ibid
m larron ou te tiendra pour toujours eu sa priaon^ car jamais on ne vit roi si félon : il a eonsenti la mort des fils Ton« qui ne purent obtenir ac* eord à . . .? Lorsqu'ils eurent passé la mer pour aller au roi Othon» ne pouvant 8*en prendre à celui-ci « il leur donna trêve à Avalon ^ »
Entre autres récits fabuleux, Jacques d'Aqui, chroniqueur de la fin du treizième siècle, rapporte que Charlemagne, se trouvant à la chasse, lut surpris par les Sarrasins et emprisonné à Hontmeillant. M. G. Paris conjecture, avec toute raison (p. 366), que ce trait est emprunté à une chanson de geste. Voici sur le même fait un témoigoage très-explicite, malgré sa concision : Guiraut de Cabreira reproche à son jongleur Cabra d'ignorer une infinité de choses, et nommément la chanson dont Jacques d* Aqui nous fait connaître le sujet : « Tu oublies Montmélian, lui dit-il, où Charles fut mis en prison, a
Monmelian Vas oblldan On Caries fos mes en preizon.
(Bvtsch, DenkmMler, p. 91.)
L'importance de ce texte consiste en ce que, Guiraut de Cabreira ayant vécu à la fin du douzième siècle, le poème auquel il fait allosion se trouve avoir été notablement plus ancien qu'on n'eût été en droit de le conjecturer d'après le seul témoignage de Jacques d'Aqui.
Nous arrivons maintenant au troisième livre de l'ouvrage : Vérité et Poésie. U a pour objet de montrer les rapports de l'histoire réelle de Chariemagne avec son histoire légendaire, de recueillir tout ce qui peut s'être conservé d'historique entre tant de fables. Ce livre
t. Cette trtdodion est, sur certaio» points» très-ooajeetnrale, parce qae les deux textes qae nous avons de ce paseage soot loin de s'accorder, l'ai soivi de préférence Oxford , qui a conservé on vers très-important omis dans le manoscrit de Paria. Told les denx leçons :
Qv'ma wm ap ntict rM «iu fUo, Qa'd rMcstil U aort 4c fiUi Yo, Qa*tM BO pogtea trolMf fia a DorQ.
Qur BO lh'e« poc mtomrt altra U aMpithi br M àuêà diot A? alo.
(fid. HoAnann, v. 1S)-S.)
Oxfoao.
CaÎM «ab aa «ialaa ret itaal CdoB, Qai cooawU la sort des fia Cioa, Qoaat U oa poreat lairt fia à Dvcoo. Qoaat paMcrcBt la aar aa rd Otoa Maia aa Tca pot Bovcir aalra tcttaoo l^i'aaa aaa aaafri raeat diaa Avalaa.
(Blahn, GedéehU, I,»70
est trèst-court : il a 33 pages. G^est dire que l'analyse à laquelle M. 6. Paris a soumis le cycle carlovingieu n'a pas dégagé beaucoup de matière historique. Il faut se souvenir d'une remarque faite au début de ces recherches : beaucoup des faits réels de l'histoire de Charlemagne ne nous ont pas été conservés^ et nos premières chansons se sont perdues ou ne nous sont parvenues que sous une forme altérée d^où les traits anciens ont généralement dispara. Cette double lacune a eu naturellement pour effet de diminuer les points de contact entre l'histoire et la légende. J'ajouterai qu'en dehors de l'épopée carolingienne proprement dite, plusieurs chan* sons ont un fondement historique certain : hemhart et Gormoni^ Raoul de Cambrai^ Girart de Eossilho. De là on peut tirer une induction favorable à l'origine vraiment historique des plus anciens poèmes du cycle carolingien.
Dans un premier chapitre^ M. G. Paris recherche la trace de l'élément mythique dans l'histoire légendaire de Charlemagne. Il remarque justement que l'époque où s'est formée la légende n'était plus propre aux créations mythiques; que, si quelques mythes peuvent y ôtre découverts, ils y sont venus de plus loin ; et c'est avec raison qu'il voit dans ce fait une preuve nouvelle de l'origine romane de notre épopée. D'origine germanique, elle eût offert un bien plus grand nombre de mythes, a En Allemagne, dit-il, où un vaste cycle mythologique survécut longtemps, à l'état de vagues récits, de superstitions tenaces, de dénominations populaires, à la religion, qui en était l'&me, les quelques récits qui se rattachent à Charlemagne offrent au mythologue un butin plus riche que l'immense épopée française » (p. 433-4). L'un des deux ou trois mythes que M. G. Paris croit reconnaître dans la légende carolingienne rst l'histoire de l'épouse injustement accusée, puis reconnue innocente (Berthe, Blanchefleur, Sibile, Olive). La môme situation est en effet si fréquente dans les contes populaires, que l'opinion de M. G. Paris me paraît à peu près hors de doute. S'il faut y voir un mythe solaire, comme le propose en passant M. G. Paris, c'est une autre question, que mon ignorance de la science encore toute récente de la mythologie me défend d'aborder. Je suis moins persuadé du caractère mythique que M. G. Paris attribue au commerce criminel de Charles avec sa sœur. Ce trait peut n'avoir pas d'autre cause que l'incontinence bien connue de l'empereur. M. G. Paris combat enfin les idées au moins étranges d'un auteur allemand sur l'identification de Charlemagne avec un certain dieu Karl. Peut-être était-il superflu
de consacrer même deux pages à la réfutation d'un paradoxe sans autorité*
Dans les quatre chapitres qui suivent, H. G. Paris étudie succèssivement les prédécesseurs de Charlemagne, l'empereur lui-même et ses successeurs, recherchant attentivement ce qui peut s'être conservé d'historique dans sa tradition. Le premier de ces chapitres me paraît être celui qui contient le plus de vues neuves et de faits positifs. M. G. Paris, partant de ce point que plusieurs des souverains mérovingiens ont été eux aussi célèbres dans les traditions populaires, suppose que les faits de leur légende ont été transportés à Charlemagne. Cette hypothèse offre à priori un haut degré de probabilité, mais la pénurie de nos sources d'information ne permet pas de réunir tous les faits qui la justifieraient. Cependant il n*est pas impossible de démêler dans Thistoire poétique de Charlemagne quelques uns des éléments préexistants qu'elle a absorbés. 11 y a dans cette partie du travail de M. G. Paris de véritables découvertes. Deux récits relatifs l'un à la naissance, l'autre à la jeunesse de Charlemagne, me paraissent comme à lui empruntés à des traditions sur Charles-Martel. Dans l'une, il est dit que Charles fut conçu sur un char, et cette expression, qui indique la bâtardise, convient aussi peu à Charlemagne qu'elle est bien appropriée à Charles-Martel, le fils d'Alpaîde, concubine de Pépin; elle lui est même appliquée par une chronique du onzième siècle : Pippinus genuii Karolum ducem. Isie fuit in earro nattu. Selon l'autre récit, qui est foura par un grand nombre de sources, Charlemagne avait eu à lutter pendant sa jeunesse contre ses deux frères Heudri et Raiufroi, ce qui est contraire à toutes les données historiques , mais ce qui présente une grande conformité avec les circonstances dans lesquelles s'éleva Charles-Martel, ainsi que le montre M. G. Pftris, p. 439- 440. Sur un autre point, au contraire, je ne saurais être d'accord avec M. G. Paris. Selon lui, le Charles-Martel de Girart de Rouilho ne serait « que le prête-nom de Charles le Chauve a (p. 437 ; cf. p. 219-20}. Cela est inadmissible. Il faut dire que l'auteur de ce poème a transporté k Charles-Martel des événements du règne de Charles le Chauve; mais c'est bien le personnage de Charles-Martel qu'il voyait dans le héros que lui fournissait la tradition, et non point un autre. La preuve, c'est qu'il connaît son fils Pépin, le mentionnant à plusieurs reprises i, et le faisant sacrer empereur par
t. tdtt. HoAnano, 7163, 7S40, 7M9, SOtl, 8337.
re pape. D'ailleurs oq sait bien que le soufenir de Charles-Martel ne s'éteignît jamais dans le Midi. Un siècle peut-être après la composition de Girart de RossilhOy Peire Cardinal, qu'indignaient la puissance et l'orgueil du clergé, s'écriait : Karles Martels los saup tenir i I
Si le Charlemagne de la légende s'est attribué plusieurs traits dé l'histoire de ses prédécesseurs ^ en revanche il en a conservé bien peu qui appartiennent à sa propre histoire. Aussi le caractère du héros est- il devenu presque méconnaissable. Celles de ses qualités qui frappaient le plus vivement le vulgaire, par conséquent les plus banales, l'idée vague d'une grande puissance et de conquêtes lointaines, sont, avec quelques faits exacts dont nous ne pouvons guère apprécier la proportion, tout ce qui survécut au personnage réel. Tels furent les éléments qui servirent à composer le personnage légendaire. Dans l'état où nous est parvenue notre épopée les traits communs à la légende et à l'histoire sont bien peu nombreux. La scène par laquelle s'ouvre le Couronnement Loéis, et qui se retrouve à peu près dans les chroniques contemporaines, est à peu près ce que M. G. Paris a trouvé de plus concluant à cet égard.
Dans le chapitre intitulé « Les successeurs de Charlemagne >, M. G. Paris s'accorde avec l'opinion générale pour voir dans le Charlemagne de toute une classe de chansons de geste la personni* fication des derniers Carolingiens en butte aux attaques d'une féodalité déjà puissante; seulement il précise trop l'hypothèse quand il suppose que les poèmes de cette classe a ont dû être composés sous un prince du nom de Charles, sans doute Charles le Simple o (p. 460). U y a apparence, au contraire, que la plupart d'entre eux ne remontent pas au-delà du douzième siècle, et qu'ils ont été composés d'après la tradition déjà lointaine des derniers temps de la monarchie carlovingienne.
Un livre qui résume les notions acquises sur un sujet, les dispose méthodiquement et en accroît le nombre dans une notable proportion, marque pour un temps le niveau de la science; mais en même temps il en rend sensibles les lacunes, surtout lorsqu'il est exécuté avec cette entière bonne foi qui montre les difficultés au lieu de les dissimuler. Le devoir de la critique est alors de soumettre ce livre au plus rigoureux examen, d'en sonder toutes les parties, de vérifier