‹ Histoire poétique de Charlemagne (volume 2)Chapitre 66 sur 77 · L*âuteur à^AnséU dit en parlant de son œuvre · texte numérisé non relu

L*âuteur à^AnséU dit en parlant de son œuvre

li Ter en sont rimé par grtnt mtistrie (Fol. i m.)

D*fliDora et d'tmei et de cheTilerie,

Molt a lone tans k'ele a esté perie,

Onques n'en fu la droite rime oie ;

Chil jougleor tons en ont dit partie.

Mais il n'en se? eol yalissant une alie,

Aîos le eorrampent par lor ^ant derfcrie. . . .

Far moi fooaiert iceste radrecfaie.

Huinaia orrés esnehon enluminée, ( Fol. a c^)

vienl d'ôire cité, Ëmaut et Anséis avaient été placés par Charles «en bordure» sur la rrontière d'Espagne, ce qui s'accorde bien avec ce que nous apprend le fragment de la Haye sur le premier de ces héros 1, et Anséis de Carihage sur le second >. Ces faits nous apparaissent sous une forme légendaire, mais la différence des traditions qui nous les ont transmis autorise à croire- qu'ils ne sont pas entièrement le produit de Timagination, qu'ils ont un fondement his* lorique.

M. G. Paris n'ayant pas grand' chose à mettre dans son paragraphe de l'épopée provençale, a jugé à propos d'y parler de deux monuments littéraires assez difficiles à qualifier : la vie de 8. Honorai, composée vers 130O par Raimon Féraut, et un ouvrage des pre-

Ooqact par boost micMre m fa caatée.

Trop 1 loue Uu ctté enpritoftée ; aies lie d« ÙMa k'enti t'i rctrontée \ Gl jooglcor i font nale oabliée ai U riac «il corniiBpm «t tnaé%^ Mail jott le ni i droit port rMB«aée.

(BiU. imp. fr. 79$, anc. 7191.)

1. Il 7 a encore d'tnlrM lémoigDaget tar Emaut de Girooe. Afe dFjivigncti BOUS le moDtre priMMioief des Sarrasins en compagnie de Garin d'Anaéune (▼. 141S, 16S4, 1804 , 33&1). Gomme À§e d'Avignon n*ett pas one chanson très-^ndenne, ces alloaions doivent se rapporter à un poème plutôt qo*à une tradition. Et cela est d'antant moins douteux qn*on trooTe à la fin d'illmeri d€ Narbonnet sur lei mé- •aventures d'Emaot de Girone, un long passage qui est éfidemment fondé sur une ch mon de geste (voy. BUi. iUL, XXII, 468). Cette chanson deirait avoir un rapport direct avec celle que suppose le fragment de la Haye. Quant à Garin d*Aniénne, le début des Enfance* Vivien montre aussi qu'il était le héros d*un poème (voir VHïiUÀre poétique de Charlemagnt^ p. 8S). ^

% Dans la chanson renouvelée dont quelques vers ▼îennent d'être rapportés, il est laissé par Charles en Espagne avec le titre de roi, à peu près comme Gui de Bourgo* gne danslaehanâon de ce nom et dans FUrabrae^ Bientôt attaqué et assiégé par les Sarrasins, Il est obligé d'implorer Taide de l'empereur qui, malgré son grand âge, rentre en Espagne et la conquiert pour U seconde ibis. Entre tous les Anséis que connaît notre épopée, celui-là est le seul avec lequel l'Anséis de Rarbonne de Girari de RotsUho puisse être identifié. On ne peut en effet songer à Anséis le fier, ou le vieux, qui figure dans Rolattd an nombre des pairs de Charlemagne et périt avec eux à Eoncevaax (édit. Mailer, v. 105. 79S, 1281, 1556, 2408), ni à Aniéis, roi de Cologne, qui a un HMedans Gwrin U Éjoherain^ et que mentionne Agé d* Avignon (v. 800 et S43) — On ne peut pas non plus, malgré la similitude des surnoms, identifier l'Anséis de Rarbonne de Qirari de HoêsUho avec Aimeri de Narbonne, ce dernier personnage (4i»eric, due de Xarbona) flgarani dans le même poème au nombre des hommes de Giisrl (v. 4193 et 4)22).

iiiières années du treizième siècle S les Gestes de Ckarlemagne â Carcassonne et à Narbonne, aulrennent dit Philomena^ du nom d'un personnage qui, selon ce document, fut chargé de rédiger le récit de ces Gestes^. Occupons-nous d'abord de Philomenay le premier en date. M. G. Paris et M* L. Gautier diffèrent singulièrement dans l'appréciation de ce document. M. G. Paris, quoique soutenant l'hypothèse de l'épopée provençale, n'hésite pas à reconnaître que la partie de Philomena qui repose sur des traditions ou des poèmes populaires est la moins considérable, et consiste surtout en quelques traits épisodiques. o Le fonds du récit, dit-il, est une de ces misérables supercheries monastiques comme nous en avons déjà rencontré plus d'une. Illustrer le monastère de la Grasse, lui faire reconnaître d'énormes privilèges, authentiquer de fausses reliques^ et par-dessus le marché édifier les fidèles par quelques pieuses anecdotes, tel est le but essentiel de l'auteur de ce triste roman» (p. 90-91). M. L. Gautier, au contraire^ bien qu'il ait combattu Thypothèse de Tépopée provençale, considère comme certain « que le Philomena contient le récit extrêmement précieux de très-anciennes légendes, toutes particulières au Midi et qui ne sont le sujet d'aucun poème français ; » il regarde les passages dont la couleur cléricale n'est pas contestable, comme a des interpolations à côté desquelles subsiste tout un roman profondément héroïque, dont notre Pkihmena est la traduction peu altérée » (p. 486-7).

J'adhère complètement à l'opinion de M. G. Paris; je regrette seulement que la masse énorme de recherches qu'il a été obligé de condenser dans son premier livre ne lui ait pas laissé la place de développer ses vues sur Philomena et de présenter ses arguments par le détail. Je vais soumettre Philomena à une critique plus approfondie qu'on ne l'a fait jusqu'à ce jour, et qui, sans prétendre épuiser le sujet, fera connaître d'une façon certaine plusieurs des sources de ce document.

D'abord voyons ce qu'il contient : il est utile pour rinlelli-

1. Aq moins en possède-t-on one venion latine qui a dft être exécatéede 1337 à 1365. M. Gaston Paris admet cette date (p. S9), et il admet aussi qae la Tie de saint Honorât est de l*an 1300. C^est donc par nne évidente distraction qu'il a écrit (p. S7) qne ce dernier ouvrage était le plus anden des deux.

3. En après Karles apelec Philomena, lo roaistre de la storia, e dis lique toi ayso meses en la ystoria, ses messorgna, si volia cstaren saamistat {Boat^i, 7, fol. 23 r«), ms. fr. 2332 fol. 12 v^

gence des recherches qui vont suivre, d'eu donner une rapide analyse * :

Après avoir pris Carcassonne, où, par la puissance de Dieu, les tours s'inclinèrent devant le vainqueur, Charlemagne se dirige vers Narbonne, afin de Tassiéger. Chemin faisant, il rencontre sept ermites, vivant dans une vallée qu*on appelait Maigre^ à cause de la vie ascétique qu'ils y menaient. L*empereur y fait élever un me* nastère, qui plus tard fut celui de Notre-Dame de la Grasse. Pendant qu'on élève des forteresses afin de le protéger contre les incursions des Sarrasins, Roland se rend en Espagne. Bientôt Engelier le Gascon, Fun de ceux qui Pavaient accompagné dans son expédition^ revient avec un butin considérable ; et dès lors il est décidé que la vallée Maigre prendra le nom de Graisse. Sur ces entrefaites, on annonce qu'une armée sarrasine, commandée par seize rois, à la tôle desquels Matran de Narbonne, va l'attaquer. Gr&ce à l'arrivée opportune de Roland, les chrétiens sont vainqueurs* Mais Marsile, roi de toute l'Espagne, ne tarde pas à rassembler une armée de plus de sept cent mille hommes. Bien que très- inférieurs en nombre, les Francs remportent, après cinq jours de lutte, une victoire complète. On retourne à la Grasse. Ici se placent des détails sur la construction de l'abbaye et sur les reliques qu'on introduit dans plusieurs de ses parties. Un nouveau combat a lieu dans le Roussillon; puis on procède à l'élection d'un abbé, et à cette occasion

1. Celte que donne Fanriel, Bisi. littéraire, ZXI, 37S, est tout à &it insuflisante. Il ft'e&t à peu près kwrné à démontrer longuement que le texte latin de ee roman (publié par Ciaropi , Florence, 1823) était la traduction du texte en langue d'oc, démonstration d^autant plus inoUle que Tauteur de la yersion latine déclare en termes exprès dans son prologue avoir traduit un ouvrage en langue Tulgsire, et que d'ailleurs ce fait avait été depuis longtemps signalé par Catel {Mémoires de V histoire du Languedoc, p. 404 et p. 408). A ce propos, je remarque que le traducteur est appelé Guillelmus dans le texte de Ciampi, et Viialis dans celui qnV vait sous les ^eux Catel, ainsi que dans le ma. Bilil. imp. lat. 4977; du reste, toute la difiérence consiste dans le nom, car le texte du ms. 4977 est identique à celui de Ciampi. — M. L. Gautier a donné (p. 486-7, en note) une sorte de sommaire de ce roman, mais il n'a connu que les textes indiqués par Fanriel, le ms. fir. 1331, en langue d'oc, et la version latine puliliée par Ciampi, et c'est d'après le premier de ces textes qu^il a fait son analyse, ignorant Texistence du ms. de Narbonne (maintenant au Musée Britannique, addit. 21118) , dont il y a une copie dans le tome VII de la collection Doat et une autre parmi les papiers de D. Taissète {Lamçuedoc, t. LXXIV). Or le ms. 2232 a perdu plusieurs de se feuillets tant au eommencement que dans le courant et à la fin du volume, d'où il suit qu'une analyse faite d'après ce texte est nécessairement très-iocomplete et très-obscure.

Charlemagne fait à i'abbayd les donations les plus considérables. Bientôt le relâchement et le désordre s'y introduisent; Charlemagne tue Tabbé à Tautel. — Bien que plusieurs fois vaincu, Ma- Iran s'obstine à ne pas rendre Narbonne; un duel a lieu entre Roland et le Sarrasin Borel ; celui-ci est tué ; la ville est prise et divisée ec trois parts, dont Tune est donnée à Thomas, l'un des sept ermites de la vallée, qui est élu archevêque de Narbonne; la seconde aux Juifs, qui par précaution avaient fait d'avance leur soumission à l'empereur; la troisième à Aimeri, qui depuis ce moment est appelé Aimeri de Narbonne. Enfin la femme de Matran, Orionde, se convertit et épouse un chevalier franc, Fouque de Montescler. Marsile, de concert avec Aumassour, roi de Cordoue, fait contre Narbonne une tentative qui échoue complètement. La Grasse est consacrée à la Vierge, et Qiarles revient en France.

Tel est en résumé le récit du Pseudo-Philomena. La main d'un auteur clérical, et plus parliculièrement d'un moine de Grasse, s'y révèle de la façon la moins équivoque. Non-seulement on suppose Charlemagne accordant au monastère qu'il a fondé les privilèges les plus exorbitants, non-seulement on représente Aimeri de Narbonne faisant hommage à l'abbé de la Grasse, mais les détails minutieux donnés sur la construction de l'abbaye et sur la disposition des reliques (Ciampi, p. 45-6) , la connaissance exacte de lai géographie du bas Languedoc \ sont autant dMndices irrécusables *. a Nous y consentons, dit M. L. Gautier, mais tous ces passages cléricaux nous paraissent des interpolations à côté desquelles subsiste tout un roman profondément héroïque, dont notre Philomena est la traduction peu altérée i» (p. 487). A priori ce n'est guère vraisemblable : un roman «profondément héroïque» dont tous les faits

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