‹ Histoire poétique de CharlemagneChapitre 127 sur 246 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

évidemment populaires, et empruntés à des chansons de gestes : ainsi quand Ogier le Danois vient pour combattre le géant, celui-ci le prend doucement sous son bras et l’emporte, « quasi essct una mitissima ovis ; » puis il en fait autant à vingt-deux autres combattants, les emportant successivement deux par deux. 11 soulève de même Roland et le place devant lui sur son cheval, mais Roland, qui avait perdu ses sens, revient à lui, le frappe à la figure et s’échappe Ferragus demande une trêve et s’endort : Roland place une grosse pierre sous sa tète pour qu’il ait un sommeil plus agréable. Ferragus n’est vulnérable qu’au nombril; il le dit à Roland, et celui-ci en profite ensuite pour le tuer. Mais l’auteur du Pseudo-Turpin a pu prendre ces traits dans d’autres récits et les attribuer à ce combat qu'il inventait : ils se retrouvent presque tous dans le combat d’Ogier le Danois contre Brehier, qui forme la neuvième branche d’Ogier; le combat d'Olivier contre Fierabras offre aussi beaucoup d’analogie. Cependant d’autres textes montrent qu’il a existé un poème sur ce sujet : dans le fabliau des Deux Troveors ribaus, l’un deux énumère, parmi les chansons de gestes qu’il se vante de savoir, Femagu a la grant leste *; Otinel, dans le petit poème de ce nom, dit à Roland , au moment de le combattre :

De moi te garde, que je ne faim noiant,

l a mort mon oncle Fernagu te demanl.

(V. 4tfl-20 *.)

Nous serions donc assez porté à croire que Turpin a puisé dans un poème populaire, et que le combat de Roland contre Fernagu était chanté avant ou avec ceux d’Olivier contre Fierabras et d’Ogier contre Brehier; mais il est probable que ce poème n’est pas de formation tout h fait primitive et était inconnu du Roland et du poème sur lequel s’appuie la Karlamagnùs-Saga *.

< Cf. ci-dessas, p. 242, le combat de Mainr.t contre Braimant dans les Reali.

’ Roquefort, État Je la Poésie, p. 295.

3 L’n curieux hasard a conservé, sur la feuille blanche d’un manuscrit, une variante de ces vers et de deux autres (vover. la Préface A’Otinel, p. VIII). Fernagu est ici le père et non l'oncle d’Otinel. Cette forme du nom du géant semble populaire, et il est tout à fait dans

l’esprit du Pseudo-Turpin de l’avoir altérée do façon à lui donner l’apparence d’un sens. Mousket, tout en suivant Turpin , consacre le nom vulgaire, Piernagu ; le poème anglais dont nous avons parlé ailleurs (p. 156) l'appelle aussi Vemageu.

* David Aubert rapporte naturellement, d’après Turpin, l'histoire de Ferragus, qu’il nomme aussi Femagud. A

LES RÉCITS

Ce dernier texte fait suivre la prise de Montjardin par celle de Cordrcs, ce qui est évidemment une erreur; Cordres, d’après la Chanson de Roland , ne fut prise que bien peu de temps avant la fin de la guerre, et le livre islandais suit lui-mème le poème sur ce point dans sa huitième branche. La mention de Cordres est ici une inadvertance amenée par la défaite du roi de cette ville, précédemment racontée.

Le roi de Saragosse, Marsile, offre de se convertir au christianisme, s’il peut conserver ainsi son royaume. Charles accepte cette offre, et envoie à Marsile, pour conclure le traité, Basin et son frère Basile; le roi païen, qui n’avait pensé qu’à trahison, fait décapiter les deux frères, à la grande douleur de Charlemagne.

Ce récit de la Karlamagitùs-Saga était évidemment connu de la Chanson de Roland; il y est fait diverses allusions. Ainsi Roland, voulant détourner l’empereur d’écouter une seconde fois les propositions de Marsile, lui dit (str. XIV) :

Li reis Marsilie i Ilst mult que traître :

De ses païens il vus enveiat quinze,

Chascuns partout une branche d'olive ;

Nunccrent vos cez paroles mêlâmes.

A vos Franceis un cunseill en presistes,

Loercnt vos alques de legerie.

Deuz de vos cuntes al païen tramesistes.

L’un fut Basau et ti autres Basilies :

Les chefs en prist es puis desuz Haltilie *.

Nicolas de Padoue rapporte cette même histoire avec une lé- * gère différence; Basin et Basile ne sont pas décapités, mais pendus

La Karlamagnùs-Saga intercale ici un épisode que ne tonnait aucun texte et qui est d’ailleurs étranger au récit principal ; puis ce texte, après avoir raconté une distribution d’armes et de ehe-

partir de cet endroit, il n’offre plus rien d’original ; il emprunte tous ses récits à Turpin ou à la Chanson de Roland. — Nicolas de Padoue place tout au début de la guerre l’épisode de Peragu de Nalere, devenu Ferrait chez ses successeurs italiens.

< Cf. XXI, 291 ; XXXVlïl, 490.

* Prise de Pampelune , 2168 - 2704.

Charlemagne écrit là-dessus une lettre à

Marsile, en quatrains monorimes (v. 2969 et suiv.).

Noos CarUeougne ao Dieu hooour De Rome droit empereour, etc.

Cette idée, qu’on pourrait croire moderne , do composer une lettre dans un rhythme différent du reste du poeme, se retrouve au début de l’ouvrage de Nicolas ; ici c’est une lettre de Marsile : « Nos, Marsile, parla De grâce, etc. (N 8).»

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