‹ Histoire poétique de CharlemagneChapitre 132 sur 246 · U VUE II · texte numérisé non relu

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et ils sont simplement tronqués à la fin. Et en effet nous remarquons que le poème latin, après la mort de Roiand, ne contient plus que quelques vers insignifiants; quant àla Karlamaginis-Sag" , elle abrège sensiblement la seconde partie du récit , après avoir d’abord été très-fidèle au texte d’Oxford; elle intercale en outre un épisode emprunté à quelque rajeunissement: il semble que le manuscrit suivi par le traducteur lui ait manqué à un certain moment. Reste Turpin, qui fait, il est vrai, tuer Marsile par Roland, mais en racontant que son frère Belvigand s’enfuit à Saragosse, ce qui semble encore mieux calculé pour amener une nouvelle guerre contre Charles : mais on n’entend plus parler de ce Belvigand, et Charles revient en France sans avoir pris Saragosse. Cette prise est cependant presque indispensable: elle seule donne satisfaction au sentiment national: il faut que Roland soit vengé, et que la trahison des Sarrasins tourne à leur ruine complète. Nous pensons que dans le poOme primitif ce dénudaient s’effectuait sans 1 Intervention de Baligand, amené sans doute, comme le dit W. Grimm , par l’idée poétique d’opposer le chef de la chrétieuté au chef de la pniennie dans un combat décisif; mais aucun des textes qui nous sont parvenus ne remonte au.-si haut, et il ne faut regarder l’absence du combat avec Baligand dans quelques-uns d’entre eux que comme une simple suppression.

Charles revient donc en France; mais, suivant Turpin et une allusion de Gaidon', il avait d’abord puni de mort le traître Ganelon, que les autres récits ne font périr qu’en France. Nous avons dit plus haut que certains récits lui faisaient prendre Narbonne à son retour. 11 enterre ses morts à Blaye suivant les poèmes, à Blaye et à Arles suivant Turpin, et revient dans sa capitale.

C’est là’ que, d’après nos poèmes, il s’occupe de punir le traître. Les rnjeunisseurs des douzième et treizième siècles ont beaucoup développé cette partie du poCme, assez courte dans le texte de Turold : après que le champion de Ganelon a été vaincu en champ clos, par Tbierri d’Anjou, Ganelon est attaché parles quatre membres à la queue de quatre étalons qui le

1 Ce poème a sur le supplice de Ganelon une variante tout à fait isolée : il aurait été brûlé en un bûcher, & Rochepure en Espagne; Pinabel, son neveu et son défenseur, aurait été écartelé, comme l’est Ganelon lui-méme d’après

tous les autres textes (v. *3 et siiiv ).

’ Aix-la-Chapelle dans le texte de Turold, dans les poèmes (çi rmaniques, dans Turpin ; Laon dans les rajeunissements français; cf. Introduction, p. ïü, et ci-decsous, ch. vu.

LES RECITS

déchirent. Ou baptise ensuite Rramimonde, et le poème finit

Un poëme qui n’est pas ancien comme donnée, contient une espèce de suite de la guerre d’Espagne. En quittant ce pays, Charlemagne y avait laissé un roi, son neveu Anséis; maisMarsile qui, pour le besoin du récit, n’était pas mort, mais enfui en Afrique, revient avec une armée immense, et fait au jeune roi une longue guerre, qui ne se termine que par une nouvelle intervention de Charlemagne *.

Il était naturel de supposer que les païens avaient essayé de venger leur défaite d’Espagne. C'est ce que raconte la branche IX de la Karlamagm'is-Saga : Madul , frère de Marsile, voyant Charlemagne vieux et privé de ses guerriers les plus vaillants, envahit la France, la dévaste, et n’est vaincu que par Guillaume au court Nez, ici contemporain de Charlemagne, qui sort de sa retraite pour défendre la chrétienté, mais laisse attribuer ses exploits à un autre* .

Ainsi se termine, dans l'épopée française, ce vaste cycle de la guerre d'Espagne, dont nous n’avons pu indiquer que bien imparfaitement toute la variété et l’étendue. Dans le développement de cette riche légende, le terrible et glorieux épisode de Koncevaux est le centre et le foyer : c’est le point qui commence le premier à vivre et qui survit aussi à tout le reste dans le souvenir populaire.

Tout à fait en dehors de cette série de récits se place celui que fait la Kaiserchronik (voy. page 119) d’une expédition de Charles

1 Ici se placent quelques vers peu clairs. Un ange apparaît à Charlemagne pour lui ordonner une nouvelle expédition : M. .Muller lit ainsi ces vers, sur lesquels il promet des explications :

Par force ira* en b terre de Birc :

Heut Vivien ai succuras en Imphc,

A la cite! que païen uni aaise :

Li ch res tien te recleunent e crient.

M. Michel avait lu en la tere d’Ebre , C.énin en la lert de Sine. On ne connaît rien de cette expédition ; elle était le sujet d'un de ces nombreux poèmes perdus desquels le Roland seul a survécu. Aucun autre manuscrit que celui d’Oxford ne contient ces vers. La rédaction la plus ancienne de la Karlamaynùs-Saga manque précisément ici ; mais la Krônike danoise, qui la suivait (voy. ci-dessus, p. 152), dit : « Va dans la terre de Libie

secourir lo bon roi Iwen, car les païens font une guerre terrible dans son pays (p. 119), » et plus loin on raconte cette guerre, mais trop succinctement pour qu’on puisse, en tirer parti ; ou voit seulement que le roi païen s’appelait Geai u*ret qu’il était tué par Ogier le Danois.

* Voyez sur ce poème V Appendice, n® IX.

8 Rappelons ici l’invasion de la France par Brehier, dans la dernière partie d’Ogier-te-Danoi* (voy. ci-dessous), qui se produit à peu près dans les mêmes circonstances, mais pour venger Braimant, et non Marsile. Ces immenses armées païennes envahissant le sol français et venant jusqu’à Paris sont devenues, on le sait, un des motifs favoris «les poèmes italiens : c’est probablement Oyier qui est la première source de ces récits.

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