LIVRE II
referons pas ici en détail. Voici brièvement le sujet : Agoland, roi d’Afrique, envoie sommer Charlemagne de se faire inahométan et détenir de lui la France. Charles refuse naturellement; Eaumont, fils d' Agoland, envahit alors l’Italie; Charlemagne de son côté arrive à Rome, et delà se rend avec une immense armée en Calabre : les montagnes d’Aspremont servent de séparation entre les deux camps. Après de longs combats, Eaumont est vaincu, grâce au secours tardif, mais énergique, qu’apporte à Charles le vieux Girard de Fratte. Eaumont lui-mômc est mis en fuite ; Charles le poursuit, l'atteint, et le Sarrasin réduit au désespoir est au moment d’ôtre vainqueur, quand un auxiliaire arrive à Charlemagne. 11 avait refusé, en quittant la France, d’emmener avec lui son neveu Rolandin, trop jeune encore pour guerroyer. Celuici était venu malgré la défense de son oncle; mais n’étant pas encore chevalier, il n était armé que d’un pal ou bâton. Voici comment la vieille traduction saintongeaise de Turpin raconte cet épisode 1 : « E Karles segui Omont, e si (le) consut à une fontaine où il bevoit; e quant Omonz vit Karle si ot vergognie, e Karles li dist : « Montez , que conbatre vos estuet ot mei ; « e Omonz monta à cheval e o moltgrant joie, e Omonz greva tant Karle que • à la terre le mist de son cheval, e li deslassot l’eaume quant Rollans vinc ob un pal e ferit Omont sur le bras destre, si que l'espée li fit voler de la main, e prist moime l’espée, e tolit li la teste e lo bras jusqu’au cobde. » Agoland arrive à son tour en Italie ; il n a pas de nouvelles d'Eaumont et ne connaît son triste sort que quand les Français jettent dans son camp la tète et le bras de son fils *; il est vaincu et tué à son tour; sa femme Anselise se fait chrétienne et épouse Naime de Bavière *.
Le poème d’Aspremonl était connu à l’époque du Pseudo-Turpin, car l’auteur de la seconde partie a certainement emprunté à ce poème le nom du roi sarrasin qu’il fait combattre en Espagne contre Charlemagne. Cette communauté de noms a entraîné une foule d’erreurs et de confusions dans les compilations et les imitations postérieures. Ainsi, pour le traducteur ou plutôt le paraphraste que nous venons de citer, Eaumont est le (ils de F Agoland
1 Ms. tr. 124, f" 3 r* A. lances et dans les mômes lieux.
■ Ce trait rappelle la tète d'Asdrubal, * Ce récit a eu beaucoup de variantes, qui fut jetée aussi dans le camp d’Anni- qui ne pourraient être étudiées que dans bal, A peu près dans les mômes circons- un travail spécial.
LES RÉCITS
qui combat. Charles en Espagne, et son ignorance de la géographie lui permet de placer dans ce .pays la bataille où Eaumont est vaincu, tout en remarquant qu’elle « fut entre does montagnies ; l'une si a nom Apremont e l’autre Calabre. » Philippe Mousket fait de même : il interpole (au vers 4876-7) le récit de Turpin, qu’il traduit fidèlement d’ailleurs, eu motivant l’invasion d’Agoland parla nouvelle qu’il reçoit de la défaite de son fils Eaumont. Le Karl Meinet ne connaît d’autre Agoland que celui de Turpin. La Karlamagnùs-Saga a fondu assez habilement les deux Agolands, en faisant attaquer l'Italie par Eaumont et l’Espagne par son père, ce qui lui permet à la fin de raconter la guerre d'Aspremont et de reproduire en grande partie pour l’Espagne le récit de Turpin. Il n’est pas douteux que la tradition originale ne mette la scène en Calabre, et c'est par allusion à celte guerre que, dans la Chanson de Roland , Ltlancandin rappelle que Charles « cunquist Pulle e trestute Calabre (XXIX, 371). » Mais nous verrons d’autres exemples de confusion entre l'Italie et l’Espagne, dus comme celui-ci à l’influence du Pseudo-Turpin.
2° üyier le Danois. Il ne s’agit ici que de la première des douze chansons d'Ogier, qui d’ailleurs n’a presque aucun lien avec les autres, et forme un poème à part. Aussi cette partie a-t-elle souvent été séparée du reste par les compilateurs ou imitateurs : Adenès, par exemple, n’a refait que les Enfances d'Ogier, c’est-àdire cette première chanson ; elle a seule aussi passé dans la Karlamagnits-Saga (III) et dans la compilation de David Aubert (c. 32-42). Elle a pour sujet une autre guerre de Charlemagne en Italie, et bien qu’elle contienne, surtout vers la fin, des traits de la seconde époque des chansons de gestes, elle en a consené de fort anciens, et mérite que nous les rappelions.
Charlemagne reçoit un jour des messages qui lui annoncent que le roi païen ou amiral Corsuble a envahi les États du pape, surpris Rome, et piltë les églises. L'empereur convoque ses hommes de toutes les parties de l’empire, et quitte bientôt Paris à la tête d’une immense armée. Il arrive à Losane de ce côté de Montjeu ’. 11 faut remarquer les vers suivants :
De rha Munjeu fu Kalles herbergiés,
H vit le graille e le noif e le giel,
* Ce n'est pas Lausanne en Suisse. ’ Nom ancien du grand Saint-lleruard.