‹ Histoire poétique de Charlemagne (volume 2)Chapitre 67 sur 77 · Voy. surtout le cbap. IX de Clampi · texte numérisé non relu

Voy. surtout le cbap. IX de Clampi

2. C'est même le caractère de précision de certatus fiiits qui, à une époque où la critique historique naissait à peine, a amené quelques auteurs à puiser dans Philomena comme à une source historique. C'est à Taide de ce document que Besse a écrit plusieurs chapitres de son Histoire des comtes de Carcassonne; U essaye même (p. 65) d'en démontrer rauthenticité, qui, paraît-il, était dès lors contestée. On Toit par une citation (p. 59, répondant à Ciampi, p. 4-5) qu'il se serrait d'un exemplaire du texte latin, et ailleurs que cet exemplaire était conserré dans les archives de la Grasse (p. 51 et 65). L'existence de Roger, le fseptiènie évêque de Carcassonne (€raU. chritt,, VI, S64-5), se trouve en dernière analyse n'ayoir pas d'autre autorité qu'un passage de PhUametm (Ciampi, p. 32) et qu'un document de même fabrique cité par Gérard de Vie, Chronicon epiêcoporum ecel, Careos- JoaU, 1667, p. 48.

tendraient à la glorification d'un monastère serait un événement assez Doayeao dans l'histoire littéraire. Mais passons en revue les personnages épiques du roman, peut-être en reconnaîtrons- nous quelques-uns. Laissons de côté Charlemagne et Roland ; ils sont trop célèbres pour nous fournir d'utiles indications d'origine. Les Sarrasins Ospinel et Pouré nous sont connus par Turpin ^ ; et remarquons ici que Turpin lui-même joue un rôle important dans notre roman ; le Gascon Eogelier vient de la même source. Les noms de Marsile et de Borel sont fréquents dans l'épopée française ^. Mais voici un personnage qui va nous fournir les renseignements les plus précis : c'est Aimeri de Narbonne , que le Pseudo-Philomena nous présente accompagné d'un cortège d'indications qui équivalent à un certificat d'origine. « Naymeric , que era nebot de Ouiraut de Yiana e Raynier^ frayre d'Olivier, loqual Aymeric fo pueys duc de Narbona'.D Et plus loin : «Aymeric, fllh d'En Amaut deBerlanda e nebot de Guirart de Yiana e Raynier de Lausana e Mili de Pola, e eran sey oncle, e foro fils de Garnier de Monglan ^. » Aimeri, fils d'Amaut de Beaulande, neveu de Girart de Vienne, de Renier de Lausanne et de Milon de Fouille, petit-fils de Garin de Monglane, c'est la généalogie bien connue qu'offrent Albéric de Trois-Fontaines et la chanson d'Aimeri de Narbonne ; c'est celle que M. G. Paris lui-même attribue (p. 80), comme on Pa vu ci-dessus, aux arrangeurs français. Donc le Pf^iMfo-PAttonitfiia a puisé dans Turpin et dans les poèmes français de la seconde époque^; et il nous faut renoncer

1. Fonré est, pnrniilM Sarrasins, Tua des plas aneient personnases de répoqve ftanfaise. Quoique AatoNd ne le mentioaDe pas dans le passage o6 il est f)tft anodon à la prise de Hoblet (M aller, laisse cixxti), il est rattaché ï eet érénement par des témnégni^es nombreni : la première branche de la KarUimaçmU'->84i$0 , Qui d$ R9urgopie (t. 7^, cf. 1SS4), Aiol {m$i, UU.,Jllt, 275), GuUêcUm^ dei. Bodel, (II, SI), etc.

1. On a vaque le Sarrasin Borel ilanre dans le fragment de b Haye; il est aoasl ■soitionné dans Rotamd (éd. Maller, v. 13SS).

S. DOO/, 7, fol. 53 v«; fr. 3232, fol. 4S i« ; CUmpI, p. S6.

4. Doai, 7, fol. 6& V>; 22S2, foL 69 1«; Oanipé, p. SS. An lieaTde flnrwier, le denier de ees teites a OarM , ce qui concorde mieni avee les chananns de

S. On en tronTerait nne «ntre prenve dans les caractères que le Psend^Phllodonne à ses personnages. Ainsi Orionde, fomme du roi sarrasin Matran, qni a ponraon mari tant de dédain, et un penchant si Tîf poor let chevaliers chrétiens, est ansai diflérente de la Bramfannnde on Branùdoine de iMami, dont le maintien n*eit paa sana digoité, que semblable à U Floripas de Fkrabroê on à la Margalie de FlaotomL

à ce récit «extrêmement précieux n que nous annonce M. L. Gautier, à ces a très- anciennes légendes, toutes particulières au Midi, et qui ne sont le sujet d'aucun poôme français, » Le Pseudo-Philomena a créé de toutes pièces, pour la plus grande gloire de Tabbaye de la Grasse, un roman où il contredit à la fois rhistoire, qui ignore les a Gestes de Charlemagne auprès de Narbonne et Carcassonne , » et la légende, qui place au retour d'Espagne, après la mort de Roland, et en de tout autres circonstances, l'investiture de Nart>onne donnée à Aimeri. M. G. Paris a donc raison dans son appréciation générale de Philomena, mais sa thèse en faveur de Texistence de l'épopée provençale reçoit un échec de plus dès qu'on est arrivé à déterminer les sources de cet ouvrage.

Nous n'en avons pas encore fini avec le Pseudo-Philomena, mais cette fois il ne s'agit plus que de résoudre une question de détail dont l'importance est minime. M. G. Paris désigne par A le ms. de Londres (ou sa copie conservée dans le tome 7 de la collection Doat), et par B le ms. fr. 223i. Il remarque que ces deux textes offrent des variantes très-nombreuses, que le texte de B est loin d^ôtre aussi strictement lié au latin que celui de A ; qu'il coupe les phrases et modifie les tournures sans toutefois altérer le sens, ce qui est vrai ; mais il ajoute que A est l'original, et B une traduction faite sur la versicHi latine, ce que je ne saurais admettre. M. G. Paris se croit en état de justifier son opinion par un examen détaillé, dans lequel, de peur d'une trop longue digression, il ne veut point entrer K Je crois au contraire que cet examen l'eût amené à une tout autre conclusion. Il y a des procédés pour résoudre à coup sûr les questions de ce genre* Si U version latine offre des traits inconnus kAei reproduits par B, il est clair que ce dernier texte doit avoir pour original la version latine; mais si nous voyons il et B s'accorder en des particularités que n'a pas le latin, il faudra bien admettre que ces deux textes, quelles que soient d'ailieura leurs

1. Le i0iil dit «Joe dte M. G. Paris est que B meotionoe un éyèqae de Cattrts (Robert que era aresqae de Casiriu, fol. 75 v®), alors qu'il est question dans A et dans la yersion latine d*un évêque de Chartres, Il y a dans le latin epUeopuê CartosieMsU (an lien de Camoiemit). Mais d'abord la variante CaUras peut |»arbitttaenk s'expliquer sans rintermédiaire do latin Carttasaui»; et en ootie cette variante pent bien n'élre qu'orthographique et désigner Chartres. Cette Tille figure deux, fois dduis Girart de Rouilho (v. 33S1 et 4343) et toujours sous la forme Chaêtres^ qui serait Coiirei dans le Philomena, le ms. parisien de <irir. de Ro$t. aspirant le e à peu près dans les mêmes cas qa*en français.

variantes, sont aussi indépendants l'un que l'autre de la version latine. Et c'est le résultat auquel m'a conduit une comparaison prolongée des trois textes. Voici quelques exemples :

A (Doat), fol. 16. ÛAMPI, p. t7-S. h (2332), fol 4 T*.

... £t anc nois ne poc ... Et ad hoc non po- ... Et banc nois ne boni apoderar entroque tueront induci nisi ad ul- poc hom apoderar entro Tarcevesque Turpi lor o timum quando dominus que rarssevesque Turpî mandée en peoa d'esco- papa prscepit eis sub lor o mandée en pena mengament. Et adonc pena excommanicatio- d'escomergament.Esela fero la voluntat de Kar- nis quod comederent et ora elbs fero lo mandate, biberent secundum vo- ment de K.

luntatem Raroli; et ita

faetum est.

PlaQons-Dous dans Thypothèse de M. G. Paris etvoyonscequ'a fait le traducteur latin : il a tourné par le passif l'expression « et on ne les put forcer » , en outre il l'a affaiblie, car indutÊtt est loin d'avoir la force d*apoderaf. Cependant^ est d'accord avec A. A la fin du passage il y a un fait plus concluant encore : le traducteur rappelle ce qui est dit plus haut : à savoir que les anachorètes doivent ^ manger et boire selon la volonté de Charles»* Comment cette particularité n'estrelle pas reproduite dans B? comment ce texte s'accorde-t-U avec A pour dire brièvement que Turpin lor o mandée^ leur commanda cela? Dans l'hypothèse de M. G* Paris cette concordance de iA et de A est inexplicable.

il, fol. 43 r*. CiA«, p. &3-4. jl, fol. 33 1*.

E car hieu soy a?uts Etqaia fai ego in asdl- £ quar ieu ao avat en

en le hedificameot d*a- âeatione bujos menas- lohedificamentd*aquest

qaest monestîer» aytal terii, istud privilegiam mone8tier,aytalhpr6ve-

privilège... do Tobis... lege vos do...

Remarquons i* l'emploi de la forme rare ioi avuiM (au lieu de ai estai) ^ ; 2* celui d'ayial; si B avait traduit le latin, il aurait mis aquesi.

Void maintenant un morceau plus étendu. Pour épargner la place

1. cet emploi do ferbe avoir an sens da verbe^/re se rencontre dans dirert Idiomet romtns ; voir Mussafia, Seiirâge »ur GnehiekU der roMoii. Spraeken (Vienne, iseï), p. 34, 26, et Jahrbuehjûr romam. LiUrmiur, V, 247-S,

je le citerai sans commentaires, me bornant k souligner tout un passage du latin qui a été oublié dans les deux autres textes ^ :

i4, fol. 46 r». ' CiAMPi, p. 57. B, fol. 37 ▼•.

Et en après vengron Postea venerunt ad Apropyengroalpuegs

al Pont Coîobrat e mei- Pontem Colobrinum et Colobrar, et aqui mes-

ron H aqui nom la posuerunt ibi nomen sero nom l'anguarda Rt,

guarda ' Rolant , e fe- Engarda Rotolandi , et e fero aqui capelha de

ron aqui capella de sediGcaveruot capellam sant Marti. Fayt aqno

sant Marti. Pueys ane- ia honorent S. Martini, anero a Cabestayng e

ron a Cabestanh e pray- Postea iverunt apud Ca- presero lo; e K. fe aqui

roi, e Karles febatejar pistagnum et ceperunt batheyar totz los Sarra-

tots los Sarrasis; et Rt eum, ef œdiffcaverunt sis. ApropayssoRts'en

anet a Acde la ciutad et ibi piures capelias, anec ?ays Acde, et estec

estec hi hueyt dias; Postea venerunt apud aquiaseti. vii.joms^et

pueys près la. Puey Biterrim et ceperunt en aprop elh la pies,

aysso fayt , Karles e statim eam , et Karo- Fayta aquesta pressa K.

Rt vengro a Corsa * e lus fecit baptizari omnes e Rt. e totz los autres

totz 11 autres, et hedifi- Sarracenos. Gonsequen- yengron a Cosa, et aqui

quero aqui monestier ad ter Rotolandus ivit apud hedifiquec monestier ad

honor de sant Esteve ; e Agathensemcivitatemet honor de sant Estere.

Karles tenc aqui sa cort, cepit eam , et stetit ibi E K. tenc aqui grans

eapeleroaquestlocGor- per octo dies. Postea cortz, et aquelh loc fo

tassan. E d'aqui Karles tam Karolus quam ipse apelhatz Corsan. Estan

trames sos messages a et ^ omnes alii vene- aqui K. am sa ost, elh

Matran que vengues runt apud Cursanum trames sos messagters a

parlar amb el. et œdiflcaverunt ibi mo- Matran rey de Narbona

nasterium ad honorem que vengues parlar amb

S. Stephani; et quia elh.

Karolus teouit suam

curiam, Tocaverunt lo-

cum Cursanum. Ab illo

loeo misit Karolus sues

nunciosMatrando ut ye-

niret loqui cum eo.

1. ce n*eftt pas le seul cas oùle texte latin a eonservé la bonne leçon perdoe par let deux mw. en langue Tnigaire; on a vu plus hant, p. 29, n. 4, que la versioo laUne a seule retenu la forme coirecte d*un nom propre.

2. c'est la bonne leçon, perdue par il, et on ne dira pas qu'elle déiiye de la yersion latine qui a pontem,

3. On disait la garda aussi blenque Vangarda, roy. Lex. rom,, ni, 426 «», et Girart dé RosHlho, t. 5055.

Page 1