‹ Histoire poétique de Charlemagne (volume 2)Chapitre 58 sur 77 · Germania, XI · texte numérisé non relu

Germania, XI

ce que les faib se suivent trop pressés, à ce que l'auteur, toujours désireui de pousser en avant, ne s'inquiète pas assez peut-être de marquer leur importance relative. Telle est sa préoccupation de son sujet et son dédain des petits artifices au moyen desquels on fait valoir un travail personnel, qu'à moins d'être tout à fait au courant de la science, on est exposé à laisser passer inaperçus les idées les plus neuves, les faits les plus inédits. Ainsi, qu'il lui arrive de faire Tune de ces découvertes qu'il est donné aux seuls savants de faire, car elles consistent non point dans la rencontre plus ou moins fortuite d'un manuscrit nouveau, mais dans la juste appréciation d'un document dont l'importance, dont la nature même avaient été jusqu'ici méconnues; vient-il par exemple à découvrir qu'un fragment latin du dixième siècle, publié depuis bientôt trente ans, n'est rien de moins qu'une chanson épique mise en hexamètres, il expose simplement les faits que lui fournit cette source ignorée et ne songe point à parler de ses recherches personnelles ou de ses minutieuses observations, ni à solliciter en aucune manière l'admiration du lecteur pour un résultat cependant considérable.

L'introduction de M. G. Paris est un morceau de critique déductive qui se recommande par la finesse de l'analyse et le rigoureux enchaînement des propositions. Un premier paragraphe est consacré à l'origine de l'épopée et à l'étude de ses éléments constitutifs; la suite offre l'application à l'épopée française des principes précédem ment établis. La place me manquerait, si je voulais examiner dès maintenant les graves questions que soulève celte introduction. J'en réserve quelques-unes pour plus tard, et je me borne actuellement à exposer l'idée que M. 0. Paris se fait de la formation de l'épopée. Son opinion dérive de celle que Wolf avait conçue de la formation des poésies homériques. La forme première est lyrique : le sujel, néanmoins, est épique en ce sens que les chants des époques héroïques avaient pour matière des faits d'armes, des expéditions aventureuses. Mais le caractère lyrique y domine en ce qu'ils sont très-brefs et peignent l'impression du moment, différant en ce point de la poésie purement épique, qui a pour objet de conserver la mémoire des faits arrivés dans les temps anciens ^ Recherchant les conditions nécessaires à la production de ces chants lyrico-épiqucs, M. G. Paris se range à l'opinion qu'un savant professeur, M. Lemcke, a ex-

I. Cctt ce que uanifestent let dâmts de oomlire de poèmeft épiques. Voyei par exemple ceux de Qarin le l/oheraUt et dei Ifibelungen.

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