LIVRE II
vaux à 'l’illustres guerriers, et le choix des douze pairs de l’euipereur , interrompt l’histoire de la guerre d’Espagne pour passer à de tout autres parties de la vie de Charlemagne. La huitième branche seulement reprend le récit de la première; mais elle n’a plus d’intérêt pour nous : elle n'est qu'une traduction de la Chanson de Roland.
Entre le début de ce poème cependant et les derniers événements rapportés par la branche I, il faut nécessairement intercaler plus d’une aventure. C’est dans cet intervalle que Roland a fait les conquêtes dont il parle à la strophe XIV du poème d’Oxford :
Set an? ad pleins qu'en Espagne venimes :
Jo vos cunquis e Noples c Commibles,
Pris ai Valterne e la terre de l’ine,
E Halasgued e Tuclc c Sczilie '.
Il faut y joindre les villes que mentionne un autre poème, qui doit ici suivre la tradition , le Groing (Logrono), l’Estoile ( Estrel/a ), Quarion et Estorges (Astorga) *, et sans doute bien d’autres encore. Quand s'ouvre la Chanson de Roland , la septième année, depuis le commencement de la guerre, est terminée : Charlemagne a mis le siège devant Cordres ; il a d’ailleurs soumis toute l’Espagne, sauf Saragosse et son roi Marsile.
Mais le poème que nous venons de mentionner, Gui de Bourgogne, introduit ici un épisode tout nouveau. Suivant lui, au moment où Charles pense à assiéger Cordres (V. 30), il y a, non pas sept ans, mais vingt-sept ans qu’il est en Espagne. Cette exagération était nécessaire au poète, pour rendre possible la fable qu’il avait inventée. Pendant ce long séjour, les enfants laissés au berceau par les compagnons de l’empereur ont grandi; ils se donnent un roi, Gui, fils du duc Samson de Bourgogne; mais au lieu do leur distribuer, comme ils l’espéraient, les üefs et les héritages, Gui les emmène, en Espagne pour secourir leurs pères. Ceux-ci en ont grand besoin. En effet, au moment de marcher sur Cordres, Charles apprend qu’il y a encore cinq villes en Espagne qu’il ne possède pas; il jure de ne pas attaquer Cordres avant de les avoir prises toutes cinq. Mais la première qu'il
1 C'est sans doute aussi pendant ce ci-dessus , page 254). temps qu'il prenait Carcassonne (voy. ’ Guide Bourgogne, v. 71, 82.
les KÊcrrs.
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assiège, Luiserne, le retient seule quatre ans devant ses murs. Au bout de ce temps, les guerriers français sont, on peut le croire, dans un triste état ; la fatigue et les privations les accablent ; l'empereur désespéré excite ses barons à l'assaut, mais ceux-ci ne peuvent plus guerroyer :
« Sire, ce dist Ogier, mult grand tort en avés;
Certes, j’ai si les pies et les .11. poins enfles Que je ne les porroie en mes estriers bouter,
N’à .XXX. de mes cous .1. Sarasin tuer.
— Baron, dist l'empererc, quant morir me verres,
La boute sera vostre, reprovier i aurés;
Que jamis en vos vies meitlor seignor n'aurés. »
Et dist à l’autre mot : « Hé ! Dicx, vous me bacs !
Ja soloic je panre et chastiaus et cités.
Ne me pooit tenir cbastcl ne fermetés,
Ne grant sale perrinc, ne mur, tant fust levés;
Ne puis mais noient faire, tous an sui asotés.
Quant vous vient à plaisir, Dicx, la mort me donés ! »
Lors plora l’empererc, ne se pot contrcster.
(V. 783 et suiv.)
Heureusement Gui de Bourgogne et les autres enfants arrivent devant Luiserne, après avoir conquis les quatre autres villes que Charlemagne n’avait pu prendre. Pendant que Charles est absent, Gui prend aussi Luiserne; mais Roland et lui s% disputent à qui la possédera. Pour terminer leur querelle, Charles se met en prière, et demande à Dieu qu’il mette cette ville en état de ne faire jamais envie à personne :
Dont n'eüssiés vos mie demie liuc aléc Que la citez est toute en abisme coulée.
Et par desus les murs tote d'eve rasée ;
Si est assés plus noire que n'est pois destemprée,
Et li mur sont vermeil comme rose csmerée ;
Encor le voient cil qui vont en la contrée.
(V. 4292 et suiv.)
Ceci n'est pas de l’invention pure ; l’auteur de ce poème avait lu le Pseudo-Turpin, comme quelques trouvères de la seconde époque '. Dans la première partie, au chapitre qui énumère les villes
• Une autre preuve est cette vision où S. Jacques est inconnu à notre vraie un ange ordonne à Charlemagne d'aller poésie épiqne; cf. notre dissertation laau tombeau de S. Jacques (v. 4099) : line sur le Pseudo-Turpin.