CHAPITRE X
LA LÉGENDE OE CHABLEHAGNE EN ESPAOUB.
L'Espagne n'a pas eu d'épopée. D'habiles critiques ont démontré ce fait et en ont donné les raisons ; nous n'avons pas à y revenir ici '. A quelque époque que remontent en substance les romances qui représentent dans l'histoire de la poésie le génie épique de la péninsule, aucune ne nous est parvenue dans une forme antérieure au quinzième siècle. L'opinion qui en fait des fragments de grands poèmes perdus est abandonnée aujourd'hui par les savants les mieux autorisés *, et ne résiste pas à l'examen.
De très-bonne heure en revanche nos traditions et nos poèmes passèrent les Pyrénées. La preuve de la connaissance qu'on en aTait dès le douzième siècle en Espagne se trouve dans un po6me latin composé à la louange du roi Âlfonse YII peu de temps après la mort de ce prince (1 157). L'auteur, louant un guerrier, dit de lui : « S il avait vécu au temps de Roland, et qu'il eût fait le troisième avec lui et Olivier, je puis le dire, sans accuser ceux-ci, la nation des Sarrasins serait sous le joug des Français, et les fidèles compagnons n'auraient pas trouvé la mort *. » On remarquera que cette allusion ne peut se rapporter qu'aux chansons de gestes: Turpin n'isole pas ainsi Roland et Olivier et nomme à peine le dernier dans son récit de Ronce vaux. En outre ce passage nous montre, chez les Espagnols, une légende de Roncevs^ix tout à fait conforme à la nôtre dont elle est empruntée.«Enfin cette allusion ii^ufBt peut-^tre à nous donner approximativement la àkie du passage de notre Chanson de Roncevaux en Espagne, si l'on ne trouve pas trop subtile la conclusion que nous en tirons. Elle ap-
* Voy. principalement Wolf , Studien, ' Voyez les anteors déjà dtés.
p. M$; Doty, Beckerehet, l'« éd., p. 640 * Flores^ Etpana Sagrada, JX\, 405;
tr^ paMage a été modifié dans la seconde cité dans Wolf, SttuHen, p. 407. Nous
éidition, t. Il, p. 215) ; Wolf, Pritnavera, donnons toat le moroeaa à VAppendke,
1, p. xiu et ULXv. n« vu.
pelle en effet Roland Roldanus ou Roldan, comme d'ailleurs les romances postérieures. Si les Espagnols avaient eu sous les yeux le mot français Roland^ il semble peu probable qu'ils en eussent fait Roldan; au contraire, Tînterversion du d et de 17 est chez eux fréquente {tomaldo, mataldo, patilde^ pour tomadloj matadlo, paridle)j et rien ne leur était plus naturel que de tirer Roldan de Radian. Or la forme Rodlan, évidemment la plus ancienne {Hruodlandus dans Eginhard), a déjà disparu du poëme d'Oxford ; Raoul Tortaîre, au onzième siècle, dit encore Rutlandus, et Turpin RodlanduSj du moins dans les plus anciens manuscrits ; le provençal a conservé Rotlan : mais en français il n'existe plus au douzième siècle : ce serait donc au onzième siècle qu'un poème analogue au nôtre, et où Roland s'appelait Rodland, aurait été transporté en Espagne *.
Les monuments nous font défaut jusqu'au treizième siècle, où nous voyons apparaître dans la Crdnica gênerai d'Alfonse X le Savant plusieurs légendes relatives au cycle carolingien ; les unes se retrouvent dans nos poèmes, les autres leur sont étrangères, ou en diffèrent même absolument. Constatons d'abord que les poèmes français, à cette époque, étaient connus et populaires en Espagne. Une preuve irrécusable s'en trouve dans l'expression souvent employée par Alfonse de cantares de gesta, chansons de gestes. Ce mot ne peut être venu aux Espagnols que de France, car il n'a aucune histoire et aucune famille dans leur langue, tandis que le mot geste, en vieux français, a pris les sens les plus divers et est la souche de divers autres vocables, tels que gester^ gesteur, etc. D'ailleurs, Alfonse renvoie à ces chansons de geste pour des récits dont on ne peut contester l'origine française. L'épopée carolingienne avait donc trouvé en Espagne comme une seconde patrie, et les critiques sont unanimes à voir dans les jongleurs {juglafes)y si souvent mentionnés dans la Crdnica gênerai comme auteurs de ces chansons de gestes, des élèves et des imitateurs des jongleurs français *.
* Cette preuve n'est qa'une probabi- ' Nous ne pouvons que renvoyer une
lité, et non des plus fortes ; car l'espa- fois pour toutes, pour les romances et la
gnol intercale parfois le (f après 17 devant poésie traditionnelle en Espagne, aux
une voyelle (humiide, eeida); cf. Diez, deux admirables écrits de M. Wolf:
Grammatik, 1. 1, p. 359. Cependant Tau- Ueber die Romanzenpoesie der Spanier,
tre explication de la forme Roldan nous dans les Siudien (p. 304-555), et Vlntro^
semble plus vraisemblable. duction au recueil de romances qu'il a
Cesjuglares ont exercé une grande influence sur la poésie espagnole. La plupart du temps ils ont simplement répété, en l'aitérant plus ou moins, ce que chantaient les jongleurs de France ; mais en outre c'est à eux que nous attribuons surtout la déviation d'une partie des traditions carolingiennes et principalement le caractère tout espagnol donné au récit de Roncevaux. Le po6te latin du douzième siècle que nous avons cité plus haut ne connaît que la tradition française, et elle se retrouve plus tard dans quelques romances; mais déjà au treizième siècle les jongleurs espagnols avaient inventé une autre histoire. Nous ne pensons pas en effet que cette histoire repose vraiment sur une tradition nationale. A la fin du huitième siècle, les Espagnols n'étaient pas en état de recevoir l'empreinte poétique et profonde d'un grand fait national^ et d'ailleurs l'expédition de Roncevaux ne pouvait avoir ce caractère pour eux. Les ennemis de Gharlemagne à Roncevaux, ceux qui massacrèrent son arrière-garde, étaient des Basques; le fait n'est pas douteux : il n'y avait pas alors d'Espagnols dans ces contrées, dont encore maintenant le fond est essentiellement basque. Alfonse le Chaste , qui régnait alors y ne possédait que les Asturies et une partie de la Galice ; certainement lexpédition de Gharlemagne contre les Mores de Saragosse ne pouvait le r^arder et surtout le mécontenter en rien. Il n'est pas croyable que la déroute de Roncevaux ait alors eu chez le petit peuple-espagnol assez de retentisssement pour que plus tard elle devint le sujet de chants nationaux; et ce qui est encore plus impossible, c'est que ces chants nationaux connaissent le nom de Roland; ils ne peuvent l'avoir emprunté qu'à la tradition française.
Dans les chansons de gestes qui étaient passée! de France en Espagne, celles qui intéressaient le plus les jongleurs étaient naturellement celles qui se rapportaient à la guerre de Gharlemagne contre les Mores espagnols. Quand ils les eurent longtemps répélt*es, il leur vint à l'idée que les Espagnols devraient bien jouer aussi leur rôle dans ces récits, et ils inventèrent le personnage de Bernard de Garpio. Ge Bernard, nous ne le connaissons que métunorphosé par un travail postérieur; mais à l'origine, vers le milieu du douzième siècle, pensons-nous, il avait une tout autre histoire. U était neveu de Gharlemagne, fils illégitime de sa sœur
pnUbè «V6C M. Conrad Holfinaon sous le C'est à ce recueil que renvoient en gêné- Itoe «le Mmovera y fior de ronumou, rai nos citations.
206 LIVRE PREailER.
et d'un comte espagnol qu'elle avait rencontré en venant en pèlerinage k Saint-Jacques * : on avait évidemment voulu donner un pendant à Roland. Il était l'allié de Gharlemagne, combattait les Sarrasins avec lui, et celui-ci en revanche le faisait roi d'Italie '; c'est mème^ croyons-nous, le petit-fils de Gharlemagne, Bernard, roi d'Italie, qui est le seul fondement historique de ce récit.
Mais bientôt une autre idée vint aux juglares : leur amourpropre national ne se contenta plus de placer un héros espagnol dans l'armée de Gharlemagne et de le faire remplacer Roland auprès de lui. n fallut que Bernard de Garpio vainquit Roland luimôme et que le plus illustre des guerriers français succombât sous les coups du brave Gastillan. Bernard devint en môme temps plus essentiellement espagnol ; sa mère fut sœur, non plus de Gharlemagne^ mais d'Alfonse le Ghaste, et il représenta l'esprit national de la patrie soulevé contre les envahisseurs étrangers. Tel est le personnage que les romances ont consacré, et dans l'histoire duquel on a vu une tradition populaire, tandis que nous croyons évident qu'il est le produit des inventions successives des jongleurs.
Ges récits, inspirés par un patriotisme rétrospectif, devaient nécessairement l'emporter sur ceux qui, plus conformes aux originaux français, ne flattaient pas de môme l'orgueil castillan. Dans la Croûica gênerai nous voyons les deux versions aux prises : Âlfonse, en sa quaUté de roi de Gastille,adopte naturellement la seconde et ne mentionne les récits de bon nombre de juglares que pour les rejeter, tantôt au nom de la vraisemblance, tantôt au nom de l'histoire. Gelle-ci lui permet par exemple de s'inscrire en faux contre la tradition française dans un passage curieux : « Et ores sachez, vous qui cette histoire oyez, que quoique les jongleurs chantent en leurs chansons et disent en leurs fables, que Gharles l'empereur
* « E alganos dlzen en sus Cantares de los) e vino con gran hueste sobre Zaragesta que fue este don Bernardo fijo de goça, e cercd y al rey Marsil, e fue dona TÎber, hermana de Carlos el grande Bernaldo con el rey don Alfonso en sa de Francia, e que vino aquella dona Ti- ayuda^ e que el rey Marsil salie estonces ber en romeria a Sanctiago; e de su tor- a ellos e bovo con ellos su batalla muy nada que la combidô el Gonde don San- grande e murieron y mucbàs de cada dias de Saldana, e que la Uevô consigo parte , mas al cabo que vencieron los para su logar^ e bovo alli con ella su Cbristianos.... e que despues deesto se fabra, e ella otorgol quanto el quiso, e tomô Carlos para Germania. E dizen que bovo enfonces este fljo de ella (Crârûca llevé consigo a Bernaldo , e que le ^0fi«ra/,ed. deVallado(idyl604,f^30vo).» fizo rey de Italla. Mas porque nos nop Cf. f^ 45 v». fallamos esto en los libros antiguos, po-
* a E algunoB dLcen qtie m guisô (Car- rende non lo affirmâmes (là,, i^ 39 v^). »
conquit en Espagne maints ch&teaux et maintes cités... cela ne peut être. » On ne peut méconnaître que l'allusion d'Alfonse s'applique, presque textuellement, à la Chanson de Roland, qui débute ainsi :
Caries li reis, nostre emperère magne.
Set ans tuz pleins ad ested en Espaigne ; Tresqu'en la mer cun(iuist la tere altaigne : N'i ad castel ki datant lui remaigne.
Mur ne citet n*i est remès à freindre.
Au reste^ l'histoire sur laquelle ÂUbose s'appuie, et à laquelle il a emprunté son récit de l'expédition de Charles en Espagne, existe encore. C'est le livre de Rodrigue, évéque de Tolède, mort en 1347 ; la Cronica gênerai n^ fait presque que traduire les chapitres 10 et 11 du livre IV de Rodrigue; seulement celui-ci, plus national encore qu'Âlfonse X, attribue la* défaite de Roncevaux aux seuls chrétiens, tandis que la Cronica raconte que Bernard de Garpio se joignit aux troupes de Marsile.
De même que Rodrigue de Tolède et la Cronica, les romances ont préféré la version des jongleurs espagnols h celle des chansons françaises ; cependant nous ne pensons pas qu'aucune de celles qui célèbrent la victoire de Bernard sur Roland remonte, comme fond bien entendu, au treizième siècle. M. Wolf ne reconnaît en général l'antiquité que de très-peu de romances sur Bernard (huit dans la Primavera, 1. 1, 26-47), et dans le nombre deux seulement s'occupent de cette partie de son histoire. La première (n"" 12) est belle, mais nous ne pouvons la regarder comme ancienne : nnspiration, le ton et le style se dénoncent comme modernes, et nous pensons qu'elle a été faite par un poète habile d'après la Crànica gênerai. C'est d'ailleurs à cette source que M. Wolf rapporte toutes les autres romances où il est parlé de Bernard à Roncevaux [Studien, p. 485), et qui émanent généralement de littérateurs du seizième siècle, tels que Sepulveda, Tlmoneda et d'autres. L'illustre critique range cependant parmi les romances irudiHonnelles refaites par les érudits la dernière de celles sur Bernard (p. 42), où Ogier le Danois, qui vient provoquer les chevaliers espagnols, est vaincu par Bernard : cette romance nous semble une de celles qui sont le plus évidemment l'œuvre des jongleurs, et elle ne remonte pas bien haut; le caractère même
208 UVRE raEMlER.
du récit est tout chevaleresque et étranger aux po6mes primitifs ; on a voulu encore rehausser la gloire de Bernard , et par conséquent des Espagnols, en lui faisant vaincre non-seulement Roland, mais Ogier, le plus illustre des paladins après lui.
Les romances demeurées fidèles à la tradition française portent au contraire un caractère d'ancienneté qui ne peut échapper; leur beauté les a sauvées et a maintenu leur récit en face de la légende constituée par les jongleurs et devenue populaire. Telle est sur- ^ tout celle qui commence par ce vers :
Domingo era de ramos.
{Frimaveray D^ 313);
elle est tout à fait conforme à nos poèmes. Dans les suivantes, la version espagnole ne s'est pas fait jour, mais la tradition française
. est altérée, amplifiée et modifiée de cent façons, comme c'est le cas pour tous les poèmes dont les romances ont conservé des imitations. Nous avons déjà dit que l'une de ces nnnances sur Ronce-
Nsi vaux {Mala la vistes, Franceses) contient la substance du poème français perdu de Garin d'Anseûnc^. Les récits sur Roncevaux ne sont pas les seuls que la Crante» ^cn^-ei/ consacre au cycle carolingien. Elle nous a conservé,et même avec beaucoup plus de fidélité, un poème français malheureusement perdu, celui de Mainet. Rodrigue de Tolède avait déjà fait à cette histoire une allusion assez détaillée (1. IV, ch. 11), et elle a été si populaire en Espagne, qu'elle y est encore vivante. Nous avons vu à Tolède los Palados de Galianaj ainsi nommés parce qu'on en faisait le séjour de la fille de Galafre, roi de Tolède, devenue la femme de Charlemagne. Ce nom a eu une destinée bizarre : dès le treizième siècle, la Gran conquista de Ultramar ne le comprend plus; elle donne un autre nom à Galienne (Halia), et suppose que los Palados de Galiana était le nom du palais du roi. Il en est de même dans la pièce de Lope de Yoga qu'il a consacrée à ce même sujet de Mainet, et qu'il a appelée los Palados de Galiana.
Nous venons de mentionner un livre espagnol du treizième siècle où se trouve aussi l'histoire de Mainet, bien que sous une forme assez différente de celle de la Cronica; il s'agit de l'histoire
< Nous croyons que la romance : Por ifa^fio, est ancienne, ei aurait mérité une imuthoi partes herido Saie ei vi^o Carlo place dans la Primaoera de M. Wolf.
des expéditions en Terre-Sainte connue, ainsi que des ouvrages français analogues, sous le nom de Grande conquête d^ Outremer. Ce livre était à peu près introuvable jusqu'à ces dernières années^
où M. de Gayangos en a donné, dans la collection Rivadeneyra à Madrid, une édition nouvelle. Il a été longtemps attribué à Alphonse X conune la Cronica gênerai; M. de Gayangos a montré que c'est Sancho, fils de ce prince, qui le fit composer (p. vi). II n'est pas douteux que ce livre ne soit traduit du français {Ib. p. vu); mais nous n'avons pas trouvé un texte qui pût être regardé conune son original, et surtout qui contint les nombreuses parties de la Conquista qui sont fabuleuses. Ce texte doit exister, et il est probable que le traducteur espagnol n'a rien ajouté de son chef *. Les deux légendes carolingiennes qu'il rapporte au chapitre 43 du livre II (p. 174 et suiv.), Berte et Mainetj doivent donc être considérées comme de simples traductions. L'histoire de Berte n'est pas laite d'après le poCme d'Âdenès, mais d'après un texte antérieur.
Outre la Cronica et la Conquista^ l'Espagne nous offre des récits qui se rattachent à Charlemagne sous trois formes : romances, romans en prose, pièces de théAire. Nous allons passer en revue, à l'exception de Moncevaux, Garin ^Anseûne, Berte et Mamet, les différents récits français qui ont passé en espagnol. Mais auparavant il est bon de répéter que tous ces récits ne nous sont parvenus que fort altérés. Les jongleurs espagnols n'écrivaient pas leurs chansons de gestes ; peu à peu elles se corrompirent singulièrement entre leurs mains, et quand elles se morcelèrent ou se résumèrent en courtes romances *, elles avaient considérablement dévié de leur forme primitive. D'ailleurs, ces romances elles-mêmes ont sans doute existé quelque temps sans être écrites ', et se sont encore altérées avant de se fixer. Tout cela fait que les poèmes français ne sont pas toujours faciles à retrouver dans les romances ; tantôt les noms seuls subsistent, les récits se sont étrangement modifiés ; tantôt au contraire les noms
* Ceti aoni Topinioii de M. de GâTUi- M. Wolf est «aseï disposé à aocoeiUir fos {A., p. vm). cette explication {Primavera, l, lxxvu).
• Noos n'entendons parler ici que des * Nous ne croyons pas toutefois qae romances nées de chansons de gestes ca- leor forme actuelle soit très-postérieure rofingiennes; nous n'entrons pas dans la à leur forme première; nous les rap-
générale de l'origine des ro- portons essentiellement an quinsième Pour celles dont U s'agit^ siècle.
ont été changés, et les événements seuls ont conservé les traits primitifs. Nous avons ajouté plus d'un rapprochement à ceux qu'on avait déjà établis ; mais nous sommes obligé d'avouer que parmi les romances du cyde carolingien il en est plus d'une encore qui a défié nos recherches \ Une grande difficulté était dans le discernement des romances anciennes et fondées traditionnellement sur des poèmes firançais, et de celles qu'au seizième siècle des poëtes artistiques imitèrent des romans italiens. Heureusement M. Wolf nous a débarrassé de ce travail de délicate critique : il n'a admis dans sa collection que les romances qu'il a rattachées à la première série, et si quelques-unes des romances qu'il y a rapportées doivent en être exclues, aucune de celles qu'il a écartées ne mérite de réhabilitation. Nous ne sortirons donc pas pour cet examen de la Primavera y flor. Pour les romans, nous avons dû nous rapporter presque aveuglément au catalogue de livres de chevalerie que M. de Gayangos a placé en tète de son édition à^AmacUsde Gaule: les livres dont il s'agit n'étant pas à notre disposition, nous n'avons pu que rarement contrôler le savant espagnol. Son catalogue, d'ailleurs, annule tous ceux qui Vqpi précédé ; il est extrêmement complet, et offre en outre plus de méthode qu'aucun autre. Quant au théâtre espagnol, nous avons cru devoir nous en occuper assez peu ; nous n'avons indiqué que deux ou trois œuvres plus célèbres, sans rechercher curieusement si des poètes secondaires n'auraient pas traité quelque sujet carolingien ; nous savions d'avance les sources auxquelles ils auraient puisé, et le travestissement galant et bravache qu'ils auraient imposé h, leur récit.
1' Offier le Danois. M. Wolf a excellemment dit des romances sur le marquis de Mantoue (n*" 16S-7 de la Primavera) : a II est dair que dans ces romances d' Urgero elDanes (le marquis de Mantoue) et de Valdovinos on a confondu les traditions françaises, conservées dans les chansons de gestes, d'Ogier de Danemarche, qui vengea la mort de son fils naturel Baudouinet, tué à coup d'échiquier par Chariot, et de Baudouin, frère de Roland et époux de Sibile, veuve de Guitecliu de Saxe {Primavera, II, 217). » Ajoutons que ces romances ne sont pas bien anciennes *; elles in-
* Telles sont celles du Conde Dirlos, à la chasse, comme dans le ms. XIII de de Gàiferos, du Palmero, etc. Venise et le poëme intitulé : Libro
* Elles ont très - probablement une del Danese (voyez ci-dessus^ p. 171, source italienne; Chariot tue Baudouin 193).
troduisent parmi les héros carolingiens les ducs de Bourgogne, de Bourbon, de Savoie et de Ferrare, Arnaud le grand bâtard, Montesinos, et surtout Durandarte, qui n'a pu être nommé que tardivement En effet ce nom est certainement une bizarre personnification de répée del Roland, qu'un jongleur quelconque aura pris pour un nom d'homme, auquel il a ensuite b&ti toute une histoire {Primavera, 180-182) \
2* Gtnteclm. Il ne reste aucune trace de ce po6me, mais nous venons de voir que les romances sur Ogier lui avaient emprunté des traits. Une romance isolée et ancienne nous montre aussi Baudouin comme l'époux de Sibile, de môme que les diverses rédactions françaises de ce pofime.
3* Renaud de MorUauban. Nous ne partageons pas sur les récits espagnols qui se rapportent à ce héros l'opinion de M. Wolf : nous pensons que tous, sans exception, ont leur source dans les po&nes italiens, et que les récils français n'ont donné lieu en Espagne à aucune imitation '. Remarquons d'abord que nulle part il n'est fait mention des quatre fils d'Âimon ; il ne s'agit que de Renaud, et tous les récits f)ii celui-ci joue un rôle isolé sont italiens, comme nous l'avons montré ailleurs.
M. Wolf a écarté de sa collection plusieurs romances évidemment imitées des poômes de l'Italie; il n'en a conservé que deux *; or toutes les deux, si nous ne nous trom]pons, sont des imitations, fort altérées, il est vrai, du po6me italien de Leandra innamorata (voy. d-dessus^ p. 197). La première (n* 187) se rapporte à la fin du roman, si ce n'est que Roland joue ici le rôle que joue Renaud dans l'italien; la seconde (n** 188) est abrégée des chants V et suivants ^, seulement Leandra meurt dans le poëme italien, tandis que dans la romance espagnole la princesse sarrasine épouse Renaud. Ces différences et d'autres encore ne peuvent di* minuer la certitude des ressemblances aux yeux de ceux qui sont habitués à la liberté que les romancistes prennent avec les siyets qu'ils traitent.
Deux romans en prose espagnole s'occupent de Renaud de Mon^
< iriope de Vegm t tiré tme pièce de ces leurs en espagnol et formant la 3«partie de
romaiioei : Mi Marquei de Maniua, Reynaidos de Moniaivan (voy. d-dessoiu).
• Noos exceptons celles qui se rappor- ' Plus celle sur Trébizonde.
teot à la Conquête de Trênifimde, roman ^ L'analyse donnée par Schmidt^ Ital,
peoi-étre français (voy. p. 92), mais très- Heldengedkhte, p. 109 et suiv., suffit à
moâeroé{Primaoera, n* 189), traduitd'ail^ établir la comparaison.
tauban. Le premier est le Miroir de chevaleries {Espejo de carballerias\ a dans lequel on traite des faits du comte don Roland et de don Renaud. » La première partie est de 1533, la seconde de 1536, la troisième de 1550. On se souvient de ce qu'en dit Cervantes (1. 1, ch. vi) : ce Le barbier, prenant un autre livre, dit : Voici le Miroir de chevaleries, — Je connais sa seigneurie, dit le curé ; c'est là qu'on voit le seigneur Renaud de Montauban, avec ses amis et compagnons, plus larrons que Cacus, et les douze pairs avec le véridique historien Turpin ; et en vérité je ne veux les condamner qu'à un bannissement perpétuel, peut-être parce qu'ils tiennent quelque chose de l'invention du &meux Bojardo. . . » En effet VOrlando innamorato est traduit dans ce livre; îl n'y est pas seul ; mais nous ne pouvons dire au juste ce qui constitue le reste ; il suffit qu'on voie qu'il est écrit sous l'influence italienne. — Quant au roman appelé Reynaldos de Montalvan (r* partie, 1523; 2* partie, 1564), c'est la traduction du poème italien appelé Innamoramento di Carlo Magna {yoy. ci-dessus, p. 197 ), au moins la première partie; nous ne savons si la seconde est tirée du même livre \ La pièce de Lope de'Vega, la Pobreza de Rey^ naldos, est empruntée à ce roman *•
4* Amis et Amile. Un souvenir très-altéré s'en retrouve dans la belle et étrange romance de la Unda Melisenda {Primavera^ 198), comme Ta remarqué M. Wolf.
5* AioL Bien que ce poème soit en réalité étranger à notre sujet, nous le mentionnons d'autant plus volontiers que le récit espagnol le rattache à Gharlemagne, et qu'en outre on n'a pas encore reconnu l'origine de ce récit. Il se trouve dans les deux premières des six romances de Montesinos qu'a admises M. Wolf (n"^ 175 et 176 ) . Voici en gros les traits communs des deux récits. Un noble seigneur ( Élie en français, Grimaltos en espagnol) épouse la sœur (en espagnol la fille) d'un roi de France (Louis en français, Charles en espagnol). Un traître (Macaire ou Tomillas) le brouille avec le roi, qui le bannit de ses États. Avec sa femme, qui est enceinte, il se retire dans un affreux désert, oii elle donne le jour à un fils (Aiol ou Montesinos), que baptise un saint ermite qu'ils ont rencontré. Élevé par son père dans ce lieu sauvage, Tenfant
« La troidème partie (1533) est em- * Voyez Scback, Ge$chickle def draprantée, comme nous rayons dit plus moHschen Literatur in Spamen, tome U, haxxl, à la Conquête de Trëfizonde, page 329.
devient jeune homme et apprend tous les arts de la chevalerie; il quitte alors son berceau pour aller chercher fortune et venger son père. Ses armes rouiUées, son cheval mal pansé, excitent les rires de ceux qui le rencontrent; il n'en parvient pas moins à son but, réconcilie son père avec le roi et tue le traître auteur de tous les maux *• Plusieurs circonstances diffèrent : mais en somme l'accord est au moins aussi grand que celui qu'on remarque en général entre les originaux français et les imitations espagnoles ; un trait assez frappant mérite d'être remarqué. Dans les deux textes, le nom du héros tient aux circonstances qui ont entouré sa naissance : .
Tant aToit saTagine en icel bois foiUis Caievres et serpens et grans aioU (ùmis; Par dejouste l'enfant un grant aiaut coisi, Une beste sauvage dont vous avés oï^ Et pour icele beste que H sains bon coisi L'apela on Aioul, ce trovons en escrit.
Ce trait ne pouvait subsister en espagnol ; l'auteur de la romance (évidemment un jongleur) a cherché à le remplacer par quelque chose d'analogue : Grimdtos demande à l'ermite de bap* tiser le nouveau-né :
Placeme^ dijo^ de grade; Mas corne le iiamarais ?
— Corne quisieredes^ Padre^ El nombre le pedréis dar.
— Pues naciô en asperos montes, Montesinot le dirais.
Ces romances doivent être assez anciennes , car Montesinos Qgure dans beaucoup d'autres. Les quatre autres qui le concernent ne semblent pas avoir de fondement en firançais ; une seule offre quelque ressemblance encore avec Aiol; Montesinos épouse comme lui une princesse sarrasine ; mais les circonstances diff^ rent complètement.
6* Atmeri de Narbonne. Son nom et un beau récit sur lui se trouvent dans une romance qui semble fort ancienne. Le récit n'existe dans aucun pofime français ; nous pensons qu'il a une source provençale *•
* Voies l'analyse à'ÂM daot VHitt. * La fonne Bnta/man^ est évi- UU,^ i. XXXUy p. 18 etsuiy. demment» ainsi que M. Wolf l'a d^à
2i4 LIVRE PREBIIER.
T Fierabras. Nous avons parlé plus haut (page 97) du livre populaire français désigné sous le nom tantôt Â% Fierabras^ tantôt des Conquêtes du grand Charlemagne. Ce livre fut traduit en espagnol quarante ans après sa publication, sous ce titre: Histo^ ria de Carlomagno y de los doce Pares de Francia. La première édition est de 1S28 ; mais depuis le Carlomagno n'a pas cessé de s'imprimer en Espagne ; il se publie encore tous les ans, et il n'y a pas de livre gui y soit plus populaire : nous en avons vu des exemplaires dans toutes les librairies à bon marché de diverses villes espagnoles. L'identité de ce roman avec le livre français est incontestable ; et elle trouve un surcroît de preuve dans ce prologue d'une des anciennes éditions ; on peut le comparer avec ce que nous avons donné ailleurs du prologue français : « Il est venu à ma connaissance un ouvrage en langue française, non moins agréable que profitable, qui traite des grandes vertus et prouesses de Gharlemagne, empereur de Rome et roi de France, et de ses cavaliers et barons comme Roland et Olivier et les autres pairs de France dignes de louable mémoire, pour les cruelles guerres qu'ils firent aux infidèles, et pour les grands travaux qu'ils soutinrent en défendant la foi catholique. Et étant certain qu'en langue castillane il n'y a pas d'ouvrage qui en fasse mention, sinon seulement de la mort des douze pairs qui fut en Roncevaux, il me parut juste et profitable que ledit ouvrage et les tant notables actions fussent notoires en ces contrées d'Espagne, comme elles sont célèbres en d'autres royaumes. Et ainsi, moi, Nicolas de Pia^ monte ^, me propose de translater ledit ouvrage de langage français en roman castillan, sans changer, ni ajouter, ni retrancher chose aucune de l'ouvrage français. Et l'œuvre est divisée en trois livres ; le premier parle du commencement de la France, de qui lui donna ce nom, et du premier roi chrétien qui fut en France, et descend jusqu'au roi Gharlemagne qui depuis fut empereur de Rome ; et fut translaté de latin en langue française. Le second parle de la cruelle bataille que le comte Olivier eut avec Fierabras, roi d'Alexandrie, fils du grand amiral Balan, et celui-là est en rime française très-bien trouvée. Le troisième parle de quelques œuvres méritoires que fit Gharlemagne, et finalement de la tra-
remarqaé, nne coiraptlon de En Ai- avons dit ci- dessus ^ à la page 81. mmc ou Naimeric, forme essentiel- ^ Ce Nicolas est d'aUleurs complételement provençale. Voyez ce que nous ment inconnu.
hison de Gandon, et de la mort des douze pairs ; et fut tiré^ d'un Kvre très-approuvéy appelé Miroir historial *. »
Malgré la &veur dont ce mauvais livre n'a pas cessé de jouir en Espagne % nous ne trouvons pas de romances qui en soient tirées ; mais Galderon lui a emprunté sa pièce du Pont de Mari' tible, où les faits donnés par le roman de Fierabras sont à peu près respectés, mais oh la couleur épique a naturellement disparu *•
8* Eginhard et Emma. Cette légende n'est l'objet d'aucun po6me français, et nous ne savons trop par quel chemin elle a pénétré en Espagne. EUe se trouve dans les romances sous plusieurs formes, dont chacune a presque seule gardé des traits du récit primitif. Celle qui y ressemble le plus est la romance portugaise, où le héros s'appelle encore Eginaldo ' : il est page d'un roi et s'est fait aimer de sa fille; le roi se réveille la nuit, découvre les deux amants et leur pardonne. On voit que la neige manque ; a sans doute, dit M. Âlmeida-Garret^ qui a bien reconnu l'origine de la romance, on l'aura trouvée invraisemblable en Portugal. » En revanche, il y a une circonstance empruntée à Tristan : le roi, pour montrer aux amants qu'il les a surpris dans leur sonuneil, laisse entre eux son épée nue, comme Marc laisse son gant quand il trouve Tristan endormi près d'Iseut, et séparé d'elle par son épée. Des deux romances espagnoles sur Gerineldo, la première [Primavera, 161) est plus fidèle à la tradition en ce que Gerineldo est le chambellan du roi, qui l'a nourri dès l'enfance * ; la seconde (161^) est évidemment un rifadmento assez moderne, mais elle avait un original plus antique que la première : on y voit un confus souvenir de la conduite matinale Êdte à Eginhard par la princesse '^. La même tradition est au fond
I n y a dans l'espagnol : Y fUeron ta* baume de Fierabras, qui réassit si mal
tmdoÊ e»^off/t6rof, mais c'est évidemment à Sancho {Parte l, c. 10, 17); cf. aussi
one bute. Parte I, c. 49.
* Ce prologne est altéré dans les édi- * Voyes Sdiack, Dramatische LUera-» tioos modernes ; il se trooTO dans les addi- tur, t. 111, p. 196.
tioos à la traduction espagnole de Ticlinor * D'antres versions donnent Reginaldo,
(t I, p. 524). H fant rectifier on peu, Girinaldo, Generaldo. Voyez le Aman*
comme on voit, ce que Grasse dit de ce ceiro d'Alm. Garret, II, 158.
Uvre {Sagenhwe, p. 309-10). * Cf. Eginbard, Vita C. M., proi.
* M. Pauriel dit qu'il était dans la bi- ^ Elle dit à Gerineldo qui craint le roi : biiotbéque de Don Quicbotte et que le „ « ^ r^ ^ ta
. ^-,, . ^ ,« - / „- No te araitcft, Gerineldo.
curé en fit justice (P«fir. praoençale, III, ^ ,j^^p„ '^^^^ ^^ .
31); mais c'est une erreur. Tout le liarduitepor loi jardinet,
monde se souvient en revancbe du Qae lae^o a ponto te ligo.
Wffi
des romances sur le comte Glaros {Primavera, 190-2), et, bien qu'elle y soit trës-altérée, une de ces romances est la seule qui ait conservé le trait du conseil où Gharlemagne raconte le crime du jeune homme et demande la punition qu'il mérite, et la seule aussi où son pardon soit donné comme dans la légende latine. Cet exemple est un de ceux qui montrent le mieux l'extrême liberté des romances vis-à-vis de leurs originaux , et fait bien sentir la difficulté qu'on éprouve souvent à les démêler.
O"" La reine Sibile. On connaît deux éditions du seizième siècle du livre espagnol intitulé : Historia de la reyna SibUla ; mais M. de Gayangos en a signalé dans la bibliothèque de l'Escorial un manuscrit du quatorzième siècle. Sur le livre espagnol et ses rapports avec le français, voyez Wolf, Ueber zwei niederlàndische VolksbûcAer,
Nous ne mentionnons ici ni les poèmes épiques traduits ou imités de l'italien ^, ni ceux où des lettrés ont exploité les récits des jongleurs sur Roncevaux*, ni enfin quelques romans traduits du français, mais qui ne tiennent que de loin à notre sujet ^ Le véritable contingent de l'Espagne, dans l'histoire poétique de Gharlemagne, ce sont les romances. Si elles ont souvent bien altéré les faits et parfois même l'esprit des poèmes français, elles ont du moins conservé à la légende carolingienne une vie qui n'est pas encore éteinte ; leur poésie sobre et frappante, leur passion contenue, leur forme éminemment chantante, ont maintenu dans le cœur du peuple les récits qu'elles ont transformés. L'histoire d'Ogier le Danois (le marquis de Mantoue), dit Gervantes, « est sue des enfants, non ignorée des jeunes gens, célébrée et même crue des vieux. » Et encore aujourd'hui l'Espagne est le seul pays où le peuple chante avec foi et amour Gharlemagne et ses douze pairs.
Ge que nous disons s'applique aussi aux romances portugaises; celles qui se rapportent à notre sujet sont peu nombreuses; eUes ont en général quelques traits différents des romances espagnoles, parfois plus anciens, comme nous l'avons vu plus haut. Leur poésie est moins roide, moins tranchante et moins vigoureuse que celle des romances espagnoles ; elles ont en revanche plus de grâce et souvent un charme presque mystérieux ^.
^ Voyez la dernière section du catalo- * Tels sont : Flore et BUmcfieflor,
goe de M. de Gayangos. Doon de la Roche (Enriquefi(fOliva),etc,
* Voyez F. Michel, Chanson de Roland, * Tout ce qu'on possède ^e romances
p. 275. portugaises se trouve dans le Romane
Les Portugais au moyen fige ont connu notre littérature romanesque, de même qu'à deux reprises ils ont imité notre poésie lyrique; mais leur goût les portait beaucoup plus, à ce qu'il semble, vers les romans de la Table-Ronde que vers les chansons degestes. Il existe un manuscrit où presque tout le cycle d'Arthur a pa^en portugais, et si VAmadis est né en Portugal, on ne peut méconnaître qu'il a eu pour originaux le Lancelot et les Tristan. La seule contribution du Portugal à l'histoire fabuleuse de Gharlemagne est des plus bizarres. La traduction espagnole des Conquestes de Charlemagne fut traduite elle-même en portugais, mais au dix-huitième siècle il en parut successivement à Lisbonne deux suites que l'on peut regarder comme les derniers romans carolingiens. L'auteur de la première de ces suites (1737), Jerô* nimo Moreira, est aussi le traducteur du livre espagnol: sa Se^ gunda parte u ramène Charlemagne en Espagne et le fait combattre Âbderraman pour secourir Gala&e, et s'emparer enfin de Cordoue, capitale des Sarrasins. » Quant à l'autre suite, Terceira parte (1 745), l'auteur, qui se nomme Âlexandro Gaetano Gomez Flaviense, n'a guère mis de Charlemagne que le nom sur son titre : a L'auteur , qui dit avoir composé son ouvrage pour sertir de récréation et diversion au sommeil, a compilé tout ce qu'il a pu trouver dans les livres espagnols qui se rapport&t à Bernard de Garpio, donnant commencement à son livre avec la création du monde, le déluge universel et la conftAsion des langues à la tour de Babel. Il rapporte ensuite l'histoire fabuleuse de l'Espagne, et, sans rien dire des Phéniciens, Carthaginois, Romains ou Goths, il saute d'un coup aux rois d'Asturie et de Léon, et à don Sancho, comte de Saldagne, et dona Chimène , infante de Léon, parents de Bernard. U termine à la mort du héros, qui , renonçant à la couronne de Catalogne, se fait moine à Aguilar de Campô ^ »
tdro d'Almeida-Garret (t. I , Lisbonne ^ ^ Noos empnmtons ces résumés à Ton-
1U3; tomes II et III, 1851, in-12). Sur vrage de M. de Ga^angos; car il est
U littéfatnre portogaise an moyen Age^ impossible de se procurer ces livres en
foy. Wolf, SHtdien, p. 680 et suiv. Fnmce.
Note ADDrnoiCfELtB. Noos n^aTons pu parler dans ce litre de quelques prétendues sources de Thistoire poétique de Charlemagne^ qui n*ont jamais existé que dans les ouvrages où on a invoqué leur témoignage ; nous avons réuni quelques détails à ce scyet dans TAppendice^ n? VUI.
Et laebia» qaa ee «t id llttolro Mtraita d« tontM Im ifltoint. (BoflUB d« Mnlm.)
De CarienufiM tôt vodU olr pArter.
{Ckwuom de BoiwÊd,)