Coursan, entre Béziers et Narbonne
&. Diaprés 4977; dampi : quoniam omne».
Reste le fait que les deux textes vulgaires de Philomena ofTi-ent uu nombre de variantes qui dépasse la mesure ordinaire. Mais ce fait, dont on essaye vainement de rendre compte en supposant la version latine placée comme intermédiaire entre A et B, n'est pas inexplicable. A étant le texte que cette version reproduit le plus exactement^ peut avec toute certitude être considéré comme la leçon originale datant des premières années du treizième siècle, et n'ayant subi dans sa transcription au quatorzième (le ms. de Londres est de cette époque) que des modifications orthographiques, ^est du quatorzième siècle par la langue comme par l'écriture, et présente des traces non équivoques du dialecte gascon. Ce dialecte a si peu participé à la culture générale de la langue d^oc, qu'on le regardait comme un idiome étranger, tout de même que le français, l'anglais, l'espagnol ou le lombard ^ 11 n'est donc pas surprenant qu'un texte écritau commencement du treizième siècle dans la langue d'oc commune ait subi au quatorzième et en Gascogne quelques modifications de &tyle. Cette observation que je présente sous une forme générale serait au besoin justifiée par un examen dans lequel je ne puis entrer présentement. Il me suffit d'avoir prouvé que B est complètement indépendant de la version latine 2.
Le second ouvrage étudié par M. G. Paris dans cette partie de son travail est la vie de saint Honorât, composée, vers 4300, par le prieur Raimon Féraud pour Marie de Hongrie, femme de Charles H, comte de Provence, et qui contient plusieurs récits fabuleux relatifs à Charlemagne. Le poème de R. Féraud est divisé en cinq livres, dont
1. « Et apeUm lengatge estranh eoiua fnoces, engles, espanhol, gaseo, lombaid. • lêfi d^AmoTM^ II, 3SS.
2. La eumparauMm des deox textes montre dans B une tendance marquée à ra- Jeosir ta langue: amai là où nous Haona dans A (Doat 7, fol. 18) terof, an sens original (homme), U y a dans B (loi. 7 ▼•) homei, A ueiaU et à adonc de A (fol. le), M préAre acof/tcma/s et mIo ora. B ê^eOoine de préciser le «eos par de courtes addittons» on par de légers remaniemenli qui ressemlrfent à des gloses. Ainsi : M. 37 %*, dans «n des passages dtés d-dessus : « E R. fe aqué totliejar... », aqui est igouté ; « Fayta aqutêia pressa », A porte simplement « afsso fayt. ». De même, A (fol. U V*) : « Karles... dis que TolnnUers y bastiria e 7 faria mooestier et eodotaria. » B (fol. 2 v*) développe ainsi : « ...dix que voluntiers loy tiastiria ei faria mo- ■eitieri e qods daria rendas e (eranres de bes en talb manie>ra que poguesso ester onradament e viure. » Cest dans lainéme intention que B rétablit souveut le pronom de la 3* personne el (o<i elh) omis par A, U rst incontestable qu il reste en fin de cpmple un certain nombre de variantes dont on ne voit pas la cause, mais cette cme,«e n'est pas rbypothèse d^une traduction latine iutemirdittiraqui la louniirait, •I il font sans doute la chercher dans la fontai^ie du copiste.
les quatre premiers sont consacrés à saint Honorât et le cinquième à saint Porcaire, abbé de Lérins. Il est, pour la majeure partie, traduit du latin : l'auteur le dit en commençant, et nous n'avons aucune raison de suspecter son témoignage. Toutefois il serait utile de pouvoir comparer le texte avec la paraphrase afin de voir ce que Féraud a ajouté à son original. Malheureusement je n'ai pas mieux réussi que M. G.Paris à découvrir un exemplaire de la vie latine de saint Honorât qui cependant a été imprimée^ On pourrait y suppléer dans une certaine mesure à Taide d'une traduction en provençal moderne conservée à la bibliothèque du collège de Lyon^ et dont j'ai le prologue et en partie les rubriques 3. La comparaison de ces rubriques avec ^ouvrage de R. Féraud laisse voir que les récits relatifs à Charlemagne manquent dans l'original latin, et sont conséquemment des additions faites par le poète. Quelle en est la source? R. Féraud dit à la fin de son prologue : a J'ai lu Moïse tout entier, et j'ai eu maints livres en baillie. J'avais les vies des Pères et beaucoup de romans, et j'ai lu la geste de la sainte conquête qui eut lieu à Roncevaux, d Adoptant, bien qu'avec réserve, l'opinion de FaurieU M. G. Paris 8'exprimeainsi:a II est à présumer que ces romans étaient provençaux, car rien n'indique d'une part que Fauteur ait eu connaissance du français^ et d'autre part, les quelques récits qu'il leur emprunte diffèrent notablement de ceux des poèmes en langue d'oil sur le même sujet. 11 y aurait donc eu vers la fin du treizième siècle des chansons de gestes provençales encore existantes ; le fait est sur^ prenant, mais il parait difficile de le révoquer en doute (p. 88). » Il me parait plus difficile encore de l'admettre, tant il serait, en effet.
1. En 15J1» chez J. Petit, selon les BoUandistes qui Tont rejetée et la déclarent toute fabnleuse (rabulis et deliriis conferta) (16 Jan. m, 16). l\ se peut méoie qu'il en ait existé deux éditions, car M. A. Denis (cité par M. Saidou, îa Vida de iont Honorât , p. 63) mentionne dans ses Promenades pittoresques à Hffères une Vita sancU Nonorati^ imprimée à Venise en 1500. Mais l'onvrage de M. Denis n^a pas le caractère scientifique, et les assertions qu'on y trouve ont toujours besoin d'être vérifiées.
2. n° 1102 (1222 du catalogue de Delandine) , écriture de la seconde moitié dn seizième siècle. Sur l'un des feuillets de garde on lit cette note du P. Papebroch à qui le ms. avait été communiqué : « Haec vita translata est, ut in praefatione dicitur, delatina in très libros divisa, quorum hic habentur priores duo; looo terUi interpres brevem addidit concinsionem. Ipsa autem latina vita fuit impressa Parisiis, an. 1511, in-4% apud Jehan Petit, eaque fabulosissima, ab interprète vero hic pluribus locis contracta* Itaque censui librum restituere cnm gratiarum actione, l683,mense Januario, per R. D. Lodovicum Jolet Daniel Papebrochius. •
c sarprenant. d La supposition que R. Féraud ignorait le français est invraisemblable au plus haut degré. Lorsqu'on voit à quel point la littérature française était connue dans le midi de la France ao treizième siècle > , lorsqu'on possède des mss. français exécutés par des scribes méridionaux^, il n'est pas permis de douter qu'un honmie instruit, un religieux, écrivEnt aux environs de l'an 1300, sous un prince de la maison d'Anjou, et pour la femme d'un de ces princes^ ait ignoré le français. Reste le fait que les récits relatifs à Charlemagne sont très-différents de ceux qu'on a en langue d'oilsur le même sujet, ce qui est vrai ; mais il est vrai aussi que es récits de Féraud sont trop altérés pour qu'on puisse s'y fier ; ils sont remplis de confusions a qui doivent être mises sur le compte du po^te, et ne peuvent être attribuées aux originaux qu'il avait lus.» C'est M.G.Paris lui-même qui le dit (p. 89], et dès lors il n'est pas étonnant que les récits en question « diffèrent notablement de ceux des poèmes de la langue d'oïl sur le même sujet. » Du reste il est remarquable qu'ayant par la suite à rappeler les récits carolingiens de la vie de saint Honorât (p. 21)8, 291, 366), M. G. Paris ne pense plus à leur attribuer une origine provençale. Il va même, pour l'un de ces récits. Jusqu'à supposer qu'il a pu être emprunté à la chanson des Saxons de Jean Bodel (p. 29i).
Dans l'état actuel de nos connaissances, il est difficile de déterminer exactement les sources épiques où Féraud a puisé, d'autant plus qu'il parait en avoir usé avec cet arbitraire que nous avons déjà remarqué chez les auteurs ecclésiastiques à qui il a convenu de mettre en œuvre des légendes carolingiennes. Toutefois il me semble possible d'obtenir des résultats plus précis et plus sûrs que ceux dont s'est contenté M. G. Paris. Je réserve pour une autre occasion cette recherche qui exigerait de trop longs développements pour être entreprise présentement. Je me bornerai à dire que Féraud a dû avoir uo de ces manuscrits cycliques, comme il nous en est parvenu plusieurs, qui contiennent une notable partie de la geste de Guillaume tfOrange ; qu'en outre il a connu, soit la chanson des Saxons de