LIVRE PREMIER
des romances sur le comte Claros ( Primavera , 190-2), et, bien qu’elle y soit trôs-altérée, une de ces romances est la seule qui ait conservé le trait du conseil où Charlemagne raconte le crime du jeune homme et demande la punition qu'il mérite, et la seule aussi où son pardon soit donné comme dans la légende latine. Cet exemple est un de ceux qui montrent le mieux l’extrême liberté des romances vis-à-vis de leurs originaux , et fait bien sentir la difficulté qu’on éprouve souvent à les démêler.
9* La reine Sibile. On connaît deux éditions du seizième siècledu livre espagnol intitulé : Bistoria de la reyna Sibilla ; maisM. de Gayangosen a signalé dans la bibliothèque de l’Escorial un manuscrit du quatorzième siècle. Sur le livre espagnol et ses rapports avec le français, voyez Wolf, Ueber zwei niederlândische Volksbucbcr.
Nous ne mentionnons ici ni les poèmes épiques traduits ou imités de l’italien ', ni ceux où des lettrés ont exploité les récits des jongleurs sur Roncevaux', ni enfin quelques romans traduits du français, mais qui ne tiennent que de loin à notre sujet ’. Le véritable contingent de l’Espagne, dans l’histoire poétique de Charlemagne, ce sont les romances. Si elles ont souvent bien altéré les faits et parfois même l’esprit des poèmes français, elles ont du moins conservé à la légende carolingienne une vie qui n’est pas encore éteinte ; leur poésie sobre et frappante, leur passion contenue, leur forme éminemment chantante, ont maintenu dans le. coeur du peuple les récits qu’elles ont transformés. L’histoire d’Ogier le Danois (le marquis de Mantoue), dit Cervantes, « est sue des enfants, non ignorée des jeunes gens, célébrée et même crue des vieux. » Et encore aujourd’hui l’Espagne est le seul pays où le peuple chante avec foi et amour Charlemagne et ses douze pairs.
Ce que nous disons s’applique aussi aux romances portugaises; celles qui se rapportent à notre sujet sont peu nombreuses; elles ont en général quelques traits différents des romances espagnoles, parfois plus anciens, comme nous l’avons vu plus haut. Leur poésie est moins roide, moins tranchante et moins vigoureuse que celle des romances espagnoles ; elles ont en revanche plus de grâce et souvent un charme presque mystérieux ‘.
* Voyez la dernière section du catalo- * Tels sont : Flore et Rlancheflur ,
gne de M. de Gayangos. Doon de la Ro>he (Knriqne fuCOHva),e\c.
* Voyez F. Michel, Chanson de Roland, 4 Tout ce qu’on possède de romances
p. 215. portugaises m trouve dans le Roman-
LES SOURCES
Les Portugais au moyen âge ont connu notre littérature romanesque, de même qu’à deux reprises ils ont imité notre poésie lyrique; mais leur goût les portait beaucoup plus, à ce qu’il semble, vers les romans de la Table-Ronde que vers les chansons de gestes. Il existe un manuscrit où presque tout le cycle d’Arthur a passé en portugais, et si 1 ’Amadis est né en Portugal, on ne peut méconnaître qu’il a eu pour originaux le Ijincelot et les Tristan. La seule contribution du Portugal à l’histoire fabuleuse de Charlemagne est des plus bizarres. La traduction espagnole des Conques tes de Charlemagne fut traduite elle-même en portugais, mais au dix-huitième siècle il en parut successivement à Lisbonne deux suites que l’on peut regarder comme les derniers romans carolingiens. L’auteur de la première de ces suites (1737), Jerénimo Moreira, est aussi le traducteur du livre espagnol: sa 5eyunda parte « ramène Charlemagne en Espagne et le fait combattre Abderraman pour secourir Galafre, et s’emparer enfin de Cordoue, capitale des Sarrasins. » Quant à l'autre suite, Terceira parte (1743), l’auteur, qui se nomme Alexandra Caetano Gomez Flaviense, n’a guère mis de Charlemagne que le nom sur son titre : « L’auteur, qui dit avoir composé son ouvrage pour servir de récréation et diversion au sommeil, a compilé tout ce qu’il a pu trouver dans les livres espagnols qui se rapportât à Bernard de Carpio, donnant commencement à son livre avec la création du monde, le déluge universel et la confusion des langues à la tour de Babel. Il rapporte ensuite l’histoire fabuleuse de l’Espagne, et, sans rien dire des Phéniciens, Carthaginois, Romains ou Goths, il saute d’un coup aux rois d’Asturie et de Léon, et à don Sancho, comte de Saldagne, et dofla Chimène , infante de Léon, parents de Bernard. Il termine à la mort du héros, qui, renonçant à la couronne de Catalogne, se fait moine à Aguilar de Campé *. »
eeiro d'Alraeida-Garret (t. I, Lisbonne, 1 Sous empruntons ces résumés à l'ou- 1843; tomes II et III, 18{>i, in- 42) . Sur vrage de M. de Gayangos; car il est la littérature portugaise au moyen Age, impossible de se procurer ces livres en voy. Wolf, Studien, p, 690 et suis. France.
Note additionnelle. Nous n’avons pu parler dans ce livre de quelques prétendues sources de l'histoire poétique de Charlemagne, qui n'ont jamais existé que dans les ouvrages où on a invoqué leur témoignage ; nous avons réuni quelques détails à ce sujet dans l’Appendice, n" VIII.