‹ Histoire poétique de Charlemagne (volume 2)Chapitre 75 sur 77 · Voir Caàekt, Wackenagei, eCe · texte numérisé non relu

Voir Caàekt, Wackenagei, eCe

3. • Halte der Verteier beide nkhtaagen mehr «IsoberfUdittdi |ekaBal,io mattte tr bcmerckt babso, dm swisdMa bekico nkht der gtviogrte ZiMammcnbaag be- •Icht. • lu. CenirolbltUt, 13 «nil iSffl.

Lorsque M. Gautier écrivait les premiers chapitres de son livre, il avait perdu de vue ma discussion contre M. d'Héricault. Plus tard« 3 est probable qu'un renvoi de M. G. Paris la lui rappela. Il revint alors sur sa première opinion, en disant : « Entre le chant de 881 et la chanson d'Isembard et de Gormond il n'y a pointa nos yeux rapport de filiation, mais d'analogie, et cela peut suffire » (p. 633). Cela peut suffire, à quoi? A prouver que les chansons de geste sont sorties de cantiiènes germaniques? Mais autant vaudrait soutenir que le roman de Troie est tiré de llliade I

M. Gautier n'a pas remarqué l'énorme difficulté que renferme la thèse qui! a faite sienne. 11 s'agit d'expliquer comment des cantiiènes germaniques ont pu être métamorphosées en poèmes français. Pour cela, il faut admettre que celles-là ont persisté dans nos pays romans jusqu'au dixième siècle au moins, ou bien qu'on les allaif chercher en Âustrasie. Puis il faut supposer au môme temps toute une génération de poètes philologues occupés à faire des amplifications fi-ançaises sur des thèmes germaniques. Mais c'est là une besogne d'antiquaire ! C'est une opération qui est possible à une époque où la littérature est devenue un art, qui s'est même produite plusieurs fois, notamment en Allemagne au douzième siècle, mais qui, au début d'une littérature entièrement populaire, est simplement impossible. M. d'HéricauIt avait bien vu l'abîme qui sépare les cantiiènes franques des chansons de geste. Pour le combler, il y avait jeté le Walthariusy ce poëme germanique, rédigé en latin, qu'avec Fauriel il croyait composé en France. < On pourrait, disaitil, présumer de là que les cantiiènes héroïques ne passèrent pas directement du franc dans la langue vulgaire, et qu'elles firônt leur noviciat, si je puis dire , sous l'enveloppe de la langue latine » (p. 48). Mais M. Gautier n'ignore pas que le Waliharnu n'a rien de commun avec nos traditions héroïques; force lui a donc été de rejeter une hypothèse qui donnait une apparence de raison au système de M. d'Héricault; force lui est de ci'oire que les cantiiènes passèrent directement de la langue des Francs dans celle des Romans, et il croit aussi l'avoir démontré '•

J'ai examiné avec beaucoup de soin et discuté longuement les ar-

1. Lorsqohin fait est vrai, il est ordinairement susceptible de plus d'une dérnowtration. Td est ce cas pour Torigine de notre épopée. M. S. Luoe, comparaot le génie qui anime nos chansons de gestes avec celui des poèmes épii^es de rAllemagne, est arrivé à la même cpnclusion que moi ; voir la Bévue Cwlemporaine, n"" du 28 lévrier IS67.

guments produits par M. Gantier en faveur de sa thèse. C'est qu'en effet la question de Torigine de notre épopée est la plus importante de celles qui sont traitées dans ce livre. Un grand progrès a été réalisé dans l'étude des langues romanes le jour où il a été établi que ces langues s'étaient produites par le développement naturel et spontané du latin vulgaire, que l'influence des idiomes germaniques sur leur formation s'était bornée à Tintroduction de quelques centaines de mots. De même la confusion qui règne encore aux origines de notre littérature aura singulièrement diminué quand il sera reconnu que jamais, à aucune période de son existence, notre épopée ne s'est confondue avec celle des peuples germaniques.

Voici maintenant un chapitre (le onzième) qui me parait ne se rattacher qu'indirectement au sujet du livre. Il est intitulé : Histoire abrégé des caniilènes religieuses. Entre diverses considérations dans l'examen desquelles je m'abstiens d'entrer, se rencontre une méprise qui a conduit M. Gautier à supposer l'existence de traductions du latin en langue vulgaire environ un siècle et demi avant les Serments de Strasbourg ; conséquence grave qui aurait dft l'avertir* qu'évidemment il se trompait. Et en effet, Thibaut de Vernon, qui a versifié en français plusieurs vies de saints aujourd^ui perdues, ne vivait point à la fin du septième siècle ni au commencement du huitième, mais au onzième. L'erreur vient de ce que M. Gautier a confondu les Miracles de saint Wultram, écrits dans la seconde moitié du onzième siècle par un moine de Fontenelle, avec la Vie du même saint qui en effet appartient (sauf des interpolations assez nombreuses) aux premières années du huitième siècle. C'est dans les Miracles et non dans la Vie qu'il est parlé de Thibaut L'auteur, comme pour donner à son récit toute la précision désirable, ajoute même que ce personnage fnt miraculeusement guéri d'une perte presque totale de la vue lors de hi translation de saint Wulfram, qui eut lieu en 1053 ^ Ce texte est des plus connus \

Le chapitre XII est dirigé « contre les tendances d'une école qui a voulu voir dans nos chansons de geste Tœuvre des clercs, presque l'œuvre de l'Église » (p. 68). Cette école m'est tout à fait inconnue. On y trouve en outre quelques recherches sur la chronique de Turpin qui, sans entrer aussi avant dans la question que le travail spécial de M. G. Paris, ne laissent pas cependant de con-

1. VabUloD, Aeta O. S. Ben., saoc m, p. 37S4 ; ÂnmaUs^ IV, 54). 1. Voy. tebeof, Disserîalkem sêut rkUi. II, 67 et wiv.; U Rne» Btsait, II, IS- IS ; Oa Méril, BUi. de la PoésU êcand.^ p. 179, Dote 1, etc.

tenir quelques bonnes observations ^ Il faut avouer, du reste, que la dissertation de M. G. Paris a montré les difficultés plutôt qu'elle ne les a résolues. A la fin du môme chapitre M. Gautier affirme que « la véritable origine de nos chansons de geste est uniquement dans les cantilènes » (p. 88) ; et il revient avec plus de développement sur ce sujet dans le chapitre XIV, ayant jeté entre les deux un chapitre sur la formation des cycles épiques. M. Gautier recherche cornment les a cantilènes » sont passées à l'état de chanson de geste. Sa théorie est au fond celle que M. d'Héricault et d'autres ont admise avant lui; il la précise plutôt qu'il la modifie. Selon lui a les

CHANSONS D£ GBSTE DÉRIVENT DES GANTIliNES. POUa FORMER UNE CHAN- SON DE GESTE, ON N'A EU QU'A JUXTAPOSER UN CERTAIN NOMBRE DE CAN- TILÈNES JADIS INDÉPENDANTES ET ISOLÉES. 9 Telle cst la formule qu'il imprime à plusieurs reprises en capitales et dans laquelle il pense avoir renfermé a la plus plausible des hypothèses ». Puis » faisant une immédiate application de son système, il exprime la conviction que a Ton pourrait reconstituer la série complète des cantilènes qui ont composé noire Boland a (p. 99). Mais il reconnaît qu'elles ont été soudées avec tant d'art que les sutures ne se laissent guère apei^cevoir. Il se borne à indiquer le récit de la mort d'Aude, comme étant peut-être le seul passage dont on puisse dire avec quelque certitude : a Voilà une cantilène, la voilà dans son intégrité primitive, telle qu'elle existait sans doute avant d'être enchâssée dans le poème épique. »

Il n'y a pas à discuter des faits aussi hypothétiques, ce sont des arguments invoqués à l'appui d'un système préconçu. Ils en sont tirés par déduction^ et ne peuvent servir à établir une induction. Pour qui n'admet pas le système, leur valeur est nulle. Sur le système lui-même je me bornerai à un petit nombre d'observations. Le meilleur moyeu de le réfuter est de trouver une meilleure théorie de l'origine de notre épopée et de l'opposer à celle de M. Gautier. C'est un peu ce que je ferai, mais toutefois en réservant pour une autre occasion des développements qui ne sauraient trouver place dans une discussion incidente.

J'ai fait voir quelles objections rencontrait la théorie selon laquelle les chansons de geste auraient été faites avec des chants ^ germani-

Page 1