CHAPITRE VI
LE YOTAGE DK CHARLEHAGNE EN OBIENT.
Dès la seconde moitié du dixième siècle, Benoit, moine de Saint- André sur le mont Soracte ', raconte ceci * :
m Le puissant roi (Gharlemagne) ordonna de construire ime flotte contre les incursions des Normands, et d'établir des stations navales aux embouchures des fleuves qui de Gaule et de Germanie se jettent dans rOcéan septentrional, aussi bien que dans tous les ports. Pour la mer Adriatique, il fit rassembler les vaisseaux dans la province de Venise. Puis, de toute la Vénétie, d'Âquilée, de Ravenne, de Rimini et des villes d'Ancône, et de toutes les cAtes de la mer Adriatique, il fit conduire des vaisseaux au Pa5saçe*. De même de la mer Méditerranée, d*Eugenia \ de Corse, de Sardaigne, de Pise, de Gentumcell» et de Rome, et des côtes de Pouille, toute la multitude des vaisseaux fut amenée an Passage, autant qu'on en put réunir jusqu'au jour marqué. Le pieux roi reçut la bénédiction du pape Léon, et s'embarqua pour aller visiter le saint Archange *, adorant Dieu et le priant de guider sa flotte en paix. Il apporta beaucoup de présents au mont Garganus, puis commença son voyage ; par la province de Naples et la Galabre inférieure il arriva au Passage; il y a là une étendue de dix fois cent milles et plus encore *. Sur cette vaste plaine marine il fit jeter des ponts : tous les Francs et les Saxons, les Bavarois, les Aqui-
• Sur Benoit, Toy. plus haot, p. 55. un nom commun ; il doit désigner Brin-
' Pertz, SS., t. ni, p. 710. La pensée des, le lien d'où on s'embarquait générap
et te style de Benoit sont si obscurs et si lement pour TOrient.
ineptes que la traduction est extrêmement ^ Nom inconnu.
dilBcile. J'ai profité de la version aile- * L'église de Saint - Michel , sur le
OMode de ce passage qu'a donnée, avec Monte Gargano, était un pèlerinage très-
quelques notes, M. Wattenbach, à la vénéré.
solte de sa traduction du moine de Saint- ' Une étendue de mer sans doute : par'
GaU (Berlin, 1850). rigitur, dit simplement Benoit, sans qu'on
< Trmemu, Ce mot semble bien être voie quel est le si:get de ce ▼eii)e.
tains, les Gascons, les Pannoniens, les Avares, les Alamans, les Lombards, tous ces peuples, dont on ne peut calculer le nombre, il les envoya devant lui. Et tous ces peuples passèrent par la terre des Grecs, en telle sorte qu'ils ne tinrent aucun compte de leur puissance. Ils louèrent et remercièrent Dieu, qui guide dans le bon chemin Charles, le serviteur de Pierre prince des apôtres. Quand Aaron,leroi des Perses, qui, à l'exception des Indes, possédait presque tout l'Orient, eut appris cela, il conclut avec lui une telle amitié et concorde, qu'il préféraîl sa faveur à l'amitié de tous les rois et princes du monde, et ne croyait devoir qu'à lui seul des honneurs et des présents. Quand Charles fut arrivé au très-saint tombeau de notre Seigneur et Rédempteur Jésus-Christ et à l'endroit de sa résurrection, il orna le saint emplacement d'or et de pierres précieuses, et y planta une bannière d'or d'une grandeur merveilleuse; et non-seulement il orna tous les saints lieux, mais Aaron consentit à ce que la crèche et le tombeau du Seigneur fussent mis en sa puissance comme il lavait désiré. Que d'étoffes et de parfums, que de trésors et de merveilles de l'Orient apportat-il au roi Charles! De là partit donc le sage Charles, et arriva avec le roi Aaron jusqu'à Alexandrie; et les Francs et les Arabes vivaient joyeusement ensemble, comme s'ils eussent été de même race. Et le roi Aaron prit amicalement congé du grand Charles et retourna dans son royaume. Mais le roi pieux et vaillant alla vers Constantinople. Nicéphore, Michel, Léon, craignaient qu'il ne voulût leur enlever leur royaume. Quand le roi apprît leur crainte, il fit avec eux paix et ferme alliance, en telle manière qu'il ne pouvait s'élever entre les Francs et les Grecs aucun prétexte à discorde.... Bientôt après l'empereur rentra en Italie avec beaucoup de présents qu'il avait reçus de l'empereur de Constantinople, entre autres une partie du corps de saint André... Il vint au mont Soracte dans le couvent de Saint-André, et, sur la prière du pape, il laissa en ce lieu une partie des reliques du saint ; mais nous ne savons pas dans quel endroit de l'église elles se trouvent. Ensuite le roi, riche de victoires et d'honneurs, retourna dans la terre des Francs*. »
1 L'idée que Charlema^ne , allant en treizième siècle dans Godefroi de Viterbe
Orient, avait passé par rit-ilie méridio- ( seulement , comme il suit la légen-
nale et la Sicile, était restée populaire de latine, il ne fait venir Charlema-
dans ces pays, puisqu'on la retrouve au gne qu'à son retour per Siciliam , Caia-
Dans le courant du onzième siècle, comme nous l'avons dit plus haut *j un anonyme composa sur cette même donnée une légende latine qui depuis le douzième siècle jusqu'à la Renaissance fut acceptée par la plupart des historiens. En voici le résumé' : Charlemagne reçoit un jour des lettres de Jean, patriarche de Jérusalem, que les Sarrasins viennent d'en chasser, et de l'empereur grec Constantin, qui, impuissant par lui-même à reconquérir la ville sainte, supplie le puissant souverain d'Occident. Charles se sent ému de compassion pour les souffrances des chrétiens d'Orient; il rassemble une armée immense' et se m et en marche. Après de nombreuses journées, les Français arrivent dans une forêt qui s*étend au loin aux alentours, et bientôt ils ne savent plus retrouver leur route au milieu des voies qui se croisent en tous sens. Dans ce pénible embarras, au moment où l'empereur chante le psaume iDeduc me, Domine, in semita mandatorum tuorum, un oiseau apparaît à ses yeux, qui prononce à plusieurs reprises ces mots : «Que dis-tu. Franc? Que dis-tu. Franc? » et s'élance devant l'armée*. Charlemagne, plein de conGance en Dieu, ordonne à ses guerriers de suivre le guide qu'il leur envoie, et en effet ils atteignent sans encombre l'extrémité de la forêt. Ils arrivent à Constantinople, où on les reçoit avec transport. Puis l'auteur nous dit, sans plus de détails, que Charlemagne conquit toute la Syrie et prit Jérusalem. Revenu à Constantinople, l'empr reur Constantin veut lui prouver sa reconnaissance par les plus riches présents, et les fait étaler sur le chemin de l'armée française; mais Charlemagne ordonne à ses gens de ne rien prendre, et ne demande à l'empereur que des reliques, entre autres la couronne d'épines et les saints clous. Le récit de tous les miracles qui s'opèrent à Cous-
es Apuliam. D'après lui (col. 459) : Cf. ch. iv,§ 2, et les quatre deniers p. 307.
ibt tut nufDus, qui dicitur e8»c RoUndus * L'auteur ajoute : « Et les pèlerins ra-
Aiicr Olivcnat fimiU ratione vocandas : content qu'encore maintenant il y a de
Hae mmmonada, tnicM coD»tituere duces. tels oiseaux dans ce pays^ qui prononcent
* LSv. ly ch. m, p. 55. les mêmes paroles, à la merveille de
* Oo trouve une traduction ancienne tous. » Ce trait est donc fondé sur les et une ea français moderne dans Moland, récits des pèlerins ; et, comme le dit Onçit^É IHtéraires de la France, p. 109 M. Moland (/. /. p. 388), il y a dans les et suiv.y 386 et suiv. mot^: « Franc, que dis? que dis, Franc? »
* L'empereur convoque tous les guer- une intention d'onom l'opée qui disparaît rîers valides, « car tnit fui sent chertain en latin et indique bien un récit roman que qui demorroit il seroit sers de son comme original Mais le caractère même clii«f, et ses oirs après lui a tos jors, de de ce récit dénote une légende orale et quatre deDÎersdonant (Moland, p. 388).» non une chanson de gestes.
tantinople et en France à Toccasion de ces miracles remplit le reste de la légende latine \ Nous avons dit ailleurs la vogue dont elle a joui parmi les clercs , et le caractère, le but et la valeur qu'il convient de lui reconnaître '.
Mais, indépendamment de la forme monastique qui lui fût donnée, le voyage de Charlemagne à Jérusalem était une croyance généralement reçue. Nous l'avons déjà vue dans Benoît de Saint- André au dixième siècle. Au onzième, divers chroniqueurs la répètent', et elle était tout-à-fait enracinée à l'époque delà première croisade : on ne la considéra que comme la seconde, Charlemagne ayant fait la première, et d'après un contemporain « une grande partie des Francs entra en Hongrie, et suivit la route que Charles, empereur merveilleux, avait fait construire longtemps auparavant jusqu'à Constantinople \ » Nous avons déjà dit qu'aux douzième et treizième siècles personne ne révoque plus ce fait en doute, et que tous les compilateurs de chroniques se le transmettent religieusement ••
La poésie française contient beaucoup moins d'allusions à ce récit qu'on ne le croit généralement. Roland énumère en mourant, parmi les conquêtes qu'il a faites pour son oncle,
Costentinnoble^ doDt il out.la fiance.
(Str. CLXXIV, V. 2329.)
mais cet exploit n'est raconté nulle part. La Karhmagnùs^ Saga nous donne seule un récit qui peut se rapporter à cette allusion; nous avons dit ailleurs que la première branche de cette compilation était le plus souvent d'accord avec le Roland, et pouvait en plus d'un cas lui servir de commentaire. Voici ce que contiennent les paragraphes 49 et SO : Charles a fait vœu, à la naissance de son fils Lohier, de visiter le saint tombeau. Il accomplit son pèlerinage et revient par Constantinople: il secourt le roi des Grecs, que menacent les Sarrasins. Il fait prisonnier le roi païen
* Sauf les chapitres consacrés à ra- mentionnerons , parce qu'ils touchent conter leur transûition à Saint-Denis par de plus près à Vhistoire poétique, Phi- Charles le Chauve. lippe Mousket (t. 10022 et 8uiv.)> le Kart
« Cf. liv. I, ch. m. Meinet (f» 328-336) et David Aubert
» Voy. par exemple Pertz, SS., t. V, (ch. 24-30) ; ce dernier l'a orné d'addi*
p. 18; r. XH, p. 06. tions romanesques de son invention et à
* Tudebode, dans du Chesne , t. IV, sa manière. Le récit de Jacques d'Acqui p. 771. (Mon. hisU Pair,, SS,, Ifl, col. 1501-2)
* Nous ne les énumérons pas. Nous est très-vague.
Hiran, qui obtient la paix en s'obligeant à payer au roi grec un tribut annuel de 1,500 marcs d'or, dix mulets et sept chameaux. Le roi grec s'offre alors à devenir le vassal de Gharlemagne ; celuici le refuse, mais lui demande plusieurs reliques. Il obtient entre autres le saint suaire et la pointe de la lance qui perça le côté de Jésus-Christ; revenu en France, il envoie ces reliques dans différentes villes ; il garde la pointe de la sainte lance et la fait incruster dans le pommeau de son épée, qu'il nomme depuis Joyeuse, el à partir de ce jour tous les barons qui combattent sous ses ordres crient, du nom de l'épée, Montjoie \
Ce qui nous porte à croire que ce récit est essentiellement celui que connaissait la Chanson de Roland, c'est que le trait qui le termine se retrouve dans d'autres vers de ce poème; il y est dit de même que la pointe de la sainte lance était encastrée dans le pom* meau de Joyeuse, et que le cri de Montjoie venait de là '. Or il semble qu'on n'a pas dû supposer que Gharlemagne ait eu cette relique ailleurs qu'en Orient; donc la coïncidence des deux textes sur ce point donne à penser qu'ils s'accordaient aussi sur le reste. Le résumé de la Karlamagnùs^Saga est tout ce qui a été conservé du poème français, le Voyage à Constantinople.
Tel devait être en effet le titre de cette chanson ; car le pèlerinage aux lieux saints n'est qu'un épisode, et l'auteur ne fait pas conquérir la Palestine à Gharlemagne. Au reste nous n'avons rencontré dans aucun ancien monument le souvenir d'un poème sur la conquête de la Terre-Sainte, et nous ne pensons pas qu'il en ait existé un au douzième siècle. Le fabliau épique de Charlemagne à Constaniinople, dont nous allons nous occuper tout-àllieure, parle bien d'une visite aux lieux saints, mais non d'une conquête, et toutes les allusions que les textes des douzième et treizième siècles font à ce fabuleux exploit de Gharlemagne se rapportent à la légende latine ^ Plus tard, à l'époque de la décadence complète des chansons de gestes, un poème fut composé sur ce sujet; mais il porte tous les caractères d'une pure invention. Ge poème est évidemment né du mélange volontaire de la matière des
* Bibl. de rÉcole des chartes, l. l., iinde multas ecclesias dota vit, scribere p. 102. nequeo (c. xxi). » Nous ne pensons donc
* Voy. ct^eMons, p. 372. pas comme M. Bartsch (Veb, Karl., p. 49),
* Entre autres celle de Turpin : « Qua* que ce passafi^e indique des traditions po- Uter dominicam sepulchrnm adiit , et pulaires, encore moins une chanson de qoaliter lignom dominicum secom attulit, gestes française.
Croisades, arrivée aussi alors à sa dernière forme (/e5 Chétifs, le Chevalier au Cygne) j et de celle de Charlemagne ^ Au douzième siècle ', un poëte employa cette légende comme / cadre d'une historiette moitié comique, moitié héroïque, contée
avec une spirituelle naïveté, dont malheureusement il ne nous est pan^enu qu'un assez mauvais texte écrit en Angleterre. Le Voyage de Charlemagne à Jérusalem et à Constantinople n*est point une chanson de gestes; c'est un fabliau par le sujet comme par le ton. Toutefois l'auteur de cet amusant petit poëme a su se garder des grossières farces dans lesquelles tombaient trop souvent ceux qui s'essayaient dans des compositions de ce genre : ses personnages sont imposants, bien que leurs aventures soient risibles ; et, malgré la ridicule situation qui est faite à Charlemagne par sa faute^ sa figure est conçue et dessinée avec grandeur. Nous noterons encore que ce remarquable opuscule parle bien de la visite de Charlemagne aux saints lieux, mais, pas plus qu'aucun auteur français d'ancienne date, il ne lui fait conquérir Jérusalem; cette tradition, que nous avons trouvée en Italie et dans la légende monastique, n'a pas cours dans les chansons de gestes. Enfin le Charlemagne à Constantinople se rattache à une opinion généralement reçue, et qu'on retrouve dans les derniers chapitres de la légende latine, en attribuant au voyage du grand empereur en Orient les reliques conservées au monastère de Saint-Denis*. Voici maintenant le résumé de cette singulière composition * : Un jour Charlemagne est à Saint-Deni^ ; il s'est revêtu de ses plus riches ornements ; il a la couronne sur la tête, le glaive au côté ; il se persuade qu'il n'y a pas sous le ciel un roi qui ait meilleure grâce et plus belle prestance. La reine sa femme le tire de cette
< M. Francisque Michel a donné l'ana- ment à l'inflaence du scribe anglo-nor-
I lyse et des extraits de ce poëme dans la mand^ mais qui sont antérieures au trei-
préface de son édition du Voyage de zlème siècle. Nous ne pouvons en tout
Charlemagne ; cf. aussi P. Paris , Mss. cas admettre avec M. Moland {Origines
français, \, 112. Htt., page 102) que « les archaïsmes de
I * On a beaucoup discuté sur l'âge de rhythme et de langage pourraient bien
r la version qui nous est parvenue. Il est n'être qu'un artiflce. » Voy. P. Paris,
malheureux qu'on ne possède pas encore dans le Jahrbuch fur romaniscfte LUera^
dans l'histoire de la langue des carac* iur, I, 98.
tères assez sûrs pour établir bien nette- ^ Cf. liv. I, ch. n, p. 55.
I ment la critique de l'âge des textes. Tou- ^ Nous l'aurions fait plus détaillé, s'il
tefois nous pensons qu'il y a dans ce n'avait déjà été donné par MM. P. Paris
poëme des formes de langage et de siyle {Jahrbuch f. rom. Liitr., /. /.) et Mo-
qui ne sauraient être attribuées unique- land.
iHusion : il y a un roi gui se fait encore bien plus léger quand il porte la couronne entre ses pairs. L'empereur veut savoir qui il est; la reine effrayée de la colère de son époux finit par avouer que c'est Hugon, le roi de Constantinople. Charlemagne se résout à partir pour l'Orient afin de s'assurer si vraiment Hugon le dépasse en grâces royales, et jure à sa femme de la faire décapiter si elle a menti. Telle est la cause du départ de l'empereur : mais il profite de cette occasion pour aller à Jérusalem visiter le saint temple et adorer le sépulcre du Sauveur. Il reçoit du patriarche les plus précieuses reliques ', et arrive à Constantinople, où le roi Hugon le reçoit avec une simplicité et en même temps un faste vraiment dignes de l'Orient '. Le soir, Charlemagne et les douze pairs sont conduits, après un souper magnifique, dans une vaste salle où sont dressés leurs lits : mais Hugon, qui se méfie un peu de ses h6tes, a caché dans un pilier creux, au milieu de la salle, un espion qui doit lui rapporter toutes leurs paroles. Or voilà que les Français, suivant une coutume de leur pays, à laquelle les entraîne leur gaieté et le vin qu'ils ont bu, se mettent à gaber, c'està-dire à se livrer tous successivement, et l'empereur en tète, aux plus extravagantes gasconnades. L'espion prend au sérieux toutes les terribles choses que les guerriers français se vantent de pouvoir faire, souvent au détriment du roi Hugon, et le lendemain il lui rapporte en toute épouvante leurs menaçantes hâbleries. Hugon furieux leur ordonne de les mettre toutes à exécution sous peine de mort, et ils allaient être pendus sans le secours d*en haut. A la prière de Charles, un ange descend du ciel ; il les engage à ne plus se permettre de semblables gaietés, mais leur promet que tout s'accomplira comme ils l'ont dit, par le merveilleux appui de Dieu. En effet, le roi Hugon, qui choisit on ne peut plus singulièrement le gab d'Olivier pour être exécuté le premier, edt stupéfait d'apprendre le lendemain matin, de la bouche de sa fille, la belle Jacqueline, qu'il a été parfaitement accompli; les autres pairs auxquels il s'adresse font aussi les prodiges dont ils s'étaient vantés, et Hugon, convaincu que Charlemagne est un
* Dans ce poème, Jérusalem semble bouraat lui-môme la terre avec une être une ville abholument chrétienne et charrue d'or. On sait que cette cérémonie ne recoQoaissant d'dutre autorité que a lieu en Chine, où tons les ans Tempecelle du pairiarche. reur trace lui-même le premier sillon : ce
• Entre autres détails, il faut rernar- . trait du lointain Orient était-il Jarrivéjusqoer que Tempereur trouve Uu^on la- qa'en France?
homme divin, lui demande pardon et lui fait même hommage de son empire. Celui-ci revient en France, et, en considération de la joie qu'il a eue à visiter le saint sépulcre et à en rapporter des reliques, pardonne à la reine son imprudence.
Il est évident que l'auteur de ce poëme a simplement cherché à donner un récit badin d'événements accrédités dans la tradition; il n'a maintenu que les points essentiels qu'elle lui fournissait : à savoir que Charles était allé à Jérusalem et qu'il avait reçu la fiance de Constantinople ; mais il les a amenés et commentés d'une façon toute personnelle. Son récita bien qu'il ne nous en soit resté qu'un texte, a dû jouir d'une assez grande popularité; en effet il a été mis en prose par l'auteur bien postérieur de Galien le Rhétoré ^; ce Galien est le fils d'Olivier et de la belle Jacqueline, et le récit du voyage de Charlemagne et des gabs des douze pairs sert d'introduction naturelle à ses aventures. Dès le treizième siècle, le compilateur de la Karlamagnùs-Saga en avait inséré dans son ouvrage la traduction islandaise *.
La pointe d'immoralité et d'impiété de ce conte a tenté les écrivains du dix -huitième siècle, peu soucieux en général du moyen âge *. La Chaussée * et Marie-Joseph Chénier * en ont fait chacun une imitation ; celle de ce dernier, bien qu'elle ne rende pas le ton naïf et l'ironie modérée de l'original, est écrite avec esprit et peut passer pour un de ses meilleurs contes.
^ Voye? sur ce roman Dunlop-Lie- probable que l'auteur du Galim Va. apbrecht, p. 133, Schmidt, Bmnet, Grasse, pelé rhétoré pour indiquer qu'il l'avait etc. Sur le nom singulier de Rhétoré donné écrit selon son petit entendement (suivant à Galien, le prologue de quelques édi- la formule consacrée de l'époque) en tiens dit : a Le dit roman est appelé Gai- belle prose oratoire, lien Restauré h canse qu'il restaura toute * VU, p. 467-483. On pourrait tirer la Chrestienté après la mort des douze parti de cette traduction très-fidèle pour pairs de France; » mais cette étymologie, une nouvelle édition du Charlemagne, qui ne se trouve pas dans l'édition prin- > Ils ne connaissaient ce récit que par cepS; est plus que douteuse, et pèche par le Galien Rhétoré et n'ont traité naturelle sens autant que par la forme. Ce roman lement que la scène des gabs. médiocre a été écrit au temps des Rhéio- * Œuvres ^ Paris , 1777 , in-l2, t. V, riciens du quinzième siècle; on ne par- suppl., p. 66-71. lait alors que de rhétorique^ entendant ^ Œuvres^ Paris, 1820, in-8®^ t. III, surtout par là le beau style^ et il est fort p. 239-285. Cf. t. IV^ p. 150 et suiy.