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Après ces préliminaires, nous arrivons à l’expédition d'Espagne. La première question qui se présente, ici comme pour l’Italie, est de savoir si Charlemagne entra une fois ou plusieurs en Espagne ; mais la réponse est beaucoup moins facile, parce que les textes ne sont pas d’accord. Cependant nous croyons pouvoir admettre avec certitude que la tradition la plus ancienne ne connaissait qu’une seule expédition :
Caries li reis, nostre emperere magne,
Set anz tuz pleins ad estet en Espaigne.
Ainsi débute la chanson de Roland , et tous ceux qui entendaient ces vers savaient bien qu’il s’agissait de la grande, de l’unique expédition d’Espagne. Mais la confusion s’introduisit plus tard, et on pourrait trouver dans divers textes jusqu’à quatre ou cinq expéditions de Charlemagne dans ce pays. La principale faute en est au Pseudo-Turpin, source de tant de confusions et de bévues dans l’histoire poétique de Charlemagne. Nous avons dit ailleurs dans quel esprit avait été composée la première partie de ce livre ; il s’agissait de représenter l’expédition d’Espagne comme un pèlerinage à Santiago de Compostelle : ce but atteint, les Français retournaient dans leur pays, et tout était dit. Mais l’auteur ou les auteurs de la suite trouvèrent le récit sec et purement religieux du moine espagnol trop contraire aux traditions françaises, et, en outre, trop dénué d’intérêt. Comme ils y ajoutaient foi, et que, cependant, ils ne pouvaient le concilier avec ce qu’ils savaient de la guerre d’Espagne, ils imaginèrent qu’il y en avait eu plus d'une, et introduisirent sur la scène cet Agoland que nous avons déjà vu plus haut troubler la tradition sur la guerre d’Italie. Cet Agoland lui-même est vaincu une première fois, et l’empereur rentre victorieux en France ; Agoland rassemble en Afrique une nouvelle armée, reprend l’Espagne, et, à son tour, envahit la F rance. L’expédition où Charlemagne le chasse, le poursuit et le tue est donc la troisième qui l’amène au-delà des Pyrénées. C’est celle-là qui se termine par la trahison de Ganelon et le désastre de Roncevaux, vengés ensuite sur Ganelon et sur Marsile.
Les chansons de gestes les plus anciennes, comme nous l'avons déjà montré, ne connaissent rien du Pseudo-Turpin et n’ont aussi à raconter qu’une seule conquête de l’Espagne. Mais, plus tard, les jongleurs lurent la chronique attribuée à l’archevêque de
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