut qu'était le tombeau , et on finit par

' La légende de sainte Amauberge a gende de saint Gilles et remonte pour le

conservé le souvenir de ce penchant. Au moins au douzième siècle,

reste , une autre légende monastique, ' ÂA. SS, i, i.

grossissant ce péchéjusqu'au crime, avait * Nous avons consulté trës-utilemeat

déjà couvert du pardon de Dieu, mira- pour ce qui suit le Mémoire de M. Arendt,

culeusement obtenu, la faute de Tempe- inséré dans les Buiietins de VAcad, royale

reur. Nous reparlerons plus tard de ce c£f Belgique (classe des lettres, année

curieux épisode de l'histoire poétique de i861, p. 337 et suiv.).

Gharlemagne; il se trouve dans la lé- * Pertz, SS. VI, 586; V, 99.

le rencontrer. Les récits contemporains ^ gui nous sont restés de cette première ouverture du sépulcre de Charlemagne constatent la véracité du témoignage d'Adémar ', reproduit par plusieurs autres historiens, qui nous montre l'empereur assis sur son trône d'or, revêtu de ses habits impériaux, son glaive à la ceinture, sur ses genoux les évangiles. D'après ces mêmes témoignages, Othon^ ayant satisfait sa curiosité, fit refermer la crypte funéraire, et les restes de Charlemagne demeurèrent en repos pendant près de deux siècles. Cette action d'Othon fut d'ailleurs fort diversement appréciée ; les uns y virent un acte de piété , les autres une profanation ; d'après les uns, elle avait été ordonnée à Othon par un songe envoyé de Dieu "; suivant les autres, il en fut bientôt puni: le terrible empereur lui apparut dans son sommeil et lui prédit sa mort funeste et prochaine \

Cent soixante-cinq ans après Othon III, Frédéric I se trouva dans la même incertitude que lui, et cette fois elle ne peut s'expliquer que par une incurie vraiment incroyable. Il ne fallut pas moins, nous l'avons vu , qu'une révélation divine pour retrouver le corps. Enfin on pénétra dans le caveau ; on enleva le grand empereur du trône où il avait siégé pendant trois siècles et demi, et on déposa ses restes sur un catafalque en bois, élevé au milieu de l'église*. Le 27 juillet 116S, eut lieu la translation définitive des reliques*; mais on ne sait pas au juste où elles reposèrent jusqu'en i2iS. A cette époque, elles furent placées, à l'exception du crftne et d'un tibia, dans une ch&sse d'argent qu'on mit sur l'autel. Par une fatalité qui semble s'être attachée aux dépouilles mortelles de cet homme dont la gloire remplissait le monde, on perdît encore, sans doute vers le seizième siècle '', le souvenir de ce que contenait cette chftsse , dont nous aurons à reparler , et ce n'est que de nos jours, en 1843, qu'une découverte inespérée a iait retrouver les ossements de l'empereur dans ce qu'on croyait

1 Chrmicon, IV, 29 ( Pertz, livre de Henri Heine , F Allemagne,

SS. m, 781) ; Am. Hildesheimenses (ib., » Pertz, SS. VI^ 411.

n); Ann. Lamberti {ib., 91 }; Chrmicon * AA. SS, l. L, p. 887.

Ko«a/ieii0ue (Pertz^ SS. VH^ 106). « Dès le quatoraème siècle, l'emperenr

* Pem, SS. IV, p. 118. Charles IV, dans une lettre adressée aux

* Péril, SS. IV, p. 130. chanoines d'Àix et pleine d'enthousiasme

* Ammai. HUdesh,, citées plus hant. pour Charlemagne, leur reproche vive- Il moarat en 1002, à vingt-deux ans, ment leur négligence et leur tiédeur à empoisonné, dit-on. Cette légende est l'endroit de ses glorieuses reliques (voy. noontée poétiquement au début du Walch, /. l,, p. 100).

renfermer les reliques de saint Léopard \ Toutefois les parties du corps indiquées plus haut se conservent depuis des siècles dans la Bacristie et se montrent aux fidèles ou aux curieux * ; en outre l'humérus droit a été extrait de la châsse en 1483, comme le prouve une déclaration des chanoines qu'on y trouva en l'ouvrant, pour être conservé dans un reliquaire d'or massif, en forme de bras, présent fait à cette expresse intention à la cathédrale par le roi Louis XI ', qui avait, comme nous aurons occasion de le voir, une dévotion spéciale pour saint Gharlemagne. C'est peut-être ici le lieu de mentionner le respect dont les rois de France depuis le quinzième siècle ont entouré la mémoire de celui qu'ils appelaient mémo leur progéniteur^ Un usage singulier en est la preuve : à chaque sacre , le nouveau roi envoyait à Âix le drap mortuaire qui avait servi aux funérailles de son prédécesseur, pour être étendu sur le tombeau de Gharlemagne\ Gomment les chanoines, qui reçurent régulièrement cette offrande jusqu'en 1775, exécutèrent-ils l'intention des donateurs à une époque où ils avaient perdu le souvenir de l'endroit oh étaient les ossements de leur fondateur , nous l'ignorons ; mais ils n'oubliaient pas à chaque nouveau règne de faire renouveler la rente de quatre mille livres tournois que Louis XI avait constituée à leur profit en 1482 *.

Mais revenons à Frédéric, dont cette digression nous a écarté. 11 avait rintention , pour mieux imiter Gharlemagne , de faire comme lui d'Aix-la-Ghapelle le centre de son empire ; il donna donc à cette ville des privilèges considérables. Mais le chapitre de la cathédrale ne se contenta pas d'invoquer le souvenir de celui qui l'avait fondé pour demander des faveurs à Frédéric; il produisit à l'appui de certaines prétentions excessives un acte qui trouve sa place dans l'histoire fabuleuse de l'empereur. Ce prétendu diplAme de Gharlemagne, dont la supposition n'a même puti b&tioln d'être discutée *, fut parfaitement admis et ratifié par

( Arendti /. /. assez claire : Eoc diploma qwun aticiort*

• Il avt étonnant que malgré cela la tatem habere debeat alii judicent; eom' villo (l'OnnabrOiik ait prétendu posséder plura in eo miramur; nom ttupedare |0 t^liuf de Chorlernagne(voy. AA. SS,, aperie guod alier Imperator récitai, et i. /.| p. bHH ). Nous ne savons si on l'y traditio Aquensis ecclesiœ tueiur, vix mi- If^rd» mn'Aw», demus{L L, p. 889). Mais nous ne voyons

• A*'iiudl| /. /r aucune raison pour révoquer en doute, \ ArwiuU, /. /. comme l'a fait J. Basnage [ap, Walch, ' At'^Ui^li /. /. Historiacanonizationis Ccroli Magni,^,S),

• ^4 yimsa dtJ Qulland à ce siget est Vauthenticité du diplôme de Frédéric.

Frédéric I ; il nous intéresse à cause d'une légende relative à la fondation d'Aix-la-Chapelle que nous y trouvons rapportée \

Dans le diplôme où Frédéric inséra cette pièce supposée, il rappelle la canonisation de Gharlemagne et donne les titres qui lui ont valu cet insigne honneur. Gharlemagne a été, suivant lui, apôtre et confesseur; en outre « bien qu'il n'ait pas péri par le ^ve, toutes les souffrances auxquelles il s'est soumis, ses combats périlleux, et sa volonté constante de mourir pour les incrédules, l'ont fait martyr. » Pour mieux faire comprendre à tout le monde ces mérites du nouveau saint, l'empereur engagea un écrivain, sans doute quelque moine d'Âix, à composer une Vie de Gharlemagne spécialement destinée à l'édification. Get ouvrage , que d'assez nombreux manuscrits nous ont conservé*, est intitulé: De la Sain-' teté des mïrites et de la gloire des miracles du bienheureux Char^ lemagne. Il a pour unique but d'édifier les fidèles et de justifier la canonisation de l'empereur par l'exposition de ses vertus et le récit des miracles que Dieu a faits pour lui. Il n'a aucune valeur historique ou littéraire ; il est écrit dans un style ampoulé et délayé qui est juste à la hauteur des idées. L'auteur déclare d'ailleurs qu'il n'a voulu toucher en rien à l'histoire politique et s'est restreint absolument à ce qui regardait la dévotion de son héros. L'ouvrage est divisé en trois livres ; le premier ne contient guère que des rensdgnements assez exactement tirés d'auteurs anciens, mais amjdifiés et noyés dans le verbiage; le second est la légende latine da Voyage à Jérusalem, dont nous avons ^parlé plus haut ; le troisième emprunte ses huit premiers chapitres à la chronique de Tuiploy et le reste à différentes sources latines ; il se termine par le récit de ^ translation des reliques de Gharlemagne *• L'auteur n'a pas voulu mêler à son récit de fables populaires ; il ne nous en rapporte qu'une seule, qui se retrouve ailleurs sous diverses formes , et ajoute aussitôt : « Mais je passe sous silence bien d'autres choses semblables, ne touchant qu'à ce qui est contenu dans les histoires authentiques. » Il est vrai que Turpin et le Voyage à Jérusalem sont pour lui parfaitement authentiques.

* Nont reparlerons ailleurs de cette * Voyez sur ce livre AÀ, SS, JamuarU pièce. /. Ly p. 876; Mémoires de tAcad. des un-

* Entre autres les mannscriu de la criptions, VU, 280; Lambecios, CataioaOdioth. Impér. 489SA et6187, et le ma- guscodicum Vindob., t. II, p. 329 et suiv., inscrit de la Bibl. Ste-Geneviève U i . 359 et suit.

La Canonisation de Gharlemagne était, avons-nous dit, l'œuvre de Tantipape Pascal III; elle n'avait donc aucune valeur. Cependant les historiens ecclésiastiques ne l'attaquent pas, et plusieurs églises Font admise, se fondant sans doute sur l'approbation tacite que lui donnèrent, ainsi qu'Alexandre III lui-même, les pontifes régulièrement assis depuis lui sur le siège de saint Pierre ^ Ce n'est qu'assez récemment que, sans rayer absolument Charlemagne du calendrier, on a du moins supprimé l'office qui se disait en son honneur, et qui avait été composé en 1165. BoUand, à l'endroit cité plus haut, donne l'oraison qui se récitait le 28 janvier dans plusieurs églises dès 1166. Cette oraison n'avait rien de remarquable pour notre sujet; il n'en est pas de même des leçons et de l'hymne qui étaient en usage dans plusieurs endroits, notamment à Halberstadt en Saxe et à Zurich. Les leçons contenaient en ' plusieurs fragments un abrégé de Turpin, pris sans doute dans la Vie rédigée en 1 1 6S par ordre de Frédéric ; l'hymne rappelait plusieurs traits fabuleux également empruntés à cet ouvrage ou à ceux que l'auteur avait mis à contribution *.

Le culte de Charlemagne fut d'abord restreint à l'empire gepmanique ; on le comprend quand on songe au rôle de Pascal III auprès de Frédéric I. L'Italie ne l'a jamais admis *. L'Espagne semble y être aussi demeurée étrangère; à Girone seulement, ville de Navarre, on chantait en son honneur, jusqu'au concile de Trente, un curieux office. La ville de Girone fut enlevée en 786 par les troupes de Gharlemagne à l'émir Mahomet et rendue au christianisme ; on s'accorde à croire que la cathédrale fut b&tie sur l'emplacement de la mosquée. Mais la tradition s'empara très^prompte-

* On pense que les protestants n'ont rejh7ti/ur(Francf., 1679). Ehcouragé sans

pas manqué de presser les catholiques à doute par cet exemple, Heidegger, dans

ce si:ûet : ou Charlemagne est saint, di- le tome U de ses Ditsertatianes seUctm

sent-iis, et alors un antipape a le droit (ZQrich, 1675), a publié une dissertation

de canoniser; ou il ne l'est pas, et toutes pour prouver que Charlemagne était

les prières qu'on lui adresse sont enta- calviniste ( De Carolo Magno teste veri'

chées d'idolâtrie. Voy. surtout Walch, tatis),

Histùna canonisationis Caroli Magni. La ' Migae^CEuvres de Charlemagne, 1. 11,

cour de Rome ne s'est jamais officielle- p. 1368. A Aix, on célébrait tous les mois

ment prononcée. Au reste, les protestants l'office de saint Charlemagne; on y di-

ont aussi leurs légendes théologiques sur sait sans doute ces leçons et cet hymne;

Charlemagne. Nifanius, au dix-septième au moins on peut le conjecturer d'après

siècle, essaya de prouver qu'il était lu- un passage cité par Reiffenberg ( Phii.

thérien; réfuté par le jésuite Schaten, il Mousket, t II, p. clxviji). lui répliqua dans un livre intitulé : Carth * Voy. Walch, Historia canonisationis,

lus veritatis evangelicœ conf essor denuo p. 84.

ment de cette guerre, où elle fit naturellement intervenir Tempe* reur lui-même. Une chronique espagnole fort ancienne en fait déjà un récit tout à Sût miraculeux *, auquel diverses autres annales font allusion '. Les habitants de Girone en avaient conservé un souvenir très-vif*, et ce fut sur la tradition qui vivait encore parmi eux que furent composées, un peu tard il est vrai, en 134S, les leçons et les antiennes de l'office solennel institué par Tévéque Arnaud de Montrond \ Bien qu'ayant revêtu une forme liturgique, les récits qu'elles contiennent sont donc d'origine populaire,et nous y trouverons de curieuses variantes sur l'expédition de Charlemagne en Espagne. Quand ces singulières prières eurent disparu, l'office persista, et à la fin du dix-septième siècle on prononçait encore tous les ans à Girone, au 28 janvier, le panégyrique du libérateur de la ville *.

En France, nous n'avons pas trouvé trace d'un culte rendu à Cbaiiemagne avant le quinzième siècle. Ce fut Louis XI qui l'introduisit. Robert Gaguin (mort en ISOl) rapporte qu'il employa pour cela un moyen excellent et très-digne de la singulière dévotion de ce roi peu tendre, u II ordonna de rendre k Charlemagne les honneurs dus aux saints, et il envoya dans les villes des messagers pour indiquer au peuple le jour de la fête, avec peine de mari pour ceux qui refuseraient J^ admettre ce f^veau culte *. » Malgré ce procédé commode, les contemporains ne s'y prêtèrent pas très-aisément ; le même Gaguin, dans une lettre particulière ^, laisse voir son peu de penchant pour cette dévotion et émet l'opinion que cette fête ne sera pas longtemps célébrée. U se trompait toutefois ; car le parlement de Paris décida depuis qu'en l'honneur de saint Charlemagne le 28 janvier serait jour férié, et il l'a été en effet jusqu'à la révolution.

L'université de Paris, on le sait, a pour patron saint Charlemagne ; ce patronage ne remonte qu'au seizième siècle. L'initiative en fut prise en 1478 par les nonces ou bedeaux {nuncii quos

* Ckromkon Bivipuilefue, loca quoque monstreni ubi eoitra pariia

* Cf. Chrûmem Mtnsnaceiue (Pertz^ enmt, etc, (de Marca, Marca hispamca, SS. l, 298), Chroniam Anianense (Pertz, col. 230).

SS. m, SOI), les Atmaiet Lobienses {ib., * Voy. Marca, /. /.

t. I, p. 13) et Elntmenêes {ib., p. i2). * Marca, /. /., col. 251.

* EJu* oàsidicnis et tiriffuiorum even- * Cité dans Du Boolaj, Hiit, de tUni* fMOTi ^moê twte acciditse aiuni adeo re* versité, \\, p. 344.

cmâ eet memoria apud Genmdenses ut ^ Du Boolay, ibid,

f>6 LIVRE PREMIER. — LES SOURCES.

vacant magni) de la faculté des arts ; ils choisirent pour protecteur le saint qu'on venait de leur révéler et lui élevèrent une statue ; en 1488 les étudiants de la nation allemande prirent aussi Gharlemagnepour patron ; mais ce ne fut que le recteur Le Maistre qui, en déclarant la fête de saint Gharlemagne annuelle et d'obligation pour toute l'université , la mit sous son patronage. Cette ordonnance tomba même bientôt en désuétude; mais Égasse du Boulay, recteur en 1661 , la fit renouveler solennellement; c'est de cette époque que date la fête qu'il appelle, dans son Histoire de t Université de Paris, les Carlamagnalia , la Saint-Charkmagne de nos collèges \

A ce patronage se rattache une tradition qu'aujourd'hui on ne reconnaît plus comme historique, celle qui fait de Gharlemagne le fondateur de l'université de Paris. Toute l'argumentation par laquelle du Boulay a voulu la défendre * tombe d'elle-même dès que l'on conçoit bien le sens du mot université. Au reste, le prince qui aima tant les études, qui parvint à créer, au milieu d'un siècle barbare, une sorte de Renaissance, qui fonda ou encouragea tant d'écoles, méritait bien d'être le patron de la grande université parisienne. Un tel honmiage est de tous ceux qu'on a rendus à sa mémoire celui qui l'aurait le plus touché, et les banquets de la Saint^Charlemagne auraient réjoui le cœur de ce zélé propagateur de l'instruction, qui ne dédaignait pas de venir inspecter lui-même les écoles qu'il avait fondées, et qui trouvait des encouragements si doux pour les enfants du peuple laborieux et intelligents, de si sévères reproches pour les fils de seigneurs qui négligeaient Tétude comme inutile *.

* Du Boulay, /. /., p, 445 etsniv. U a (Parisiis, 1662, in^*).

même publié un ouvrage à part sous ce * Du Boulay, BisL de FUniv., I, p. 91

tikre : Cùriomagnaiia, stu Feri» concefK et soiv.

tnm Caroli Magni m scMù aUervamiœ * Mon. San^ndl., l K c. 2.

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