‹ Histoire poétique de CharlemagneChapitre 113 sur 246 · LIVRE · texte numérisé non relu

LIVRE

du combat; personne ne sait qui il est. « Alors le roi Polinore vint près de lui et lui demanda qui il était. Mainet répondit : Je suis de Barcelone, fils d'un marchand. » Le roi Polinore commença à rire, et dit : « Va donc et retourne à faire ta marchandise, et laisse de côté les faits d’armes. » Mainet dit : a J’ai juré de m’essayer à la guerre. » Polinore s’en émerveilla et dit : « Tu n’es pas chevalier; donc je ne combattrai pas avec toi. » Mainet répondit et dit : « Si tu me promets de m’attendre ici tant que je retourne, j’irai dans la cité et je me ferai chevalier. » Polinore promit de l’attendre. Quand la reine et Galienne le virent revenir, elles s’émerveillèrent, et surtout Galienne, car la reine croyait qu’il revenait par peur. Quand il fut arrivé il raconta pourquoi il était retourné : la reine le voulait faire chevalier ; mais Galienne dit à sa mère : « Toute fille de roi et de reine peut faire un -chevalier avant de prendre mari ; et je veux donc le faire mon chevalier. » Mainet revient au combat, et porte de si rudes coups à Polinore que celui-ci s’écrie : « Par Mahomet! ce n’est pas là un fils de bourgeois ! » Et il lui demande de nouveau qui il est et ce qu’il fait à la cour de Galafre. « J’ai nom Mainet et je tranche à la table de Galienne, qui m’a fait chevalier de sa main. » On remet la bataille au jour suivant. Le lendemain, Polinore, surpris de la force et du courage de Mainet, revient à douter de ce qu’il lui a dit, et refait la même question. « O Mainet, je te demande par ce Dieu que tu adores, et par la chose que tu aimes plus en ce monde, et par la chevalerie, de me dire qui tu es et quel est ton nom. » Charles répondit et dit : « Tu m’as conjuré par trois choses, dont chacune m’est sacrée , mais il eût mieux valu pour toi de ne pas le faire. J’ai nom Charlemagne, etsuisfils de Pépin, roi de France et empereur de Rome, et suis mortel ennemi des traîtres de France et de tout Sarrasin. » Puis il tue Polinore et lui enlève son épée Durandal ( Durlindana ) (c. 27-32).

Dans un combat suivant il tue Braimant. Les péripéties de cette nouvelle lutte, divisées aussi en deux journées, sont racontées en détail. A un moment, on croit Mainet perdu; il a reçu sur la tête un coup qui l'a étourdi, et Braimant l’emporte sur ses épaules vers sa tente, à la vue des Français qui se désespèrent et de Galienne qui s’évanouit. « Mainet, ainsi porté par Braimant, revint & lui. Ici il y a deux opinions dans les auteurs : l’un dit que Mainet lui donna, sous le heaume, d’une arme courte (poignard) dans

LES RÉCITS

la figure; et l’autre dit qu’il lui donna du pommeau de l'épée dans la bouche et lui rompit trois dents. » Braimant mort, Galafre comble Mainet d’honneurs et le fait a capitaine-général de tous ses États (c. 32-33). »

Un épisode tout à fait étranger à la tradition primitive vient s’intercaler ici. Mainet fait la guerre au roi sarrasin Gualfrediano, et son fils Ogier s'attache à lui et se convertit (c. 34-36). Les trois fils de Galafre laissent éclater devant Ogier leur haine pour Mainet ; celui-ci feint de s’y associer, mais il prévient Mainet des embûches qu’on lui tend, si bien qu'une nuit, Morand, Mainet, Ogier et Galienne vêtue en homme, s’échappent de la ville. Les fils de Galafre les poursuivent, mais les chrétiens triomphent de leur attaque et arrivent tous sains et saufs en Gascogne (c. 36-39).

De là ils vont en Italie, où ils espèrent trouver le cardinal Léon, fils de Bernard de Clermont, dévoué à Charles. Mais, arrivés à Rome, ils apprennent que le cardinal est parti pour la Pouille. L’argent leur manque pour payer leur hôte ; ils donnent leurs armures en gage et sont réduits à la plus grande misère quand le cardinal Léon revient. Morand va le trouver, et Léon, faute d’autres secours, « les régale de quelques pièces d’or » pour faire face à leur misérable situation. Ils rencontrent un jour Bernard de Clermont lui-même; une querelle amène une reconnaissance, et Bernard leur conseille d’aller en Allemagne, « chez le duc Naime de Bavière, qui avait été ami du père de Charles et était des royaux de France ». Us y vont en effet, Naime les reçoit au mieux; leurs partisans s’arment de toutes parts ; autant en font ceux des bâtards et des Mayençais. Charles entre en France avec une grande armée; dans la bataille qui s’engage Lanfroi est tué et Heudri fait prisonnier. Charles entre dans Paris, et tranche de sa main la tête d’Heudri « pour que nul ne mit la main dans le sang royal ». Quelque temps après, Léon, devenu pape, arrive à Paris; il baptise Galienne ; Charles est couronné et on lui confirme le nom et le surnom de Charlemagne (Carlo Magno), après quoi il épouse solennellement Galienne (c. 39-51).

On voit que ce récit est loin d’être primitif, et que le poème qui lui a servi de modèle ne doit pas être antérieur au treizième siècle; il ne faut pa3 toutefois juger ce poème d’après le texte des Reali, car un grand nombre des traits peu antiques qui s'y trou-

Page 1