‹ Histoire poétique de CharlemagneChapitre 109 sur 246 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

le sujet de nombreux récits, qui diffèrent aussi notablement entre eux, bien que le fond soit le même dans tous.

Voici ce fond : Charlemagne, banni de France par les dangers que lui font courir ses deux frères bâtards, fils de la fausse Berte, s’enfuit en Espagne chez le roi sarrasin Galafre ; il se met à sa solde sous le nom de Mainet, lui rend les services les plus signalés, et le délivre surtout d’un terrible ennemi, nommé Braimant; Galafre en échange l’arme chevalier et le comble d’honneurs; la fille de Galafre s’éprend de lui, se fait chrétienne, et ils se promettent de s'épouser, ce qui a lieu en effet quand Charlemagne, par l’aide de Galafre, est rentré en possession de son royaume et a puni ses deux frères déloyaux.

Tel est le thème qui est commun à tous les récits mais qui y a subi de nombreuses variantes. Nous ne pouvons nous astreindre à les mentionner toutes ; ce travail a d’ailleurs été fait en grande partie par M. Karl Bartsch dans son savant travail sur le poème allemand de Karl Meinet * : nous indiquerons les plus anciennes mentions de cette légende et nous en rapporterons les variantes les plus remarquables ou les moins connues.

La plus ancienne allusion à cette légende se trouve dans la chronique du Pseudo-Turpin, qui en parle même à deux reprises. « Charles, dit le chap. 13 (édition Ciampi), avait appris la langue des Sarrasins dans la ville de Tolède, où il avait passé quelque temps dans sa jeunesse. » Le chap. 21 est plus explicite: « Comment Galafre, l’amiral de Tolède, l'orna de l’habit militaire (c'està-dire le fit chevalier) dans son palais de Tolède, où il se trouvait en exil , et comment Charles, pour servir ce même Galafre , tua à la guerre Braimant, grand et superbe roi sarrasin, ennemi de Galafre...- je ne puis le raconter ici. » Ces deux chapitres sout antérieurs au milieu du douzième siècle : il existait donc dès cette époque des poëmes populaires qui racontaient le séjour de Charles chez Galafre.

Ce premier témoignage est confirmé par les allusions que

' Nous n'avons pu, malgré la concision de ce résumé, arriver 4 n'y rien comprendre «pii ne se trouvé! dans tous les récits. Ainsi la cause de l’exil de Charlemagne est autre dans la Cronica general de Etpaiia; le roi sarrasin s'appelle llaxen dans la Gron Conguùla de

Ultramar; Mainet épouse sa fille avant de rentrer en France dans Girard d’Amiens; il s'appelle Karlcto dans le poème franco-italien, etc.

* P. 1-23, M. Bartsch n’a mis à profil ni le manuscrit de Venise ni la Cronica general.

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