‹ Histoire poétique de CharlemagneChapitre 120 sur 246 · LIVRE · texte numérisé non relu

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les traditions où elles interviennent. Carcas cependant était bien réellement populaire : « On en fait mille contes, dit Bessc, dont les vieilles femmes en ce pays amusent d’ordinaire les petits enfants, » et elle figure encore aujourd’hui dans les contes enfantins de ces contrées; mais ses relations avec Charlemagne n’ont pas le même caractère d’authenticité légendaire.

Enfin il existe à la bibliothèque de Carpentras, dans les manuscrits de Peiresc, un récit tout différent des autres, mais qui ne semble s’appuyer sur aucune tradition *.

2° La Prise de Narbonne. Ici les récits sont nombreux et trèsdivers. La plus ancienne allusion se trouve dans la Chanson de Roland { str. CCX1X, v. 2995). Il y est dit de Charlemagne. :

En Tencendur sun bon ccval puis muntet ;

11 le cunquist es gués desuz Marsune,

Si ’n gelai mûri Malpalin de Nerbone.

La chanson de gestes qui racontait ces événements s’est perdue comme la plupart de celles dont parle Roland. Ce Malpalin, ces gués de Marsune, ce Tencendor môme *, ne se retrouvent nulle part. On voit du moins par là que, dans la plus ancienne tradition, Narbonne avait été conquise non pas au retour de la grande expédition d'Espagne, mais avant. L’olïice de S. Charlemagne à Girone (voy. ci-dessus page 65) suit le mêmeordre, et c’est aussi celui qu’on retrouve dans le Philometia. Mais dans ce dernier texte, outre qu’il n’est parlé ni de Malpalin ni des gués de Marsune, le récit primitif est bizarrement mélangé à des inventions arbitraires, à des falsifications monastiques et à des traditions purement locales qui ne s’en laissent pas séparer. La traduction latine de ce singulier ouvrage étant publiée (voy. plus haut, livre I, ch. iv, § 3), nous ne nous y arrêterons pas plus longtemps. Nous ferons seulement remarquer deux points qui se rattachent au courant de la vraie tradition : le premier est le nom de Rorel, donné à un roi païen, celui même qui est maître de Narbonne (voy. sur ce nom p. 85); le second est la donation de la ville conquise faite par Charlemagne à Airaeri, fils d’Arnaud do Beaulande, appelé depuis Aimeri de Narbonne.

1 C’est le manuscrit indiqué t. III, * Voy. pourtant ci- dessous, ch. vu p. 148, du catalogue de M. Lambert. (Karlamagnits-Saga , 1,58).

LES RECITS

C’eût aussi Aimeri qui devient, par la grâce du roi Charles, seigneur de Narbonne, dans la tradition qu’ont suivie le plus généralement les chansons de gestes, tradition d’après laquelle Narbonne aurait été enlevée aux Sarrasins après la guerre d'Espagne et la déroute de Roncevaux. Ce récit se trouve déjà dans les versions rajeunies de la Chanson de llo/and ' ; il forme, en outre, le début du poème d’ Aimeri de Narbonne. Charles revient d’Espagne, vainqueur des Sarrasins, mais encore fort attristé de la mort de Roland et des douze pairs. 11 chevauche pensif, entouré de ses principaux barons, quand il aperçoit la ville de Narbonne, dont les tours flamboient au soleil. Charles ne veut pas laisser une si belle ville entre les mains des Sarrasins ; il en offre la seigneurie à celui de ses barons qui saura la conquérir. Tous se taisent : l’empereur s'adresse successivement à chacun d’eux ; mais ils refusent l’un après l’autre. Ils sont trop las, la guerre et les marches forcées commencent à leur être insupportables ; leur corps est brisé, leur courage est abattu. Coure qui voudra les aventures, ils n’ont qu'une pensée, c’est de retourner chez eux, de revoir leurs femmes et leurs enfants, et de goûter le repos dans leurs foyers. Charlemagne indigné se lamente : « Où sont Roland et Olivier? où sont les douze pairs qui gagnaient les batailles, et qui ne refusaient jamais un combat? ce n’est pas eux qui auraient hésité devant un danger ou une fatigue 1 Mais Narbonne sera à moi, et si tous m’abandonnent, j’en ferai seul le siège :

Râlez vous en, Bourguignon et François,

Et Angevins, Flamcns et Avalois,

Et Hanuyer, Poitevins et Mansois,

Et I.ohercns, Bretons et Hurepois,

Cil de Berril et tos les Champenois !

Je remenrai ici en Ncrbonois.

Cant vos venrés au pais d'Orlenois,

En dolcc France, tôt droit en Loonois,

S’on vos demande où est Karles li rois,

Si respondes, por Deu, seigneur François,

Que lou laissasles à siège en ISerbonois!

• Ou plutAt l'auteur de celle de ces versions rajeunies qui est à Venise supplée a une lacune dans le modèle qu'il suivait en intercalant cet épisode (voy. Uioin, Charuon de Roland, p. 503 et

suivantes, et spécialement 523 ). Gilles de Paris, dans son Carolimu, dit aussi que Charles fit enterrer les morts de Roncevaux, lamen ante redaetis sut, juga Narbone populis (ms. 6091, fol. 17 v*) .

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