‹ Histoire poétique de CharlemagneChapitre 126 sur 246 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

cité de Nobles fut conquise par le noble duc Rolant.» Il semble que l’auteur de Jehan de Lanson ait connu un récit analogue, d'après lequel Roland aurait attiré la colère de son oncle en défendant Olivier contre lui. D'après ce poème, Roland était invulnérable et ne perdit jamais de sang par blessure,

Fors trois goûtes sans plus, quant Charles par irour Le feri de son gant que le virent plousour,

Quant Charles forjura par force et par irour Olivier de Viane, qui tant ot de valuur '.

Nicolas de Padoue se rapproche par un trait de la Chanson de Roland: ce qui irrite l’empereur, c’est que Roland ait pris Nobles h son insu et ait quitté pour cette expédition personnelle le siège de Pampelune. Quand Charles le frappe de son gant, Roland porte sa main à Durendal ; mais il se souvient que Charles l’a nourri enfant, et il se contient. Pénétré de honte et de dépit, il monte à cheval et s'en va au hasard, loin du camp; le poète en prend occasion pour le faire passer en Asie, où l’attendent de merveilleuses aventures \

Une variante assez remarquable de ce même épisode forme le début d’un poème dont nous parlerons plus loin, le Guitalin qu'a traduit la Karlamagnùs-Saya (branche V). Ici Roland et Charlemagne assiègent Nobles de concert, mais sans succès, trois ans durant. Pendant le siège arrivent au roi des nouvelles de France, qui le décident à y retourner au plus vite avec son année; mais Roland refuse : il ne veut pas quitter la ville avant de l’avoir prise. L’empereur irrité frappe son neveu surlenezjusqu’au sang; il aurait payé cher cette offense, si Roland n’avait eu égard à la parenté et à la dignité royale; il persiste du moins à poursuivre le siège, tandis que Charles s’éloigne.

On voit que les poèmes rattachent unanimement au siège de Nobles cette curieuse anecdote *; sa forme la plus ancienne était sans doute celle de la Karlamagn ùs-Saga et du Roland.

plut haut , dans son récit du sidfto de Vienne (11, 70), David Aubert dit la niante chose, il faut sans doute admettre ici une faute de copie , de lecture ou d’impression.

« Jfv. Ars. B. L. fr. J86, P 116 ( Hat . litl., XXII, 570).

1 F» 213 et suiv.

a Le Fierabras, ce poOtne si plein de réminiscences, a reproduit ce trait, mais à une autre occasion :

Karles Irait «an saut destre qui fu a or pares, Fiert le comte Huilant en travers sur te nés : Après le caup en est li elers sans avalés.

Rollans jette le main au bran, qui est letrée :

Ja en ferlât son oncle se il n’en fust osiéa.

(V. 167 et suiv.)

LES RÉCITS

Après Nobles, l'armée de- Charlemagne vient mettre le siège devant Montjardin : le roi de Cordes (Cordoue) veut la délivrer; méis il est battu par les Français. Avant le combat, ceux-ci avaient fiché leurs lances en terre ; aussitôt par miracle il y pousse de la verdure et des feuilles, et là où il y avait un champ, il y a désormais un bois. Charles prend Montjardin.

Cet épisode a été connu du Pseudo-Turpin, qui l’a défiguré à sa manière. 11 a répété deux fois, à peu près identiquement, le miracle des lances (ch. 8 et 10), en lui donnant une signification allégorique et mystique qu’il n’avait aucunement il a raconté la prise de Montjardin, qu’il appelle Montgarzim ou Montem Garizim; seulement il a fait de Fourré le roi de Montjardin. David Aubert n’est pas tombé dans la môme faute, dans son chap. 44 : « Comment Charlemaine conquist Montjardin et le frère du roy Fourré nommé David, qui depuis fu bon crestien à merveilles et amy de Dieu ’. »

Mais avant ce récit, David Aubert en place un autre, que ne donne pas la Karlamagnùs-Saga : « Comment Pampelune fut assiégée par le noble empereur Charlemaine qui y séjourna longtemps (ch. 41 ). — Comment la cité de Pampelune fu pririse par assault et puis rebailliée aux païens par le noble empereur, quy les pensoit convertir par amour (ch. 42). — Comment le puissant Charlemaine reconquist Pampelune par la haulte prouesse et entreprise du duc Rolant et des jeunes chevalliers (ch. 43). » Cette prise et reprise de Pampelufae se trouve aussi dans Turpin; un vers de Gui de Bourgogne (82) nous montre que les pofimes connaissaient ce siège, longuement raconté par Nicolas de Padoue; cependant ni Roland ni la Karlamagnùs-Saga n’en disent un mot.

11 en est de même d'un épisode que le Pseudo-Turpin a rendu célèbre, le combat de Roland à Najera contre le géant Ferragus (ch. 18). 11 est certain d’une part que la forme que ce récita prise dans Turpin n’est pas authentique, qu’en particulier les interminables discussions théologiques dont il l’a entremêlé sont du fait du faussaire; d'autre part qu’il contient des traits excellents,

1 La popularité de ce récit se montre par sa présence dans 1a Kaiserchranik (voyei plus loin).

* Nicolas de Padoue, qui s’appuie pres-

que uniquement sur Turpin, fait ici à l'invention personnelle une trop large part pour que noua le suivions (voy.

Prise de Pampelune).

Page 1