‹ Histoire poétique de Charlemagne (volume 2)Chapitre 74 sur 77 · AnnaUâ, U, 8S; GermanUt,7\ VUa CaroU · texte numérisé non relu

AnnaUâ, U, 8S; GermanUt,7\ VUa CaroU

t. Par iimçue vulgatre^ M. Gautier colend ki le latin vulgaire.

par opposition an beau latin qu'il se piquait de parier d (p. 34). Cette opinion est contrariée par les indications que fournit la langue du fragment rapporté par Hildegarius. Cette langue est le latin littéraire, et non le latin vulgaire, qui à cette époque avait perdu plusieurs des formes qu'on trouve dans notre fragment, et notamment le passif {interfidantur). Il est aussi plus que probable que des mots tels que canere, mV, inclyfuSy instinctu^ étaient inconnus au peuple ^ La conclusion à tirer de ces faits est qu'Hildegarius doit avoir refait en latin grammatical le fragment qu'il avait recueilli.

Suit un chapitre sur a Charlemagne, personnage épique* > M. Gautier est « très-persuadé que sans Charlemagne nous ne posséderions pas aujourd'hui une seule chanson de geste 0 (p. 38). Il est certain que nous en posséderions beaucoup moins, mais encore aurions-nous celles qui ont pour héros les Lorrains, Isembart et Gormond, Raoul de Cambrai, Godefroi de Bouillon, etc. A l'époque mérovingienne môme, les personnages épiques n'ont pas manqué, quoi qu'en dise M. Gautier (p. 38). Seulement il est arrivé que leur légende s'est confondue avec celle de Charlemagne. C'est le cas pour Dagobert, par exemple, qui a dû être l'objet de chants héroïques (voir M. G. Paris, p. 443-5), pour Charles-Martel surtout, de qui descendent tant de traditions épiques.

M. Gautier s'occupe ensuite du Uildebrandslied et du Ludmgtlied. Il les oppose l'un à l'autre, et reconnaît sans peine que le premier de ces chants est absolument étranger à la Gaule. Du second, on ne peut dire la même chose, puisqu'il célèbre un fait de notre histoire, la victoire remportée par Louis III sur les Normands; toutefois il y a plus que de l'exagération à prétendre que a la cantilène de Saucourt représente la poésie française » (p. 59). H. Gautier a voulu mettre en pratique la théorie de l'origine germanique de notre épopée; il a cru avoir sous la main un exemple de cantilène germanique ayant donné naissance à une chanson de geste française, et il s'est empressé de le produire comme une confirmation de son système. Selon lui, la chanson d'/sembari et Gormont est sortie du Ludwigslied.

Cette application de la théorie germanique à Isembart et Gormont, et, pour le dire en passant, la théorie elle-même, ne sont point aussi nouvelles qu'on pourrait le supposer en lisant le livre de

i. M. G. Paris me fait remarquer que les assonnanoes sont tout à bit défeetnense^, et ne peoTent être que l^osavre d*un lettré. Saxonum est proparoi jtoo, tandis que Francorum, Burgundionumt Meldcrunit sont paroxytons.

M. Gautier. Tout cela, ou peu s'en faut, est emprunté à un opuscule publié par M« Cb. d'Héricauit en 1860. Lorsque ce travail parut, j'en fis la critique dans la Bibliothèque de V École des chartes^, et je n'ai point autre chose à faire ici qu'à reproduire en substance mon argumentation : elle vaut tout autant contre H. Gautier que contre M. d'Héricault.

Le LuduHgslied est un chant d'action de grftce composé à l'occa* sion de la victoire de Saucourt, et c'est en môme temps un éloge du roi Loub. C'est une œuvre qui sans doute devint, pour un temps, populaire, mais qui n'est pas sortie du peuple. Ce roi, que le chant présente comme l'instrument docile de la volonté divine , cette ar» mée qui marche au combat en chantant Kyrie eleyion, en un moi la caractère religieux de toute la pièce, indiquent clairement une origine ecclésiastique. Et c'est en effet dans la poésie ecclésiastique que les historiens de la littérature allemande ont classé le Ludwigs- Ued\ Le poème d'/sembart et Gormont, au contraire, non-seulement offre, comme tontes nos chansons de geste, un caractère guerrier et populaire qui manque au chant allemand, mais de plus^ il contient des faits dont il n'y a pas trace dans ce chant, et qui furent vraisemblablement fournis par la tradition. Dans la chanson de geste, en eflet, les rôles importants sont tenus par deux personnages qui paraissent absolument inconnus au Ludwigslied^ Gormont, l« roi des DanMs, et Isembart, seigneur de la Ferlé-en-Ponthieu, qui avait invité Gormont à envahir le nord de la France. Et voilà l'ouvrage dont M. Gautier dit : « Rien n'est plus intéressant que de le comparer à la cantilène dont il est sorti » (p. 58, cf. p. 102} ! Mais l'auteur assurément ne l'a pas tentée, cette comparaison si inté» ressante , car il en eût aussitôt reconnu la vanité M. Bartsch luimême, qui admet une influence germanique à Forigine de l'épopée française, est bien loin de considérer comme valable le singulier rapprochement que M. Gautier a emprunté à M. d'Héricault, car, rendant compte du travail de ce dernier, il a dit, en propres termes : « Si l'auteur avait connu les deux poèmes plus que supei^ • fidellement, il aurait nécessairement remarqué qu'il n'y a pas c entre eux le moindre rapport '. »

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